
Ce chapitre se déroule en dialogue : Mārkaṇḍeya rapporte un nouvel épisode concernant le grand Āditya dans un tīrtha sur la rive de la Narmadā. Yudhiṣṭhira s’en émerveille, et la divinité est décrite comme omniprésente, dispensatrice de salut aux êtres. Un brāhmaṇa dévot de la lignée Kulika entreprend un pèlerinage d’austérité : long voyage sans nourriture et avec très peu d’eau. Le dieu lui apparaît alors en songe, lui ordonne de modérer son vœu et lui enseigne un point de doctrine : le Divin pénètre le monde mobile comme l’immobile. Invité à demander une grâce, le dévot sollicite la présence permanente d’Āditya sur la rive nord de la Narmadā et implore que ceux qui se souviennent de lui ou l’adorent—même de très loin—ainsi que les personnes atteintes d’infirmités corporelles, reçoivent bienfaits et compassion. Le récit énonce ensuite les fruits du tīrtha : bain sacré et offrandes confèrent un mérite comparable à l’Agniṣṭoma ; certains actes de fin de vie accomplis en ce lieu mènent à Agni-loka, Varuṇa-loka ou à un honneur prolongé au svarga ; et le souvenir quotidien de Bhāskara à l’aube est dit effacer les péchés engendrés au cours de l’existence.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । तत्रैव तु भवेदन्यदादित्यस्य महात्मनः । कीर्तयामि नरश्रेष्ठ यदि ते श्रवणे मतिः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «En ce même lieu se trouve un autre récit sacré concernant le magnanime Āditya (le Soleil). Je le proclamerai, ô meilleur des hommes, si ton esprit est disposé à écouter».
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । एतदाश्चर्यमतुलं श्रुत्वा तव मुखोद्गतम् । विस्मयाद्धृष्टरोमाहं जातोऽस्मि मुनिसत्तम
Yudhiṣṭhira dit : «Ayant entendu de ta bouche cette merveille sans égale, je frissonne d’émerveillement, ô meilleur des sages».
Verse 3
सहस्रकिरणो देवो हर्ता कर्ता निरञ्जनः । अवतारेण लोकानामुद्धर्ता नर्मदातटे
Le Dieu aux mille rayons—pur, sans tache, celui qui prend et celui qui crée—par une incarnation devint le libérateur des mondes sur la rive de la Narmadā.
Verse 4
पुरुषाकारो भगवानुताहो तपसः फलात् । कस्य गोत्रे समुत्पन्नः कस्य देवोऽभवद्वशी
Le Seigneur Bienheureux prit-il une forme humaine—peut-être comme fruit de l’austérité (tapas) ? Dans quelle lignée naquit-il, et par qui cette divinité fut-elle amenée à la dévotion et tenue sous maîtrise ?
Verse 5
श्रीमार्कण्डेय उवाच । कुलिकान्वयसम्भूतो ब्राह्मणो भक्तिमाञ्छुचिः । ईक्ष्यामीति रविं तत्र तीर्थे यात्राकृतोद्यमः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Un brāhmane pur, rempli de bhakti, né dans la lignée des Kulikā, se résolut : “Je contemplerai Ravi (le Soleil)”; et, en ce tīrtha, il s’appliqua avec ferveur au pèlerinage. »
Verse 6
योजनानां शतं साग्रं निराहारो गतोदकः । प्रस्थितो देवदेवेन स्वप्नान्ते वारितः किल
Il se mit en route pour plus de cent yojanas, sans nourriture et l’eau épuisée ; mais l’on dit qu’à la fin d’un songe, le Dieu des dieux le retint et le réorienta.
Verse 7
भोभो मुने महासत्त्व अलं ते व्रतमीदृशम् । सर्वं व्याप्य स्थितं पश्य स्थावरं जङ्गमं च माम्
«Ô muni, grande âme, assez d’un tel vœu et d’une telle austérité. Contemple-Moi : Je pénètre tout et demeure en tout, dans l’immobile comme dans le mobile.»
Verse 8
तपाम्यहं ततो वर्षं निगृह्णाम्युत्सृजामि च । न मृ तं चैव मृत्युं च यः पश्यति स पश्यति
«Je brûle comme la chaleur, puis Je deviens la pluie ; Je la retiens et Je la relâche aussi. Celui qui Me voit vraiment, voit : il ne considère ni la mort ni les morts comme séparés de Moi.»
Verse 9
वरं वरय भद्रं त्वमात्मनो यस्तवेप्सितम्
«Choisis une grâce — qu’elle te soit propice — tout ce que tu désires pour toi-même.»
Verse 10
ब्राह्मण उवाच । यदि तुष्टोऽसि मे देव देयो यदि वरो मम । उत्तरे नर्मदाकूले सदा संनिहितो भव
Le brāhmane dit : Si tu es satisfait de moi, ô Seigneur, et si tu dois m’accorder une grâce, demeure à jamais, présent, sur la rive nord de la Narmadā.
Verse 11
ये भक्त्या परया देव योजनानां शते स्थिताः । स्मरिष्यन्ति जितात्मानस्तेषां त्वं वरदो भव
Ô Seigneur, même ceux qui demeurent à cent yojanas, s’ils se souviennent de toi avec une dévotion suprême—maîtres d’eux-mêmes—sois pour eux dispensateur de grâces.
Verse 12
कुब्जान्धबधिरा मूका ये केचिद्विकलेन्द्रियाः । तव पादौ नमस्यन्ति तेषां त्वं वरदो भव
Les bossus, les aveugles, les sourds, les muets—tous ceux dont les sens sont diminués—s’ils se prosternent à tes pieds, sois pour eux dispensateur de grâces.
Verse 13
शीर्णघ्राणा गतधियो ह्यस्थिचर्मावशेषिताः । तेषां त्वं करुणां देव अचिरेण कुरुष्व ह
Même ceux dont l’odorat s’est flétri, dont l’esprit chancelle, réduits à l’os et à la peau : accorde-leur ta compassion, ô Seigneur, et fais-le promptement.
Verse 14
येऽपि त्वां नर्मदातोये स्नात्वा तत्र दिने दिने । अर्चयन्ति जगन्नाथ तेषां त्वं वरदो भव
Et ceux aussi qui, se baignant jour après jour dans les eaux de la Narmadā, t’y adorent, ô Jagannātha, Seigneur du monde : sois pour eux dispensateur de grâces.
Verse 15
प्रभाते ये स्तविष्यन्ति स्तवैर्वैदिकलौकिकैः । अभिप्रेतं वरं देव तेषां त्वं दद भोच्युत
À ceux qui, à l’aube, te loueront par des hymnes, védiques comme profanes, accorde, ô Seigneur, la grâce désirée, ô Acyuta.
Verse 16
तवाग्रे वपनं देव कारयन्ति नरा भुवि । स्वामिंस्तेषां वरो देय एष मे परमो वरः
Ô Dieu, les hommes sur terre qui font accomplir la tonsure devant Toi, ô Maître, qu’un bienfait leur soit accordé : telle est ma grâce suprême.
Verse 17
एवमस्त्विति तं चोक्त्वा मुनिं करुणया पुनः । शतभागेन राजेन्द्र स्थित्वा चादर्शनं गतः
Disant : « Qu’il en soit ainsi », et s’adressant de nouveau au sage avec compassion, ô roi, il demeura là pour une centième part (du temps), puis disparut à la vue.
Verse 18
तत्र तीर्थे नरो भक्त्या गत्वा स्नानं समाचरेत् । तर्पयेत्पितृदेवांश्च सोऽग्निष्टोमफलं लभेत्
En ce gué sacré, l’homme doit s’y rendre avec dévotion et accomplir le bain rituel ; puis offrir des libations aux Ancêtres et aux dieux : ainsi reçoit-il le fruit du sacrifice Agniṣṭoma.
Verse 19
अग्निप्रवेशं यः कुर्यात्तस्मिंस्तीर्थे नराधिप । द्योतयन्वै दिशः सर्वा अग्निलोकं स गच्छति
Quiconque entre dans le feu en ce lieu sacré, ô seigneur des hommes, illuminant toutes les directions, parvient au monde d’Agni.
Verse 20
यस्तत्तीर्थं समासाद्य त्यजतीह कलेवरम् । स गतो वारुणं लोकमित्येवं शङ्करोऽब्रवीत्
Quiconque atteint ce gué sacré et y dépose son corps, s’en va au monde de Varuṇa. Ainsi parla Śaṅkara.
Verse 21
तत्र तीर्थे तु यः कश्चित्संन्यासेन तनुं त्यजेत् । षष्टिवर्षसहस्राणि स्वर्गलोके महीयते
Mais en ce gué sacré, quiconque, ayant embrassé le renoncement (saṃnyāsa), y dépose son corps, est honoré au ciel durant soixante mille ans.
Verse 22
अप्सरोगणसंकीर्णे दिव्यशब्दानुनादिते । उषित्वायाति मर्त्ये वै वेदवेदाङ्गविद्भवेत्
Après y demeurer, au milieu des troupes d’apsaras et des résonances de sons célestes, il revient vraiment au monde des mortels et devient connaisseur des Veda et de leurs Vedāṅga.
Verse 23
व्याधिशोकविनिर्मुक्तो धनकोटिपतिर्भवेत् । पुत्रदारसमोपेतो जीवेच्च शरदः शतम्
Délivré de maladie et de chagrin, il devient maître de richesses par crores; pourvu de fils et d’épouse, il vit cent automnes, un siècle accompli.
Verse 24
प्रातरुत्थाय यस्तत्र स्मरते भास्करं तदा । आजन्मजनितात्पापान्मुच्यते नात्र संशयः
Quiconque s’y lève à l’aube et se souvient alors de Bhāskara, le Soleil, est délivré des péchés accumulés depuis la naissance; là-dessus, point de doute.
Verse 34
। अध्याय
Chapitre (marque de clôture ou de section).