Adhyaya 211
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 211

Adhyaya 211

Mārkaṇḍeya raconte à Yudhiṣṭhira un épisode survenu sur la rive de la Narmadā, au temps du śrāddha et du repas offert aux brāhmaṇas. Maheśvara, prenant l’apparence d’un brāhmaṇa lépreux (kūṣṭhī), à l’odeur fétide, s’approche d’une maison brāhmaṇa et demande à manger avec les brāhmaṇas assemblés. Les hôtes et les participants le repoussent par des paroles dures, jugeant son aspect rituellement souillant. Après le départ de la divinité déguisée, le repas se gâte inexplicablement : des vers apparaissent dans les récipients de nourriture, et l’étonnement gagne tous les convives. Un brāhmaṇa clairvoyant y voit le vipāka, la conséquence d’avoir insulté un atithi (hôte), et reconnaît dans le visiteur le Seigneur suprême venu éprouver leur conduite. Il rappelle la règle : on ne doit pas juger l’atithi selon la beauté ou la laideur, la propreté ou l’impureté, ni l’apparence sociale ; le négliger durant le śrāddha attire des forces destructrices qui dévorent l’offrande. Le groupe part à sa recherche, le trouve immobile comme un pilier et présente des supplications. Maheśvara répond avec compassion, rétablit/fournit la nourriture et ordonne de poursuivre le culte de son maṇḍala. Le récit s’achève en nommant le sanctuaire/āyatana du Seigneur au trident, « Muṇḍināma », loué comme propice et destructeur de péchés, d’une efficacité particulière au mois de Kārttika et égal en mérite au Gayā-tīrtha.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । आश्चर्यभूतं लोकस्य देवदेवेन यत्कृतम् । तत्ते सर्वं प्रवक्ष्यामि नर्मदातटवासिनाम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Je vais te raconter en entier l’acte merveilleux accompli par le Seigneur des Seigneurs, événement touchant les habitants des rives de la Narmadā.

Verse 2

द्विजान् सुकृत्पणान् देवः कुष्ठी भूत्वा ययाच ह । श्राद्धकाले तु सम्प्राप्ते रक्तगन्धानुलेपनः

Le Dieu, ayant pris l’apparence d’un lépreux, mendia auprès de brāhmaṇas, marchands de mérite—vertueux mais calculateurs. Quand vint le temps du śrāddha, il apparut enduit d’onguents rouges et parfumés.

Verse 3

स्रवद्बुद्बुदगात्रस्तु मक्षिकाकृमिसंवृतः । दुश्चर्मा दुर्मुखो गन्धी प्रस्खलंश्च पदे पदे

Son corps suintait de plaies boursouflées, couvert de mouches et de vers ; sa peau était immonde, son visage hideux, empestant, et il trébuchait à chaque pas.

Verse 4

ब्राह्मणावसथं गत्वा स्खलन्द्वारेऽब्रवीदिदम् । भोभो गृहपते त्वद्य ब्राह्मणैः सह भोजनम्

Il se rendit au logis des brāhmaṇas et, trébuchant au seuil, dit : «Ô maître de maison, aujourd’hui je souhaite prendre mon repas avec les brāhmaṇas».

Verse 5

त्वद्गृहे कर्तुमिच्छामि ह्येभिः सह सुसंस्कृतम् । ततस्तं ब्रह्माणं दृष्ट्वा यजमानसमन्विताः

«Je souhaite préparer dans ta demeure un repas bien apprêté, avec ceux-ci.» Puis, voyant ce brāhmane, les maîtres de maison, en qualité de yajamānas, réagirent en conséquence.

Verse 6

स्रवन्तं सर्वगात्रेषु धिग्धिगित्येवमब्रुवन् । निर्गच्छस्वाशु दुर्गन्ध गृहाच्छीघ्रं द्विजाधम

Le voyant suinter de tous ses membres, ils s’écrièrent : « Fi, fi ! » et dirent : « Sors vite, toi qui empestes ; quitte promptement cette maison, ô le plus bas des deux-fois-nés ! »

Verse 7

अभोज्यमेतत्सर्वेषां दर्शनात्तव सत्कृतम् । एवमेव तथेत्युक्त्वा देवदेवो महेश्वरः

«Cette nourriture n’est propre à être mangée par personne ; à la seule vue de toi, elle a été sanctifiée et honorée comme il se doit.» Disant : «Qu’il en soit ainsi, oui, ainsi», parla Mahādeva, le Dieu des dieux.

Verse 8

जगामाकाशममलं दृश्यमानो द्विजोत्तमैः । गते चादर्शनं देवे स्नात्वाभ्युक्ष्य समन्ततः

Alors il gagna le ciel sans tache, demeurant encore visible aux plus éminents des deux-fois-nés. Et lorsque le Seigneur eut disparu à leurs yeux, ils se baignèrent puis aspergèrent le lieu de tous côtés.

Verse 9

भुञ्जतेऽस्म द्विजा राजन्यावत्पात्रे पृथक्पृथक् । यत्रयत्र च पश्यन्ति तत्रतत्र कृमिर्बहुः

Les brāhmanes mangeaient là, ô Roi, chacun dans son propre récipient. Mais partout où ils portaient le regard, ici et là, ils voyaient quantité de vers.

Verse 10

दृष्ट्वा विस्मयमापन्नाः सर्वे किमिति चाब्रुवन् । ततः कश्चिदुवाचेदं ब्राह्मणो गुणवानजः

À cette vue, tous furent saisis d’émerveillement et demandèrent : « Qu’est-ce donc ? » Alors un brāhmane, vertueux et vénérable, prononça ces paroles.

Verse 11

योगीन्द्रः शङ्कया तत्र बहुविप्रसमागमे । योऽत्र पूर्वं समायातः स योगी परमेश्वरः

Soupçonnant la vérité au sein de cette grande assemblée de brāhmaṇas, il dit : « Le seigneur des yogins, venu ici auparavant—ce yogin-là est Parameśvara Lui-même ».

Verse 12

तस्येदं क्रीडितं मन्ये भर्त्सितस्य विपाकजम् । फलं भवति नान्यस्य ह्यतिथेः शास्त्रनिश्चयात्

Je pense que ceci est son jeu divin, la līlā : le fruit mûri de l’insulte subie. Car, selon la décision établie des śāstras, un tel effet ne vient de nul autre que d’un hôte (offensé).

Verse 13

सम्पूज्य परमात्मा वै ह्यतिथिश्च विशेषतः । श्राद्धकाले तु सम्प्राप्तमतिथिं यो न पूजयेत्

Assurément, le Soi suprême doit être honoré, et tout particulièrement l’hôte. Mais celui qui, lorsque vient le temps du śrāddha, n’honore pas l’hôte arrivé alors…

Verse 14

पिशाचा राक्षसास्तस्य तद्विलुम्पन्त्यसंशयम् । रूपान्वितं विरूपं वा मलिनं मलिनाम्बरम्

Sans nul doute, les piśācas et les rākṣasas lui ravissent cela—que l’(hôte) soit beau ou difforme, pur ou vêtu d’habits souillés.

Verse 15

योगीन्द्रं श्वपचं वापि अतिथिं न विचारयेत् । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य यजमानपुरोगमाः

Qu’on ne fasse point de distinction envers l’hôte, qu’il soit un souverain des yogis ou même un cuiseur de chiens (un paria). Ayant entendu ses paroles, les sacrifiants, conduits par le yajamāna…

Verse 16

ब्राह्मणा द्विजमन्वेष्टुं धाविताः सर्वतोदिशम् । तावत्कथंचित्केनापि गहनं वनमाश्रितः

Les brāhmaṇas coururent de tous côtés pour chercher le deux-fois-né (l’hôte). Cependant, d’une manière ou d’une autre, il s’était réfugié dans une forêt profonde.

Verse 17

दृष्टो दृष्ट इति प्रोक्तं तेन ते सर्व आगताः । ततः पश्यन्ति तं विप्रं स्थाणुवन्निश्चलं स्थितम्

Entendant le cri : «Vu ! Vu !», tous accoururent. Alors ils virent ce vipra, immobile, demeurant ferme tel un pilier.

Verse 18

क्रन्दते न चलति स्पन्दते न च पश्यति । जल्पन्ति करुणं केचित्स्तुवन्ति च तथापरे

Il ne pleurait pas, ne bougeait pas, ne frémissait ni ne regardait. Certains parlèrent avec compassion, tandis que d’autres élevèrent des louanges.

Verse 19

वाग्भिः सततमिष्टाभिः स्तूयमानस्त्रिलोचनः । क्षुधार्दितानां देवेश ब्राह्मणानां विशेषतः । विनष्टमन्नं सर्वेषां पुनः संकर्तुमर्हसि

Tandis que le Seigneur aux Trois Yeux était sans cesse loué par des paroles chéries, ils prièrent : «Ô Devēśa, Seigneur des dieux, surtout pour ces brāhmaṇas tourmentés par la faim, rends à tous la nourriture qui s’est perdue».

Verse 20

श्रुत्वा तु वचनं तेषां ब्राह्मणानां युधिष्ठिर । परया कृपया देवः प्रसन्नस्तानुवाच ह

Ô Yudhiṣṭhira, ayant entendu les paroles de ces brāhmaṇas, le Seigneur, touché d’une compassion suprême et satisfait, leur adressa la parole.

Verse 21

मया प्रसन्नेन महानुभावास्तदेव वोऽन्नं विहितं सुधेव । भुञ्जन्तु विप्राः सह बन्धुभृत्यैरर्चन्तु नित्यं मम मण्डलं च

«Ô nobles âmes, puisque je suis satisfait, cette même nourriture vous a été dûment accordée, vraiment excellente. Que les brāhmaṇas mangent avec leurs parents et leurs serviteurs, et qu’ils vénèrent aussi chaque jour mon maṇḍala.»

Verse 22

ततश्चायतनं पार्थ देवदेवस्य शूलिनः । मुण्डिनामेति विख्यातं सर्वपापहरं शुभम् । कार्त्तिक्यां तु विशेषेण गयातीर्थेन तत्समम्

Alors, ô Pārtha, le saint séjour de Śūlin, le Dieu des dieux, devint célèbre sous le nom de «Muṇḍinā». Auspicieux et ôtant tous les péchés, il est tout particulièrement méritoire au mois de Kārttika, égal au tīrtha de Gayā.

Verse 211

अध्यायः

Chapitre (marque de colophon).