
Brahmā’s Lotus-Birth, Puṣkara-Creation Imagery, Madhu–Kaiṭabha, and Early Genealogies
PP.1.40 s’ouvre sur la création de Brahmā et l’image du lotus cosmique : la Terre est reconnue comme Rasā-devī, les filaments du lotus sont mis en correspondance avec des montagnes divines, et Jambūdvīpa est placé au milieu d’elles. Puis surgissent Madhu et Kaiṭabha (rajas–tamas) qui affrontent Brahmā ; mais, reconnaissant Viṣṇu, ils se soumettent. Viṣṇu leur accorde une grâce pour l’avenir, puis les écrase, réaffirmant l’ordre cosmique. Brahmā accomplit des tapas ; Nārāyaṇa apparaît sous une autre forme et Kapila est présent, ouvrant sur la création des mondes et des lignées nées de l’esprit. Vient ensuite un long catalogue généalogique (filles de Dakṣa, Kaśyapa, Āditya, Daitya/Dānava, etc.), qui se clôt par une phalaśruti sur l’écoute et la récitation du Purāṇa, avant de passer à un grand récit de guerre où les dieux se réfugient en Viṣṇu et reçoivent l’assurance de la victoire.
Verse 1401
पुलस्त्य उवाच । अथ योगवतां श्रेष्ठमसृजद्भूरिवर्चसम् । स्रष्टारं सर्वलोकानां ब्रह्माणं सर्वतोमुखम्
Pulastya dit : Alors il créa Brahmā, le plus éminent des yogins, rayonnant d’une grande splendeur, créateur de tous les mondes, le Multiface qui regarde de toutes parts.
Verse 1402
तस्मिन्हिरण्मये पद्मे बहुयोजनविस्तृते । सर्वतेजोगुणमये पार्थिवैर्लक्षणैर्वृते
Au sein de ce lotus d’or, vaste de maints yojanas, empli de la qualité de toute splendeur et entouré de marques terrestres, il demeurait.
Verse 1403
तच्च पद्मं पुराभूतं पृथिवीरूपमुत्तमम् । नारायणसमुद्भूतं प्रवदंति महर्षयः
Et ce lotus, qui jadis fut la forme sublime de la Terre, les grands ṛṣis déclarent qu’il est né de Nārāyaṇa.
Verse 1404
यत्पद्मं सा रसादेवी पृथिवी परिकथ्यते । ये पद्मकेसरा मुख्यास्तान्दिव्यान्पर्वतान्विदुः
Ce lotus est dit Rasā-devī, c’est-à-dire la Terre; et les principaux filaments du lotus sont tenus pour les montagnes divines.
Verse 1405
हिमवंतं च नीलं च मेरुं निषधमेव च । कैलासं शृंगवंतं च तथाद्रिं गंधमादनम्
Himavān et Nīla, Meru et aussi Niṣadha; de même Kailāsa, Śṛṅgavat et la montagne Gandhamādana.
Verse 1406
पुण्यं त्रिशिखरं चैव कांतं मंदरमेव च । उदारं पिंजरं चैव विंध्यमस्तं च पर्वतम्
Il y a aussi le saint Puṇya, Triśikhara, Kānta et Mandara; de même Udāra et Piñjara, ainsi que les montagnes Vindhya et Asta.
Verse 1407
एत एव गणानां च सिद्धानां च महात्मनाम् । आश्रयाः पुण्यशीलानां सर्वकामफलप्रदाः
Ce sont eux-mêmes le refuge des Gaṇa, des Siddha et des êtres à la grande âme ; ils sont l’appui des vertueux et accordent les fruits de tous les buts désirés.
Verse 1408
एतेषामंतरे द्वीपो जंबूद्वीप इति स्मृतः । जंबुद्वीपस्य संस्थानं याज्ञीया यत्र च क्रियाः
Parmi eux se trouve le continent-île nommé Jambūdvīpa. L’ordonnance de Jambūdvīpa est le lieu où s’accomplissent les rites prescrits pour le sacrifice.
Verse 1409
तेभ्यो यद्द्रवते तोयं दिव्यामृतरसोपमम् । दिव्यतीर्थशताधाराः सरस्यः सर्वतः स्मृताः
D’eux s’écoule une eau comparable à la saveur de l’ambroisie divine ; et de toutes parts, dit-on, se trouvent des lacs, réceptacles de centaines de tīrtha célestes.
Verse 14010
यान्येतानीहपद्मस्य केसराणि समंततः । असंख्येयाः पृथिव्यां ते विविधाश्चैव पर्वताः
Aussi innombrables que les filaments de ce lotus tout autour, ainsi sur la terre se trouvent d’innombrables montagnes aux formes diverses.
Verse 14011
यानि पर्णानि पद्मस्य भूरिपूर्वाणि पार्थिव । ते दुर्गमाः शैलचिता म्लेच्छदेशाः प्रकीर्तिताः
Ô roi, ces nombreux et anciens pétales du lotus sont dits être des régions difficiles d’accès : des terres hérissées de montagnes, désignées comme des pays mleccha.
Verse 14012
यान्यधोभागपत्राणि ता निवासास्तु भागशः । दैत्यानामसुराणां च पन्नगानां च पार्थिव
Ô roi, les feuilles de la face inférieure (de ce lotus) devinrent, selon leur juste part, les demeures des Daityas, des Asuras et des races de serpents (Nāgas).
Verse 14013
तेषां मध्येंतरं यत्तु तद्रसातलसंज्ञितम् । महापातककर्माणो मज्जंते यत्र मानवाः
L’espace intermédiaire en leur milieu est appelé Rasātala ; c’est là que s’enfoncent les humains qui commettent les fautes les plus lourdes.
Verse 14014
चतुर्दिशासु संख्याताश्चत्वारः सलिलाकराः । एवं नारायणस्यार्थे मही पुष्कर संभवा
Ainsi, dans les quatre directions, on dénombre quatre océans, réceptacles des eaux ; de la sorte, la terre—née de Puṣkara—advint pour l’œuvre de Nārāyaṇa.
Verse 14015
प्रादुर्भावोप्ययं तस्मान्नाम्ना पुष्करसंज्ञितः । एतस्मात्कारणाद्यज्ञे पुराणैः परमर्षिभिः
Ainsi, en raison de sa manifestation et de sa résorption, il est connu sous le nom de « Puṣkara ». Pour cette même cause, dans le sacrifice (yajña), les suprêmes ṛṣis, par les Purāṇas, le déclarent ainsi.
Verse 14016
यज्ञियैर्वेददृष्टांतैर्यज्ञैर्यूपचितिः कृता । एवं भगवता तेन विश्वव्याप्यधराचिता
Selon les précédents védiques et par les rites du sacrifice, l’autel—avec ses poteaux sacrificiels—fut dûment édifié. Ainsi, par ce Seigneur Bienheureux, la terre—qui pénètre l’univers entier—fut établie et mise en ordre.
Verse 14017
पर्वतानां नदीनां च रचना चैव निर्मिता । विश्वस्य यश्चाप्रतिमप्रभावः प्रभाकरा भो वरुणोमितद्युतिः
Il façonna l’ordonnance même des montagnes et des rivières ; et Lui—dont la puissance est sans égale dans l’univers—est l’artisan de la radiance, ô Varuṇa, d’une splendeur incommensurable.
Verse 14018
शनैः स्वयंभूर्व्यसृजत्सुषुप्तं जगन्मयः पद्मनिधिं महार्णवे । विघ्नस्तपसि संभूतो मधुर्नाम महासुरः
Peu à peu, l’Auto-né (Brahmā), pénétrant l’univers, fit surgir dans le grand océan le trésor du lotus, comme plongé dans un profond sommeil. D’un obstacle né durant l’ascèse (tapas) naquit un grand asura nommé Madhu.
Verse 14019
तेनैव च सहोद्भूतो ह्यसुरो नाम कैटभः । तौ रजस्तमसोर्भूतौ संभूतौ तामसौ गणौ
Et avec lui surgit un asura nommé Kaiṭabha. Ces deux-là—nés de rajas et de tamas—vinrent à l’existence comme un couple d’êtres tamasiques.
Verse 14020
एकार्णवं जगत्सर्वं क्षोभयेतां महाबलौ । दिव्यरक्तांबरधरौ श्वेतदीप्तोग्रदंष्ट्रिणौ
Ces deux-là, d’une grande puissance, bouleversèrent le monde entier jusqu’à le faire devenir un seul océan. Revêtus de vêtements rouges divins, ils portaient des défenses blanches, terribles et étincelantes.
Verse 14021
किरीटमकुटोदग्रौ केयूरवलयोज्ज्वलौ । महाविवृतताम्राक्षौ पीनोरस्कौ महाभुजौ
Ils étaient parés de diadèmes et de couronnes élevées, étincelants de bracelets et d’armilles ; leurs yeux rougeâtres s’ouvraient largement, leur poitrine était pleine et vaste, et leurs bras, puissants.
Verse 14022
महागिरेः संहननौ जंगमाविव पर्वतौ । नवमेघप्रतीकाशावादित्यप्रतिमाननौ
Ils étaient d’une stature puissante, tels de grandes montagnes en marche; sombres comme des nuées de pluie nouvelles, le visage éclatant comme le soleil.
Verse 14023
विपुलाभोगकेयूर कराभ्यामतिभीषणौ । पादसंचारविन्यासैर्विक्षिपंताविवार्णवम्
Les mains ornées de larges et massifs bracelets, ils paraissaient d’une effroyable terreur; et par l’ordonnance de leurs pas, on eût dit qu’ils brassaient et soulevaient l’océan.
Verse 14024
कंपयंतौ हरिमिव शयानं मधुसूदनम् । तौ तत्र विचरंतौ तु पुष्करे विश्वतोमुखौ
Errant là, à Puṣkara, ces deux êtres, tournés vers toutes les directions, faisaient trembler le lieu comme si c’était Hari Mādhusūdana étendu dans le repos.
Verse 14025
योगिनां श्रेष्ठमत्यंतं दीप्तं ददृशतुस्तदा । नारायणसमाज्ञातं सृजंतमखिलाः प्रजाः
Alors ils virent le plus éminent des yogins, d’un éclat suprême, qui, sur l’ordre de Nārāyaṇa, faisait naître toutes les créatures.
Verse 14026
दैवतानि च विश्वानि मानसांश्च सुतानृषीन् । ततस्तावूचतुस्तत्र ब्रह्माणमसुरोत्तमौ
Et (il engendra) les dieux et les mondes, ainsi que les fils nés de l’esprit, les ṛṣis. Alors, là, ces deux-là, les plus éminents des asuras, s’adressèrent à Brahmā.
Verse 14027
दुष्टौ युयुत्सू संक्रुद्धौ क्रोधव्याकुलितेक्षणौ । कस्त्वं पुष्करमध्यस्थः सितोष्णीषश्चतुर्भुजः
Tous deux étaient pervers, avides de combat, courroucés, le regard troublé par la colère. Qui es-tu, toi qui te tiens au milieu de Puṣkara, coiffé d’un turban blanc et pourvu de quatre bras ?
Verse 14028
आवामगणयन्मोहादास्से त्वं विगतस्पृहः । एह्यागच्छावयोर्युद्धं देहि त्वं कमलोद्भव
Par égarement tu nous as méprisés ; et pourtant te voilà assis ici, sans désir. Viens, approche ! Accorde-nous le combat, ô Né du Lotus (Brahmā).
Verse 14029
आवाभ्यां परमेशाभ्यामशक्तः स्थातुमर्णवे । तत्र कश्च भवेत्तुभ्यं येन चात्र नियोजितः
Par la puissance de nous deux, les Seigneurs suprêmes, tu ne peux demeurer dans l’océan. Qui donc pourrait y subsister pour toi, et par qui serais-tu établi ici ?
Verse 14030
कः स्रष्टा कश्च ते गोप्ता केन नाम्नाभिधीयते । ब्रह्मोवाच । ईश्वरः प्रोच्यते लोके विष्णुश्चानंतशक्तिधृत्
Qui est le créateur, et qui est ton protecteur ? Sous quel nom est-il connu ? Brahmā répondit : Dans le monde on l’appelle le Seigneur (Īśvara), et c’est Viṣṇu, le soutien d’une puissance sans fin.
Verse 14031
तत्सकाशात्तु जातं मां स्रष्टारमवगच्छतम् । मधुकैटभा ऊचतुः । नावयोः परमं लोके किंचिदस्ति महामुने
Sachez que je suis le Créateur, né de Lui. Madhu et Kaiṭabha dirent : Ô grand sage, il n’est rien au monde qui nous soit supérieur.
Verse 14032
आवाभ्यां च्छाद्यते विश्वं तमसा रजसा च वै । रजस्तमोमयावावामृषीणामतिलंघिनौ
Par nous l’univers tout entier est voilé, certes, par l’obscurité (tamas) et par la passion (rajas). Nous sommes faits de rajas et de tamas, et même les ṛṣis ne peuvent nous outrepasser.
Verse 14033
धर्म शीलं च्छादयन्तौ नाशकौ सर्वदेहिनाम् । आवाभ्यां युज्यते लोको दुस्तराभ्यां युगे युगे
Nous sommes les deux qui voilons le dharma et la bonne conduite, destructeurs de tous les êtres incarnés. À chaque âge, le monde se trouve lié à nous, difficiles à franchir.
Verse 14034
आवामर्थश्च कामश्च यज्ञस्सर्वपरिग्रहः । सुखं यत्र मदो यत्र यत्र श्रीः कीर्तिरेव च
Là sommes-nous : prospérité et désir ; là sont le sacrifice (yajña) et toute forme d’acquisition. Où nous sommes, il y a bonheur et ivresse ; où nous sommes, se trouvent aussi Śrī et la renommée.
Verse 14035
येषां यत्कांक्षितं किंचित्तत्तदावां विचिंतय । ब्रह्मोवाच । आवाभ्यां संहतौ दृष्ट्वा युवां पूर्वं पराजितौ
«Tout ce qu’ils désirent, considère-le et décide-le pour nous deux.» Brahmā dit : «Vous voyant tous deux unis, jadis vous fûtes vaincus par nous deux.»
Verse 14036
तं समाधाय गुणिनं सत्वं चास्मि समाश्रितः । यः परो योगयुक्तात्मा योक्षरः सत्वमेव च
Ayant établi mon esprit sur ce principe vertueux, je me suis aussi réfugié en sattva. Il est le Suprême, dont l’âme est unie au yoga ; Lui, l’Impérissable, est véritablement sattva lui-même.
Verse 14037
रजसस्तमसश्चैव यः स्रष्टा विश्वसंभवः । ततो भूतानि जायंते सात्विकानीतराणि च
De Celui qui, par rajas et tamas, est le Créateur, source de l’univers, naissent les êtres : les uns sont sāttviques, les autres de natures diverses.
Verse 14038
स एव युवयोर्नाशं वासुदेवः करिष्यति । स्वपन्नेव ततो देवो बहुयोजनविस्तृतौ
Ce même Vāsudeva accomplira votre destruction à tous deux. Alors le Dieu apparut comme en un songe, immense, s’étendant sur de nombreux yojanas.
Verse 14039
बाहू नारायणो ब्रह्म कृतवानात्ममायया । कृष्यमाणौ ततस्तस्य बाहुभ्यां बाहुशालिनौ
Par sa propre puissance divine (māyā), Nārāyaṇa façonna les bras de Brahmā. Puis, de ses bras furent tirés deux êtres aux bras puissants.
Verse 14040
चेरतुस्तौ विगलितौ शकुनाविव पीवरौ । ततस्तावाहतुर्गत्वा वासुदेवं सनातनम्
Ces deux-là erraient, amaigris—tels des oiseaux—bien qu’ils eussent été jadis corpulents. Puis ils allèrent s’adresser à Vāsudeva, l’Éternel.
Verse 14041
पद्मनाभं हृषीकेशं प्रणिपत्य नतावुभौ । जानीवस्त्वां विश्वयोनिं त्वामेकं पुरुषोत्तमम्
Nous prosternant devant Padmanābha, Hṛṣīkeśa, tous deux, courbés avec humilité, nous te reconnaissons comme le sein et la source de l’univers : Toi seul es le Puruṣottama, la Personne Suprême.
Verse 14042
आवयोश्चैव हेतुं त्वां जानन्तौ बुद्धिकारणम् । अमोघदर्शनं सत्यं यतस्त्वां विद्वशाश्वतम्
Nous te connaissons tous deux comme la cause même qui nous soutient et comme la source de l’intelligence. Ta vision est infaillible et véridique, car tu es l’Éternel, l’Omniscient.
Verse 14043
ततस्त्वामभितो देव कांक्षावः प्रसमीक्षितुम् । अमोघदर्शनोसि त्वं नमस्ते समितिंजय
C’est pourquoi, ô Dieu, de toutes parts nous brûlons de te contempler clairement. Ton regard est infaillible ; salutations à toi, ô vainqueur des assemblées (des combats).
Verse 14044
श्रीभगवानुवाच । किमर्थं मामनुब्रूथ युवामसुरसत्तमौ । गतायुष्कौ युवां भूयस्त्वहो जीवितुमिच्छथः
Le Seigneur Bienheureux dit : «Dans quel but me parlez-vous, vous deux, les plus éminents parmi les Asuras ? Votre durée de vie est épuisée ; et pourtant, hélas, vous désirez encore vivre à nouveau».
Verse 14045
मधुकैटभा ऊचतुः । यस्मिन्न कश्चिन्मृतवान्देव तस्मिन्वधं प्रभो । इच्छावः पुत्रतां चैव भवतः सुमहातपः
Madhu et Kaiṭabha dirent : «Ô dieu, ô Seigneur, puisque en ce lieu nul n’est jamais mort, comment pourrait-il y avoir notre mise à mort ? Ô toi dont l’austérité est immense, nous désirons aussi devenir tes fils».
Verse 14046
श्रीभगवानुवाच । युवयोर्बाढमेतत्स्याद्भविष्ये कलिसंभवे । भविष्यथो न संदेहः सत्यमेतद्ब्रवीमि वाम्
Le Seigneur Bienheureux dit : «Oui, cela s’accomplira assurément pour vous deux dans l’avenir, lors de l’avènement de l’âge de Kali. Vous serez ainsi, sans aucun doute ; cette vérité, je vous la dis à tous deux».
Verse 14047
वरं प्रदायाथ महासुराभ्यां सनातनो विश्वधरः सुरोत्तमः । रजस्तमोजौ तु तदांजनोपमौ ममर्द तावूरुतलेऽमरप्रभुः
Après avoir accordé une grâce aux deux grands asura, l’Éternel, soutien du monde, le plus excellent des dieux—Seigneur des immortels—écrasa alors ces deux-là, Rajas et Tamas, noirs comme le khôl, sous sa cuisse.
Verse 14048
स्थित्वा तस्मिंस्तु कमले ब्रह्मा ब्रह्मविदांवरः । ऊर्ध्वबाहुर्महातेजास्तपोघोरं समाश्रितः
Se tenant là sur ce lotus, Brahmā—le premier des connaisseurs du Brahman—d’une grande splendeur, les bras levés, s’adonna à une ascèse (tapas) austère et redoutable.
Verse 14049
प्रज्वलन्निव तेजोभिर्भाभिः स्वाभिस्तमोनुदः । बभाषे स तु धर्मात्मा सहस्रांशुरिवांशुभिः
Comme embrasé par ses propres lueurs et puissances qui chassent les ténèbres, cet être à l’âme droite parla, tel le soleil aux mille rayons avec ses faisceaux.
Verse 14050
अथान्यद्रूपमास्थाय प्रभुर्नरायणोव्ययः । आजगाम महातेजा योगाचार्यो महायशाः
Alors le Seigneur Nārāyaṇa—l’Impérissable—ayant pris une autre forme, arriva : d’un éclat immense, illustre maître et précepteur du Yoga.
Verse 14051
सांख्याचार्यश्च मतिमान्कपिलो ब्रह्मणां वरः । उभावपि महात्मानौ पूजितौ तत्र तत्परौ
Là se trouvait aussi le sage Kapila—maître du Sāṃkhya et le premier parmi les connaisseurs du Brahman—; et ces deux grandes âmes y furent honorées, tout entières vouées avec dévotion.
Verse 14052
तौ प्राप्तावूचतुस्तत्र ब्रह्माणममितौजसम् । परावरविशेषज्ञौ पूजितौ च महर्षिभिः
Étant parvenus en ce lieu, tous deux s’adressèrent à Brahmā, à la splendeur sans mesure—connaisseurs des distinctions entre le supérieur et l’inférieur—et eux-mêmes honorés par les grands ṛṣis.
Verse 14053
ब्रह्म संपरिवेद्यं ते विशाल जगदास्थितौ । ग्रामणीस्सर्वभूतानां ब्रह्मा त्रैलोक्यपूजितः
Brahmā vous est parfaitement connu; Il demeure dans l’immense univers. Il est le chef de tous les êtres et Il est vénéré dans les trois mondes.
Verse 14054
तयोस्तद्वचनं श्रुत्वा विबोध्यगतयोः परम् । त्रीनिमान्कृतवान्लोकान्यथेयं ब्रह्मणः श्रुतिः
Ayant entendu leurs paroles et discerné la vérité suprême concernant les deux destinées, il créa ces trois mondes; ainsi l’énonce cet enseignement sacré de Brahmā.
Verse 14055
पुत्रं स्वसंभवं चैकं समुत्पादितवान्भुवम् । तदाग्रे चागतस्तस्य ब्रह्ममानससंभवः
Il fit naître sur la terre un unique fils, né de lui-même; puis, devant lui, survint un autre, né de l’esprit de Brahmā.
Verse 14056
उत्पन्नमात्रो ब्रह्माणमुक्तवान्मानसः सुतः । किं कुर्मस्तव साहाय्यं ब्रवीतु भगवानिति
À peine né, le fils né de l’esprit parla à Brahmā : «Que ferons-nous pour t’assister ? Que le Seigneur Bienheureux nous l’énonce».
Verse 14057
ब्रह्मोवाच । यदेष कपिलो नाम ब्रह्मनारायणस्तथा । वदतो भवतस्त्वं तु तत्कुरुष्व महामते
Brahmā dit : «Puisque celui-ci porte vraiment le nom de Kapila, et qu’il est aussi Brahman et Nārāyaṇa, alors toi—ô grand d’esprit—accomplis cette œuvre, conformément à ta parole.»
Verse 14058
ब्रह्मणा स तथोक्तस्तौ प्राह भूप समुत्थितः । शुश्रूषुरस्मि युवयोः किं करोमि कृतांजलि
Ainsi apostrophé par Brahmā, le roi se leva et dit : «Je brûle de vous servir tous deux ; les mains jointes, que dois-je faire ?»
Verse 14059
श्रीभवगवानुवाच । यत्सत्यमक्षरं ब्रह्म अष्टादशविधं च तत् । यत्सत्यममृतं तत्तु परं पदमनुस्मर
Le Seigneur Bienheureux dit : «Souviens-toi de la demeure suprême qui est Vérité : le Brahman impérissable, exposé en dix-huit modes ; ce qui est Vérité et immortel—souviens-toi de cet état le plus haut.»
Verse 14060
एतद्वचो निशम्यैवं स ययौ दिशमुत्तरां । गत्वा च तत्र स ब्रह्म अगमज्ज्ञानचक्षुषा
Ayant entendu ces paroles, il se dirigea vers le nord ; et, parvenu là, ce Brahmā perçut, par l’œil de la connaissance spirituelle, ce qui devait être connu.
Verse 14061
ततो ब्रह्मा भुवर्नाम द्वितीयमसृजत्प्रभुः । संकल्पयित्वा मनसा तमेव च महामनाः
Alors Brahmā, le Seigneur souverain, créa le second monde nommé Bhuvar ; et ce grand d’esprit, l’ayant d’abord formé par l’intention de son mental, le fit paraître.
Verse 14062
ततः सोप्यब्रवीद्वाक्यं किं करोमि पितामह । पितामहसमा ज्ञातो ब्रह्माणं समुपस्थितः
Alors lui aussi dit ces paroles : «Ô Pitāmaha, que dois-je faire ?» Le reconnaissant comme l’égal de son aïeul, il s’approcha de Brahmā.
Verse 14063
ब्राह्मणस्यामृतरसोनुभूतस्तेन वै ततः । प्राप्तः सपरमंस्थानं स तयोः पार्श्वमागतः
Ayant goûté, par ce brāhmaṇa, l’essence au nectar d’amṛta, il atteignit ensuite la demeure suprême et vint se tenir auprès de ces deux-là.
Verse 14064
तस्मिन्नपि गते सोथ तृतीयमसृजत्प्रभुः । मोक्षप्रवृत्तिकुशलं सुवर्नामयुतः प्रभुः
Lorsque celui-là aussi fut parti, le Seigneur créa un troisième : habile à mettre les êtres sur la voie de la mokṣa, et pourvu d’une nature et d’un éclat d’or.
Verse 14065
सोपि तंधर्ममास्थाय तयोरेवागमद्गतिं । एवं पुत्रास्त्रयोप्येते गताः शंभोर्महात्मनः
Lui aussi, adoptant ce même dharma, atteignit la même destination que ces deux-là. Ainsi, ces trois fils parvinrent pareillement à l’état bienheureux du magnanime Śambhu (Śiva).
Verse 14066
तान्गृहीत्वा सुतांस्तस्य तौ गतावूर्जितां गतिं । नारायणश्च भगवान्कपिलश्च यतीश्वरः
Emmenant avec eux ses fils, tous deux s’avancèrent sur une voie puissante : le Seigneur Nārāyaṇa et Kapila, le plus éminent des yatis.
Verse 14067
यं कालं ते गता ब्रह्म ब्रह्मा तं कालमेव च । तपोघोरतरं भूयः संश्रितः परमं पदं
Ô Brahman, à l’instant même où tu t’en allas, Brahmā parvint lui aussi à ce même moment ; puis, s’appuyant de nouveau sur des austérités plus redoutables encore, il atteignit l’état suprême.
Verse 14068
न च शक्तस्ततो ब्रह्मा प्रभुरेकस्तपश्चरन् । शरीरार्धात्ततो भार्यामुत्पादयति तच्छुभाम्
Alors Brahmā, bien qu’il fût l’unique Seigneur, ne put poursuivre seul la pratique des austérités ; aussi, de la moitié de son propre corps, il fit naître une épouse, entièrement de bon augure.
Verse 14069
आत्मनः सदृशान्पुत्रानसृजद्वै पितामहः । विश्वे प्रजानां पतयो येभ्यो लोका विनिःसृताः
Le Grand-Père (Brahmā) créa vraiment des fils semblables à lui-même : les Viśvedevas, seigneurs des créatures, d’eux sortirent les mondes.
Verse 14070
विश्वेशं प्रथमं तावन्महात्मा तपसात्मजम् । सर्वत्रसंहतं पुण्यं नाम्ना धर्मं स सृष्टवान्
D’abord, cette grande âme créa Viśveśa, né de l’austérité ; puis il fit surgir la puissance sacrée, omniprésente et rassemblée en elle-même, connue sous le nom de Dharma.
Verse 14071
दक्षं मरीचिमत्रिं च पुलस्त्यं पुलहं कतुम् । वसिष्ठं गौतमं चैव भृगुमंगिरसं मुनिं
Dakṣa, Marīci, Atri, Pulastya, Pulaha, Kratu, Vasiṣṭha, Gautama, ainsi que les sages Bhṛgu et Aṅgiras.
Verse 14072
अत्यद्भुतास्स्वकृत्येन ज्ञेयास्ते तु महर्षयः । त्रयोदशगुणारंभा ये वंशास्तु महर्षिणां
Les grands ṛṣi doivent être reconnus à leurs propres actes merveilleux. Et l’on dit que les lignées des maharṣi prennent leur origine en treize qualités.
Verse 14073
अदितिर्दितिर्दनुः काला अनायुः सिंहिका खसा । प्राची क्रोधा च सुरसा विनता कद्रुरेव च
Aditi, Diti, Danu, Kālā, Anāyu, Siṁhikā, Khasā ; ainsi que Prācī, Krodhā, Surasā, Vinatā et Kadrū.
Verse 14074
दक्षस्यापत्यमेतद्वै कन्या द्वादश पार्थिव । नक्षत्राणि च चंद्रस्य विंशतिस्सप्त चोर्जिताः
Ô roi, voici en vérité la descendance de Dakṣa : douze filles ; et aussi les vingt-sept puissants Nakṣatra de la Lune, les demeures lunaires.
Verse 14075
मरीचेः कश्यपः पुत्रस्तपसा निर्मितः किल । तस्मै द्वादशकन्याश्च दक्षस्ताश्चान्वमन्यत
Kāśyapa, fils de Marīci, fut —dit-on— produit par l’austérité. Aussi Dakṣa lui accorda douze filles pour épouses, y consentant pleinement.
Verse 14076
नक्षत्राणि च सोमाय तथैवं दत्तवानृषिः । रोहिण्यादीनि सर्वाणि पुण्यानि कुरुनंदन
Ainsi le sage donna à Soma, la Lune, les demeures lunaires : toutes, à commencer par Rohiṇī, ces constellations sacrées, ô descendant des Kuru.
Verse 14077
लक्ष्मीस्सरस्वती संध्या विश्वेशा च महायशाः । देवी सरस्वती चैव ब्रह्मणा निर्मिताः पुरा
Lakṣmī, Sarasvatī, Sandhyā et Viśveśā—ces déesses de très grande renommée—furent jadis créées par Brahmā ; et de même la déesse Sarasvatī.
Verse 14078
एताः पञ्च वरिष्ठा वै सुरश्रेष्ठाय पार्थिव । दत्ता धर्माय भद्रं ते ब्रह्मणा दृष्टकर्मणा
Ô roi, ces cinq—véritablement les plus éminentes—furent accordées par Brahmā au meilleur des dieux pour la cause du Dharma. Que l’auspice soit sur toi : ainsi les donna Brahmā, celui qui voit le fruit des actes.
Verse 14079
या रूपार्धवती पत्नी ब्रह्मणः कामरूपिणी । सुरभिः सहसा भूत्वा ब्रह्माणं समुपस्थिता
Cette épouse de Brahmā—pourvue d’une part de beauté et capable de prendre des formes à son gré—devint soudain Surabhī et se tint devant Brahmā.
Verse 14080
ततस्तामगमद्ब्रह्मा मैथुने लोकपूजितः । लोकसर्जनहेतुज्ञो गवामर्थाय सत्तम
Alors Brahmā—vénéré par les mondes et connaissant la cause de la création des êtres—s’unit à elle, ô meilleur des vertueux, afin de faire naître le bétail.
Verse 14081
जज्ञे चैकादशसुतान्विपुलान्धर्मसंज्ञितान् । रक्तसंध्याभ्रसंकाशान्महतस्तिग्मतेजसः
Et naquirent onze fils puissants, connus collectivement sous le nom de « Dharma », pareils aux nuées rouges du crépuscule—grands êtres à l’éclat aigu et flamboyant.
Verse 14082
ते रुदंतो द्रवंतश्च गतवंतः पितामहम् । रोदनाद्द्रवणाच्चैव रुद्रा एवेति ते स्मृताः
En pleurant et en courant, ils allèrent vers Pitāmaha (Brahmā). Et à cause de leurs pleurs et de leur course, on se souvient d’eux, en vérité, comme des « Rudra ».
Verse 14083
निर्हृतिश्चैव संध्यश्च तृतीयश्चाप्ययोनिजः । मृगव्याधः कपर्दी च महाविश्वेश्वरश्च यः
Nirhṛti, et aussi Sandhyā, et le troisième, Ayonija ; de même Mṛgavyādha, Kapardī, et celui qui est Mahāviśveśvara.
Verse 14084
अहिर्बुध्न्यश्च भगवान्कपाली चैव पिंगलः । सेनानीश्च महातेजा रुद्राश्चैकादश स्मृताः
Ahirbudhnya, Bhagavān, Kapālī et Piṅgala ; Senānī et le très rayonnant Mahātejā : ceux-là sont rappelés comme les onze Rudra.
Verse 14085
तस्यामेव सुरभ्यां च गावो जाताः सुराश्च ये । अजश्चैव तु हंसश्च तथैव नृपसत्तम
De cette même Surabhī naquirent les vaches et les dieux ; et de même la chèvre et le haṃsa (l’oie), ô le meilleur des rois.
Verse 14086
ओषध्यः प्रवरायाश्च सुरभ्यास्तास्समुत्थिताः । धर्माल्लक्ष्मीस्तथाकामं साध्यान्साध्या व्यजायत
De Surabhī surgirent les plantes médicinales et les vaches d’excellence. De Dharma naquit Lakṣmī ; et de même, selon le désir, Sādhya enfanta les Sādhyas.
Verse 14087
भवं च प्रभवं चैव कृशाश्वं सुवहं तथा । अरुणं वरुणं चैव विश्वामित्र चल ध्रुवौ
(Il mentionna) Bhava et Prabhava ; de même Kṛśāśva et Suvaha ; Aruṇa et Varuṇa ; et encore Viśvāmitra, Cala et Dhruva.
Verse 14088
हविष्मंतं तनूजं च विधानाभिमतावपि । वत्सरं चैव भूतिं च सर्वासुरनिषूदनम्
Haviṣmant, Tanūja, et aussi Vidhānābhimata ; Vatsara et Bhūti également : tous, les pourfendeurs de toute armée d’asuras.
Verse 14089
सुपर्वाणं बृहत्कांतिं साध्या लोकनमस्कृतम् । वासवानुगता देवी जनयामास वै सुरान्
La Déesse, suivant Vāsava (Indra), enfanta en vérité les dieux : Suparvan, Bṛhatkānti, Sādhya et Lokanamaskṛta.
Verse 14090
धरं वै प्रथमं देवं द्वितीयं ध्रुवमव्ययम् । विश्वावसुं तृतीयं च चतुर्थं सोममीश्वरं
D’abord vient le deva Dhara ; en second, Dhruva l’impérissable ; en troisième, Viśvāvasu ; et en quatrième, Soma, le Seigneur.
Verse 14091
ततोनुरूपमायं च यमं तस्मादनंतरम् । सप्तमं च तथा वायुमष्टमं निर्हृतिं तथा
Puis (il mentionne) Anurūpa et Māya ; et après eux, Yama. Le septième est de même Vāyu, et le huitième, Nirhṛti aussi.
Verse 14092
धर्मस्यापत्यमेतद्वै सुरभ्यां तदजायत । विश्वेदेवाश्च विश्वायां धर्माज्जाता इति स्मृताः
En vérité, ceci naquit comme enfant de Dharma, issu de Surabhī. Et les Viśvedevas, dit la tradition, naquirent de Dharma dans le sein de Viśvā.
Verse 14093
दक्षश्चैव महाबाहुः पुष्करस्तम एव च । चाक्षुषश्च ततोत्रिश्च तथा भद्रमहोरगौ
Et Dakṣa, aux bras puissants, et Puṣkara, et Tama aussi ; puis Cākṣuṣa, et Atri également ; de même Bhadra et Mahoraga.
Verse 14094
विश्वांतक वसुर्बालो निकुंभश्च महायशाः । रुरुदश्चातिसिद्धौजा भास्कर प्रमितद्युतिः
Viśvāntaka, Vasur, Bāla et Nikuṃbha, de grande renommée ; ainsi Ruruda, à la puissance hautement accomplie ; et Bhāskara, dont l’éclat est mesuré à celui du Soleil.
Verse 14095
विश्वान्देवान्देवमाता विश्वेषां जनयत्सुतान् । मरुत्वती मरुत्वतो देवानजनयत्सुतान्
La Mère des dieux enfanta les Viśva-devas comme fils pour le bien de tous. Marutvatī, de même, enfanta comme fils les dieux Marutvat.
Verse 14096
अग्निश्चक्षू रविर्ज्योतिः सावित्री मित्रमेव च । अमरं शरवृष्टिं च सुकर्षं च महत्तरम्
Agni, l’Œil ; Ravi, la Lumière ; Sāvitrī et Mitra aussi ; l’Immortel ; la pluie de flèches ; Sukarṣa ; et le Très-Grand.
Verse 14097
विराजं चैव राजं च विश्वायुं सुमतिं तथा । अश्वगं चित्ररश्मिं च तथा च निषधं नृपं
Et il énuméra aussi Virāja et Rāja ; de même Viśvāyu et Sumati ; ainsi qu’Aśvaga et Citraraśmi, et Niṣadha, le roi.
Verse 14098
भूय एवं चात्मविधिं चारित्रं पादमात्रगं । बृहंतं वै बृहद्रूपं तथा चैव सनाभिगं
De plus, (il exposa) la discipline de la connaissance du Soi et la conduite sacrée—rapportées seulement pour un quart (comme récit partiel)—ainsi que le Vaste, à la forme immense, et aussi Celui qui est pourvu d’un nombril, source cosmique.
Verse 14099
मरुत्वती प्रजा जज्ञे ज्येष्ठां तं मरुतांगणं । अदितिः कश्यपाज्जज्ञे आदित्यान्द्वादशैव हि
De Marutvatī naquit la descendance, l’aîné parmi la troupe des Maruts. Et Aditi, de Kaśyapa, enfanta en vérité les douze Ādityas.
Verse 140100
इंद्रो विष्णुर्भगस्त्वष्टा वरुणोंशोर्यमारविः । पूषा मित्रश्च वरदो धाता पर्जन्य एव हि
Indra, Viṣṇu, Bhaga, Tvaṣṭṛ, Varuṇa, Aṃśa, Aryaman et Ravi (le Soleil) ; Pūṣan, Mitra, le dispensateur de grâces, Dhātṛ, et en vérité Parjanya—(telles sont les puissances divines énumérées).
Verse 140101
इत्येते द्वादशादित्या वरिष्टास्त्रिदिवौकसां । आदित्यस्य सरस्वत्यां जज्ञाते द्वौ सुतौ वरौ
Ainsi, tels sont les douze Ādityas, les plus éminents parmi les habitants du ciel. Et d’Āditya, en Sarasvatī, naquirent deux fils d’excellence.
Verse 140102
तपःश्रेष्ठौ गुणश्रेष्ठौ त्रिदिवस्यातिसंमतौ । दनुस्तु दानवान्जज्ञे दितिर्दैत्यान्व्यजायत
Deux (fils) furent les plus éminents par l’austérité et les plus éminents par la vertu, et ils étaient hautement honorés dans les trois mondes. Danu, toutefois, enfanta les Dānavas, tandis que Diti mit au monde les Daityas.
Verse 140103
काला तु कालकेयांस्तानसुरान्राक्षसांस्तथा । अनायुषायास्तनया व्याधयश्च महाबलाः
Kālā, quant à elle, enfanta ces démons Kālakeya, ainsi que d’autres Asuras et Rākṣasas ; et Anāyuṣā mit au monde de puissantes maladies, grandes par leur force.
Verse 140104
सिंहिका ग्रहमाता च गंधर्वजननी मुनिः । प्राची त्वप्सरसां माता पुण्यानां भारतेतरा
Siṃhikā est la mère des Grahas (saisisseurs célestes) ; la sage ascète est la mère des Gandharvas. Prācī, de plus, est la mère des Apsaras ; et Bhāratī est la mère des Puṇyas, êtres de mérite.
Verse 140105
क्रोधा साः सर्वभूतानि पिशाचा सा च पार्थिव । जज्ञे यक्षगणांश्चैव राक्षसांश्च विशांपते
De Krodhā naquirent tous les êtres ; et de Piśācā, ô roi, naquirent les cohortes de Yakṣas et aussi les Rākṣasas, ô seigneur des peuples.
Verse 140106
चतुष्पदानि सत्वानि एता गाश्चैव सौरभी । पुराणपुरुषश्चैव मायां विष्णुर्हरिः प्रभुः
Voici les êtres à quatre pattes ; voici les vaches, et aussi Saurabhī, la vache qui exauce les vœux. Voici aussi l’Homme primordial, et voici la Māyā : Viṣṇu, Hari, le Seigneur lui-même.
Verse 140107
कथितस्तेनुपूर्वेण संस्तुतश्च महर्षिभिः । यश्चेदमग्र्यं शृणुयात्पुराणं सदा नरः पर्वसु चेत्पठेत
Ce Purāṇa fut jadis exposé par lui et loué par les grands ṛṣis. Et l’homme qui écoute sans cesse cet excellent Purāṇa—ou le récite aux jours de fête sacrée—en recueille le mérite.
Verse 140108
अवाप्यलोकं स हि वीतरागः परत्र च स्वर्गफलानि भुंक्ते चक्षुषा मनसा वाचा कर्मणा च चतुर्विधम्
Ayant atteint ce séjour, celui qui est sans attachement jouit aussi, dans l’au-delà, des fruits du ciel, en quatre modes : par l’œil, par l’esprit, par la parole et par l’action.
Verse 140109
प्रसादयति यः कृष्णं तस्य कृष्णः प्रसीदति । राज्यं च लभते राजा निर्धनश्चोत्तमं धनम्
Celui qui réjouit Kṛṣṇa, Kṛṣṇa se réjouit de lui. Le roi recouvre son royaume, et le pauvre obtient une richesse suprême.
Verse 140110
क्षीणायुर्लभते चायुः पुत्रकामोथ संततिम् । यज्ञार्थिनस्तथा कामांस्तपांसि विविधानि च
Celui dont la vie décline obtient une longévité renouvelée ; celui qui désire un fils obtient une descendance. De même, ceux qui aspirent au yajña atteignent leurs buts désirés et diverses formes de tapas (austérité) avec leurs fruits.
Verse 140111
यं यं कामयते कामं तं तं लोकेश्वराल्लभेत् । सर्वं विहाय य इमं पठेद्वै पौष्करं हरेः
Quel que soit le désir qu’un homme chérisse, ce désir même il peut l’obtenir du Seigneur des mondes, s’il renonce à tout le reste et récite cette section de Hari liée à Puṣkara.
Verse 140112
प्रादुर्भावं नरश्रेष्ठ न तस्य ह्यशुभं भवेत् । एष पौष्करकोनाम प्रादुर्भावो महात्मनः
Ô le meilleur des hommes, pour celui qui contemple cette manifestation divine, nul mauvais présage ne peut advenir. Telle est l’apparition nommée Pauṣkara, appartenant à ce grand être.
Verse 140113
कीर्तितस्तु महाराज व्यासश्रुतिनिदर्शनात् । विष्णुत्वं शृणु मे विष्णोर्हरित्वं च कृतेयुगे
Ô grand roi, cela a été proclamé, appuyé sur le témoignage de la tradition de Vyāsa. Écoute maintenant de moi la nature de Viṣṇu en tant que Viṣṇu, et aussi son identité comme Hari au Kṛta Yuga.
Verse 140114
वैकुंठत्वं च देवेषु कृष्णत्वं मानुषेषु च । ईश्वरस्य हितस्यैषा कर्मणां गहना गतिः
Parmi les dieux, (Il se manifeste) comme Vaikuṇṭha; parmi les hommes, comme Kṛṣṇa. Telle est la marche profonde et impénétrable des actes qui servent le dessein bienveillant du Seigneur.
Verse 140115
सांप्रतं भूतभव्यं च शृणु राजन्यथातथं । अव्यक्तो व्यक्तलिंगस्थो य एष भगवान्प्रभुः
Ô roi, écoute maintenant, dans l’ordre convenable, le présent, le passé et l’avenir : comment le Seigneur Bienheureux, le Souverain, bien qu’inmanifesté, demeure dans les marques manifestes (de la création).
Verse 140116
नारायणो ह्यनंतात्मा प्रभवाप्यय एव च । एष नारायणो भूत्वा हरिरासीत्सनातनः
Nārāyaṇa, dont le Soi est infini, est véritablement la source de l’émanation et le lieu de la dissolution. Devenu Nārāyaṇa, Hari existait comme l’Éternel.
Verse 140117
ब्रह्मा वायुश्च सोमश्च धर्मः शक्रो बृहस्पतिः । अदितेरपि पुत्रत्वमेत्यजः कुरुनंदन
Brahmā, Vāyu, Soma, Dharma, Śakra et Bṛhaspati —ô descendant de Kuru— parvinrent à l’état d’être fils d’Aditi ; et le Non‑Né (Aja) l’obtint aussi.
Verse 140118
एष विष्णुरिति ख्यात इन्द्रस्यावरजो विभुः । प्रसादनं तस्यविभोरदित्याः पुत्रकारणम्
Il est renommé sous le nom de Viṣṇu, le puissant cadet d’Indra. Gagner la grâce de ce Seigneur fut la cause pour laquelle Aditi obtint un fils.
Verse 140119
वधार्थं सुरशत्रूणां दैत्यदानवरक्षसाम् । ससर्जाथ सुरान्कल्पे ब्रह्माणं च प्रजापतीन्
Afin de détruire les ennemis des dieux—les Daityas, Dānavas et Rākṣasas—il créa alors, en ce kalpa, les dieux, ainsi que Brahmā et les Prajāpatis.
Verse 140120
असृजन्मानसांस्तत्र ब्रह्मवंशाननुत्तमान् । तेभ्योभवन्महात्मभ्यः परंब्रह्म सनातनम्
Là, par sa pensée, il créa les lignées incomparables de la race de Brahmā. De ces grandes âmes advint l’éternel Brahman suprême.
Verse 140121
एतदाश्चर्यभूतस्य विष्णोः कर्मानुकीर्तितं । कीर्त्तनीयस्य लोकेषु कीर्त्यमानं निबोध मे
Ainsi sont célébrées les œuvres merveilleuses de Viṣṇu. Écoute-moi tandis que je les récite : des actes dignes de louange, loués dans tous les mondes.
Verse 140122
वृत्ते वृत्रवधे भीष्म वर्तमाने कृतेयुगे । आसीत्त्रैलोक्यविख्यातः संग्रामस्तारकामयः
Ô Bhīṣma, après la mise à mort de Vṛtra—alors que se déroulait le Kṛta Yuga—eut lieu un combat renommé dans les trois mondes, peuplé de guerriers tels que Tārakā.
Verse 140123
यत्र ते दानवा घोराः सर्वे संग्रामदुर्जयाः । घ्नंति देवासुरान्सर्वान्सयक्षोरगराक्षसान्
Là, ces terribles Dānavas—chacun invincible au combat—massacrent tous les Devas et les Asuras, ainsi que les Yakṣas, les Nāgas et les Rākṣasas.
Verse 140124
ते वध्यमाना विमुखाश्छिन्नप्रहरणा रणे । त्रातारं मनसा जग्मुर्देवं नारायणं प्रभुम्
Alors qu’ils étaient mis à mort—fuyant, le dos tourné, leurs armes brisées sur le champ de bataille—ils cherchèrent en leur cœur le Seigneur Nārāyaṇa, le Maître divin, comme refuge.
Verse 140125
एतस्मिन्नंतरे मेघा निर्वाणांगारवर्चसः । सार्कचंद्रग्रहगणं च्छादयंतो नभस्तलम्
Cependant, des nuées—luisant comme des braises éteintes—s’étendirent et voilèrent le ciel, avec le soleil, la lune et la troupe des planètes.
Verse 140126
चंडविद्युद्गणोपेता घोरनिर्ह्रादकारिणः । अन्योन्यवेगाभिहताः प्रववुः सप्तमारुताः
Accompagnés d’âpres gerbes d’éclairs et faisant retentir d’effroyables grondements, les sept vents soufflèrent, se heurtant l’un l’autre par des forces contraires.
Verse 140127
दीप्ततोयाः सनिर्घातैः सह वज्रानलानिलैः । रवैस्सुघोरैरुत्पातैर्दह्यमानमिवाम्बरम्
Avec des torrents flamboyants, avec des fracas de tonnerre, accompagnés d’éclairs, de feu et de vents impétueux—au milieu de rugissements très terribles et de présages funestes—le ciel semblait comme s’il brûlait.
Verse 140128
पेतुरुल्कासहस्राणि निपेतुः खचराण्यपि । दैवानि च विमानानि प्रपतंत्युत्पतंति च
Des milliers de météores tombèrent ; même les êtres qui parcourent les airs chutèrent. Et les vimānas célestes, les chars divins, plongeaient puis soudain remontaient.
Verse 140129
चतुर्युगांतसमये लोकानां यद्भयं भवेत् । अरूपवति रूपाणि तस्मिन्नुत्पातलक्षणे
Au temps de la fin du cycle des quatre yugas, la crainte qui s’élève dans les mondes—au milieu de tels présages—fait que même l’informe se manifeste en formes.
Verse 140130
तस्माद्दुष्प्रथितं सर्वं न प्राज्ञायत किंचन । तिमिरौघपरिक्षिप्ता न रेजुश्च दिशो दश
Ainsi tout devint indistinct et mal défini ; rien ne pouvait être discerné. Enveloppées par des masses de ténèbres, les dix directions ne brillaient plus.
Verse 140131
विवेश रूपिणी काली कालमेघावगुंठिता । द्यौर्नभात्यभिभूतार्का घोरेण तमसा वृता
Alors entra Kālī, de forme sombre et redoutable, voilée comme un nuage de pluie noire. Le ciel ne brillait plus ; le soleil fut submergé, et tout fut enveloppé d’une terrible obscurité.
Verse 140132
तां घनौघां सतिमिरां दोर्भ्यामाछिद्य स प्रभुः । वपुः स्वं दर्शयामास दिव्यं कृष्णवपुर्हरिः
Alors le Seigneur Hari, au corps sombre, déchira de Ses bras cette masse d’épaisse obscurité et manifesta Sa propre forme divine.
Verse 140133
बलाहकांजननिभं बलाहकतनूरुहम् । तेजसा वपुषा चैव कृष्णं कृष्णमिवाचलम्
Sombre comme le khôl des nuages de pluie, avec le duvet du corps pareil à un nuage, et par son éclat et sa forme, noir comme l’immuable mont Kṛṣṇa.
Verse 140134
दीप्तपीतांबरधरं तप्तकांचनभूषणम् । धूम्रांधकारवपुषं युगांताग्निमिवोत्थितम्
Il portait un vêtement jaune éclatant et des ornements d’or chauffé à blanc ; sa forme, fumée et sombre, s’éleva telle le feu à la fin d’un yuga.
Verse 140135
वृत्तद्विगुणपीनां संकिरीटाच्छन्नमूर्धजम् । बभौ चामीकरप्रख्यैरायुधैरुपशोभितम्
Il apparut au corps arrondi et deux fois opulent, les cheveux couverts d’une couronne ; et il resplendissait, paré d’armes luisant comme l’or.
Verse 140136
चंद्रार्ककिरणोद्योतं गिरिकूटमिवोच्छ्रितम् । नंदकानंदितकरं कौस्तुभोद्भासितोरसम्
Rayonnant des faisceaux de la lune et du soleil, il se dressait tel un sommet de montagne ; sa main se réjouissait de l’épée Nandaka, et sa poitrine resplendissait du joyau Kaustubha.
Verse 140137
शक्तिचित्रफलोदग्रं शंखचक्रगदाधरम् । विष्णुशैलं क्षमाशीलं श्रीवत्सं शार्ङ्गपाणिनम्
Je Le contemple : sublime par des puissances merveilleuses et des fruits innombrables ; portant la conque, le disque et la massue ; ferme comme une montagne dans la constance de Viṣṇu, patient dans la longanimité ; marqué du Śrīvatsa et tenant en main l’arc Śārṅga.
Verse 140138
त्रिदशोदारफलदं स्वर्गस्त्रीचारुवल्लभम् । सर्वलोकमनःकांतं सर्वसत्वमनोहरम्
Il accorde de larges récompenses même aux dieux ; il est chéri des belles femmes du ciel ; il captive l’esprit de tous les mondes et réjouit le cœur de tous les êtres.
Verse 140139
मायाविशालविटपं तोयदौघसमप्रभम् । विद्याहंकारमानाढ्य महाभूतप्ररोहणम्
Ses branches s’étendent au loin dans la māyā, brillant comme une masse de nuées de pluie ; riche de connaissance, d’ego et d’orgueil, il fait surgir des pousses qui deviennent les grands éléments.
Verse 140140
विशेषपत्रैर्निचितं ग्रहनक्षत्रपुष्पितम् । दैत्यलोकमहास्कंधं मर्त्यलोकप्रकाशितम्
Épais de feuilles singulières et fleuri de planètes et de constellations, il est le grand tronc du monde des Daitya, rendu manifeste au monde des mortels.
Verse 140141
सागराकारनिर्ह्रादं रसातलगलाश्रयम् । नागेंद्रपाशैर्विततं पक्षिजंतुसमन्वितम्
Il gronde comme l’océan, repose à l’entrée de Rasātala ; il s’étend par les replis du roi des serpents et se trouve rempli d’oiseaux et d’autres créatures.
Verse 140142
शीलानाहार्यगंधाढ्यं सर्वलोकमहाद्रुमम् । अव्यक्तानंदसलिलं व्यक्ताहंकारफेनिलम्
Riche du parfum de la noble conduite et des offrandes, il est l’arbre immense de tous les mondes. Ses eaux sont la béatitude de l’Inmanifesté, et l’écume qui s’y lève est le « moi » manifesté, l’ego.
Verse 140143
महाभूतकरौघौघं ग्रहनक्षत्रबुद्बुदम् । विमानवाहनैर्व्याप्तं तोयदाडम्बराकुलम्
Il était encombré de vagues de cohortes des grands éléments; ses planètes et constellations étaient comme des bulles. Des chars célestes et des montures l’emplissaient, et il grondait en tumulte tel un nuage de pluie chargé de tonnerre.
Verse 140144
जंतुमत्स्यगणाकीर्णं शैलशंखकुलैर्युतम् । त्रैगुण्यविषयावर्तं सर्वलोकतिमिंगिलम्
Empli de cohortes d’êtres et de poissons, accompagné de montagnes et de lignées de conques; tourbillonnant sous les courants des objets des sens nés des trois guṇas, (cet océan-monde) est un timiṅgila, monstrueux dévoreur de tous les mondes.
Verse 140145
वीरवृक्षलतागुल्मं भुजगोत्सृष्टशैवलम् । द्वादशार्कमहाद्वीपं रुद्रैकादशपत्तनम्
Il est rempli d’arbres vaillants, de lianes et d’arbustes, et d’algues rejetées par les serpents. Il porte les grands continents aux douze soleils, et les onze cités de Rudra.
Verse 140146
वस्वष्टपर्वतोपेतं त्रैलोक्यांभो महोदधिम् । संध्यासंध्योर्मिसलिलमापूर्णानिलशोभितम्
Il contempla le grand océan, dont les eaux embrassent les trois mondes, orné du mont Vasvaṣṭa; ses vagues étaient comme les eaux du sandhyā, à l’aube et au crépuscule, et il était embelli par des vents pleins et impétueux.
Verse 140147
दैत्ययक्षगणग्रामं रक्षोगणझषाकुलम् । पितामहमहावीर्यं स्वर्गस्त्रीरत्नसंकुलम्
Il était bondé de cohortes de Daityas et de Yakṣas, foisonnant de troupes de Rākṣasas tel un océan plein de poissons ; il flamboyait de la grande puissance du Pitāmaha (Brahmā) et se trouvait rempli de jeunes filles célestes, pareilles à des joyaux.
Verse 140148
श्री कीर्ति कांतिलक्ष्मीभिर्नदीभिश्च समाकुलम् । कालयोगमहावर्षप्रलयोत्पत्तिवेगितम्
Il était rempli de prospérité, de renommée, d’éclat et de fortune, et foisonnait de rivières ; poussé par les forces du temps et du destin — par les grandes pluies, la dissolution et la recréation.
Verse 140149
सत्संयोगमहापारं नारायणमहार्णवम् । देवातिदेवं वरदं भक्तानां भक्तवत्सलम्
Je prends refuge en Nārāyaṇa, vaste océan de divinité et grande rive de la sainte communion ; suprême au-dessus des dieux, dispensateur de grâces, et plein de tendresse pour Ses dévots.
Verse 140150
अनुग्रहकरं देवं प्रशांतिकरणं शुभम् । हर्यश्वरथसंयुक्त सुपर्णध्वजशोभिते
Je me prosterne devant ce Dieu de bon augure, qui accorde la grâce et fait naître la paix ; monté sur un char attelé de chevaux fauves, resplendissant d’un étendard portant Suparṇa (Garuḍa).
Verse 140151
चंद्रार्कचक्ररचित उदाराक्षवृतांतरे । अनंतरश्मिसंयुक्ते दुर्दर्शे मेरुकूबरे
Au sein de cette vaste sphère, façonnée comme les orbites circulaires de la lune et du soleil, jointe à des rayons sans fin, se dresse Meru, splendide et pourtant difficile à regarder.
Verse 140152
तारकाचित्रकुसुमे ग्रहनक्षत्रबंधुरे । भयेष्वभयदे व्योम्नि देवदैत्यापराजिते
Ô ciel paré de fleurs étoilées aux mille couleurs, embelli par les planètes et les constellations ; ô dispensateur d’intrépidité au sein des périls, invaincu des dieux comme des démons.
Verse 140153
हर्यश्वरथसंयुक्तमुक्ताशोभासमन्वितम् । ददृशुस्ते स्थितं देवं दिव्यलोकमये रथे
Ils virent le Seigneur debout sur un char céleste, attelé de chevaux fauves et paré de l’éclat des perles, façonné de la substance même des mondes divins.
Verse 140154
ते कृतांजलयः सर्वे देवा इंद्रपुरोगमाः । जयशब्दं पुरस्कृत्य शरण्यं शरणं गताः
Alors tous les dieux, conduits par Indra, les paumes jointes en vénération, criant « Victoire ! », allèrent chercher refuge auprès du Protecteur, le Digne dispensateur d’asile.
Verse 140155
एतेषां च गिरः श्रुत्वा स विष्णुर्देवदैवतः । मनश्चक्रे विनाशाय दानवानां महामृधे
Entendant leurs paroles, ce Viṣṇu—vénéré même par les dieux—tourna son esprit vers la destruction des Dānavas dans la grande bataille.
Verse 140156
आकाशे तु स्थितो विष्णुरुत्तमं वपुराश्रितः । उवाच देवताः सर्वाः सप्रतिज्ञमिदं वचः
Alors Viṣṇu, demeurant dans le ciel et revêtant sa forme la plus sublime, s’adressa à toutes les divinités par ces paroles, scellées d’un vœu solennel.
Verse 140157
शांतिं व्रजत भद्रं वो मा भैष्ट मरुतांगणाः । जिता मे दानवाः सर्वे त्रैलोक्यं परिगृह्यताम्
Allez en paix; bénédiction sur vous—ne craignez point, ô cohortes des Maruts. Tous les Dānavas ont été vaincus par moi; que les trois mondes soient protégés et gouvernés.
Verse 140158
ततोस्य सत्यसंधस्य विष्णोर्वाक्येन तोषिताः । देवाः प्रीतिं पराजग्मुः प्राश्यामृतमिवोत्तमम्
Alors, réjouis par les paroles de Viṣṇu, fidèle à son vœu, les dieux furent saisis d’une grande joie, comme s’ils avaient bu l’amṛta le plus sublime.
Verse 140159
ततस्तमश्च संहृत्य विनेशुश्च बलाहकाः । प्रववुश्च शिवा वाताः प्रसन्नाश्च दिशो दश
Puis l’obscurité fut dissipée et les nuées de pluie s’évanouirent; des vents propices se mirent à souffler, et les dix directions devinrent limpides et paisibles.
Verse 140160
शुद्धप्रायाणि ज्योतींषि सोमं चक्रुः प्रदक्षिणम् । न विग्रहं ग्रहाश्चक्रुः प्रसन्नाश्चापि सिंधवः
Les luminaires furent presque entièrement purifiés et accomplirent la pradakṣiṇa autour de Soma (la Lune). Les planètes n’opposèrent aucune discorde, et même les fleuves furent sereins et joyeux.
Verse 140161
विरजा अभवन्मार्गा लोकाः स्वर्गादयस्त्रयः । यथार्थमूहुस्सरितश्चुक्षुभे न तथार्णवः
Les voies devinrent sans souillure, et les trois mondes—à commencer par Svarga—prirent forme. Les rivières s’élancèrent dans leurs lits légitimes, mais l’océan ne fut pas troublé de la même manière.
Verse 140162
आसन्छुभानीन्द्रियाणि नराणामंतरात्मसु । महर्षयो वीतशोका वेदानुच्चैरधीयत
Les sens lumineux s’établirent au plus intime des hommes ; et les grands ṛṣi, délivrés du chagrin, récitaient à haute voix les Veda.
Verse 140163
यज्ञेषु च हविः पाकं शिवमाप च पावकः । प्रवृत्तधर्मसंवृत्ता लोका मुदितमानसाः
Dans les yajña, la cuisson des oblations se fit de façon propice, et le feu sacré atteignit un état śiva ; les mondes, établis dans le dharma en acte, furent remplis d’allégresse au cœur.
Verse 140164
विष्णोः सत्यप्रतिज्ञस्य श्रुत्वारिनिधना गिरः । ततो भयं विष्णुमुखाच्छ्रुत्वा दैतेयदानवाः
Entendant les paroles infaillibles de Viṣṇu, dont le vœu est toujours véridique, les Daitya et les Dānava furent saisis de crainte, ayant reçu cette redoutable proclamation de la bouche de Viṣṇu.
Verse 140165
उद्योगं विपुलं चक्रुर्युद्धाय विजयाय च । मयस्तु कांचनमयं त्रिनल्वांतरमव्ययम्
Ils entreprirent de vastes préparatifs pour la guerre et pour la victoire ; et Māyā (édifia) une structure impérissable d’or, couvrant l’intervalle de trois nalva.
Verse 140166
चतुश्चक्रं सुविपुलं सुकल्पितमहायुधम् । किंकिणीजालनिर्घोषं द्वीपिचर्मपरिष्कृतम्
Une vaste grande arme à quatre roues, admirablement façonnée—retentissant du fracas d’un réseau de grelots, et parée d’un revêtement de peau de léopard.
Verse 140167
रुचिरं रश्मिजालैश्च हैमजालैश्च शोभितम् । ईहामृगगणाकीर्णं पक्षिसंघविराजितम्
Splendide, orné de filets de rayons et de treillis d’or ; rempli de hardes d’īhāmṛgas et magnifié par des volées d’oiseaux.
Verse 140168
दिव्यास्त्रशस्त्ररुचिरं पयोधरनिनादितम् । स्वक्षं रथवरोदारं सूपस्थं गगनोपमम्
Resplendissant d’armes et d’astrés divins, il grondait tel un nuage d’orage ; sans tache, noble et vaste, doté d’un siège parfait, semblable au ciel.
Verse 140169
गदापरिघसंपूर्णं मूर्तिमंतमिवार्णवम् । हेमकेयूरवलयं चंद्रमंडलकूबरम्
Empli de massues et de barres de fer, il semblait l’océan devenu corps ; paré de brassards et de bracelets d’or, aux épaules larges comme l’orbe de la lune.
Verse 140170
सपताकध्वजोपेतं सादित्यमिव मंदरम् । गजेंद्राभोगवपुषं क्वचित्केसरवर्चसम्
Orné d’étendards et de bannières, il paraissait tel le mont Mandara baigné de soleil ; de forme large et massive comme le grand seigneur des éléphants, et par endroits il luisait de l’éclat du safran.
Verse 140171
युक्तमृक्षसहस्रेण सुधारांबुदनादितम् । दीप्तमाकाशगं दिव्यं रथं पररथारुजम्
Un char divin, parcourant le ciel et flamboyant de splendeur, était attelé à mille étoiles ; il résonnait tel un nuage porteur d’amṛta et surpassait les chars des autres.
Verse 140172
अध्यतिष्ठद्रणाकांक्षी मेरुं दीप्तमिवांशुमान् । तारस्तु क्रोशविस्तारमायामे च तथाविधम्
Avide de bataille, Aṁśumān prit position sur le mont Meru flamboyant. Tārā, elle aussi, s’étendit d’une krośa en largeur, et pareillement en longueur.
Verse 140173
शैलकूबरसंकाशं नीलांजनचयोपमम् । काललोहस्य रत्नानां समूहाबद्धकूबरम्
Cela paraissait un sommet de montagne; cela ressemblait à un amas d’añjana bleu. C’était une masse compacte, en forme de bosse, de fer noir et de gemmes étroitement liées.
Verse 140174
तिमिरोद्गारकिरणं गर्जंतमिव तोयदम् । लोहजालेन महता सगवाक्षेण दंशितम्
C’était tel un nuage de pluie grondant, projetant des rayons comme s’il vomissait les ténèbres; pourtant il était atteint et enserré par un vaste filet de fer, percé d’ouvertures semblables à des yeux de bœuf.
Verse 140175
आयसैः परिघैः पूर्णं क्षेपणीयैश्च मुद्गरैः । प्रासैः पाशैश्च विततैरसंयुक्तैश्च कण्टकैः
Il était rempli de barres de fer, de massues à lancer, de lances et de lassos déployés, ainsi que de pointes acérées disposées tout autour.
Verse 140176
शोभितं त्रासनीयैश्च तोमरैः सपरश्वधैः । उद्यतं द्विषतां हेतोर्द्वितीयमिव मंदरम्
Orné d’armes terrifiantes—javelots et haches—et dressé pour l’anéantissement des ennemis, il se tenait tel un second mont Mandara.
Verse 140177
युक्तं खरसहस्रेण सोऽध्यारोहद्रथोत्तमम् । विरोचनस्तु संक्रुद्धो गदापाणिरवस्थितः
Attelé à mille ânes, il monta sur le plus noble des chars ; et Virocana, courroucé, se tenait prêt, la massue à la main.
Verse 140178
प्रमुखे तस्य सैन्यस्य दीप्तशृंग इवाचलः । युक्तं हयसहस्रेण हयग्रीवस्तु दानवः
À la tête de cette armée se tenait l’asura Hayagrīva—tel une montagne aux sommets flamboyants—ayant mille chevaux attelés.
Verse 140179
व्यूहितं दानवव्यूहं परिचक्राम वीर्यवान् । विप्रचित्तिसुतः श्वेतः श्वेतकुंडलभूषणः
Le vaillant fit le tour de la formation des dānavas rangés en ordre : Śveta, fils de Vipracitti, paré de boucles d’oreilles blanches.
Verse 140180
स्यंदनं वाहयामास परानीकस्य मर्दनः । व्यायतं किष्कुसाहस्रं धनुर्विस्फारयन्महत्
Le broyeur des armées ennemies fit avancer son char, et, bandant avec puissance, fit retentir son grand arc, tendu jusqu’à mille kiṣkus.
Verse 140181
स चाहवमुखे तस्थौ सप्ररोह इवाचलः । खरस्तु विष्किरिन्क्रोधान्नेत्राभ्यां रोपजं जलम्
Et il se tint à l’avant même de la bataille, immobile comme une montagne aux escarpements. Mais Khara, répandant sa colère, laissa couler de ses yeux l’eau née de la passion.
Verse 140182
स्फुरद्दंतौष्ठनयनः संग्रामं सोभ्यकांक्षत । त्वष्टा त्वष्टादशहयं यानमास्थाय दानवः
Les dents, les lèvres et les yeux étincelants, le Dānava brûlait du désir du combat ; et Tvaṣṭā, monté sur un char attelé de dix-huit chevaux, s’élança.
Verse 140183
दिव्यव्यूहप्रतीकाशा युद्धायाभिमुखः स्थितः । अरिष्टो बलिपुत्रश्च वरिष्ठो दुर्धरायुधः
Dressés, face au front du combat, ils ressemblaient à une formation guerrière divine. Là se tenaient Ariṣṭa, le fils de Bali, et aussi Variṣṭha, portant des armes difficiles à parer.
Verse 140184
युद्धायाभिमुखस्तस्थौ धराधरविकंपनः । किशोरस्त्वतिसंहर्षात्किशोर इव चोदितः
Face au combat, le héros se tint prêt, faisant trembler les montagnes ; et le jeune guerrier, transporté d’un grand enthousiasme, fut poussé en avant tel un jeune lion.
Verse 140185
अभवद्दैत्यमध्ये स ग्रहमध्ये यथा रविः । लंबस्तु नवमेघाभः प्रलंबांबरभूषणः
Il resplendissait parmi les Daityas comme le soleil parmi les planètes. Et Lamba — sombre comme un nuage de pluie tout neuf — était paré, Pralamba lui servant de vêtement et d’ornement.
Verse 140186
दैत्यव्यूहगतो भाति सनीहार इवांशुमान् । वसुंधराभस्तदनु दशनौष्ठेक्षणायुधः
Au sein de la formation des Daityas, il brillait comme le soleil voilé de brume. Après lui venait un autre, au rayonnement de la terre, dont les armes étaient dents, lèvres, yeux et le reste.
Verse 140187
हसंस्तिष्ठति दैत्यानाम्मध्ये क्रूर महाग्रहः । अन्ये हयगतास्तत्र मत्तेभेंद्रगताः परे
Riant, le cruel et puissant ravisseur se tint au milieu des Daityas. Là, certains étaient montés sur des chevaux, tandis que d’autres chevauchaient des éléphants seigneuriaux en rut.
Verse 140188
सिंहव्याघ्रगताश्चान्ये वराहर्क्षेषु चापरे । केचित्खरोष्ट्रयातारः केचित्तोयदवाहनाः
Les uns chevauchaient des lions et des tigres ; d’autres, des sangliers et des ours. Certains voyageaient sur des ânes et des chameaux, et certains avaient les nuées pour monture.
Verse 140189
पत्तयश्चापरे दैत्या भीषणा विकृताननाः । एकपादास्त्वपादाश्च ननृतुर्युद्धकांक्षिणः
Et d’autres Daityas—terrifiants, au visage difforme—les uns n’ayant qu’un seul pied, les autres n’en ayant aucun, dansaient, avides de bataille.
Verse 140190
आस्फोटयंतो बहवः स्वनंतश्च तथापरे । दृप्तशार्दूलनिर्घोषा नेदुर्दानवपुङ्गवाः
Beaucoup claquaient des doigts et mugissaient ; d’autres rugissaient de même : les plus éminents des Dānavas poussèrent des cris au fracas retentissant de tigres orgueilleux.
Verse 140191
ते गदापरिघैर्घोरैः शिलामुद्गरपाणयः । बाहुभिः परिघाकारैस्तर्जयंति स्म देवताः
Brandissant d’effroyables massues et barres de fer, tenant des marteaux de pierre, et avec des bras pareils à des poutres, ils menaçaient les dieux.
Verse 140192
प्रासैः खड्गैश्च पाशैश्च तोमरांकुशपट्टिशैः । चिक्रीडुस्ते शतघ्नीभिः शतधारैश्च मुद्गरैः
Ils se jouaient du combat avec des lances, des épées et des lacets; avec des javelots, des aiguillons et des haches de guerre; et ils maniaient aussi les śataghnīs et des massues hérissées de cent lames.
Verse 140193
खड्गशैलैश्च शैलैश्च परिघैश्चोद्यतायुधैः । युक्तं बलाहकगणैः सर्वतः संवृतं नभः
Le ciel fut entièrement voilé de toutes parts, rempli de masses de nuées, avec des rochers pareils à des épées, des blocs et des massues de fer—comme des armes—brandies en hauteur.
Verse 140194
एवं तद्दानवं सैन्यं सर्वसत्वमदोत्कटम् । देवताभिमुखं तस्थौ मेघानीकमिवोदितम्
Ainsi cette armée des Daityas—farouche, enivrée de sa propre puissance—se tint face aux dieux, telle une masse de nuages surgis.
Verse 140195
रेजे च तद्दैत्यसहस्रगाढं वाय्वग्निशैलांबुदतोयकल्पम् । बलं बलौघाकुलमभ्युदीर्णं युयुत्सयोन्मत्तमिवा बभासे
Et cette armée—épaisse de milliers de Daityas—resplendissait, pareille au vent, au feu, aux montagnes, aux nuées et aux eaux en crue; foule serrée de bataillons, elle semblait comme folle du désir de combattre.
Verse 140196
श्रुतस्ते दैत्यसैन्यस्य विस्तारः कुरुनंदन । सुराणामपि सैन्यस्य विस्तरं वैष्णवं शृणु
Ô fils des Kuru, tu as entendu l’étendue de l’armée des Daityas; écoute maintenant, selon le récit vaiṣṇava, la description détaillée de l’armée des dieux.