
Viśokā Dvādaśī Vow, Guḍa-Dhenū (Jaggery-Cow) Gift, and Śaila-Dāna (Mountain-Charity) Rites
Le chapitre 21 s’ouvre par l’éloge d’un roi éclatant et conforme au dharma, ainsi que de sa reine Bhānumatī. Vasiṣṭha en expose la cause karmique : une dévotion antérieure et le refus d’accepter une rétribution—dans le contexte de la piété de la courtisane Līlāvatī envers Śiva—portent maintenant leurs fruits sous forme de souveraineté, de splendeur et de prospérité. L’enseignement devient ensuite rituel : le vœu de Viśokā Dvādaśī (en Āśvayuja) est prescrit avec jeûne, culte de Lakṣmī–Viṣṇu, veille nocturne, édification de l’autel, puis dons conclusifs, dont un lit et la guḍa-dhenū, « vache » façonnée en jaggery. Le chapitre se déploie en manuel : il décrit les dhenū—dix « vaches » destructrices de péchés—et le śaila-dāna, l’offrande de « montagnes » symboliques (céréales, sel, jaggery, or, sésame, coton, ghee, joyaux, argent, sucre), avec mesures, iconographie, placements des lokapāla, mantras et fruits méritoires. Il se clôt sur des observances solaires de saptamī—Kalyāṇa, Viśoka, Phala, Śarkarā, Kamala, Mandāra, Śubha—mettant en avant l’absence de chagrin, la santé, l’abondance et la délivrance.
Verse 1
पुलस्त्य उवाच । आसीत्पुरा बृहत्कल्पे धर्ममूर्तिर्जनाधिपः । सुहृच्छक्रस्य निहता येन दैत्यास्सहस्रशः
Pulastya dit : Jadis, durant le grand éon nommé Bṛhat-kalpa, il y eut un roi, incarnation du Dharma. Ami d’Indra, il fit périr par milliers les Daityas.
Verse 2
सोमसूर्यादयो यस्य तेजसा विगतप्रभाः । भवंति शतशो येन दानवाश्च पराजिताः
Par son éclat, la Lune, le Soleil et les autres sont dépouillés de leur splendeur ; et par lui, les Dānavas sont vaincus par centaines.
Verse 3
यथेच्छरूपधारी च मानुषोप्यपराजितः । तस्य भानुमती भार्या सती त्रैलोक्यसुंदरी
Il pouvait, à son gré, revêtir toute forme, et bien qu’il parût humain, il demeurait invaincu. Son épouse était Bhānumatī, femme chaste et beauté des trois mondes.
Verse 4
लक्ष्मीसदृशरूपेण निर्जितामरसुंदरी । राज्ञस्तस्याग्रमहिषी प्राणेभ्योपि गरीयसी
D’une beauté pareille à celle de Lakṣmī, elle surpassait même les plus ravissantes des jeunes filles célestes. Elle était l’épouse royale principale de ce roi, plus chère à ses yeux que son propre souffle de vie.
Verse 5
दशनारीसहस्राणां मध्ये श्रीरिव राजते । नृपकोटिसहस्रेण न कदाचित्समुच्यते
Parmi dix mille femmes, une seule brille comme Śrī (Lakṣmī) ; mais même parmi des milliers de crores de rois, on n’en trouve jamais une telle : si rare est la véritable excellence.
Verse 6
कदाचिदास्थानगतः पप्रच्छ स्वपुरोहितम् । विस्मयेनावृतो नत्वा वसिष्ठमृषिसत्तमम्
Un jour, étant venu à la cour royale, lui—saisi d’émerveillement—se prosterna devant Vasiṣṭha, le plus éminent des ṛṣi, et interrogea son propre prêtre de famille.
Verse 7
भगवन्केन धर्मेण मम लक्ष्मीरनुत्तमा । कस्माच्च विपुलं तेजो मच्छरीरे सदोत्तमम्
Ô Bhagavān, par quelle droiture (dharma) ai-je obtenu cette fortune sans égale ? Et pourquoi une si vaste splendeur, toujours excellente, demeure-t-elle dans mon corps ?
Verse 8
वसिष्ठ उवाच । पुरा लीलावती नाम वेश्या शिवपरायणा । तया दत्तश्चतुर्दश्यां पुष्करे लवणाचलः
Vasiṣṭha dit : Jadis vivait une courtisane nommée Līlāvatī, entièrement vouée à Śiva. Au quatorzième jour lunaire, elle fit un don à Puṣkara—un don aussi grand que le mont Lavaṇācala.
Verse 9
हेमवृक्षामरैः सार्द्धं यथावद्विधिपूर्वकं । शूद्रः सुवर्णकारश्च कर्मकृत्सोऽभवत्तदा
Alors, avec les êtres divins des arbres d’or, selon l’ordre convenable et conformément aux rites prescrits, le Śūdra et l’orfèvre s’appliquèrent à l’œuvre qui leur était assignée.
Verse 10
भृत्यो लीलावतीगेहे तेन हैमा विनिर्मिताः । तरवो हेमपुष्पाश्च श्रद्धायुक्तेन पार्थिव
Ô roi, dans la demeure de Līlāvatī, son serviteur, animé de foi, fit façonner des ouvrages d’or ; et même des arbres aux fleurs d’or se manifestèrent.
Verse 11
अतिरूपेण संपन्ना घटितास्ते सुशोभनाः । धर्मकार्यमिति ज्ञात्वा न गृहीतं च वेतनम्
Doués d’une beauté exceptionnelle et richement parés, ils resplendissaient. Sachant que c’était une œuvre de dharma, ils n’acceptèrent aucun salaire.
Verse 12
उज्ज्वालिताश्च ते पत्न्या सुवर्णमयपादपाः । लीलावतीगृहे चापि परिचर्या च पार्थिव
Et ces arbres d’or furent rendus éclatants par ton épouse ; et, dans la maison de Līlāvatī aussi, il y eut service et assistance, ô roi.
Verse 13
कृता ताभ्यामशाठ्येन द्विजशुश्रूषणादिका । सा च लीलावती वेश्या कालेन महतानघ
Ô sans faute, avec droiture et sans tromperie, elle servit ces deux-là, en honorant les brāhmaṇas et les autres ; et, au fil d’un long temps, la courtisane Līlāvatī se transforma par une telle conduite.
Verse 14
सर्वपापविनिर्मुक्ता जगाम शिवमंदिरम् । योऽसौ सुवर्णकारश्च दरिद्रोप्यतिसत्त्ववान्
Délivrée de tous les péchés, elle se rendit au temple de Śiva. Et cet orfèvre—bien que pauvre—était d’une vertu éminente.
Verse 15
न मूल्यमादाद्वेश्यातः स भवानिह सांप्रतम् । सप्तद्वीपपतिर्जातः सूर्यायुतसमप्रभः
Parce que tu n’acceptas aucun paiement de la courtisane, te voici maintenant devenu le seigneur des sept continents, rayonnant d’un éclat égal à dix mille soleils.
Verse 16
यया सुवर्णकारस्य तरवो हेमनिर्मिताः । सम्यगुज्ज्वलिताः पत्न्या सेयं भानुमती तव
Celle par qui les arbres de l’orfèvre furent faits d’or et rendus parfaitement resplendissants, c’est elle, ton épouse Bhānumatī.
Verse 17
तस्मान्नृलोकेष्वपराजितस्त्वमारोग्यसौभाग्ययुता च लक्ष्मीः । तस्मात्त्वमप्यत्र विधानपूर्वं धान्याचलादीन्नृपते कुरुष्व
Ainsi, dans le monde des hommes, tu seras invaincu, et Lakṣmī—pourvue de santé et de bonne fortune—demeurera auprès de toi. C’est pourquoi, ô roi, toi aussi, ici, selon la règle prescrite, accomplis les rites commençant par l’offrande du monticule de grains (dhānyācala) et autres.
Verse 18
त एव पूजने मंत्रास्त एवोपस्कराः स्मृताः । ग्रहाणां लोकपालानां ब्रह्मादीनां च सर्वतः
Ces mêmes (éléments) sont tenus pour les mantras du culte, et ces mêmes (éléments) sont rappelés comme les ustensiles rituels requis—partout—pour les planètes, les gardiens des mondes, ainsi que pour Brahmā et les autres divinités.
Verse 19
पश्येद्यदीमानुपनीयमानान्स्पृशेन्मनुष्यैरिह दीयमानान् । शृणोति भक्त्याथ मतिं ददाति विकल्मषः सोपि दिवं प्रयाति
Si quelqu’un ne fait que contempler ces offrandes sacrées lorsqu’on les apporte, les toucher lorsqu’ici les hommes les donnent, écouter avec dévotion puis donner son assentiment ou son conseil, même celui-là—purifié de toute faute—parvient au ciel.
Verse 20
दुःस्वप्नप्रशममुपैति पठ्यमानैः शैलेंद्रैर्भवभयभेदनैर्मनुष्यः । यः कुर्यात्किमु नृपपुंगवेह सम्यक्शांतात्मा सकलगिरींद्रसंप्रदानम्
Par la seule récitation de ces « seigneurs des montagnes », qui brisent la peur de l’existence mondaine, l’homme obtient l’apaisement des mauvais rêves. Combien davantage, ô meilleur des rois, s’il accomplissait, l’âme vraiment paisible, le dāna complet—le don de tous les seigneurs des montagnes !
Verse 21
भीष्म उवाच । किमभीष्टवियोगशोकसंधानलमुद्धर्तुमुपोषणं व्रतं वा । विभवध्रुवकारिभूतलेस्मिन्भवभीतेरपि सूदनं च पुंसः
Bhīṣma dit : Le jeûne ou quelque vœu peut-il tirer l’homme de l’épaisse accumulation de chagrin née de la séparation d’avec ce qu’il aime ? Et dans ce monde où la prospérité est instable, qu’est-ce qui peut aussi détruire en l’homme la peur de l’existence mondaine ?
Verse 22
पुलस्त्य उवाच । परिपृष्टमिदं जगत्प्रियं ते विबुधानामपि दुर्लभं महत्त्वात् । तव भक्तिमतस्तथापि वक्ष्ये व्रतमिंद्रासुरमानवेषु गुह्यम्
Pulastya dit : Ce que tu demandes est cher au monde et, par sa grandeur, difficile à obtenir même pour les dieux. Pourtant, puisque tu es plein de dévotion, je t’exposerai ce vœu, secret parmi la troupe d’Indra, les asuras et les hommes.
Verse 23
पुण्यमाश्वयुजे मासि विशोकद्वादशीव्रतम् । दशम्यां लघुभुग्विद्वान्प्रारभेत यमेन तु
Dans le mois sacré d’Āśvayuja, on doit entreprendre le vœu auspiceux de Viśokā Dvādaśī. Le sage le commencera le dixième jour, mangeant légèrement et pratiquant la maîtrise de soi.
Verse 24
उदङ्मुखः प्राङ्मुखो वा दंतधावनपूर्वकम् । एकादश्यां निराहारः सम्यगभ्यर्च्य केशवम्
Tourné vers le nord ou vers l’est, et après s’être d’abord nettoyé les dents, qu’en Ekādaśī il demeure à jeun et qu’il adore dûment Keśava (Viṣṇu).
Verse 25
श्रियं चाभ्यर्च्य विधिवद्भोक्ष्येऽहं चापरेहनि । एवं नियमकृत्सुप्त्वा प्रातरुत्थाय मानवः
Après avoir adoré selon le rite Śrī (Lakṣmī), qu’il prenne son repas le lendemain conformément à la règle. Ainsi, ayant accompli la retenue prescrite, l’homme s’endort et, se levant au matin, poursuit l’observance.
Verse 26
स्नानं सर्वौषधैः कुर्यात्पंचगव्यजलेन तु । शुभ्रमाल्यांबरधरःपूजयेच्छ्रीशमुत्पलैः
Qu’il se baigne avec toutes les herbes médicinales, ou bien avec de l’eau mêlée de pañcagavya. Portant une guirlande pure et des vêtements nets, qu’il adore Śrīśa (Viṣṇu) avec des lotus bleus.
Verse 27
विशोकाय नमः पादौ जंघे च वरदाय वै । श्रीशाय जानुनी तद्वदूरू च जलशायिने
Hommage à l’Inaffligé—ses pieds ; hommage au Donateur de grâces—ses jambes. Hommage au Seigneur de Śrī—ses genoux ; et de même à Celui qui repose sur les eaux—ses cuisses.
Verse 28
कंदर्पाय नमो गुह्यं माधवाय नमः कटिं । दामोदरायेत्युदरं पार्श्वे च विपुलायवै
«Hommage à Kandarpā au lieu secret ; hommage à Mādhava à la taille ; “hommage à Dāmodara” au ventre ; et sur les flancs, en vérité, hommage à Vipula.»
Verse 29
नाभिं च पद्मनाभाय हृदयं मन्मथाय वै । श्रीधराय विभोर्वक्षः करौ मधुभिदे नमः
Salutations : au Padmanābha le nombril ; à Manmatha, certes, le cœur ; à Śrīdhara la poitrine du Seigneur ; et à Madhubhid les deux mains.
Verse 30
वैकुण्ठाय नमः कंठमास्यं पद्ममुखायवै । नासामशोकनिधये वासुदेवाय चाक्षिणी
Hommage à Vaikuṇṭha : qu’il soit la gorge ; au Lotus-Visage : qu’il soit la bouche ; le nez est offert au Trésor de l’absence de chagrin ; et les yeux à Vāsudeva.
Verse 31
ललाटं वामनायेति हरये च पुनर्भ्रुवौ । अलकं माधवायेति किरीटं विश्वरूपिणे
«Que le front soit dédié à Vāmana ; et de nouveau les sourcils à Hari ; les boucles de cheveux à Mādhava ; et le sommet de la tête au Seigneur à la Forme universelle (Viśvarūpin).»
Verse 32
नमः सर्वात्मने तद्वच्छिर इत्यभिपूजयेत् । एवं संपूज्य गोविंदं धूपमाल्यानुलेपनैः
Qu’on l’adore en prononçant : «Hommage au Soi de tous», et de même avec le (mantra) «Śiraḥ : salut à la tête». Ainsi, après avoir dûment honoré Govinda, qu’on l’embaume d’encens, de guirlandes et d’onguents parfumés.
Verse 33
ततस्तु मंडलं कृत्वा स्थंडिलं कारयेन्मृदा । चतुरश्रं समंताच्च रत्निमात्रमुदक्प्लवम्
Ensuite, après avoir tracé un cercle rituel, qu’on façonne avec de la terre une plate-forme d’autel surélevée : carrée de tous côtés et élevée de la mesure d’un empan.
Verse 34
श्लक्ष्णं हृद्यं च परितो वप्रत्रयसमावृतम् । त्रिरंगुलोच्छ्रितावप्रास्तद्विस्तारो द्विरंगुलः
C’était lisse et agréable au cœur, et de tous côtés entouré de trois levées. Ces levées s’élevaient à trois largeurs de doigt, et leur largeur était de deux largeurs de doigt.
Verse 35
स्थंडिलस्योपरिष्टात्तु भित्तिरष्टांगुला भवेत् । नदी वालुकया सूर्ये लक्ष्म्याः प्रतिकृतिं न्यसेत्
Au-dessus du sol d’autel préparé, qu’on façonne un rebord surélevé de huit largeurs de doigt. Puis, avec du sable de rivière, qu’on dépose au soleil une image (représentation) de Lakṣmī.
Verse 36
स्थंडिले सूर्यमध्यस्थ लक्ष्मीमभ्यर्चयेद्बुधः । नमो देव्यै नमः शांत्यै नमो लक्ष्म्यै नमः श्रिये
Sur un sol purifié, le sage doit adorer Lakṣmī, qui demeure au milieu du Soleil, en disant : «Hommage à la Déesse ; hommage à la Paix ; hommage à Lakṣmī ; hommage à Śrī».
Verse 37
नमस्तुष्ट्यै नमः पुष्ट्यै सृष्ट्यै दृष्ट्यै नमो नमः । विशोका दुःखनाशा यविशोका वरदास्तु ते
Hommage à la Satisfaction ; hommage à la Nourriture ; hommage à la Création ; hommage à la Vision — encore et encore. Ô Toi, sans chagrin, destructrice de la souffrance : que Toi, libre d’affliction, sois pour moi dispensatrice de grâces.
Verse 38
विशोका मेस्तु संपत्त्यै विशोका सर्वसिद्धये । ततः शुभ्रांबरैः सूर्यं वेष्ट्य संपूजयेत्फलैः
«Que ce rite soit sans chagrin pour ma prospérité ; qu’il soit sans chagrin pour l’obtention de toutes les réussites. Puis, enveloppant le Soleil d’un tissu blanc, qu’on le vénère avec des fruits.»
Verse 39
भक्ष्यैर्नानाविधैस्तद्वत्सुवर्णकमलेन च । राजतीषु च पात्रीषु न्यसेद्दर्भोदकं बुधः
Que le sage dispose pareillement diverses offrandes comestibles, avec un lotus d’or; et, dans des vases d’argent, qu’il dépose de l’eau mêlée d’herbe darbha.
Verse 40
ततस्तु नृत्यगीतानि कारयेत्सकलां निशाम् । यामत्रये व्यतीते तु तत उत्थाय मानवः
Ensuite, qu’il fasse exécuter danses et chants durant toute la nuit. Quand trois veilles se sont écoulées, alors l’homme doit se lever.
Verse 41
अभिगम्य च विप्राणां मिथुनानि च पूजयेत् । शक्तितस्त्रीणि चैकं वा वस्त्रमाल्यानुलेपनैः
S’approchant des brahmanes, qu’il honore les couples parmi eux; et, selon ses moyens, qu’il vénère trois femmes —ou du moins une— par des vêtements, des guirlandes et des onguents.
Verse 42
शयनस्थानि पूज्यानि नमोस्तु जलशायिने । ततस्तु गीतवाद्येन रात्र्यां जागरणे कृते
Les lieux de repos (du Seigneur) doivent être vénérés; hommage à Celui qui repose sur les eaux. Ensuite, la veille nocturne s’accomplit par le chant et la musique instrumentale.
Verse 43
प्रभाते च ततः स्नानं कृत्वा दांपत्यमर्चयेत् । भोजयेच्च यथाशक्ति वित्तशाठ्येन वर्जितः
Puis, à l’aube, après s’être baigné, qu’il adore le couple divin, et qu’il nourrisse (les autres) selon ses moyens, sans tromperie ni avarice quant aux biens.
Verse 44
भक्त्याश्रुत्वापुराणानितद्दिनंचातिवाहयेत् । अनेन विधिना सर्वं मासिमासि समाचरेत्
Après avoir écouté avec dévotion les Purāṇa, qu’on passe ce jour-là dans une telle observance ; ainsi, qu’on accomplisse tout, mois après mois.
Verse 45
व्रतांते शयनं दद्याद्गुडधेनुसमन्वितं । सोपधानं सविश्रामं स्वास्तरावरणं शुभं
À la fin du vœu, qu’on offre un lit accompagné du don d’une « vache de jaggery » ; qu’il soit muni d’un oreiller, d’un traversin, et pourvu de ses propres draps et couvertures de bon augure.
Verse 46
यथालक्ष्मीर्नरेश त्वां न परित्यज्य गच्छति । तथा सुरूपतारोग्यमशोकं चास्तु मे सदा
Ô roi, de même que Lakṣmī ne t’abandonne pas pour aller ailleurs, ainsi que la beauté, la santé et l’absence de chagrin demeurent toujours en moi.
Verse 47
यथा देवेन रहिता न लक्ष्मीर्जायते क्वचित् । तथा विशोकता मेऽस्तु भक्तिरग्य्रा च केशवे
De même que Lakṣmī ne se manifeste nulle part sans le Seigneur, ainsi que l’absence de peine soit mienne — et que j’aie la dévotion la plus haute envers Keśava.
Verse 48
मंत्रेणानेन शयनं गुडधेनुसमन्वितं । सूर्यश्च लक्ष्म्या सहितो दातव्यो भूतिमिच्छता
Par ce mantra, celui qui désire la prospérité doit offrir un lit accompagné d’une vache faite de jaggery ; et aussi une image du Soleil avec Lakṣmī.
Verse 49
उत्पलं करवीरं वाप्यम्लानं चैव कुंकुमं । केतकं सिंधुवारं च मल्लिकागंधपाटला
Qu’on offre des fleurs de lotus, de karavīra (laurier-rose) et aussi des fleurs qui ne se flétrissent pas, avec le kunkuma (safran), les fleurs de ketaka, le sindhuvāra, le jasmin, des fleurs parfumées et les fleurs de pāṭalā.
Verse 50
कदंबं कुब्जकं जाती शस्तान्येतानि सर्वदा । भीष्म उवाच । गुडधेनुविधानं च समाचक्ष्व मुनीश्वर
Kadamba, kubjaka et jātī : ceux-ci sont toujours tenus pour des offrandes louables. Bhīṣma dit : « Ô grand sage, expose-moi aussi la règle du guḍa-dhenu, la “vache” d’offrande faite de jaggery (sucre brut). »
Verse 51
किं रूपा केन मंत्रेण दातव्या तदिहोच्यतां । पुलस्त्य उवाच । गुडधेनुविधानस्य यद्रूपमिह यत्फलम्
«Quelle est sa forme, et avec quel mantra doit-on la donner ? Qu’on le dise ici.» Pulastya dit : «Ici, j’exposerai la forme et le fruit méritoire du rite du guḍa-dhenū, la vache de jaggery.»
Verse 52
तदिदानीं प्रवक्ष्यामि सर्वपापविनाशनम् । कृष्णाजिनं चतुर्हस्तं प्राग्ग्रीवं विन्यसेद्भुवि
À présent, j’exposerai ce qui détruit tous les péchés : qu’on dispose sur le sol une peau de cerf noir, de quatre empans de mesure, le cou tourné vers l’est.
Verse 53
गोमयेनानुलिप्तायां दर्भानास्तीर्य सर्वतः । लघ्वेणकाजिनं तद्वत्वत्सं च परिकल्पयेत्
Sur un sol enduit de bouse de vache, qu’on étende de l’herbe darbha de tous côtés ; puis qu’on y dispose une petite peau de cerf, et qu’on prépare de même un veau selon la règle.
Verse 54
प्राङ्मुखीं कल्पयेद्धेनुं मृदा वा गां सवत्सकां । उत्तमा गुडधेनुः स्यात्सदा भारचतुष्टयं
Qu’on façonne une vache tournée vers l’est, soit en argile, soit comme une vache avec son veau. La plus excellente est la « vache de jaggery » (guḍa-dhenu), dont la mesure prescrite est toujours de quatre bhāras.
Verse 55
वत्सं भारेण कुर्वीत भाराभ्यां मध्यमा स्मृता । अर्द्धभारेण वत्सस्स्यात्कनिष्ठा भारकेण तु
Qu’on façonne le veau selon le poids d’un bhāra ; avec deux bhāras, on l’appelle madhyamā (moyenne). Avec un demi-bhāra, il devient vatsa ; et la plus petite (kaniṣṭhā) se fait avec un bhāraka.
Verse 56
चतुर्थांशे नवत्सः स्याद्गृहवित्तानुसारतः । धेनुवत्सौ कृतौ चोभौ सितसूक्ष्मांबरावृतौ
Dans la quatrième part, qu’on ajoute un nouveau veau selon la fortune du foyer ; et que la vache et le veau, tous deux façonnés, soient recouverts d’une fine étoffe blanche.
Verse 57
शुक्तिकर्णाविक्षुपादौ शुचिमुक्ताफलेक्षणौ । सितसूत्रसिराजालौ सितकंबलकंबलौ
Leurs oreilles étaient comme des coquilles d’huître et leurs pieds comme la canne à sucre ; leurs yeux ressemblaient à des perles pures. Leurs veines et canaux en réseau étaient tels des fils blancs, et ils étaient enveloppés de couvertures blanches de laine.
Verse 58
ताम्रगंडकपृष्ठौ द्वौ सितचामरलोमकौ । विद्रुमभ्रूयुगावेतौ नवनीतस्तनान्वितौ
Deux jeunes filles, aux joues et au dos cuivrés, portant une chevelure blanche telle une queue de yak ; avec une paire de sourcils pareils au corail, et des seins semblables au beurre frais.
Verse 59
काञ्चनाक्षियुगोपेताविन्द्रनीलकनीनिकौ । क्षौमपुच्छौ कांस्यदोहौ शुभ्रातिकमनीयकौ
Ils avaient des paires d’yeux d’or, aux prunelles semblables à des saphirs bleus ; leurs queues étaient comme du lin très fin, leurs pis comme du bronze, et ils étaient d’une blancheur éclatante, d’une beauté exquise.
Verse 60
सुवर्णशृंगाभरणौ राजताढ्य खुरौ च तौ । नानाफलसमायुक्तौ घ्राणगंधकरंडकौ
Leurs cornes étaient ornées d’or, et leurs sabots revêtus d’argent ; ils étaient chargés de fruits de toutes sortes, tels des coffrets de parfum pour l’odorat.
Verse 61
इत्येवं रचयित्वा तु धूपदीपैस्तथार्चयेत् । या लक्ष्मीस्सर्वभूतानां या च देवेष्ववस्थिता
Après l’avoir ainsi disposé, qu’on l’adore ensuite avec encens et lampes, en invoquant cette Lakṣmī qui demeure en tous les êtres et qui est aussi établie parmi les dieux.
Verse 62
धेनुरूपेण सा देवी मम पापं व्यपोहतु । विष्णोर्वक्षसि या लक्ष्मीः स्वाहा या च विभावसौ
Que cette Déesse, sous la forme d’une vache, efface mon péché : elle qui est Lakṣmī sur la poitrine de Viṣṇu, et elle qui est Svāhā dans le Feu, Vibhāvasu.
Verse 63
चंद्रार्कशक्रशक्तिर्या सा धेनुर्वरदास्तु मे । स्वधा त्वं पितृमुख्यानां स्वाहा यज्ञभुजां यतः
Que cette Vache dispensatrice de grâces—qui est la puissance de la Lune, du Soleil, d’Indra et de Śakti—m’accorde des bienfaits. Tu es Svadhā pour les Pitṛs éminents, et tu es Svāhā, par qui les offrandes parviennent aux mangeurs du sacrifice, les dieux.
Verse 64
सर्वपापहरा धेनुस्तस्माद्भूतिं प्रयच्छ मे । एवमामंत्र्य तां धेनुं ब्राह्मणाय निवेदयेत्
«Ô vache qui effaces tous les péchés, accorde-moi donc la prospérité.» Après l’avoir ainsi invoquée, qu’on la présente en offrande à un brāhmaṇa.
Verse 65
विधानमेतद्धेनूनां सर्वासामपि पठ्यते । यास्तु पापविनाशिन्यः पठ्यंते दश धेनवः
Telle est la règle rituelle récitée au sujet de toutes les dhenū sacrées ; toutefois, ce sont spécialement les dix dhenū qui anéantissent le péché que l’on récite.
Verse 66
तासां स्वरूपं वक्ष्यामि नामानि च नराधिप । प्रथमा गुडधेनुः स्याद्घृतधेनुरथापरा
Ô roi, je décrirai leurs formes ainsi que leurs noms. La première est appelée Guḍa-dhenū, la « Vache de mélasse », et la suivante est la Ghṛta-dhenū, la « Vache de ghee ».
Verse 67
तिलधेनुस्तृतीया च चतुर्थी जलनामिका । क्षीरधेनुः पंचमी च मधुधेनुस्तथापरा
La troisième est la Tila-dhenū, la « Vache de sésame », et la quatrième est appelée Jala-dhenū, la « Vache d’eau ». La cinquième est la Kṣīra-dhenū, la « Vache de lait », et une autre est la Madhu-dhenū, la « Vache de miel ».
Verse 68
सप्तमी शर्कराधेनुरष्टमी दधिकल्पिता । रसधेनुश्च नवमी दशमी स्यात्स्वरूपतः
La septième est la Śarkarā-dhenū, la « Vache de sucre » ; la huitième est façonnée comme Dadhi, la « Vache de caillé ». La neuvième est la Rasa-dhenū, la « Vache de saveur et d’essence ». La dixième, par sa nature même, est de sa forme propre et authentique.
Verse 69
कुंभास्स्यू रसधेनूनामितरासां स्वराशयः । सुवर्णधेनुं चाप्यत्र केचिदिच्छंति मानवाः
Pour les « vaches de rasa » (vaches d’essence nourricière), les récipients doivent être des jarres ; pour les autres, il est prescrit des monceaux d’or. Et ici, certains hommes désirent aussi une vache d’or.
Verse 70
नवनीतेन तैलैश्च तथान्येपि महर्षयः । एतदेवविधानं स्यात्त एवोपस्करास्स्मृताः
Avec du beurre frais et des huiles—et de même avec d’autres substances, ô grands ṛṣi—c’est cette même règle qu’il faut suivre ; et ceux-là sont tenus pour les ustensiles requis.
Verse 71
मंत्रावाहनसंयुक्ताः सदा पर्वणि पर्वणि । यथा श्राद्धं प्रदातव्या भुक्तिमुक्तिफलप्रदाः
À chaque fête sacrée et à chaque jour de rite lunaire, qu’on offre toujours des dons accompagnés de l’invocation des mantras—comme dans le śrāddha—car ils confèrent les fruits de la jouissance en ce monde et de la délivrance.
Verse 72
गुडधेनुप्रसंगेन सर्वास्तव मयोदिताः । अशेषयज्ञफलदाः सर्वपापहराः शुभाः
Dans le cadre du rite de la guḍa-dhenu (la vache de jaggery), je t’ai exposé tout cela. Ils accordent les fruits de tous les yajña, effacent tous les péchés et sont de bon augure.
Verse 73
व्रतानामुत्तमं यस्माद्विशोकद्वादशीव्रतम् । तदंगत्वेन चैवात्र गुडधेनुः प्रशस्यते
Parce que le vœu de Viśoka-dvādaśī est le plus excellent parmi les vœux, l’offrande appelée « guḍa-dhenū » (vache faite de jaggery) est ici louée comme un membre essentiel de ce rite.
Verse 74
अयने विषुवे पुण्ये व्यतीपाते तथा पुनः । गुडधेन्वादयो देया उपरागादिपर्वसु
Aux solstices, aux équinoxes, lors du saint Vyatīpāta, et encore aux fêtes telles que les éclipses, qu’on offre des dons, comme la « vache de jaggery » et autres présents semblables.
Verse 75
विशोकद्वादशी चैषा सर्वपापहरा शुभा । यामुपोष्य नरो याति तद्विष्णोः परमं पदम्
Voici la Viśokā Dvādaśī, faste et qui efface tous les péchés. En jeûnant ce jour-là, l’homme atteint la demeure suprême de Viṣṇu.
Verse 76
इहलोके स सौभाग्यमायुरारोग्यमेव च । वैष्णवं पुरमाप्नोति मरणे स्मरणं हरेः
En ce monde même, il obtient la bonne fortune, la longue vie et la santé; et à l’heure de la mort, par le souvenir de Hari, il parvient à la demeure vaiṣṇava.
Verse 77
नवार्बुदसहस्राणि दश चाष्टौ च धर्मवित् । न शोकदुःखदौर्गत्यं तस्य संजायते नृप
Ô roi, pour celui qui connaît le dharma—durant neuf mille arbuda, puis dix, puis huit—ne naissent ni chagrin, ni douleur, ni mauvaise destinée.
Verse 78
नारी वा कुरुते या तु विशोकद्वादशीमिमां । नृत्यगीतपरा नित्यं सापि तत्फलमाप्नुयात्
Même une femme qui observe cette Viśokā Dvādaśī—bien qu’elle soit sans cesse vouée au chant et à la danse—obtient elle aussi le même fruit.
Verse 79
यस्मादग्रे हरेर्नृत्यमनन्तं गीतवादनम् । इति पठति य इत्थं यः शृणोतीह सम्यक् । मधुमुरनरकारेरर्चनं वाथ पश्येत्
Celui qui, ainsi, le récite ou l’entend ici avec justesse—là où, devant Hari, se déploie une danse sans fin avec chant et musique d’instruments—ou celui qui contemple le culte rendu à l’ennemi de Madhu, de Mura et de Naraka, recueille le mérite spirituel voulu.
Verse 80
मतिमपि च जनानां यो ददातीन्द्रलोके । स वसति विबुधौघैः पूज्यते कल्पमेकम् । भीष्म उवाच । भगवन्श्रोतुमिच्छामि दानमाहात्म्यमुत्तमम्
Celui qui donne aux hommes la juste intelligence atteint le monde d’Indra; là il demeure, honoré par les multitudes des dieux durant un kalpa entier. Bhīṣma dit : «Ô Bienheureux, je souhaite entendre la grandeur suprême du don charitable».
Verse 81
यदक्षयं परे लोके देवर्षिगणपूजितम् । पुलस्त्य उवाच । मेरोः प्रदानं वक्ष्यामि दशधा नृपसत्तम
Ce (mérite) impérissable dans le monde suprême, honoré par les assemblées des sages divins—Pulastya dit : «Ô le meilleur des rois, j’exposerai la manière décuple d’accomplir le don de Meru».
Verse 82
यत्प्रदातानंतलोकान्प्राप्नोति सुरपूजितान् । पुराणेषु च वेदेषु यज्ञेष्वायतनेषु च
Le donateur atteint des mondes sans fin, honoré par les dieux—ainsi que l’enseignent les Purāṇa et les Veda, et les doctrines relatives aux sacrifices et aux demeures sacrées.
Verse 83
न तत्फलमधीतेषु कृतेष्विह यदश्नुते । तस्माद्दानं प्रवक्ष्यामि पर्वतानामनुक्रमात्
On n’obtient pas ici ce fruit suprême par la seule étude ni par les actes rituels. C’est pourquoi j’exposerai, dans l’ordre convenable, la pratique du don en rapport avec les montagnes sacrées.
Verse 84
प्रथमो धान्यशैलः स्यादिद्वतीयो लवणाचलः । गुडाचलस्तृतीयस्तु चतुर्थो हेमपर्वतः
Le premier est la Montagne des Grains ; la seconde, la Montagne du Sel ; la troisième, la Montagne du Guda (sucre brut) ; et la quatrième, la Montagne d’Or.
Verse 85
पंचमस्तिलशैलस्स्यात्षष्टः कार्प्पासपर्वतः । सप्तमो घृतशैलः स्याद्रत्नशैलस्तथाष्टमः
La cinquième est dite la Montagne du Sésame ; la sixième, la Montagne du Coton. La septième est la Montagne du Ghee, et la huitième, la Montagne des Joyaux.
Verse 86
राजतो नवमस्तद्वद्दशमः शर्कराचलः । वक्ष्ये विधानमेतेषां यथावदनुपूर्वशः
La neuvième est la montagne d’argent ; de même, la dixième est Śarkarācala, la Montagne du Sucre. J’exposerai maintenant leurs observances, avec justesse et dans l’ordre requis.
Verse 87
अयनो वेपुण्ये व्यतीपाते दिनक्षये । शुक्लपक्षे तृतीयायामुपरागेश शिक्षये
Lors de l’ayāna (passage solsticial), au saint Vyatīpāta, à la fin du jour, et au troisième tithi de la quinzaine claire—au temps d’une éclipse—qu’on entreprenne la discipline et l’enseignement prescrits.
Verse 88
विवाहोत्सवयज्ञेषु द्वादश्यामथवा पुनः । शुक्लायां पंचदश्यां वा पुण्यर्क्षे वा विधानतः
Pour les cérémonies de mariage, les fêtes d’observance et les rites de yajña, qu’on les accomplisse au douzième jour, ou bien au quinzième de la quinzaine claire, ou sous un nakṣatra favorable, selon la règle établie.
Verse 89
धान्यशैलादयो देयाः कार्तिक्यां ज्येष्ठपुष्करे । तीर्थेष्वायतने वापि गोष्ठे वा भवनांगणे
Des monceaux de grains et autres dons semblables doivent être offerts au mois de Kārtika, à Jyeṣṭha-Puṣkara—dans les tīrtha sacrés, dans l’enceinte du temple, dans l’étable des vaches ou dans sa propre cour.
Verse 90
मंडपं कारयेद्भक्त्या चतुरश्रमुदङ्मुखम् । प्रागुदक्प्रवणं पुण्यं प्राङ्मुखं वा विधानतः
Avec dévotion, qu’on fasse édifier un maṇḍapa, de forme carrée et tourné vers le nord. Il est de bon augure qu’il s’incline vers l’est et le nord; ou bien, selon la règle, qu’il soit aussi orienté vers l’est.
Verse 91
गोमयेनानुलिप्तायां भूमावास्तीर्य वै कुशान् । तन्मध्ये पर्वतं कुयाद्विष्कंभं पर्वतान्वितम्
Sur un sol enduit de bouse de vache, qu’on étende l’herbe kuśa; au milieu, qu’on façonne une (montagne) figurée, large d’assise et pourvue de sommets.
Verse 92
धान्यद्रोणसहस्रेण भवेद्गिरिरिहोत्तमः । मध्यमः पंचशतकैः कनिष्ठश्च त्रिभिः शतैः
Ici, un mont (de grains) fait de mille droṇas est tenu pour excellent; celui de cinq cents est moyen; et celui de trois cents est le moindre.
Verse 93
मेरुर्महाव्रीहिमयस्तु मध्ये सुवर्णवृक्षत्रयसंयुतः स्यात् । मूर्द्धन्यवस्थानमथांबरेण कार्यं त्वनेकं च पुनर्द्विजाग्र्यैः
Au centre se dresse le mont Meru, fait de grains de riz vrīhi et pourvu de trois arbres d’or. On dit que son sommet s’étend jusqu’au ciel; et encore, ô le plus éminent des dvijas, bien d’autres détails doivent être exposés.
Verse 94
चत्वारि शृंगाणि च राजतानि नितंबभागा अपि राजतास्स्युः । पूर्वेण मुक्ताफलवज्रयुक्तो याम्येन गोमेदकपद्मरागैः
Ses quatre sommets sont d’argent, et même ses flancs sont d’argent. À l’est, il est orné de perles et de diamants, et au sud de gomeda (hessonite) et de padmarāga (rubis).
Verse 95
पश्चाच्च गारुत्मतनीलरत्नैः सौम्येन वैडूर्यकपुष्परागैः । श्रीखंडखंडैरभितः प्रवालैर्लतान्वितो मौक्तिकप्रस्तराढ्यः
Et à l’ouest, il était paré de gemmes de Garuḍa et de joyaux bleus; au nord, de vaidūrya (œil-de-chat) doux et de puṣparāga (topaze). Tout autour se trouvaient des fragments de santal (śrīkhaṇḍa) et de corail, enlacés de lianes, et richement ornés de dalles de perles.
Verse 96
ब्रह्माथ विष्णुर्भगवान्पुरारिर्दिवाकरोप्यत्र हिरण्मयः स्यात् । तथेक्षुवंशावृतकंदरस्तु घृतोदकप्रस्रवणो दिशासु
Ici, Brahmā, le Seigneur Viṣṇu, Purāri (Śiva) et même le Soleil resplendissent d’une radiance d’or. De même, les grottes de la montagne, couvertes de fourrés de canne à sucre, laissent couler en toutes directions une eau semblable au ghee.
Verse 97
शुभ्रांबराण्यंबुधरावलिस्यात्पूर्वेण पीतानि च दक्षिणेन । वासांसि पश्चादथ कर्बुराणि रक्तानि चैवोत्तरतो घनानि
À l’est se tenaient des rangées de nuages comme des vêtements blancs; au sud, des nuages comme des vêtements jaunes. À l’ouest, les vêtements étaient bigarrés, et au nord, de denses nuées étaient rouges.
Verse 98
रौप्यान्महेंद्रप्रमुखांस्तथाऽष्टौ संस्थाप्य लोकाधिपतीन्क्रमेण । नानावनाली च समंततः स्यान्मनोरमम्माल्यविलेपनं च
Puis, selon l’ordre prescrit, il établit les huit gouverneurs du monde, à commencer par Mahendra, façonnés en argent. Et tout autour se déployaient des rangées de forêts variées, des guirlandes ravissantes et des onguents parfumés.
Verse 99
वितानकं चोपरि पंचवर्णमम्लानपुष्पाभरणं सितं च । इत्थं निवेश्यामरशैलमग्र्यं मेरोस्तु विष्कंभगिरीन्क्रमेण
Et au-dessus, il plaça un dais aux cinq couleurs, ainsi qu’un ornement blanc de fleurs qui ne se flétrissent point. Ainsi, après avoir disposé la plus éminente des montagnes divines, il mit ensuite en ordre, l’une après l’autre, les chaînes qui soutiennent Méru.
Verse 100
तुरीयभागेन चतुर्दिशं च संस्थापयेत्पुष्पविलेपनाढ्यम् । पूर्वेण मंदरमनेकफलैश्चयुक्तं कामेन कांचनमयेन विराजमानम्
Avec un quatrième lot, qu’on dispose les offrandes vers les quatre directions, abondantes en fleurs et en onguents parfumés. Et à l’est, qu’on place le Mandara, pourvu de nombreux fruits, brillant magnifiquement, orné selon le désir et fait d’or.
Verse 101
याम्येन गंधमदनो विनिवेशनीयो गोधूमसंचयमयः कलधौतवांश्च । हैमेन यज्ञपतिना घृतमानसेन वस्त्रेणराजतवनैश्च स संयुतः स्यात्
Au sud, qu’on installe le Gandhamadana, façonné d’un amas de blé, orné de parcelles d’or purifié; qu’il soit pourvu d’un instrument sacrificiel d’or, l’esprit tourné vers le ghee de l’offrande, avec des vêtements et des bosquets d’argent.
Verse 102
पश्चात्तिलाचलमनेकसुगंधपुष्पसौवर्णपिप्पलहिरण्मयहंसयुक्तम् । आकारयेद्रजतपुष्पवनेन तद्वद्वस्त्रान्वितं दधिसितोदसरस्तथाग्रे
Après cela, qu’on façonne le Tilācala, orné de nombreuses fleurs parfumées, avec un pippala d’or et accompagné de cygnes d’or. De même, qu’on forme un bosquet de fleurs d’argent, et qu’à l’avant on place un lac pourvu d’étoffes, contenant du caillé, du lait blanc et une eau limpide.
Verse 103
संस्थाप्यतं विपुलशैलमथोत्तरेण शैलं सुपार्श्वमपि माषमयं सवस्त्रम् । पुष्पैश्च हेमवटपादपशेखरं तमाकारयेत्कनककेतुविराजमानम्
Après avoir installé la vaste montagne, au nord d’elle qu’on place aussi le mont Supārśva, fait de māṣa (haricot noir) et revêtu d’étoffes. Qu’on l’orne de fleurs, avec Hemavaṭa pour piédestal et Pāśekhara pour sommet, resplendissant d’une bannière d’or.
Verse 104
माक्षीकभद्रसरसा च वनेन तद्वद्रौप्येण भासुरवितानयुतं विधाय । होमश्चतुर्भिरथ वेदपुराणविद्भिर्दांतैरनिंद्यचरिताकृतिभिर्द्विजेंद्रैः
De même, dans la forêt près du lac auspiceux de Mākṣīkā, ils dressèrent un splendide pavillon d’argent, rayonnant sous un dais lumineux ; puis quatre sages brāhmanes éminents, maîtres d’eux-mêmes, versés dans les Veda et les Purāṇa, au comportement et au caractère irréprochables, accomplirent l’offrande au feu (homa).
Verse 105
पूर्वेण हस्तमितमत्र विधाय कुंडं कार्यस्तिलैर्यवघृतेन समित्कुशैश्च । रात्रौ च जागरमनुद्धतगीतरूपैरावाहनं च कथयामि शिलोच्चयानाम्
Ici, vers l’est, qu’on prépare un kuṇḍa (foyer sacrificiel) d’une coudée, et qu’on accomplisse le rite avec du sésame, de l’orge mêlée de ghee, des bûchettes de combustible et de l’herbe kuśa. Qu’on veille aussi la nuit en chantant avec douceur ; et je vais exposer l’invocation (āvāhana) des amas de pierres sacrés (śiloccaya).
Verse 106
त्वं सर्वदेवगणधामनिधे विरुद्धमस्मद्गृहेष्वमरपर्वत नाशयाशु । क्षेमं विधत्स्व कुरु शांतिमनुत्तमां च संपूजितः परमभक्तिमता मया हि
Toi, trésor et demeure de toutes les cohortes des dieux, ô montagne divine, détruis sans tarder tout ce qui est contraire dans nos demeures. Accorde la prospérité et donne une paix sans pareille, car je t’ai honoré comme il se doit, avec une dévotion suprême.
Verse 107
त्वमेव भगवानीशो ब्रह्मा विष्णुर्दिवाकरः । मूर्तामूर्तमयं बीजमतः पाहि सनातन
Toi seul es le Seigneur Bienheureux — Brahmā, Viṣṇu et le Soleil. Tu es la semence à la fois formée et sans forme ; c’est pourquoi protège-moi/protège-nous, ô Éternel.
Verse 108
यस्मात्त्वं लोकपालानां विश्वमूर्तेश्च मंदिरम् । रुद्रादित्यवसूनां च तस्माच्छान्तिं प्रयच्छ मे
Puisque tu es le sanctuaire des Lokapāla et du Seigneur à la Forme universelle, et aussi des Rudra, des Āditya et des Vasu, accorde-moi donc la paix.
Verse 109
यस्मादशून्यममरैर्नारीभिश्च शिरस्तव । तस्मान्मामुद्धरामुष्माद्दुःखसंसारसागरात्
Puisque ta tête n’est jamais dépourvue des dieux et des nymphes célestes, daigne donc me tirer de cet océan de l’existence mondaine, plein de souffrance.
Verse 110
एवमभ्यर्च्य तं मेरुं मंदरं चाभिपूजयेत् । यस्माच्चैत्ररथेन त्वं भद्राश्वेन च पर्वत
Ainsi, après avoir rendu un culte dû au mont Méru, qu’on vénère aussi le mont Mandara, car toi, ô montagne, tu es lié à Caitraratha et à Bhadrāśva.
Verse 111
शोभसे मंदर क्षिप्रमतस्तुष्टिकरो भव । यस्माच्चूडामणिर्जंबूद्वीपे त्वं गंधमादन
«Ô Mandara, tu resplendis; deviens donc sans tarder celui qui accorde la satisfaction, car dans Jambūdvīpa, toi, ô Gandhamādana, tu es tel un joyau de couronne.»
Verse 112
गंधर्वगणशोभावांस्ततः कीर्तिर्दृढास्तु मे । यस्मात्त्वं केतुमालेन वैभ्राजेन वनेन च
Ainsi, que ma renommée soit ferme et lumineuse, ornée de l’éclat des troupes de Gandharvas, puisque tu es lié à Ketumāla, à Vaibhrāja et aussi à la forêt.
Verse 113
हिरण्मयाश्मशोभावांस्तस्मात्पुष्टिर्ध्रुवास्तु मे । उत्तरैः कुरुभिर्यस्मात्सावित्रेण वनेन च
Puisque ce lieu brille de pierres d’or, que ma prospérité soit assurée et constante; car il est associé aux Kurus du Nord et aussi à la forêt Sāvitra.
Verse 114
सुपार्श्व राजसे नित्यमतः श्रीरक्षयास्तु मे । एवमामंत्र्य तान्सर्वान्प्रभाते विमले पुनः
«Ainsi, par le roi Suparśva, que la bonne fortune et la protection sacrée soient à jamais miennes.» Après avoir ainsi pris congé de tous, il reprit sa route à l’aube pure et sans tache.
Verse 115
स्नात्वा तु गुरवे दद्यान्मध्यमं पर्वतोत्तमं । विष्कंभपर्वतान्दद्यादृत्विग्भ्यः क्रमशो नृप
Après s’être baigné, qu’il offre au guru l’excellente montagne «du milieu»; puis qu’il donne les montagnes Viṣkambha aux prêtres officiants, selon l’ordre prescrit, ô roi.
Verse 116
गावो देयाश्चतुर्विंशदथवा दश पार्थिव । शक्तितः सप्तचाष्टौ वा पंच दद्यादशक्तिमान्
Ô roi, qu’on fasse don de vingt-quatre vaches, ou bien de dix. Selon ses moyens, qu’on en donne sept ou huit; et si l’on est incapable, qu’on en donne cinq.
Verse 117
एकापि गुरवे देया कपिलाथ पयस्विनी । पर्वतानामशेषाणामेष एव विधिः स्मृतः
Même une seule vache kapilā, fauve et riche de lait, doit être donnée au maître; telle est, et telle seule, la règle prescrite dont on se souvient pour toutes les montagnes, sans exception.
Verse 119
स्वमंत्रेणैव सर्वेषु होमः शैलेषु पठ्यते । उपवासी भवेन्नित्यमशक्तौ नक्तमिष्यते
Sur toutes ces montagnes sacrées, le homa, l’offrande au feu, se fait avec son propre mantra בלבד. Qu’on observe le jeûne régulièrement; si l’on ne le peut, un seul repas nocturne est permis.
Verse 120
विधानं सर्वशैलानां क्रमशः शृणु पार्थिव । दानेषु चैव ये मंत्राः पर्वतेषु यथा फलम्
Ô roi, écoute, dans l’ordre prescrit, la règle concernant toutes les montagnes, ainsi que les mantras à employer dans les dons et les fruits obtenus selon chaque montagne.
Verse 121
अन्नं ब्रह्म यतः प्रोक्तमन्नं प्राणाः प्रकीर्तिताः । अन्नाद्भवंति भूतानि जगदन्नेन वर्धते
La nourriture est appelée Brahman ; la nourriture est aussi proclamée comme les souffles vitaux. De la nourriture naissent les êtres, et par la nourriture le monde est soutenu et grandit.
Verse 122
अन्नमेव यतो लक्ष्मीरन्नमेव जनार्दनः । धान्यपर्वतरूपेण पाहि तस्मान्नगोत्तम
Car de la nourriture seule naît Lakṣmī, et la nourriture elle-même est Janārdana. Ainsi, ô meilleur des monts, protège-nous sous la forme d’une montagne de grains.
Verse 123
अनेन विधिना यस्तु दद्याद्धान्यमयं गिरिम् । मन्वंतरशतं साग्रं देवलोके महीयते
Celui qui, selon cette règle prescrite, offre en don une montagne faite de grains, est honoré dans le monde des dieux pendant cent Manvantaras entiers, et davantage encore.
Verse 124
अप्सरोगणगंधर्वैराकीर्णेन विराजितः । विमानेन दिवः पृष्ठमायाति नृपसत्तम
Paré et entouré de troupes d’Apsarās et de Gandharvas, il parvient, ô meilleur des rois, à la voûte du ciel dans un vimāna, char céleste.
Verse 125
कर्मक्षये राजराज्यमाप्नोतीह न संशयः । अथातः संप्रवक्ष्यामि लवणाचलमुत्तमम्
Lorsque s’épuise le reliquat des actes passés, on obtient ici la souveraineté impériale ; il n’y a là aucun doute. Maintenant donc, je décrirai l’excellent Lavaṇācala, la montagne éminente.
Verse 126
यत्प्रदानान्नरो लोकमाप्नोति शिवसंयुतम् । उत्तमः षोडशद्रोणैः कर्तव्यो लवणाचलः
En offrant ce don, l’homme atteint un monde uni à Śiva. Le meilleur est de façonner une « montagne de sel » avec seize droṇas (de sel).
Verse 127
मध्यमश्च तदर्धेन चतुर्भिरधमस्स्मृतः । वित्तहीनो यथाशक्ति द्रोणादूर्द्ध्वं च कारयेत्
Le moyen est dit être la moitié de cela ; et avec quatre (mesures) on reconnaît l’offrande la plus humble. Celui qui manque de biens doit l’accomplir selon ses moyens, à partir d’une mesure de droṇa et au-delà.
Verse 128
चतुर्थांशेन विष्कंभपर्वतान्कारयेत्पृथक् । विधानं पूर्ववत्कुर्याद्ब्रह्मादीनां च सर्वदा
Avec un quart (de la mesure), qu’on façonne séparément les montagnes Viṣkambha. Et que l’on accomplisse toujours l’ordonnance rituelle pour Brahmā et les autres, comme précédemment.
Verse 129
तद्वद्धेममयं सर्वलोकपालनिवेशनम् । सरांसि वनवृक्षादि तद्वच्चान्यान्निनिवेशयेत्
De même, qu’on façonne entièrement d’or les demeures de tous les gardiens des mondes. Et de la même manière, qu’on dispose aussi les lacs, les forêts, les arbres et les autres éléments.
Verse 130
कुर्याज्जागरमत्रापि दानमंत्रान्निबोधत । सौभाग्यरससंयुक्तो यतोयं लवणे रसः
Ici aussi, qu’on accomplisse la veille sacrée ; maintenant, comprends les mantras du don. Car cette saveur du sel est unie au suc de la bonne fortune.
Verse 131
तदात्मकत्वेन च मां पाह्यापन्नं नगोत्तम । यस्मादन्ये रसाः सर्वे नोत्कटा लवणं विना
Ô meilleur des monts, protège-moi, moi qui ai pris refuge, en devenant de cette même nature ; car sans sel, toutes les autres saveurs ne se révèlent pas avec force.
Verse 132
प्रियश्च शिवयोर्नित्यं तस्माच्छांतिप्रदो भव । विष्णुदेहसमुद्भूतो यस्मादारोग्यवर्धनः
Sois à jamais cher à Śiva et à son épouse ; ainsi deviens dispensateur de paix. Né du corps de Viṣṇu, tu es celui qui accroît santé et bien-être.
Verse 133
तस्मात्पर्वतरूपेण पाहि संसारसागरात् । अनेन विधिना यस्तु दद्याल्लवणपर्वतम्
Ainsi, sous la forme d’une montagne, protège-moi de l’océan du samsāra. Quiconque, selon ce rite prescrit, offre en don une « montagne de sel »…
Verse 134
उमालोके वसेत्कल्पं ततो याति परां गतिम् । अतः परं प्रवक्ष्यामि गुडपर्वतमुत्तमम्
Il demeurera dans le monde d’Umā durant un kalpa, puis atteindra l’état suprême. Maintenant, après cela, je décrirai l’excellent Mont Guḍa.
Verse 135
यत्प्रदानान्नरः स्वर्गं प्राप्नोति सुरपूजितः । उत्तमो दशभिर्भारैर्मध्यमः पंचभिर्मतः
Par ce don, l’homme atteint le ciel et reçoit l’honneur des dieux. Le don excellent est tenu pour dix bhāras en mesure, et le don moyen pour cinq.
Verse 136
त्रिभिर्भारैः कनिष्ठः स्यात्तदर्धेनाल्पवित्तवान् । तद्वदामंत्रणं पूजां हैमवृक्षान्सुरार्चनं
Celui qui donne trois bhāras est tenu pour un donateur inférieur; et avec la moitié de cela, on le compte parmi ceux de faible fortune. De même sont évalués l’invitation, le culte, l’offrande d’arbres d’or et l’adoration des dieux.
Verse 137
विष्कंभपर्वतांस्तद्वत्सरांसि वनदेवताः । होमं जागरणं तद्वल्लोकपालाधिवासनम्
De même sont évoqués les monts Viṣkambha, les années (cosmiques) et les divinités des forêts; et pareillement les rites d’offrande au feu, la veille sacrée et l’installation/invocation des Lokapālas comme divinités tutélaires.
Verse 138
धान्यपर्वतवत्कुर्यादिमं मंत्रमुदीरयेत् । यथा देवेषु विश्वात्मा प्रवरोयं जनार्दनः
Qu’on le façonne tel une montagne de grains, puis qu’on récite ce mantra : «De même qu’entre les dieux, Janārdana —l’Âme universelle— est le plus éminent».
Verse 139
सामवेदस्तु वेदानां महादेवस्तु योगिनां । प्रणवः सर्वमंत्राणां नारीणां पार्वती यथा
De même que le Sāmaveda est le plus éminent des Veda, que Mahādeva est le plus éminent des yogin, et que le Praṇava (Oṁ) est le plus éminent de tous les mantras, ainsi Pārvatī est la plus éminente parmi les femmes.
Verse 140
तथा रसानां प्रवरः सदैवेक्षुरसो मतः । मम तस्मात्परां लक्ष्मीं ददातु गुडपर्वतः
De même, parmi toutes les saveurs, le jus de canne à sucre est toujours tenu pour le plus excellent. Aussi, que la Montagne de Guda (sucre brut) m’accorde la Lakṣmī suprême, la prospérité souveraine.
Verse 141
यस्मात्सौभाग्यदायिन्या धाम त्वं गुडपर्वत । निर्मितश्चासि पार्वत्या तस्मान्मां पाहि सर्वदा
Ô Guḍaparvata, puisque tu es une demeure qui dispense la bonne fortune, et puisque tu fus façonné par Pārvatī, protège-moi donc en tout temps.
Verse 142
अनेन विधिना यस्तु दद्याद्गुडमयं गिरिम् । संपूज्यमानो गंधर्वैर्गौरीलोके महीयते
Quiconque, selon ce rite prescrit, offre une montagne faite de guda (sucre brut), est honoré dans le monde de Gaurī, adoré par les Gandharvas.
Verse 143
पुनः कल्पशतांते च सप्तद्वीपाधिपो भवेत् । आयुरारोग्यसंपन्नः शत्रुभिश्चापराजितः
Et de nouveau, au terme de cent kalpas, il devient le souverain des sept continents, comblé de longue vie et de santé, et jamais vaincu par les ennemis.
Verse 144
अथ पापहरं वक्ष्ये सुवर्णाचलमुत्तमम् । यस्य प्रदानाद्भवनं वैरिंचं यांति मानवाः
À présent, je décrirai le Suvarṇācala suprême, qui efface les péchés ; par l’offrande de ce don, les hommes atteignent la demeure de Brahmā.
Verse 145
उत्तमः पलसाहस्रो मध्यमः पंचभिः शतैः । तदर्धेनाधमस्तद्वदल्पवित्तोपि मानवः
L’offrande la plus excellente est de mille palas; la moyenne, de cinq cents. La moindre en est la moitié; de même, même l’homme aux biens modestes doit donner selon ses moyens.
Verse 146
दद्यादेकपलादूर्द्ध्वं यथाशक्ति विमत्सरः । धान्यपर्वतवत्सर्वं विदध्याद्राजसत्तम
Ô le meilleur des rois, sans jalousie, qu’on donne selon sa force, en commençant au moins par un seul pala. Ainsi faut-il disposer toute charité, comme on élève une montagne de grains.
Verse 147
विष्कंभशैलांस्तद्वच्च ऋत्विग्भ्यः प्रतिपादयेत् । नमस्ते सर्वबीजाय ब्रह्मगर्भाय वै नमः
De même, qu’il remette aux prêtres officiants les montagnes de Viṣkambha. Hommage à Toi, source de toutes les semences; hommage, en vérité, à Celui qui porte Brahmā en son sein.
Verse 148
यस्मादनंतफलदस्तस्मात्पाहि शिलोच्चय । यस्मादग्नेरपत्यं त्वं यस्मात्पुत्रो जगत्पतेः
Puisque tu accordes des fruits sans fin, protège-moi, ô montagne élevée. Car tu es la descendance d’Agni, et tu es le fils du Seigneur du monde.
Verse 149
हेमपर्वतरूपेण तस्मात्पाहि नगोत्तम । अनेन विधिना यस्तु दद्यात्कनकपर्वतम्
C’est pourquoi, ô meilleure des montagnes, protège-moi sous la forme d’une montagne d’or. Quiconque, selon ce rite prescrit, offre une montagne d’or…
Verse 150
स याति परमं ब्रह्म लोकमानंदकारकम् । तत्र कल्पशतं तिष्ठेत्ततो याति परां गतिम्
Il atteint le monde suprême de Brahman, demeure qui dispense la béatitude. Là, il demeure cent kalpa ; puis il s’avance vers l’état le plus élevé.
Verse 151
अथातः संप्रवक्ष्यामि तिलशैलं विधानतः । यत्प्रदानान्नरो याति विष्णुलोकमनुत्तमम्
À présent, j’exposerai selon la règle le tila-śaila, la « montagne de sésame ». En l’offrant, l’homme atteint le royaume inégalé de Viṣṇu.
Verse 152
उत्तमो दशभिर्द्रोणैर्मध्यमः पंचभिः स्मृतः । त्रिभिः कनिष्ठो राजेंद्र तिलशैलः प्रकीर्तितः
Ô roi, le Tilaparvata, l’offrande de la montagne de sésame, est proclamé de trois degrés : le meilleur avec dix droṇa, le moyen avec cinq, le moindre avec trois.
Verse 153
पूर्ववच्चापरं सर्वं विष्कंभपर्वतादिकम् । दानमंत्रं प्रवक्ष्यामि यथा च नृपपुंगव
Comme précédemment, tout le reste aussi—à commencer par la montagne Viṣkambha et ce qui s’y rapporte—a été décrit. Maintenant, j’énoncerai le mantra du don, tel qu’il est, ô taureau parmi les rois.
Verse 154
यस्मान्मधुवधे विष्णोर्देहस्वेदसमुद्भवाः । तिलाः कुशाश्च माषाश्च तस्माच्छांतिप्रदो भव
Car, lors de la mise à mort de Madhu par Viṣṇu, du sueur de Son corps naquirent le sésame, l’herbe kuśa et le haricot noir ; c’est pourquoi, sois dispensateur de paix.
Verse 155
हव्यकव्येषु यस्माच्च तिला एव हि रक्षणम् । लक्ष्मीं च कुरु शैलेंद्र तिलाचल नमोस्तु ते
Puisque, dans les offrandes aux dieux et aux ancêtres, le sésame est vraiment une sauvegarde, ô seigneur des montagnes—Tilācala—accorde la prospérité ; salutations à toi.
Verse 156
इत्यामंत्र्य च यो दद्यात्तिलाचलमनुत्तमम् । स वैष्णवं पदं याति पुनरावृत्तिदुर्लभम्
Ainsi, après avoir dûment invité (le bénéficiaire), quiconque offre l’incomparable Tilācala atteint la demeure vaiṣṇava, où le retour à la renaissance est rare.
Verse 157
कार्पासपर्वतश्चैव विंशद्भारैरिहोत्तमः । दशभिर्मध्यमः प्रोक्तः कनिष्ठः पंचभिर्मतः
De même, une « montagne de coton » est tenue ici pour excellente lorsqu’elle pèse vingt bhāras ; on la dit moyenne à dix, et inférieure à cinq.
Verse 158
भारेणाल्पधनो दद्याद्वित्तशाठ्यविवर्जितः । धान्यपर्वतवत्सर्वमासाद्यं राजसत्तम
Même l’homme de peu de fortune doit donner selon sa mesure, sans tromperie quant à ses biens. Pour qui agit ainsi, tout devient accessible—tel une montagne de grains—ô meilleur des rois.
Verse 159
प्रभातायां च शर्वर्यां दद्यादिदमुदीरयेत् । त्वमेवावरणं यस्माल्लोकानामिह सर्वदा
À l’aube, lorsque la nuit s’achève, qu’on fasse ce don et qu’on récite ces paroles : « Toi seul es la protection, l’abri toujours présent des êtres en ce monde ».
Verse 160
कार्पासाद्रे नमस्तस्मादघौघ ध्वंसनो भव । इति कार्पासशैलेंद्रं यो दद्याच्छर्वसंनिधौ
Ô mont Kārpāsa, salutations à toi ; deviens donc le destructeur des amas de péchés. Ainsi, quiconque offre un don lié au seigneurial mont Kārpāsa en présence de Śarva (Śiva) obtient le mérite qui dissipe les fautes.
Verse 161
रुद्रलोके वसेत्कल्पं ततो राजा भवेदिह । अथातः संप्रवक्ष्यामि घृताचलमनुत्तमम्
Celui qui demeure dans le monde de Rudra pendant un kalpa devient roi ici-bas. Maintenant donc, je décrirai l’incomparable Ghṛtācala, la montagne de ghee.
Verse 162
तेजोमयं घृतं पुण्यंमहापातकनाशनम् । विंशत्या घृतकुंभानामुत्तमः स्याद्घृताचलः
Le ghee, fait d’une essence de splendeur, est sacré et détruit même les grands péchés. Parmi vingt jarres de ghee, l’offrande la plus excellente est la « montagne de ghee », Ghṛtācala.
Verse 163
दशभिर्मध्यमः प्रोक्तः पंचभिस्त्वधमः स्मृतः । अल्पवित्तोपि कुर्वीत द्वाभ्यामिह विधानतः
Avec dix (mesures), on dit que c’est de degré moyen ; avec cinq, on le tient pour inférieur. Même l’homme de peu de fortune doit l’accomplir ici, selon la règle prescrite, avec deux (mesures).
Verse 164
विष्कम्भपर्वतांस्तद्वच्चतुर्भागेन कल्पयेत् । शालितंडुलपात्राणि कुंभोपरि निवेशयेत्
De même, qu’on façonne les « montagnes » de soutien en quatre parts, puis qu’on place sur le pot des bols de riz et de grains.
Verse 165
कारयेत्संहतानुच्चान्यथाशोभं विधानतः । वेष्टयेच्छुक्लवासोभिरिक्षुदंडफलादिकैः
Qu’on les fasse denses et élevés, selon ce qui sied, conformément au rite prescrit ; puis qu’on les enveloppe de tissus blancs, avec des tiges de canne à sucre, des fruits et autres offrandes.
Verse 166
धान्यपर्वतवत्संर्वं विधानमिह पठ्यते । अधिवासनपूर्वं हि तद्वद्धोमसुरार्चनम्
Ici, tout le rite prescrit est enseigné tel qu’il l’est pour le Dhānyaparvata. Et certes, après la consécration préalable (adhivāsana), on accomplira de même l’oblation au feu (homa) et le culte des divinités.
Verse 167
प्रभातायां च शर्वर्यां गुरवे विनिवेदयेत् । विष्कंभपर्वतांस्तद्वदृत्विग्भ्यः शांतमानसः
À l’aube, lorsque la nuit s’achève, l’esprit apaisé, qu’on offre ces montagnes Viṣkambha au guru ; et de même qu’on les offre aux prêtres officiants.
Verse 168
संयोगाद्घृतमुत्पन्नं यस्मादमृततेजसि । तस्माद्घृतार्चिर्विश्वात्मा प्रीयतामत्र शंकर
Puisque le ghee naît de l’union et brille de l’éclat de l’amṛta, qu’ainsi Śaṅkara—dont la flamme est ghee, l’Âme de l’univers—soit ici satisfait.
Verse 169
यस्मात्तेजोमयं ब्रह्म घृते चैव व्यवस्थितम् । घृतपर्वतरूपेण तस्मान्नः पाहि भूधर
Puisque le Brahman lumineux est véritablement établi dans le ghee, dès lors, ô Porteur de la terre, protège-nous, toi qui as pris la forme d’une montagne de ghee.
Verse 170
अनेन विधिना दद्याद्घृताचलमनुत्तमम् । महापातकयुक्तोपि लोकमायाति शांभवम्
Si l’on offre, selon ce rite prescrit, l’incomparable Ghṛtācala, alors—fût-on chargé de grands péchés—on parvient au monde de Śambhu (Śiva).
Verse 171
हंससारसयुक्तेन किंकिणीजालमालिना । विमानेनाप्सरोभिश्च सिद्धविद्याधरैर्वृतः
Entouré d’Apsarās, de Siddhas et de Vidyādharas, il prit place dans un vimāna céleste attelé de cygnes et de grues, orné de guirlandes de grelots tintants.
Verse 172
विचरेत्पितृभिः सार्धं यावदाभूतसंप्लवम् । अथातः संप्रवक्ष्यामि रत्नाचलमनुत्तमम्
Il errerait avec les Pitṛs (pères ancestraux) jusqu’à la dissolution de tous les êtres. À présent, j’exposerai l’incomparable Ratnācala, la Montagne des Joyaux.
Verse 173
मुक्ताफलसहस्रेण पर्वतस्स्यादनुत्तमः । मध्यमः पंचशतिकस्त्रिशतेनाधमः स्मृतः
Une montagne faite de mille perles est tenue pour incomparable ; celle de cinq cents est moyenne ; et celle de trois cents est dite inférieure.
Verse 174
चतुर्थांशेन विष्कंभ पर्वताः स्युः समन्ततः । पूर्वेण वज्रगोमेदैर्दक्षिणेनेंद्रनीलकैः
De tous côtés, les montagnes Viṣkambha s’étendent sur un quart (de la mesure du domaine) ; à l’est elles sont de diamant et de gomeda, et au sud d’indranīla (saphir).
Verse 175
पुष्यरागैर्युतः कार्यो विद्वद्भिर्गंधमादनः । वैडूर्यविद्रुमैः पश्चात्संमिश्रो विपुलाचलः
Que les sages façonnent le Gandhamādana, paré de pusyarāga (topaze) ; puis, que le Vipulācala soit établi comme une vaste montagne, mêlée de vaidūrya (béryl) et de vidruma (corail).
Verse 176
पद्मरागैः स सौवर्णैरुत्तरेणापि विन्यसेत् । धान्यपर्वतवत्सर्वमत्रापि परिकल्पयेत्
Qu’il dispose aussi, du côté du nord, des padmarāga, rubis à l’éclat d’or ; et qu’ici encore il imagine toute chose à la manière de la « montagne de grains ».
Verse 177
तद्वदावाहनं कृत्वा वृक्षान्देवांश्च कांचनान् । पूजयेत्पुष्पगन्धाद्यैः प्रभाते स्याद्विसर्जनम्
De même, après avoir accompli l’invocation (āvāhana), qu’il vénère les arbres et les divinités d’or par des fleurs, des parfums et autres offrandes ; et, au matin, qu’ait lieu le congé (visarjana).
Verse 178
पूर्ववद्गुरुऋत्विग्भ्य इमं मंत्रमुदीरयेत् । यथा देवगणाः सर्वे सर्वरत्नेष्ववस्थिताः
Comme auparavant, qu’il récite ce mantra au guru et aux prêtres officiants (ṛtvik), afin que toutes les troupes des dieux soient présentes, établies au milieu de toutes les gemmes.
Verse 179
त्वं च रत्नमयो नित्यमतः पाहि महाचल । यस्माद्रत्नप्रदानेन तुष्टिमेति जनार्दनः
Et toi, tu es à jamais fait de joyaux ; aussi, ô grande montagne, protège-moi (ou protège-nous). Car par le don des gemmes, Janārdana (Viṣṇu) est comblé de joie.
Verse 180
पूजामंत्रप्रसादेन तस्मान्नः पाहि पर्वत । अनेन विधिना यस्तु दद्याद्रत्नमयं गिरिम्
Par la grâce du mantra de culte, protège-nous donc, ô Montagne. Et quiconque, selon ce rite, ferait don d’une montagne faite de joyaux—
Verse 181
स याति वैष्णवं लोकममरेश्वरपूजितः । यावत्कल्पशतं साग्रं वसेत्तत्र नराधिप
Ô roi, honoré par les seigneurs des dieux, il gagne le séjour de Viṣṇu et y demeure durant un plein cent de kalpas.
Verse 182
रूपारोग्यगुणोपेतः सप्तद्वीपाधिपो भवेत् । ब्रह्महत्यादिकं किंचिदत्रामुत्राथवा कृतम्
Doué de beauté, de santé et de vertus, il devient souverain des sept continents ; et même une faute telle que le meurtre d’un brahmane—commise ici ou dans un autre monde—s’en trouve effacée.
Verse 183
तत्सर्वं नाशमायाति गिरिर्वज्राहतो यथा । अथातः संप्रवक्ष्यामि रौप्याचलमनुत्तमम्
Tout cela s’en va à la ruine, comme une montagne frappée par la foudre. Maintenant donc, je décrirai en détail l’incomparable Raupyācala, la Montagne d’Argent.
Verse 184
यत्प्रदानान्नरो याति सोमलोकं नरोत्तम । दशभिः पलसाहस्रैरुत्तमो रजताचलः
Ô meilleur des hommes, par le don de cela l’homme atteint le monde de Soma. La plus excellente « Montagne d’Argent » est évaluée à dix mille palas.
Verse 185
पंचभिर्मध्यमः प्रोक्तस्तदर्धेनाधमः स्मृतः । अशक्तो विंशतेरूर्द्ध्वं कारयेच्छक्तितः सदा
Celui qui accomplit le rite avec cinq offrandes est dit « moyen » ; avec la moitié de cela, il est tenu pour « inférieur ». S’il ne peut aller au-delà de vingt, qu’il le fasse toujours selon sa propre capacité.
Verse 186
विष्कंभपर्वतांस्तद्वत्तुरीयांशेन कल्पयेत् । पूर्ववद्राजतान्कुर्यान्मंदरादीन्विधानतः
De même, qu’on conçoive les montagnes Viṣkambha à la mesure d’un quart. Comme précédemment, qu’on façonne les montagnes d’argent, en commençant par Mandara, selon la règle prescrite.
Verse 187
कलधौतमयांस्तद्वल्लोकेशान्कारयेद्बुधः । ब्रह्मविष्ण्वर्कवान्कार्यो नितंबोत्र हिरण्मयः
Le sage doit pareillement façonner les gardiens des mondes en or bien affiné. Brahmā, Viṣṇu et le dieu Soleil doivent être réalisés ainsi, et leur partie inférieure ici doit être d’or.
Verse 188
राजतं स्यात्तदन्येषां पर्वतांना च कांचनम् । शेषं च पूर्ववत्कुर्याद्धोमजागरणादिकम्
Pour les autres, que ce soit d’argent ; et pour les montagnes, d’or. Le reste—tel que le homa, la veille et les rites connexes—doit être accompli comme il a été prescrit auparavant.
Verse 189
दद्यात्तद्वत्प्रभाते तु गुरवे रौप्यपर्वतम् । विष्कंभशैलानृत्विग्भ्यः पूज्य वस्त्रविभूषणैः
De même, à l’aube, qu’on offre au guru une « montagne d’argent » ; et aux prêtres officiants, qu’on donne les montagnes « Viṣkambha », en les honorant de vêtements et d’ornements.
Verse 190
इमं मंत्रं पठन्दद्याद्दर्भपाणिर्विमत्सरः । पितॄणां वल्लभं यस्मादिन्दोर्वा शंकरस्य च
En récitant ce mantra, qu’il fasse l’offrande, tenant l’herbe kuśa en main et sans jalousie ; car il est cher aux Pitṛs (ancêtres) et aimé aussi d’Indu (la Lune) et de Śaṅkara (Śiva).
Verse 191
रजतं पाहि तस्मान्नः शोकसंसारसागरात् । इत्थं निवेश्य यो दद्याद्रजताचलमुत्तमम्
«Ô Rajata (Argent), protège-nous de cet océan du saṃsāra rempli de chagrin. Ainsi, quiconque l’établit de cette manière et offre une excellente “montagne d’argent”…»
Verse 192
गवामयुतसाहस्रफलमाप्नोति मानवः । सोमलोके सगंधर्वैः किन्नराप्सरसांगणैः
L’homme obtient un mérite égal au don de dix mille vaches ; et dans le monde de Soma il demeure avec les Gandharvas, les Kinnaras et les troupes d’Apsaras.
Verse 193
पूज्यमानो वसेद्विद्वान्यावदाभूतसंप्लवम् । अथातः संप्रवक्ष्यामि शर्कराचलमुत्तमम्
Ainsi honoré, le sage doit demeurer là jusqu’à la dissolution cosmique. Maintenant donc, j’exposerai l’excellent Śarkarācala, la “Montagne de Sucre”.
Verse 194
यस्य प्रदानाद्विष्ण्वर्करुद्रास्तुष्यंति सर्वदा । अष्टभिः शर्कराभारैरुत्तमः स्यान्महाचलः
Par le don de cela, Viṣṇu, le Soleil et Rudra sont toujours satisfaits ; huit charges de sucre deviennent une excellente grande offrande (mahācala).
Verse 195
चतुर्भिर्मध्यमः प्रोक्तो भाराभ्यामधमः स्मृतः । भारेण चार्द्धभारेणकुर्याद्यः स्वल्पवित्तवान्
Celui qui offre quatre bhāras est dit de rang moyen ; celui qui en offre deux est tenu pour inférieur. Mais l’homme de faible fortune doit donner selon ses moyens : un bhāra, ou même un demi-bhāra.
Verse 196
विष्कंभपर्वतान्कुर्यात्तुरीयांशेन मानवः । धान्यपर्वतवत्सर्वं हैमांबरसुसंयुतम्
Avec un quart de part, l’homme doit façonner les montagnes de soutien ; et que tout soit fait à l’image de la montagne de grains, richement pourvue de vêtements d’or.
Verse 197
मेरोरुपरितः स्थाप्यं हैमं तत्र तरुत्रयम् । मंदारः पारिजातश्च तृतीयः कल्पपादपः
Au sommet du Méru doit être établi un domaine d’or ; et là seront placés trois arbres : le Mandāra, le Pārijāta et, pour troisième, l’arbre qui exauce les vœux, le Kalpavṛkṣa.
Verse 198
एतद्वृक्षत्रयं मूर्ध्नि सर्वेष्वपि निवेशयेत् । हरिचंदनसंतानौ पूर्वपश्चिमभागयोः
Ce triple ensemble d’arbres doit être placé au sommet, dans toutes les dispositions. Et l’arbre de Hari ainsi que la lignée du santal doivent être établis aux côtés est et ouest.
Verse 199
निवेश्यौ सर्वशैलेषु विशेषाच्छर्कराचले । मंदरे कामदेवस्तु प्रत्यग्वक्त्रः सदा भवेत्
Qu’on les établisse sur toutes les montagnes, et tout particulièrement sur Śarkarācala. Et sur le mont Mandara, Kāma-deva doit être toujours installé, le visage tourné vers l’ouest.
Verse 200
गंधमादनशृंगे तु धनदः स्यादुदङ्मुखः । प्राङ्मुखो वेदमूर्त्तिस्तु हंसः स्याद्विपुलाचले
Sur le sommet du Gandhamādana se tient Kubera, Seigneur des richesses, tourné vers le nord ; et le Haṃsa, incarnation des Veda, demeure sur la vaste montagne, tourné vers l’est.
Verse 201
हैमी भवेत्सुपार्श्वे तु सुरभी दक्षिणामुखी । धान्यपर्वतवत्सर्वमावाहनमखादिकम्
Sur le côté propice, qu’il y ait une représentation d’or, et que Surabhī, la vache divine, soit tournée vers le sud. Tous les rites—l’invocation et le reste—doivent être accomplis selon la règle du « Dhānya-parvata » (l’offrande de la montagne de grains).