Uttara BhagaAdhyaya 4975 Verses

Tīrtha-yātrā-varṇana (Description of Pilgrimage to the Sacred Fords)

Dans un dialogue où Vasu instruit Mohinī, ce chapitre décrit le pèlerinage à travers Avimukta/Kāśī (secteurs nord-ouest et central) en suivant des liṅga, des bassins sacrés et des points rituels. Il s’ouvre sur un liṅga à quatre faces installé par Sagara et sur le lac Bhadradeha, dont le bain équivaut au don de mille vaches, montrant l’amplification du mérite par le tīrtha-snāna. Il situe ensuite Kṛttivāseśvara parmi les sanctuaires voisins et enseigne que le darśana répété confère le tāraka-jñāna ; les noms du Seigneur varient selon les yuga (Tryambaka, Kṛttivāsas, Maheśvara, Hastipāleśvara), attestant une continuité intemporelle. Un programme mensuel de culte à la caturdaśī assigne divers séjours célestes et culmine en une exhortation à viser le domaine de Śiva. Le récit s’étend aux enceintes intérieures d’Avimukta : le lac Ghaṇṭākarṇa, le tarpaṇa à Daṇḍakhāta pour l’élévation des pitṛ, le piṇḍa pour la délivrance des piśāca, le culte et la veille de Lalitā, ainsi que Maṇikarṇī/Manikarṇikeśvara avec Gaṅgeśvara. La légende finale explique Avimuktatara et le nom « Vimukta » par un épisode de rākṣasa et un présage de coq, affirmant que la dīkṣā et le refuge en Avimukta empêchent la renaissance et accordent le kaivalya immédiat par darśana, snāna et sandhyā.

Shlokas

Verse 1

वसुरुवाच । वायव्ये तु दिशो भागे तस्य पीठस्य सुंदरि । लिंगं प्रस्थापितं तत्र सगरेण चतुर्मुखम् ॥ १ ॥

Vasu dit : «Ô belle, dans le quartier nord-ouest de ce pīṭha sacré, Sagara y fit installer un liṅga à quatre visages.»

Verse 2

सागराद्वायुकोणे तु भद्रदेहं सरः स्मृतम् । गवां क्षीरेण संजातं सर्वपातकनाशनम् ॥ २ ॥

Au nord‑ouest de l’océan se trouve l’étang nommé Bhadradeha. On dit qu’il naquit du lait des vaches et qu’il anéantit tous les péchés.

Verse 3

कपिलानां सहस्रस्य सम्यग्दत्तस्य यत्फलं । तत्फलम् लभते मर्त्यः स्नानमात्रेण मोहिनि ॥ ३ ॥

Ô Mohinī, le mérite obtenu en offrant correctement mille vaches fauves—ce même fruit, le mortel l’atteint par le seul bain en ce lieu sacré.

Verse 4

पूर्वाभाद्रपदायुक्ता पौर्णमासी यदा भवेत् । तदा पुण्यतमः कालोह्यश्वमेधफलप्रदः ॥ ४ ॥

Lorsque la Paurṇamāsī (pleine lune) coïncide avec la nakṣatra Pūrvabhādrapadā, ce moment devient d’un mérite suprême et confère le fruit du sacrifice Aśvamedha.

Verse 5

यत्र सा दृश्यते देवी विख्याता भीष्मचंडिका । श्मशाने तां समभ्यर्च्य न नरो दुर्गतिं व्रजेत् ॥ ५ ॥

Là où l’on voit la Déesse—célèbre sous le nom de Bhīṣma‑Caṇḍikā—celui qui l’honore comme il se doit au lieu de crémation ne tombe pas dans une destinée mauvaise.

Verse 6

अंतकेश्वरपूर्वेण दक्षे सर्वेश्वरस्य च । मातलीश्वरसौम्ये तु कृत्तिवासेश्वरः स्मृतः ॥ ६ ॥

À l’est d’Antakeśvara et au sud de Sarveśvara; et au nord de Mātalīśvara, l’on se souvient que se tient Kṛttivāseśvara.

Verse 7

कृत्तिवासेश्वरं दृष्ट्वा तं संपूज्य परां गतिम् । एकेन जन्मना देवि कृत्तिवासे तु लभ्यते । पूर्वजन्मकृतं पापं तपसापि न शुद्ध्यति ॥ ७ ॥

Ô Déesse, par le seul fait de contempler Kṛttivāseśvara et de L’adorer dignement, on atteint le But suprême. Oui, à Kṛttivāsa, cet état très haut s’obtient en une seule existence; les fautes commises dans les vies antérieures ne se purifient pas par les seules austérités.

Verse 8

तत्क्षणान्नश्यते पापं तस्य लिंगस्य दर्शनात् । कृते तु त्र्यंबकं पूर्वं त्रेतायां कृत्तिवाससम् ॥ ८ ॥

Par la seule vision de ce liṅga, le péché s’anéantit sur-le-champ. Dans l’âge Kṛta, Il fut d’abord connu comme Tryambaka; et dans l’âge Tretā, comme Kṛttivāsas.

Verse 9

महेश्वरं तु देवस्य द्वापरे नाम गीयते । हस्तिपालेश्वरं नाम कलौ सिद्धैस्तु गीयते ॥ ९ ॥

Dans le Dvāpara-yuga, la Divinité est célébrée sous le nom de « Maheśvara »; mais dans le Kali-yuga, les Siddhas accomplis Le chantent comme « Hastipāleśvara ».

Verse 10

कृत्तिवासेश्वरो देवो द्रष्टव्यश्च पुनः पुनः । यदीहेत्तारकं ज्ञानं शाश्वतं चामृतप्रदम् ॥ १० ॥

Le Seigneur divin Kṛttivāseśvara doit être contemplé encore et encore; car ici (par ce darśana) l’on obtient la connaissance tāraka, éternelle et dispensatrice d’immortalité.

Verse 11

दर्शनाद्देवदेवस्य ब्रह्महापि प्रमुच्यते । स्पर्शने पूजने चैव सर्वयज्ञफलं लभेत् ॥ ११ ॥

Par le seul fait de contempler le Seigneur des dieux, même celui qui a tué un brāhmane est délivré du péché. Et en Le touchant et en L’adorant, on obtient le fruit de tous les sacrifices.

Verse 12

श्रद्धया परया देवं येऽर्चयंति सनातनम् । फाल्गुनस्य चतुर्दश्यां कृष्णपक्षे समाहिताः ॥ १२ ॥

Ceux qui, avec une foi suprême et l’esprit parfaitement recueilli, adorent le Seigneur Éternel au jour de caturdaśī (quatorzième jour lunaire) de la quinzaine sombre (kṛṣṇa-pakṣa) du mois de Phālguna—

Verse 13

पुष्पैः फलैस्तथा पत्रैर्भक्ष्यैरुच्चावचैस्तथा । क्षीरेण मधुना चैव तोयेन सह सर्पिषा ॥ १३ ॥

Avec des fleurs, des fruits et des feuilles; avec des mets de toutes sortes; avec du lait et du miel; et avec de l’eau mêlée de ghee—qu’on présente les offrandes selon le rite prescrit.

Verse 14

तर्पयंति परं लिंगमर्चयंति शुभं शिवम् । डुंडुकारनमस्कारैर्नृत्यगीतैस्तथैव च ॥ १४ ॥

Ils offrent le tarpana au Liṅga suprême et adorent Śiva, l’Auspiciateur; de même, par des acclamations retentissantes et des salutations (namaskāra), ainsi que par la danse et le chant.

Verse 15

मुखवाद्यैरनेकैश्च स्तोत्रैर्मंत्रैस्तथैव च । उपोष्य रजनीमेकां भक्त्या परमया हरम् ॥ १५ ॥

Avec de nombreux instruments à vent, ainsi qu’avec des hymnes (stotra) et des mantras, qu’on observe un jeûne d’une nuit et qu’on adore Hari avec une dévotion suprême.

Verse 16

ते यांति परमं स्थानं पूजयित्वा च मोहिनि । भूतायां चैत्रमासस्य योऽर्चयेत्परमेश्वरम् ॥ १६ ॥

Ô Mohinī l’enchanteresse, quiconque adore le Seigneur Suprême (Parameśvara) au tithi Bhūtā du mois de Caitra, après l’avoir vénéré, parvient au séjour suprême.

Verse 17

स च वित्तेश्वरं प्राप्य क्रीडते यक्षराडिव । वैशाखस्य चतुर्द्दश्यां योऽर्चयेत्प्रयतः शिवम् ॥ १७ ॥

Celui qui, avec maîtrise de soi, adore Śiva au quatorzième jour lunaire (caturdaśī) du mois de Vaiśākha, parvient à Kubera, Seigneur des richesses, et se réjouit tel le roi des Yakṣas.

Verse 18

वैशाखलोकमासाद्य तस्यैवानुचरो भवेत् । ज्येष्ठमासे चतुर्दश्यां योऽर्चयेच्छ्रद्धया हरम् ॥ १८ ॥

Celui qui, avec foi, adore Hari au caturdaśī du mois de Jyeṣṭha atteint le monde de Vaiśākha et devient Son serviteur.

Verse 19

स्वर्गलोकमवाप्नोति यावदाभूत संप्लवम् । चतुर्द्दश्यां शुचौ भद्रे योऽर्चयेत्प्रयतः शिवम् ॥ १९ ॥

Ô bienheureuse, quiconque—pur et discipliné—adore Śiva au caturdaśī obtient le Svarga-loka et y demeure jusqu’à la dissolution cosmique des êtres.

Verse 20

सूर्यलोकं समासाद्य क्रीडते यावदीप्सितम् । श्रावणस्य चतुर्द्दश्यां कामलिंगं समुत्थितम् ॥ २० ॥

Ayant atteint le monde du Soleil (Sūrya-loka), il s’y réjouit aussi longtemps qu’il le souhaite. Au caturdaśī du mois de Śrāvaṇa, le Kāma-liṅga se manifesta (s’éleva).

Verse 21

ददाति वारुणं लोकं क्रीडते चाप्सरोन्वितः । मासि भाद्रपदे युक्तमर्चयित्वा तु शंकरम् ॥ २१ ॥

Après avoir vénéré dûment Śaṅkara au mois de Bhādrapada, on atteint le monde de Varuṇa et l’on s’y divertit, accompagné des Apsarās.

Verse 22

पुष्पैः फलैश्च विविधैरिंद्रस्यैति सलोकताम् । पितृपक्षे चतुर्द्दश्यां पूजयित्वा यथेश्वरम् ॥ २२ ॥

Après avoir honoré le Seigneur comme il se doit, au jour de caturdaśī du Pitṛpakṣa, avec des fleurs et des fruits variés, on obtient demeure dans le même monde qu’Indra (Indra-loka).

Verse 23

प्राप्नोति पितृलोकं तु क्रीडते पूजितश्च तैः । प्रबोधमासे देवेशमर्चयित्वा महेश्वरम् ॥ २३ ॥

Il atteint le Pitṛloka et, honoré par les ancêtres, s’y divertit. Ce fruit advient en vénérant, au mois de Prabodha, Maheśvara, Mahādeva, Seigneur des dieux.

Verse 24

चंद्रलोकं समासाद्यक्रीडते यावदीप्सितम् । बहुले मार्गशीर्षस्य पूजयित्वा पिनाकिनम् ॥ २४ ॥

Après avoir vénéré Pinākin (Śiva, porteur de l’arc) au jour de pleine lune du mois de Mārgaśīrṣa, il atteint le monde de la Lune (Candra-loka) et s’y réjouit autant qu’il le souhaite.

Verse 25

विष्णुलोकमवाप्नोति क्रीडते कालमक्षयम् । अर्चयित्वा तथा पौषे स्थाणुं हृष्टेन चेतसा ॥ २५ ॥

Ayant ainsi vénéré Sthāṇu (Śiva) au mois de Pauṣa, l’esprit empli de joie, on atteint le monde de Viṣṇu (Viṣṇu-loka) et l’on s’y réjouit pour un temps impérissable.

Verse 26

प्राप्नोति नैर्ऋतं स्थानं तेनैव सह मोदते । माघे समर्चयित्वा वै पुष्पमूलफलैः शुभैः ॥ २६ ॥

Celui qui, au mois de Māgha, adore selon le rite avec des fleurs, des racines et des fruits de bon augure, atteint le séjour de Nairṛta et s’y réjouit en la compagnie de cette même puissance divine.

Verse 27

प्राप्नोति शिवलोकं तु त्यक्त्वा संसारसागरम् । कृत्तिवासेश्वरं देवमर्चयेत्तु प्रयत्नतः ॥ २७ ॥

En quittant l’océan du saṃsāra, on atteint assurément le monde de Śiva; aussi faut-il adorer avec ardeur le Seigneur divin Kṛttivāseśvara.

Verse 28

अविमुक्ते वसेच्चैव यदीच्छेच्छांकरं पदम् । घंटा कर्णो ह्रदस्तत्र व्यासेशस्य तु पश्चिमे ॥ २८ ॥

Si l’on désire l’état de Śaṅkara (la station suprême de Śiva), qu’on demeure à Avimukta. Là, à l’ouest de Vyāseśa, se trouve l’étang (hrada) nommé Ghaṇṭākarṇa.

Verse 29

स्नानं कृत्वा ह्रदे तस्मिन्व्यासेशस्य च दर्शनात् । यत्र तत्र मृतो देवि वाराणस्यां मृतो भवेत् ॥ २९ ॥

Ô Déesse, en se baignant dans cet étang et en recevant le darśana de Vyāseśa, même celui qui meurt n’importe où est tenu pour mort à Vārāṇasī.

Verse 30

दंडखाते नरः स्नात्वा तर्पयित्वा स्वकान्पितॄन् । नरकस्थास्तु ये देवि पितृलोकं व्रजंति ते ॥ ३० ॥

Ô Déesse, lorsqu’un homme se baigne à Daṇḍakhāta puis offre le tarpaṇa (libations d’eau) à ses ancêtres, même ceux qui demeurent en enfer parviennent à Pitṛloka, le monde des Pitṛs.

Verse 31

पिशाचत्वं गता देवि ये नराः पापकर्मिणः । तेषां पिंडप्रदानेन देहस्योद्धरणं स्मृतम् ॥ ३१ ॥

Ô Déesse, ceux qui, par des actes fautifs, sont tombés dans l’état de piśāca : pour eux, il est enseigné que l’offrande du piṇḍa (boule de riz funéraire) procure la délivrance et le rétablissement de leur condition incarnée.

Verse 32

दर्शनात्तस्य खातस्य कृतकृत्योऽभिजायते । तत्रैव ललिता देवी वर्तते लोकशर्मदा ॥ ३२ ॥

Par la seule vision de ce bassin sacré, l’homme devient celui qui a accompli le but de la vie. Là même demeure la Déesse Lalitā, dispensatrice de paix et de bien-être aux mondes.

Verse 33

ये च तां पूजयिष्यंति तस्मिन्स्थाने स्थिताः स्वयम् । तेषां सा विविधान्भोगान्संप्रदास्यति मानदे ॥ ३३ ॥

Et ceux qui, demeurant là même en ce lieu sacré, l’adoreront : elle leur accordera des jouissances et des bénédictions variées, ô dispensateur d’honneur.

Verse 34

जागरं ये तु तस्याश्च पुरः कुर्वंति दीपकैः । तेषां सा ह्यक्षयान् लोकान् वितरिष्यति मोहिनि ॥ ३४ ॥

Mais à ceux qui veillent devant elle en offrant la clarté de lampes allumées, elle — ô Enchanteresse — distribue vraiment des mondes impérissables.

Verse 35

आलयं ये प्रकुर्वंति भूमिं संमार्जयंति च । तेषामष्टसहस्रस्य सुवर्णस्य फलं भवेत् ॥ ३५ ॥

Ceux qui édifient une demeure (auberge ou abri du sanctuaire) et qui, de plus, balaient et nettoient le sol : pour eux, le fruit du mérite équivaut au don de huit mille pièces d’or.

Verse 36

तामुद्दिश्य तु यो देवि ब्राह्मणान्वेदपारगान् । भोजयिष्यति मिष्टान्नैस्तस्य पुण्यफलं श्रृणु ॥ ३६ ॥

Ô Déesse, écoute le fruit méritoire de celui qui, te gardant en son cœur, nourrit de mets doux et choisis les brāhmanes parfaitement versés dans les Veda.

Verse 37

दुर्गालोके वसेत्कल्पमिहैवागच्छते पुनः । नरो वा यदि वा नारी सर्वभोगसमन्वितौ ॥ ३७ ॥

Il demeure dans le monde de Durgā durant un kalpa entier, puis revient en ce même monde—homme ou femme—comblé de toutes jouissances et prospérités.

Verse 38

धनधान्यसमायुक्तौ जायेते महतां कुले । सुभगौ दर्शनीयौ च रूपयौवनगार्वितौ ॥ ३८ ॥

Pourvus de richesses et d’abondantes récoltes, ils naissent dans une lignée illustre; heureux, beaux à voir, fiers de leur beauté et de leur jeunesse.

Verse 39

भवेतामीदृशौ देवि सर्वसौख्यस्य भाजनौ । मानुष्यं दुर्लभं प्राप्य विद्युत्संपातचंचलम् ॥ ३९ ॥

Ô Déesse, puissent-ils tous deux devenir ainsi des réceptacles de toute félicité; car, ayant obtenu la rare naissance humaine, elle est vacillante et brève comme l’éclair.

Verse 40

येन सा ललिता दृष्टा तस्य जन्मभयं कुतः । पृथ्वीप्रदक्षिणां कृत्वा यत्फलं लभते नरः ॥ ४० ॥

Pour celui qui a contemplé Lalitā, d’où viendrait encore la crainte de renaître? Le même mérite qu’un homme obtient en faisant la circumambulation de toute la terre, ce fruit est acquis par cette vision.

Verse 41

तत्फलं ललितायाश्च वाराणस्यां प्रदर्शनात् । मासि मासि चतुर्थ्यां तु तस्मिन्काल उपोषितः ॥ ४१ ॥

Ce même mérite s’obtient en recevant le darśana de la sainte Lalitā à Vārāṇasī ; et de plus, celui qui jeûne en ce temps, chaque mois au jour de Caturthī (le quatrième lunaire), l’atteint également.

Verse 42

अर्चयित्वा तु तां देवीं जागरं तत्र कारयेत् । तस्यार्द्धिः सकला देवि त्रैलोक्यस्यापि पूजितम् ॥ ४२ ॥

Après avoir vénéré comme il se doit cette Déesse, qu’on y organise une veille nocturne (jāgaraṇa). Ô Déesse, la prospérité et l’accomplissement qui en procèdent, dans leur totalité, sont honorés et révérés jusque dans les trois mondes.

Verse 43

नलकूबरकेशानं ते च संपूज्य मोहिनि । सर्वसिद्धिप्रदातारं कृत्यकृत्यो नरो भवेत् ॥ ४३ ॥

Ô Mohinī, en vénérant comme il se doit Nalakūbara et Keśāna—dispensateurs de toutes les siddhi—l’homme devient accompli, comme si tout ce qui devait être fait l’avait été.

Verse 44

तस्यैव दक्षिणे देवि मणिकर्णीति च श्रुतम् । तस्य चाग्रे महत्तीर्थं सर्वपापप्रणाशनम् ॥ ४४ ॥

Ô Déesse, au sud de ce même lieu se trouve ce qu’on appelle Maṇikarṇī ; et devant elle s’étend un grand tīrtha, un gué sacré qui anéantit tous les péchés.

Verse 45

मणिकर्णीश्वरं देवं कुंडमध्ये व्यवस्थितम् । दृष्ट्वा नत्वा समभ्यर्च्य न भूयो जठरे वसेत् ॥ ४५ ॥

Ayant vu le dieu Maṇikarṇīśvara établi au milieu du bassin sacré, puis s’étant incliné, prosterné et l’ayant adoré avec soin, on ne demeure plus de nouveau dans un ventre (c’est-à-dire qu’on ne renaît pas).

Verse 46

तस्य दक्षिणपार्श्वे तु गंगायां स्थापितं परम् । गंगेश्वरं समभ्यर्च्य सुरलोकमवाप्नुयात् ॥ ४६ ॥

Sur son côté méridional, dans le fleuve Gaṅgā, est établi le sanctuaire suprême de Gaṅgeśvara. Celui qui vénère Gaṅgeśvara selon le rite obtient le Suraloka, le monde céleste des devas.

Verse 47

अन्यदायतनं वक्ष्ये वाराणस्यां सुमोहिनि । यत्र वै देवदेवस्य रुचिरं स्थानमीप्सितम् ॥ ४७ ॥

Ô belle enchanteresse, je vais décrire un autre sanctuaire à Vārāṇasī, où se trouve vraiment la demeure ravissante et tant désirée du Devadeva, le Dieu des dieux.

Verse 48

नीयमानं पुरा लिंगं सुभगे शशिमौलिनः । राक्षसैरंतरिक्षस्थैर्व्रजमानैश्च सत्वरम् ॥ ४८ ॥

Ô bienheureuse, jadis le liṅga de Śiva, le Seigneur au croissant de lune, fut emporté à la hâte par des rākṣasas qui se déplaçaient dans les airs.

Verse 49

अस्मिन्देशे यदा प्राप्तं तदा देवेन चिंतितम् । अविमुक्तवियोगस्तु कथं मे न भवेदिति ॥ ४९ ॥

Lorsque le Seigneur parvint en cette contrée, il songea : «Comment la séparation d’Avimukta pourrait-elle jamais m’atteindre ?»

Verse 50

इममर्थं तु देवेशो यावच्चिंतयते शुभे । तावत्कुक्कुटशब्दस्तु तस्मिन्स्थाने बभूव ह ॥ ५० ॥

Ô dame de bon augure, tandis que le Seigneur des dieux méditait encore cela, en ce lieu même retentit soudain le chant d’un coq.

Verse 51

शब्दं श्रुत्वा तु तं देवि राक्षसास्त्रस्तचेतसः । लिंगमुत्सृज्य तत्रैव प्रभातसमये गताः ॥ ५१ ॥

Ô Déesse, ayant entendu ce son, les rākṣasas, le cœur saisi d’effroi, abandonnèrent sur place le liṅga ; puis, à l’aube, ils s’en allèrent.

Verse 52

गतेषु राक्षसेष्वेवं लिंगं तत्रैव संस्थितम् । स्थानेऽतिरुचिरे शुभ्रे देवदेवः स्वयं प्रभुः ॥ ५२ ॥

Lorsque les rākṣasas furent ainsi partis, le liṅga demeura établi en ce lieu même. Dans cet endroit d’une splendeur et d’une pureté extrêmes, le Seigneur Lui-même—Dieu des dieux—était présent.

Verse 53

अविमुक्ते तत्र मध्ये अविमुक्ततरं स्मृतम् ॥ ५३ ॥

Au sein même d’Avimukta, la région centrale est mémorisée sous le nom d’« Avimuktatara », le lieu encore plus suprême du « Jamais-Abandonné ».

Verse 54

तदा विमुक्तेति सुरैर्हरस्य नाम स्मृतं पुण्यतमाक्षराढ्यम् । मोक्षप्रदं स्थावरजंगमानां ये प्राणिनः पञ्चतां यांति तत्र ॥ ५४ ॥

Alors les dieux se remémorèrent le Nom de Hari : « Vimukta », nom suprêmement saint, riche de syllabes sacrées. Il confère la mokṣa : quels que soient les êtres, immobiles ou mobiles, qui là-bas passent à l’état des cinq éléments, obtiennent la délivrance.

Verse 55

कुक्कुटाश्चापि सुभगे तस्मिन्स्थाने स्थिताः सदा । अद्यापि तत्र दृश्यंते पूज्यमानाः शुभात्मभिः ॥ ५५ ॥

Ô Dame de bon augure, même les coqs demeurent à jamais établis en ce lieu sacré. Aujourd’hui encore, on les y voit, honorés par des dévots au cœur pur.

Verse 56

अविमुक्तं सदा देवि यः श्रयेदीक्षया नरः । न तस्य पुनरावृत्तिः कल्पकोटिशतैरपि ॥ ५६ ॥

Ô Déesse, l’homme qui, après avoir reçu la dīkṣā, prend refuge sans cesse en Avimukta, ne revient plus à la renaissance, fût-ce après des centaines de crores de kalpas.

Verse 57

देवस्य दक्षिणे भागे वापी तिष्ठति शोभना । तस्यास्तथोदकं पीत्वा नावृत्तिः पुनरत्र च ॥ ५७ ॥

À la droite de la Divinité se tient un beau puits à degrés. Celui qui boit de cette eau ne revient plus ici, c’est-à-dire qu’il ne renaît plus en ce monde.

Verse 58

त्रीणि लिंगानि वर्तंते हृदये पुरुषस्य तु । तथा यैस्तज्जलं पीतं ते कृतार्थास्तु मानवाः ॥ ५८ ॥

Trois marques distinctives demeurent dans le cœur de l’homme. De même, ceux qui boivent cette eau sacrée deviennent des êtres dont le but est véritablement accompli.

Verse 59

तेषां तु तारकं ज्ञानमस्त्येवेति न संशयः । वापीजले नरः स्नात्वा दृष्ट्वा दंडकनामकम् ॥ ५९ ॥

Pour eux, il existe assurément la connaissance libératrice (tāraka) — sans aucun doute. Un homme, s’étant baigné dans l’eau du puits à degrés et ayant contemplé le lieu sacré nommé Daṇḍaka, obtient ce bienfait salvateur.

Verse 60

अविमुक्तं ततो दृष्ट्वा कैवल्यं लभते क्षणात् । तत्र संध्यामुपासित्वा ब्राह्मणः सकृदेव तु ॥ ६० ॥

Après avoir contemplé Avimukta, on obtient aussitôt le kaivalya, la délivrance. Là, même un brāhmaṇa qui accomplit une seule fois le culte du crépuscule (sandhyā) reçoit ce fruit.

Verse 61

पंचषष्टिसमाः संध्या तेन चोपासिता भवेत् । पुरीं वाराणसीं तां तु श्मशानं चाविमुक्तकम् ॥ ६१ ॥

Pour lui, l’adoration de la Sandhyā accomplie durant soixante-cinq années est tenue pour parfaitement réalisée. Et cette cité, Vārāṇasī, est en vérité comptée comme le saint lieu de crémation, Avimukta.

Verse 62

अविमुक्तेश्वरं चैव दृष्ट्वा गणपतिर्भवेत् । अविमुक्तेश्वरं लिंगं तत्र दृष्ट्वैव मानवः ॥ ६२ ॥

Ayant contemplé Avimukteśvara, on obtient la dignité de Gaṇapati. Et l’être humain, par le seul fait d’y voir le liṅga d’Avimukteśvara, atteint cet état sublime.

Verse 63

सद्यः पापैस्तथा रोगैः पशुपाशैर्विमुच्यते । अविमुक्तस्य चाग्रे तु लिंगं पश्चान्मुखं स्थितम् ॥ ६३ ॥

Aussitôt, on est délivré des péchés, des maladies et des liens de l’attachement mondain (paśu-pāśa). Et dans le saint Avimukta (Kāśī), le liṅga se tient à l’avant, tourné vers l’ouest.

Verse 64

अविमुक्तं च तं भद्रे नाम्ना वै लक्षणेश्वरम् । तेन वै दृष्टमात्रेण ज्ञानवान् जायते नरः ॥ ६४ ॥

Ô bienheureuse, ce lieu sacré est nommé Avimukta, et s’y trouve le Seigneur appelé Lakṣaṇeśvara. Par le seul fait de Le contempler, l’homme devient pourvu de connaissance spirituelle.

Verse 65

तस्य चोत्तरतो देवि लिंगं चैव चतुर्मुखम् । चतुर्थेश्वरनामेदं पापभीमोचनं परम् ॥ ६५ ॥

Au nord de ce lieu, ô Déesse, se trouve aussi un liṅga à quatre visages. Il est connu sous le nom de Caturtheśvara, souverain pour délivrer des péchés redoutables.

Verse 66

क्षेत्रं वाराणसीनाम मुक्तिदं प्राणिनां भुवि । अविमुक्तेश्वरं तत्र जीवन्मुक्तं प्रकीर्तितम् ॥ ६६ ॥

Sur la terre, le kṣetra sacré nommé Vārāṇasī accorde la délivrance aux êtres vivants. Là, Avimukteśvara est célébré comme un jīvanmukta, libéré tout en demeurant dans un corps.

Verse 67

यत्र तत्र स्थितस्यापि गाणपत्यं विधीयते । प्राणांस्तु तत्र संत्यज्य मुक्तिमात्यंतिकीं व्रजेत् ॥ ६७ ॥

Où que l’on demeure, l’observance vouée à Gaṇapati est prescrite ; et en y abandonnant le souffle de vie, on parvient à la délivrance ultime et définitive.

Verse 68

एतदभ्यंतरे क्षेत्रे प्रथमावरणं स्मृतम् । तथा द्वितीयावरणे प्राच्यां तु मणिकर्णिका ॥ ६८ ॥

À l’intérieur de ce kṣetra sacré, ceci est tenu pour la première enceinte (āvaraṇa). De même, dans la seconde enceinte, du côté de l’est, se trouve Maṇikarṇikā.

Verse 69

सप्तकोट्यस्तुलिंगानि तत्र स्थाने स्थितानि हि । तेषां दर्शनमात्रेण यज्ञानां फलमाप्नुयात् ॥ ६९ ॥

En vérité, en ce lieu sacré se dressent sept crores de Śiva-liṅgas. Par leur seule darśana (vision sacrée), on obtient les fruits des sacrifices (yajñas).

Verse 70

एतानि सिद्धलिंगानि कूपाः पुण्यास्तस्था ह्रदाः । वाप्यो नद्योऽथ कुंडानि तथा तेऽपि प्रकीर्तिताः ॥ ७० ॥

Ce sont des liṅgas siddha, des liṅgas accomplis. De même, les puits méritoires, les lacs sacrés, les bassins, les rivières et les kuṇḍas (bassins d’ablution) sont aussi proclamés saints.

Verse 71

एतेषु चैव यः स्नानं करिष्यति समाहितः । लिंगानि स्पर्शयित्वा च संसारे न विशेत्पुनः ॥ ७१ ॥

Quiconque, l’esprit recueilli, se baigne en ces lieux sacrés et touche aussi les liṅga saints, n’entre plus dans la transmigration mondaine.

Verse 72

पृथिव्यां यानि तीर्थानि ह्यंतरिक्षे च यानि तु । तेषां मध्ये तु मुख्यानि कीर्तितानि मया हि ते ॥ ७२ ॥

Quels que soient les tīrtha sur la terre et ceux qui se trouvent dans la région médiane (le ciel), parmi eux je t’ai vraiment proclamé les plus éminents.

Verse 73

तीर्थयात्रा वरारोहे कथिता पापनाशिनी । येन चैषा कृता दृष्टा सोऽपि वै मुक्तिभाग्भवेत् ॥ ७३ ॥

Ô toi aux belles hanches, ce pèlerinage vers les tīrtha a été décrit comme destructeur des péchés. Et quiconque l’accomplit et contemple ces lieux saints devient, en vérité, participant à la délivrance.

Verse 74

अविमुक्तं तु सुश्रोणि मध्यमावरणं शुभम् । एतत्तु कंटकं नाम मृत्युकालेऽभृतप्रदम् ॥ ७४ ॥

Ô toi aux belles hanches, Avimukta est l’enceinte médiane, propice et bénie. On l’appelle Kaṇṭaka, et à l’heure de la mort elle confère l’immortalité, c’est-à-dire la délivrance.

Verse 75

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणोत्तरभागे मोहिनीवसुसंवादे काशीमाहात्म्ये तीर्थयात्रावर्णनं नामैकोनपञ्चाशत्तमोऽध्यायः ॥ ४९ ॥

Ainsi s’achève le quarante-neuvième chapitre, intitulé « Description du pèlerinage aux tīrtha sacrés », dans le Kāśī-māhātmya, au sein de l’Uttara-bhāga du Śrī Bṛhan-Nāradīya Purāṇa, dans le dialogue entre Mohinī et Vasu.

Frequently Asked Questions

Because its darśana is said to instantly destroy sin and confer tāraka-jñāna; the text frames it as a yuga-transcending Śiva manifestation whose repeated viewing and worship yields the ‘supreme goal’ within one lifetime.

They encode continuity of the same liṅga across cosmic ages while adapting devotional address; the device legitimizes the shrine’s antiquity and makes its worship relevant in every yuga, especially Kali where siddhas praise it as Hastipāleśvara.

Specific nodes (Daṇḍakhāta and related waters) are assigned ritual technologies—tarpaṇa and piṇḍa—claimed to uplift ancestors even from hell and to restore those fallen into piśāca states, integrating family dharma into Kāśī’s mokṣa economy.

The rooster-call becomes a divine sign that prevents Śiva’s separation from Avimukta; it sacralizes Avimuktatara and the ‘Vimukta’ name as intrinsically liberating, extending mokṣa to beings who die there.