Adhyaya 23
Purva BhagaFirst QuarterAdhyaya 2399 Verses

Ekādaśī Vrata-Vidhi and the Galava–Bhadrashīla Itihāsa (Dharmakīrti before Yama)

Sanaka enseigne un vœu de dévotion à Viṣṇu, valable pour tous : l’Ekādaśī. Il le définit comme le tithi le plus méritoire, impose le jeûne complet au onzième jour et prescrit un cadre de trois jours : repas unique et discipliné à Daśamī et à Dvādaśī, et upavāsa rigoureux à Ekādaśī. Le rite comprend le bain, le culte de Viṣṇu, mantra et saṅkalpa, la veille nocturne avec kīrtana, l’écoute des Purāṇa ; puis, à Dvādaśī, une nouvelle pūjā, le repas offert aux brāhmaṇa et le don de dakṣiṇā, avant de manger soi-même avec une parole maîtrisée. Des garde-fous éthiques sont ajoutés : fuir les fréquentations corruptrices et l’hypocrisie, en soulignant la pureté intérieure avec l’austérité. Le chapitre introduit ensuite un itihāsa : Bhadrashīla, fils du sage Gālava, raconte une naissance antérieure comme le roi Dharmakīrti ; son jeûne et sa veille d’Ekādaśī, accomplis par inadvertance sur les rives de la Reva, amènent Citragupta à le déclarer délivré des fautes ; Yama ordonne à ses messagers d’éviter les dévots de Nārāyaṇa, illustrant la puissance salvatrice d’Ekādaśī et du nāma-smaraṇa.

Shlokas

Verse 1

सनक उवाच । इदमन्यत्प्रवक्ष्यामि व्रतं त्रैलोक्यविश्रुतम् । सर्वपापप्रशमनं सर्वकामफलप्रदम् ॥ १ ॥

Sanaka dit : Je vais maintenant exposer un autre vœu, renommé dans les trois mondes ; il apaise tous les péchés et accorde les fruits de tous les désirs légitimes.

Verse 2

ब्राह्मणक्षत्रियविशां शूद्राणां चैव योषिताम् । मोक्षदं कुर्वतां भक्त्या विष्णोः प्रियतरं द्विज ॥ २ ॥

Ô deux-fois-né, pour les brahmanes, kshatriyas, vaishyas, shudras et aussi pour les femmes, rien n’est plus cher à Vishnu que la pratique de la bhakti qui confère la délivrance.

Verse 3

एकादशीव्रतं नाम सर्वाभीष्टप्रदं नृणाम् । कर्त्तव्यं सर्वथा विप्रविष्णुप्रीतिकरं यतः ॥ ३ ॥

Le vœu nommé Ekādaśī accorde aux hommes tous les buts désirés. C’est pourquoi, ô brāhmane, il doit être observé en toute manière, car il réjouit Viṣṇu.

Verse 4

एकादश्यां न भुञ्जीत पक्षयोरुभयोपरि । यो भुंक्ते सोऽत्र पापीयान्परत्र नरकं व्रजेत् ॥ ४ ॥

Le jour d’Ekādaśī, on ne doit pas manger, que ce soit durant la quinzaine croissante ou décroissante. Celui qui mange ce jour-là devient pécheur ici-bas et, dans l’au-delà, va en enfer.

Verse 5

उपवासफलं लिप्सुर्जह्याद्भुक्तिचतुष्टयम् । पूर्वापरदिने गत्रावहोरात्रं तु मध्यमे ॥ ५ ॥

Celui qui désire le fruit du jeûne doit renoncer aux quatre formes de complaisance dans la nourriture. La veille et le lendemain, qu’il s’abstienne des mets riches; et le jour du milieu, qu’il jeûne pleinement, jour et nuit.

Verse 6

एकादशीदिने यस्तु भोक्तुमिच्छति मानवः । स भोक्तुं सर्वपापानि स्पृहयालुर्नसंशयः ॥ ६ ॥

Celui qui veut manger le jour d’Ekādaśī est, sans aucun doute, celui qui convoite de dévorer (prendre sur soi) tous les péchés.

Verse 7

भवेद्दशम्यामेकाशीद्वादश्यां च मुनीश्वर । एकादश्यां निराहारो यदि मुक्तिमभीप्सति ॥ ७ ॥

Ô seigneur parmi les sages, le dixième jour et le douzième, qu’on ne prenne qu’un seul repas; et le onzième (Ekādaśī), qu’on demeure sans nourriture, si l’on aspire à la délivrance.

Verse 8

यानि कानि च पापानि ब्रह्महत्यादिकानि च । अन्नमाश्रित्य तिष्ठन्ति तानि विप्र हरेश्वर । एकादश्यां निराहारो यदि मुक्तिमभीप्सति ॥ ८ ॥

Quels que soient les péchés—même les plus lourds, tels que la brahmahatyā—ils demeurent attachés à la nourriture. Ainsi, ô brāhmane, ô Seigneur Hari, si l’on aspire à la délivrance, qu’on observe le jeûne total à Ekādaśī.

Verse 9

यानि कानि च पापानि ब्रह्महत्यादिकानि च । अन्नमाश्रित्य तिष्ठन्ति तानि च मुनीश्वर । एकादश्यां निराहारो यदि मुक्तिमभीप्सति ॥ ९ ॥

Quels que soient les péchés—même les plus lourds comme la brahmahatyā—ils demeurent en se réfugiant dans la nourriture. Ainsi, ô seigneur des sages, si l’on cherche la délivrance, qu’on reste sans nourriture à Ekādaśī.

Verse 10

महापातकयुक्तो वायुक्तो वा सर्व पातकैः । एकादश्यां निराहारः स्थित्वा याति परां गतिम् ॥ १० ॥

Qu’on soit chargé de grands péchés ou non, même souillé par toutes les fautes : en demeurant sans nourriture à Ekādaśī, on parvient à la condition suprême.

Verse 11

एकादशी महापुण्या विष्णोः प्रियतमा तिथिः । संसेव्या सर्वथा विप्रैः संसारच्छेदलिप्सुभिः ॥ ११ ॥

Ekādaśī est d’un mérite suprême, la tithi la plus chère à Viṣṇu. Elle doit être observée en tout temps par les brāhmanes et par tous ceux qui désirent trancher les liens du saṃsāra.

Verse 12

दशम्यां प्रातरुत्थाय दन्तधावनपूर्वकम् । स्नापयेद्विधिवद्विष्णुं पूजयेत्प्रयतेन्द्रियः ॥ १२ ॥

Au jour de Daśamī, se levantant tôt le matin et après s’être d’abord nettoyé les dents, qu’on baigne Viṣṇu selon le rite prescrit et qu’on L’adore avec les sens parfaitement maîtrisés.

Verse 13

एकादश्यां निराहारो निगृहीतेन्द्रियो भवेत् । शयीत सन्निधौ विष्णोर्नारायणपरायणः ॥ १३ ॥

Le jour d’Ekādaśī, qu’on jeûne, qu’on maîtrise les sens et, tout entier voué à Nārāyaṇa, qu’on passe la nuit en la présence du Seigneur Viṣṇu.

Verse 14

एकादश्यां तथा स्नात्वा संपूज्य च जनार्दनम् । गन्धपुष्पादिभिः सम्यक् ततस्त्वे वसुदीरयेत् ॥ १४ ॥

Le jour d’Ekādaśī, après le bain, qu’on adore dûment Janārdana avec parfums, fleurs et autres offrandes; puis qu’on récite l’énoncé qui commence par « Vasu… ».

Verse 15

एकादश्यां निराहारः स्थित्वाद्याहं परेऽहनि । भोक्ष्यामि पुण्डरीकाक्ष शरणं मे भवाच्युत ॥ १५ ॥

«Après être demeuré sans nourriture en Ekādaśī, aujourd’hui je mangerai le jour suivant. Ô Seigneur aux yeux de lotus, ô Acyuta, sois mon refuge.»

Verse 16

इमं मन्त्रं समुच्चाय देव देवस्य चक्रिणः । भक्तिभावेन तुष्टात्मा उपवासं समर्पयेत् ॥ १६ ॥

Après avoir récité comme il se doit ce mantra du Seigneur porteur du disque—Dieu des dieux—celui dont le cœur est comblé par la bhakti doit offrir le jeûne en offrande de culte.

Verse 17

देवस्य पुरतः कुर्याज्जागरं नियतो व्रती । गीतैर्वाद्यैश्च नृत्यैश्च पुराणश्रवणादिभिः ॥ १७ ॥

Le vœtant discipliné doit veiller la nuit devant la Divinité, s’adonnant aux chants dévotionnels, à la musique instrumentale, aux danses et à des pratiques telles que l’écoute des Purāṇa.

Verse 18

ततः प्रातः समुत्थाय द्वादशीदिवसे व्रती । स्नात्वा च विधिवद्विष्णुं पूजयत्प्रयतेन्द्रियः ॥ १८ ॥

Ensuite, à l’aurore du jour de Dvādaśī, l’observant du vœu—après s’être baigné—doit adorer Viṣṇu selon le rite prescrit, les sens maîtrisés et contenus.

Verse 19

पञ्चामृतेन संस्नाप्य एकादश्यां जनार्द्दनम् । द्वादश्यां पयसा विप्र हरिसारुपप्यमश्नुते ॥ १९ ॥

Ô brāhmane, après avoir baigné Janārdana (le Seigneur Viṣṇu) avec les cinq nectars au jour d’Ekādaśī, puis avec du lait au jour de Dvādaśī, on obtient une forme semblable à celle de Hari.

Verse 20

अज्ञानतिमिरान्धस्य व्रतेनानेन केशव । प्रसीद सुमुखो भूत्वा ज्ञानदृष्टिप्रदो भव ॥ २० ॥

Ô Keśava, je suis aveuglé par les ténèbres de l’ignorance. Par ce vœu, sois favorable : deviens bienveillant et accorde-moi la vision de la vraie connaissance.

Verse 21

एवं विज्ञाप्य विप्रेन्द्र माधवं सुसमाहितः । ब्रह्मणान्भोजयेच्छक्त्या दद्याद्वै दक्षिणां तथा ॥ २१ ॥

Ainsi, ô le meilleur des brāhmanes, après avoir dûment invoqué Mādhava l’esprit parfaitement recueilli, on doit nourrir les brāhmanes selon ses moyens et, de même, offrir la dakṣiṇā appropriée.

Verse 22

ततः स्वबन्धुभिः सार्द्धं नारायणपरायणः । कृतपञ्चमहायज्ञः स्वयं भुञ्जीत वाग्यतः ॥ २२ ॥

Ensuite, entièrement voué à Nārāyaṇa, après avoir accompli les cinq grands sacrifices quotidiens, on doit prendre son repas avec ses proches, la parole retenue et mesurée.

Verse 23

एवं यः प्रयतः कुर्यात्पुण्यमेकादशीव्रतम् । स याति विष्णुभवनं पुनरावृत्तिदुर्लभम् ॥ २३ ॥

Ainsi, quiconque, avec discipline et maîtrise de soi, accomplit le vœu méritoire d’Ekādaśī, atteint la demeure de Viṣṇu, d’où il est extrêmement difficile de revenir à la renaissance.

Verse 24

उपवासव्रतपरो धर्मकार्यपरायणः । चाण्डालान्पतितांश्चैव नेक्षेदपि कदाचन ॥ २४ ॥

Attaché au vœu du jeûne et voué aux œuvres du dharma, il ne doit jamais, à aucun moment, ne fût-ce que regarder les chāṇḍālas et ceux qui sont déchus de la juste conduite.

Verse 25

नास्तिकान्भिन्नमर्योदान्निन्दकान्पिशुनांस्तथा । उपवास व्रतपरो नालपेच्च कदाचन ॥ २५ ॥

Il ne doit pas converser avec les nāstika (incrédules), ni avec ceux qui franchissent les bornes convenables, ni avec les calomniateurs, ni avec les délateurs malveillants. Dévoué au jeûne et aux vœux sacrés, qu’il ne s’abandonne jamais aux propos oiseux.

Verse 26

वृषलीसूतिपोष्टारं वृषलीपतिमेव च । अयाज्ययाजकं चैव नालपेत्सर्वदा व्रती ॥ २६ ॥

Celui qui observe un vœu ne doit jamais converser avec celui qui entretient les enfants d’une femme śūdra (vṛṣalī), ni avec le mari d’une femme śūdra, ni avec le prêtre qui célèbre des sacrifices pour des personnes indignes d’en recevoir.

Verse 27

कुण्डाशिनं गायकं च तथा देवलकाशिनम् । भिषजं काव्यकर्त्तारं देवद्विजविरोधिनम् ॥ २७ ॥

Il faut éviter celui qui mange d’un kuṇḍa (feu rituel impropre ou non autorisé), le chanteur de métier, celui qui vit du service du temple comme devalaka, le médecin comme gagne-pain (en ce contexte), le faiseur de poésie vénale, et celui qui est hostile aux dieux et aux dvija (les deux-fois-nés).

Verse 28

परान्नलोलुपं चैव परस्त्रीनिरतं तथा । व्रतोपवासनिरतो वाङ्मात्रेणापि नार्चयेत् ॥ २८ ॥

On ne doit pas adorer le Seigneur, fût-ce par la seule parole, si l’on convoite la nourriture d’autrui, si l’on s’attache à l’épouse d’un autre, ou si l’on se perd dans vœux et jeûnes sans pureté intérieure.

Verse 29

इत्येवमादिभिः शुद्धो वशी सर्वहिते रतः । उपवासपरो भूत्वा परां सिद्धिमवान्पुयात् ॥ २९ ॥

Ainsi, purifié par de telles pratiques, maître de soi et voué au bien de tous les êtres, celui qui se consacre au jeûne atteint la perfection spirituelle suprême.

Verse 30

नास्ति गङ्गासमं तीर्थं नास्ति मातृसमोगुरुः । नास्तु विष्णुसमं दैवं तपो नानशनात्परम् ॥ ३० ॥

Il n’est point de tīrtha égal au Gaṅgā ; point de maître égal à la mère. Il n’est point de divinité égale à Viṣṇu ; et nulle austérité n’est plus haute que le jeûne.

Verse 31

नास्ति क्षमासमा माता नास्ति कीर्तिसमं धनम् । नास्ति ज्ञानसमो लाभो न च धर्म समः पिता ॥ ३१ ॥

Il n’est point de mère égale au pardon ; point de richesse égale à la bonne renommée. Il n’est point de gain égal à la connaissance ; et nul père n’est égal au dharma.

Verse 32

न विवेकसमो बन्धुनैकादश्याः परं व्रतम् । अत्राप्युदाहरंतीममितिहासं पुरातनम् ॥ ३२ ॥

Il n’est point d’ami égal au discernement (viveka), ni de vœu supérieur à l’observance d’Ekādaśī. À ce propos, je citerai aussi un ancien récit traditionnel (itihāsa).

Verse 33

संवादं भद्रशीलस्य तत्पितुर्गालवस्य च । पुरा हिगालवो नाम मुनिः सत्यपरायणः ॥ ३३ ॥

Dans les temps anciens, il y eut un sage nommé Gālava, entièrement voué à la vérité ; voici le dialogue de Bhadrashīla avec son père, Gālava.

Verse 34

उवास नर्मदातीरे शान्तो दान्तस्तपोनिधिः । बहुवृक्षसमाकीर्णे गजभल्लुनिषेविते ॥ ३४ ॥

Il demeurait sur la rive de la Narmadā — paisible, maître de lui, trésor d’austérité — en un lieu foisonnant d’arbres, fréquenté par les éléphants et les ours.

Verse 35

सिद्धचारणगन्धर्व यक्षविद्याधरान्विते । कन्दमूलफलैः पूर्णे मुनिवृन्दनिषेदिते ॥ ३५ ॥

Ce lieu était habité par les Siddhas, les Cāraṇas, les Gandharvas, les Yakṣas et les Vidyādharas ; il abondait en tubercules, racines et fruits, et servait de halte à des multitudes de sages.

Verse 36

गालवो नाम विप्रेन्द्रो निवासमकरोच्चिरम् । तस्याभवद्भद्रशील इति ख्यातः सुतो वशी ॥ ३६ ॥

Un brāhmane éminent nommé Gālava y établit une demeure durable. Il eut un fils maître de lui, renommé sous le nom de Bhadraśīla.

Verse 37

जांतिस्मरो महाभागो नारायणपरायणः । बालक्रीडनकालेऽपि भद्रशीलो महामतिः ॥ ३७ ॥

Bhadraśīla se souvenait de ses naissances passées, âme grandement fortunée, entièrement vouée à Nārāyaṇa ; même aux jours ludiques de l’enfance, il gardait une conduite noble et une intelligence élevée.

Verse 38

मृदा च विष्णोः प्रतिमां कृत्वा पूजयते क्षणम् । वयस्यान्बोधयेच्चापि विष्णुः पूज्यो नरैः सदा ॥ ३८ ॥

Même si quelqu’un façonne avec de l’argile une image de Viṣṇu et ne l’adore qu’un instant—et qu’il instruise aussi ses compagnons—(cela enseigne que) Viṣṇu doit être adoré par les hommes en tout temps.

Verse 39

एकादशीव्रतं चैव कर्त्तव्यमपि पण्डितैः । एवं ते बोधितास्तेन शिशवोऽपि मुनीश्वर ॥ ३९ ॥

«Le vœu d’Ekādaśī doit assurément être observé, même par les érudits. Ainsi, ô seigneur des sages, instruits par lui, même des enfants furent éveillés.»

Verse 40

हरिं मृदैव निर्माय पृथक्संभूय वा मुदा । अर्चयन्ति महाभागा विष्णुभक्तिपरायणाः ॥ ४० ॥

Les très fortunés, entièrement voués à la bhakti envers Viṣṇu, façonnent avec de l’argile une image de Hari; ou bien, se rassemblant séparément dans la joie, ils L’adorent.

Verse 41

नमस्कुर्वन्भद्रमतिर्विष्णवे सर्वविष्णवे । सर्वेषां जगतां स्वस्ति भूयादित्यब्रवीदिदम् ॥ ४१ ॥

Avec une intention de bon augure, il se prosterna devant Viṣṇu—le Viṣṇu qui pénètre tout—et dit : «Que le bien-être et la prospérité adviennent à tous les mondes.»

Verse 42

क्रीडाकाले मुहूर्तं वा मुहूर्तार्द्धमथापि वा । एकादशीति संकल्प्यव्रतं यच्छति केशवे ॥ ४२ ॥

Même au temps du jeu, que ce soit durant un muhūrta entier ou un demi-muhūrta, si l’on se résout : «Ceci est Ekādaśī» et que l’on offre ce vœu à Keśava, cela devient une observance consacrée à Lui.

Verse 43

एवं सुचरितं दृष्ट्वा तनयं गालवो मुनिः । अपृच्छद्विस्मयाविष्टः समालिंग्य तपोनिधिः ॥ ४३ ॥

Voyant ainsi la conduite excellente de son fils, le sage Gālava—trésor d’austérité—l’embrassa et, saisi d’émerveillement, l’interrogea.

Verse 44

गालव उवाच । भद्रशील महाभाग भद्रशीलोऽसि सुव्रत । चरितं मंगलं यत्ते योगिनामपि दुर्लभम् ॥ ४४ ॥

Gālava dit : Ô toi au noble caractère, grandement fortuné ; vraiment, ta conduite est de bon augure et tes vœux sont fermes. La voie sainte et bénie qui est la tienne est difficile à obtenir même pour les yogins.

Verse 45

हरिपूजापरो नित्यं सर्वभूतहितेरतः । एकादशीव्रतपरो निषिद्धाचारवर्जितः । निर्द्धन्द्वो निर्ममः शान्तो हरिध्यानपरायाणः ॥ ४५ ॥

Toujours voué au culte de Hari, appliqué au bien de tous les êtres, ferme dans le vœu d’Ekādaśī, évitant les conduites interdites—libre des paires d’opposés, sans esprit de possession, paisible, et tout entier consacré à la méditation sur Hari.

Verse 46

एवमेतादृशी बुद्धिः कथं जातार्भकस्यते । विनापि महतां सेवां हरिभक्तिर्हि दुर्लभा ॥ ४६ ॥

Comment une intelligence si noble a-t-elle pu naître en toi, alors que tu n’es encore qu’un enfant ? Car la bhakti envers Hari est vraiment rare—rare même avec le service et la fréquentation des grandes âmes.

Verse 47

स्वभावतो जनस्यास्य ह्यविद्याकामकर्मसु । प्रवर्त्तते मतिर्वत्स कथं तेऽलौकिकी कृतिः ॥ ४७ ॥

Par nature, cher enfant, l’esprit des hommes se tourne vers l’ignorance, le désir et l’action karmique. Comment donc ta conduite et ton accomplissement sont-ils si extraordinaires, au-delà du monde ?

Verse 48

सत्सङ्गेऽपि मनुष्याणां पूर्वपुण्यातिरेकतः । जायते भगवद्भक्तिस्तदहं विस्मयं गतः ॥ ४८ ॥

Même si les hommes jouissent du sat-saṅga, la compagnie des vertueux, la bhakti envers le Bhagavān ne naît que lorsque le mérite des vies passées surabonde. En voyant cela, je suis saisi d’émerveillement.

Verse 49

पृच्छामि प्रीतिमापन्नस्तद्भवान्वक्तुमर्हति । भद्रशीलो मुनिश्रेष्टः पित्रैवं सुविकल्पितैः ॥ ४९ ॥

Empli d’affection, je demande ; daigne l’expliquer. Ô meilleur des munis, à la conduite bénie : cela a été bien conçu par mon père avec une réflexion très fine.

Verse 50

जातिस्मरः सुकृतात्मा हृष्टप्रहसिताननः । स्वानभ्रुतं यथाव्रतं सर्वं पित्रे न्यवेदयत् ॥ ५० ॥

Se souvenant de ses naissances passées, vertueux de cœur, le visage illuminé de joie et d’un doux sourire, il rapporta tout à son père—tel que cela s’était produit, conformément au vœu (vrata) qu’il avait observé.

Verse 51

भद्रशील उवाच । श्रृणु तात मुनिश्रेष्ट ह्यनुभूतं मया पुरा । जातिस्मरत्वाज्जानामि यमेन परिभाषितम् ॥ ५१ ॥

Bhadraśīla dit : «Écoute, mon enfant—ô meilleur des munis—ce que j’ai moi-même vécu jadis. Parce que je me souviens de ma naissance passée, je connais les paroles prononcées par Yama.»

Verse 52

एतच्छ्रत्वा महाभागो गालवो विस्मयोन्वितः । उवाच प्रीतिमापन्नो भद्रशीलं महामतिम् ॥ ५२ ॥

En entendant cela, le fortuné Gālava, rempli d’émerveillement, s’adressa avec joie à Bhadrashīla, noble et magnanime.

Verse 53

गालव उवाच । कस्त्वं पूर्वं महाभाग किमुक्तं च यमेन ते । कस्य वा केन वा हेतोस्तत्सर्वं वक्तुमर्हसि ॥ ५३ ॥

Gālava dit : «Ô toi, grandement fortuné, qui étais-tu autrefois ? Et que t’a dit Yama ? Pour qui — ou pour quelle raison — tout cela est-il advenu ? Je t’en prie, raconte-moi tout.»

Verse 54

भद्रशील उवाच । अहमासं पुरा तात राजा सोमकुलोद्भवः । धर्मकीर्तिरिति ख्यातो दत्तात्रेयेण शासितः ॥ ५४ ॥

Bhadraśīla dit : «Mon cher, jadis j’étais un roi né de la dynastie lunaire. J’étais renommé sous le nom de Dharmakīrti, et j’ai été instruit et discipliné par Dattātreya.»

Verse 55

नव वर्षसहस्त्राणि महीं कृत्स्त्रमपालयम् । अधर्माश्च तथा धर्मा मया तु बहवः कृताः ॥ ५५ ॥

Pendant neuf mille ans, je gouvernai et protégeai la terre entière ; et par moi furent accomplis bien des actes — d’adharma comme de dharma — assurément.

Verse 56

ततः श्रिया प्रमत्तोऽहं बह्वधर्मम कारिषम् । पाषण्डजनसंसर्गात्पाषण्डचरितोऽभवम् ॥ ५६ ॥

Puis, grisé par la prospérité et l’éclat, je commis maints actes d’adharma ; et, par fréquentation des pāṣaṇḍa (hérétiques), j’en vins moi-même à adopter une conduite hérétique.

Verse 57

पुरार्जितानि पुण्यानि मया तु सुबहून्यपि । पाषण्डैर्बाधितोऽहं तु वेदमार्गं समत्यजम् ॥ ५७ ॥

Bien que j’eusse amassé jadis de nombreux mérites, tourmenté et égaré par les pāṣaṇḍa, j’abandonnai entièrement la voie des Veda.

Verse 58

मखाश्च सर्वे विध्वस्ता कूटयुक्तिविदा मया । अधर्मनिरतं मां तु दृष्ट्वा महेशजाः प्रजाः ॥ ५८ ॥

Tous les rites sacrificiels furent ruinés par moi, expert en stratagèmes tortueux ; et lorsque les créatures nées de Maheśa me virent voué à l’adharma, elles aussi se tournèrent vers l’adharma.

Verse 59

सदैव दुष्कृतं चक्रुः षष्टांशस्तत्रमेऽभवत् । एवं पापसमाचारो व्यसनाभिरतः सदा ॥ ५९ ॥

Ils commettaient sans cesse des actes mauvais ; et, en cette affaire, une part d’un soixantième me revint. Ainsi, faisant du péché sa voie habituelle, il demeurait toujours adonné aux vices.

Verse 60

मृगयाभिररतो भूत्वा ह्येकदा प्राविशं वनम् । ससैन्योऽहं वने तत्र हत्वा बहुविधान्मृगान् ॥ ६० ॥

Un jour, tout absorbé par la chasse, j’entrai dans la forêt ; et là, dans cette forêt, moi—avec mes troupes—j’abattis quantité d’animaux sauvages de diverses sortes.

Verse 61

क्षुत्तृट्परिवृतः श्रांतो रेवातीरमुपागमम् । रवितीक्ष्णातपक्लांतो रेवायां स्नानमाचरम् ॥ ६१ ॥

Accablé par la faim et la soif, et brisé de fatigue, il atteignit la rive de la Revā. Épuisé par l’ardeur du soleil, il accomplit un bain dans la Revā.

Verse 62

अदृष्टसैन्य एकाकी पीड्यमानः क्षुधा भृशम् ॥ ६२ ॥

Son armée n’étant nulle part en vue, tout seul, il fut cruellement accablé, tourmenté avec violence par la faim.

Verse 63

समेतास्तत्र ये केचिद्रेवातीरनिवासिनः । एकादशीव्रतपरा मया दृष्ट्वा निशामुखे ॥ ६३ ॥

Là, à l’approche de la nuit, je vis quelques habitants demeurant sur la rive de la Revā, rassemblés et voués au vœu sacré d’Ekādaśī.

Verse 64

निराहारश्च तत्राहमेकाकी तज्जनैः सह । जागरं कृतवांश्वापि सेनया रहितो निशि ॥ ६४ ॥

Là, je demeurai sans nourriture, seul mais pourtant en compagnie de ces gens; et, la nuit venue, privé de mon armée, je veillai (jāgara) sans sommeil.

Verse 65

अध्वश्रमपरिश्रांतः क्षुत्पिपासाप्रपीडितः । तत्रैव जागरान्तेऽहं तातपंचत्वमागतः ॥ ६५ ॥

Brisé par la fatigue de la route, tourmenté par la faim et la soif, là même—au terme de la veille nocturne—ô bien-aimé, j’atteignis l’état de pañcatva, l’affliction en cinq formes.

Verse 66

ततो यमभटैर्बद्धो महादंष्ट्राभयंकरैः । अनेकक्लेशसंपन्नमार्गेणाप्तो यमांतिकम् । दंष्ट्राकरालवदनमपश्यं समवर्तिनम् ॥ ६६ ॥

Alors, lié par les serviteurs de Yama (yama-bhaṭas), terrifiants avec leurs énormes crocs, je fus conduit par un chemin rempli de maints tourments jusqu’en présence de Yama; et là je vis Samavartin, le Seigneur de la Mort, au visage effroyable, hérissé de crocs.

Verse 67

अथ कालिश्चित्रगुप्तमाहूयेदमभाषत । अस्य शिक्षाविधानं च यथावद्वद पंडित ॥ ६७ ॥

Alors Kāli fit venir Citragupta et dit : « Ô savant, expose comme il se doit les règles et la méthode de l’instruction (śikṣā) pour celui-ci. »

Verse 68

एवमुक्तश्चित्रगुप्तो धर्मराजेन सत्तम । चिरं विचारयामास पुनश्चेदमभाषत ॥ ६८ ॥

Ainsi interpellé par Dharmarāja, Citragupta—ô le meilleur des vertueux—médita longuement, puis prononça de nouveau ces paroles.

Verse 69

असौ पापरतः सत्यं तथापि श्रृणु धर्मप । एकादश्यां निराहारः सर्वपापैः प्रमुच्यते ॥ ६९ ॥

Il est vrai que cet homme s’adonne au péché; pourtant, écoute, ô connaisseur du dharma : celui qui jeûne sans nourriture au jour d’Ekādaśī est délivré de tous les péchés.

Verse 70

एष रेवातटे रम्ये निराहारो हरेर्दिने । जागरं चोपवासं च कृत्वा निष्पापतां गतः ॥ ७० ॥

Sur la rive charmante de la Revā, au jour sacré de Hari, il demeura sans nourriture ; ayant observé la veille nocturne et le jeûne, il parvint à l’état sans péché.

Verse 71

यानि कानि च पापानि कृतानि सुबहूनि च । तानि सर्वाणि नष्टानि ह्युपवासप्रभावतः ॥ ७१ ॥

Quels que soient les péchés commis, si nombreux soient-ils, tous sont réellement détruits par la puissance du jeûne (upavāsa).

Verse 72

एवमुक्तो धर्मराजश्चित्रगुप्तेन धीमता । ननाम दंडवद्भूमौ ममाग्रे सोऽनुकंपितः ॥ ७२ ॥

Ainsi instruit par le sage Citragupta, Dharmarāja—ému de compassion—se prosterna devant moi, étendu sur le sol tel un bâton.

Verse 73

पूजयामास मां तत्र भक्तिभावेन धर्मराट् । ततश्च स्वभटान्सर्वानाहूयेदमुवाच ह ॥ ७३ ॥

Là, le roi juste (Dharmarāṭ) m’adora avec un esprit de bhakti. Puis, ayant convoqué tous ses serviteurs, il prononça ces paroles.

Verse 74

धर्मराज उवाच । श्रृणुध्वं मद्वचो दूता हितं वक्ष्याम्यनुत्तममम् । धर्ममार्गरतान्मर्त्यान्मानयध्वं ममान्तिकम् ॥ ७४ ॥

Dharmarāja dit : «Écoutez mes paroles, ô messagers ; je vais énoncer ce qui est souverainement bénéfique. Amenez avec honneur devant moi les mortels voués à la voie du Dharma.»

Verse 75

ये विष्णुपूजनरताः प्रयताः कृतज्ञाश्चैकादशीव्रतपरा विजितेन्द्रियाश्च । नारायणाच्युतहरे शरणं भवेति शान्ता वदन्ति सततं तरसा त्यजध्वम् ॥ ७५ ॥

Ceux qui se consacrent au culte de Viṣṇu—disciplinés, reconnaissants, fidèles au vœu d’Ekādaśī et maîtres de leurs sens—déclarent sans cesse, paisiblement : «Qu’il y ait refuge en Nārāyaṇa, en Hari Acyuta, l’infaillible.» Ainsi, renoncez promptement à tout autre attachement.

Verse 76

नारायणाच्युत जनार्दन कृष्ण विष्णो पद्मेश पद्मजपितः शिव शंकरेति । नित्यं वदंत्यखिललोक हिताः प्रशान्ता दूरद्भटास्त्यजता तान्न ममैषु शिक्षा ॥ ७६ ॥

«Nārāyaṇa», «Acyuta», «Janārdana», «Kṛṣṇa», «Viṣṇu» ; «Padmeśa» ; «Śiva», «Śaṅkara» : ainsi les sages paisibles, voués au bien de tous les mondes, prononcent sans cesse ces Noms divins. Mais pour celui qui délaisse de tels hommes nobles et intrépides et s’en tient éloigné, je n’ai, en cette affaire, aucun enseignement à donner.

Verse 77

नारायणार्पितकृतान्हरिभक्तिभजः स्वाचारमार्गनिरतान् गुरुसेवकांश्च । सत्पात्रदान निरतांश्च सुदीनपालान्दूतास्त्यजध्वमनिशं हरिनामसक्तान् ॥ ७७ ॥

Ô messagers, écartez-vous toujours de ceux qui offrent leurs actes à Nārāyaṇa : dévots de Hari établis dans la juste conduite, serviteurs du guru, appliqués au don aux récipients dignes, protecteurs des vraiment démunis, et sans cesse attachés au Nom de Hari.

Verse 78

पाषंडसङ्गरहितान्द्विजभक्तिनिष्ठान्सत्संगलोलुपतरांश्च तथातिथेयान् । शंभौ हरौ च समबुद्धिमतस्तथैव दूतास्त्यजध्वमुपकारपराञ्जनानाम् ॥ ७८ ॥

Ô messagers, évitez ceux qui s’acharnent à faire le « bien » pour des fins égoïstes. Recherchez plutôt ceux qui sont sans commerce avec les hérétiques, fermes dans la bhakti envers les deux-fois-nés, avides de la sainte compagnie des vertueux, dévoués à l’honneur dû à l’hôte, et qui révèrent d’un esprit égal Śambhu (Śiva) et Hari (Viṣṇu).

Verse 79

ये वर्जिता हरिकथामृतसेवनैश्च नारायणस्मृतिपरायणमानसैश्च । विप्रेद्रपादजलसेचनतोऽप्रहृष्टांस्तान्पापिनो मम भटा गृहमानयध्वम् ॥ ७९ ॥

«Mes serviteurs, amenez en ma demeure ces pécheurs : ceux qui sont exclus de la dégustation du nectar des récits sacrés de Hari, dont l’esprit n’est pas voué au souvenir de Nārāyaṇa, et qui ne se réjouissent même pas lorsqu’on les asperge de l’eau ayant lavé les pieds des plus éminents brāhmaṇas.»

Verse 80

ये मातृतातपरिभर्त्सनशीलिनश्च लोकद्विषो हितजनाहितकर्मणश्च । देवस्वलोभनिरताञ्जननाशकर्तॄनत्रानयध्वमपराधपरांश्च दूताः ॥ ८० ॥

«Amenez ici, ô messagers, ceux qui ont l’habitude d’outrager leur mère et leur père ; ceux qui haïssent le monde et agissent contre le bien des gens de bien ; ceux qui convoitent les biens des dieux ; et ceux qui détruisent la vie — bref, tous ceux qui sont plongés dans la faute.»

Verse 81

एकादशीव्रतपराङ्मुखमुग्रशीलं लोकापवादनिरतं परनिंदकं च । ग्रामस्य नाशकरमुत्तमवैरयुक्तं दूताः समानयत विप्रधनेषु लुब्धम् ॥ ८१ ॥

Les messagers amenèrent cet homme qui s’était détourné du vœu d’Ekādaśī : d’un naturel rude, absorbé à calomnier le monde et à blâmer autrui ; celui qui avait ruiné son village, lié à une inimitié violente, et avide des richesses des brāhmaṇas.

Verse 82

ये विष्णुभक्तिविमुखाः प्रणमंति नैव नारायणं हि शरणागतपालकं च । विष्ण्वालयं च नहि यांति नराः सुमूर्खास्तानानयध्वमतिपापरतान्प्रसाह्य ॥ ८२ ॥

Ceux qui se détournent de la bhakti envers Viṣṇu ne se prosternent pas devant Nārāyaṇa, le protecteur de ceux qui cherchent refuge. De tels hommes, plongés dans l’illusion la plus profonde, n’atteignent pas la demeure de Viṣṇu. Traînez ici ceux qui s’adonnent au grand péché, afin qu’ils soient maîtrisés.

Verse 83

एवं श्रुतं यदा तत्र यमेन परिभाषितम् । मयानुतापदग्धेन स्मृतं तत्कर्म निंदितम् ॥ ८३ ॥

Lorsque j’entendis là Yama parler ainsi, moi—brûlé par le remords—je me souvins de cet acte mien, blâmable.

Verse 84

असत्कर्मानुतापेन सद्धर्मश्रवणेन च । तत्रैव सर्वपापानि निःशेषाणि गतानि मे ॥ ८४ ॥

Par le repentir des actes mauvais et par l’écoute du vrai Dharma, là même tous mes péchés s’en allèrent entièrement, sans reste.

Verse 85

पापशेषाद्विनिर्मुक्तं हरिसारुप्यतां गतम् । सहस्रसूर्यसंकाशं प्रणनाम यमश्च तम् ॥ ८५ ॥

Délivré même du dernier reste de péché, parvenu à la ressemblance avec Hari, et rayonnant comme mille soleils—Yama lui-même se prosterna devant cet affranchi.

Verse 86

एवं दृष्ट्वा विस्मितास्ते यमदूता भयोत्कटाः । विश्वासं परमं चक्रुर्यमेन परिभाषिते ॥ ८६ ॥

Voyant cela, les messagers de Yama—saisis de crainte et d’étonnement—mirent leur confiance suprême dans ce que Yama leur avait déclaré.

Verse 87

ततः संपूज्य मां कालो विमानशतसंकुलम् । सद्यः संप्रेषयामास तद्विष्णोः परमं पदम् ॥ ८७ ॥

Alors Kāla (le Temps), m’ayant honoré comme il se doit, me dépêcha aussitôt—au milieu d’une multitude de centaines de vimānas—vers la demeure suprême de Viṣṇu.

Verse 88

विमानकोटिभिः सार्द्धं सर्वभोगसमन्वितैः । कर्मणा तेन विप्रर्षे विष्णुलोके मयोषितम् ॥ ८८ ॥

Ô meilleur des sages brāhmanes, par ce même acte de grand mérite je demeurai dans le monde de Viṣṇu, accompagné de crores de vimānas célestes et comblé de toutes sortes de jouissances.

Verse 89

कल्पकोटिसहस्राणि कल्पकोटिशतानि च । स्थित्वा विष्णुपदं पश्चादिंद्रलोकमुपगमम् ॥ ८९ ॥

Après avoir demeuré au Viṣṇu-pada durant des milliers de crores de kalpas, et encore des centaines de crores de kalpas, je gagnai ensuite le monde d’Indra.

Verse 90

तत्रापि सर्वभोगाढ्यः सर्वदेवनमस्कृतः । तावत्कालं दिविस्थित्वा ततो भूमिमुपागतः ॥ ९० ॥

Là aussi, j’étais comblé de toutes jouissances et honoré par tous les dieux. Après avoir séjourné au ciel durant tout ce temps, je revins ensuite sur la terre.

Verse 91

अत्रापि विष्णुभक्तानां जातोऽहं भवतां कुले । जातिस्मरत्वाडज्जानामि सर्वमेतन्मुनीश्वर ॥ ९१ ॥

Ici encore, je suis né dans la lignée des dévots de Viṣṇu. Parce que je possède le souvenir de mes naissances passées, ô seigneur parmi les sages, je sais tout cela.

Verse 92

तस्माद्विष्ण्वर्चनोद्योगं करोमि सह बालकैः । एकादशीव्रतमिदमिति न ज्ञातवान्पुरा ॥ ९२ ॥

C’est pourquoi, avec les enfants, je m’applique au culte de Viṣṇu ; car jadis je ne savais pas que cette observance est le vœu d’Ekādaśī.

Verse 93

जातिस्मृतिप्रभावेण तज्ज्ञातं सांप्रतं मया । अत्र स्वेनापि यत्कर्म कृतं तस्य फलं त्विदम् ॥ ९३ ॥

Par la puissance du souvenir des naissances passées, je l’ai maintenant reconnu. Et ceci, ici même, est en vérité le fruit des actes que j’ai moi-même accomplis en cette vie.

Verse 94

एकादशीव्रतं भक्त्या कुर्वतां किमुत प्रभो । तस्माच्चरिष्ये विप्रेंद्र शुभमेकादशीव्रतम् ॥ ९४ ॥

Ô Seigneur, que dire de plus de ceux qui observent avec bhakti le vœu d’Ekādaśī ? C’est pourquoi, ô le meilleur des brāhmaṇas, j’entreprendrai le vœu d’Ekādaśī, si propice.

Verse 95

विष्णुपूजां चाहरहः परमस्थानकांक्षया । एकादशीव्रतं यत्तु कुर्वंति श्रद्धया नराः ॥ ९५ ॥

Désirant la demeure suprême, les hommes rendent chaque jour un culte à Viṣṇu ; et, avec foi, ils observent aussi le vœu d’Ekādaśī.

Verse 96

तेषां तु विष्णुभवनं परमानंददायकम् । एवं पुत्रवचः श्रुत्वा संतुष्टो गालवो मुनिः ॥ ९६ ॥

Pour eux, assurément, la demeure de Viṣṇu est celle qui dispense la béatitude suprême. Ainsi, ayant entendu les paroles de son fils, le sage Gālava fut comblé.

Verse 97

अवाप परमां तुष्टिं मनसा चातिहर्षितः । मज्जन्म सफलं जातं मद्धंशः पावनीकृतः ॥ ९७ ॥

Il atteignit la satisfaction suprême et, dans son cœur, exulta de joie : «Ma naissance est devenue féconde, et ma lignée a été purifiée».

Verse 98

यतस्त्वं मद्गृहे जातो विष्णुभक्तिपरायणः । इति संतुष्टचित्तस्तु तस्य पुत्रस्य कर्मणा ॥ ९८ ॥

«Puisque tu es né dans ma maison, entièrement voué à la bhakti envers Viṣṇu»,—pensant ainsi, il fut comblé dans son cœur par la conduite de ce fils.

Verse 99

हरिपूजाविधानं च यथावत्समबोधयत् । इत्येतत्ते मुनिश्रेष्ट यथावत्कथितं मया । संकोचविस्तराभ्यां च किमन्यच्छ्रोतुमिच्छसि ॥ ९९ ॥

Ainsi, le rite d’adoration de Hari a été exposé pleinement et selon la règle. De la sorte, ô meilleur des sages, je t’ai tout dit avec justesse, brièvement comme en détail. Que désires-tu encore entendre ?

Frequently Asked Questions

The chapter frames food as a locus where sins ‘cling’ (pāpa-āśraya), so abstention on Ekādaśī is presented as a direct method of pāpa-kṣaya. The narrative proof is Dharmakīrti: despite extensive wrongdoing, the single Ekādaśī fast with vigil is accepted by Citragupta as sufficient to nullify accumulated sin, leading to release and ascent.

A three-day discipline is emphasized: (1) Daśamī—rise early, cleanse, bathe and worship Viṣṇu; take only one meal (avoid rich indulgence). (2) Ekādaśī—complete fast, sense-restraint, devotion to Nārāyaṇa, and night vigil before the Deity with devotional practices. (3) Dvādaśī—bathe, worship Viṣṇu again, then complete the vow through brāhmaṇa-feeding/dakṣiṇā and only afterward eat with restraint.

It supplies narrative adjudication: Citragupta’s assessment and Yama’s decree operationalize the doctrine that Ekādaśī observance overrides prior demerit. Yama’s messenger-instructions become a moral taxonomy—who is protected (Hari-bhaktas devoted to nāma, guru-sevā, dāna) and who is liable (revilers of parents, anti-devotional, violent, greedy)—thereby converting ritual teaching into enforceable ethical categories.