Adhyaya 30
Purva BhagaAdhyaya 3037 Verses

Adhyaya 30

श्वेतमुनिना कालस्य निग्रहः (मृत्युञ्जय-भक्ति-प्रसादः)

Śailādi rapporte aux sages, d’après le récit de Brahmā, la sainte histoire de Śveta. Le vieux muni, absorbé dans le culte du Liṅga et la récitation de Rudra, est abordé par Kāla, qui met en doute l’efficacité des rites « rauddra » et revendique le pouvoir de l’entraîner à Yamaloka. Śveta répond avec une foi śaiva inflexible : Rudra demeure dans le Liṅga et est la source des dieux ; Kāla doit donc s’en aller. Furieux, Kāla le ligote de son lasso en raillant l’apparente « inaction » de la divinité dans le Liṅga. À cet instant, Sadāśiva se manifeste avec Ambikā, Nandin et les gaṇa ; d’un simple regard il dompte et met à mort Antaka, protégeant le dévot. L’enseignement devient alors doctrinal : adorez Mṛtyuñjaya Śaṅkara pour bhukti et mukti ; ne vous contentez pas d’argumenter—abandonnez-vous et vénérez Bhava d’une bhakti exclusive afin d’être délivrés de la peine. Brahmā affirme enfin que la bhakti envers Śiva ne s’obtient pas seulement par dāna, tapas, yajña, Veda ou disciplines yogiques, mais surtout par le prasāda de Śiva ; la bhakti pāśupata accorde les quatre buts et la victoire sur la mort, comme l’illustrent Dadhīci, Brahmā et Śveta, annonçant les chapitres suivants sur la primauté de la grâce et la Liṅga-upāsanā.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे एकोनत्रिंशो ऽध्यायः शैलादिरुवाच एवमुक्तास्तदा तेन ब्रह्मणा ब्राह्मणर्षभाः श्वेतस्य च कथां पुण्याम् अपृच्छन् परमर्षयः

Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrvabhāga, s’ouvre le chapitre suivant. Śailādi dit : Après que Brahmā eut parlé ainsi aux plus éminents sages brāhmanes, les grands ṛṣis interrogèrent au sujet du récit sacré de Śveta.

Verse 2

पितामह उवाच श्वेतो नाम मुनिः श्रीमान् गतायुर्गिरिगह्वरे सक्तो ह्यभ्यर्च्य यद्भक्त्या तुष्टाव च महेश्वरम्

Pitāmaha (Brahmā) dit : «Il y eut un sage vénérable nommé Śveta, illustre et d’un âge avancé, demeurant recueilli dans une grotte de montagne. L’adorant avec une bhakti profonde, il loua Mahēśvara, le Grand Seigneur, et le rendit satisfait.»

Verse 3

रुद्राध्यायेन पुण्येन नमस्तेत्यादिना द्विजाः ततः कालो महातेजाः कालप्राप्तं द्विजोत्तमम्

Ô vous, deux-fois-nés, par la récitation méritoire du Rudra-adhyāya, commençant par « namaḥ te » (“salutation à Toi”), alors Kāla, puissant et resplendissant—le Temps/la Mort—s’approcha du plus éminent des brāhmanes, dont l’heure était venue.

Verse 4

नेतुं संचिन्त्य विप्रेन्द्राः सान्निध्यमकरोन्मुनेः श्वेतो ऽपि दृष्ट्वा तं कालं कालप्राप्तो ऽपि शङ्करम्

Ô princes des brāhmanes, après avoir délibéré sur la manière de l’emporter, Kāla se tint tout près du muni. Et Śveta, voyant ce Kāla—bien que son heure fût déjà venue—tourna son esprit vers Śaṅkara, s’attachant au Seigneur.

Verse 5

पूजयामास पुण्यात्मा त्रियंबकमनुस्मरन् त्रियंबकं यजेदेवं सुगन्धिं पुष्टिवर्धनम्

Cet être au cœur pur accomplit le culte, se souvenant sans cesse de Tryambaka. Ainsi faut-il adorer Tryambaka—le Seigneur au parfum sacré, qui accroît la vigueur et le bien-être—afin que le paśu (l’âme liée) s’accorde à la grâce du Pati, le Souverain suprême.

Verse 6

किं करिष्यति मे मृत्युर् मृत्योर्मृत्युरहं यतः तं दृष्ट्वा सस्मितं प्राह श्वेतं लोकभयंकरः

«Que peut donc me faire la Mort ? Car je suis la Mort de la Mort elle-même.» En le voyant, Śveta, celui qui épouvante le monde, parla avec un doux sourire.

Verse 7

एह्येहि श्वेत चानेन विधिना किं फलं तव रुद्रो वा भगवान् विष्णुर् ब्रह्मा वा जगदीश्वरः

«Viens, viens, ô Śveta. En accomplissant ce rite selon la règle prescrite, quel fruit recherches-tu ? Est-ce Rudra (Śiva), le Seigneur Bienheureux, ou bien Viṣṇu, ou Brahmā, le Maître des mondes ?»

Verse 8

कः समर्थः परित्रातुं मया ग्रस्तं द्विजोत्तम अनेन मम किं विप्र रौद्रेण विधिना प्रभोः

«Ô le meilleur des deux-fois-nés, qui donc serait capable de sauver celui que j’ai saisi ? Et que puis-je, ô brāhmane, contre ce décret farouche du Seigneur — l’ordonnance de Rudra ?»

Verse 9

नेतुं यस्योत्थितश्चाहं यमलोकं क्षणेन वै यस्माद्गतायुस्त्वं तस्मान् मुने नेतुमिहोद्यतः

«Je me suis levé pour t’emporter — oui, en un instant — au royaume de Yama. Puisque la durée de vie qui t’était impartie est arrivée à son terme, ô sage, me voici, prêt à te mener.»

Verse 10

तस्य तद्वचनं श्रुत्वा भैरवं धर्ममिश्रितम् हा रुद्र रुद्र रुद्रेति ललाप मुनिपुङ्गवः

Entendant ces paroles — semblables à Bhairava, mais mêlées de dharma — le plus éminent des sages se mit à s’écrier sans cesse : « Ha ! Rudra, Rudra, ô Rudra ! »

Verse 11

तं प्राह च महादेवं कालं सम्प्रेक्ष्य वै दृशा नेत्रेण बाष्पमिश्रेण संभ्रान्तेन समाकुलः

Le voyant, Mahādeva se tenant comme Kāla (le Temps), il s’adressa à Lui, le regard fixé sur le Seigneur ; les yeux mêlés de larmes, tout son être tremblait, égaré et accablé.

Verse 12

श्वेत उवाच त्वया किं काल नो नाथश् चास्ति चेद्धि वृषध्वजः लिङ्गे ऽस्मिन् शङ्करो रुद्रः सर्वदेवभवोद्भवः

Śveta dit : « Quel pouvoir Kāla (le Temps) a-t-il sur Toi ? Si vraiment nous avons un Seigneur—Vṛṣadhvaja—alors, dans ce Liṅga même, demeure Śaṅkara, Rudra, la source d’où naissent les états et les puissances de tous les dieux. »

Verse 13

अतीव भवभक्तानां मद्विधानां महात्मनाम् विधिना किं महाबाहो गच्छ गच्छ यथागतम्

Ô toi aux bras puissants, pour les grandes âmes, dévots de Bhava (Śiva) et de ma propre nature, à quoi bon des procédures formelles ? Va—va, retourne comme tu es venu.

Verse 14

ततो निशम्य कुपितस् तीक्ष्णदंष्ट्रो भयङ्करः श्रुत्वा श्वेतस्य तद्वाक्यं पाशहस्तो भयावहः

En l’entendant, il s’emporta—terrifiant, aux crocs acérés. Et lorsqu’il entendit les paroles de Śveta, cet être redoutable, tenant un lacet (pāśa) en main, devint plus effrayant encore.

Verse 15

सिंहनादं महत्कृत्वा चास्फाट्य च मुहुर्मुहुः बबन्ध च मुनिं कालः कालप्राप्तं तमाह च

Poussant un puissant rugissement de lion et claquant des doigts à maintes reprises, Kāla (le Temps) enchaîna le sage ; puis, à celui qui venait d’atteindre l’heure fixée par le destin, Kāla adressa la parole.

Verse 16

मया बद्धो ऽसि विप्रर्षे श्वेतं नेतुं यमालयम् अद्य वै देवदेवेन तव रुद्रेण किं कृतम्

«Ô le plus excellent des sages brāhmanes, je t’ai lié afin de conduire Śveta au séjour de Yama. Pourtant aujourd’hui—qu’a donc accompli ton Rudra, le Dieu des dieux ?»

Verse 17

क्व शर्वस्तव भक्तिश् च क्व पूजा पूजया फलम् क्व चाहं क्व च मे भीतिः श्वेत बद्धो ऽसि वै मया

«Où est ta dévotion à Śarva, et où est le culte—et le “fruit” issu du culte ? Où suis-je, et où serait la crainte de moi ? Ô Śveta, tu es bel et bien lié par moi.»

Verse 18

लिङ्गे ऽस्मिन् संस्थितः श्वेत तव रुद्रो महेश्वरः निश्चेष्टो ऽसौ महादेवः कथं पूज्यो महेश्वरः

«Ô Śveta, ton Rudra—Maheśvara, le grand Mahādeva—demeure établi dans ce Liṅga. Pourtant Il est sans acte et immobile ; comment donc ce Mahādeva, Maheśvara, doit-Il être adoré ?»

Verse 19

ततः सदाशिवः स्वयं द्विजं निहन्तुमागतम् निहन्तुमन्तकं स्मयन् स्मरारियज्ञहा हरः

Alors Sadāśiva Lui-même—Hara, le vainqueur de Kāma et le destructeur du sacrifice de Dakṣa—s’avança en souriant pour abattre ce brāhmane, et même pour dompter Antaka (la Mort) venu pour tuer.

Verse 20

त्वरन् विनिर्गतः परः शिवः स्वयं त्रिलोचनः त्रियंबको ऽम्बया समं सनन्दिना गणेश्वरैः

Puis le Seigneur suprême Śiva Lui-même—aux Trois Yeux, Tryambaka—sortit en hâte, avec Ambā (la Mère), escorté de Nandin et des seigneurs de ses gaṇas.

Verse 21

ससर्ज जीवितं क्षणाद् भवं निरीक्ष्य वै भयात् पपात चाशु वै बली मुनेस्तु संनिधौ द्विजाः

Le puissant, ayant contemplé Bhava (Śiva), relâcha aussitôt le souffle même de sa vie ; et, saisi de crainte, il tomba promptement, ô sages deux-fois-nés, en la présence du muni.

Verse 22

ननाद चोर्ध्वमुच्चधीर् निरीक्ष्य चान्तकान्तकम् निरीक्षणेन वै मृतं भवस्य विप्रपुङ्गवाः

Et il rugit à haute voix, les yeux levés ; mais lorsque Bhava posa son regard sur cet ennemi—terrible comme la Mort elle-même—il fut réellement terrassé par le seul regard de Bhava, ô meilleurs des brahmanes.

Verse 23

विनेदुरुच्चमीश्वराः सुरेश्वरा महेश्वरम् प्रणेमुरंबिकामुमां मुनीश्वरास्तु हर्षिताः

Alors les dieux sublimes et leurs chefs se mirent à retentir de louanges ; les souverains célestes s’inclinèrent devant Mahādeva, et les seigneurs des munis—emplis de joie—se prosternèrent devant Ambikā Umā, la Śakti même du Suprême.

Verse 24

ससर्जुर् अस्य मूर्ध्नि वै मुनेर्भवस्य खेचराः सुशोभनं सुशीतलं सुपुष्पवर्षमंबरात्

Alors les célestes qui parcourent le ciel firent pleuvoir des hauteurs une averse de fleurs excellentes, splendide et fraîche, sur la tête de Bhava, le muni—Śiva, le Pati—l’honorant comme le Seigneur suprême au-delà de tout lien (pāśa).

Verse 25

अहो निरीक्ष्य चान्तकं मृतं तदा सुविस्मितः शिलाशनात्मजो ऽव्ययं शिवं प्रणम्य शङ्करम्

« Ah ! »—voyant Antaka (la Mort) gisant sans vie, le fils de Śilāśana demeura saisi d’étonnement ; puis, s’inclinant devant Śaṅkara—Śiva, l’impérissable (Pati)—il lui rendit un hommage plein de révérence.

Verse 26

उवाच बालधीर्मृतः प्रसीद चेति वै मुनेः महेश्वरं महेश्वर-स्य चानुगो गणेश्वरः

Alors le Gaṇeśvara—compagnon et serviteur de Mahādeva—s’adressa à Mahēśvara : «Sois clément, ô Seigneur», et il interpella aussi le muni ; il parla avec une innocence d’enfant, comme accablé par la peur de la mort.

Verse 27

ततो विवेश भगवान् अनुगृह्य द्विजोत्तमम् क्षणाद्गूढशरीरं हि ध्वस्तं दृष्ट्वान्तकं क्षणात्

Puis le Seigneur Bienheureux, ayant accordé sa grâce au meilleur des deux-fois-nés, entra dans le retrait; et, en un instant, ayant vu Antaka, Il le réduisit à néant, tandis que Sa forme demeurait cachée.

Verse 28

तस्मान्मृत्युञ्जयं चैव भक्त्या सम्पूजये द्विजाः मुक्तिदं भुक्तिदं चैव सर्वेषामपि शङ्करम्

Ainsi donc, ô deux-fois-nés, adorez avec bhakti Mṛtyuñjaya—Śaṅkara, qui accorde à tous les êtres la bhukti (juste fruition en ce monde) et la mukti (libération) ; le Pati qui tranche le pasha de la mort et de l’asservissement qui enserre le pashu, l’âme liée.

Verse 29

बहुना किं प्रलापेन संन्यस्याभ्यर्च्य वै भवम् भक्त्या चापरया तस्मिन् विशोका वै भविष्यथ

À quoi bon tant de paroles ? Renoncez à tout le reste et adorez vraiment Bhava ; par une bhakti unifiée, sans égale, fixée en Lui, vous deviendrez assurément sans chagrin.

Verse 30

शैलादिरुवाच एवमुक्तास्तदा तेन ब्रह्मणा ब्रह्मवादिनः प्रसीद भक्तिर्देवेशे भवेद्रुद्रे पिनाकिनि

Śailādi dit : Ainsi, lorsque Brahmā leur parla en ce temps-là, les sages connaisseurs du Brahman prièrent : «Sois clément. Qu’en nous naisse une bhakti inébranlable envers Rudra—Seigneur des dieux, porteur du Pināka—lui seul Pati, libérateur des âmes liées».

Verse 31

केन वा तपसा देव यज्ञेनाप्यथ केन वा व्रतैर्वा भगवद्भक्ता भविष्यन्ति द्विजातयः

Ô Deva, par quelle austérité, ou par quel sacrifice, ou par quelles observances les deux-fois-nés deviendront-ils des dévots du Seigneur Bienheureux—dévots du Pati qui délivre le paśu du pāśa ?

Verse 32

पितामह उवाच न दानेन मुनिश्रेष्ठास् तपसा च न विद्यया यज्ञैर् होमैर् व्रतैर् वेदैर् योगशास्त्रैर् निरोधनैः

Pitāmaha (Brahmā) dit : Ô meilleurs des sages, ce n’est ni par le don, ni par l’austérité, ni par le savoir ; ni par les sacrifices, les offrandes au feu, les vœux, les Veda, les disciplines du Yoga, ni même par les seules restrictions (nirodha) que l’on atteint la fin suprême.

Verse 33

प्रसादे नैव सा भक्तिः शिवे परमकारणे अथ तस्य वचः श्रुत्वा सर्वे ते परमर्षयः

Sans Sa grâce, cette dévotion ne s’éveille pas envers Śiva, la Cause suprême. Puis, ayant entendu ses paroles, tous ces grands voyants (paramarṣis) acquiescèrent.

Verse 34

सदारतनयाः श्रान्ताः प्रणेमुश् च पितामहम् तस्मात्पाशुपती भक्तिर् धर्मकामार्थसिद्धिदा

Épuisés, les fils de Sadāra se prosternèrent devant Pitāmaha (Brahmā). Ainsi, la dévotion à Paśupati—le Seigneur, Pati des paśus—accorde l’accomplissement du dharma, du kāma et de l’artha.

Verse 35

मुनेर् विजयदा चैव सर्वमृत्युजयप्रदा दधीचस्तु पुरा भक्त्या हरिं जित्वामरैर्विभुम्

Elle donne la victoire au sage et accorde le triomphe sur toute forme de mort. Jadis, Dadhīci, par la dévotion, vainquit Hari—le Seigneur puissant—sous le regard même des Devas.

Verse 36

क्षयं जघान पादेन वज्रास्थित्वं च लब्धवान् मयापि निर्जितो मृत्युर् महादेवस्य कीर्तनात्

D’un simple coup de pied, il terrassa Kṣaya (la Déchéance) et obtint un corps inébranlable tel le vajra. Moi aussi, j’ai vaincu la Mort par le chant et la glorification de Mahādeva—Pati, le Seigneur qui tranche les liens (pāśa) du paśu (l’âme enchaînée).

Verse 37

श्वेतेनापि गतेनास्यं मृत्योर्मुनिवरेण तु महादेवप्रसादेन जितो मृत्युर्यथा मया

Même lorsque le vénérable sage Śveta était entré dans la bouche même de la Mort, par la grâce de Mahādeva la Mort fut vaincue—comme elle le fut par moi.

Frequently Asked Questions

Śiva manifests from the Liṅga-context as Sadāśiva with Ambikā and gaṇas and defeats Antaka not through extended battle but through sovereign presence and gaze, teaching that death is subordinate to Śiva when devotion is unwavering and grace is invoked.

The text explicitly states that supreme bhakti in Śiva does not arise merely from dāna, tapas, vidyā, yajña/homa, veda, or yogic restraints; it is fundamentally rooted in Śiva’s prasāda, though practices can become vehicles when aligned with surrender and Liṅga-upāsanā.

The line “त्रियंबकं यजेदेवं सुगन्धिं पुष्टिवर्धनम्” echoes the well-known Tryambaka/Mṛtyuñjaya formulation, making this chapter highly relevant for searches on ‘Mahamrityunjaya meaning’, ‘Tryambakam yajamahe in Puranas’, and ‘Shiva protection from death’ within a canonical Purāṇic frame.