Adhyaya 6
Dvadasha SkandhaAdhyaya 680 Verses

Adhyaya 6

Parīkṣit’s Final Absorption, Takṣaka’s Bite, Janamejaya’s Snake Sacrifice, and the Vedic Sound-Lineage

Après le récit achevé de Śukadeva Gosvāmī, Mahārāja Parīkṣit offre sa gratitude ultime, déclare ne pas craindre Takṣaka ni la mort répétée, car il est absorbé en Hari, et demande la permission de retirer la parole et les sens dans le Seigneur Adhokṣaja. Śukadeva l’y autorise puis s’en va; Parīkṣit s’établit en stabilité yogique sur la rive du Gaṅgā, tourné vers le nord, fixant son mental sur la Vérité Absolue jusqu’à l’immobilité du prāṇa. Takṣaka, ayant détourné Kaśyapa par un pot-de-vin, s’approche déguisé et mord; le corps de Parīkṣit est réduit en cendres, tandis que les êtres célestes se lamentent et louent. Viennent ensuite les suites: la colère de Janamejaya et son sarpa-satra (sacrifice des serpents), la fuite de Takṣaka auprès d’Indra, et l’intervention de Bṛhaspati, qui enseigne la doctrine du karma—chacun rencontre vie et mort selon ses propres actes—amenant le roi à arrêter le rite. Le chapitre se tourne alors vers la théologie du śabda-brahman: le son transcendantal subtil, l’apparition de l’oṁkāra et de sa triade A-U-M, la génération des Veda par Brahmā, la division en quatre par Vyāsa et les lignées discipulaires ramifiées (dont Yājñavalkya recevant de Sūrya de nouveaux mantras du Yajur), reliant la fin de l’époque de Parīkṣit à la préservation védique en Kali-yuga.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच एतन्निशम्य मुनिनाभिहितं परीक्षिद् व्यासात्मजेन निखिलात्मद‍ृशा समेन । तत्पादमूलमुपसृत्य नतेन मूर्ध्ना बद्धाञ्जलिस्तमिदमाह स विष्णुरात: ॥ १ ॥

Sūta dit : Après avoir entendu tout ce que lui avait exposé Śukadeva, fils de Vyāsa, sage réalisé et égal en toutes circonstances, Parīkṣit s’approcha humblement de la racine de ses pieds de lotus. La tête inclinée sur les pieds du muni et les mains jointes, le roi protégé par Viṣṇu parla ainsi.

Verse 2

राजोवाच सिद्धोऽस्म्यनुगृहीतोऽस्मि भवता करुणात्मना । श्रावितो यच्च मे साक्षादनादिनिधनो हरि: ॥ २ ॥

Le roi dit : Ô grande âme pleine de compassion ! Par ta grâce, j’ai atteint l’accomplissement de ma vie. Tu m’as toi-même fait entendre le récit du Seigneur Hari, sans commencement ni fin.

Verse 3

नात्यद्भ‍ुतमहं मन्ये महतामच्युतात्मनाम् । अज्ञेषु तापतप्तेषु भूतेषु यदनुग्रह: ॥ ३ ॥

Je ne trouve nullement étonnant que de grandes âmes comme toi, dont l’esprit demeure absorbé en Acyuta, fassent miséricorde à des êtres ignorants comme nous, consumés par les tourments de la vie matérielle.

Verse 4

पुराणसंहितामेतामश्रौष्म भवतो वयम् । यस्यां खलूत्तम:श्लोको भगवाननुवर्ण्यते ॥ ४ ॥

Seigneur, nous avons entendu de toi ce Śrīmad-Bhāgavatam, résumé parfait de tous les Purāṇa, où le Bhagavān Uttamaḥśloka est décrit avec plénitude.

Verse 5

भगवंस्तक्षकादिभ्यो मृत्युभ्यो न बिभेम्यहम् । प्रविष्टो ब्रह्म निर्वाणमभयं दर्शितं त्वया ॥ ५ ॥

Ô Bhagavān, je ne crains plus Takṣaka ni aucun être, ni même les morts répétées, car je suis entré dans le Brahman-nirvāṇa pur et sans peur que tu as révélé.

Verse 6

अनुजानीहि मां ब्रह्मन् वाचं यच्छाम्यधोक्षजे । मुक्तकामाशयं चेत: प्रवेश्य विसृजाम्यसून् ॥ ६ ॥

Ô brāhmaṇa, accorde-moi la permission de remettre ma parole et les fonctions de tous mes sens au Seigneur Adhokṣaja. Que mon mental, purifié des désirs, s’absorbe en Lui, et ainsi je quitterai la vie.

Verse 7

अज्ञानं च निरस्तं मे ज्ञानविज्ञाननिष्ठया । भवता दर्शितं क्षेमं परं भगवत: पदम् ॥ ७ ॥

Tu m’as révélé ce qu’il y a de plus propice : la demeure suprême et personnelle du Seigneur. Je suis désormais établi dans la connaissance et la réalisation, et mon ignorance a été dissipée.

Verse 8

सूत उवाच इत्युक्तस्तमनुज्ञाप्य भगवान् बादरायणि: । जगाम भिक्षुभि: साकं नरदेवेन पूजित: ॥ ८ ॥

Sūta Gosvāmī dit : Ainsi sollicité, le Bhagavān Bādarāyaṇi (Śukadeva) accorda sa permission au roi Parīkṣit. Puis, après avoir été honoré par le roi et les sages présents, il quitta ce lieu avec les mendiants saints.

Verse 9

परीक्षिदपि राजर्षिरात्मन्यात्मानमात्मना । समाधाय परं दध्यावस्पन्दासुर्यथा तरु: ॥ ९ ॥ प्राक्कूले बर्हिष्यासीनो गङ्गाकूल उदङ्‍मुख: । ब्रह्मभूतो महायोगी नि:सङ्गश्छिन्नसंशय: ॥ १० ॥

Alors Mahārāja Parīkṣit, par une intelligence pure, établit son mental dans le Soi spirituel et médita sur la Vérité Absolue Suprême ; le prāṇa cessa de bouger et il demeura immobile tel un arbre.

Verse 10

परीक्षिदपि राजर्षिरात्मन्यात्मानमात्मना । समाधाय परं दध्यावस्पन्दासुर्यथा तरु: ॥ ९ ॥ प्राक्कूले बर्हिष्यासीनो गङ्गाकूल उदङ्‍मुख: । ब्रह्मभूतो महायोगी नि:सङ्गश्छिन्नसंशय: ॥ १० ॥

Mahārāja Parīkṣit s’assit sur la rive du Gange, sur un siège d’herbe darbha dont les pointes étaient tournées vers l’est, puis se tourna vers le nord ; par la perfection du yoga il atteignit l’état de Brahman, grand yogī sans attachement ni doute.

Verse 11

तक्षक: प्रहितो विप्रा: क्रुद्धेन द्विजसूनुना । हन्तुकामो नृपं गच्छन् ददर्श पथि कश्यपम् ॥ ११ ॥

Ô brāhmaṇas savants, Takṣaka, l’oiseau-serpent envoyé par le fils courroucé d’un brāhmaṇa, allait tuer le roi lorsqu’il aperçut sur la route le sage Kaśyapa.

Verse 12

तं तर्पयित्वा द्रविणैर्निवर्त्य विषहारिणम् । द्विजरूपप्रतिच्छन्न: कामरूपोऽदशन्नृपम् ॥ १२ ॥

Takṣaka flatta Kaśyapa par de précieuses offrandes et détourna ainsi le sage, expert à neutraliser les poisons ; puis, pouvant prendre toute forme, il se déguisa en brāhmaṇa, s’approcha du roi et le mordit.

Verse 13

ब्रह्मभूतस्य राजर्षेर्देहोऽहिगरलाग्निना । बभूव भस्मसात् सद्य: पश्यतां सर्वदेहिनाम् ॥ १३ ॥

Sous les yeux de tous les êtres, le corps de ce roi-saint, établi dans la conscience de Brahman, fut aussitôt réduit en cendres par le feu du venin du serpent.

Verse 14

हाहाकारो महानासीद् भुवि खे दिक्षु सर्वत: । विस्मिता ह्यभवन् सर्वे देवासुरनरादय: ॥ १४ ॥

Sur la terre, dans le ciel et en toutes directions s’éleva un grand cri de lamentation; dieux, asuras, humains et autres êtres furent saisis d’étonnement.

Verse 15

देवदुन्दुभयो नेदुर्गन्धर्वाप्सरसो जगु: । ववृषु: पुष्पवर्षाणि विबुधा: साधुवादिन: ॥ १५ ॥

Dans les régions des devas retentirent les tambours célestes; Gandharvas et Apsarās chantèrent; les devas, en louange, firent pleuvoir des fleurs.

Verse 16

जन्मेजय: स्वपितरं श्रुत्वा तक्षकभक्षितम् । यथा जुहाव सङ्‌क्रुद्धो नागान् सत्रे सह द्विजै: ॥ १६ ॥

Apprenant que son père avait été mortellement mordu par Takṣaka, le roi Janamejaya, saisi de colère, fit célébrer avec les brāhmaṇas le grand sacrifice Sarpasatra, y offrant tous les serpents au feu.

Verse 17

सर्पसत्रे समिद्धाग्नौ दह्यमानान् महोरगान् । द‍ृष्ट्वेन्द्रं भयसंविग्नस्तक्षक: शरणं ययौ ॥ १७ ॥

Voyant les grands serpents brûler dans le feu attisé du Sarpasatra, Takṣaka, saisi de peur, alla chercher refuge auprès d’Indra.

Verse 18

अपश्यंस्तक्षकं तत्र राजा पारीक्षितो द्विजान् । उवाच तक्षक: कस्मान्न दह्येतोरगाधम: ॥ १८ ॥

Ne voyant pas Takṣaka, le roi Janamejaya dit aux brāhmaṇas : «Pourquoi Takṣaka, le plus vil des serpents, ne brûle-t-il pas dans ce feu ?»

Verse 19

तं गोपायति राजेन्द्र शक्र: शरणमागतम् । तेन संस्तम्भित: सर्पस्तस्मान्नाग्नौ पतत्यसौ ॥ १९ ॥

Les brāhmaṇas répondirent : Ô meilleur des rois, le serpent Takṣaka n’est pas tombé dans le feu, car Indra (Śakra), auprès de qui il a cherché refuge, le protège ; Indra le retient loin des flammes.

Verse 20

पारीक्षित इति श्रुत्वा प्राहर्त्विज उदारधी: । सहेन्द्रस्तक्षको विप्रा नाग्नौ किमिति पात्यते ॥ २० ॥

Entendant cela, le sage roi Janamejaya dit aux prêtres : Alors, chers brāhmaṇas, pourquoi ne pas faire tomber Takṣaka dans le feu avec son protecteur, Indra ?

Verse 21

तच्छ्रुत्वाजुहुवुर्विप्रा: सहेन्द्रं तक्षकं मखे । तक्षकाशु पतस्वेह सहेन्द्रेण मरुत्वता ॥ २१ ॥

À ces mots, les prêtres récitèrent dans le sacrifice le mantra pour offrir Takṣaka avec Indra : « Ô Takṣaka, tombe sur-le-champ dans ce feu, avec Indra et toute l’armée des Maruts ! »

Verse 22

इति ब्रह्मोदिताक्षेपै: स्थानादिन्द्र: प्रचालित: । बभूव सम्भ्रान्तमति: सविमान: सतक्षक: ॥ २२ ॥

Sous l’effet des paroles cinglantes, proférées avec la puissance brahmanique par les brāhmaṇas, Indra fut arraché de sa position ; avec son vimāna et Takṣaka, il fut saisi d’un grand trouble.

Verse 23

तं पतन्तं विमानेन सहतक्षकमम्बरात् । विलोक्याङ्गिरस: प्राह राजानं तं बृहस्पति: ॥ २३ ॥

Voyant Indra tomber du ciel dans son vimāna avec Takṣaka, Bṛhaspati, fils du sage Aṅgirā, s’approcha du roi Janamejaya et lui parla ainsi.

Verse 24

नैष त्वया मनुष्येन्द्र वधमर्हति सर्पराट् । अनेन पीतममृतमथ वा अजरामर: ॥ २४ ॥

Ô roi parmi les hommes, il ne convient pas que ce roi des serpents périsse de ta main, car il a bu l’amṛta des devas; ainsi il n’est pas soumis aux signes ordinaires de vieillesse et de mort.

Verse 25

जीवितं मरणं जन्तोर्गति: स्वेनैव कर्मणा । राजंस्ततोऽन्यो नास्त्यस्य प्रदाता सुखदु:खयो: ॥ २५ ॥

La vie, la mort et la destinée dans l’existence suivante de l’âme incarnée proviennent de ses propres actes; ô Roi, nul autre n’est réellement le dispensateur de sa joie et de sa peine.

Verse 26

सर्पचौराग्निविद्युद्‌भ्य: क्षुत्तृड्‌व्याध्यादिभिर्नृप । पञ्चत्वमृच्छते जन्तुर्भुङ्क्त आरब्धकर्म तत् ॥ २६ ॥

Ô roi, lorsqu’une âme conditionnée est tuée par des serpents, des voleurs, le feu, la foudre, la faim, la maladie ou toute autre cause, elle subit la réaction de son propre karma passé déjà engagé.

Verse 27

तस्मात् सत्रमिदं राजन् संस्थीयेताभिचारिकम् । सर्पा अनागसो दग्धा जनैर्दिष्टं हि भुज्यते ॥ २७ ॥

Ainsi, mon cher roi, cesse ce sacrifice satra entrepris avec l’intention de nuire à autrui. Bien des serpents innocents ont déjà été brûlés; en vérité, chacun doit subir les conséquences, parfois imprévues, de ses actes passés.

Verse 28

सूत उवाच इत्युक्त: स तथेत्याह महर्षेर्मानयन् वच: । सर्पसत्रादुपरत: पूजयामास वाक्पतिम् ॥ २८ ॥

Sūta dit : Ainsi conseillé, Mahārāja Janamejaya répondit : « Qu’il en soit ainsi. » Honorant la parole du grand sage, il cessa le sacrifice des serpents et vénéra Bṛhaspati, maître de l’éloquence parmi les rishis.

Verse 29

सैषा विष्णोर्महामायाबाध्ययालक्षणा यया । मुह्यन्त्यस्यैवात्मभूता भूतेषु गुणवृत्तिभि: ॥ २९ ॥

Ceci est bien la Mahā-māyā du Seigneur Viṣṇu, irrésistible et difficile à saisir. Bien que les âmes soient des parcelles du Seigneur, sous son influence elles s’égarent, s’identifiant aux corps matériels selon l’activité des guṇas.

Verse 30

न यत्र दम्भीत्यभया विराजिता मायात्मवादेऽसकृदात्मवादिभि: । न यद्विवादो विविधस्तदाश्रयो मनश्च सङ्कल्पविकल्पवृत्ति यत् ॥ ३० ॥ न यत्र सृज्यं सृजतोभयो: परं श्रेयश्च जीवस्त्रिभिरन्वितस्त्वहम् । तदेतदुत्सादितबाध्यबाधकं निषिध्य चोर्मीन् विरमेत तन्मुनि: ॥ ३१ ॥

Mais il existe une Réalité suprême où la māyā ne peut dominer sans crainte en pensant : « Il est trompeur, je le contrôlerai. » Là, point de philosophies illusoires de controverse ; au contraire, les véritables étudiants de la science de l’ātman s’adonnent sans cesse à une enquête fondée sur des pramāṇas autorisés. Là, l’esprit matériel, oscillant entre décision et doute, ne se manifeste pas ; n’y existent ni produits créés, ni causes subtiles, ni buts de jouissance. Là non plus, pas de jīva conditionné, couvert par le faux ego et les trois guṇas. Cette Réalité exclut tout ce qui est limité ou limitant ; aussi le sage doit-il apaiser les vagues de la vie matérielle et demeurer dans cette Vérité suprême.

Verse 31

न यत्र दम्भीत्यभया विराजिता मायात्मवादेऽसकृदात्मवादिभि: । न यद्विवादो विविधस्तदाश्रयो मनश्च सङ्कल्पविकल्पवृत्ति यत् ॥ ३० ॥ न यत्र सृज्यं सृजतोभयो: परं श्रेयश्च जीवस्त्रिभिरन्वितस्त्वहम् । तदेतदुत्सादितबाध्यबाधकं निषिध्य चोर्मीन् विरमेत तन्मुनि: ॥ ३१ ॥

Mais il existe une Réalité suprême où la māyā ne peut dominer sans crainte en pensant : « Il est trompeur, je le contrôlerai. » Là, point de philosophies illusoires de controverse ; au contraire, les véritables étudiants de la science de l’ātman s’adonnent sans cesse à une enquête fondée sur des pramāṇas autorisés. Là, l’esprit matériel, oscillant entre décision et doute, ne se manifeste pas ; n’y existent ni produits créés, ni causes subtiles, ni buts de jouissance. Là non plus, pas de jīva conditionné, couvert par le faux ego et les trois guṇas. Cette Réalité exclut tout ce qui est limité ou limitant ; aussi le sage doit-il apaiser les vagues de la vie matérielle et demeurer dans cette Vérité suprême.

Verse 32

परं पदं वैष्णवमामनन्ति तद् यन्नेति नेतीत्यतदुत्सिसृक्षव: । विसृज्य दौरात्म्यमनन्यसौहृदा हृदोपगुह्यावसितं समाहितै: ॥ ३२ ॥

Ceux qui désirent abandonner tout ce qui n’est pas essentiellement réel progressent, pas à pas, par la discrimination négative « neti, neti » (ni ceci ni cela), jusqu’à la suprême demeure vaiṣṇava, le parama-pada de Viṣṇu. Renonçant au matérialisme mesquin, ils offrent un amour exclusif à la Vérité absolue dans leur cœur et l’étreignent dans une méditation stable.

Verse 33

त एतदधिगच्छन्ति विष्णोर्यत् परमं पदम् । अहं ममेति दौर्जन्यं न येषां देहगेहजम् ॥ ३३ ॥

De tels dévots parviennent à comprendre la position suprême et transcendante de Viṣṇu, car ils ne sont plus souillés par les notions de « moi » et de « mien », fondées sur le corps et la demeure.

Verse 34

अतिवादांस्तितिक्षेत नावमन्येत कञ्चन । न चेमं देहमाश्रित्य वैरं कुर्वीत केनचित् ॥ ३४ ॥

Il faut supporter toutes les offenses et ne manquer de respect à personne. Sans s’identifier au corps matériel, on ne doit nourrir d’inimitié envers qui que ce soit.

Verse 35

नमो भगवते तस्मै कृष्णायाकुण्ठमेधसे । यत्पादाम्बुरुहध्यानात् संहितामध्यगामिमाम् ॥ ३५ ॥

J’offre mes hommages au Bhagavān Śrī Kṛṣṇa, le Seigneur invincible à l’intelligence sans entrave. Par la méditation de Ses pieds de lotus, j’ai pu pénétrer cette saṁhitā.

Verse 36

श्रीशौनक उवाच पैलादिभिर्व्यासशिष्यैर्वेदाचार्यैर्महात्मभि: । वेदाश्च कथिता व्यस्ता एतत् सौम्याभिधेहि न: ॥ ३६ ॥

Śaunaka Ṛṣi dit : Ô doux Sūta, raconte-nous comment Paila et les autres grands disciples de Vyāsadeva, autorités de la sagesse védique, ont exposé et ordonné les Veda.

Verse 37

सूत उवाच समाहितात्मनो ब्रह्मन् ब्रह्मण: परमेष्ठिन: । हृद्याकाशादभून्नादो वृत्तिरोधाद् विभाव्यते ॥ ३७ ॥

Sūta dit : Ô brāhmaṇa, du ciel du cœur de Brahmā, le Paramesthin dont l’esprit était fixé en samādhi, surgit la subtile vibration du nāda transcendantal ; on la perçoit lorsque l’écoute extérieure s’apaise.

Verse 38

यदुपासनया ब्रह्मन् योगिनो मलमात्मन: । द्रव्यक्रियाकारकाख्यं धूत्वा यान्त्यपुनर्भवम् ॥ ३८ ॥

Ô brāhmaṇa, par l’adoration de cette forme subtile des Veda, les yogīs lavent les souillures du cœur nées de la substance, de l’action et de l’agent, et atteignent ainsi l’état sans retour, libre des renaissances.

Verse 39

ततोऽभूत्‍त्रिवृदोंकारो योऽव्यक्तप्रभव: स्वराट् । यत्तल्ल‍िङ्गं भगवतो ब्रह्मण: परमात्मन: ॥ ३९ ॥

Alors, de cette vibration subtile et transcendante naquit l’oṁkāra aux trois sons, issu de l’inmanifesté et resplendissant de lui-même. Cet oṁkāra est le symbole sacré de la Vérité Absolue en Ses trois aspects : Bhagavān, Paramātmā et le Brahman impersonnel.

Verse 40

श‍ृणोति य इमं स्फोटं सुप्तश्रोत्रे च शून्यद‍ृक् । येन वाग् व्यज्यते यस्य व्यक्तिराकाश आत्मन: ॥ ४० ॥ स्वधाम्नो ब्राह्मण: साक्षाद् वाचक: परमात्मन: । स सर्वमन्त्रोपनिषद्वेदबीजं सनातनम् ॥ ४१ ॥

Cet oṁkāra, en tant que sphoṭa, est ultimement immatériel et imperceptible ; le Paramātmā l’« entend » sans oreilles matérielles, tel un auditeur au-delà des sens. De lui se déploie la parole, et il se manifeste dans le ciel du cœur de l’âme.

Verse 41

श‍ृणोति य इमं स्फोटं सुप्तश्रोत्रे च शून्यद‍ृक् । येन वाग् व्यज्यते यस्य व्यक्तिराकाश आत्मन: ॥ ४० ॥ स्वधाम्नो ब्राह्मण: साक्षाद् वाचक: परमात्मन: । स सर्वमन्त्रोपनिषद्वेदबीजं सनातनम् ॥ ४१ ॥

Cet oṁkāra est la désignation directe du Paramātmā dans Sa propre demeure. Il est l’essence secrète et la semence éternelle de tous les mantras, des Upaniṣads et des Vedas.

Verse 42

तस्य ह्यासंस्त्रयो वर्णा अकाराद्या भृगूद्वह । धार्यन्ते यैस्त्रयो भावा गुणनामार्थवृत्तय: ॥ ४२ ॥

Ô éminent descendant de Bhṛgu, l’oṁkāra manifesta les trois sons originels : A, U et M. Par eux sont soutenus tous les aspects triples : les guṇas, les noms, les sens et les diverses fonctions et états.

Verse 43

ततोऽक्षरसमाम्नायमसृजद् भगवानज: । अन्तस्थोष्मस्वरस्पर्शह्रस्वदीर्घादिलक्षणम् ॥ ४३ ॥

De cet oṁkāra, le Bhagavān Brahmā, l’Inengendré, créa l’ensemble des sons de l’alphabet : voyelles, consonnes, semi-voyelles, sifflantes et autres, distingués par des traits tels que la longueur et la brièveté.

Verse 44

तेनासौ चतुरो वेदांश्चतुर्भिर्वदनैर्विभु: । सव्याहृतिकान् सोंकारांश्चातुर्होत्रविवक्षया ॥ ४४ ॥

Par cet ensemble de sons, le tout-puissant Brahmā fit jaillir de ses quatre visages les quatre Veda, avec le saint oṁkāra et les sept invocations vyāhṛti, afin de répandre la voie du sacrifice védique selon les fonctions des prêtres de chacun des Veda.

Verse 45

पुत्रानध्यापयत्तांस्तु ब्रह्मर्षीन् ब्रह्मकोविदान् । ते तु धर्मोपदेष्टार: स्वपुत्रेभ्य: समादिशन् ॥ ४५ ॥

Brahmā enseigna ces Veda à ses fils, grands sages parmi les brāhmaṇa et experts dans l’art de la récitation védique. Eux, devenus ācārya, transmirent les Veda à leurs propres fils selon la lignée.

Verse 46

ते परम्परया प्राप्तास्तत्तच्छिष्यैर्धृतव्रतै: । चतुर्युगेष्वथ व्यस्ता द्वापरादौ महर्षिभि: ॥ ४६ ॥

Ainsi, par la succession discipulaire, des disciples fermes dans leurs vœux reçurent les Veda à travers les cycles des quatre âges. À la fin de chaque Dvāpara-yuga, d’éminents sages les éditent et les répartissent en divisions distinctes.

Verse 47

क्षीणायुष: क्षीणसत्त्वान् दुर्मेधान् वीक्ष्य कालत: । वेदान्ब्रह्मर्षयो व्यस्यन् हृदिस्थाच्युतचोदिता: ॥ ४७ ॥

Voyant que, sous l’influence du temps, les hommes avaient diminué en longévité, en force et en intelligence, les grands sages, inspirés par Acyuta demeurant dans leur cœur, divisèrent les Veda avec méthode.

Verse 48

अस्मिन्नप्यन्तरे ब्रह्मन् भगवान्लोकभावन: । ब्रह्मेशाद्यैर्लोकपालैर्याचितो धर्मगुप्तये ॥ ४८ ॥ पराशरात् सत्यवत्यामंशांशकलया विभु: । अवतीर्णो महाभाग वेदं चक्रे चतुर्विधम् ॥ ४९ ॥

Ô brāhmaṇa, en ce temps de Vaivasvata Manu, les gouverneurs de l’univers, menés par Brahmā et Śiva, implorèrent le Bhagavān, bienfaiteur des mondes, de sauvegarder le dharma. Ô fortuné Śaunaka, le Seigneur tout-puissant, manifestant une étincelle divine d’une portion de Sa portion plénière, descendit dans le sein de Satyavatī comme fils de Parāśara et divisa l’unique Veda en quatre.

Verse 49

अस्मिन्नप्यन्तरे ब्रह्मन् भगवान्लोकभावन: । ब्रह्मेशाद्यैर्लोकपालैर्याचितो धर्मगुप्तये ॥ ४८ ॥ पराशरात् सत्यवत्यामंशांशकलया विभु: । अवतीर्णो महाभाग वेदं चक्रे चतुर्विधम् ॥ ४९ ॥

Ô brāhmaṇa, en ce temps de Vaivasvata Manu, les gouverneurs de l’univers, menés par Brahmā et Śiva, implorèrent Bhagavān, le soutien de tous les mondes, de préserver les principes du dharma. Ô Śaunaka fortuné, le Seigneur tout-puissant, manifestant une étincelle divine d’une portion de Sa portion plénière, apparut dans le sein de Satyavatī comme fils de Parāśara et, sous le nom de Kṛṣṇa Dvaipāyana Vyāsa, divisa l’unique Veda en quatre.

Verse 50

ऋगथर्वयजु:साम्नां राशीरुद्‍धृत्य वर्गश: । चतस्र: संहिताश्चक्रे मन्त्रैर्मणिगणा इव ॥ ५० ॥

Śrīla Vyāsadeva retira les amas de mantras des Vedas Ṛg, Atharva, Yajur et Sāma et les classa par sections; tel qu’on trie un mélange de joyaux en tas séparés, il composa ainsi quatre saṁhitās distinctes.

Verse 51

तासां स चतुर: शिष्यानुपाहूय महामति: । एकैकां संहितां ब्रह्मन्नेकैकस्मै ददौ विभु: ॥ ५१ ॥

Ô brāhmaṇa, le puissant et très sage Vyāsadeva convoqua quatre de ses disciples et remit à chacun l’une de ces quatre saṁhitās.

Verse 52

पैलाय संहितामाद्यां बह्‌वृचाख्यां उवाच ह । वैशम्पायनसंज्ञाय निगदाख्यं यजुर्गणम् ॥ ५२ ॥ साम्नां जैमिनये प्राह तथा छन्दोगसंहिताम् । अथर्वाङ्गिरसीं नाम स्वशिष्याय सुमन्तवे ॥ ५३ ॥

Vyāsadeva enseigna la première saṁhitā, le Ṛg Veda, à Paila et lui donna le nom de Bahvṛca. Au sage Vaiśampāyana, il remit la collection de mantras du Yajur appelée Nigada. Il enseigna à Jaimini les mantras du Sāma Veda, connus comme la Chandoga-saṁhitā, et transmit à son cher disciple Sumantu l’Atharva Veda, nommé Atharvāṅgirasa.

Verse 53

पैलाय संहितामाद्यां बह्‌वृचाख्यां उवाच ह । वैशम्पायनसंज्ञाय निगदाख्यं यजुर्गणम् ॥ ५२ ॥ साम्नां जैमिनये प्राह तथा छन्दोगसंहिताम् । अथर्वाङ्गिरसीं नाम स्वशिष्याय सुमन्तवे ॥ ५३ ॥

Vyāsadeva enseigna la première saṁhitā, le Ṛg Veda, à Paila et lui donna le nom de Bahvṛca. Au sage Vaiśampāyana, il remit la collection de mantras du Yajur appelée Nigada. Il enseigna à Jaimini les mantras du Sāma Veda, connus comme la Chandoga-saṁhitā, et transmit à son cher disciple Sumantu l’Atharva Veda, nommé Atharvāṅgirasa.

Verse 54

पैल: स्वसंहितामूचे इन्द्रप्रमितये मुनि: । बाष्कलाय च सोऽप्याह शिष्येभ्य: संहितां स्वकाम् ॥ ५४ ॥ चतुर्धा व्यस्य बोध्याय याज्ञवल्क्‍‍याय भार्गव । पराशरायाग्निमित्र इन्द्रप्रमितिरात्मवान् ॥ ५५ ॥ अध्यापयत् संहितां स्वां माण्डूकेयमृषिं कविम् । तस्य शिष्यो देवमित्र: सौभर्यादिभ्य ऊचिवान् ॥ ५६ ॥

Le sage Paila divisa sa saṁhitā en deux et la transmit à Indrapramiti et à Bāṣkala.

Verse 55

पैल: स्वसंहितामूचे इन्द्रप्रमितये मुनि: । बाष्कलाय च सोऽप्याह शिष्येभ्य: संहितां स्वकाम् ॥ ५४ ॥ चतुर्धा व्यस्य बोध्याय याज्ञवल्क्‍‍याय भार्गव । पराशरायाग्निमित्र इन्द्रप्रमितिरात्मवान् ॥ ५५ ॥ अध्यापयत् संहितां स्वां माण्डूकेयमृषिं कविम् । तस्य शिष्यो देवमित्र: सौभर्यादिभ्य ऊचिवान् ॥ ५६ ॥

Bāṣkala divisa son recueil en quatre et l’enseigna à Bodhya, Yājñavalkya, Parāśara et Agnimitra.

Verse 56

पैल: स्वसंहितामूचे इन्द्रप्रमितये मुनि: । बाष्कलाय च सोऽप्याह शिष्येभ्य: संहितां स्वकाम् ॥ ५४ ॥ चतुर्धा व्यस्य बोध्याय याज्ञवल्क्‍‍याय भार्गव । पराशरायाग्निमित्र इन्द्रप्रमितिरात्मवान् ॥ ५५ ॥ अध्यापयत् संहितां स्वां माण्डूकेयमृषिं कविम् । तस्य शिष्यो देवमित्र: सौभर्यादिभ्य ऊचिवान् ॥ ५६ ॥

Indrapramiti, maître de lui-même, enseigna sa saṁhitā au rishi-poète Māṇḍūkeya; son disciple Devamitra la transmit ensuite à Saubhari et aux autres.

Verse 57

शाकल्यस्तत्सुत: स्वां तु पञ्चधा व्यस्य संहिताम् । वात्स्यमुद्गलशालीयगोखल्यशिशिरेष्वधात् ॥ ५७ ॥

Śākalya, fils de Māṇḍūkeya, divisa sa saṁhitā en cinq et confia chaque part à Vātsya, Mudgala, Śālīya, Gokhalya et Śiśira.

Verse 58

जातूकर्ण्यश्च तच्छिष्य: सनिरुक्तां स्वसंहिताम् । बलाकपैलजाबालविरजेभ्यो ददौ मुनि: ॥ ५८ ॥

Jātūkarṇya, disciple de Śākalya, divisa la saṁhitā reçue en trois, y ajouta une quatrième section de nirukta, puis l’enseigna à Balāka, au second Paila, à Jābāla et à Viraja.

Verse 59

बाष्कलि: प्रतिशाखाभ्यो वालखिल्याख्यसंहिताम् । चक्रे वालायनिर्भज्य: काशारश्चैव तां दधु: ॥ ५९ ॥

Bāṣkali rassembla, à partir de toutes les branches du Ṛg Veda, la « Vālakhilya-saṁhitā ». Cette compilation sacrée fut reçue et conservée dans la lignée par Vālāyani, Bhajya et Kāśāra.

Verse 60

बह्‌वृचा: संहिता ह्येता एभिर्ब्रह्मर्षिभिर्धृता: । श्रुत्वैतच्छन्दसां व्यासं सर्वपापै: प्रमुच्यते ॥ ६० ॥

Ainsi, ces diverses saṁhitās du Ṛg Veda furent maintenues dans la succession discipulaire par ces brāhmaṇas saints, tels des brahmarṣis. Rien qu’en entendant le récit de cette répartition des hymnes védiques, on est délivré de tous les péchés.

Verse 61

वैशम्पायनशिष्या वै चरकाध्वर्यवोऽभवन् । यच्चेरुर्ब्रह्महत्यांह: क्षपणं स्वगुरोर्व्रतम् ॥ ६१ ॥

Les disciples de Vaiśampāyana devinrent des autorités connues comme Caraka-adhvaryus. On les appela « Carakas » parce qu’ils observèrent des vœux rigoureux afin d’effacer le péché de brahma-hatyā —le meurtre d’un brāhmaṇa— de leur maître.

Verse 62

याज्ञवल्‍क्यश्च तच्छिष्य आहाहो भगवन् कियत् । चरितेनाल्पसाराणां चरिष्येऽहं सुदुश्चरम् ॥ ६२ ॥

Un jour, Yājñavalkya, son disciple, dit : «Ô Bhagavān, maître vénérable ! Quel fruit peut-on tirer des efforts chétifs de ces disciples faibles ? Moi-même, j’accomplirai une austérité remarquable et très difficile.»

Verse 63

इत्युक्तो गुरुरप्याह कुपितो याह्यलं त्वया । विप्रावमन्त्रा शिष्येण मदधीतं त्यजाश्विति ॥ ६३ ॥

À ces paroles, le maître spirituel Vaiśampāyana se mit en colère et dit : «Va-t’en d’ici ! J’en ai assez de toi. Ô disciple qui insultes les brāhmaṇas, rends-moi sur-le-champ tout ce que je t’ai enseigné.»

Verse 64

देवरातसुत: सोऽपि छर्दित्वा यजुषां गणम् । ततो गतोऽथ मुनयो दद‍ृशुस्तान् यजुर्गणान् ॥ ६४ ॥ यजूंषि तित्तिरा भूत्वा तल्ल‍ोलुपतयाददु: । तैत्तिरीया इति यजु:शाखा आसन् सुपेशला: ॥ ६५ ॥

Yājñavalkya, fils de Devarāta, rejeta alors l’ensemble des mantras du Yajur Veda et s’en alla. Les disciples, les contemplant avec avidité, prirent la forme de perdrix (tittirāḥ) et les ramassèrent tous; ainsi cette belle branche du Yajur fut appelée Taittirīya-saṁhitā.

Verse 65

देवरातसुत: सोऽपि छर्दित्वा यजुषां गणम् । ततो गतोऽथ मुनयो दद‍ृशुस्तान् यजुर्गणान् ॥ ६४ ॥ यजूंषि तित्तिरा भूत्वा तल्ल‍ोलुपतयाददु: । तैत्तिरीया इति यजु:शाखा आसन् सुपेशला: ॥ ६५ ॥

Par avidité, les disciples devinrent des perdrix et recueillirent les mantras du Yajur; ainsi cette branche très belle fut appelée «Taittirīya».

Verse 66

याज्ञवल्‍क्यस्ततो ब्रह्मंश्छन्दांस्यधिगवेषयन् । गुरोरविद्यमानानि सूपतस्थेऽर्कमीश्वरम् ॥ ६६ ॥

Ô brāhmaṇa Śaunaka, Yājñavalkya désira alors découvrir de nouveaux mantras du Yajur, inconnus même de son maître spirituel. Dans cette intention, il rendit un culte attentif au puissant Seigneur sous la forme du Soleil.

Verse 67

श्रीयाज्ञवल्‍क्य उवाच ॐ नमो भगवते आदित्यायाखिलजगतामात्मस्वरूपेण कालस्वरूपेण चतुर्विधभूतनिकायानां ब्रह्मादिस्तम्बपर्यन्तानामन्तर्हृदयेषु बहिरपि चाकाश इवोपाधिनाव्यवधीयमानो भवानेक एव क्षणलवनिमेषावयवोपचितसंवत्सरगणेनापामादान विसर्गाभ्यामिमां लोकयात्रामनुवहति ॥ ६७ ॥

Śrī Yājñavalkya dit : Om, j’offre mes hommages à Bhagavān Āditya, le Seigneur Suprême manifesté comme le soleil. Tu es l’Unique, à la fois l’Âme de l’univers et la forme du Temps; de Brahmā jusqu’au brin d’herbe, Tu demeures dans les cœurs et aussi au-dehors, tel le ciel, sans jamais être voilé par des désignations illusoires. Par le cours des années, tissé de minuscules instants nommés kṣaṇa, lava et nimeṣa, Toi seul assèches les eaux et les rends en pluie, portant la marche du monde.

Verse 68

यदु ह वाव विबुधर्षभ सवितरदस्तपत्यनुसवनमहर अहराम्नायविधिनोपतिष्ठमानानामखिलदुरितवृजिन बीजावभर्जन भगवत: समभिधीमहि तपन मण्डलम् ॥ ६८ ॥

Ô Savitā, taureau parmi les dieux, ô Tapana flamboyant : pour ceux qui Te prient trois fois par jour selon la méthode védique transmise, Tu brûles toutes les fautes, toutes les souffrances et même la semence du désir. C’est pourquoi nous méditons avec soin sur Ton globe de feu.

Verse 69

य इह वाव स्थिरचरनिकराणां निजनिकेतनानां मनइन्द्रियासु गणाननात्मन: स्वयमात्मान्तर्यामी प्रचोदयति ॥ ६९ ॥

Tu es toi-même présent comme le Seigneur intérieur dans le cœur de tous les êtres mobiles et immobiles, entièrement réfugiés en Toi. C’est Toi qui mets en mouvement leur mental, leurs sens et leurs souffles vitaux.

Verse 70

य एवेमं लोकमतिकरालवदनान्धकारसंज्ञाजगरग्रह गिलितं मृतकमिव विचेतनमवलोक्यानुकम्पया परमकारुणिक ईक्षयैवोत्थाप्याहरहरनुसवनं श्रेयसि स्वधर्माख्यात्मावस्थाने प्रवर्तयति ॥ ७० ॥

Le monde a été saisi et englouti par le python des ténèbres, à la gueule terrifiante, et il est devenu inconscient comme un mort. Mais Toi, le plus compatissant, posant un regard de miséricorde sur les êtres endormis, Tu les relèves par le don de la vision; ainsi, aux trois jonctions sacrées de chaque jour, Tu engages les pieux sur la voie du bien suprême, les incitant à accomplir leur dharma afin de demeurer dans leur position spirituelle.

Verse 71

अवनिपतिरिवासाधूनां भयमुदीरयन्नटति परित आशापालैस्तत्र तत्र कमलकोशाञ्जलिभिरुपहृतार्हण: ॥ ७१ ॥

Tel un roi terrestre, Tu parcours partout, inspirant la crainte aux impies, tandis que les divinités des directions Te présentent, dans leurs paumes jointes, des lotus et d’autres offrandes respectueuses.

Verse 72

अथ ह भगवंस्तव चरणनलिनयुगलं त्रिभुवनगुरुभिरभिवन्दितमहमयातयामयजुष्काम उपसरामीति ॥ ७२ ॥

C’est pourquoi, ô Seigneur, je m’approche en prière de Tes pieds de lotus, honorés par les maîtres spirituels des trois mondes, car j’espère recevoir de Toi des mantras du Yajur Veda inconnus des autres; accorde-les-moi par grâce.

Verse 73

सूत उवाच एवं स्तुत: स भगवान् वाजिरूपधरो रवि: । यजूंष्ययातयामानि मुनयेऽदात् प्रसादित: ॥ ७३ ॥

Sūta Gosvāmī dit : Satisfait par une telle glorification, le puissant dieu Soleil prit la forme d’un cheval et remit au sage Yājñavalkya des mantras du Yajur Veda auparavant inconnus dans la société humaine.

Verse 74

यजुर्भिरकरोच्छाखा दशपञ्च शतैर्विभु: । जगृहुर्वाजसन्यस्ता: काण्वमाध्यन्दिनादय: ॥ ७४ ॥

Parmi les innombrables centaines de mantras du Yajur-Véda, le sage tout-puissant composa quinze nouvelles branches. Nées des poils de la crinière du cheval, elles furent connues sous le nom de Vājasaneyī-saṁhitā, et furent reçues en succession disciplique par les lignées de Kāṇva, Mādhyandina et d’autres ṛṣi.

Verse 75

जैमिने: सामगस्यासीत् सुमन्तुस्तनयो मुनि: । सुत्वांस्तु तत्सुतस्ताभ्यामेकैकां प्राह संहिताम् ॥ ७५ ॥

Jaimini Ṛṣi, autorité du Sāma-Véda, eut un fils nommé Sumantu, et le fils de Sumantu s’appelait Sutvān. Le sage Jaimini transmit à chacun une portion différente de la Sāma-veda-saṁhitā.

Verse 76

सुकर्मा चापि तच्छिष्य: सामवेदतरोर्महान् । सहस्रसंहिताभेदं चक्रे साम्नां ततो द्विज ॥ ७६ ॥ हिरण्यनाभ: कौशल्य: पौष्यञ्जिश्च सुकर्मण: । शिष्यौ जगृहतुश्चान्य आवन्त्यो ब्रह्मवित्तम: ॥ ७७ ॥

Sukarmā, un autre disciple de Jaimini, était un grand érudit. Ô brāhmaṇa, il divisa le puissant arbre du Sāma-Véda en mille saṁhitā. Puis trois disciples de Sukarmā—Hiraṇyanābha, fils de Kuśala, Pauṣyañji, et Āvantya, très avancé dans la réalisation du Brahman—prirent en charge les mantras sāma.

Verse 77

सुकर्मा चापि तच्छिष्य: सामवेदतरोर्महान् । सहस्रसंहिताभेदं चक्रे साम्नां ततो द्विज ॥ ७६ ॥ हिरण्यनाभ: कौशल्य: पौष्यञ्जिश्च सुकर्मण: । शिष्यौ जगृहतुश्चान्य आवन्त्यो ब्रह्मवित्तम: ॥ ७७ ॥

Sukarmā, un autre disciple de Jaimini, était un grand érudit. Ô brāhmaṇa, il divisa le puissant arbre du Sāma-Véda en mille saṁhitā. Puis trois disciples de Sukarmā—Hiraṇyanābha, fils de Kuśala, Pauṣyañji, et Āvantya, très avancé dans la réalisation du Brahman—prirent en charge les mantras sāma.

Verse 78

उदीच्या: सामगा: शिष्या आसन् पञ्चशतानि वै । पौष्यञ्ज्यावन्त्ययोश्चापि तांश्च प्राच्यान् प्रचक्षते ॥ ७८ ॥

Les cinq cents disciples de Pauṣyañji et d’Āvantya furent connus comme les chanteurs du Sāma-Véda du Nord, et plus tard certains d’entre eux furent aussi appelés chanteurs de l’Est.

Verse 79

लौगाक्षिर्माङ्गलि: कुल्य: कुशीद: कुक्षिरेव च । पौष्यञ्जिशिष्या जगृहु: संहितास्ते शतं शतम् ॥ ७९ ॥

Cinq autres disciples de Pauṣyañji—Laugākṣi, Māṅgali, Kulya, Kuśīda et Kukṣi—reçurent chacun cent saṁhitās.

Verse 80

कृतो हिरण्यनाभस्य चतुर्विंशतिसंहिता: । शिष्य ऊचे स्वशिष्येभ्य: शेषा आवन्त्य आत्मवान् ॥ ८० ॥

Kṛta, disciple de Hiraṇyanābha, enseigna vingt-quatre saṁhitās à ses propres disciples, et les recueils restants furent transmis par le sage réalisé Āvantya.

Frequently Asked Questions

Parīkṣit’s request formalizes nirodha in a bhakti-centered way: rather than mere yogic shutdown, he offers vāk and indriyas into Adhokṣaja (the Lord beyond material perception). In Bhāgavata theology, this indicates that the culmination of hearing (śravaṇa) is internal surrender—mind and senses reposed in the Lord—producing fearlessness (abhaya) even before death arrives.

Bṛhaspati stops the sacrifice by teaching karma-siddhānta: happiness, distress, life, death, and next destination arise from one’s own past and present actions, not from an external scapegoat. Therefore vengeance against snakes becomes adharmic harm to innocents and ignores the deeper causal chain of karma overseen by the Lord’s order.

The chapter presents oṁkāra as śabda-brahman’s primordial articulation—triune (A-U-M) and representative of the Absolute in personal, localized (Paramātmā), and impersonal aspects. From this subtle vibration Brahmā expands phonemes and reveals the four Vedas, establishing that Vedic authority is rooted in transcendental sound rather than human authorship.

Though outwardly violent, Parīkṣit’s end is framed as siddhi: he is already fixed in self-realization, free of doubt and attachment, and absorbed in the Absolute Truth. The bite becomes the final external trigger, while the inner cause is perfected remembrance of Hari—demonstrating that death cannot terrify one established in āśraya.