
Le chapitre 218 se présente comme un manuel technique et éthique de l’accomplissement du śrāddha, formulé sous la forme de l’enseignement de Bhartṛyajña à un roi. Il réaffirme d’abord les règles générales, puis promet une exposition plus précise selon la branche traditionnelle de chacun et selon la convenance au pays, à la varṇa et à la jāti (svadeśa–varṇa–jāti). Il définit la śraddhā, la foi sincère, comme le fondement du śrāddha, déclarant qu’une exécution sans cœur rend le rite vain. Le discours explique ensuite que même les effets secondaires du rite—l’eau ayant touché les pieds d’un brāhmaṇa, la nourriture tombée, les parfums, les résidus d’eau de rinçage et les brins de darbha dispersés—sont conçus comme une nourriture attribuée à diverses catégories d’êtres défunts, y compris ceux en état amoindri (condition de preta) ou renaissant en formes non humaines. Une insistance majeure porte sur la dakṣiṇā : des offrandes sans dakṣiṇā sont comparées à une pluie stérile ou à une action accomplie dans l’obscurité, montrant que le don et la rétribution font partie de l’achèvement rituel. Le chapitre énumère aussi des interdits après avoir donné ou consommé le śrāddha : s’abstenir de svādhyāya, éviter de se rendre dans un autre village et observer la retenue sexuelle ; les manquements sont dits rendre les fruits inefficaces ou détourner le bénéfice destiné aux ancêtres. Il met encore en garde contre l’acceptation indue d’invitations et contre les festins complaisants du célébrant. Les vers conclusifs résument que le yajamāna et les participants doivent éviter avec soin ces fautes afin de préserver l’efficacité du rite.
Verse 1
भर्तृयज्ञ उवाच । एतत्सामान्यतः प्रोक्तं मया श्राद्धं यथा नरैः । कर्त्तव्यं विप्रपूर्वैर्यद्वर्णैः पार्थिवसत्तम
Bhartṛyajña dit : « Ô meilleur des rois, j’ai exposé de façon générale comment le śrāddha doit être accompli par les hommes des divers varṇa, en commençant par les brāhmaṇas. »
Verse 2
अतः परं प्रवक्ष्यामि स्वशाखायाः स्मृतं नृप । स्वदेशवर्णजातीयं यथा स्यादत्र निर्वृतिः
À présent, ô roi, je vais exposer ce dont on se souvient dans sa propre branche védique (śākhā), ainsi que les usages conformes à la région, au varṇa et à la communauté, afin qu’ici règnent juste satisfaction et rectitude.
Verse 3
श्राद्धे श्रद्धा यतो मूलं तेन श्राद्धं प्रकीर्तितम् । तत्तस्मिन्क्रियमाणे तु न किंचिद्व्यर्थतां व्रजेत्
Parce que la foi (śraddhā) est la racine du rite de śrāddha, on l’appelle donc « śrāddha ». Lorsqu’il est accompli dans cet esprit, rien en lui ne devient inutile.
Verse 4
अनिष्टमपि राजेन्द्र तस्माच्छ्राद्धं समा चरेत् । विप्रपादोदकं यत्तु भूमौ पतति पार्थिव
Ainsi, ô seigneur des rois, il convient d’accomplir le śrāddha selon le rite, même lorsque les circonstances paraissent défavorables. Car, ô roi, l’eau qui a lavé les pieds d’un brāhmaṇa, lorsqu’elle tombe sur la terre, confère un bienfait sacré.
Verse 6
जाता ये गोत्रजाः केचिदपुत्रा मरणं गताः । ते यांति परमां तृप्तिममृतेन यथा सुराः । विप्रपादोदकक्लिन्ना यावत्तिष्ठति मेदिनी । तावत्पुष्करपात्रेषु पिबन्ति पितरो जलम्
Ceux qui naquirent dans la même lignée mais moururent sans enfants—certains parents de la sorte—atteignent la suprême satiété, comme les dieux rassasiés par l’amṛta. Tant que la terre demeure, les ancêtres boivent l’eau dans des vases de lotus, imprégnés par l’eau qui a lavé les pieds d’un brāhmaṇa.
Verse 7
श्राद्धेऽथ क्रियमाणे तु यत्किंचित्पतति क्षितौ । पुष्पगन्धोदकं चान्नमपि तोयं नरेश्वर
Ô seigneur des hommes, lorsque le śrāddha est accompli, tout ce qui vient à tomber sur le sol—fleurs, eau parfumée, nourriture, ou même eau pure—devient, à sa manière, une offrande.
Verse 8
तेन तृप्तिं परां यांति ये कृमित्वमुपागताः । कीटत्वं वापि तिर्यक्त्वं व्यालत्वं च नराधिप
Par cette offrande tombée, ô roi, ceux qui sont devenus des vers—voire des insectes, des bêtes ou même des serpents—parviennent à la suprême satiété.
Verse 9
यदुच्छिष्टं क्षितौ याति पात्रप्रक्षालनोद्भवम् । तेन तृप्तिं परां यांति ये प्रेतत्वमुपागताः
Tout reste qui parvient au sol, né du lavage des récipients, par cela même ceux qui sont devenus des pretas atteignent la suprême satiété.
Verse 10
ये चापमृत्युना केचिन्मृत्युं प्राप्ताः स्ववंशजाः । असंस्कृतप्रमीतानां त्यागिनां कुलयोषिताम्
Et ceux de sa propre lignée qui ont rencontré une mort prématurée—ceux qui sont morts sans les rites requis, ceux qui furent abandonnés, ainsi que les femmes de la famille ainsi éprouvées—sont eux aussi compris parmi ceux qui doivent recevoir le bienfait.
Verse 11
उच्छिष्टभागधेयं स्याद्दर्भेषु विकिरश्च यः । विकिरेण प्रदत्तेन ते तृप्तिं यांति चाखिलाः
La dispersion des restes sur l’herbe darbha devient la part qui leur est dévolue; et par cette offrande dispersée, tous parviennent à la satiété.
Verse 12
यत्किंचिन्मंत्रहीनं वा कालहीनमथापि वा । विधिहीनं च संपूर्णं दक्षिणायां तु तद्भवेत्
Tout ce qui, dans le śrāddha, manquerait de mantras, de moment propice, ou même de règle rituelle—se trouve, en vérité, rendu complet par la dakṣiṇā (don d’honneur).
Verse 13
तस्मान्न दक्षिणाहीनं श्राद्धं कार्यं विपश्चिता । य इच्छेच्छाश्वतीं तृप्तिं पितॄणामात्मनश्च यः
C’est pourquoi le sage ne doit pas accomplir un śrāddha dépourvu de dakṣiṇā—s’il souhaite une satisfaction éternelle pour les Pitṛs et pour lui-même aussi.
Verse 14
दक्षिणारहितं श्राद्धं यथैवोषरवर्षितम् । यथा तमसि नृत्यं च गीतं वा बधिरस्य च
Un śrāddha sans dakṣiṇā est comme une pluie versée sur une terre stérile; comme une danse dans les ténèbres; ou comme un chant offert à un sourd.
Verse 15
श्राद्धं दत्त्वा च युक्त्वा च श्राद्धे निष्कामतां व्रजेत् । न स्वाध्यायः प्रकर्तव्यो न ग्रामांतरकं व्रजेत्
Après avoir offert le śrāddha et l’avoir dûment achevé, qu’on demeure sans désir à l’égard du śrāddha. Ce jour-là, qu’on n’entreprenne pas le svādhyāya (récitation védique), et qu’on ne se rende pas dans un autre village.
Verse 16
श्राद्धभुग्रमणीतल्पं तदहर्योऽधिगच्छति । तं मासं पितरस्तस्य जायंते वीर्यभोजिनः
Celui qui prend la nourriture du śrāddha et, ce même jour, va au lit d’une femme devient blâmable ; durant ce mois, on dit que ses Pitṛs subsistent de son vīrya, sa vigueur vitale.
Verse 17
श्राद्धभुक्छ्राद्धदाता च यः सेवयति मैथुनम् । तस्य संवत्सरं यावत्पितरः शुक्रभोजिनः । प्रभवंति न संदेह इत्येषा वैदिकी श्रुतिः
Si celui qui mange le repas du Śrāddha ou celui qui l’offre s’adonne au maithuna (union sexuelle), alors, durant une année entière, ses Pitṛs ne subsistent que de śukra, le sperme. Nul doute : telle est la śruti védique.
Verse 18
श्राद्धे भुक्त्वाथ दत्त्वा वा यः श्राद्धं कुरुतेल्पधीः । स्वाध्यायं पितरस्तस्य यावत्संवत्सरं नृप । व्यर्थश्राद्धफलाः संतः पीड्यंते क्षुत्पिपासया
Ô Roi, si un homme à l’esprit obtus, après avoir mangé lors d’un śrāddha ou après l’avoir offert, le refait de manière impropre comme une chose ordinaire, alors, durant une année entière, ses Pitṛs demeurent privés du fruit de ce śrāddha et sont tourmentés par la faim et la soif.
Verse 19
श्राद्धे भुक्त्वाऽथ दत्त्वा वा यः श्राद्धं मानवाधमः । ग्रामातरं प्रयात्यत्र तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्
Si, après avoir mangé lors d’un śrāddha ou après avoir offert le śrāddha, un homme vil s’en va de là vers un autre village, ce śrāddha devient sans effet, privé de fruit.
Verse 20
ब्राह्मणेन न भोक्तव्यं समायाते निमंत्रणे । अथ भुंक्ते च यो मोहात्स प्रयाति ह्यधोगतिम्
Un brāhmaṇa ne doit pas manger au moment même où l’invitation vient d’arriver. S’il mange pourtant, par égarement, il tombe assurément dans un état inférieur.
Verse 21
यजमानेन च तथा न कार्यं भोजनं परम् । कुर्वंति ये नराः सर्वे ते यांति नरकं ध्रुवम्
De même, le yajamāna (l’officiant du Śrāddha) ne doit pas prendre un autre repas ensuite. Tous ceux qui agissent ainsi vont assurément en enfer.
Verse 22
श्राद्धे भुक्त्वाऽथ दत्त्वा वा श्राद्धं यो युद्धमाचरेत् । असंदिग्धं हि तच्छ्राद्धं स मन्दो व्यर्थतं नयेत्
Si, après avoir mangé lors d’un Śrāddha ou après l’avoir offert, quelqu’un se livre au combat, alors—sans aucun doute—ce Śrāddha est rendu vain par cette folie.
Verse 23
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन दोषानेतान्परित्यजेत् । श्राद्धभुग्यजमानश्च विशेषेण महीपते
C’est pourquoi, ô seigneur de la terre, il faut, avec tous les efforts, abandonner ces fautes—tout particulièrement celui qui mange au Śrāddha et le yajamāna (l’officiant).
Verse 218
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे श्राद्धनियमवर्णनंनामाष्टादशोत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—la compilation de quatre-vingt-un mille vers—dans le sixième livre, le Nāgara Khaṇḍa, dans la Māhātmya du saint domaine de Hāṭakeśvara, dans la section sur la procédure rituelle du Śrāddha, le chapitre intitulé «Description des règles du Śrāddha», à savoir le Chapitre 218.