
Sūta raconte l’origine d’un sanctuaire où un liṅga est établi, en lien avec Yājñavalkya et avec l’intention de purifier la mère. Pippalāda, acteur principal, rassemble des brāhmaṇa savants (versés dans l’étude du śruti et les devoirs du yajña) et explique que sa mère, nommée Kaṃsārī, est décédée ; il a consacré le liṅga en sa mémoire et recherche, par leur avis, une reconnaissance publique faisant autorité. Govardhana reçoit l’instruction de guider la communauté Nāgara vers un culte régulier, avec une affirmation sociale et théologique explicite : une pūjā constante assure la prospérité de la lignée, tandis que la négligence mène au déclin. Les brāhmaṇa fixent alors officiellement le nom de la divinité : « Kaṃsārīśvara ». Le chapitre détaille ensuite les bienfaits de la récitation ou de l’écoute, ainsi que des pratiques de bhakti devant le Seigneur : bain aux 8e et 14e jours lunaires, japa de Nīlarudra et de mantras de Rudra associés, et récitation de l’Atharvaveda en présence de la divinité. Les fruits promis comprennent l’atténuation de fautes graves, la protection au cœur des crises politiques et des désastres naturels, la défaite des ennemis, des pluies en temps voulu, le soulagement des afflictions et l’avènement d’un pouvoir juste, fondés sur l’assurance de Pippalāda et la sainteté du lieu.
Verse 1
सूत उवाच । दृष्ट्वा प्रतिष्ठितं लिंगं याज्ञवल्क्येन धीमता । स्वमातुः शुद्धिहेतोः स तन्नाम्ना लिंगमुत्तमम्
Sūta dit : Voyant le liṅga établi par le sage Yājñavalkya pour la purification de sa mère, il reconnut et proclama ce liṅga excellent sous ce même nom.
Verse 3
स्थापयामास विप्रेंद्राः श्रद्धया परया युतः । ततश्चानीय विप्रेंद्रं मध्यगं नागरोद्भवम् । गर्तातीर्थसमुद्भूतमाहिताग्निं प्रयाजिनम् । यथैतन्नगरस्थानं तथा त्वमपि दीक्षितः
Ô le meilleur des brāhmaṇa, animé d’une foi suprême, il l’établit. Puis, faisant venir un brāhmaṇa éminent—au centre des Nāgara, issu du saint Gartā-tīrtha, gardien des feux consacrés (āhitāgni) et accomplisseur de sacrifices—il fut déclaré : «De même que ce lieu est un siège de cité, de même toi aussi tu as reçu la dīkṣā selon le rite, pour présider ici».
Verse 4
अष्टषष्टिषु गोत्राणां नायकत्वे व्यवस्थितः । तव वाक्येन सर्वाणि गोत्राणि द्विजसत्तम
Tu es établi comme chef des soixante-huit gotra ; par ta parole, ô le meilleur des deux-fois-nés, tous les lignages seront guidés.
Verse 5
वर्तयिष्यंति कृत्येषु यावच्चन्द्रार्कतारकाः । गोवर्धन त्वया चिंता कार्या चास्य समुद्भवा
Ils poursuivront leurs devoirs prescrits tant que dureront la lune, le soleil et les étoiles. Et toi, Govardhana, veille aussi à réfléchir et à maintenir cette institution à mesure qu’elle naît et grandit.
Verse 6
लिंगस्य पूजनार्थाय प्रेरणीयाश्च नागराः । पूजया तस्य लिंगस्य वृद्धिं यास्यति तेऽन्वयः
Et les Nāgaras doivent être exhortés à vénérer le liṅga. Par le culte rendu à ce liṅga, ta lignée connaîtra accroissement et prospérité.
Verse 7
अपूजया विनाशं च यास्यत्यत्र न संशयः । तव वंशोद्भवा ये च पूजयित्वा प्रभक्तितः
Par la négligence du culte, on va ici à la ruine, sans aucun doute. Mais ceux qui naîtront de ta lignée et adoreront (ce Liṅga) avec une dévotion profonde obtiendront des fruits de bon augure.
Verse 8
एतल्लिंगं करिष्यंति कृत्यानि विविधानिच । तानि सिद्धिं प्रयास्यंति प्रसादादस्य दीक्षित
Les initiés (dīkṣitas) accompliront divers rites sacrés en relation avec ce Liṅga ; par sa grâce, ces rites atteindront leur accomplissement et leur réussite.
Verse 9
गोवर्धन उवाच । अहमर्चां करिष्यामि लिंगस्यास्य सदा द्विज । भक्तिं च प्रकरिष्यामि हेतोरस्य हेतोरस्य कृते द्विज । पूजार्थं चैव ये चान्ये मम वंशसमुद्रवाः
Govardhana dit : «Ô brāhmane, j’accomplirai toujours le culte de ce Liṅga. Et je cultiverai la bhakti pour cette raison même, ô brāhmane. Et pour la pūjā, d’autres encore issus de ma lignée se présenteront aussi.»
Verse 10
पिप्पलाद उवाच । गोवर्धन द्रुतं विप्रांस्तत्र चानय नागरान् । तेषां मतेन देवस्य नाममात्रं करोम्यहम्
Pippalāda dit : «Ô Govardhana, amène vite en ce lieu des brāhmanes savants, et fais venir aussi les gens de la cité. Selon leur avis, j’établirai le saint Nom de la Divinité.»
Verse 11
ततश्चानाययामास विप्रांश्चैव विचक्षणान् । श्रुताध्ययनसंपन्नान्यज्ञकर्मपरायणान्
Alors il fit venir des brāhmanes instruits et clairvoyants, accomplis dans l’écoute et l’étude des Écritures, et voués aux devoirs du sacrifice et des rites.
Verse 12
तानब्रवीत्प्रणम्योच्चैः पिप्पलादो महामुनिः । मम माता मृता पूर्वं कंसारीति च नामतः
Après s’être prosterné, le grand sage Pippalāda leur adressa ces paroles à haute voix : «Ma mère est morte autrefois ; son nom était Kaṃsārī.»
Verse 13
तस्या उद्देशतो लिंगं मयैतत्संप्रतिष्ठितम् । युष्मद्वाक्यात्प्रसिद्धिं च प्रयातु द्विजसत्तमाः
«En la prenant pour intention et offrande, j’ai consacré ce Liṅga. Ô meilleurs des deux-fois-nés, qu’il parvienne à la renommée par votre parole faisant autorité.»
Verse 14
अष्टम्यां च चतुर्दश्यां यश्चैतत्स्नापयिष्यति । याज्ञवल्क्येश्वरोत्थं च स वै श्रेयो ह्यवाप्स्यति
Quiconque, au huitième et au quatorzième jour lunaire, baigne et accomplit l’aspersion rituelle de ce Liṅga—et honore aussi ce qui est lié à Yājñavalkyeśvara—obtient assurément le Bien suprême.
Verse 15
सूत उवाच । अथ तैर्ब्राह्मणैः सर्वैस्तस्य नाम प्रतिष्ठितम् । कंसारीश्वर इत्येवं गौरवात्तस्य सन्मु नेः
Sūta dit : Alors tous ces brāhmanes établirent le nom de la divinité comme « Kaṃsārīśvara », par vénération pour ce sage éminent.
Verse 16
एतद्वः सर्वमाख्यातं यत्पृष्ठोऽस्मि द्विजोत्तमाः । कंसारीश्वरसंज्ञस्तु यथा जातस्तु पापहा । स्थापितः पिप्पलादेन स्वयं चैव महात्मना
«Je vous ai exposé tout ce que vous m’avez demandé, ô meilleurs des brāhmanes : comment le Seigneur fut nommé Kaṃsārīśvara, le destructeur des péchés, et comment il fut établi par Pippalāda lui-même, ce grand d’âme.»
Verse 17
यश्चैतत्पुण्यमाख्यानं तस्य देवस्य संनिधौ । संपठेच्छृणुयाद्वापि सम्यक्छक्तिसमन्वितः
Quiconque, pourvu d’une foi juste et d’une force spirituelle adéquate, récite ce récit sacré et méritoire —ou même l’écoute— en la présence même de cette divinité, en reçoit pleinement le fruit saint.
Verse 18
मनसा चिंतितं पापं परदारकृतं च यत् । तस्य तन्नाशमायाति पिप्पलाद वचो यथा
Même le péché conçu dans l’esprit, et le péché de profaner l’union d’autrui, sont détruits pour lui — ainsi l’affirme la parole de Pippalāda.
Verse 19
यस्तस्य पुरतो भक्त्या नीलरुद्रा न्सदा जपेत् । प्राणरुद्रान्विशेषेण भवरुद्रसमन्वितान्
Quiconque, avec dévotion, répète sans cesse devant Lui les mantras des Nīla-Rudras —en particulier les Prāṇa-Rudras, avec le Bhava-Rudra— reçoit le bienfait promis.
Verse 20
ब्रह्महत्योद्भवं चैव अपि तस्य प्रणश्यति । परचक्रभये जाते ह्यना वृष्टिभये तथा
Même la souillure née du péché de tuer un brahmane est détruite pour lui. Et lorsque surgit la crainte d’une armée ennemie, ou la crainte de la sécheresse, cette pratique apporte le soulagement.
Verse 21
अथर्ववेदे साद्यंते पठिते तस्य चाग्रतः । शत्रुर्विलयमभ्येति वृष्टिः सञ्जायते द्रुतम्
Lorsque le rite protecteur de l’Atharvavéda est récité comme il se doit devant lui, l’ennemi se dissout, et la pluie naît promptement.
Verse 22
राजदौःस्थ्ये समुत्पन्ने राजा भवति धार्मिकः । सर्वरोगविनिर्मुक्तः प्रजापालनतत्परः
Quand survient la détresse royale, le roi devient conforme au Dharma : délivré de toute maladie et voué à la protection de ses sujets.
Verse 23
उपसर्गभये जाते तस्य दोषः प्रशाम्यति । शनैः शनैरसंदिग्धं पिप्पलादवचो यथा
Lorsque naît la crainte d’un fléau ou d’une épidémie, sa souillure s’apaise—peu à peu et sans doute—ainsi l’affirme Pippalāda.
Verse 24
किं वा ते बहुनोक्तेन यत्किंचिद्व्यसनं महत् । तत्तस्य व्यसनं किंचिदथर्वणः प्रकी र्तनात्
À quoi bon en dire davantage ? Quelque grande calamité qu’il y ait, elle devient pour lui une chose infime par la proclamation et la récitation de la puissance d’Atharvan.
Verse 25
अस्य देवस्य पुरतो याति नाशं च वै द्रुतम्
Devant cette divinité, en vérité, cela va à la ruine—promptement.
Verse 176
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये कंसारेश्वरोत्पत्तिमाहात्म्यवर्णनंनाम षट्सप्तत्युत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le cent soixante-seizième chapitre, intitulé «Description de la grandeur de l’origine de Kaṃsāreśvara», dans le Māhātmya du kṣetra de Hāṭakeśvara du sixième Nāgara Khaṇḍa, au sein du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā.