Adhyaya 138
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 138

Adhyaya 138

Les ṛṣi interrogent Sūta au sujet des austérités et des pratiques de contemplation accomplies par Dharmarāja (Yama) afin de neutraliser la malédiction du sage Māṇḍavya. Sūta raconte que Dharmarāja, tourmenté par cette parole, entreprit un tapas dans un champ sacré, y établit un sanctuaire semblable à un palais pour Kapardin (Śiva), et l’adora par des fleurs, de l’encens et des onguents. Mahādeva, satisfait, lui accorda une grâce. Dharmarāja explique que, bien qu’il ait observé son propre dharma, il fut maudit à naître d’un sein śūdra ; il redoute la souffrance et la ruine des proches (jñāti-nāśa). Śiva déclare que la parole d’un ṛṣi ne peut être renversée : Dharmarāja naîtra bien comme śūdra, mais n’aura pas de descendance ; et, même témoin de la perte des siens, il ne sera pas submergé par le chagrin, car les autres n’écouteront pas ses interdictions, ce qui atténuera le poids affectif. Le discours annonce ensuite une vie d’enseignement : durant cent ans, il demeurera tourné vers le dharma, prodiguant de nombreux conseils pour le bien des parents, même s’ils manquent de foi et sont moralement dévoyés. Au terme des cent ans, il quittera le corps par la « porte de Brahmā » (brahma-dvāra) et atteindra mokṣa. Le récit s’achève en identifiant l’accomplissement : Dharmarāja descendit comme Vidura, né, selon l’arrangement de Vyāsa (Pārāśarya), dans le sein d’une dāsī, rendant vraies les paroles de Māṇḍavya ; entendre cet épisode est dit détruire les péchés.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । किं कृतं धर्मराजेन तपोध्यानादिकं च यत् । मांडव्यशापनाशाय तदस्माकं प्रकीर्तय

Les sages dirent : «Quelles austérités, quelles méditations et quelles disciplines connexes Dharmarāja accomplit-il pour dissiper la malédiction de Māṇḍavya ? Raconte-le-nous, nous t’en prions».

Verse 2

सूत उवाच । मांडव्य शापमासाद्य धर्मराजः सुदुःखितः । तपस्तेपे द्विजश्रेष्ठास्तस्मिन्क्षेत्रे व्यवस्थितः

Sūta dit : «Ayant encouru la malédiction de Māṇḍavya, Dharmarāja fut accablé de douleur. Ô meilleurs des deux-fois-nés, il accomplit des austérités, demeurant établi en ce kṣetra sacré».

Verse 3

प्रासादं देवदेवस्य संविधाय कपर्दिनः । अव्यग्रं पूजयामास पुष्पधूपानुलेपनैः

Ayant préparé un sanctuaire-temple pour le Dieu des dieux—Kapardin (Śiva)—il L’adora l’esprit sans distraction, avec des fleurs, de l’encens et des onguents parfumés.

Verse 4

ततः कालेन महता तुष्टस्तस्य महेश्वरः । प्रोवाच वरदोऽस्मीति प्रार्थयस्व यदीप्सितम्

Puis, au bout d’un long temps, Maheśvara fut satisfait de lui et dit : «Je suis le dispensateur de grâces ; demande ce que tu désires».

Verse 5

धर्मराज उवाच । अहं देव पुरा शप्तो मांडव्येन महात्मना । स्वधर्मे वर्तमानोऽपि सर्वदोषविवर्जितः

Dharmarāja dit : «Ô Seigneur, jadis j’ai été maudit par le magnanime Māṇḍavya, bien que je demeurasse dans mon propre dharma, exempt de toute faute».

Verse 6

कुपितेन च तेनोक्तं शूद्रयोनौ भविष्यसि

Et, dans sa colère, il me dit : «Tu naîtras d’un sein śūdra».

Verse 7

तत्रापि च महद्दुःखं ज्ञातिनाशसमुद्रवम् । मच्छापजनितं सद्यो जातिजं समवाप्स्यसि

«Même là, tu connaîtras une grande souffrance née de la ruine de tes proches : une affliction inhérente à la naissance, suscitée aussitôt par ma malédiction».

Verse 8

तस्मात्त्राहि सुरश्रेष्ठ तस्या योनेः सकाशतः । कथं चैतद्विधो भूत्वा तस्यां जन्म करोम्यहम्

C’est pourquoi, ô le meilleur des dieux, protège-moi de ce sein. Comment, étant tel que je suis, pourrais-je naître en une telle condition ?

Verse 9

तत्रापि च महदुःखं ज्ञातिनाशसमुद्भवम् । एतदर्थे सुरश्रेष्ठ मया चाराधितो भवान्

Et même là, dans cette naissance, il y aura une grande souffrance née de la ruine des proches. C’est pour cette raison même, ô le meilleur des dieux, que je T’ai adoré.

Verse 10

श्रीभगवानुवाच । न तस्य सन्मुनेर्वाक्यं शक्यते कर्तुमन्यथा । तस्माच्छूद्रोऽपि भूत्वा त्वं न संतानमवाप्स्यसि

Le Seigneur Bienheureux dit : « La parole de ce saint muni ne peut être autrement. Ainsi, même devenu Śūdra, tu n’obtiendras pas de descendance. »

Verse 11

ज्ञातिक्षयं प्रदृष्ट्वापि नैव दुःखमवाप्स्यसि । यतो निषिध्यमानापि न करिष्यंति ते वचः

Même en voyant la destruction de tes proches, tu ne tomberas pas dans la peine ; car, bien qu’avertis, ils n’écouteront pas tes paroles.

Verse 12

एतस्मात्कारणाच्चित्ते न ते दुःखं भविष्यति । ज्ञातिजं धर्मराजैतत्सत्यमेव मयोदितम्

C’est pour cette raison même qu’aucun chagrin ne s’élèvera dans ton esprit. Ô Dharmarāja, ceci est la vérité que J’ai dite : ta peine est liée à tes proches.

Verse 13

स्थित्वा वर्षशतं प्राज्ञ त्वं शूद्रो धर्मवत्सलः । उपदेशान्बहून्दत्त्वा ज्ञातिभ्यो हितकाम्यया । अपि श्रद्धा विहीनेषु पापात्मसु सदैव हि

Ô sage, même si tu vis cent ans en tant que Śūdra, tu demeureras dévoué au dharma. Désireux du bien de tes proches, tu leur donneras de nombreux enseignements, bien qu’ils soient toujours pécheurs et dépourvus de foi.

Verse 14

ततो वर्षशते पूर्णे ब्रह्मद्वारेण केवलम् । आत्मानं सम्यगुत्सृज्य मोक्षमेव प्रयास्यसि

Puis, lorsque les cent ans seront accomplis, par la seule Porte de Brahmā, tu déposeras dûment ce corps et tu iras vers la délivrance même (mokṣa).

Verse 15

एवमुक्त्वा स भगवान्गतश्चादर्शनं ततः । धर्मराजोऽपि तं शापं भेजे मांडव्यसंभवम्

Après avoir ainsi parlé, le Seigneur disparut de la vue. Et Dharmarāja, lui aussi, subit cette malédiction issue de Māṇḍavya.

Verse 16

तदा विदुररूपेण ह्यवतीर्य धरातले । मांडव्यस्य वचः सत्यं स चकार महामतिः

Alors, descendant sur la terre sous la forme de Vidura, ce grand être fit s’accomplir les paroles de Māṇḍavya.

Verse 17

जातो भगवता साक्षाद्व्यासेनामिततेजसा । पाराशर्येण विप्रेण दासीगर्भसमुद्भवः

Il naquit directement par le divin Vyāsa, d’une splendeur sans mesure—le brahmane, fils de Parāśara—issu du sein d’une servante.

Verse 18

एतद्वः सर्वमाख्यातं धर्मराजसमुद्भवम् । आख्यानं यदहं पृष्टः सर्वपातकनाशनम्

Ainsi vous ai-je exposé en entier ce récit issu de la manifestation de Dharmarāja : l’histoire sur laquelle on m’interrogea, et qui anéantit tous les péchés.

Verse 138

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहरस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये धर्मराजेश्वरोत्पत्तिवर्णनंनामाष्टात्रिंशदुत्तरशततमोअध्यायः

Ainsi s’achève le cent trente-huitième chapitre, intitulé « Description de l’origine de Dharmarājeśvara », dans la Māhātmya du kṣetra de Hāṭakeśvara du sixième Nāgara Khaṇḍa, au sein du Skanda Mahāpurāṇa (la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers).