
Le chapitre 53 est un dossier composite de tīrtha et de rites, rapporté par la voix de Nārada. D’abord, inquiet de la sauvegarde d’un lieu sacré, Nārada apaise la triade divine—Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara—et sollicite une grâce afin que le site ne disparaisse pas et que sa renommée demeure. La triade accorde sa protection par une présence partielle (aṃśa) en ce lieu. Le texte précise ensuite un dispositif protecteur à la fois rituel et normatif : des brāhmaṇa savants récitent des passages védiques à des heures fixées—Ṛg le matin, Yajus à midi, Sāman à la troisième veille—et, en cas d’agression, prononcent devant la śālā une formule de malédiction, déclarant que l’ennemi sera réduit en cendres dans des délais déterminés, comme mise en œuvre du vœu de protection accordé. Puis vient la louange du Nārādīya-saras : Nārada creuse un étang et le remplit d’eaux excellentes rassemblées de tous les tīrtha. S’y baigner et y accomplir śrāddha/dāna—surtout en Āśvina, un dimanche—satisfait les ancêtres pour de très longues durées ; les offrandes sont dites akṣaya, au fruit impérissable. Une autre strate relate les austérités des nāga pour se libérer de la malédiction de Kadru, aboutissant à l’installation du liṅga de Nāgeśvara ; son culte procure un vaste mérite et apaise la crainte liée aux serpents. Enfin, le chapitre décrit des déesses des portes (dont « Apara-dvārakā » et une dvāravāsinī à la porte de la cité) : bain dans un kuṇḍa et adoration à des dates prescrites (notamment Caitra kṛṣṇa-navamī et Āśvina navarātra) sont associés à la levée des obstacles, à l’accomplissement des buts et à des bénédictions de prospérité et de descendance, selon la phalaśruti.
Verse 1
नारद उवाच । अथान्यत्संप्रवक्ष्यामि शालामाहात्म्य मुत्तमम् । संस्थापिते पुरा स्थाने प्रोक्तोहं द्विजपुंगवैः
Nārada dit : À présent, je vais proclamer un autre récit excellent — la grandeur de Śālā. Jadis, en ce lieu sacré établi de longue date, j’en fus instruit par d’éminents brāhmaṇas.
Verse 2
स्थानस्य रक्षणार्थाय उपायं कुरु सुव्रत । ततो मया प्रतिज्ञातं करिष्ये स्थान रक्षणम्
«Pour la protection de ce lieu sacré, trouve un moyen, ô toi aux vœux purs.» Alors je fis ce vœu : «Je veillerai sur ce saint lieu.»
Verse 3
आराधिता मया पश्चाद्ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः । त्रयस्त्वेकाग्रचित्तेन ततस्तुष्टाः सुरोत्तमाः
Ensuite, j’adorai Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara d’un esprit entièrement recueilli. Alors ces trois, les plus éminents des dieux, furent satisfaits.
Verse 4
समागम्याथ मां प्रोचुर्नारद व्रियतां वरः । प्रोक्तं तानार्च्य च मया क्रियतां स्थानरक्षणम्
Alors ils s’approchèrent de moi et dirent : « Ô Nārada, choisis une grâce. » Après les avoir honorés avec vénération, je répondis : « Que la protection de ce lieu sacré soit assurée. »
Verse 5
अयमेव वरो मह्यं देयो देवैः सुतोषितैः । स्थानलोपो यथा न स्याद्यथा कीर्तिर्भवेन्मम
«Voici l’unique grâce que les dieux, pleinement satisfaits, doivent m’accorder : que ce lieu sacré ne connaisse ni déclin ni perte, et que pour moi s’élève une renommée durable.»
Verse 6
एवमस्त्विति देवेशैः प्रतिज्ञातं तदा मुने । स्वांशेन प्रकरिप्याम द्विजानां तव रक्षणम्
Alors les Seigneurs des dieux promirent : « Qu’il en soit ainsi, ô sage. Par une part de notre propre puissance, nous assurerons comme il convient la protection de ta communauté des deux-fois-nés (brāhmaṇas). »
Verse 7
एवमुक्त्वा कला मुक्ता देवैस्त्रिपुरुषैः स्वयम् । अंतर्धानं ततः प्राप्ताः सर्वेऽपि सुरसत्तमाः
Ayant ainsi parlé, ces trois Personnes divines libérèrent d’elles-mêmes leur part (kalā). Puis tous ces dieux, les plus éminents, disparurent à la vue.
Verse 8
ततो मया द्विजैः सार्धं शालाग्रे स्थानरक्षणम् । स्थापिताश्च पृथग्देवास्त्रयस्त्रिभुवनेश्वराः
Puis, avec les brāhmaṇas, j’établis la protection de l’enceinte sacrée à l’avant de la salle (śālā). Et là furent installés séparément les trois Seigneurs des trois mondes.
Verse 9
पीड्यमाना यदा विप्राः केनापि च भवंति हि । पूर्वाह्ने चापि ऋग्वेदं मध्याह्ने च यजूं ष्यथ
Lorsque les brāhmaṇa sont opprimés par quiconque, au matin ils récitent le Ṛgveda, et à midi ils récitent le Yajurveda.
Verse 10
यामे तृतीये सामानि तारस्वरमधीत्य च । शापं यस्य प्रदास्यंति शालाग्रे भृशरोषिताः
À la troisième veille, après avoir chanté les Sāman d’une voix élevée, eux—saisis d’une grande colère—prononcent une malédiction contre le fautif devant le seuil de la salle.
Verse 11
सप्ताहाद्वर्षमध्याद्वा त्रिवर्षाद्भस्मतां व्रजेत् । प्रतिज्ञाता स्थानरक्षा यदि वो नारदाग्रतः
En une semaine, ou en un demi‑an, ou en trois ans, le fautif sera réduit en cendres—si, en présence de Nārada, vous avez réellement voué la protection du lieu sacré.
Verse 12
सत्येन तेन नो वैरी भस्मीभवतु ह क्षणात् । अनेन शाप मंत्रेण भस्मीभवति निश्चितम्
Par cette vérité, que notre ennemi devienne cendre à l’instant même. Par ce mantra de malédiction, il est assurément réduit en cendres : cela est certain.
Verse 13
शालां त्रिपुरुषां तत्र यः पश्यति दिनेदिने । अर्चयेत्तोषयेच्चासौ स्वर्गलोके महीयते
Quiconque, jour après jour, contemple là la salle de Tripuruṣa, et la vénère en accomplissant des actes qui plaisent (à la divinité), est honoré et exalté dans le monde céleste.
Verse 14
इति त्रिपुरुषशालामाहात्म्यम् । नारद उवाच । अथान्यत्संप्रवक्ष्यामि मदीयसरसो महत्
Ainsi s’achève la glorification de la Salle de Tripuruṣa. Nārada dit : «À présent, je vais proclamer un autre récit — la grandeur immense du lac qui m’est associé».
Verse 15
माहात्म्यमतुलं पार्थ देवानामपि दुर्लभम् । मया पूर्वं सरः खातं दर्भांकुरशलाकया
Ô Pārtha, cette grandeur est sans égale, difficile à obtenir même pour les dieux. Jadis, moi-même, je creusai ce lac avec une tige de darbha, aiguisée en pointe.
Verse 16
मृत्तिका ताम्रपात्रेण त्यक्ता बाह्ये ततः स्वयम् । सर्वेषामेव तीर्थानामाहृत्योदक मुत्तमम्
Puis la terre extraite fut rejetée au dehors à l’aide d’un vase de cuivre ; ensuite, moi-même, j’apportai l’eau excellente, recueillie de tous les tīrtha, les lieux saints de baignade rituelle.
Verse 17
तत्तत्र सरसि क्षिप्तं तेन संपूरितं सरः । आश्विने मासि संप्राप्ते भानुवारे नरः शुचिः
Cette eau fut versée dans le lac, et par elle le lac fut rempli. Quand vient le mois d’Āśvina, un dimanche, qu’un homme pur (s’y rende pour le rite)…
Verse 18
श्राद्धं यः कुरुते तत्र स्नात्वा दानं विशेषतः । पितरस्तस्य तृप्यंति यावदाभूतसंप्लवम्
Quiconque accomplit là le śrāddha — après s’être baigné et, surtout, avoir fait l’aumône — ses ancêtres (pitṛ) sont comblés jusqu’au temps de la dissolution cosmique.
Verse 19
नारदीयं सरो ह्येतद्विख्यात जगतीतले । महता पुण्ययोगेन देवैरपि हि लभ्यते
Ce lac Nāradiya est renommé à la surface de la terre ; en vérité, ce n’est que par une grande conjonction de mérite qu’on peut l’atteindre, même pour les dieux.
Verse 20
यदत्र दीयते दानं हूयते यच्च पावके । सर्वं तदक्षयं विद्याज्जपानशनसाधनात्
Toute aumône donnée ici, et toute offrande versée dans le feu sacré, sachez que tout cela est impérissable, par la puissance du japa et des observances religieuses telles que le jeûne.
Verse 21
नारदीये सरःश्रेष्ठे स्नात्वा यो नारदेश्व रम् । पूजयेच्छ्रद्धया मर्त्यः सर्वपापैः प्रमुच्यते
Dans l’excellent lac Nāradiya, après s’y être baigné, le mortel qui vénère Nāradeśvara avec foi est délivré de tous les péchés.
Verse 22
अत्र तीर्थे पुरा पार्थ सर्वनागैस्तपः कृतम् । कद्रूशापस्य मोक्षार्थमात्मनो हितका म्यया
En ce tīrtha d’autrefois, ô Pārtha, tous les Nāgas accomplirent des austérités, désirant leur propre bien et cherchant à être délivrés de la malédiction de Kadru.
Verse 23
ततः सिद्धिं परां प्राप्ता एतर्त्तार्थप्रभावतः । ततो नागेश्वरं लिंगं स्थापयामासुरूर्जितम्
Alors, par la puissance même de ce récit sacré, ils obtinrent la suprême réussite spirituelle. Ensuite, ils établirent le puissant Liṅga de Nāgeśvara.
Verse 24
नारदादुत्तरे भागे सर्वे नागाः प्रहर्षिताः । नारदीये सरःश्रेष्ठे यः स्नात्वा पूजयेद्धरम्
Au nord du lieu associé à Nārada, tous les Nāgas exultent de joie. Quiconque se baigne dans l’excellent lac nommé Nāradīya puis adore Hara (Śiva)…
Verse 25
नागेश्वरं महाभक्त्या तस्य पुण्यमनन्तकम् । तेषां सर्पभयं नास्ति नागानां वचनं यथा
Quiconque vénère Nāgeśvara avec une grande dévotion—son mérite devient sans fin. Pour de tels êtres, il n’est point de crainte des serpents, selon la parole des Nāgas.
Verse 26
इति नारदीयसरोमाहात्म्यम् । नारद उवाच । अपरद्वारकानाम देवी चात्रास्ति पांडव
Ainsi s’achève le Māhātmya du lac Nāradīya. Nārada dit : « Ô Pāṇḍava, ici aussi se trouve une Déesse nommée Aparadvārakā. »
Verse 27
सा च ब्रह्मांडद्वारे वै सदैव विहितालया । चतुर्विंशतिकोटीभिर्देवीभिः परिरक्षिता
Et cette Déesse a pour demeure ordonnée, à jamais, la « Porte du Brahmāṇḍa » (Brahmāṇḍa-dvāra) ; elle est protégée de toutes parts par vingt-quatre koṭis de déesses.
Verse 28
ततो दीर्घं तपस्तप्त्वा मयानीतात्र तोषिता । अपरस्मिंस्ततो द्वारे स्था पिता परमेश्वरी
Puis, après avoir accompli de longues austérités, elle fut amenée ici par moi et en fut grandement satisfaite. Ensuite, à une autre porte, la Déesse Suprême fut établie.
Verse 29
पूर्वस्मिन्नगरद्वारे स्थापिता द्वारवासिनी । नवमी चैत्रमासस्य कृष्णपक्षे भवेत्तु या
À la porte orientale de la cité fut installée la Déesse « Demeurant au Seuil » (Dvāravāsinī). Son observance a lieu au neuvième tithi (Navamī) de la quinzaine sombre (Kṛṣṇa-pakṣa) du mois de Caitra.
Verse 30
कुण्डे स्नानं नरः कृत्वा तां च देवीं प्रपूजयेत् । बलिबाकुलनैवेद्यैर्गन्धधूपादिपूजनैः
Après s’être baigné dans l’étang sacré (kuṇḍa), l’homme doit vénérer cette Déesse avec une dévotion entière : offrant le bali, des fleurs de bakula et le naivedya, et accomplissant le culte avec parfums, encens (dhūpa) et autres offrandes.
Verse 31
सप्तजन्मकृतं पापं नाशमायाति तत्क्षणात् । यान्यान्प्रार्थयते कामांस्तांस्ताना प्नोति मानवः
Les péchés amassés durant sept naissances s’anéantissent à l’instant même. Quels que soient les désirs que l’homme implore, ce sont eux qu’il obtient.
Verse 32
वन्ध्या च लभते पुत्रं स्नानमात्रेण तत्र वै । नवम्यां चैत्रमासस्य पुष्पधूपार्घ्यपूजया
Même une femme stérile y obtient en vérité un fils, par le seul fait de s’y baigner. Et au neuvième jour (Navamī) du mois de Caitra, par le culte avec fleurs, encens (dhūpa) et offrandes d’arghya…
Verse 33
विघ्नानि नाशयेद्देवी सर्व सिद्धिं प्रयच्छति । भक्तानां तत्क्षणादेव सत्यमेतन्न संशयः
La Déesse détruit les obstacles et accorde toute réussite (siddhi). Pour ses dévots, cela advient aussitôt : c’est la vérité, sans aucun doute.
Verse 34
उत्तरद्वारकां चापि पूज्यैवं विधिवन्नरः । एतदेव फलं सोपि प्राप्नुयान्मान वोत्तमः
De même, l’homme doit vénérer Uttaradvārakā de cette manière, selon le rite prescrit ; et ce meilleur des hommes obtiendra pareillement le même fruit.
Verse 35
पूर्वद्वारे तु वै देवी या स्थिता द्वारवासिनी । तस्याः पूजनमात्रेण प्राप्नुयाद्वांछितं फलम्
À la porte de l’orient se tient en vérité la Déesse, la Gardienne du seuil. Par sa seule adoration, on obtient le fruit désiré.
Verse 36
आश्विने मासि संप्राप्ते नव रात्रे विशेषतः । उपोष्य नवरात्रं च स्नात्वा कुण्डे समाहितः
Quand vient le mois d’Āśvina — surtout durant les neuf nuits — après avoir observé le jeûne de Navarātra et s’être baigné dans l’étang sacré, qu’il demeure recueilli et attentif.
Verse 37
पूजयेद्देवतां भक्त्या पुष्पधूपान्नतर्पणैः । अपुत्रो लभते पुत्रान्निर्धनो लभते धनम्
Qu’on adore la divinité avec dévotion, par des fleurs, de l’encens, des offrandes de nourriture et des rites de satiation. L’homme sans enfant obtient des enfants ; le pauvre obtient la richesse.
Verse 38
वन्ध्या प्रसूयते पार्थ नात्र कार्या विचारणा
Même la femme stérile enfante, ô Pārtha ; ici, nul besoin de doute ni de délibération.
Verse 53
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां प्रथमे माहेश्वर खण्डे कौमारिकाखंडे कोटितीर्थादिमाहात्म्यवर्णनंनाम त्रिपंचाशत्तमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le cinquante-troisième chapitre, intitulé « Description de la grandeur de Koṭitīrtha et d’autres lieux saints », dans le Kaumārikā Khaṇḍa du premier Māheśvara Khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers.