
Uttānapāda s’enquiert du roi Citraseṇa après avoir vu la puissance d’un tīrtha. Īśvara raconte que Citraseṇa gravit Bhṛgutunga et accomplit un tapas austère près d’un kuṇḍa, méditant sur Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara. Rudra et Keśava se manifestent alors, l’empêchent d’abandonner son corps prématurément et l’exhortent à retourner jouir d’une prospérité légitime et à régner sans entraves. Mais Citraseṇa refuse les attachements royaux et demande plutôt que la triade divine demeure à jamais en ce lieu, que l’endroit devienne aussi méritoire que Gayāśiras, et qu’il obtienne la direction parmi les gaṇas de Śiva. Īśvara accorde la grâce : les trois dieux résident à Śūlabheda sous une forme partielle à travers les trois temps ; Citraseṇa devient gaṇādhipa nommé Nandi, agissant à la manière de Gaṇeśa et recevant la préséance du culte près de Śiva. Le chapitre établit la supériorité du tīrtha—au-dessus des autres, sauf Gayā—, décrit les mesures de l’aire du kuṇḍa pour les actes rituels, et expose l’efficacité du śrāddha et des piṇḍa : délivrance des ancêtres, bénéfice même pour les morts difficiles sans rites, purification des fautes involontaires par le seul bain, et fruits élevés pour la renonciation accomplie là. La phalaśruti finale loue la récitation, l’écoute, la copie et le don de ce māhātmya, qui effacent les démérites, accordent les souhaits et assurent la demeure dans le monde de Rudra tant que le texte est préservé.
Verse 1
उत्तानपाद उवाच । माहात्म्यं तीर्थजं दृष्ट्वा चित्रसेनो नरेश्वरः । किं चकार क्व वा वासं किमाहारो बभूव ह
Uttānapāda dit : «Ayant contemplé la grandeur née du gué sacré, que fit le roi Citrasena ? Où demeura-t-il, et de quelle nourriture vécut-il ?»
Verse 2
ईश्वर उवाच । भृगुतुङ्गं समारुह्य ऐशानीं दिशमाश्रितः । तपश्चचार विपुलं कुण्डे तत्र नृपोत्तमः
Īśvara dit : «Étant monté sur Bhṛgutuṅga et s’étant placé sous la protection du quartier du nord-est, le meilleur des rois y accomplit de grandes austérités, auprès du bassin sacré.»
Verse 3
सर्वान् देवान् हृदि ध्यात्वा ब्रह्मविष्णुमहेश्वरान् । विचिक्षेप यदात्मानं प्रत्यक्षौ रुद्रकेशवौ । करे गृहीत्वा राजानं रुद्रो वचनमब्रवीत्
Ayant médité dans son cœur sur tous les dieux—Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara—au moment où il allait quitter son propre corps, Rudra et Keśava apparurent devant lui. Saisissant la main du roi, Rudra prononça ces paroles.
Verse 4
ईश्वर उवाच । प्राणत्यागं महाराज मा काले त्वं कृथा वृथा । अद्याप्यसि युवा त्वं वै न युक्तं मरणं तव
Īśvara dit : «Ô grand roi, n’abandonne pas le souffle avant l’heure; ne le fais pas en vain. Tu es encore jeune ; la mort ne te convient pas».
Verse 5
स्वस्थानं गच्छ शीघ्रं त्वं भुक्त्वा भोगान्यथेप्सितान् । कुरु निष्कण्टकं राज्यं नाके शक्र इवापरः
«Retourne vite à ta demeure. Jouis des plaisirs que tu as légitimement désirés, et établis un royaume sans épines—sans troubles ni ennemis—tel un autre Śakra (Indra) au ciel».
Verse 6
चित्रसेन उवाच । न राज्यं कामये देव न पुत्रान्न च बान्धवान् । न भार्यां न च कोशं च न गजान्न तुरंगमान्
Citrasena dit : «Ô Seigneur, je ne désire ni royaume, ni fils, ni parents ; ni épouse, ni trésor ; ni éléphants, ni chevaux».
Verse 7
मुञ्च मुञ्च महादेव मा विघ्नः क्रियतां मम । स्वर्गप्राप्तिर्ममाद्यैव त्वत्प्रसादान्महेश्वर
«Délivre-moi, délivre-moi, ô Mahādeva ; qu’aucun obstacle ne soit dressé contre moi. Que mon accès au ciel soit dès aujourd’hui, ô Maheśvara, par ta grâce».
Verse 8
ईश्वर उवाच । यस्याग्रतो भवेद्ब्रह्मा विष्णुः शम्भुस्तथैव च । स्वर्गेण तस्य किं कार्यं स गतः किं करिष्यति
Īśvara dit : «Pour celui devant qui se tiennent Brahmā, Viṣṇu et Śambhu, quel besoin y a‑t‑il du ciel ? Même s’il y parvenait, qu’y accomplirait‑il vraiment ?»
Verse 9
तुष्टा वयं त्रयो देवा वृणीष्व वरमुत्तमम् । यथेप्सितं महाराज सत्यमेतदसंशयम्
«Nous trois, les dieux, sommes satisfaits. Choisis la grâce la plus haute. Tout ce que tu désires, ô grand roi, est vérité, sans aucun doute.»
Verse 10
चित्रसेन उवाच । यदि तुष्टास्त्रयो देवा ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः । अद्यप्रभृति युष्माभिः स्थातव्यमिह सर्वदा
Citrasena dit : «Si les trois dieux—Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara—sont réellement satisfaits, alors, dès ce jour, vous devez demeurer ici à jamais.»
Verse 11
गयाशिरो यथा पुण्यं कृतं युष्माभिरेव च । तथैवेदं प्रकर्तव्यं शूलभेदं च पावनम्
«De même que le saint Gayāśiras fut rendu méritoire par vous-mêmes, ainsi faut‑il établir pareillement ce lieu purificateur, Śūlabheda, comme un tīrtha sacré.»
Verse 12
यत्रयत्र स्थिता यूयं तत्रतत्र वसाम्यहम् । गणानां चैव सर्वेषामाधिपत्यमथास्तु मे
«Là où vous demeurez, là aussi je demeurerai ; et que me soit accordée la souveraineté sur tous les Gaṇas.»
Verse 13
ईश्वर उवाच । अद्यप्रभृति तिष्ठामः शूलभेदे नरेश्वर । त्रिकालां हि त्रयो देवाः कलांशेन वसामहे
Īśvara dit : «Dès ce jour, ô seigneur des hommes, nous demeurerons à Śūlabheda. En vérité, les trois Dieux résident ici par une part de leur puissance divine aux trois temps.»
Verse 14
नन्दिसंज्ञो गणाधीशो भविष्यति भवान्ध्रुवम् । मत्समीपे तु भवत आदौ पूजा भविष्यति
«Assurément, tu deviendras le seigneur des Gaṇa nommé Nandi. Et en ma présence, ton culte sera accompli le premier.»
Verse 15
प्रक्षिप्य तानि चास्थीनि यत्र दीर्घतपा ययौ । सकुटुम्बो विमानस्थः स्वर्गतस्त्वं तथा कुरु
«Jette ces os à l’endroit où s’en alla Dīrghatapā ; alors toi aussi—avec ta famille—monté sur un char céleste, tu atteindras le ciel. Fais donc ainsi.»
Verse 16
एवं देवा वरं दत्त्वा चित्रसेनाय पार्थिव । कुण्डमूर्धनि याम्यायां त्रयो देवास्तदा स्थिताः
Ainsi, ô roi, les Dieux accordèrent une grâce à Citrasena ; puis les trois divinités prirent place à la tête du bassin sacré, sur son côté méridional.
Verse 17
परस्परं वदन्त्येवं पुण्यतीर्थमिदं परम् । यथा हि गयाशिरः पुण्यं पूर्वमेव पठ्यते । तथा रेवातटे पुण्यं शूलभेदं न संशयः
S’entretenant ainsi, ils proclamèrent : «Voici un tīrtha suprême. De même que Gayāśiras est depuis longtemps réputé méritoire, de même, sur la rive de la Revā, Śūlabheda est méritoire—sans aucun doute.»
Verse 18
ईश्वर उवाच । इदं तीर्थं तथा पुण्यं यथा पुण्यं गयाशिरः । सकृत्पिण्डोदकेनैव नरो निर्मलतां व्रजेत्
Īśvara dit : « Ce tīrtha est aussi méritoire que le vénérable Gayāśiras. En offrant ne fût-ce qu’une fois le piṇḍa et l’eau, l’homme parvient à la pureté. »
Verse 19
एकं गयाशिरो मुक्त्वा सर्वतीर्थानि भूपते । शूलभेदस्य तीर्थस्य कलां नार्हन्ति षोडशीम्
« Ô roi, hormis Gayāśiras seul, tous les autres tīrthas n’atteignent pas même le seizième du mérite du tīrtha de Śūlabheda. »
Verse 20
कुण्डमुदीच्यां याम्यायां दशहस्तप्रमाणतः । रौद्रवारुणकाष्ठायां प्रमाणं चैकविंशति
Le bassin sacré (kuṇḍa) mesure dix coudées au nord et dix coudées au sud ; et, dans les directions de Rudra et de Varuṇa, sa mesure est déclarée de vingt et une (coudées).
Verse 21
एतत्प्रमाणं तत्तीर्थं पिण्डदानादिकर्मसु । नाधर्मनिरता दातुं लभन्ते दानमत्र हि
Telle est la mesure de ce tīrtha pour les actes tels que l’offrande des piṇḍas et les autres rites aux ancêtres. Car ceux qui s’adonnent à l’adharma n’obtiennent pas ici le fruit du don ; en vérité, en ce lieu, la charité ne leur confère aucun mérite véritable.
Verse 22
विष्णुस्तु पितृरूपेण ब्रह्मरूपी पितामहः । प्रपितामहो रुद्रोऽभूदेवं त्रिपुरुषाः स्थिताः
Viṣṇu se tient sous la forme du Père ; Brahmā, sous la forme du Grand-père ; et Rudra devient l’Arrière-grand-père : ainsi sont établies les trois personnes ancestrales.
Verse 23
कदा पश्यति तीर्थं वै कदा नस्तारयिष्यति । इति प्रतीक्षां कुर्वन्ति पुत्राणां सततं नृप । शूलभेदे नरः स्नात्वा दृष्ट्वा शूलधरं सकृत्
«Quand verra-t-il le gué sacré—quand nous fera-t-il passer vers la délivrance ?» Ainsi, ô Roi, les ancêtres attendent sans cesse leurs fils. Mais à Śūlabheda, dès qu’un homme s’y est baigné et qu’une seule fois il a contemplé le Seigneur qui porte le trident, la délivrance est certaine.
Verse 24
नापुत्रो नाधनो रोगी सप्तजन्मसु जायते । एकविंशतिं पितुः पक्षे मातुश्वैवेकविंशतिम्
Durant sept naissances, il ne naît ni sans fils, ni pauvre, ni malade. Il délivre vingt et une générations du côté du père, et de même vingt et une du côté de la mère.
Verse 25
भार्यापक्षे दशैवेह कुलान्येतानि तारयेत् । शूलभेदवने राजञ्छाकमूलफलैरपि
Et du côté de l’épouse, il délivre ici dix familles. Ô Roi, dans la forêt de Śūlabheda—fût-ce avec de simples herbes, racines et fruits (offerts avec dévotion)—un tel mérite est obtenu.
Verse 26
एकस्मिन्भोजिते विप्रे कोटीर्भवति भोजिता । पञ्चस्थानेषु यः श्राद्धं कुरुते भक्तिमान्नरः
Si l’on nourrit ne fût-ce qu’un seul brāhmaṇa, c’est comme si l’on en avait nourri un crore. L’homme dévot qui accomplit le śrāddha en cinq lieux sacrés obtient un tel mérite démultiplié.
Verse 27
कुलानि प्रेतभूतानि सर्वाण्यपि हि तारयेत् । द्विजदेवप्रसादेन पितॄणां च प्रसादतः
Il délivre même toutes les lignées tombées dans l’état d’esprits preta. Par la grâce des brāhmaṇas—« dieux sur la terre »—et par la satisfaction des Pitṛs, cela s’accomplit.
Verse 28
श्राद्धदो निवसेत्तत्र यत्र देवो महेश्वरः । स्युरात्मघातिनो ये च गोब्राह्मणहनाश्च ये
Que l’officiant du śrāddha demeure là où réside le dieu Maheśvara. Là se trouvent aussi ceux qui se sont ôté la vie, et ceux qui ont tué des vaches et des brāhmaṇa, auteurs de fautes très lourdes.
Verse 29
दंष्ट्रिभिर्जलपाते च विद्युत्पातेषु ये मृताः । न येषामग्निसंस्कारो नाशौचं नोदकक्रिया
Ceux qui moururent par des bêtes aux crocs, ou en tombant dans l’eau, ou frappés par la foudre—ceux pour qui il n’y eut ni rite funéraire du feu, ni observance d’impureté, ni offrande d’eau—(sont aussi compris).
Verse 30
तत्र तीर्थे तु यस्तेषां श्राद्धं कुर्वीत भक्तितः । मोक्षावाप्तिर्भवेत्तेषां युगमेकं न संशयः
Quiconque, avec dévotion, accomplit pour eux le śrāddha en ce tīrtha sacré—sans nul doute, pour eux la délivrance (mokṣa) est obtenue en l’espace d’un seul yuga.
Verse 31
अज्ञानाद्यत्कृतं पापं बालभावाच्च यत्कृतम् । तत्सर्वं नाशयेत्पापं स्नानमात्रेण भूपते
Ô Roi, tout péché commis par ignorance, et toute faute faite par puérile immaturité—tout cela, le simple bain en ce lieu l’anéantit.
Verse 32
रजकेन यथा धौतं वस्त्रं भवति निर्मलम् । तथा पापोऽपि तत्तीर्थे स्नातो भवति निर्मलः
De même qu’un vêtement lavé par le blanchisseur devient sans tache, de même aussi—même un pécheur—après s’être baigné en ce tīrtha devient pur.
Verse 33
संन्यासं कुरुते योऽत्र तीर्थे विधिसमन्वितम् । ध्यायन्नित्यं महादेवं स गच्छेत्परमं पदम्
Celui qui, en ce tīrtha, embrasse le saṃnyāsa selon la règle prescrite et médite sans cesse sur Mahādeva, parvient à l’état suprême.
Verse 34
क्रीडित्वा स यथाकामं स्वेच्छया शिवमन्दिरे । वेदवेदाङ्गतत्त्वज्ञो जायतेऽसौ शुभे कुले
Après s’être réjoui librement, selon son désir, dans le temple de Śiva, il renaît dans une lignée bénie, connaisseur de la vérité des Veda et des Vedāṅga.
Verse 35
रूपवान्सुभगश्चैव सर्वव्याधिविवर्जितः । राजा वा राजपुत्रो वाचारसमन्वितः
Il devient beau et fortuné, exempt de toute maladie—roi ou prince—doué d’une conduite noble.
Verse 36
एतत्ते कथितं राजंस्तीर्थस्य फलमुत्तमम् । यच्छ्रुत्वा मानवो नित्यं मुच्यते सर्वकिल्बिषैः
Ô Roi, je t’ai ainsi exposé le fruit incomparable de ce tīrtha ; en l’entendant, l’homme est sans cesse délivré de toutes les fautes.
Verse 37
य इदं श्रावयेन्नित्यमाख्यानं द्विजपुंगवान् । श्राद्धे देवकुले वापि पठेत्पर्वणि पर्वणि
Ce Brāhmaṇa éminent qui fait entendre régulièrement ce récit sacré et le récite lors des rites de śrāddha ou dans un temple, à chaque fête—
Verse 38
गीर्वाणास्तस्य तुष्यन्ति मनुष्याः पितृभिः सह । पठतां शृण्वतां चैव नश्यते सर्वपातकम्
Les devas se réjouissent de lui, et les hommes aussi avec leurs ancêtres ; pour ceux qui récitent et pour ceux qui écoutent, tout péché est anéanti.
Verse 39
लिखित्वा तीर्थमाहात्म्यं ब्राह्मणेभ्यो ददाति यः । जातिस्मरत्वं लभते प्राप्नोत्यभिमतं फलम्
Celui qui met par écrit ce tīrtha-māhātmya et l’offre aux brāhmaṇas obtient la mémoire des naissances passées et reçoit le fruit désiré.
Verse 40
रुद्रलोके वसेत्तावद्यावदक्षरमन्वितम्
Il demeure dans le monde de Rudra aussi longtemps que subsiste en lui le mérite de cette syllabe sacrée impérissable.
Verse 55
। अध्याय
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