
Ce chapitre est un entretien théologique entre le sage Mārkaṇḍeya et le roi Yudhiṣṭhira, exposant l’origine et la portée rituelle de Devatīrtha, un tīrtha « sans égal » sur la Narmadā (Revā). Le récit s’ouvre sur l’injonction de visiter Devatīrtha, car les trente-trois dieux y obtinrent la réussite suprême après s’y être baignés. Yudhiṣṭhira demande comment les dieux, jadis vaincus par des daityas plus puissants, purent recouvrer le succès grâce à un bain en ce lieu. Mārkaṇḍeya raconte qu’Indra et les devas furent mis en déroute, accablés et séparés des leurs, puis cherchèrent refuge auprès de Brahmā. Brahmā leur enseigne que le remède contre les daityas est d’accomplir le tapas (austérité) sur la rive de la Narmadā : le tapas est la force suprême, et nul mantra ni acte n’égale le pouvoir purificateur des eaux de Revā, qui détruisent les péchés. Conduits par Agni, les devas se rendent à la Narmadā, pratiquent de grandes austérités et obtiennent la siddhi ; dès lors, le lieu est célébré dans les trois mondes comme Devatīrtha, destructeur de toute faute. Le chapitre codifie ensuite conduite et résultats : celui qui se maîtrise et se baigne avec bhakti reçoit un fruit « semblable à une perle » ; nourrir les brahmanes multiplie le mérite ; la présence d’une pierre sacrée (devaśilā) accroît le puṇya. Certaines observances liées à la mort (mourir dans le renoncement, entrer dans le feu) sont associées à des destinées durables ou exaltées. En ce tīrtha, bain, japa, homa, svādhyāya et culte deviennent d’effet « impérissable ». La phalaśruti finale affirme que qui récite ou écoute ce récit qui efface les péchés est délivré de la souffrance et parvient au monde divin.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत राजेन्द्र देवतीर्थमनुत्तमम् । येन देवास्त्रयस्त्रिंशत्स्नात्वा सिद्धिं परां गताः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Alors, ô roi des rois, il faut se rendre au gué sacré sans égal nommé Devatīrtha, où les trente-trois dieux, après s’y être baignés, atteignirent la perfection suprême ».
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । कथं तात सुराः सर्वे दानवैर्बलवत्तरैः । निर्जितास्तत्र तीर्थे च स्नात्वा सिद्धिं परां गताः
Yudhiṣṭhira dit : « Comment, vénérable seigneur, tous les dieux furent-ils vaincus par les Dānavas plus puissants, et pourtant, en se baignant dans ce même tīrtha, atteignirent-ils la perfection suprême ? »
Verse 3
मार्कण्डेय उवाच । पुरा दैत्यगणैरुग्रैर्युद्धेऽतिबलवत्तरैः । इन्द्रो देवगणैः सार्द्धं स्वराज्याच्च्यावितो नृप
Mārkaṇḍeya dit : « Jadis, ô roi, dans une guerre contre de farouches troupes de Daityas d’une force écrasante, Indra, avec les cohortes des dieux, fut chassé de sa propre souveraineté ».
Verse 4
हस्त्यश्वरथयानौघैर्मर्दयित्वा वरूथिनीम् । विध्वस्ता भेजिरे मार्गं प्रहारैर्जर्जरीकृताः
Écrasés par des flots d’éléphants, de chevaux, de chars et de véhicules qui broyaient leur armée, eux—brisés et disloqués par les coups—s’enfuirent par la route.
Verse 5
जम्भशुम्भैश्च कूष्माण्डकुहकादिभिः । वेपमानार्दिताः सर्वे ब्रह्माणमुपतस्थिरे
Affligés et tremblants à cause de Jambha, Śumbha et d’autres tels que Kūṣmāṇḍa et Kuhaka, tous s’approchèrent de Brahmā pour refuge et secours.
Verse 6
प्रणम्य शिरसा देवं ब्रह्माणं परमेष्ठिनम् । तदा विज्ञापयामासुर्देवा वह्निपुरोगमाः
S’inclinant la tête devant le divin Brahmā, le Parameṣṭhin, les dieux—conduits par Agni—lui exposèrent alors leur requête.
Verse 7
पश्य पश्य महाभाग दानवैः शकलीकृताः । वियोजिताः पुत्रदारैस्त्वामेव शरणं गताः
«Vois, vois, ô bienheureux ! Les Dānavas nous ont mis en pièces ; séparés de nos fils et de nos épouses, c’est vers toi seul que nous sommes venus chercher refuge.»
Verse 8
परित्रायस्व देवेश सर्वलोकपितामह । नान्या गतिः सुरेशान त्वां मुक्त्वा परमेश्वर
«Protège-nous, ô Seigneur des dieux, ô aïeul de tous les mondes ! Il n’est point d’autre recours, ô maître des devas, en dehors de toi, ô Souverain suprême.»
Verse 9
ब्रह्मोवाच । दानवानां विघातार्थं नर्मदातटमास्थिताः । तपः कुरुध्वं स्वस्थाः स्थ तपो हि परमं बलम्
Brahmā dit : «Pour anéantir les Dānavas, tenez-vous sur la rive de la Narmadā. Accomplissez l’austérité (tapas) ; demeurez inébranlables, car l’austérité est véritablement la puissance suprême.»
Verse 10
नान्योपायो न वै मन्त्रो विद्यते न च मे क्रिया । विना रेवाजलं पुण्यं सर्वपापक्षयंकरम्
«Il n’est point d’autre moyen : nul mantra, nul rite en mon pouvoir, hormis l’eau sacrée de la Revā, qui consume l’ensemble des péchés.»
Verse 11
दारिद्र्यव्याधिमरणबन्धनव्यसनानि च । एतानि चैव पापस्य फलानीति मतिर्मम
Pauvreté, maladie, mort, servitude et maints malheurs : voilà, en vérité, les fruits du péché ; telle est ma conviction inébranlable.
Verse 12
एवं ज्ञात्वा ततश्चैव तपः कुरुत दुष्करम् । तथा चैव सुराः सर्वे देवा ह्यग्निपुरोगमाः
Sachant cela, entreprenez donc une austérité difficile. Et ainsi firent tous les dieux, conduits par Agni.
Verse 13
तच्छ्रुत्वा वचनं तथ्यं ब्रह्मणः परमेष्ठिनः । नर्मदामागताः सर्वे देवा ह्यग्निपुरोगमाः
Entendant l’injonction véridique de Brahmā, le Seigneur suprême (Parameṣṭhin), tous les dieux—menés par Agni—vinrent à la Narmadā.
Verse 14
चेरुर्वै तत्र विपुलं तपः सिद्धिमवाप्नुवन् । तदाप्रभृति तत्तीर्थं देवतीर्थमनुत्तमम्
Là, ils accomplirent d’abondantes austérités (tapas) et obtinrent l’accomplissement spirituel. Dès lors, ce gué fut renommé ‘Devatīrtha’, le lieu sacré de bain, sans pareil.
Verse 15
गीयते त्रिषु लोकेषु सर्वपापक्षयंकरम् । तत्र गत्वा च यो मर्त्यो विधिना संयतेन्द्रियः
Il est chanté dans les trois mondes comme ce qui anéantit tous les péchés. Et tout mortel qui s’y rend, maîtrisant ses sens et selon le rite prescrit—
Verse 16
स्नानं समाचरेद्भक्त्या स लभेन्मौक्तिकं फलम् । यस्तु भोजयते विप्रांस्तस्मिंस्तीर्थे नराधिप
S’il s’y baigne avec dévotion, il obtient un fruit « semblable à une perle », le plus précieux. Et celui qui nourrit des brāhmanes en ce même tīrtha, ô seigneur des hommes—
Verse 17
स लभेन्मुख्यविप्राणां फलं साहस्रिकं नृप । तत्र देवशिला रम्या महापुण्यविवर्धिनी
Il obtient, ô roi, un fruit mille fois accru, égal au mérite de servir d’éminents brāhmanes. Là se trouve aussi une charmante Deva-śilā, pierre divine sacrée, qui augmente grandement le puṇya.
Verse 18
संन्यासेन मृता ये तु तेषां स्यादक्षया गतिः । अग्निप्रवेशं यः कुर्यात्तस्मिंस्तीर्थे नराधिप
Mais ceux qui meurent dans l’état de renoncement (saṃnyāsa) obtiennent une destinée impérissable. Et celui qui entrerait dans le feu en ce tīrtha, ô seigneur des hommes—
Verse 19
रुद्रलोके वसेत्तावद्यावदाभूतसंप्लवम् । एवं स्नानं जपो होमः स्वाध्यायो देवतार्चनम्
Il demeurera dans le monde de Rudra jusqu’à la dissolution cosmique. Ainsi sont (prescrits) le bain sacré, la récitation des mantras, l’offrande au feu, l’étude védique et l’adoration de la Divinité—
Verse 20
सुकृतं दुष्कृतं वाऽपि तत्र तीर्थेऽक्षयं भवेत् । एष ते विधिरुद्दिष्ट उत्पत्तिश्चैव भारत
Qu’il s’agisse de mérite ou de démérite, tout acte accompli en ce tīrtha y devient impérissable quant à son fruit. Telle est la règle qui t’a été exposée, ô Bhārata, avec le récit de son origine.
Verse 21
देवतीर्थस्य निखिला यथा वै शङ्कराच्छ्रुता । पठन्ति ये पापहरं सर्वदुःखविमोचनम्
Ceux qui récitent en entier (le récit de) Devatīrtha—tel qu’il fut entendu de Śaṅkara—font de cette récitation une destructrice des péchés et une libératrice de toute douleur.
Verse 22
देवतीर्थस्य चरितं देवलोकं व्रजन्ति ते
Ceux qui entendent ou récitent le récit sacré de Devatīrtha parviennent au monde des dieux.
Verse 37
। अध्याय
«Chapitre» — marque de fin ou en-tête d’un adhyāya.