Adhyaya 190
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 190

Adhyaya 190

Ce chapitre prend la forme d’un dialogue : Yudhiṣṭhira demande à Mārkaṇḍeya d’expliquer comment Soma (la divinité et roi lunaire) obtint la siddhi suprême à Somatīrtha, aussi nommé Chandra-hāsa, lieu saint révéré par toutes les divinités. Mārkaṇḍeya rapporte un récit d’origine : Dakṣa maudit Soma d’une maladie de dépérissement (kṣaya-roga) pour avoir négligé le devoir conjugal ; l’exposé s’élargit alors en enseignement normatif sur le dharma du maître de maison et sur les conséquences karmiques de la négligence. Le texte se tourne ensuite vers l’instruction de pèlerinage : Soma entreprend une longue discipline—errant de tīrtha en tīrtha, atteignant la Narmadā, observant jeûnes, dons (dāna), vœux (vrata) et maîtrise de soi pendant douze ans—jusqu’à être délivré de son affliction. Soma installe Mahādeva (Śiva) comme celui qui ôte les grands péchés et retourne à un séjour exalté ; le chapitre affirme que l’installation de la divinité et son culte engendrent un mérite durable. Enfin, des prescriptions rituelles et des énoncés de phala sont donnés pour le bain sacré et l’adoration à Chandra-hāsa/Somatīrtha, notamment aux dates lunaires, les lundis et lors des éclipses. Les bienfaits sont décrits comme purification, bien-être, prospérité et délivrance des fautes et des souillures.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महीपाल सोमतीर्थमनुत्तमम् । चन्द्रहासेति विख्यातं सर्वदैवतपूजितम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Alors, ô protecteur de la terre (roi), il faut se rendre au Somatīrtha sans égal, renommé sous le nom de Candrahāsa, adoré par tous les dieux.

Verse 2

यत्र सिद्धिं परां प्राप्तः सोमो राजा सुरोत्तमः

Là, le roi Soma — le meilleur parmi les dieux — obtint la perfection suprême.

Verse 3

युधिष्ठिर उवाच । कथं सिद्धिमनुप्राप्तः सोमो राजा जगत्पतिः । तत्सर्वं श्रोतुमिच्छामि कथयस्व ममानघ

Yudhiṣṭhira dit : Comment le roi Soma, seigneur du monde, a-t-il atteint cette perfection ? Je désire tout entendre ; dis-le-moi, ô sans faute.

Verse 4

मार्कण्डेय उवाच । पुरा शप्तो मुनीन्द्रेण दक्षेण किल भारत । असेवनाद्धि दाराणां क्षयरोगी भविष्यसि

Mārkaṇḍeya dit : Jadis, ô Bhārata, Soma fut certes maudit par le grand sage Dakṣa : «Parce que tu ne t’unis pas comme il convient à tes épouses, tu seras atteint de la consomption, le mal qui consume».

Verse 5

उद्वाहितानां पत्नीनां ये न कुर्वन्ति सेवनम् । या निष्ठा जायते तेषां तां शृणुष्व नरोत्तम

Ceux qui ne s’attachent pas comme il convient à leurs épouses légitimes—écoute de moi, ô le meilleur des hommes, quelle conséquence arrêtée naît pour eux.

Verse 6

ऋतुकाले तु नारीणां सेवनाज्जायते सुतः । सुतात्स्वर्गश्च मोक्षश्च हीत्येवं श्रुतिनोदना

Au temps prescrit de la femme, de l’union naît un fils; et par le fils on obtient le ciel et même la délivrance : telle est l’exhortation de la sainte tradition.

Verse 7

तत्कालोचितधर्मेण ये न सेवन्ति तां नराः । तेषां ब्रह्मघ्नजं पापं जायते नात्र संशयः

Les hommes qui, contre le dharma convenant à ce moment, ne s’approchent pas d’elle, voient naître en eux un péché semblable à la brahmahatyā (meurtre d’un brahmane) ; là-dessus, point de doute.

Verse 8

तेन पापेन घोरेण वेष्टतो रौरवे पतेत् । तस्य तद्रुधिरं पापाः पिबन्ते कालमीप्सितम्

Enserré par ce péché effroyable, il tombe dans l’enfer nommé Raurava ; là, les méchants boivent son propre sang durant le temps qui lui est imparti.

Verse 9

ततोऽवतीर्णकालेन यां यां योनिं प्रयास्यति । तस्यां तस्यां स दुष्टात्मा दुर्भगो जायते सदा

Lorsque vient l’heure de renaître, quel que soit le sein où il entre, dans cette naissance même il naît toujours infortuné, son âme étant devenue corrompue.

Verse 10

नारीणां तु सदा कामो ह्यधिकः परिवर्तते । विशेषेण ऋतोः काले भिद्यते कामसायकैः

Chez les femmes, dit-on, le désir est toujours plus fort et revient sans cesse; et surtout au temps de la fécondité, il s’éveille, comme transpercé par les flèches de l’amour.

Verse 11

परिभूता हि सा भर्त्रा ध्यायतेऽन्यं पतिं ततः । तस्याः पुत्रः समुत्पन्नो ह्यटते कुलमुत्तमम्

Si elle est outragée par son époux, alors elle se met à penser à un autre homme comme mari; et le fils né de cet état apporte honte et trouble à une lignée pourtant noble.

Verse 12

स्वर्गस्थास्तेन पितरः पूर्वं जाता महीपते । पतन्ति जातमात्रेण कुलटस्तेन चोच्यते

Ô roi, à cause de lui, les ancêtres qui avaient jadis atteint le ciel chutent dès l’instant où un tel enfant naît; c’est pourquoi on l’appelle « kulaṭa », corrupteur de la lignée.

Verse 13

तेन कर्मविपाकेन क्षयरोगी शशी ह्यभूत् । त्यक्त्वा लोकं सुरेन्द्राणां मर्त्यलोकमुपागतः

Par la maturation de ce karma, Śaśī fut atteint de consomption; quittant le monde des seigneurs des dieux, il descendit dans le domaine des mortels.

Verse 14

तत्र तीर्थान्यनेकानि पुण्यान्यायतनानि च । भ्रमित्वा नर्मदां प्राप्तः सर्वपापप्रणाशिनीम्

Là, il erra parmi de nombreux gués sacrés et des sanctuaires saints ; et enfin il atteignit la Narmadā, celle qui détruit tous les péchés.

Verse 15

उपवासस्तु दानानि व्रतानि नियमाश्च ये । चचार द्वादशाब्दानि ततो मुक्तः स किल्बिषैः

Il entreprit jeûnes, dons de charité, vœux et observances; les pratiquant durant douze années, il fut alors délivré de ses péchés.

Verse 16

स्थापयित्वा महादेवं सर्वपातकनाशनम् । जगाम प्रभया पूर्णः सोमलोकमनुत्तमम्

Ayant établi Mahādeva, destructeur de tous les péchés, lui—plein d’une splendeur rayonnante—partit vers l’incomparable monde de Soma (la Lune).

Verse 17

येनैव स्थापितो देवः पूज्यते वर्षसंख्यया । तावद्युगसहस्राणि तस्य लोकं समश्नुते

Autant d’années que la divinité qu’il a établie est honorée par le culte, autant de milliers de yuga il atteint et jouit du monde de cette divinité.

Verse 18

तेन देवान् विधानोक्तान् स्थापयन्ति नरा भुवि । अक्षयं चाव्ययं यस्मात्फलं भवति नान्यथा

C’est pourquoi les hommes sur la terre établissent les divinités selon les prescriptions des Écritures, car le fruit qui en naît est impérissable et infaillible, et non autrement.

Verse 19

सोमतीर्थे तु यः स्नात्वा पूजयेद्देवमीश्वरम् । जायते स नरो भूत्वा सोमवित्प्रियदर्शनः

Celui qui se baigne à Soma-tīrtha et adore le Seigneur Īśvara renaît comme un homme connaissant Soma et agréable à contempler.

Verse 20

चन्द्रप्रभासे यो गत्वा स्नानं विधिवदाचरेत् । व्याधिना नाभिभूतः स्यात्क्षयरोगेण वा युतः

Celui qui se rend à Candraprabhāsa et accomplit le bain selon le rite prescrit ne sera pas vaincu par la maladie, ni atteint de consomption (kṣaya-roga).

Verse 21

चन्द्रहास्ये नरः स्नात्वा द्वादश्यां तु नरेश्वर । चतुर्दश्यामुपोष्यैव क्षीरस्य जुहुयाच्चरुम्

Ô roi, après qu’un homme s’est baigné à Candrahāsya le douzième jour lunaire, puis a jeûné le quatorzième, qu’il verse au feu l’oblation de caru, riz au lait sacré.

Verse 22

मन्त्रैः पञ्चभिरीशानं पुरुषस्त्र्यम्बकं यजेत् । हविःशेषं स्वयं प्राश्य चन्द्रहास्येशमीक्षयेत्

Par cinq mantras, qu’on adore Īśāna—Puruṣa, le Seigneur aux trois yeux; puis, après avoir soi-même consommé le reste de l’offrande, qu’on contemple Candrahāsyeśa, le Seigneur de Candrahāsya.

Verse 23

अनेन विधिना राजंस्तुष्टो देवो महेश्वरः । विधिना तीर्थयोगेन क्षयरोगाद्विमुच्यते

Ô roi, par cette observance le grand Dieu Maheśvara est satisfait; et, par cette union rituelle avec le tīrtha selon la règle, on est délivré de la consomption (kṣaya-roga).

Verse 24

सप्तभिः सोमवारैर्यः स्नानं तत्र समाचरेत् । स वै कर्णकृताद्रोगान्मुच्यते पूजयञ्छिवम्

Quiconque s’y baigne durant sept lundis est délivré des maladies nées de l’oreille, tout en vénérant Śiva.

Verse 25

अक्षिरोगस्तथा राजंश्चन्द्रहास्ये विनश्यति । चन्द्रहास्ये तु यो गत्वा ग्रहणे चन्द्रसूर्ययोः । स्नानं समाचरेद्भक्त्या मुच्यते सर्वपातकैः

De même, ô roi, la maladie des yeux est détruite à Candrahāsya. Et quiconque s’y rend et, lors d’une éclipse de la Lune ou du Soleil, s’y baigne avec dévotion, est délivré de tous les péchés.

Verse 26

तत्र स्नानं च दानं च चन्द्रहास्ये शुभशुभम् । कृतं नृपवरश्रेष्ठ सर्वं भवति चाक्षयम्

Ô le meilleur des rois, à Candrahāsya, tout ce qui est accompli—heureux ou malheureux—par le bain et l’aumône y devient entièrement inépuisable dans son fruit.

Verse 27

ते धन्यास्ते महात्मानस्तेषां जन्म सुजीवितम् । चन्द्रहास्ये तु ये स्नात्वा पश्यन्ति ग्रहणं नराः

Bienheureux sont-ils, ces grandes âmes : leur naissance est vraiment bien vécue, eux qui, après s’être baignés à Candrahāsya, contemplent l’éclipse.

Verse 28

वाचिकं मानसं पापं कर्मजं यत्पुरा कृतम् । स्नानमात्रात्तु राजेन्द्र तत्र तीर्थे प्रणश्यति

Ô seigneur des rois, tout péché commis jadis—par la parole, par la pensée ou par l’acte du corps—s’anéantit là, en ce tīrtha, par le seul bain.

Verse 29

बहवस्तन्न जानन्ति महामोहसमन्विताः । देहस्थ इव सर्वेषां परमात्मेव संस्थितम्

Beaucoup, saisis d’une grande illusion, ne le connaissent pas ; pourtant il demeure en tous, comme s’il résidait dans le corps, tel le Soi suprême (Paramātman) lui-même.

Verse 30

पश्चिमे सागरे गत्वा सोमतीर्थे तु यत्फलम् । तत्समग्रमवाप्नोति चन्द्रहास्ये न संशयः

Quel que soit le fruit obtenu en allant à l’océan de l’Ouest et au Soma-tīrtha, on obtient ce fruit tout entier à Candrahāsya, sans aucun doute.

Verse 31

संक्रान्तौ च व्यतीपाते विषुवे चायने तथा । चन्द्रहास्ये नरः स्नात्वा सर्वपापैः प्रमुच्यते

À Saṅkrānti, à Vyatīpāta, à l’équinoxe et de même au solstice, celui qui se baigne à Candrahāsya est délivré de tous les péchés.

Verse 32

ते मूढास्ते दुराचारास्तेषां जन्म निरर्थकम् । चन्द्रहास्यं न जानन्ति नर्मदायां व्यवस्थितम्

Ils sont insensés, ils sont de mauvaise conduite ; leur naissance est vaine—ceux qui ne connaissent pas Candrahāsya, établi sur la Narmadā.

Verse 33

चन्द्रहास्ये तु यः कश्चित्संन्यासं कुरुते नृप । अनिवर्तिका गतिस्तस्य सोमलोकात्कदाचन

Ô roi, quiconque entreprend la renonciation (saṃnyāsa) à Candrahāsya, sa voie devient irréversible ; jamais il ne revient du monde de Soma.

Verse 190

अध्याय

Chapitre (marqueur).