Adhyaya 170
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 170

Adhyaya 170

Mārkaṇḍeya raconte une crise née sur un tīrtha, lieu d’eaux sacrées. Kāmapramodinī, qui se divertissait dans un bassin près d’une présence divine, est saisie par un oiseau (décrit comme un śyena) et emportée au loin. Ses compagnes avertissent le roi et le pressent d’organiser des recherches. Le roi mobilise une vaste armée aux quatre corps, et la cité s’agite au rythme des préparatifs guerriers. Un garde apporte les parures de la femme enlevée et rapporte les avoir vues près de l’ermitage de l’ascète Māṇḍavya, entouré de tapasvins. Submergé par la colère et l’erreur de jugement, le roi prend l’ascète pour un voleur déguisé, qui aurait pris forme d’oiseau pour s’enfuir. Sans discerner le juste de l’injuste (kārya–akārya-viveka), il ordonne d’empaler le brahmane-ascète. Citadins et villageois se lamentent et protestent : un brahmane, surtout voué aux austérités, ne doit pas être mis à mort ; au plus, en cas de soupçon, l’exil serait envisageable. Le chapitre met en lumière le rājadharma sous tension : dangers d’une punition hâtive, incertitude des preuves, et devoir accru de protéger la sainteté des ascètes dans le paysage sacré du tīrtha.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । कामप्रमोदिनीसख्यो नीयमानां च तेन तु । दृष्ट्वा ताश्चुक्रुशुः सर्वा निःसृत्य जलमध्यतः

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Voyant Kāmapramodinī emmenée par lui, toutes ses compagnes poussèrent des cris, surgissant du milieu des eaux.

Verse 2

गता राजगृहे सर्वाः कथयन्ति सुदुःखिताः । कामप्रमोदिनी राजन्हृता श्येनेन पक्षिणा

Toutes se rendirent au palais royal et, accablées de douleur, rapportèrent : « Ô Roi, Kāmapramodinī a été enlevée par un oiseau, un faucon ».

Verse 3

क्रीडन्ती च जलस्थाने तडागे देवसन्निधौ । अन्वेष्या च त्वया राजंस्तस्य मार्गं विजानता

« Elle jouait au lieu des eaux, dans l’étang près de la présence de la Divinité. Ô Roi—toi qui connais les chemins—il te faut la chercher et discerner sa trace ».

Verse 4

तासां तद्वचनं श्रुत्वा देवपन्नः सुदुःखितः । हाहेत्युक्त्वा समुत्थाय रुदमानो वरासनात्

Entendant leurs paroles, le roi, frappé par le malheur, fut saisi d’une immense affliction. S’écriant « Hélas ! Hélas ! », il se leva en pleurant de son noble siège.

Verse 5

मन्त्रिभिः सहितस्तस्मिंस्तडागे जलसन्निधौ । न चिह्नं न च पन्थानं दृष्ट्वा दुःखान्मुमोह च

Accompagné de ses ministres, il parvint à cet étang, près des eaux. Ne voyant ni signe ni chemin, il s’évanouit, accablé de chagrin.

Verse 6

तस्य राज्ञस्तु दुःखेन दुःखितो नागरो जनः । क्षणेनाश्वासितो राजा मन्त्रिभिः सपुरोहितैः

À cause de la douleur du roi, les habitants de la cité furent eux aussi affligés. Bientôt, le roi fut réconforté par ses ministres et ses prêtres.

Verse 7

किं कुर्म इत्युवाचेदमस्मिन्काले विधीयताम् । सर्वैस्तत्संविदं कृत्वा वाहिनीं चतुरङ्गिणीम्

Il dit : «Que ferons-nous ? Qu’en ce temps soit accompli ce qui convient». Puis, après avoir pris conseil de tous, il prépara l’armée aux quatre corps.

Verse 8

प्रेषयामि दिशः सर्वा हस्त्यश्वरथसंकुला । वादित्राणि च वाद्यन्ते व्याकुलीभूतसंकुले

«J’enverrai des troupes vers toutes les directions, serrées d’éléphants, de chevaux et de chars.» Et les instruments retentirent au milieu de la foule en tumulte.

Verse 9

नाराचैस्तोमरैर्भल्लैः खड्गैः परश्वधादिभिः । राजा संनाहबद्धोऽभूद्गनं ग्रसते किल

Avec flèches, javelots, lances, épées, haches et autres armes, le roi fut entièrement harnaché, comme s’il allait engloutir l’ost ennemi.

Verse 10

न देवो न च गन्धर्वो न दैत्यो न च राक्षसः । किं करिष्यति राजाद्य न जाने रोषनिष्कृतिम्

Ni dieu, ni gandharva, ni daitya, ni rākṣasa : que pourrait-on faire aujourd’hui contre le roi ? Je ne puis discerner l’issue de sa colère.

Verse 11

नागरोऽपि जनस्तत्र दृष्ट्वा चकितमानसः । चतुर्दशसहस्राणि दन्तिनां सृणिधारिणाम्

Là, les gens de la cité aussi, en voyant cela, furent saisis d’étonnement : quatorze mille éléphants portant des aiguillons.

Verse 12

अश्वारोहसहस्राणि ह्यशीतिः शस्त्रपाणिनाम् । रथानां त्रिसहस्राणि विंशतिर्भरतर्षभ

Il y avait des milliers de cavaliers, et quatre-vingts guerriers les armes à la main ; et il y avait trois mille vingt chars, ô taureau parmi les Bharatas.

Verse 13

सङ्ग्रामभेरीनिनदैः खुररेणुर्नभोगता । एतस्मिन्नन्तरे तात रक्षको नगरस्य हि

Au fracas des tambours de guerre, la poussière soulevée par les sabots monta jusqu’au ciel. Cependant, mon cher, le gardien de la cité, en vérité…

Verse 14

गृहीत्वाभरणं तस्यास्त्वङ्गप्रत्यङ्गिकं तथा । कुण्डलाङ्गदकेयूरहारनूपुरझल्लरीः

Il prit aussi ses parures, celles du corps et des membres : boucles d’oreilles, bracelets, keyūras, colliers, anneaux de cheville et ornements tintinnabulants…

Verse 15

निवेद्याकथयद्राज्ञे मया दृष्टं त्ववेक्षणात् । तापसानामाश्रमे तु माण्डव्यो यत्र तिष्ठति

Après avoir fait son rapport, il raconta au roi ce que j’avais moi-même vu en observant : dans l’ermitage des ascètes, là où demeure Māṇḍavya.

Verse 16

तापसैर्वेष्टितो यत्र ददृशे तत्र सन्निधौ । दण्डवासिवचः श्रुत्वा प्रत्यक्षाङ्गविभूषणम्

Là, en sa propre présence, je le vis entouré d’ascètes. Entendant les paroles du garde au bâton, je vis les ornements du corps comme preuve manifeste.

Verse 17

स क्रोधरक्तनयनो मन्त्रिणो वीक्ष्य नैगमान् । ईदृग्भूतसमाचारो ब्राह्मणो नगरे मम

Lui, les yeux rougis par la colère, regarda les ministres et les gens de la cité et dit : «Comment un brahmane d’une telle conduite peut-il se trouver dans ma ville ?»

Verse 18

चौरचर्यां व्रतच्छन्नः परद्रव्यापहरकः । तेन कन्या हृता मेऽद्य तपस्विपापकर्मिणा

Dissimulant le vol sous le masque d’un vœu, dérobant le bien d’autrui : par cet ascète aux actes pécheurs, ma fille a été aujourd’hui enlevée.

Verse 19

शाकुन्तं रूपमास्थाय जलस्थो गगनं ययौ । पाखण्डिनो विकर्मस्थान् बिडालव्रतिकाञ्छठान्

Revêtant la forme d’un oiseau, bien qu’il fût dans l’eau, il s’envola vers le ciel. Tels sont les pakhāṇḍin, adonnés aux actes interdits : hypocrites du « vœu du chat » et trompeurs…

Verse 20

चाटुतस्करदुर्वृत्तान् हन्यान्नस्त्यस्य पातकम् । न द्रष्टव्यो मया पापः स्तेयी कन्यापहारकः

S'il fallait tuer de tels voleurs flatteurs à la conduite inique, il n'y aurait aucun péché. Ce pécheur, voleur et ravisseur d'une jeune fille, ne mérite même pas mon regard.

Verse 21

शूलमारोप्यतां क्षिप्रं न विचारस्तु तस्य वै । स च वध्यो मया दुष्टो रक्षोरूपी तपोधनः

Qu'il soit empalé sur le champ, nulle délibération n'est nécessaire à son sujet. Ce scélérat, qui n'a que l'apparence d'un ascète, est en vérité semblable à un rākṣasa ; il doit être exécuté par ma main.

Verse 22

एवं ब्रुवंश्चलन्क्रोधादादिश्य दण्डवासिनम् । कार्याकार्यं न विज्ञाय शूलमारोपयद्द्विजम्

Parlant ainsi, tremblant de colère, le roi donna l'ordre à l'exécuteur ; ne discernant pas le juste de l'injuste, il fit empaler le deux-fois-né (brāhmaṇa) sur un pieu.

Verse 23

पौरा जानपदाः सर्वे अश्रुपूर्णमुखास्तदा । हाहेत्युक्त्वा रुदन्त्यन्ये वदन्ति च पृथक्पृथक्

Alors tous les citadins et les villageois, le visage baigné de larmes, s'écrièrent « Hélas ! » ; certains pleuraient, tandis que d'autres parlaient de voix diverses, chacun à sa façon.

Verse 24

कुत्सितं च कृतं कर्म राज्ञा चण्डालचारिणा । ब्राह्मणो नैव वध्यो हि विशेषेण तपोवृतः

Un acte odieux a été commis par ce roi qui se conduit comme un paria ; car un brāhmaṇa ne doit jamais être tué, surtout s'il est voué à l'austérité et aux vœux sacrés.

Verse 25

यदि रोषसमाचारो निर्वास्यो नगराद्बहिः । न जातु ब्राह्मणं हन्यात्सर्वपापेऽप्यवस्थितम्

Si la conduite est dominée par la colère, qu’on le bannisse hors de la cité ; mais jamais on ne doit tuer un brāhmaṇa, fût-il enlacé à tous les péchés.

Verse 26

राष्ट्रादेनं बहिष्कुर्यात्समग्रधनमक्षतम् । नाश्नाति च गृहे राजन्नाग्निर्नगरवासिनाम् । सर्वेऽप्युद्विग्नमनसो गृहव्याप्तिविवर्जिताः

Qu’on l’expulse du royaume, en laissant ses biens entiers et sans dommage. Et, ô Roi, dans les demeures des citadins le feu sacré ne « mange » pas (n’accepte pas les offrandes) ; tous ont l’esprit troublé, privés de la paisible plénitude de la vie domestique.

Verse 170

। अध्याय

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