Adhyaya 16
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Adhyaya 16

L’Adhyāya 16 déploie une séquence de haute théologie, rapportée par Mārkaṇḍeya : un Śiva redoutable (Śūlī/Hara/Śambhu) danse au milieu d’effrayants bhūta-gaṇas, revêtu d’une peau d’éléphant, dans des images de fumée, d’étincelles et d’une bouche béante semblable au vadavāmukha, signe d’une atmosphère de dissolution cosmique (saṃhāra/saṃvartaka-kāla). Le choc de l’aṭṭahāsa divin (rire terrifiant) résonne dans les directions, bouleverse les océans et atteint Brahmaloka, troublant les ṛṣis qui demandent éclaircissement à Brahmā. Brahmā explique que ce phénomène est Kāla (le Temps) lui-même, décrit par les cycles de l’année (saṃvatsara, parivatsara, etc.), par une subtilité allant jusqu’à l’infime, et par une souveraineté suprême, transformant la peur en compréhension métaphysique. Vient ensuite un stotra : Brahmā offre une louange imprégnée de mantra à Mahādeva, affirmant qu’Il englobe Śaṅkara, Viṣṇu et le principe créateur, et qu’Il dépasse parole et pensée. Mahādeva répond en rassurant, invite Brahmā à contempler le monde « en feu » aspiré par de multiples bouches, puis disparaît. La phalaśruti conclut que l’écoute ou la récitation de ce stotra très méritoire apporte bon augure, délivrance de la crainte et protection dans les périls (bataille, vol, incendie, forêt, océan), Śiva étant le gardien sûr.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । समातृभिर्भूतगणश्च घोरैर्वृतः समन्तात्स ननर्त शूली । गजेन्द्रचर्मावरणे वसानः संहर्तुकामश्च जगत्समस्तम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Entouré de toutes parts par la farouche cohorte des Bhūtas avec les Mères, le Seigneur au trident se mit à danser. Revêtu de la peau du roi des éléphants, il semblait vouloir retirer l’univers tout entier dans la dissolution.

Verse 2

महेश्वरः सर्वसुरेश्वराणां मन्त्रैरनेकेखबद्धमाली । मेदोवसारक्तविचर्चिताङ्गस्त्रैलोक्यदाहे प्रणनर्त शम्भुः

Maheśvara—Śambhu—dansa pour embraser les trois mondes, portant des guirlandes nouées de multiples syllabes mystiques et des mantras de tous les seigneurs des dieux ; et ses membres étaient enduits de graisse, de moelle et de sang.

Verse 3

स कालरात्र्या सहितो महात्मा काले त्रिलोकीं सकलां जहार । संवर्तकाख्यः सहभानुभावः शम्भुर्महात्मा जगतो वरिष्ठः

Cette grande Âme, accompagnée de Kālarātrī, en temps voulu saisit tout l’ensemble des trois mondes. Connu sous le nom de Saṃvartaka, rayonnant comme le soleil, le magnanime Śambhu—suprême sur l’univers—se dressa au grand jour.

Verse 4

स विस्फुलिङ्गोत्करधूममिश्रं महोल्कवज्राशनिवाततुल्यम् । ततोऽट्टहासं प्रमुमोच घोरं विवृत्य वक्त्रं वडवामुखाभम्

Alors, ouvrant grand sa face, pareille au Feu à la Bouche de la Jument, il lâcha un rire effroyable, tel une tempête d’éclairs-vajra et de météores, mêlée de fumée et d’averses d’étincelles.

Verse 5

सहस्रवज्राशनिसंनिभेन तेनाट्टहासेन हरोद्गतेन । आपूरितास्तत्र दिशो दशैव संक्षोभिताः सर्वमहार्णवाश्च

Par ce fracas de rire jailli de Hara, semblable à mille foudres-vajra, les dix directions furent entièrement remplies, et tous les grands océans furent bouleversés.

Verse 6

स ब्रह्मलोकं प्रजगाम शब्दो ब्रह्माण्डभाण्डं प्रचचाल सर्वम् । किमेतदित्याकुलचेतनास्ते वित्रस्तरूपा ऋषयो बभूवुः

Ce son parvint à Brahmaloka, et tout le « vase » de l’œuf cosmique se mit à trembler. Pensant : « Qu’est-ce donc ? », les rishis furent troublés et prirent des visages terrifiés.

Verse 7

प्रणम्य सर्वे सहसैव भीता ब्रह्माणमूचुः परमेश्वरेशम् । भीताश्च सर्वे ऋषयस्ततस्ते सुरासुरैश्चैव महोरगैश्च

Saisis de peur, tous à la fois se prosternèrent et s’adressèrent à Brahmā, le Souverain parmi les souverains. Puis ces rishis eux-mêmes furent saisis d’effroi, avec les Devas, les Asuras et les grands êtres-serpents.

Verse 8

विद्युत्प्रभाभासुरभीषणाङ्गः क एष चिक्रीडति भूतलस्थः । कालानलं गात्रमिदं दधानो यस्याट्टहासेन जगद्विमूढम्

«Qui est donc celui-ci qui, debout sur la terre, s’ébat avec un corps terrifiant, flamboyant comme l’éclair; portant une forme qui est le feu du Temps, et par le rire tonnant duquel le monde entier est plongé dans la stupeur ?»

Verse 9

वित्रस्तरूपं प्रबभौ क्षणेन संहर्तुमिच्छेत्किमयं त्रिलोकीम् । सार्धं त्वया सप्तभिरर्णकैश्च जनस्तपः सत्यमभिप्रयाति

En un instant il apparut sous une forme terrifiante—voudrait-il dissoudre les trois mondes ? Avec toi et les sept océans, tous les êtres se hâtent vers l’austérité (tapas) et la vérité (satya) comme unique refuge.

Verse 10

संहर्तुकामो हि क एष देव एतत्समस्तं कथयाप्रमेय । न दृष्टमेतद्विषमं कदापि जानासि तत्त्वं परमो मतो नः

Ô dieu, qui est donc celui qui désire la dissolution ? Expose toute cette affaire, ô Incommensurable. Jamais nous n’avons vu chose si terrible ; tu connais la vérité, c’est pourquoi nous te tenons pour l’autorité suprême.

Verse 11

निशम्य तद्वाक्यमथाबभाषे ब्रह्मा समाश्वास्य सुरादिसङ्घान्

Ayant entendu ces paroles, Brahmā prit alors la parole, rassurant d’abord les troupes rassemblées des devas et des autres êtres célestes.

Verse 12

श्रीब्रह्मोवाच । स एष कालस्त्रिदिवं त्वशेषं संहर्तुकामो जगदक्षयात्मा । पूर्णे च शेते परिवत्सराणां भविष्यतीशानविभुर्न चित्रम्

Śrī Brahmā dit : « C’est Kāla (le Temps) lui-même, impérissable en son essence, qui veut à présent retirer même tout le ciel des devas. Quand s’achèvera le cycle des années dites parivatsara, il deviendra le Seigneur souverain, omniprésent ; rien là d’étonnant. »

Verse 13

संवत्सरोऽयं परिवत्सरश्च उद्वत्सरो वत्सर एष देवः । दृष्टोऽप्यदृष्टः प्रहुतः प्रकाशी स्थूलश्च सूक्ष्मः परमाणुरेषः

« Il est l’année—saṃvatsara, parivatsara, udvatsara et vatsara—ce dieu même. Bien que visible, il est aussi invisible ; bien qu’invoqué dans les offrandes, il est de lui-même lumineux. Il est à la fois grossier et subtil ; en vérité, il est l’atome même. »

Verse 14

नातः परं किंचिदिहास्ति लोके परापरोऽयं प्रभुरात्मवादी । तुष्येत मे कालसमानरूप इत्येवमुक्त्वा भगवान्सुरेशः

«En ce monde, rien n’est plus élevé que Lui. Ce Seigneur est à la fois transcendant et immanent, révélateur du Soi. “Que Celui dont la forme est le Temps (Kāla) me soit favorable.” —ayant ainsi parlé, le Bienheureux Seigneur des dieux (Indra) …»

Verse 15

सनत्कुमारप्रमुखैः समेतः संतोषयामास ततो यतात्मा

Puis, avec Sanatkumāra et les autres ṛṣi en tête, l’homme maître de lui-même leur apporta apaisement et contentement.

Verse 16

। अध्याय

«Chapitre». (Marque de section, non un vers métrique.)

Verse 17

ओङ्कार हुङ्कारपरिष्कृताय स्वधावषट्कार नमोनमस्ते । गुणत्रयेशाय महेश्वराय ते त्रयीमयाय त्रिगुणात्मने नमः

Salutations, salutations à Toi—paré de Oṃ et de Huṃ, loué par svadhā et vaṣaṭ. Hommage à Toi, Maheśvara, Seigneur des trois guṇa ; à Toi, essence de la triade védique, dont l’être est le triple guṇa.

Verse 18

त्वं शङ्करत्वं हि महेश्वरोऽसि प्रधानमग्र्यं त्वमसि प्रविष्टः । त्वं विष्णुरीशः प्रपितामहश्च त्वं सप्तजिह्वस्त्वमनन्तजिह्वः

Tu es véritablement Śaṅkara ; Tu es Maheśvara. Tu es entré dans le Pradhāna primordial, la source la plus éminente. Tu es Viṣṇu, le Seigneur, et aussi le Grand-Père des êtres (Brahmā). Tu es le feu aux sept langues, et Tu es Celui aux langues infinies.

Verse 19

स्रष्टासि सृष्टिश्च विभो त्वमेव विश्वस्य वेद्यं च परं निधानम् । आहुर्द्विजा वेदविदो वरेण्यं परात्परस्त्वं परतः परोऽसि

Ô Toi qui pénètres tout, Toi seul es le Créateur et l’acte même de la création ; Tu es le trésor suprême et l’ultime réalité à connaître dans l’univers. Les dvija, connaisseurs du Veda, Te déclarent le plus digne d’adoration : plus haut que le plus haut, au-delà de tout au-delà.

Verse 20

सूक्ष्मातिसूक्ष्मं प्रवदन्ति यच्च वाचो निवर्तन्ति मनो यतश्च

Ils disent que Cela est plus subtil que le plus subtil : ce devant quoi les paroles se retirent, et d’où l’esprit lui-même se détourne.

Verse 21

श्रीमहादेव उवाच । त्वया स्तुतोऽहं विविधैश्च मन्त्रैः पुष्णामि शान्तिं तव पद्मयोने । ईक्षस्व मां लोकमिमं ज्वलन्तं वक्त्रैरनेकैः प्रसभं हरन्तम्

Śrī Mahādeva dit : «Ô Padmayoni (Brahmā), puisque tu M’as loué par maints mantras, Je t’accorde la paix. Contemple-Moi à présent : flamboyant en ce monde, le consumant avec force par Mes nombreuses bouches».

Verse 22

एवमुक्त्वा स देवेशो देव्या सह जगत्पतिः । पितामहं समाश्वास्य तत्रैवान्तरधीयत

Ayant ainsi parlé, le Seigneur des dieux—Maître de l’univers—avec la Déesse, réconforta Pitāmaha (Brahmā) et disparut en ce lieu même.

Verse 23

इदं महत्पुण्यतमं वरिष्ठं स्तोत्रं निशम्येह गतिं लभन्ते । पापैरनेकैः परिवेष्टिता ये प्रयान्ति रुद्रं विमलैर्विमानैः

En entendant cet hymne, très grand, très pur et excellent, les êtres obtiennent ici même la voie bienheureuse. Même ceux qu’enserrent de nombreux péchés vont vers Rudra, portés sur des chars célestes immaculés.

Verse 24

भयं च तेषां न भवेत्कदाचित्पठन्ति ये तात इदं द्विजाग्र्याः । सङ्ग्रामचौराग्निवने तथाब्धौ तेषां शिवस्त्राति न संशयोऽत्र

Ô bien-aimé, pour les plus éminents parmi les deux-fois-nés qui récitent ceci, la crainte ne surgit jamais. Dans la bataille, parmi les voleurs, dans le feu, dans la forêt et même dans l’océan, Śiva les protège ; il n’y a là aucun doute.