
Ce chapitre prend la forme d’un dialogue d’instruction : le sage Mārkaṇḍeya conduit un roi vers Rohiṇī-tīrtha, loué comme célèbre dans les trois mondes et capable de purifier les fautes morales. Yudhiṣṭhira demande un exposé précis de son efficacité ; s’ouvre alors un récit d’origine situé au temps de la dissolution cosmique : Viṣṇu (Padmanābha/Cakrin) repose sur les eaux, de son nombril surgit un lotus éclatant, et de ce lotus naît Brahmā. Brahmā sollicite l’enseignement, Viṣṇu lui confie l’œuvre de création, puis sont évoqués l’apparition des sages et la lignée de Dakṣa, jusqu’aux filles de Dakṣa. Parmi les épouses de la Lune, Rohiṇī est distinguée comme la plus aimée ; toutefois une tension relationnelle l’amène à cultiver le vairāgya (détachement) et à pratiquer l’ascèse sur la rive de la Narmadā. Sa discipline comprend des jeûnes gradués, des bains rituels répétés et une dévotion à la Déesse Nārāyaṇī/Bhavānī, décrite comme protectrice et dissipatrice des afflictions. Satisfaite par le vœu et la maîtrise de soi, la Déesse accorde la demande de Rohiṇī. Le lieu reçoit alors le nom de Rohiṇī-tīrtha et sa phalaśruti est proclamée : celui qui s’y baigne devient cher à son époux/épouse comme Rohiṇī, et celui qui y meurt se voit promettre d’être délivré de la séparation conjugale durant sept naissances. Le chapitre associe ainsi autorité cosmologique, exemplarité ascétique et bénéfice local afin de fonder l’éthique du pèlerinage à un tīrtha de la Narmadā.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महीपाल रोहिणीतीर्थमुत्तमम् । विख्यातं त्रिषु लोकेषु सर्वपापहरं परम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô protecteur de la terre, qu’on se rende au très excellent Rohiṇī-tīrtha, renommé dans les trois mondes, souverain pour ôter tous les péchés.
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । रोहिणीतीर्थमाहात्म्यं सर्वपापप्रणाशनम् । श्रोतुमिच्छामि तत्त्वेन तन्मे त्वं वक्तुमर्हसि
Yudhiṣṭhira dit : Je souhaite entendre, en vérité et dans son entier, la grandeur du Rohiṇī-tīrtha qui anéantit tous les péchés. Daigne me l’exposer.
Verse 3
श्रीमार्कण्डेय उवाच । तस्मिन्नेकार्णवे घोरे नष्टे स्थावरजङ्गमे । उदधौ च शयानस्य देवदेवस्य चक्रिणः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Dans cet unique océan redoutable, lorsque tout ce qui est immobile et mobile eut péri, le Seigneur des dieux, porteur du disque, reposait sur les eaux.
Verse 4
नाभौ समुत्थितं पद्मं रविमण्डलसन्निभम् । कर्णिकाकेसरोपेतं पत्रैश्च समलंकृतम्
De son nombril s’éleva un lotus, semblable au disque du soleil, pourvu de péricarpe et de filaments, et magnifiquement paré de pétales.
Verse 5
तत्र ब्रह्मा समुत्पन्नश्चतुर्वदनपङ्कजः । किं करोमीति देवेश आज्ञा मे दीयतां प्रभो
Là naquit Brahmā, au visage de lotus et aux quatre bouches, et il dit : «Ô Seigneur des dieux, que dois-je faire ? Ô Maître, accorde-moi Ton ordre».
Verse 6
एवमुक्तस्तु देवेशः शङ्खचक्रगदाधरः । उवाच मधुरां वाणीं तदा देवं पितामहम्
Ainsi sollicité, le Seigneur des dieux, portant conque, disque et massue, adressa alors de douces paroles au divin Pitāmaha (Brahmā).
Verse 7
सरस्वत्यां महाबाहो लोकं कुरु ममाज्ञया । भूतग्राममशेषस्य उत्पादनविधिक्षयम्
«Ô toi aux bras puissants, par Mon ordre, fais naître les mondes en Sarasvatī, et mets en œuvre la méthode entière pour produire toutes les multitudes d’êtres».
Verse 8
एतच्छ्रुतं तु वचनं पद्मनाभस्य भारत । चिन्तयामास भगवान्सप्तर्षीन्हितकाम्यया
Ô Bhārata, ayant entendu ces paroles de Padmanābha, le Seigneur Bienheureux se recueillit, désirant le bien des Sept Ṛṣis.
Verse 9
क्रमात्ते चिन्तिताः प्राज्ञाः पुलस्त्यः पुलहः क्रतुः । प्राचेतसो वसिष्ठश्च भृगुर्नारद एव च
Puis, dans l’ordre, il se remémora ces sages : Pulastya, Pulaha, Kratu, Prācetasa, Vasiṣṭha, Bhṛgu, et Nārada aussi.
Verse 10
यज्ञे प्राचेतसो दक्षो महातेजाः प्रजापतिः । दक्षस्यापि तथा जाताः पञ्चाशद्दुहितरोऽनघ
Du sacrifice naquit Prācetasa Dakṣa, le Prajāpati au grand éclat; et à Dakṣa, de même, naquirent cinquante filles, ô sans tache.
Verse 11
ददौ स दश धर्माय कश्यपाय त्रयोदश । तथैव स महाभागः सप्तविंशतिमिन्दवे
Il en donna dix à Dharma, treize à Kaśyapa; et de même, ce fortuné en donna vingt-sept à Indu, la Lune.
Verse 12
रोहिणीनाम या तासां मध्ये तस्य नराधिप । अनिष्टा सर्वनारीणां भर्तुश्चैव विशेषतः
Ô roi, parmi elles, celle nommée Rohiṇī devint odieuse à toutes les femmes, et tout particulièrement à son époux.
Verse 13
ततः सा परमं कृत्वा वैराग्यं नृपसत्तम । आगत्य नर्मदातीरे चचार विपुलं तपः
Alors elle, ayant embrassé le suprême détachement, ô meilleur des rois, vint sur la rive de la Narmadā et y accomplit d’abondantes austérités.
Verse 14
एकरात्रैस्त्रिरात्रैश्च षड्द्वादशभिरेव च । पक्षमासोपवासैश्च कर्शयन्ति कलेवरम्
Par des jeûnes d’une nuit, de trois nuits, de six et de douze, ainsi que par des jeûnes de quinzaine et de mois, ils amaigrissent le corps dans l’ascèse.
Verse 15
आराधयन्ती सततं महिषासुरनाशिनीं । देवीं भगवतीं तात सर्वार्तिविनिवारणीम्
Sans cesse elle rendait un culte à la Déesse Bienheureuse, la meurtrière de Mahiṣāsura, ô cher, celle qui écarte toute détresse et toute affliction.
Verse 16
स्नात्वा स्नात्वा जले नित्यं नर्मदायाः शुचिस्मिता । ततस्तुष्टा महाभागा देवी नारायणी नृप
S’étant baignée jour après jour, encore et encore, dans les eaux de la Narmadā — elle au sourire pur et doux — alors la très fortunée Déesse Nārāyaṇī fut satisfaite, ô Roi.
Verse 17
प्रसन्ना ते महाभागे व्रतेन नियमेन च । एतच्छ्रुत्वा तु वचनं रोहिणी शशिनः प्रिया
« Ô très fortunée, je suis satisfaite de toi, par ton vœu et ta règle de maîtrise. » Entendant ces paroles, Rohiṇī, bien-aimée de la Lune…
Verse 18
यथा भवामि न चिरात्तथा भवतु मानदे । एवमस्त्विति सा चोक्त्वा भवानी भक्तवत्सला
« Que je devienne ainsi, et sans tarder—qu’il en soit ainsi, ô dispensatrice d’honneur. » Disant : « Qu’il en soit ainsi », Bhavānī, pleine de tendresse pour ses dévots, accorda la grâce.
Verse 19
स्तूयमाना मुनिगणैस्तत्रैवान्तरधीयत । तदाप्रभृति तत्तीर्थं रोहिणी शशिनः प्रिया
Tandis qu’elle était louée par des multitudes de sages, elle disparut sur-le-champ. Dès lors, ce tīrtha sacré devint renommé au nom de Rohiṇī, bien-aimée de la Lune.
Verse 20
संजाता सर्वकालं तु वल्लभा नृपसत्तम । तत्र तीर्थे तु या नारी नरो वा स्नानि भक्तितः
Elle devint aimée pour tous les temps, ô meilleur des rois. Et en ce tīrtha, toute femme ou tout homme qui s’y baigne avec dévotion…
Verse 21
वल्लभा जायते सा तु भर्तुर्वै रोहिणी यथा । तत्र तीर्थे तु यः कश्चित्प्राणत्यागं करोति वै
Elle devient chère à son époux, tout comme Rohiṇī. Et quiconque, en ce tīrtha, y abandonne le souffle (meure)…
Verse 22
सप्तजन्मानि दाम्पत्यवियोगो न भवेत्क्वचित्
Durant sept naissances, il n’y aura jamais séparation entre les époux.
Verse 108
। अध्याय
« (Fin du) chapitre. »