Adhyaya 24
Vayaviya SamhitaPurva BhagaAdhyaya 2458 Verses

मन्दरगिरिवर्णनम् — Description of Mount Mandara as Śiva’s Residence (Tapas-abode)

L’Adhyāya 24 s’ouvre sur les questions des ṛṣi à Vāyu au sujet de Hara (Śiva), qui a « disparu » (antardhāna) avec Devī et ses suivants : où sont-ils allés, où demeurent-ils, et qu’ont-ils fait avant de se reposer. Vāyu répond en désignant le mont Mandara—montagne splendide aux grottes merveilleuses—comme chère au Seigneur des dieux et choisie pour demeure, liée au tapas (austérité, ascèse). Le récit se déploie ensuite en une description topographique et théologique élevée : sa beauté est inexprimable, fût-ce avec mille bouches ou sur d’immenses durées ; pourtant, certains signes peuvent être dits—prospérité extraordinaire (ṛddhi), aptitude à être la résidence d’Īśvara, et transformation en « palais intérieur » (antaḥpurī) pour réjouir Devī. La proximité constante de Śiva–Śakti fait que le relief et la végétation surpassent le monde, et ses eaux—ruisseaux et cascades—accordent un mérite purificateur par le bain et la boisson. Mandara apparaît ainsi non comme un simple décor, mais comme un nœud sacré où convergent puissance ascétique, intimité divine et auspice naturel, offrant un modèle pour lire le paysage comme théologie.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । अन्तर्धानगतो देव्या सह सानुचरो हरः । क्व यातः कुत्र वासः किं कृत्वा विरराम ह

Les sages dirent : «Hara, accompagné de la Déesse et de Ses serviteurs, a disparu à nos yeux. Où est-Il allé, où demeure-t-Il, et après avoir accompli quoi s’est-Il apaisé (cessant Son activité manifeste) ?»

Verse 2

वायुरुवाच । महीधरवरः श्रीमान्मंदरश्चित्रकंदरः । दयितो देवदेवस्य निवासस्तपसो ऽभवत्

Vāyu dit : «Le glorieux Mandara, le plus éminent des monts, orné de grottes merveilleuses, devint la demeure bien-aimée des austérités (tapas) du Dieu des dieux, le Seigneur Śiva.»

Verse 3

तपो महत्कृतं तेन वोढुं स्वशिरसा शिवौ । चिरेण लब्धं तत्पादपंकजस्पर्शजं सुखम्

Il accomplit une grande austérité afin de pouvoir porter Śiva sur sa propre tête ; et, après longtemps, il obtint la béatitude née du contact des pieds-lotus du Seigneur.

Verse 4

तस्य शैलस्य सौन्दर्यं सहस्रवदनैरपि । न शक्यं विस्तराद्वक्तुं वर्षकोटिशतैरपि

Même avec mille bouches, la beauté de cette montagne sacrée ne peut être dite en entier ; même en des centaines de crores d’années, il est impossible d’en parler en détail.

Verse 5

शक्यमप्यस्य सौन्दर्यं न वर्णयितुमुत्सहे । पर्वतान्तरसौन्दर्यं साधारणविधारणात्

Bien que cela puisse être possible, je n’ose décrire la beauté de ce lieu ; car sa splendeur dépasse celle des autres montagnes et ne peut être contenue dans une description ordinaire.

Verse 6

इदन्तु शक्यते वक्तुमस्मिन्पर्वतसुन्दरे । ऋद्ध्या कयापि सौन्दर्यमीश्वरावासयोग्यता

Pourtant, voici ce qu’on peut dire de cette belle montagne : par quelque prospérité divine extraordinaire, elle possède un éclat et une aptitude qui la rendent digne d’être la demeure du Seigneur, Śiva.

Verse 7

अत एव हि देवेन देव्याः प्रियचिकीर्षया । अतीव रमणीयोयं गिरिरन्तःपुरीकृतः

Ainsi donc, le Seigneur, voulant accomplir ce qui est cher à la Déesse, fit de cette montagne d’une beauté exquise son palais intérieur (demeure secrète).

Verse 8

मेखलाभूमयस्तस्य विमलोपलपादपाः । शिवयोर्नित्यसान्निध्यान्न्यक्कुर्वंत्यखिलंजगत्

Ses terrasses ceinturées et ses marches de pierre immaculées, par la proximité éternelle de Śiva et de Devī, font paraître le monde entier diminué, saisi devant cette majesté divine.

Verse 9

पितृभ्यां जगतो नित्यं स्नानपानोपयोगतः । अवाप्तपुण्यसंस्कारः प्रसरद्भिरितस्ततः

Par les eaux sacrées des Pitṛ (ancêtres), le monde est sans cesse soutenu, car on s’en sert pour se baigner et boire. D’elles naissent un mérite purificateur et des empreintes saintes, qui se répandent en tous sens.

Verse 10

लघुशीतलसंस्पर्शैरच्छाच्छैर्निर्झराम्बुभिः । अधिराज्येन चाद्रीणामद्रीरेषो ऽभिषिच्यते

Par le toucher doux et frais des eaux limpides jaillissant des sources de la montagne, et aussi par sa suzeraineté sur tous les monts, ce Roi des Montagnes est, pour ainsi dire, consacré (abhiṣeka).

Verse 11

निशासु शिखरप्रान्तर्वर्तिना स शिलोच्चयः । चंद्रेणाचल साम्राज्यच्छत्रेणेव विराजते

La nuit, cette haute montagne—dont le sommet est couronné par la Lune—resplendit, comme si la Lune était le parasol royal au-dessus du royaume montagnard, proclamant sa splendeur souveraine.

Verse 12

स शैलश्चंचलीभूतैर्बालैश्चामरयोषिताम् । सर्वपर्वतसाम्राज्यचामरैरिव वीज्यते

Cette montagne semblait être éventée par les mèches frémissantes des jeunes filles portant le chāmara en queue de yak, tels les chasse-mouches royaux de toute la souveraineté des montagnes, ondoyant autour d’elle.

Verse 13

प्रातरभ्युदिते भानौ भूधरो रत्नभूषितः । दर्पणे देहसौभाग्यं द्रष्टुकाम इव स्थितः

Quand le soleil venait de se lever au matin, la montagne, parée de joyaux, se tenait comme devant un miroir, désirant contempler l’éclat et la beauté de bon augure de son propre corps.

Verse 14

कूजद्विहंगवाचालैर्वातोद्धृतलताभुजैः । विमुक्तपुष्पैः सततं व्यालम्बिमृदुपल्लवैः

Il était sans cesse animé par le roucoulement des oiseaux ; le vent soulevait les bras des lianes, les tendres pousses pendaient avec douceur, et les fleurs détachées tombaient continuellement.

Verse 15

लताप्रतानजटिलैस्तरुभिस्तपसैरिव । जयाशिषा सहाभ्यर्च्य निषेव्यत इवाद्रिराट्

Enchevêtré de lianes déployées et entouré d’arbres comme en austérités, le roi des montagnes paraissait comme adoré avec des bénédictions de victoire, et comme continuellement servi avec une dévotion respectueuse.

Verse 16

अधोमुखैरूर्ध्वमुखैश्शृंगैस्तिर्यङ्मुखैस्तथा । प्रपतन्निव पाताले भूपृष्ठादुत्पतन्निव

Avec certains sommets tournés vers le bas, d’autres vers le haut, et d’autres encore inclinés de côté, cela semblait comme plonger dans le Pātāla et, en même temps, jaillir de la surface de la terre.

Verse 17

परीतः सर्वतो दिक्षु भ्रमन्निव विहायसि । पश्यन्निव जगत्सर्वं नृत्यन्निव निरन्तरम्

Il est entouré de toutes parts, en toutes directions, comme s’il se mouvait dans le ciel ; comme s’il contemplait l’univers entier ; et comme s’il dansait sans cesse — le Seigneur toujours actif, qui pénètre tout et veille sur tout ce qui est.

Verse 18

गुहामुखैः प्रतिदिनं व्यात्तास्यो विपुलोदरैः । अजीर्णलावण्यतया जृंभमाण इवाचलः

Avec les bouches de ses grottes béantes jour après jour, telle une créature au vaste ventre et à la gueule ouverte, la montagne semblait bâiller ; sa beauté paraissait ternie, comme par une indigestion.

Verse 19

ग्रसन्निव जगत्सर्वं पिबन्निव पयोनिधिम् । वमन्निव तमोन्तस्थं माद्यन्निव खमम्बुदैः

On eût dit qu’elle engloutissait l’univers entier, qu’elle buvait l’océan ; qu’elle rejetait au dehors les ténèbres cachées en son sein ; et qu’elle s’enivrait dans le ciel parmi les nuées.

Verse 20

निवास भूमयस्तास्ता दर्पणप्रतिमोदराः । तिरस्कृतातपास्स्निग्धाश्रमच्छायामहीरुहाः

Ces lieux de séjour étaient chacun comme l’intérieur d’un miroir sans tache : frais et délicieux. Là, l’ardeur du soleil était tenue à l’écart, car de grands arbres répandaient sur les ermitages une ombre épaisse et douce.

Verse 21

सरित्सरस्तडागादिसंपर्कशिशिरानिलाः । तत्र तत्र निषण्णाभ्यां शिवाभ्यां सफलीकृताः

Les brises fraîches, rendues plus suaves par le contact des rivières, des lacs et des étangs, furent, çà et là, rendues pleinement fécondes par les deux Auspicieux, Śiva et sa Śivā, assis ensemble.

Verse 22

तमिमं सर्वतः श्रेष्ठं स्मृत्वा साम्बस्त्रियम्बकः । रैभ्याश्रमसमीपस्थश्चान्तर्धानं गतो ययौ

Se souvenant de Lui comme du Suprême en toute manière, Tryambaka (le Seigneur Śiva), avec Umā, s’approcha de l’ermitage de Raibhya puis s’en alla, devenant invisible par sa puissance yogique.

Verse 23

तत्रोद्यानमनुप्राप्य देव्या सह महेश्वरः । रराम रमणीयासु देव्यान्तःपुरभूमिषु

Parvenu à ce jardin, Mahādeva (Maheśvara), avec la Déesse, se réjouit et s’ébat avec délice dans les beaux enclos du palais intérieur de Devī, révélant l’intimité bénie de Pati (Śiva) avec Śakti (Devī).

Verse 24

तथा गतेषु कालेषु प्रवृद्धासु प्रजासु च । दैत्यौ शुंभनिशुंभाख्यौ भ्रातरौ संबभूवतुः

Ainsi, au fil du temps et à mesure que les peuples se multiplièrent, deux frères démons (daityas) virent le jour, nommés Śumbha et Niśumbha.

Verse 25

ताभ्यां तपो बलाद्दत्तं ब्रह्मणा परमेष्टिना । अवध्यत्वं जगत्यस्मिन्पुरुषैरखिलैरपि

À ces deux-là, le suprême Brahmā (Parameṣṭhin), touché par la puissance de leurs austérités, accorda le don de l’invincibilité en ce monde, même contre tous les hommes.

Verse 26

अयोनिजा तु या कन्या ह्यंबिकांशसमुद्भवा । अजातपुंस्पर्शरतिरविलंघ्यपराक्रमा

Mais cette jeune fille —non née d’aucun sein, issue d’une part d’Ambikā— se réjouissait d’une pureté intacte, n’ayant jamais connu le contact d’un homme, et possédait une puissance inviolable que nul ne pouvait franchir.

Verse 27

तया तु नौ वधः संख्ये तस्यां कामाभिभूतयोः । इति चाभ्यर्थितो ब्रह्मा ताभ्याम्प्राह तथास्त्विति

«Par elle, certes, notre mort surviendra au combat»—ainsi, tous deux, vaincus par le désir pour elle, supplièrent Brahmā. Brahmā, ainsi sollicité, leur répondit : «Qu’il en soit ainsi».

Verse 28

ततः प्रभृति शक्रादीन्विजित्य समरे सुरान् । निःस्वाध्यायवषट्कारं जगच्चक्रतुरक्रमात्

Dès lors, ayant vaincu au combat Indra et les autres dieux, par une puissance irrésistible il plongea le monde dans le silence : la récitation des Veda et le cri sacrificiel « vaṣaṭ » s’éteignirent.

Verse 29

तयोर्वधाय देवेशं ब्रह्माभ्यर्थितवान्पुनः । विनिंद्यापि रहस्यं वां क्रोधयित्वा यथा तथा

De nouveau, pour la perte de ces deux-là, Brahmā implora le Seigneur des dieux, Śiva. Puis, en blâmant votre secret—par quelque moyen que ce fût—il excita votre colère à tous deux.

Verse 30

तद्वर्णकोशजां शक्तिमकामां कन्यकात्मिकाम् । निशुम्भशुंभयोर्हंत्रीं सुरेभ्यो दातुमर्हसि

C’est pourquoi tu dois accorder aux dieux cette puissance née de cette essence lumineuse : la Śakti, sans désir, sous la forme d’une jeune fille, qui deviendra la meurtrière de Niśumbha et de Śumbha.

Verse 31

एवमभ्यर्थितो धात्रा भगवान्नीललोहितः । कालीत्याह रहस्यं वां निन्दयन्निव सस्मितः

Ainsi, supplié par le Créateur (Dhātṛ, Brahmā), le Seigneur bienheureux Nīlalohita—souriant comme dans une douce réprimande—prononça pour vous deux le nom secret : « Kālī ».

Verse 32

ततः क्रुद्धा तदा देवी सुवर्णा वर्णकारणात् । स्मयन्ती चाह भर्तारमसमाधेयया गिरा

Alors la Déesse Suvarṇā, irritée à cause de l’affaire du teint, sourit et s’adressa à son époux par des paroles qui n’étaient point destinées à l’apaiser.

Verse 33

देव्युवाच । ईदृशो मम वर्णेस्मिन्न रतिर्भवतो ऽस्ति चेत् । एवावन्तं चिरं कालं कथमेषा नियम्यते

La Déesse dit : «Si, devant une forme telle que la mienne, tu n’éprouves vraiment aucun désir, comment donc ce désir a-t-il été contenu si longtemps ?»

Verse 34

अरत्या वर्तमानो ऽपि कथं च रमसे मया । न ह्यशक्यं जगत्यस्मिन्नीश्वरस्य जगत्प्रभोः

«Même demeurant dans le déplaisir, comment peux-tu encore te réjouir avec moi ? Car en ce monde rien n’est impossible au Seigneur, Maître de l’univers.»

Verse 35

स्वात्मारामस्य भवतो रतिर्न सुखसाधनम् । इति हेतोः स्मरो यस्मात्प्रसभं भस्मसात्कृतः

«Pour Toi qui demeures dans la béatitude du Soi, la passion n’est pas un moyen de bonheur. C’est pour cette raison même que Kāma (Smara) fut par Toi réduit en cendres.»

Verse 36

या च नाभिमता भर्तुरपि सर्वांगसुन्दरी । सा वृथैव हि जायेत सर्वैरपि गुणान्तरैः

Quand bien même l’épouse serait belle en chacun de ses membres, si elle n’est ni chère ni agréable à son époux, en vérité elle naît en vain, quand bien même elle posséderait bien d’autres qualités éminentes.

Verse 37

भर्तुर्भोगैकशेषो हि सर्ग एवैष योषिताम् । तथासत्यन्यथाभूता नारी कुत्रोपयुज्यते

Pour les femmes, on dit que la création ne laisse qu’un seul reliquat : être traitées comme objet de jouissance du mari. Et si, malgré cela, on les marque d’« infidèles » et qu’on les déforme en autre chose, où donc une femme trouvera-t-elle sa juste place et sa reconnaissance ?

Verse 38

तस्माद्वर्णमिमं त्यक्त्वा त्वया रहसि निन्दितम् । वर्णान्तरं भजिष्ये वा न भजिष्यामि वा स्वयम्

Ainsi, délaissant cette condition sociale que tu as blâmée en secret, de mon propre gré j’entrerai dans une autre condition, ou bien je n’entrerai en aucune.

Verse 39

इत्युक्त्वोत्थाय शयनाद्देवी साचष्ट गद्गदम् । ययाचे ऽनुमतिं भर्तुस्तपसे कृतनिश्चया

Ayant ainsi parlé, la Déesse se leva de sa couche et, la voix étranglée par l’émotion, s’adressa à lui. Fermement résolue à entreprendre les austérités, elle demanda à son époux la permission de pratiquer le tapas.

Verse 40

तथा प्रणयभंगेन भीतो भूतपतिः स्वयम् । पादयोः प्रणमन्नेव भवानीं प्रत्यभाषत

Ainsi, craignant une rupture de leur harmonie amoureuse, Bhūtapati (le Seigneur Śiva) lui-même—tout en se prosternant aux pieds de Bhavānī—lui adressa la parole.

Verse 41

ईश्वर उवाच । अजानती च क्रीडोक्तिं प्रिये किं कुपितासि मे । रतिः कुतो वा जायेत त्वत्तश्चेदरतिर्मम

Īśvara dit : «Bien-aimée, tu ne comprends pas que ce n’étaient que des paroles de jeu ; pourquoi te fâches-tu contre moi ? S’il y avait en moi de l’aversion pour toi, comment l’amour pourrait-il jamais naître ?»

Verse 42

माता त्वमस्य जगतः पिताहमधिपस्तथा । कथं तदुत्पपद्येत त्वत्तो नाभिरतिर्मम

Tu es la Mère de cet univers ; je suis son Père et aussi son Seigneur. Comment serait-il donc possible que je ne trouve pas ma joie en toi ?

Verse 43

आवयोरभिकामो ऽपि किमसौ कामकारितः । यतः कामसमुत्पत्तिः प्रागेव जगदुद्भवः

Même si le désir s’élève entre nous, comment pourrait-il être suscité par Kāma, le dieu de l’amour ? Car l’émergence même du désir existait déjà avant la manifestation du monde.

Verse 44

पृथग्जनानां रतये कामात्मा कल्पितो मया । ततः कथमुपालब्धः कामदाहादहं त्वया

Pour la joie et l’union des êtres du monde, j’ai établi dans la création le principe de Kāma (le désir). Si tel est le cas, comment peux-tu me reprocher l’embrasement de Kāma—comment me blâmer de l’avoir réduit en cendres ?

Verse 45

मां वै त्रिदशसामान्यं मन्यमानो मनोभवः । मनाक्परिभवं कुर्वन्मया वै भस्मसात्कृतः

Me prenant pour simplement l’égal des dieux, Manobhava (Kāma) m’a traité avec un léger mépris ; c’est pourquoi, par Moi, il fut réduit en cendres.

Verse 46

विहारोप्यावयोरस्य जगतस्त्राणकारणात् । ततस्तदर्थं त्वय्यद्य क्रीडोक्तिं कृतवाहनम्

Même notre jeu, en apparence léger, devient cause de sauvegarde pour ce monde. C’est pourquoi, pour ce dessein même, aujourd’hui j’ai ordonné cette entreprise ludique par ton entremise, te prenant pour moyen et véhicule.

Verse 47

स चायमचिरादर्थस्तवैवाविष्करिष्यते । क्रोधस्य जनकं वाक्यं हृदि कृत्वेदमब्रवीत्

«Cette affaire même te sera bientôt rendue manifeste.» Ayant gardé en son cœur ces paroles qui font naître la colère, il parla alors ainsi.

Verse 48

देव्युवाच । श्रुतपूर्वं हि भगवंस्तव चाटु वचो मया । येनैवमतिधीराहमपि प्रागभिवंचिता

La Déesse dit : «Ô Seigneur Bienheureux, j’ai déjà entendu auparavant tes paroles flatteuses ; par elles, même moi, pourtant ferme dans l’intelligence, fus jadis trompée.»

Verse 49

प्राणानप्यप्रिया भर्तुर्नारी या न परित्यजेत् । कुलांगना शुभा सद्भिः कुत्सितैव हि गम्यते

Même si elle n’est pas chère au cœur de son époux, la femme qui ne l’abandonne pas—fût-ce au prix de sa propre vie—est tenue par les vertueux pour une épouse noble et de bon augure ; mais par les êtres vils, elle est méprisée.

Verse 50

भूयसी च तवाप्रीतिरगौरमिति मे वपुः । क्रीडोक्तिरपि कालीति घटते कथमन्यथा

Grande est ton déplaisir envers moi, pensant : «Mon corps n’est pas beau comme celui de Gaurī.» Même la parole dite en jeu, me nommant «Kālī», en vient à convenir ; comment pourrait-il en être autrement ?

Verse 51

सद्भिर्विगर्हितं तस्मात्तव कार्ष्ण्यमसंमतम् । अनुत्सृज्य तपोयोगात्स्थातुमेवेह नोत्सहे

Ainsi, ta dureté est blâmée par les vertueux et n’est point approuvée. Sans renoncer à cette union de l’ascèse et du yoga, je n’ai plus le courage de demeurer ici davantage.

Verse 52

शिव उवाच । स यद्येवंविधतापस्ते तपसा किं प्रयोजनम् । ममेच्छया स्वेच्छया वा वर्णान्तरवती भव

Śiva dit : «Si telle est ton ascèse, à quoi sert une telle pénitence ? Par Ma volonté ou par ton propre choix, deviens celle qui porte un autre varṇa (une condition changée).»

Verse 53

देव्युवाच । नेच्छामि भवतो वर्णं स्वयं वा कर्तुमन्यथा । ब्रह्माणं तपसाराध्य क्षिप्रं गौरी भवाम्यहम्

La Déesse dit : «Je ne souhaite pas, de moi-même, modifier ton décret d’une autre manière. En adorant Brahmā par l’ascèse, je deviendrai promptement Gaurī, la claire et l’auspicieuse.»

Verse 54

ईश्वर उवाच । मत्प्रसादात्पुरा ब्रह्मा ब्रह्मत्वं प्राप्तवान्पुरा । तमाहूय महादेवि तपसा किं करिष्यसि

Īśvara dit : «Autrefois, par Ma grâce, Brahmā obtint l’état de Brahmā. L’ayant convoqué, ô Mahādevī, qu’accompliras-tu par l’ascèse ?»

Verse 55

देव्युवाच । त्वत्तो लब्धपदा एव सर्वे ब्रह्मादयः सुराः । तथाप्याराध्य तपसा ब्रह्माणं त्वन्नियोगतः

La Déesse dit : «De Toi seul, tous les dieux — à commencer par Brahmā — ont reçu leurs rangs et leurs puissances. Pourtant, selon Ton ordre, ils adorent Brahmā par l’ascèse.»

Verse 56

पुरा किल सती नाम्ना दक्षस्य दुहिता ऽभवम् । जगतां पतिमेवं त्वां पतिं प्राप्तवती तथा

Autrefois, en vérité, je fus la fille de Dakṣa, nommée Satī ; et ainsi je t’obtins, Toi—Seigneur des mondes—pour époux.

Verse 57

एवमद्यापि तपसा तोषयित्वा द्विजं विधिम् । गौरी भवितुमिच्छामि को दोषः कथ्यतामिह

Même à présent, par l’austérité j’ai satisfait le Seigneur Brahmā, le Deux-fois-né, l’Ordonnateur. Je souhaite devenir Gaurī : quelle faute y a-t-il en cela ? Qu’on l’énonce ici.

Verse 58

एवमुक्तो महादेव्या वामदेवः स्मयन्निव । न तां निर्बंधयामास देवकार्यचिकीर्षया

Ainsi interpellé par Mahādevī, Vāmadeva—comme avec un léger sourire—ne la pressa pas davantage, car il voulait accomplir le dessein divin.

Frequently Asked Questions

The sages inquire about Śiva’s antardhāna (concealment) with Devī and attendants; Vāyu reveals their chosen dwelling—Mount Mandara—presented as Śiva’s beloved tapas-residence.

The text uses ineffability to signal that the mountain’s qualities exceed ordinary description because they arise from Śiva–Śakti’s sānnidhya; beauty becomes a theological indicator of divine immanence.

Fitness as Īśvara’s abode, constant proximity of Śiva and Devī, extraordinary ṛddhi (splendor), wondrous caves/terraces, and purifying streams used for bathing and drinking that generate puṇya.