Adhyaya 9
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The Greatness of the Gaṅgā (Gaṅgā-māhātmya): Saudāsa/Kalmāṣapāda’s Curse and Release

Nārada interroge Sanaka sur la malédiction et la rédemption du roi Saudāsa. Sanaka raconte : Le roi tua une tigresse (une rākṣasī), incitant son compagnon à se venger. Se faisant passer pour Vasiṣṭha, le démon incita le roi à offrir de la viande. Le vrai Vasiṣṭha maudit le roi pour qu'il devienne un rākṣasa. Retenu par la reine Madayantī, le roi accepta le sort, ses pieds tachés par l'eau maudite (devenant Kalmāṣapāda). Après avoir souffert en tant que démon, il fut purifié par des gouttes d'eau du Gange apportées par un brāhmaṇa vertueux. Il se rendit ensuite à Vārāṇasī, adora Sadāśiva et atteignit la mokṣa par la dévotion à Hari.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । शप्तः कथं वसिष्ठेन सौदासो नृपसत्तमः । गङ्गाबिन्दूभिषेकेण पुनः शुद्धोऽबवत्कथम् ॥ १ ॥

Nārada dit : « Comment le roi Saudāsa, le plus éminent des rois, fut-il maudit par Vasiṣṭha ? Et comment fut-il de nouveau purifié par l’ablution de gouttes de la Gaṅgā ? »

Verse 2

सर्वमेतदशेषेण भ्रातर्मे वक्तुमर्हसि । श्रृण्वतां वदतां चैव गङ्गाख्यानं शुभावहम् ॥ २ ॥

Ô frère, tu dois raconter tout cela sans rien omettre. Car le récit de la Gaṅgā porte l’auspice à ceux qui l’écoutent, comme à ceux qui le récitent.

Verse 3

सनक उवाच । सौदासः सर्वधर्मज्ञः सर्वज्ञो गुणवाञ्छुचिः । बुभुजे पृथिवीं सर्वां पितृवद्रञ्जयन्प्रजाः ॥ ३ ॥

Sanaka dit : Saudāsa — connaisseur de tout dharma, clairvoyant en toute chose, vertueux et pur — régna sur la terre entière, réjouissant ses sujets comme un père réjouit ses enfants.

Verse 4

सगेरण यथा पूर्वं महीयं सप्तसागरा । रक्षिता तद्वदमुना सर्वधर्माविरोधिना ॥ ४ ॥

De même qu’autrefois Sagara protégea cette terre, entourée des sept océans, de même lui aussi la protégea, agissant sans jamais contredire aucun dharma.

Verse 5

पुत्रपौत्रसमायुक्तः सर्वैश्वर्यसमन्वितः । त्रिंशदष्टसहस्त्राणि बुभुजे पृथिवीं युवा ॥ ५ ॥

Pourvu de fils et de petits-fils, et comblé de toutes les prospérités, le jeune roi jouit de la terre et la gouverna durant trente-huit mille ans.

Verse 6

सौदासस्त्वेकदा राजा मृगयाभिरतिर्वनम् । विवेज्ञ सबलः सम्यक् शोधितं ह्यासमन्त्रिभिः ॥ ६ ॥

Un jour, le roi Saudāsa — épris de chasse — entra dans la forêt avec sa suite, après que ses ministres l’eurent soigneusement inspectée et rendue sûre.

Verse 7

निषादैः सहितस्तत्र विनिघ्रन्मूगसंचयम् । आससाद नदीं रेवां धर्मज्ञः स पिपासितः ॥ ७ ॥

Là, accompagné des Niṣādas et abattant une multitude de cerfs rassemblés, ce connaisseur du dharma, tourmenté par la soif, parvint à la rivière Revā (Narmadā).

Verse 8

सुदासतनयस्तत्र स्नात्वा कृत्वाह्निकं मुने । भुक्त्वा च मन्त्रिभिः सार्ध्दं तां निशां तत्र चावसत् ॥ ८ ॥

Ô sage, là le fils de Sudāsa se baigna et accomplit les rites quotidiens ; puis, après avoir pris son repas avec ses ministres, il passa aussi cette nuit en ce lieu.

Verse 9

ततः प्रातः समुथाय कृत्वा पौर्वाह्णिकीं क्रियाम् । बभ्राम मन्त्रिसहितो नर्मदातीरजे वने ॥ ९ ॥

Puis, au matin, s’étant levé et ayant accompli les rites de l’avant‑midi, il erra, accompagné de ses ministres, dans la forêt des rives de la Narmadā.

Verse 10

वनाद्वनान्तरं गच्छन्नेक एव महीपत्तिः । आकर्णकृष्टबाणः सत् कृष्णसारं समन्वगात् ॥ १० ॥

Passant seul d’un canton de forêt à un autre, le roi souverain—l’arc bandé, la flèche tirée jusqu’à l’oreille—poursuivit l’antilope noire (kṛṣṇasāra).

Verse 11

दूरसैन्योऽश्वमारूढः स राजानुव्रजन्मृगम् । व्याघ्रद्वयं गुहासंस्थमपश्थमपश्यत्सुरते रतम् ॥ ११ ॥

Ses troupes demeurées loin derrière, monté à cheval, le roi poursuivit le cerf ; et là il vit deux tigres, établis dans une caverne, étendus à l’aise et absorbés dans l’union charnelle.

Verse 12

मृगपृष्टं परित्यज्य व्याघ्रयोः संमुखं ययौ । धनुःसंहितबाणेन तेनासौ शरशास्त्रवित् ॥ १२ ॥

Abandonnant la poursuite du cerf, il s’avança droit vers les deux tigres ; et, la flèche déjà posée sur la corde, cet expert en la science des traits les affronta.

Verse 13

तां व्याघ्रीं पातयामास तीक्ष्णाग्रनतपर्वणा । पतमाना तु साव्याघ्री षट्रत्रिंशद्योजनायता ॥ १३ ॥

D’un trait d’arme à pointe acérée et articulée, il abattit cette tigresse. En tombant, la tigresse —longue de trente-six yojanas— s’écrasa dans un fracas.

Verse 14

तडित्वद्धोरनिर्घोषा राक्षसी विकृताभवत् । पतितां स्वप्रियां वीक्ष्य द्विषन्स व्याघ्रराक्षसः ॥ १४ ॥

Dans un rugissement effroyable, tel l’éclair, la rākṣasī se métamorphosa en une forme hideuse. Voyant sa bien-aimée abattue, ce rākṣasa, farouche comme un tigre, bouillonna de haine et réagit avec violence.

Verse 15

प्रतिक्रियां करिष्यामीत्युक्तवा चांतर्दधे तदा । राजा तु भयसंविग्नो वनेसैन्यं समेत्य च ॥ १५ ॥

Disant : «Je prendrai des contre-mesures», il disparut aussitôt aux regards. Mais le roi, ébranlé par la peur, rassembla aussi ses troupes de la forêt.

Verse 16

तद्रृत्तं कथयन्सर्वान्स्वां पुरीं स न्यवर्त्तत । शङ्कमानस्तु तद्रक्षःकृत्या द्राजा सुदासजः ॥ १६ ॥

Après avoir raconté à tous l’épisode en entier, il retourna dans sa propre cité. Pourtant, le roi, fils de Sudās, demeura inquiet, redoutant les sortilèges du rākṣasa.

Verse 17

परितत्याज मृगयां ततः प्रभृति नारद । गते बहुतिथे काले हयमेधमखं नृपः ॥ १७ ॥

Dès lors, ô Nārada, le roi renonça entièrement à la chasse. Et lorsqu’un long temps se fut écoulé, le souverain entreprit le grand sacrifice de l’Aśvamedha.

Verse 18

समारेभे प्रसन्नात्मा वशिष्टाद्यमुनीश्वरैः । तत्र ब्रह्मादिदेवेभ्यो हविर्दत्त्वा यथाविधि ॥ १८ ॥

L’âme paisible et joyeuse, il entreprit le rite en compagnie des sages souverains, conduits par Vasiṣṭha ; et là, après avoir offert l’oblation sacrée (havis) à Brahmā et aux autres divinités selon la règle prescrite, il poursuivit la suite.

Verse 19

समाप्य यज्ञनिष्क्रांतो वशिष्टः स्नातकोऽपि च । अत्रान्तरे राक्षसोऽसौ नृपहिम्सितभार्यकः । कर्तुं प्रतिक्रियां राज्ञे समायातोरुषान्वितः ॥ १९ ॥

Le sacrifice achevé, Vasiṣṭha—ayant accompli aussi le bain purificateur du snātaka—s’en alla. Cependant, ce rākṣasa, dont l’épouse avait été offensée par le roi, arriva, emporté de colère, pour exercer sa vengeance contre le souverain.

Verse 20

स राक्षसस्तस्य गुरौ प्रयाते वशिष्टवेषं तु तदैव धृत्वा । राजानमभ्येत्य जगाद भोक्ष्ये मांसं समिच्छाम्यहमित्युवाच ॥ २० ॥

Quand le guru fut parti, le rākṣasa prit aussitôt l’apparence de Vasiṣṭha. S’approchant du roi, il dit : «Je vais manger ; je désire de la viande», et ainsi parla-t-il.

Verse 21

भूयः समास्थाय स सूदवषं पक्त्वामिषं मानुपमस्य वादात् । स्थितश्च राजापि हरि यपात्रे धृत्वा गुरोरागमनं प्रतीक्षन् ॥ २१ ॥

Alors, cédant de nouveau sous l’insistance pressante du cuisinier, il fit cuire de la viande. Et le roi, lui aussi, demeura debout, attendant l’arrivée du guru, tenant l’offrande dans un récipient destiné à présenter la nourriture.

Verse 22

तन्मांसं हेमपात्रस्थं सौदासो विनयान्वितः । समागताय गुरवे ददौ तस्मै ससादरम् ॥ २२ ॥

Alors Saudāsa, empreint d’humilité, plaça cette chair dans un vase d’or et l’offrit avec déférence au guru arrivé, avec un respect plein d’égards.

Verse 23

तं दृष्ट्वा चिन्तयामास गुरुः किमिति विस्मितः ॥ २३ ॥

En le voyant, le maître, étonné, se mit à réfléchir : « Quelle pourrait être la raison de cela ? »

Verse 24

अपश्यन्मानुषं मासं परमेण समाधिना । अहोऽस्य राज्ञो दौःशील्यमभक्ष्यं दत्तवान्मम ॥ २४ ॥

Pendant un mois humain entier, je suis resté inconscient, absorbé dans le plus haut samādhi. Hélas, quelle dépravation chez ce roi ! Il m'a donné ce qui ne doit pas être mangé.

Verse 25

इति विरमयमापन्नः प्रमन्युरभवन्मुनिः । अभोऽज्यं मद्विघाताय दत्त हि पृथिवीपते ॥ २५ ॥

Ayant ainsi tenté de se contenir et de clore l'affaire, le sage s'indigna profondément : « Hélas, ô seigneur de la terre, c'est bien une nourriture interdite qui a été donnée pour ma destruction ! »

Verse 26

तस्मात्तवापि भवतु ह्येतदेव हि भोजनम् । नृमांसं रक्षसामेव भोज्यं दत्तं मम त्वया ॥ २६ ॥

« Par conséquent, que cela soit aussi ta seule nourriture. La chair humaine n'est la nourriture que des rākṣasas — et c'est ce que tu m'as donné. »

Verse 27

तद्याहि राक्षसत्वं त्वं तदाहारोचितं नृपा । इति शापं ददत्यस्मिन्सौदासो भयविह्वूलः ॥ २७ ॥

« C'est pourquoi, ô roi, tu deviendras un rākṣasa, digne seulement de ce genre de nourriture. » Disant cela, Saudāsa — submergé par la peur — prononça cette malédiction contre lui.

Verse 28

आज्ञत्पो भवतैवेति सकंपोऽस्म व्यजिज्ञपत् । भूश्च चिन्तयामास वशिष्टस्तेन नोदितः ॥ २८ ॥

«J’ai bien reçu ton ordre», dit-il en se soumettant, tout tremblant. Alors la déesse Terre, Bhū, se mit à réfléchir, et Vasiṣṭha, ainsi incité par lui, contempla lui aussi cette affaire.

Verse 29

रक्षसा वंचितं भूपं ज्ञातवान् दिव्यचक्षुषा । राजापि जलमादाय वशिष्टं शप्तुमुद्यतः ॥ २९ ॥

Par sa vision divine, il sut que le roi avait été trompé par un rākṣasa. Le roi aussi, prenant de l’eau dans sa main, s’apprêtait à maudire Vasiṣṭha.

Verse 30

समुद्यतं गुरुं शप्तं दृष्ट्वा भूयो रुपान्वितम् । मदयंती प्रियातस्य प्रत्युवाचाथ सुव्रता ॥ ३० ॥

Voyant le vénérable maître s’être levé et proférer une malédiction, de nouveau revêtu de forme, la vertueuse Madayantī, son aimée, lui répondit alors.

Verse 31

मदयंत्युवाच । भो भो क्षत्रियदायाद कोप संहर्तुमर्हसि । त्वया यत्कर्म भोक्तव्यं तत्प्रात्पं नात्र संशयः ॥ ३१ ॥

Madayantī dit : «Ô héritier des kṣatriya, retiens ta colère. Quel que soit l’acte dont tu dois éprouver le fruit, cela t’est déjà parvenu ; il n’y a là aucun doute.»

Verse 32

गुरु तुम्कृत्य हुंम्कृत्य यो वदेन्मृढधीर्नरः । अरण्ये निर्जले देश स भवेद्बुह्यराक्षसः ॥ ३२ ॥

L’homme à l’esprit obtus qui s’adresse à son guru avec des sons de mépris, proférant « tum » et « hum », renaît en Buhya-rākṣasa, habitant une région forestière sans eau.

Verse 33

जितेन्द्रिया जितक्रोधा गुरु शुश्रूषणे रताः । प्रयान्ति ब्रह्मसदनमिति शास्त्रेषु निश्चयः ॥ ३३ ॥

Ceux qui ont vaincu les sens, dompté la colère et se réjouissent du service dévot envers le guru atteignent la demeure de Brahmā ; telle est la conclusion arrêtée des Écritures.

Verse 34

तयोक्तो भूपतिः कोपं त्यक्त्वा भार्यां ननन्द च । जलं कुत्र क्षिपामीति चिन्तयामास चात्मना ॥ ३४ ॥

Ainsi interpellé par eux, le roi abandonna la colère et se réjouit de son épouse ; puis, en lui-même, il se demanda : « Où donc verser (me défaire de) cette eau ? »

Verse 35

तज्जलं यत्र संसिक्तं तद्भवेद्भस्म निश्चितम् । इति मत्वा जलं तत्तु पादयोर्न्यक्षिपत्स्वयम् ॥ ३५ ॥

Partout où cette eau était aspergée, cela devenait assurément cendre. L’ayant compris, il versa lui-même cette eau sur ses propres pieds.

Verse 36

तज्जलस्पर्शमात्रेण पादौ कल्माषतां गतौ । कल्माषपाद इत्येवं ततः प्रभृति विस्तृतः ॥ ३६ ॥

Au simple contact de cette eau, ses pieds s’assombrirent et se tachèrent ; ainsi, dès lors, il fut largement connu sous le nom de « Kalmāṣapāda » (aux pieds souillés).

Verse 37

कल्माषपादो मतिमान् प्रिययाश्चासितस्तदा । मनसा सोऽतिभीतस्तु ववन्दे चरणं गुरोः ॥ ३७ ॥

Alors Kalmāṣapāda, bien qu’intelligent, fut entraîné par son épouse bien-aimée ; l’esprit saisi d’une grande crainte, il se prosterna aux pieds de son guru.

Verse 38

उवाच च प्रपन्नस्तं प्राञ्जलिर्नयकोविदः । क्षमस्व भगवन्सर्वं नापराधः कृतो मया ॥ ३८ ॥

Alors le sage, s’étant réfugié en Lui et les mains jointes, dit : «Ô Bhagavān, Seigneur bienheureux, pardonne tout ; je n’ai commis aucune offense.»

Verse 39

तच्छुत्वोवाच भूपालं मुनिर्निःश्वस्य दुःखितः । आत्मानं गर्हयामास ह्यविवेकपरायणम् ॥ ३९ ॥

L’ayant entendu, le muni, accablé et soupirant, parla au roi et se mit à se blâmer lui-même, car il s’était voué au manque de discernement.

Verse 40

अविवेको हि सर्वेषामापदां परमं पदम् । विवेकरहितो लोके पशुरेव न संशयः ॥ ४० ॥

En vérité, l’absence de discernement est le terreau suprême de toutes les calamités. Celui qui, en ce monde, est dépourvu de discrimination n’est, sans doute, pas meilleur qu’un animal.

Verse 41

राज्ञा त्वजानता नूनमेतत्कर्मोचितं कृतम् । विवेकरहितोऽज्ञोऽहं यतः पापं समाचरेत् ॥ ४१ ॥

Assurément, le roi a accompli cet acte sans comprendre ce qui convenait. Moi, je suis ignorant et privé de discernement, puisque j’en suis venu à commettre le péché.

Verse 42

विवेकनियतो याति यो वा को वापि निर्वृत्तिम् । इत्युक्तवा चात्मनात्मानं प्रत्युवाच मुनिर्नृपम् । नात्यन्तिंकं भवेदेतद्दादशाब्दं भविष्यति ॥ ४३ ॥

«Quiconque est réglé par le viveka atteint la nirvṛtti (l’apaisement, la cessation).» Après ces paroles, le muni répondit au roi, depuis le point de vue de l’Ātman : «Cela ne sera pas absolu ; cela durera douze ans.»

Verse 43

गङ्गाबिन्दूभिषिक्तस्तु त्यक्त्त्वा वै राक्षसीं तनुम् । पूर्वरुपं त्वमापन्नो भोक्ष्यसे मेदिनीमिमाम् ॥ ४४ ॥

Mais lorsque tu seras aspergé de gouttes du Gaṅgā, tu abandonneras assurément cette forme de rākṣasa. Ayant retrouvé ton aspect d’autrefois, tu régneras et jouiras de cette même terre.

Verse 44

तद्बिंदुसेकसंभूतज्ञानेन गतकल्मषः । हरिसेवापरो भूत्वा परां शान्तिं गमिष्यसि ॥ ४५ ॥

Par la connaissance née de cette aspersion de gouttes, tes souillures seront effacées ; devenu tout entier voué au service de Hari, tu atteindras la paix suprême.

Verse 45

इत्युक्त्वाथर्वविद्भूपं वशिष्टः स्वाश्रमं ययौ । राजापि दुःखसंपन्नो राक्षसीं तानुमाश्रितः ॥ ४६ ॥

Ayant ainsi parlé, Vasiṣṭha—connaisseur de l’Atharva-veda—se rendit à son propre āśrama. Quant au roi, accablé de douleur, il tomba sous une condition semblable à celle d’une rākṣasī (un état démoniaque).

Verse 46

क्षुत्पपासाविशेषार्तो नित्यं क्रोधपरायणः । कृष्णक्षपाद्युतिर्भीमो बभ्राम विजने वने ॥ ४७ ॥

Tourmenté avec force par la faim et la soif, toujours enclin à la colère, Bhīma—sombre comme l’éclat d’une nuit noire—erra dans une forêt déserte.

Verse 47

मृगांश्च विविधांस्तत्र मानुषांश्च सरीसृपान् । विहङ्गमान्प्लवङ्गांश्च प्रशस्तांस्तानभक्षयत् ॥ ४८ ॥

Là, il ne mangea ni les nombreux types de cerfs, ni les humains, ni les reptiles. Il s’abstint aussi de manger les oiseaux et les singes, créatures dignes d’égard.

Verse 48

अस्थिभिर्बहुभिर्भूयः पीतरक्तकलेवरैः । रक्तान्तप्रेतकेशैशअच चित्रासीद्भूर्भयंकरी ॥ ४९ ॥

La terre apparaissait terrifiante, jonchée de nombreux ossements, de corps jaunis et tachés de sang, et de cheveux fantomatiques, formant un spectacle effroyable.

Verse 49

ऋतुत्रये स पृथिवीं शतयो जनविस्तृताम् । कृत्वातिदुःखितां पश्चाद्वनान्तरमुपागमत् ॥ ५० ॥

Pendant trois saisons, il affligea grandement la terre, s'étendant sur des centaines de yojanas et peuplée de multitudes, puis il s'enfonça dans les profondeurs d'une forêt.

Verse 50

तत्रापि कृतवान्नित्यं नरमांसाशनं सदा । जगाम नर्मदातीरं मुनिसिद्धनिषेवितम् ॥ ५१ ॥

Même là, il continuait constamment, jour après jour, à manger de la chair humaine. Puis il se rendit sur la rive de la Narmadā, lieu fréquenté par les sages et les êtres parfaits (siddhas).

Verse 51

विचरन्नर्मदातीरे सर्वलोकभयंकरः । अपश्यत्कंचन मुनिं रमन्तं प्रियया सह ॥ ५२ ॥

En errant sur la rive de la Narmadā, lui, terrifiant pour tous les mondes, aperçut un certain sage se réjouissant avec sa bien-aimée.

Verse 52

क्षुधानलेन संतत्पस्तं मुनिं समुपाद्रवत् । जाग्राह चातिवेगेन व्याधो मृगशिशं यथा ॥ ५३ ॥

Brûlé par le feu de la faim, il se précipita sur le sage et, à grande vitesse, le saisit, tout comme un chasseur saisit un jeune cerf.

Verse 53

ब्राह्मणी स्वपतिं वीक्ष्य निशाचरकरस्थितम् । शिरस्यञ्जलिमाधाय प्रोवाच भयविह्वला ॥ ५४ ॥

Voyant son propre époux tenu dans l’étreinte d’un démon rôdeur de la nuit, la femme brāhmane, tremblante de frayeur, joignit les paumes sur sa tête et prit la parole.

Verse 54

ब्राह्मण्युवाच । भो भो नृपतिशार्दूल त्राहि मां भयविह्वलाम् । प्राणप्रिय प्रदानेन कुरु पूर्णं मनोरथम् ॥ ५५ ॥

La femme brāhmane dit : «Ô puissant, tigre parmi les rois, sauve-moi, car je tremble de peur. En m’accordant ce qui m’est plus cher que la vie, accomplis pleinement mon vœu.»

Verse 55

नाम्ना मित्रसहस्त्वं हि सूर्यवंशसमुद्भवः । न राक्षसस्ततोऽनाथां पाहि मां विजने वने ॥ ५६ ॥

En vérité, tu portes le nom de « Mitra-saha », l’ami de milliers, et tu es issu de la dynastie solaire. Tu n’es pas un rākṣasa ; aussi protège-moi, moi l’abandonnée, en cette forêt déserte.

Verse 56

या नारी भर्त्तृरहिता जीवत्यपि मृतोपमा । तथापि बालवैधव्यं किं वक्ष्याम्यरिमर्दन ॥ ५७ ॥

Une femme privée d’époux, bien qu’elle vive, est semblable à une morte. Et pourtant, que dire de la veuvage dès l’enfance, ô pourfendeur des ennemis ?

Verse 57

न मातापितरौ जाने नापि बंधुं च कंचन । पतिरेव परो बंधुः परमं जीवनं मम ॥ ५८ ॥

Je ne connais ni mère ni père, ni aucun parent. Mon époux seul est mon parent suprême ; en vérité, il est ma vie même.»

Verse 58

भवान्येत्त्यखिलान्धर्मान्योषितां वर्त्तनं यथा । त्रायस्व बन्धुरहितां बालापत्यां जनेश्वर ॥ ५९ ॥

Ô Seigneur des peuples, viens m’enseigner l’ensemble des dharmas—la conduite juste qui sied aux femmes; protège-moi, moi qui suis sans parenté et chargée d’un jeune enfant.

Verse 59

कथं जीवामि पत्यास्मिन्हीना हि विजने वने । दुहिताहं भगवतस्त्राहि मां पतिदानतः ॥ ६० ॥

«Comment vivrai-je, privée de mon époux, dans cette forêt déserte? Je suis la fille du Seigneur—sauve-moi, ô vénérable, et donne-moi un époux».

Verse 60

प्रणदानात्परं दानं न भूतं न भविष्यति । वदन्तीति महाप्राज्ञाः प्राणदानं कुरुष्व मे ॥ ६१ ॥

Les grands sages proclament: «Il n’y eut ni n’y aura de don plus élevé que le don de protection». Ainsi, accorde-moi le don de la vie—sauve-moi.

Verse 61

इत्युक्तावा सा पपातास्य राक्षसस्य पदाग्रतः । एवं संप्रार्थ्यमानोऽपि ब्राह्मण्या राक्षसो द्विजम् ॥ ६२ ॥

Ayant ainsi parlé, elle tomba aux pieds de ce rākṣasa. Pourtant, bien que la femme brāhmane le supplie ardemment, le rākṣasa saisit malgré tout le dvija, le «deux fois né».

Verse 62

अभक्षयकृष्णसारशिशुं व्याघ्रो यथा बलात् ॥ ६२ ॥

Tel un tigre qui, par la seule force, s’empare d’un faon de l’antilope noire (kṛṣṇasāra) pour en faire sa proie.

Verse 63

ततो विलप्य बहुधा तस्य पत्नी पतिव्रता । पूर्वशापहतं भूपमशपत्क्रोधिता पुनः ॥ ६३ ॥

Alors, après s'être lamentée de maintes façons, son épouse dévouée — de nouveau en colère — maudit le roi, qui avait déjà été frappé par une précédente malédiction.

Verse 64

पतिं मे सुरतासक्तं यस्माद्धिंसितवान्बलात् । तस्मात्स्त्रीसङ्गमं प्रात्पस्त्वमपि प्राप्स्यसे मृतिम् ॥ ६४ ॥

Puisque tu as violemment tué mon époux alors qu'il était absorbé dans les plaisirs amoureux, toi aussi, au moment de l'union avec une femme, tu trouveras la mort.

Verse 65

शप्त्वैवं ब्राह्मणी क्रुद्धा पुनः शापान्तरं ददौ । राक्षसत्वं ध्रुवं तेऽस्तु मत्पतिर्भक्षितो यतः ॥ ६५ ॥

L'ayant ainsi maudit, la femme brāhmaṇa enragée prononça une autre malédiction : « Puisque mon mari a été dévoré, puisses-tu certainement devenir un Rākṣasa. »

Verse 66

सोऽपि शापद्वयं श्रुत्वा तया दत्तं निशाचरः । प्रमन्युः प्राहि विसृजन्कोपादङ्गारसंचयम् ॥ ६६ ॥

Entendant la double malédiction prononcée par elle, ce rôdeur de la nuit — Pramanyu — parla, rejetant le tas de braises ardentes né de sa colère.

Verse 67

दुष्टे कस्मात्प्रदत्तं मेवृथा शापद्वयं त्वया । एकस्यैवापराधस्य शापस्त्वेको ममोचितः ॥ ६७ ॥

« Ô méchante, pourquoi m'as-tu vainement infligé une double malédiction ? Pour une seule offense, une seule malédiction me convient. »

Verse 68

यस्मात्क्षिपसि दुष्टाग्येमयि शापन्तरं ततः । पिशाचयोनिमद्यैव याहि पुत्रसमन्विता ॥ ६८ ॥

Puisque toi, femme perverse, tu lances encore une malédiction sur moi, alors—avec ton fils—va dès aujourd’hui prendre naissance dans le sein d’une piśācī, esprit goule.

Verse 69

तेनैवं ब्रह्मणी शत्पा पिशाचत्वं तदा गता । क्षुधार्ता सुस्वरं भीमारुरोदापत्यसंयुता ॥ ६९ ॥

Ainsi, par la force de cette malédiction, Śatpā, en présence de Brahmā, devint une piśācī. Tourmentée par la faim, terrible et à la voix retentissante, elle se mit à gémir et hurler avec sa progéniture.

Verse 70

राक्षसश्च पिशाची च क्रोशन्तौ निर्जने वने । जग्मतुर्नर्मदातीरे वनं राक्षससेवितम् ॥ ७० ॥

Un rākṣasa et une piśācī, criant dans une forêt déserte, gagnèrent un bois sur la rive de la Narmadā, contrée fréquentée par les rākṣasas.

Verse 71

औदासीन्यं गुरौ कृत्वा राक्षसीं तनुमाश्रितः । तत्रास्ते दुःखसंतत्पः कश्चिल्लोकविरोधकृत् ॥ ७१ ॥

Ayant fait preuve d’indifférence envers son maître, il prit une nature de rākṣasa. Là, il demeure, brûlé par une peine continuelle, être qui agit à l’encontre du monde et de l’ordre du dharma.

Verse 72

राक्षसं च पिशाचीं च दृष्ट्वा रववटमागतौ । उवाच क्रोधबहुलो वटस्थो ब्रह्मराक्षसः ॥ ७२ ॥

Voyant le rākṣasa et la piśācī parvenir au banyan, le brahmarākṣasa qui demeurait sur cet arbre, rempli de colère, prit la parole.

Verse 73

किमर्थमागतौ भीमौ युवां मत्स्थानमीप्सितम् । ईदृशौ केन पापेन जातौ मे ब्रुवतां ध्रुवम् ॥ ७३ ॥

«Dans quel dessein êtes-vous venus ici, vous deux à l’aspect terrible, désirant ma demeure? Par quel péché êtes-vous nés en un tel état? Dites-moi la vérité avec certitude.»

Verse 74

सौदासस्तद्वचः श्रुत्वातया यच्चात्मना कृतम् । सर्वं निवेदयित्वास्मै पश्चादेतदुवाच ह ॥ ७४ ॥

Saudāsa, ayant entendu ces paroles, lui révéla tout ce qui avait été accompli—par elle comme par lui-même—puis, ensuite, parla ainsi.

Verse 75

सौदास उवाच । कस्त्वं वद महाभाग त्वया वै किं कृतं पुरा । सख्युर्ममाति स्नेहेन तत्सर्वं वक्तुमर्हसि ॥ ७५ ॥

Saudāsa dit : «Ô toi, grandement fortuné, dis-moi : qui es-tu, et qu’as-tu fait jadis? Par l’affection profonde que tu me portes en ami, tu dois tout raconter.»

Verse 76

करोति वञ्चनं मित्रे यो वा को वापि दुष्टधीः । स हि पापपालं भुंक्ते यातनास्तु युगायुतम् ॥ ७६ ॥

Quiconque, d’intelligence perverse, trompe un ami, goûte assurément le fruit du péché et endure des tourments durant des dizaines de milliers d’âges.

Verse 77

जन्तूनां सर्वदुःखानि क्षीयन्ते मित्रदर्शनात् । तस्मान्मित्रेषु मतिमान्न कुर्याद्वंचनं कदा ॥ ७७ ॥

Toutes les souffrances des êtres s’atténuent à la vue d’un ami véritable; c’est pourquoi le sage ne doit jamais tromper ses amis, en aucun temps.

Verse 78

कल्माषपादेनेत्युक्तो वटस्थो ब्रह्मराक्षसः । उवाच प्रीतिमापन्नो धर्मवाक्यानि नारद ॥ ७८ ॥

Ainsi apostrophé par Kalmāṣapāda, le brahma-rākṣasa demeurant sur le banian, empli de joie, adressa à Nārada des paroles de Dharma.

Verse 79

ब्रह्मराक्षस उवाच । अहमासं पुरा विप्रो मागधो वेदपारगः । सोमदत्त इति ख्यातो नाम्ना धर्मपरायणः ॥ ७९ ॥

Le brahma-rākṣasa dit : « Jadis, j’étais un brāhmane de Magadha, parvenu à la maîtrise des Veda. On me connaissait sous le nom de Somadatta, voué à la droiture. »

Verse 80

प्रमत्तोऽहं महाभाग विद्यया वयसा धनैः । औदासीन्यं गुरोः कृत्वा प्रात्पवानीदृशीं गतिम् ॥ ८० ॥

Ô toi le très fortuné, je me suis rendu insouciant à cause du savoir, de la jeunesse et des richesses ; ayant traité mon guru avec indifférence, je suis tombé dans une telle condition.

Verse 81

नलभेऽहं सुखं किं चिज्जिताहारोऽतिदुःखितः । मया तु भक्षिता विप्राः शतशोऽथ सहस्रशः ॥ ८१ ॥

Je ne trouve aucune joie ; bien que j’aie restreint ma nourriture, je suis accablé de souffrance. En vérité, j’ai dévoré des brāhmanes par centaines, voire par milliers.

Verse 82

क्षुत्पिपासापरो नित्यमन्तस्तापेन पीडितः । जगत्रासकरो नित्यं मांसाशनपरायणः ॥ ८२ ॥

Toujours poussé par la faim et la soif, tourmenté par une brûlure intérieure, il devient sans cesse une source d’effroi pour le monde et demeure voué à la chair.

Verse 83

गुर्ववज्ञा मनुष्याणां राक्षसत्वप्रदायिनी । मयानुभूतमेतद्धि ततः श्रीमान्न चाचरेत् ॥ ८३ ॥

Le manque de respect envers son guru fait choir l’homme dans une disposition démoniaque. J’ai moi-même éprouvé cette vérité ; aussi, l’homme sage et fortuné ne doit jamais la commettre.

Verse 84

कल्माषपाद उवाच । गुरुस्तु कीदृशः प्रोक्तः कस्त्वयाश्लाघितः पुरा । तद्वदस्व सरवे सर्वं परं कौतूहलं हि मे ॥ ८४ ॥

Kalmāṣapāda dit : « Quel genre de guru a-t-on décrit comme idéal, et qui as-tu jadis loué ? Dis-moi tout en détail, car ma curiosité est ardente. »

Verse 85

ब्रह्मराक्षस उवाच । गुरवः सन्ति बहवः पूज्या वन्द्याश्च सादरम् । यातानहं कथयिष्यामि श्रृणुष्वैकमनाः सरवे ॥ ८५ ॥

Le Brahmarākṣasa dit : « Les maîtres sont nombreux, dignes d’adoration et de salutations respectueuses. Je vais parler de ceux que j’ai approchés ; écoutez tous avec une attention d’un seul point. »

Verse 86

अध्यापकश्च वेदानां वेदार्थयुतिबोधकः । शास्त्रवक्ता धर्मवक्ता नीतिशास्त्रोपदेशकः ॥ ८६ ॥

Il est maître des Veda, faisant comprendre leur sens par un raisonnement juste ; proclamateur des śāstra, orateur du dharma, et instructeur du nīti-śāstra, la science de la conduite et de l’éthique.

Verse 87

मन्त्रोपदेशव्याख्याख्याकृद्वेदसदंहहृत्तथा । व्रतोपदेशकश्चैव भयत्रातान्नदो हि च ॥ ८७ ॥

Il donne l’enseignement des mantras et leur explication, et accorde une renommée sacrée ; il efface les fautes même de ceux qui se vouent au Veda ; il enseigne aussi les vœux (vrata), délivre de la peur et, en vérité, dispense la nourriture.

Verse 88

श्वशुरो मातुलश्चैव ज्येष्ठभ्राता पिता तथा । उपनेता निषेक्ता च संस्कर्त्ता मित्रसत्तम ॥ ८८ ॥

Le beau-père, l’oncle maternel, le frère aîné et le père; de même celui qui confère l’upanayana (l’investiture du cordon sacré), le géniteur et l’officiant des rites purificatoires (saṃskāra) — tous ceux-là sont, en vérité, les plus nobles des amis.

Verse 89

एते हि गुरवः प्रोक्ताः पूज्या वन्द्यश्च सादरम् ॥ ८९ ॥

Ceux-là, en vérité, sont proclamés les véritables gurus; ils doivent être honorés et salués avec respect, dans une révérence sincère.

Verse 90

कल्माषपाद उवाच । गुरवो बहवः प्रोक्ता एतेषां कतमो वरः । तुल्याः सर्वेऽप्युत सरवे तद्यथावद्धि ब्रूहि मे ॥ ९० ॥

Kalmāṣapāda dit : « On a parlé de nombreux types de maîtres. Parmi eux, lequel est le meilleur ? Ou bien sont-ils tous égaux ? Dis-le-moi avec justesse, tel que c’est en vérité. »

Verse 91

ब्रह्मराक्षस उवाच । साधु साधु महाप्राज्ञ यत्पृष्टं तद्वदामि ते । गुरुमाहात्म्यकथनं श्रवणं चानुमोदनम् ॥ ९१ ॥

Le Brahmarākṣasa dit : « Bien dit, bien dit, ô très sage. Ce que tu as demandé, je te l’exposerai : le récit de la grandeur du guru, l’écoute de ce récit, et l’assentiment approbateur, plein de joie (anumodana). »

Verse 92

सर्वेषां श्रेय आधत्ते तस्माद्वक्ष्यामि सांप्रतम् । एते समानपूजार्हाः सर्वदा नात्र संशयः ॥ ९२ ॥

Puisque cela procure le bien suprême à tous, je vais maintenant l’expliquer. Ces maîtres sont toujours également dignes de vénération — il n’y a là aucun doute.

Verse 93

तथापि श्रुणु वक्ष्यामि शास्त्राणां सारनिश्चयम् । अध्यापकाश्च वेदानां मन्त्रव्याख्याकृतस्तथा ॥ ९३ ॥

Pourtant, écoute : je vais exposer l’essence arrêtée des śāstra—à savoir les maîtres des Veda, et de même ceux qui composent les explications des mantras védiques.

Verse 94

पिता च धर्मवक्ता च विशेषगुरवः स्मृताः । एतेषामपि भूपाल श्रृणुष्व प्रवरं गुरुम् ॥ ९४ ॥

Le père et l’exposant du Dharma sont tenus en mémoire comme des gurus d’un ordre particulier. Pourtant, ô roi, écoute le guru le plus excellent, même parmi eux.

Verse 95

सर्वशास्त्रार्थतत्वज्ञैर्भाषितं प्रवदामि ते । यः पुराणानि वदति धर्मयुक्तानि पणडितः ॥ ९५ ॥

Je te dirai ce qu’ont enseigné ceux qui connaissent la vérité du sens et des principes de tous les śāstra : le savant qui expose les Purāṇa en accord avec le Dharma est véritablement un paṇḍita.

Verse 96

संसारपाशविच्छेदकरणानि स उत्तमः । देवपूजार्हकर्माणि देवतापूजने फलम् ॥ ९६ ॥

Cette voie est la plus haute, car elle tranche les liens du saṃsāra. Et les actes dignes du culte des devas portent leur fruit par l’adoration des divinités.

Verse 97

जायते च पुराणेभ्यस्तस्मात्तानीह देवताः । सर्ववेदार्थसाराणि पुराणानीति भूपते ॥ ९७ ॥

Et, en vérité, des Purāṇa naissent les devas (ainsi que la connaissance d’eux) ; c’est pourquoi, ô roi, les Purāṇa sont ici l’essence du sens de tous les Veda.

Verse 98

वदन्ति मुनयश्चैव तदूक्ता परमो गुरुः । यः संसारार्णत्वं तर्त्तुमुद्योगं कुरुते नरः ॥ ९८ ॥

Ainsi le déclarent aussi les sages, et ainsi l’a enseigné le Guru suprême : celui qui, avec un effort sincère, s’emploie à traverser l’océan du saṃsāra est vraiment apte à la délivrance.

Verse 99

श्रुणुयात्स पुराणानि इति शास्त्रविभागकृत् । प्रोक्तवान्सर्वधर्माश्च पुराणेषु महीपते ॥ ९९ ॥

«Qu’il écoute les Purāṇa» : ainsi l’a déclaré celui qui a ordonné les divisions du savoir sacré ; et dans les Purāṇa, ô roi, il a exposé pleinement tous les devoirs du dharma.

Verse 100

तर्कस्तु वादहेतुः स्यान्नीतिस्त्वैहिकसाधनम् । पुराणानि महाबुद्धे इहामुत्र सुखाय हि ॥ १०० ॥

Le tarka (raisonnement) sert de base à la controverse, et la nīti (bonne conduite et art de gouverner) est un moyen de réussite mondaine ; mais les Purāṇa, ô grand d’esprit, sont vraiment pour le bonheur ici-bas et dans l’au-delà.

Verse 101

यः श्रृणोति पुराणानि सततं भक्तिसंयुतः । तस्य स्यान्निर्मला बुद्धिर्भूयो धर्मपरायणः ॥ १ ॥

Celui qui écoute sans cesse les Purāṇa avec bhakti, son intelligence devient pure, et il s’attache d’autant plus au dharma.

Verse 102

पुराणश्रवणाद्भक्तिर्जायते श्रीपतौ शुभा । विष्णुभक्तनृणां भूप धर्मे बुद्धिः प्रवर्त्तते ॥ २ ॥

Par l’écoute du Purāṇa, naît la bhakti auspicious envers Śrīpati (le Seigneur de Lakṣmī). Ô roi, chez ceux qui sont dévots de Viṣṇu, l’intelligence s’oriente activement vers le dharma.

Verse 103

धर्मात्पापानि नश्यन्ति ज्ञानं शुद्धं च जायते । धर्मार्थकाममोक्षाणां ये फलान्यभिलिप्सवः ॥ ३ ॥

Par le dharma, les péchés sont détruits et la connaissance pure naît. Ceux qui désirent les fruits du dharma—artha, kāma et mokṣa—doivent prendre refuge dans le dharma.

Verse 104

श्रुणुयुस्ते पुराणानि प्राहुरित्थं पुराविदः । अहं तु गौतममुनेः सर्वज्ञाद्ब्रह्यवादिनः ॥ ४ ॥

Les connaisseurs des Purāṇa dirent qu’ils écouteraient ainsi tes Purāṇa. Quant à moi, je les ai reçus du sage Gautama, omniscient et proclamateur de Brahman.

Verse 105

श्रुतवान्सर्वधर्मार्थ गङ्गातीरे मनोरमे । कदाचित्परमेशस्य पूजां कर्त्तुमहं गतः ॥ ५ ॥

Ayant appris la portée de tous les dharmas, sur la rive charmante de la Gaṅgā, je partis un jour accomplir le culte du Seigneur Suprême.

Verse 106

उपस्थितायापि तस्मै प्रणामं न ह्यकारिषम् । स तु शान्तो महाबुद्धिर्गौतमस्तेजसां निधिः ॥ ६ ॥

Bien qu’il fût venu se tenir devant moi, je ne lui fis pas de salut. Pourtant Gautama—paisible, d’une grande intelligence, trésor de splendeur spirituelle—demeura impassible.

Verse 107

मन्त्रोदितानि कर्मणि करोतीतिमुदं ययौ । यस्त्वर्चितो मया देवः शिवः सर्वजगद्गुरुः ॥ ७ ॥

Il se réjouit en pensant : «Il accomplit les rites tels que les mantras les prescrivent». Car la divinité que j’ai adorée est le Seigneur Śiva, le guru du monde entier.

Verse 108

गुर्ववज्ञा कृतायेन राक्षसंत्वे नियुक्तवान् । ज्ञानतोऽज्ञानतो वापि योऽवज्ञां कुरुते गुरोः ॥ ८ ॥

Celui qui a commis le mépris envers le guru est voué à l’état de rākṣasa. Qu’il l’ait fait sciemment ou non, quiconque manque de respect au maître encourt cette lourde conséquence.

Verse 109

तस्यैवाशु प्रणश्यन्ति धीविद्यार्थात्मजक्रियाः । शुश्रूषां कुरुते यस्तु गुरुणां सादरं नरः ॥ ९ ॥

Pour cet homme, l’intelligence, l’étude, la prospérité, les enfants et le fruit de ses actes périssent vite—s’il ne sert les gurus qu’en apparence, avec une révérence ostentatoire.

Verse 110

तस्य संपद्भवेद्भूप इति प्राहुर्विपश्चितः । तेन शापेन दग्धोऽहमन्तश्चैव क्षधाग्निना ॥ १० ॥

Les sages déclarent : «Ô roi, la prospérité viendra à lui.» Pourtant, par cette même malédiction, j’ai été brûlé—au-dedans aussi—par le feu de la faim.

Verse 111

मोक्षं कदा प्रयास्यामि न जाने नृपसत्तम । एवं वदति विप्रेन्द्र वटस्थेऽस्मिन्निशाचरे ॥ ११ ॥

«Quand atteindrai-je la délivrance (mokṣa) ? Je ne le sais pas, ô le meilleur des rois.» Ainsi parla le plus éminent des brāhmaṇas, demeurant ici, sous ce banian, dans la nuit.

Verse 112

धर्मशास्त्रप्रसंगेन तयोः पापं क्षयं गतम् । एतस्मिन्नन्तरे प्राप्तः कश्चिद्विप्रोऽतिधार्मिकः ॥ १२ ॥

Par leur entretien sur le Dharmaśāstra, le péché de ces deux-là s’épuisa jusqu’à s’éteindre. Or, dans ce même intervalle, arriva un brāhmaṇa d’une droiture exemplaire.

Verse 113

कलिङ्गदेशसम्भूतो नान्म्रा गर्ग इति स्मृतः । वहन्गङ्गाजलं स्कंधे स्तुवन् विश्वेश्वरं प्रभुम् ॥ १३ ॥

Né au pays de Kaliṅga, il fut connu comme Garga, portant aussi le nom de Nānmrā. L’eau du Gaṅgā sur l’épaule, il allait en chantant la louange du Seigneur Viśveśvara, le Maître suprême.

Verse 114

गायन्नामानि तस्यैव मुदा हृष्टतनू रुहः । तमागतं मुनिं दृष्ट्वा पिशाचीराक्षसौ च तौ ॥ १४ ॥

Ils chantaient les Noms de ce même Seigneur avec allégresse, le corps frémissant de joie. Et voyant le sage s’approcher, ces deux êtres—une Piśācī et un Rākṣasa—portèrent leur regard sur lui.

Verse 115

प्राप्तं नः पारणेत्युक्त्वा प्राद्ववन्नूर्ध्वबाहवः । तेन कीर्तितनामानि श्रुत्वा दूरे व्यवस्थिताः । अशक्तास्तं धर्षयितुमिदमूचुश्च राक्षसाः ॥ १५ ॥

Criant : «Nous avons obtenu notre pāraṇa, la rupture du jeûne !», ils s’élancèrent, les bras levés. Mais, entendant les Noms qu’il chantait, ils restèrent au loin. Incapables de l’assaillir, les rākṣasas prononcèrent ces paroles.

Verse 116

अहो विप्र महाभाग नमस्तुभ्यं महात्मने । नामकीर्तनमाहात्म्याद्राक्षसा दूरगावयम् ॥ १६ ॥

Ô brāhmane fortuné, salutations à toi, grande âme. Par la puissance et la gloire du kīrtana du Nom divin, nous, les rākṣasas, sommes contraints de demeurer au loin.

Verse 117

अस्माभिर्भक्षिताः पूर्वं विप्राः कोटिसहस्रशः । नामप्रावरणं विप्र रक्षति त्वां महाभयात् ॥ १७ ॥

«Autrefois, nous avons dévoré des brāhmanes par dizaines de milliers et par crores. Mais, ô brāhmane, le voile protecteur du Nom divin te garde de la grande terreur.»

Verse 118

नामश्रवणमात्रेण राक्षसा अपि भो वयम् । परां शान्तिं समापन्ना महिम्ना ह्यच्युतस्य वै ॥ १८ ॥

Ô sage ! Même nous—bien que Rākṣasas—par la seule écoute du Saint Nom, avons atteint la paix suprême, uniquement par la gloire d’Acyuta, le Seigneur Infaillible.

Verse 119

सर्वथा त्वं महाभाग रागादिरुहितोह्यसि । गंगाजलाभिषेकेण पाह्यस्मात्पातकोच्चयात् ॥ १९ ॥

Ô très fortuné ! En toute manière, tu es vraiment libre de la passion et de ce qui s’y apparente. Pourtant, par l’ablution avec les eaux du Gaṅgā, protège-nous de cet amas de péchés.

Verse 120

हरिसे वापरो भूत्वा यश्चात्मानं तु तारयेत् । स तारयेज्जगत्सर्वमिति शंसन्ति सूरयः ॥ २० ॥

Les sages proclament : celui qui devient entièrement dévot de Hari et, par là, sauve son propre être, celui-là, en vérité, peut délivrer le monde entier.

Verse 121

अवहाय हरेर्नाम घोरसंसारभेषजम् । केनोपायेन लभ्येत मुक्तिः सर्वत्र दुर्लभा ॥ २१ ॥

Si l’on rejette le Nom de Hari—remède au terrible mal du saṃsāra—par quel moyen pourrait-on obtenir la libération, si difficile à atteindre partout ?

Verse 122

लोहोडुपेन प्रतरन्निमजत्युदके यथा । ततैवाकृतपुण्यास्तु तारयन्ति कथं परान् ॥ २२ ॥

De même que celui qui veut traverser l’eau sur une barque de fer sombre, ainsi ceux qui n’ont pas amassé de mérite : comment pourraient-ils faire passer les autres ?

Verse 123

अहो चरित्रं महतां सर्वलोकसुखा वहम् । यथा हि सर्वलोकानामानन्दाय कलानिधिः ॥ २३ ॥

Ô merveille ! La conduite des grands est vraiment sublime : elle apporte le bonheur à tous les mondes, comme la lune, trésor de rayons semblables à l’ambroisie, qui existe pour la joie de tous les êtres.

Verse 124

पृथिव्यां यानि तीर्थानि पवित्राणि द्विजोत्तम् । तानि सर्वाणि गङ्गायाः कणस्यापि समानि न ॥ २४ ॥

Ô meilleur des deux-fois-nés : tous les tīrtha saints et purificateurs de la terre ne valent pas même une seule parcelle du fleuve Gaṅgā.

Verse 125

तुलसीदलप्रदलसंम्मिश्रमपि सर्षपमात्रकम् । गङ्गाजलं पुनात्येव कुलानामेकविंशतिम् ॥ २५ ॥

Même une goutte d’eau de la Gaṅgā, grande comme une graine de moutarde et mêlée de feuilles et de pétales de Tulasi, purifie réellement vingt et une générations d’une lignée.

Verse 126

तस्माद्विप्र महाभाग सर्वशास्त्रार्थकोविद । गङ्गाजलप्रदानेन पाह्मस्मान्पापकर्मिणः ॥ २६ ॥

Ainsi donc, ô brāhmaṇa bienheureux, connaisseur du sens de tous les śāstra, protège-nous—nous qui nous livrons à des actes fautifs—par le don de l’eau de la Gaṅgā.

Verse 127

इत्याख्यातं राक्षसैस्तैर्गङ्गामाहात्म्यमुत्तमम् । निशम्य विस्मया विष्टो बभूव द्विजसतमः ॥ २७ ॥

Ainsi, ces rākṣasa racontèrent la grandeur suprême de la Gaṅgā. En l’entendant, le plus éminent des deux-fois-nés fut saisi d’émerveillement.

Verse 128

एषामपीद्दशी भक्तिर्गङ्गायां लोकमातरि । किमु ज्ञानप्रभावाणां महतां पुण्यशालिनाम् ॥ २८ ॥

Si même de telles personnes portent une bhakti de cette sorte envers Gaṅgā, la Mère des mondes, que dire alors des grands êtres, riches de mérite, dont la puissance naît de la connaissance spirituelle ?

Verse 129

अथासौ मनसा धर्मं विनिश्चित्य द्विजोत्तमः । सर्वपूतहितो भक्तः प्राप्नोतीति परं पदम् ॥ २९ ॥

Alors le meilleur des deux-fois-nés, ayant fermement établi le dharma dans son esprit, devient un bhakta voué au bien de tous les êtres, et atteint ainsi l’état suprême.

Verse 130

ततो विप्रः कृपाविष्टो गङ्गाजलप्रनुत्तममम् । तुलसीदलसंमिश्रं तेषु रक्षःस्वसेचयत् ॥ ३० ॥

Puis le brāhmane, saisi de compassion, aspergea ces rākṣasas de l’eau la plus excellente de la Gaṅgā, mêlée de feuilles de tulasī.

Verse 131

राक्षसास्तेन सिक्तास्तु सर्षपोपमबिंदुना । विमृज्य राक्षसं भावमभवन्देवतोपमाः ॥ ३१ ॥

Mais lorsque ces rākṣasas furent aspergés de cette goutte, pas plus grande qu’un grain de moutarde, ils effacèrent leur nature démoniaque et devinrent semblables aux dieux.

Verse 132

ब्राह्मणी पुत्र सम्यक्ते जग्मुर्हस्तथैव च । कोटिसूर्यप्रतीकाशा बभूवुर्विवुधर्पभाः ॥ ३२ ॥

La brāhmaṇī et son fils partirent aussitôt. De toutes parts se manifesta la splendeur des êtres célestes, éclatante comme des dizaines de millions de soleils.

Verse 133

शंखचक्रगदाचिह्ना हरिसारुप्यमागताः । स्तुवंतो ब्राह्मणं सम्यक्ते जग्मुर्हरिमन्दिरम् ॥ ३३ ॥

Portant les emblèmes de la conque, du disque et de la massue, ils obtinrent la ressemblance avec Hari ; puis, après avoir loué comme il se doit ce brāhmane, ils se rendirent au temple de Hari.

Verse 134

राजा कल्माषपादस्तु निजरुपं समास्थितः । जगाम महतीं चिन्तां दृष्ट्वा तान्मुक्तिगानधान् ॥ ३४ ॥

Mais le roi Kalmāṣapāda, ayant retrouvé sa forme véritable, fut saisi d’une grande inquiétude en voyant ces sages absorbés dans le chant de la délivrance (mokṣa).

Verse 135

तस्मिन् राज्ञि सुदुःखार्ते गूढरुपा सरस्वती । धर्ममूलं महावाक्यं बभाषेऽगाधया गिरा ॥ ३५ ॥

Alors que ce roi était accablé d’une douleur extrême, Sarasvatī—cachée sous une forme voilée—énonça, d’une voix d’une profondeur insondable, une grande parole, fondement du Dharma.

Verse 136

भो भो राजन्महाभाग न दुःखं गन्तुमर्हसि । राजस्तवापि भोगान्ते महच्छ्रेयो भविष्यति ॥ ३६ ॥

Ô roi très fortuné, ne te laisse pas aller au chagrin. Même pour toi, ô roi, lorsque la jouissance des plaisirs du monde prendra fin, un grand bien — le vrai salut — s’élèvera.

Verse 137

सत्कर्मधूतपापा ये हरिभक्तिपरायणाः । प्रयान्ति नात्र संदेहस्तद्विष्णोः परमं पदम् ॥ ३७ ॥

Ceux dont les péchés ont été lavés par les actes justes, et qui se vouent entièrement à la bhakti envers Hari, atteignent sans aucun doute la demeure suprême de Viṣṇu.

Verse 138

सर्वभूतदयायुक्ता धर्ममार्गप्रवर्तिनः । प्रयान्ति परमं स्थानं गुरुपूजापरायणाः ॥ ३८ ॥

Ceux qui sont empreints de compassion envers tous les êtres, qui mettent autrui sur la voie du dharma et qui se vouent au culte du Guru, atteignent la Demeure Suprême.

Verse 139

इतीरितं समाकर्ण्य भारत्या नृपसतमः । मनसा निर्वृत्तिं प्राप्यसस्मार च गुरोर्वचः ॥ ३९ ॥

Ayant ainsi entendu les paroles de Bhāratī, le meilleur des rois obtint la paix intérieure en son esprit, puis il se souvint des paroles de son guru.

Verse 140

स्तुवन्गुरुं च तं विग्नं हरिं चैवातिहर्षितः । पीर्ववृत्तं च विप्राय सर्वं तस्मै न्यवेदयत् ॥ ४० ॥

Transporté de joie, il loua son maître ainsi que Hari, le dissipateur des obstacles, puis il rapporta au brāhmane tout ce qui s’était produit auparavant.

Verse 141

ततो नृपस्तु कालिंगं प्रणम्य विधिर्वमुने । नामानि व्याहरन्विष्णोः सद्यो वाराणसीं ययौ ॥ ४१ ॥

Alors le roi Kāliṅga se prosterna devant le sage Vidhirvamuni ; et, en prononçant les noms de Viṣṇu, il se mit aussitôt en route pour Vārāṇasī.

Verse 142

षण्मासं तत्र गङ्गायां स्नात्वा दृष्ट्वा सदाशिवम् । ब्राह्मणीदत्तश पात्तु मुक्तो मित्रसहोऽभवत् ॥ ४२ ॥

Là, après s’être baigné dans la Gaṅgā durant six mois et avoir eu la vision de Sadāśiva, il fut délivré des liens. Protégé par le don accordé par une brāhmaṇī, il devint un homme accompagné d’un ami.

Verse 143

ततस्तु स्वपुरीं प्राप्तो वसिष्ठेन महात्मना । अभिषिक्तो मुनुश्रेष्ट स्वकं राज्यमपालयत् ॥ ४३ ॥

Alors, revenu dans sa propre capitale avec le magnanime Vasiṣṭha, le plus excellent des sages fut consacré, puis il protégea et gouverna son royaume.

Verse 144

पालयित्वा महीं कृत्स्त्रां भुक्त्वा भोगान्स्त्रियं विना । वशिष्टात्प्राप्य सन्तानं गतो मोक्षं नृपोत्तमः ॥ ४४ ॥

Après avoir protégé toute la terre et goûté aux plaisirs royaux sans attachement aux femmes, ce roi éminent—ayant obtenu une descendance par Vasiṣṭha—atteignit la délivrance (mokṣa).

Verse 145

नैतच्चित्रं द्विजश्रेष्ट विष्णोर्वाराणसीगुणान् । गृणञ्छृण्वन्स्मरन्गङ्गां पीत्वा मुक्तो भवेन्नरः ॥ ४५ ॥

Rien là d’étonnant, ô le meilleur des deux-fois-nés : à Vārāṇasī, celui qui loue, écoute et se remémore les vertus de Viṣṇu, et qui boit l’eau du Gaṅgā, devient libéré.

Verse 146

तस्मान्माहिम्ने विप्रेन्द्र गङ्गायाः शक्यते नहि । पारं गन्तुं सुराधीशैर्ब्रह्मविष्णुशिवरपि ॥ ४६ ॥

Ainsi, ô prince des brāhmaṇas, la grandeur du Gaṅgā ne peut être atteinte ni pleinement comprise—même par les seigneurs des dieux, et même par Brahmā, Viṣṇu et Śiva.

Verse 147

यन्नामस्मरणादेव महापातककोटिभिः । विमुक्तो ब्रह्मसदनं नरो याति न संशयः ॥ ४७ ॥

Par le seul souvenir de son Nom (Gaṅgā), l’homme est délivré de crores de grands péchés et parvient au séjour de Brahmā ; il n’y a là aucun doute.

Verse 148

गङ्गा गङ्गेति यन्नाम सकृदप्युच्यते यदा । तदैव पापनिमुक्तो ब्रह्मलोके महीयते ॥ ४८ ॥

Lorsque le Nom « Gaṅgā, Gaṅgā » est prononcé ne fût-ce qu’une seule fois, à l’instant même on est délivré du péché et honoré dans le monde de Brahmā.

Verse 149

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे प्रथमपादे गङ्गा माहात्म्ये नवमोऽध्यायः ॥ ९ ॥

Ainsi s’achève le neuvième chapitre, « La Grandeur de la Gaṅgā », dans le premier Pāda du Pūrva-bhāga du saint Bṛhan-Nāradīya Purāṇa.

Frequently Asked Questions

Gaṅgā-jala functions as a śāstric prāyaścitta and a bhakti-saturated purifier: even a mustard-seed-sized drop (with tulasī) reverses rākṣasa/piśāca identity, exhausts accumulated pāpa, and reorients the redeemed toward Hari. The narrative frames Gaṅgā not merely as a river but as a salvific medium that operationalizes mokṣa-dharma.

Guru-apacāra is presented as a root cause of spiritual and social collapse: it precipitates demonic rebirth (brahmarākṣasa state), destroys learning and prosperity, and distorts discernment. Conversely, guru-sevā and restraint of anger are shown as stabilizing forces that preserve dharma and enable purification.

The king’s restoration culminates in Vārāṇasī and Gaṅgā practice: bathing, remembrance/praise of Viṣṇu, and darśana of Sadāśiva are treated as convergent liberative acts. The text thus aligns tīrtha-yātrā with bhakti and inner purification as a complete mokṣa-dharma pathway.