
Sanaka enseigne à Nārada le prāyaścitta comme achèvement indispensable des rites : des actes sans expiation sont sans fruit, et la purification véritable requiert une orientation du cœur vers Nārāyaṇa. Le chapitre définit les quatre mahāpātakas—brahmahatyā (meurtre d’un brāhmaṇa), surā-pāna (boire l’alcool), suvarṇa-steya (vol d’or) et guru-talpa-gamana (union illicite avec l’épouse du maître)—et ajoute comme cinquième la fréquentation de tels coupables ; il gradue aussi la « chute » selon la durée de la cohabitation. Il détaille ensuite les expiations pour le meurtre (d’un brāhmaṇa et d’autres), dont l’ascèse portant un crâne, le séjour en tīrtha, la mendicité, la sandhyā et des vœux pluriannuels ; il expose également les normes de châtiment royal et les atténuations (femmes, enfants, maladie). Une large partie réglemente la surā : types, récipients, exceptions médicinales et réintégration par le vœu Cāndrāyaṇa. L’expiation du vol devient technique par l’évaluation or/argent et des micro-mesures (de trasareṇu à suvarṇa), avec des seuils de prāṇāyāma et de japa du Gāyatrī. D’autres sections traitent du sexe illicite, du meurtre d’animaux, des contacts impurs et des tabous alimentaires et verbaux. La conclusion se tourne vers le mokṣa-dharma : la bhakti envers Hari, et même un seul souvenir de Viṣṇu détruit des monceaux de péchés et accomplit dharma-artha-kāma-mokṣa.
Verse 1
सनक उवाच । प्रायश्चित्तविधिं वक्ष्ये श्रृणु नारद सांप्रतम् । प्रायश्चित्तविशुद्धात्मा सर्वकर्मफलं लभेत् ॥ १ ॥
Sanaka dit : Écoute à présent, ô Nārada ; je vais exposer la méthode du prāyaścitta (expiation). Celui dont l’âme est purifiée par le prāyaścitta obtient les fruits de toutes les actions.
Verse 2
प्रायश्चित्तविहीनैस्तु यत्कर्म क्रियते मुने । तत्सर्वं निष्फलं प्रोक्तं राक्षसैः परिसेवितम् ॥ २ ॥
Ô sage, tout rite ou acte accompli sans le prāyaścitta prescrit est déclaré entièrement sans fruit ; on dit encore qu’il est fréquenté par les rākṣasas (influences démoniaques).
Verse 3
कामक्रोधविहीनैश्च धर्मशास्त्रविशारदैः । प्रष्टव्या ब्राह्मणा धर्मं सर्वधर्मफलेच्छुभिः ॥ ३ ॥
Ceux qui sont exempts de désir et de colère, et versés dans les śāstra du dharma : de tels brāhmaṇa doivent être approchés et interrogés sur le dharma par quiconque recherche les fruits de tous les devoirs justes.
Verse 4
प्रायश्चित्तानि चीर्णानि नारायणपराङ्मुखैः । न निष्पुनंति विप्रेंद्र सुराभांडमिवापगाः ॥ ४ ॥
Ô meilleur des brāhmaṇas, les expiations accomplies par ceux qui se détournent de Nārāyaṇa ne les purifient pas, tout comme un fleuve ne peut laver un vase rempli d’alcool.
Verse 5
ब्रह्महा च सुरापी च स्तेयी च गुरुतल्पगः । महापातकिननस्त्वेते तत्संसर्गी च पंचमः ॥ ५ ॥
Le meurtrier d’un brāhmaṇa, le buveur d’alcool enivrant, le voleur et celui qui profane la couche du maître : ceux-là sont déclarés grands pécheurs (mahāpātakins) ; et comme cinquième est compté celui qui les fréquente.
Verse 6
यस्तु संवत्सरं ह्यतैः शयनासनभोजनैः । संवसेत्सह तं विद्यात्पतितं सर्वकर्मसु ॥ ६ ॥
Mais quiconque, durant une année entière, vit avec un tel homme—partageant lit, siège et nourriture—qu’on le sache : il est déchu (patita) quant à tous les rites et devoirs religieux.
Verse 7
अज्ञानाद्वाह्मणं हत्वा चीरवासा जटी भवेत् । स्वेनैव हतविप्रस्य कपालमपि धारयेत् ॥ ७ ॥
Si, par ignorance, quelqu’un a tué un brāhmaṇa, qu’il porte des vêtements d’écorce et des cheveux en nattes emmêlées ; et qu’il porte même le crâne de ce brāhmaṇa qu’il a lui-même abattu.
Verse 8
तदभावे मुनिश्रष्ट कपालं वान्यमेव वा । तद्द्रव्यं ध्वजदंडे तु धृत्वा वनचरो भवेत् ॥ ८ ॥
Ô meilleur des sages, si cela n’est pas disponible, qu’il prenne un bol de crâne—ou tout autre récipient convenable ; plaçant ce nécessaire sur un bâton d’étendard, qu’il vive en habitant des forêts, ascète errant.
Verse 9
वन्याहारो वसेतत्र वारमेकं मिताशनः । सम्यक्संध्यामुपासीत त्रिकालं स्नानमाचरेत् ॥ ९ ॥
Résidant là pour un temps, qu’il se nourrisse des fruits de la forêt et mange avec mesure. Qu’il accomplisse dûment le culte de la Sandhyā et observe le bain trois fois par jour.
Verse 10
अध्ययनाध्यापनादून्वर्जयेत्संस्मरेद्धरिम् । ब्रह्मचारी भवेन्नित्यं गंधमाल्यादि वर्जयेत् ॥ १० ॥
Qu’il évite tout ce qui détourne de l’étude et de l’enseignement, et qu’il se souvienne sans cesse de Hari. Qu’il demeure toujours brahmacārin et renonce aux parfums, aux guirlandes et aux ornements des sens.
Verse 11
तीर्थान्यनुवसेच्चैव पुण्याश्चावाश्रमांस्तथा । यदि वन्यैर्न जीवेत ग्रामे भिक्षां समाचरेत् ॥ ११ ॥
Qu’il réside dans les tīrtha sacrés et de même dans les āśrama saints. S’il ne peut vivre des produits de la forêt, qu’il aille au village et se nourrisse selon la règle par l’aumône (bhikṣā).
Verse 12
द्वादशाब्दं व्रतं कुर्यादेवं हरिपरायणः । ब्रह्महा शुद्धिमाप्नोति कर्मार्हश्चैव जायते ॥ १२ ॥
Ainsi, celui qui n’a pour refuge que Hari doit observer ce vœu durant douze ans ; par lui, même le meurtrier d’un brāhmaṇa obtient la purification et redevient apte aux rites védiques.
Verse 13
व्रतमध्ये मृगैर्वापि रोगैर्वापि निषूदितः । गोनिमित्तं द्विजार्थं वा प्राणान्वापि परित्यजेत् ॥ १३ ॥
Si, au milieu du vœu, l’on est tué par des bêtes sauvages ou terrassé par la maladie, ou si l’on abandonne même sa vie pour une vache ou pour le bien d’un brāhmaṇa, une telle mort est tenue pour juste selon le dharma.
Verse 14
यद्वा दद्याद्द्विजेंद्राणां गवामयुतमुत्तसम् । एतेष्वन्यतमं कृत्वा ब्रह्महा शुद्धिमान्पुयात् ॥ १४ ॥
Ou bien, l’on peut offrir aux plus éminents des deux-fois-nés un don excellent : dix mille vaches. Ayant accompli l’une quelconque de ces expiations, même le meurtrier d’un brāhmaṇa devient purifié.
Verse 15
दीक्षितं क्षत्रियं हत्वा चरेद्धि ब्रह्महव्रतम् । अग्निप्रवेशनं वापि मरुत्प्रपतनं तथा ॥ १५ ॥
Ayant tué un Kṣatriya consacré, qu’il entreprenne vraiment le vœu expiatoire prescrit pour la brahmahatyā (meurtre d’un brāhmaṇa). Ou bien, qu’il accomplisse l’entrée dans le feu, ou la chute d’une hauteur, comme actes de pénitence.
Verse 16
दीक्षीतं ब्राह्मणं हत्वा द्विगुणं व्रतमाचरेत् । आचार्यादिवधे चैव व्रतमुक्तं चतुर्गुणम् ॥ १६ ॥
Ayant tué un Brāhmaṇa initié, qu’on accomplisse le vœu expiatoire prescrit en double mesure. Et dans le cas du meurtre du maître (ācārya) et d’autres semblables, le vœu est déclaré quadruple.
Verse 17
हत्वा तु विप्रमात्रं च चरेत्संवत्सरं व्रतम् । एवं विप्रस्य गदितः प्रायश्चित्तविधिर्द्विज ॥ १७ ॥
Mais si l’on n’a tué qu’un seul Brāhmaṇa, qu’on observe un vœu expiatoire pendant un an. Ainsi, ô deux-fois-né, la règle de pénitence pour (le meurtre d’)un Brāhmaṇa a été énoncée.
Verse 18
द्विगुणं क्षत्रियस्योक्तं त्रिगुणं तु विशः स्मृतम् । ब्राह्मणं हंति यः शूद्रस्तं मुशल्यं विर्दुर्बुधाः ॥ १८ ॥
On dit que la peine pour un Kṣatriya est double, et l’on se souvient qu’elle est triple pour un Vaiśya. Mais les sages déclarent que le Śūdra qui tue un brāhmaṇa doit être puni de mort par la massue (muśala).
Verse 19
राज्ञैव शिक्षा कर्तव्या इति शास्तेषु निश्चयः । ब्राह्मणीनां वधे त्वर्द्धं पादः स्यात्कन्यकावधे ॥ १९ ॥
Les śāstra tranchent avec certitude que la peine ne doit être infligée que par le roi. Pour le meurtre d’une brāhmaṇī, la sanction est réduite de moitié ; pour le meurtre d’une jeune fille non mariée, elle est réduite au quart.
Verse 20
हत्वा त्वनुपनीतांश्च तथा पादव्रतं चरेत् । हत्वा तु क्षत्रियं विप्रः षडब्दं कुच्छ्रमाचरेत् ॥ २० ॥
Après avoir tué ceux qui n’ont pas encore reçu l’initiation (upanayana), qu’on accomplisse le pāda-vrata en expiation. Mais si un brāhmaṇa a tué un kṣatriya, qu’il observe la pénitence kṛcchra durant six ans.
Verse 21
संवत्सरं त्रयं वेश्यं शूर्द्रं हत्वा तु वत्सरम् । दीक्षितस्य स्त्रियं हत्वा ब्राह्मणी चाष्टवत्सरान् ॥ २१ ॥
Pour avoir tué un Vaiśya, la pénitence prescrite est de trois ans ; pour avoir tué un Śūdra, d’un an. Pour avoir tué l’épouse d’un homme consacré (dīkṣita), la pénitence est de huit ans ; de même, pour avoir tué une brāhmaṇī, huit ans.
Verse 22
ब्रह्महत्याव्रतं कृत्वा शुद्धो भवति निश्चितम् । प्रायश्चित्तं विधानं तु सर्वत्र मुनिसत्तम ॥ २२ ॥
Celui qui a accompli le vœu prescrit pour expier la brahma-hatyā (le meurtre d’un brāhmaṇa) devient assurément purifié. Ô meilleur des sages, la juste ordonnance du prāyaścitta s’applique partout, en tout cas où elle est prescrite.
Verse 23
वृद्धातुरस्त्रीबालानामर्द्धमुक्तं मनीषिभिः । गौडी पैष्टी च माध्वी च विज्ञेया त्रिविधा सुरा ॥ २३ ॥
Pour les vieillards, les malades, les femmes et les enfants, les sages n’ont prescrit que la moitié (de la mesure ordinaire). Sache que la surā, l’alcool enivrant, est de trois sortes : gauḍī, à base de mélasse ; paiṣṭī, à base de grains ; et mādhvī, à base de miel.
Verse 24
चातुर्वर्ण्यारपेया स्यात्तथा स्त्रीभिश्च नारद । क्षीरं घृतं वा गोमूत्रमेतेष्वन्यतमं मुने ॥ २४ ॥
Ô Nārada, cette libation peut être accomplie par les quatre varṇas, ainsi que par les femmes. Ô sage, elle peut se faire avec du lait, du ghee ou de l'urine de vache.
Verse 25
स्नात्वर्द्रवासा नियतो नारायणमनुस्मरन् । पक्वायसनिभं कृत्वा पिबेज्चैवोदकं ततः ॥ २५ ॥
Après s'être baigné, portant un vêtement humide et restant maître de soi, on doit se souvenir de Nārāyaṇa ; puis, ayant rendu (la préparation) semblable à du fer cuit, on doit ensuite boire cette eau.
Verse 26
तत्तु लौहेन पात्रेण ह्यायसेनाथवा पिबेत् । ताम्रेण वाथं पात्रेण तत्पीत्वा मरणं व्रजेत् ॥ २६ ॥
On ne doit boire cela que dans un récipient en fer, ou bien en acier. Mais si on le boit dans un récipient en cuivre, après l'avoir bu, on marche vers la mort.
Verse 27
सुरापी शुद्धिमाप्नोति नान्यथा शुद्धिरिष्यते । अज्ञानादात्मबुद्द्या तु सुरां पीत्वा द्विजश्चरेत् ॥ २७ ॥
Un buveur de surā (alcool) obtient la purification — aucune autre purification n'est prescrite. Mais si un deux-fois-né a bu de la surā par ignorance, la prenant pour autre chose, il doit alors observer le cours d'expiation prescrit.
Verse 28
ब्रह्महत्याव्रतं सम्यक्तच्चिह्नपरिवर्जितः । यदि रोगानिवृत्त्यर्थमौषधार्थं सुरां पिबेत् ॥ २८ ॥
Si une personne observe correctement le vœu expiatoire pour le brahma-hatyā (le péché de tuer un brâmane), et évite toutes les marques extérieures qui y sont associées, mais boit de l'alcool uniquement comme remède pour guérir une maladie, alors (cela est traité) comme étant à des fins médicinales.
Verse 29
तस्योपनयनं भूयस्तथा चांद्रायणद्वयम् । सुरासंस्पृष्टपात्रं तु सुराभांडोदकं तथा ॥ २९ ॥
Pour lui, le rite d’initiation (upanayana) doit être accompli de nouveau, et de même deux observances de Cāndrāyaṇa. Il en va pareillement d’un récipient touché par l’alcool, ainsi que de l’eau contenue dans une jarre d’alcool.
Verse 30
सुरापानसमं प्राहुस्तथा चन्द्रस्य भक्षणम् । तालं च पानसं चैव द्राक्षं खार्जूरसंभवम् ॥ ३० ॥
Ils déclarent que « manger le candra (une certaine substance/aliment) » équivaut à boire de l’alcool ; de même, les produits du tāla (palmier), du pānasa (jacquier), de la drākṣā (raisin) et ceux issus du khārjūra (datte) doivent être compris dans la même catégorie d’interdits.
Verse 31
माधुक शैलमारिष्टं मैरेयं नालिकेरजम् । गौडी माध्वी सुरा मद्यमेवमेकादश स्मृताः ॥ ३१ ॥
Mādhuka, Śaila, Āriṣṭa, Maireya, et celle préparée à partir de la noix de coco ; de même Gauḍī, Mādhvī, Surā et Madya : ainsi sont-ils rappelés comme onze sortes de boissons enivrantes.
Verse 32
एतेष्वन्यतमं विप्रो न पिबेद्वै कदाचन । एतेष्वन्यतमं यस्तु पिबेदज्ञानतो द्विजः ॥ ३२ ॥
Un brāhmaṇa ne doit jamais boire aucune de ces boissons. Mais si un « deux-fois-né » (dvija) en boit une par ignorance, alors l’expiation sera énoncée ensuite.
Verse 33
तस्योपनयनं भूयस्तप्तकृच्छ्रं चरेत्तथा । समक्षं वा परोक्षं वा बलाच्चौयण वा तथा ॥ ३३ ॥
Pour lui, l’upanayana doit être accompli de nouveau, et il doit aussi observer la pénitence appelée taptakṛcchra, que l’acte ait eu lieu au vu de tous ou en secret, et même s’il s’est produit sous la contrainte ou encore par vol.
Verse 34
परस्वानामुपादानं स्तेयमित्युच्यते बुधैः । सुवर्णस्य प्रमाणं तु मन्वाद्यैः परिभाषितम् ॥ ३४ ॥
Les sages déclarent que prendre le bien d’autrui s’appelle vol. Quant aux justes normes de mesure de l’or, Manu et les autres législateurs du dharma les ont définies.
Verse 35
वक्ष्ये श्रृणुष्व विप्रेंद्र प्रायश्चजितोक्तिसाधनम् । गवाक्षागतमार्तण्डरश्मिमध्ये प्रदृश्यते ॥ ३५ ॥
Je vais l’exposer—écoute, ô le meilleur des brahmanes—le moyen qui atteste l’enseignement sur le prāyaścitta (expiation). Cela se voit clairement, comme on voit la lumière du soleil au milieu des rayons entrant par une fenêtre.
Verse 36
त्रसरेणुप्रमाणं तु रज इत्युच्यते बुधैः । त्रसरेण्वष्टकं निष्कस्तत्रयं राजसर्षपः ॥ ३६ ॥
Les savants déclarent que la quantité mesurée par un trasareṇu se nomme « rajas », une infime particule de poussière. Huit trasareṇus font un niṣka, et trois niṣkas constituent un rāja-sarṣapa, mesure dite de la « graine de moutarde royale ».
Verse 37
गौरसर्षपस्तर्त्रयं स्यात्तत्षट्कं यव उच्यते । यवत्रयं कृष्णलः स्यान्माषस्तत्पंचकं स्मृतः ॥ ३७ ॥
Trois graines de moutarde blanche font une unité ; six de ces unités sont appelées yava, mesure d’un grain d’orge. Trois yavas font un kṛṣṇala, et cinq kṛṣṇalas sont retenus comme un māṣa.
Verse 38
माषषोडषमानं स्यात्सुवर्णमिति नारद । हत्वा ब्रह्मस्वमज्ञानाद्द्वादशांब्दं तु पूर्ववत् ॥ ३८ ॥
Ô Nārada, on dit qu’un suvarṇa (unité étalon d’or) équivaut à seize māṣas. Si, par ignorance, l’on tue une personne liée aux biens d’un brahmane, ou si l’on détruit des biens appartenant à un brahmane, qu’on observe la même discipline d’expiation qu’auparavant, durant douze ans.
Verse 39
कपालध्वजहीनं तु ब्रह्महत्याव्रतं चरेत् । गुरुणां यज्ञकतॄणां धार्मिष्टानां तथैव च ॥ ३९ ॥
Mais l’on doit accomplir le vœu d’expiation pour le meurtre d’un brāhmane sans porter l’étendard du crâne; de même, qu’on observe la pénitence requise lorsqu’il s’agit des maîtres, des officiants du yajña et des autres hommes vertueux.
Verse 40
श्रोत्रियाणां द्विजानां तु हृत्वा हेमैवमाचरेत् । कृतानुतापो देहे च संपूर्णे लेपयेद् धृतम् ॥ ४० ॥
Mais si l’on a dérobé de l’or à des brāhmanes savants, maîtres du Veda, alors—après avoir accompli l’expiation prescrite et éprouvé un repentir sincère—qu’on enduise tout le corps de beurre clarifié (ghee).
Verse 41
करीषच्छादितो दग्धः स्तेयपापाद्विमुच्यते । ब्रह्मस्वं क्षत्रियो हृत्वा पश्चात्तापमवाप्य च ॥ ४१ ॥
Celui qui est couvert de bouse de vache puis brûlé est délivré du péché de vol. De même, un kṣatriya qui a pris le bien d’un brāhmane se purifie après avoir connu le repentir (paścāttāpa).
Verse 42
पुनर्ददाति तत्रैव तद्विधानं श्रृणुष्व मे । तत्र सांतपनं कृत्वा द्वादशाहोपवासतः ॥ ४२ ॥
Ensuite, qu’il rende de nouveau, en ce lieu même. Écoute de moi la règle appropriée : là, après avoir accompli l’expiation dite Sāntapana, qu’il observe un jeûne de douze jours.
Verse 43
शुद्धिमाप्नोति देवर्षे ह्यन्यथा पतितो भवेत् । रत्नासनमनुष्यस्त्रीधेनुभूम्यादिकेषु च ॥ ४३ ॥
Ô sage divin, en agissant ainsi on obtient la purification; autrement, on devient déchu—surtout dans les affaires touchant des sièges ornés de joyaux, des êtres humains, des femmes, des vaches, des terres et autres choses semblables.
Verse 44
सुवर्णसहृशेष्वेषु प्रायश्चितार्द्धमुच्यते । त्रसरेणुसमं हेम हृत्वा कुर्यात्समाहितः ॥ ४४ ॥
Dans les cas d’objets dont la valeur est comparable à celle de l’or, l’expiation prescrite est dite être la moitié (de celle due au vol d’or). Ayant dérobé de l’or ne fût-ce qu’à la mesure d’un « trasareṇu », infime poussière, qu’on accomplisse la pénitence prescrite l’esprit recueilli et vigilant.
Verse 45
प्राणायामद्वयं सम्यक् तेन शुद्धच्चति मानवः । प्राणायामत्रयं कुर्याद्धृत्वा निष्कप्रमाणकम् ॥ ४५ ॥
Par deux cycles correctement accomplis de prāṇāyāma, l’homme se purifie. S’il a dérobé de l’or à la mesure d’un niṣka, qu’il accomplisse trois prāṇāyāmas, en retenant le souffle selon cette mesure.
Verse 46
प्राणायामाश्च चत्वारो राजसर्षपमात्रके । गौरसर्षपमानं तु हृत्वा हेम विचक्षणः ॥ ४६ ॥
Les quatre formes de prāṇāyāma doivent être mesurées selon l’unité d’un « grain de moutarde royal » ; et le pratiquant avisé doit aussi prendre en compte la mesure d’un « grain de moutarde blanc », ô sage.
Verse 47
स्नात्वा च विधिवज्जप्याद्गायत्र्यष्टसहस्त्रकम् । यवमात्रसुवर्णस्य स्तेयाच्छुद्धो भवेद्दिजः ॥ ४७ ॥
Après s’être baigné selon le rite, puis avoir récité en japa la Gāyatrī comme prescrit—huit mille répétitions—, le dvija (deux-fois-né) est purifié du vol d’or du poids d’un seul grain d’orge.
Verse 48
आसायं प्रातरारभ्य जप्त्वा वै वेदमातरम् । हेम कृष्णलमात्रं तु हृत्वा सांतपनं चरेत् ॥ ४८ ॥
En commençant le soir et en poursuivant dès le matin suivant, après avoir récité en japa, selon la règle, la « Mère des Veda », la Gāyatrī, si l’on a dérobé de l’or à la mesure d’un kṛṣṇala, qu’on accomplisse l’observance expiatoire dite Sāṃtapana.
Verse 49
माषप्रमाणे हेम्नस्तु प्रायश्चित्तं निगद्यते । गोमूत्रपक्वयवभुग्वर्षेणैकेन शुद्ध्यति ॥ ४९ ॥
Pour de l’or pris à la mesure d’un māṣa, une expiation est prescrite : en vivant une année en se nourrissant d’orge cuite dans l’urine de vache, on devient purifié.
Verse 50
संपूर्णस्य सुवर्णस्य स्तेयं कृत्वा मुनीश्वर । ब्रह्महत्याव्रतं कुर्याद्द्वादशाब्दं समाहितः ॥ ५० ॥
Ô grand sage, ayant dérobé une mesure entière d’or, qu’il entreprenne, l’esprit concentré, durant douze ans, le vœu d’expiation prescrit pour le péché de meurtre d’un brahmane.
Verse 51
सुवर्णमानान्न्यूने तु रजतस्तेयकर्मणि । कुर्यात्सांतपनं सम्यगन्यथा पतितो भवेत् ॥ ५१ ॥
Mais si le vol concerne de l’argent en quantité inférieure à la mesure (établie) pour l’or, qu’il accomplisse correctement l’expiation dite Sāṃtapana ; autrement, il devient déchu.
Verse 52
दशनिष्कांतपर्यंतमूर्द्धूं निष्कचतुष्टयात् । हत्वा च रजतं विद्वान्कुर्याच्चांद्रायणं मुने ॥ ५२ ॥
Ô sage, si un homme instruit dérobe de l’argent—jusqu’à la valeur de quatre niṣkas, et, en quantité plus élevée, jusqu’à dix niṣkas—qu’il accomplisse le vœu de Cāndrāyaṇa en expiation.
Verse 53
दशादिशतिष्कांतं यः स्तेयी रजतस्य तु । चांद्रायणद्वयं तस्य प्रोक्तं पापविशोधकम् ॥ ५३ ॥
Pour celui qui dérobe de l’argent selon la mesure dite « daśādiśatiṣkānta », il est prescrit un double Cāndrāyaṇa ; il est déclaré purificateur du péché.
Verse 54
शतादूर्द्धूं सहस्त्रांतं प्रोक्तं चांद्रायणत्रयम् । सहस्त्रादधिकस्तेये ब्रह्महत्याव्रतं चरेत् ॥ ५४ ॥
Pour un vol évalué entre cent et mille, une triple observance Cāndrāyaṇa est prescrite. Mais si le vol dépasse mille, il faut entreprendre le vœu expiatoire du brahmahatyā.
Verse 55
कांस्यपित्तलमुख्येषु ह्ययस्कांते तथैव च । सहस्रनिष्कमाने तु पराकं परिकीर्तितम् ॥ ५५ ॥
Pour les récipients faits principalement d'airain et de laiton, ainsi que ceux en magnétite, la mesure appelée « parāka » est déclarée être de mille niṣkas en quantité.
Verse 56
प्रायश्चित्तं तु रत्नानां स्तेये राजतवत्स्मृतम् । गुरुतल्पगतानां च प्रायश्चित्तमुदीर्यते ॥ ५६ ॥
Pour le vol de pierres précieuses, l'expiation est déclarée être la même que celle prescrite pour le vol d'argent. L'expiation pour la violation du lit du gourou est également énoncée.
Verse 57
अज्ञानान्मातरं गत्वा तत्सपत्नीमथापि वा । स्वयमेव स्वमुष्कं तु च्छिंद्यात्पापमुदीरयन् ॥ ५७ ॥
Si, par ignorance, un homme approche sa mère — ou même l'autre épouse de son père — alors, tout en confessant son péché, il doit lui-même se couper les testicules.
Verse 58
हस्ते गृहीत्वा मुष्कं तु गच्छंद्वै नैऋतीं दिशम् । गच्छन्मार्गै सुखं दुःखं न कदाचिद्विचारयेत् ॥ ५८ ॥
Tenant le scrotum dans sa main, il doit se diriger vers le sud-ouest ; et en avançant sur le chemin, il ne doit jamais se laisser influencer par le plaisir ou la douleur.
Verse 59
अपश्यन्गच्छतो गच्छेत्पाणान्तं यः स शुद्ध्यति । मरुत्प्रपतनं वापि कुर्यात्पापमुदाहरन् ॥ ५९ ॥
Celui qui, sans regarder, passe près d'un autre et l'effleure, se purifie. Ou bien, déclarant la faute, il doit accomplir l'expiation appelée "marut-prapatana".
Verse 60
स्ववर्णोत्तमवर्णस्त्रीगमने त्वविचारतः । ब्राह्महत्याव्रतं कुर्याद्वादशाब्दं समाहितः ॥ ६० ॥
Si un homme de sa propre caste a des rapports avec une femme d'une caste supérieure sans réflexion, il doit entreprendre le vœu d'expiation pour le meurtre d'un brahmane pendant douze ans.
Verse 61
अमत्याभ्यासतो गच्छेत्सवर्णां चोत्तमां तथा । कारीषवह्निना दग्धः शुद्धिं याति द्विजोत्तम ॥ ६१ ॥
Par une fréquentation habituelle, il peut approcher une femme de sa propre classe ou supérieure. Mais brûlé dans un feu de bouse de vache séchée, il atteint la purification, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 62
रेतःसेकात्पूर्वमेव निवृत्तो यदि मातरि । ब्रह्महत्याव्रतं कुर्याद्रेतः सेकेऽग्निदाहनम् ॥ ६२ ॥
Si, concernant sa mère, on s'arrête avant l'émission de semence, il faut accomplir le vœu pour le brahma-hatya ; si la semence est émise, il doit se brûler dans le feu.
Verse 63
सवर्णोत्तमवर्णासु निवृत्तो वीर्यसेचनात् । ब्रह्महत्याव्रतं कुर्यान्नवाब्दान्विष्णुतत्परः ॥ ६३ ॥
S'étant abstenu d'émettre de la semence avec des femmes de sa propre caste ou supérieure, et étant dévoué à Vishnu, on doit accomplir le vœu de brahma-hatya pendant neuf ans.
Verse 64
वैश्यायां पितृपत्न्यां तु षडब्दं व्रतमाचरेत् । गत्वा शूद्वां गुरोर्भार्यां त्रिवर्षं व्रतमाचरेत् ॥ ६४ ॥
Si (l'offense concerne) une femme Vaiśya — en particulier celle qui est l'épouse de son père — on doit observer un vœu d'expiation pendant six ans. Si (elle concerne) une femme Śūdra — en particulier l'épouse de son gourou — on doit observer un vœu pendant trois ans.
Verse 65
मातृष्वसारं च पितृष्वसारमाचार्यभार्यां श्वशुरस्य पत्नीम् । पितृव्यभार्यामथ मातुलानीं पुत्रीं च गच्छेद्यदि काममुग्धः ॥ ६५ ॥
Si un homme, égaré par la luxure, a des relations sexuelles avec la sœur de sa mère, la sœur de son père, la femme de son maître, la femme de son beau-père, la femme de son oncle paternel, la femme de son oncle maternel, ou même sa propre fille — (il commet une grave transgression).
Verse 66
दिनद्वये ब्रह्महत्याव्रतं कुर्याद्यथाविधि । एकस्मिन्नेव दिवसे बहुवारं त्रिवार्षिकम् ॥ ६६ ॥
Il doit accomplir le vœu expiatoire pour le brahmahatyā (le péché d'avoir tué un brāhmaṇa) de la manière prescrite sur deux jours ; et, en un seul jour, il doit répéter plusieurs fois le rite qui doit autrement être observé pendant trois ans.
Verse 67
एकवारं गते ह्यब्दंव्रतं कृत्वा विशुद्ध्यति । दिनत्रये गते वह्निदग्धः शुध्येत नान्यथा ॥ ६७ ॥
En effet, en accomplissant le vœu pendant un an, même s'il n'est entrepris qu'une seule fois, on devient purifié. Mais celui qui a été brûlé par le feu ne devient pur qu'après trois jours écoulés — il n'y a pas d'autre moyen.
Verse 68
चांजालीं पुष्कसीं चैव स्नुषां च भगिनीं तथा । मित्रस्त्रियं शिष्यपत्नीं यस्तु वै कामतो व्रजेत् ॥ ६८ ॥
Quiconque, poussé par la luxure, a des relations sexuelles avec une femme Caṇḍāla, une femme Puṣkasa, sa belle-fille, sa sœur, la femme de son ami ou la femme de son disciple — (commet une grave transgression).
Verse 69
ब्रह्महत्याव्रतं कुर्यात्स षडब्दं मुनीश्वर । अकामतो व्रजेद्यस्तु सोऽब्दकृच्छ्रं समाचरेत् ॥ ६९ ॥
Ô seigneur des sages, qu’on accomplisse le vœu d’expiation prescrit pour le péché de brahma-hatyā durant six années. Mais si l’on y tombe sans intention, qu’on observe la pénitence kṛcchra pendant une année.
Verse 70
महापातकिसंसर्गे प्रायश्चित्तं निगद्यते । प्रायश्चित्तविशुद्धात्मा सर्वकर्मफलं लभेत् ॥ ७० ॥
Pour la fréquentation d’un grand pécheur (mahāpātakin), une expiation (prāyaścitta) est prescrite. Celui dont l’être intérieur est purifié par cette expiation obtient le plein fruit de toutes les actions méritoires.
Verse 71
यस्य येन भवेत्संगो ब्रह्महांदिचतुर्ष्वपि । तत्तद्व्रतं स निव्रर्त्य शुद्धिमान्पोत्यसंशयम् ॥ ७१ ॥
Quelle que soit la fréquentation qu’on ait eue avec l’un des quatre grands coupables—tel le meurtrier d’un brāhmaṇa—en accomplissant le vœu expiatoire correspondant à ce contact, on est purifié, sans aucun doute.
Verse 72
अज्ञानात्पंचरात्रं तु संगमेभिः करोतियः । कायकृच्छ्रं चरेत्सम्यगन्यथा पतितो भवेत् ॥ ७२ ॥
Si, par ignorance, quelqu’un accomplit l’observance du Pañcarātra tout en ayant commerce charnel, qu’il entreprenne correctement l’expiation appelée Kāya-kṛcchra ; sinon, il devient déchu.
Verse 73
द्वादशाहेतु संसर्गे महासांतपनं स्मृतम् । संगंकृत्वार्द्धमासं तु द्वादशाहमुपावसेत् ॥ ७३ ॥
Pour un contact qui dure douze jours, l’expiation appelée Mahā-sāntapana est enseignée. Après avoir suivi la discipline prescrite durant une demi-lune, qu’on observe ensuite un jeûne de douze jours.
Verse 74
पराको माससंसर्गे चांद्रमासत्रयेस्मृतम् । कृत्वा संगं तु षण्मासं चरेच्चांद्रायणद्वयम् ॥ ७४ ॥
Si l’union charnelle illicite dure un mois, l’expiation prescrite est la pénitence Parāka pendant trois mois lunaires. Mais si cette faute se prolonge six mois, qu’on accomplisse deux observances de Cāndrāyaṇa.
Verse 75
किंचिन्न्यूनाब्दसंगे तु षण्मासव्रतमाचरेत् । एतच्च त्रिगुणं प्रोक्तं ज्ञानात्संगे यथाक्रमम् ॥ ७५ ॥
Mais si l’observance (de la discipline) n’atteint pas une année entière, qu’on accomplisse un vœu de six mois. Il est dit que cela comporte trois degrés, dans l’ordre, selon la connaissance et l’assiduité.
Verse 76
मंडूकं नकुलं काकं वराहं मूषकं तथा । मार्जाराजाविकं श्वानं हत्वा कुक्कुटकं तथा ॥ ७६ ॥
Avoir tué une grenouille, une mangouste, un corbeau, un sanglier et une souris; de même un chat, une chèvre, un chien, et aussi un coq—(entraîne une faute requérant expiation).
Verse 77
कृच्छ्रार्द्धमाचरेद्विप्रोऽतिकृच्छ्रं चाश्वह चरेत् । जतप्तकृच्छ्रं करिवधे पराकं गोवधे स्मृतम् ॥ ७७ ॥
Un brāhmaṇa doit accomplir la pénitence du demi‑kṛcchra; et pour avoir tué un cheval, observer l’atikṛcchra. Pour avoir tué un éléphant, l’expiation prescrite est le kṛcchra «ja‑tapta»; et pour avoir tué une vache, le Parāka est déclaré.
Verse 78
कामतो गोवधे नैव शुद्धिर्द्दष्टा मनीषिभिः । पानशय्यासनाद्येषु पुष्पमूलफलेषु च ॥ ७८ ॥
Pour le meurtre volontaire d’une vache, les sages n’ont reconnu aucune purification. De même, en ce qui concerne boisson, lit, siège et autres choses semblables, et aussi pour les fleurs, les racines et les fruits (souillés par une telle faute grave), il n’y a pas de pureté.
Verse 79
भक्ष्यभोज्यापहारेषु पंचगव्यविशोधनम् । शुष्ककाष्टतृणानां च द्रुमाणां च गुडस्य च ॥ ७९ ॥
Lorsque des aliments comestibles ou des mets cuits ont été enlevés ou souillés, la purification doit se faire par le pañcagavya. La même règle de purification vaut pour le bois sec et l’herbe sèche, pour les arbres, et aussi pour le sucre brut (guḍa).
Verse 80
चर्मवस्त्रामिषाणां च त्रिरात्रं स्यादभोजनम् । टिट्टिभं चक्रवाकं च हंसं कारंडवं तथा ॥ ८० ॥
Pour (l’usage ou la consommation impropre de) cuir, vêtements et viande, on doit observer un jeûne total durant trois nuits. De même, la même règle s’applique au sujet des oiseaux : ṭiṭṭibha, cakravāka, haṃsa et kāraṇḍava.
Verse 81
उलूकं सारसं चैव पकोतं जलपादकम् । शुकं चाषं बलाकं च शिशुमारं च कच्छपम् ॥ ८१ ॥
Sont aussi mentionnés : le hibou (ulūka), la grue (sārasa), le pigeon (pakota), l’oiseau d’eau (jalapādaka), le perroquet (śuka), l’oiseau cāṣa, le héron (balāka), la créature aquatique semblable au dauphin (śiśumāra) et la tortue (kacchapa).
Verse 82
एतेष्वन्यतमं हत्वा द्वादशाहमभोजनम् । प्राजापत्यव्रतं कुर्याद्रेतोविण्मूत्रभोजने ॥ ८२ ॥
Quiconque a tué l’un quelconque d’entre eux doit observer douze jours de jeûne ; et dans les cas où l’on a consommé sperme, excréments ou urine, il faut accomplir le vœu expiatoire de Prājāpatya.
Verse 83
चांद्रायणत्रयं प्रोक्तं शूद्रोच्छिष्टस्य भोजने । रजस्वलां च चांडालं महापातकिनं तथा ॥ ८३ ॥
Il est déclaré que trois observances de Cāndrāyaṇa sont l’expiation pour avoir mangé les restes d’un Śūdra ; de même (la même expiation) dans le cas de (contact avec) une femme en menstruation, un Cāṇḍāla et un grand pécheur (mahāpātakin).
Verse 84
सूतिकां पतितं चैव उच्छिष्टं रजकादिकम् । स्पृष्ट्वा सचैलं स्नायीत घृतं संप्राशेयत्तथा ॥ ८४ ॥
Si l’on touche une femme en période post‑partum, une personne déchue (impure), des restes de nourriture souillés, ou un blanchisseur et autres semblables, on doit se baigner en gardant ses vêtements; puis, de même, prendre du ghee (ghṛta) comme rite de purification.
Verse 85
गायत्रीं च विशुद्धात्मा जपेदष्टशतं द्विज । एतेष्वन्यतमं स्पृष्ट्वा अज्ञानाधद्यदि भोजने ॥ ८५ ॥
Ô dvija (deux‑fois‑né), l’esprit purifié, qu’il récite la Gāyatrī huit cents fois. Si, par ignorance, au cours du repas il touche l’une de ces impuretés, ce japa est l’expiation.
Verse 86
त्रिरात्रो पोषणाच्छुद्ध्ये त्पंचगव्याशनाद्विज । स्नानदानजपादौ च भोजनादौ च नारद ॥ ८६ ॥
Ô dvija, la purification s’obtient par une observance de trois nuits avec une nourriture légère, ou par la consommation de pañcagavya. De même, ô Nārada, pour le bain, la dāna (aumône), le japa, et aussi pour les règles touchant la nourriture et la conduite qui s’y rapporte, ces moyens de purification sont prescrits.
Verse 87
एषामन्यतमस्यापि शब्दं यः श्रृणुयाद्वदेत् । उद्वमेद्धुक्तमंन्नतत्स्त्रात्वा चोपवसेत्तथा ॥ ८७ ॥
Si quelqu’un entend ou prononce ne fût‑ce qu’un seul mot de l’une de ces (impuretés ou paroles interdites), qu’il vomisse aussitôt la nourriture prise; puis, après s’être baigné, qu’il observe également le jeûne.
Verse 88
द्वितीयेऽह्नि घृतं प्राश्य शुद्धिमाप्नोति नारद । व्रतादिमध्ये यद्येषा श्रृणुयाद्धूनिमप्युत ॥ ८८ ॥
Ô Nārada, le deuxième jour, en prenant du ghee (ghṛta) on obtient la purification. De plus, au commencement et durant l’observance d’un vrata (vœu sacré), si l’on entend cette récitation, même un simple son perçu au passage devient spirituellement efficace.
Verse 89
अष्टोत्तरसहस्रं तु जपेद्वै वेदमातरम् । पापानामधिकं पापं द्विजदैवतनिंदनम् ॥ ८९ ॥
Qu’on récite en japa la « Mère des Veda » mille huit fois, assurément. Mais plus grand que les autres péchés est le péché d’outrager les brāhmaṇa, qu’il faut tenir pour divins.
Verse 90
न दृष्ट्वा निष्कृतिस्तस्य सर्वशास्त्रेषु नारद । महापातकतुल्यानि यानि प्रोक्तानि सूरिभिः ॥ ९० ॥
Ô Nārada, dans tous les śāstra on ne trouve nulle expiation pour cela ; c’est pourquoi les sages ont déclaré que de tels actes sont à l’égal des grands péchés (mahāpātaka).
Verse 91
प्रायश्चित्तं तु तेषां च कुर्यादेवं यथाविधि । प्रायश्चित्तानि यः कुर्यान्नारायणपरायणः ॥ ९१ ॥
Pour eux aussi, qu’on accomplisse ainsi, selon la règle, les prāyaścitta prescrits. Celui qui entreprend ces expiations doit les faire en étant entièrement voué à Nārāyaṇa.
Verse 92
तस्य पापानि नश्यंतिह्यन्यथा पतितो भवेत् । यस्तु रागादिनिर्मुक्तो ह्यनुतापसमन्वितः ॥ ९२ ॥
Ses péchés sont détruits ; autrement, il deviendrait déchu. Mais celui qui est libéré de l’attachement et de ce qui s’y apparente, et qui est habité par le repentir, obtient véritablement cette purification.
Verse 93
सर्वभूतययायुक्तो विष्णुस्मरणतत्परः । महापातकयुक्तो वा युक्तो वा सर्वपातकैः ॥ ९३ ॥
Même si un homme est pris dans l’enchevêtrement des êtres (liens du monde), s’il est voué au souvenir de Viṣṇu — qu’il soit souillé par un grand péché ou par tous les péchés — ce Viṣṇu-smaraṇa l’élève.
Verse 94
विमुक्त एव पापेभ्यो ज्ञेयो विष्णुपरो यतः । नारायणमनांद्यंतं विश्वाकारमनामयम् ॥ ९४ ॥
Lui seul doit être reconnu comme véritablement délivré des péchés, car il est voué à Viṣṇu—Nārāyaṇa, sans commencement ni fin, dont la forme est l’univers, et qui est exempt de toute affliction.
Verse 95
यस्तु संस्मरते मर्त्यः स मुक्तः पापकोटिभिः । स्मृतो वा पूजितो वापि ध्यातः प्रणमितोऽपि वा ॥ ९५ ॥
Tout mortel qui se souvient de Lui avec vérité est délivré de crores de péchés : qu’on ne fasse que L’évoquer, ou qu’on L’adore, ou qu’on médite sur Lui, ou même qu’on se prosterne devant Lui.
Verse 96
नाशयत्येव पापानि विष्णुर्हृद्गमनः सताम् । संपर्काद्यदि वा मोहाद्यस्तु पूजयते हरिम् ॥ ९६ ॥
Viṣṇu—qui demeure dans le cœur des justes—anéantit assurément les péchés. Même si quelqu’un adore Hari par simple fréquentation ou même par égarement, cette adoration devient malgré tout destructrice du péché.
Verse 97
सर्वपापविनिर्मुक्तः स प्रयाति हरेः पदम् । सकृत्संस्मरणाद्विष्णोर्नश्यंति क्लेशसंचयाः ॥ ९७ ॥
Délivré de tout péché, il parvient au séjour de Hari. En se souvenant de Viṣṇu ne fût-ce qu’une seule fois, les amas d’afflictions accumulées sont détruits.
Verse 98
स्वर्गादिभोगप्रात्पिस्तु तस्य विप्रानुमीयते । मानुषं दुर्लभं जन्म प्राप्यते यैर्मुनीश्वर ॥ ९८ ॥
De là, ô seigneur parmi les sages, les savants déduisent qu’il obtient les jouissances du ciel et autres semblables ; car c’est par de tels mérites que l’on reçoit la rare naissance humaine.
Verse 99
तत्रापि हरिभक्तिस्तु दुर्लभा परिकीर्त्तिता । तस्मात्तडिल्लतालोलं मानुष्यं प्राप्य दुर्लभम् ॥ ९९ ॥
Même parmi ces acquisitions rares, la dévotion à Hari est proclamée comme très difficile à obtenir. Ainsi, ayant reçu cette naissance humaine si rare—instable comme l’éclair—ne la gaspille pas.
Verse 100
हरिं संपूजयेद्भक्त्या पशुपाशविमोचनम् । सर्वेऽन्तराया नश्यंति मनःशुद्धिश्च जायते ॥ १०० ॥
Qu’on adore Hari avec bhakti—Hari, le libérateur des liens qui enchaînent l’âme. Alors tous les obstacles s’évanouissent et la pureté du mental s’éveille.
Verse 101
परं मोक्षं लभेश्चैव पूजिते तु जनार्दने । धर्मार्थकामोक्षाख्याः पुरुषार्थाः सनातनाः ॥ १०१ ॥
Quand Janārdana (Viṣṇu) est adoré, on obtient assurément la délivrance suprême. Et les buts éternels de l’homme—Dharma, Artha, Kāma et Mokṣa—s’accomplissent.
Verse 102
हरिपूजापराणां तु सिध्यन्ति नात्र संशयः । पुत्रदारगृहक्षेत्रधनधान्याभिधावतीम् ॥ १०२ ॥
Pour ceux qui se vouent au culte de Hari, leurs desseins s’accomplissent—sans aucun doute. Même la poursuite agitée des fils, de l’épouse, de la maison, des terres, des richesses et des grains trouve son aboutissement.
Verse 103
लब्ध्वेमां मानुषीं वृत्तिं रेरे दर्पं तु मा कृथाः । संत्यज्य कामं क्रोधं च लोभं मोहं मदं तथा ॥ १०३ ॥
Ayant obtenu cette condition humaine, ô homme, ne t’enorgueillis pas. Renonce au désir, à la colère, à l’avidité, à l’illusion, et aussi à l’orgueil.
Verse 104
परापवादं निंदां च भजध्वं भक्तितो हरिम् । व्यापारान्सकलांसत्यक्तवा पूजयध्वं जनार्दनम् ॥ १०४ ॥
Renoncez à la médisance et à toute critique d’autrui ; avec la bhakti, adorez Hari. Délaissant toutes les préoccupations mondaines, rendez un culte à Janārdana.
Verse 105
निकटा एव दृश्यंते कृतांतनगरद्रुमाः । यावन्नायाति मरणं यावन्नायाति वै जरा ॥ १०५ ॥
Les arbres de la cité de Kṛtānta (la Mort) paraissent déjà tout proches. Ainsi, tant que la mort n’est pas venue et tant que la vieillesse n’est pas venue, qu’on agisse pour le bien suprême.
Verse 106
यावन्नेन्द्रियवैकल्यं तावदेवाचर्येद्धरिम् । धीमान्नकुर्याद्विश्वासं शरीरेऽस्मिन्विनश्वरे ॥ १०६ ॥
Tant que les sens ne sont pas encore défaillants, qu’on pratique la bhakti envers Hari. Le sage ne doit pas mettre sa confiance en ce corps périssable.
Verse 107
नित्यं सन्निहितो मृत्युः संपदत्यंतचंचला । आसन्नमरणो देहस्तस्माद्दर्प्पं विमुचत ॥ १०७ ॥
La mort est toujours toute proche, et la prospérité est extrêmement changeante. Le corps s’avance vers sa fin ; renonce donc à l’orgueil.
Verse 108
संयोगा विप्रयोगांताः सर्वं च क्षणभंगुरम् । एतज्ज्ञात्वा महाभाग पूजयस्व जनार्दनम् ॥ १०८ ॥
Toute rencontre s’achève en séparation, et tout est fragile, d’un instant. Sachant cela, ô bienheureux, adore Janārdana (le Seigneur Viṣṇu).
Verse 109
आशया व्यथते चैव मोक्षस्त्वत्यंतदुर्लभः । भक्त्या यजति यो विष्णुं महापातकवानपि ॥ १०९ ॥
L’être est tourmenté par le désir, et la délivrance est d’une extrême difficulté; pourtant, même chargé de grands péchés, celui qui adore Viṣṇu avec bhakti obtient un mérite salutaire.
Verse 110
सोऽपि याति परं स्थानं यत्र गत्वा न शोचति । सर्वतीर्थानि यज्ञाश्च सांगा वेदाश्च सत्तम ॥ ११० ॥
Lui aussi atteint la Demeure suprême; une fois parvenu là, il ne s’afflige plus. Pour lui, tous les tīrtha, tous les sacrifices, et même les Veda avec leurs disciplines auxiliaires sont comme accomplis—ô le meilleur des vertueux.
Verse 111
नारायणार्चनस्यैते कलां नार्हंति षोडशीम् । किं वै वेदैर्मखैः शास्त्रैः किंवा तीर्थनिषेवणैः ॥ १११ ॥
Ces autres pratiques ne méritent pas même le seizième du mérite du culte de Nārāyaṇa. À côté de cela, à quoi servent les Veda, les sacrifices, les śāstra, ou même la fréquentation des tīrtha sacrés ?
Verse 112
विष्णुभक्तिविहीनानां किं तपोभिर्व्रतैरपि ॥ ११२ ॥
Pour ceux qui sont dépourvus de dévotion envers Viṣṇu, à quoi servent les austérités et les vœux, même s’ils sont observés ?
Verse 113
यजंति ये विष्णुमनंतमूर्तिं निरीक्ष्य चाकारगतं वरेण्यम् । वेदांतवेद्यं भवरोगवैद्यं ते यांति मर्त्याः पदमच्युतस्य ॥ ११३ ॥
Les mortels qui vénèrent Viṣṇu aux formes infinies—contemplant le Seigneur suprêmement digne, établi dans la syllabe sacrée « A »—lui que révèle le Vedānta, médecin qui guérit la maladie du saṃsāra, atteignent la demeure d’Acyuta, l’Immuable.
Verse 114
अनादिमात्मानमनंतशक्तिमाधारभूतं जगतः सुरेड्यम् । ज्योतिः स्वरुपं परमच्युताख्यं स्मृत्वा समभ्येति नरः सखायम् ॥ ११४ ॥
En se souvenant du Soi sans commencement—à la puissance infinie, soutien de l’univers, loué par les dieux—dont la nature est pure Lumière, le Suprême nommé Acyuta, l’homme s’approche de cet Ami divin.
Sanaka frames prāyaścitta as the purificatory completion (saṃskāra) of karma: without it, actions are declared fruitless and spiritually ‘tainted.’ The chapter also adds a theological condition—atonement purifies only when one is oriented toward Nārāyaṇa—making expiation both procedural (vrata) and devotional (bhakti).
The four grave sins are brahmahatyā (killing a Brāhmaṇa), surā-pāna (drinking intoxicants), suvarṇa-steya (stealing gold), and guru-talpa-gamana (violating the teacher’s bed). Association is treated as a fifth because sustained sharing of food, seat, and bed transmits impurity and complicity (saṅga-doṣa), rendering one unfit for rites unless a corresponding expiation is performed.
It grades penalties by varṇa and circumstance, specifies named penances and durations, and introduces metrological units to quantify theft (from trasareṇu up to suvarṇa and niṣka-based scales). This converts moral fault into adjudicable categories, resembling Dharmaśāstra jurisprudence while remaining within Purāṇic discourse.
After enumerating penances, the text asserts that remembrance and worship of Viṣṇu/Hari destroy heaps of sins—even when devotion arises from mere association—and that worship of Janārdana fulfills dharma, artha, kāma, and mokṣa, culminating in attainment of Hari’s abode.