Adhyaya 52
Purva BhagaAdhyaya 5251 Verses

Adhyaya 52

Adhyaya 52: सोमाधारः, पुण्योदानदी, मेरुप्रदक्षिणा, जम्बूद्वीपनववर्षवर्णनम्

Poursuivant l’exposé cosmologique du Pūrva Bhāga centré sur Śiva, Sūta raconte que d’innombrables rivières de bon augure naissent des lacs et s’écoulent selon des directions prescrites. Il présente ensuite « Soma » comme un océan aérien, source d’amṛta, qui soutient les êtres et les dieux. De Soma jaillit la rivière céleste Puṇyodā, qui chemine dans le ciel, accompagne les constellations et circule sans cesse, à l’image de Soma. Elle ceint le mont Meru, où Śiva (Śrīkaṇṭha/Śarva) se divertit avec les gaṇa ; sur l’ordre de Śiva, ses eaux se divisent, descendent entre les crêtes intérieures de Meru et finissent par entrer dans le grand océan, faisant naître des centaines et des milliers de rivières à travers îles, montagnes et varṣa. Le chapitre passe ensuite en revue les neuf varṣa de Jambūdvīpa, décrivant la couleur, la longévité, l’alimentation et le tempérament des habitants, et oppose des régions quasi divines à Bhāratavarṣa, où les mortels vivent selon le karma, les devoirs du varṇa-āśrama et la quête de dharma–artha–kāma visant ultimement svarga et apavarga. Il se clôt en nommant d’importants royaumes montagneux et en affirmant la présence omnipénétrante de Śiva, établissant que tous les mondes reposent sur sa souveraineté et préparant le cadre cosmographique et de tīrtha à venir.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे एकपञ्चाशत्तमो ऽध्यायः सूत उवाच नद्यश् च बहवः प्रोक्ताः सदा बहुजलाः शुभाः सरोवरेभ्यः सम्भूतास् त्व् असंख्याता द्विजोत्तमाः

Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrvabhāga, s’achève le cinquante-et-unième chapitre. Sūta dit : « On a parlé de nombreux fleuves, toujours riches en eaux et de bon augure. Nés de lacs sacrés, ils sont vraiment innombrables, ô meilleur des deux-fois-nés. »

Verse 2

प्राङ्मुखा दक्षिणास्यास्तु चोत्तरप्रभवाः शुभाः पश्चिमाग्राः पवित्राश् च प्रतिवर्षं प्रकीर्तिताः

Les rivières tournées vers l’est sont dites, quant à leur vertu, comme orientées vers le sud ; celles qui prennent naissance au nord sont de bon augure ; celles dont l’« extrémité » est vers l’ouest sont purificatrices : ainsi est-il proclamé, année après année.

Verse 3

आकाशांभोनिधिर् यो ऽसौ सोम इत्यभिधीयते आधारः सर्वभूतानां देवानाममृताकरः

Celui qui est l’océan des eaux dans le ciel est nommé « Soma » ; il est le soutien de tous les êtres et la source de l’amṛta, l’immortalité des Devas.

Verse 4

अस्मात्प्रवृत्ता पुण्योदा नदी त्वाकाशगामिनी सप्तमेनानिलपथा प्रवृत्ता चामृतोदका

De cette source divine naquit la rivière sacrée Puṇyodā, qui chemine dans le ciel. Suivant la septième voie du vent, elle s’écoule avec des eaux pareilles au nectar.

Verse 5

सा ज्योतींष्यनुवर्तन्ती ज्योतिर्गणनिषेविता ताराकोटिसहस्राणां नभसश् च समायुता

Elle, avançant en accord avec les luminaires du ciel, était servie par des cohortes d’êtres rayonnants ; et le firmament lui-même l’accompagnait, empli de dizaines de milliers de crores d’étoiles.

Verse 6

परिवर्तत्यहरहो यथा सोमस्तथैव सा चत्वार्यशीतिश् च तथा सहस्राणां समुच्छ्रितः

De même que la Lune croît et décroît jour après jour, de même cette mesure tourne sans cesse. Elle est comptée comme quatre-vingt-quatre et s’élève jusqu’à des milliers, marquant les cycles ordonnés du temps (kāla) sous le Pati, le Seigneur qui gouverne tout changement.

Verse 7

योजनानां महामेरुः श्रीकण्ठाक्रीडकोमलः तत्रासीनो यतः शर्वः साम्बः सह गणेश्वरैः

Le Mahāmeru, mesuré en yojanas, est le doux terrain de jeu de Śrīkaṇṭha, le Seigneur à la gorge bleue. Là siège Śarva — Śiva uni à Śakti (Sāmba) — avec les seigneurs de ses gaṇas.

Verse 8

क्रीडते सुचिरं कालं तस्मात्पुण्यजला शिवा गिरिं मेरुं नदी पुण्या सा प्रयाति प्रदक्षिणम्

Longtemps elle s’y ébat; ainsi la rivière de bon augure, Śivā—sainte par ses eaux méritoires—continue de faire la circumambulation du mont Meru en pradakṣiṇa, dans le sens de la droite.

Verse 9

विभज्यमानसलिला सा जवेनानिलेन च मेरोरन्तरकूटेषु निपपात चतुर्ष्वपि

Cette masse d’eau, fendue et poussée avec vitesse par la force du vent, tomba sur les quatre sommets intérieurs du mont Meru, se répartissant ainsi vers les quatre directions.

Verse 10

समन्तात्समतिक्रम्य सर्वाद्रीन्प्रविभागशः नियोगाद्देवदेवस्य प्रविष्टा सा महार्णवम्

S’étendant de toutes parts et dépassant toutes les montagnes selon leurs diverses divisions, elle—sur l’ordre du Dieu des dieux—entra dans le grand océan.

Verse 11

अस्या विनिर्गता नद्यः शतशो ऽथ सहस्रशः सर्वद्वीपाद्रिवर्षेषु बहवः परिकीर्तिताः

D’elle sont issues des rivières—par centaines et même par milliers—dont beaucoup sont célébrées à travers tous les continents (dvīpas), montagnes et régions (varṣas).

Verse 12

क्षुद्रनद्यस्त्वसंख्याता गङ्गा यद्गाङ्गताम्बरात् केतुमाले नराः कालाः सर्वे पनसभोजनाः

Innombrables sont les petites rivières; et la Gaṅgā—issue de la région céleste de la Gaṅgā—s’écoule au-dehors. En Ketumāla, les hommes sont de teint sombre, et tous se nourrissent du jacquier (jackfruit) comme aliment principal.

Verse 13

स्त्रियश्चोत्पलवर्णाभा जीवितं चायुतं स्मृतम् भद्राश्वे शुक्लवर्णाश् च स्त्रियश्चन्द्रांशुसंनिभाः

Dans cette contrée, on dit que les femmes ont la teinte du lotus, et l’on se souvient que leur vie dure dix mille ans. À Bhadrāśva, les gens sont de complexion blanche, et les femmes brillent comme les rayons de la lune.

Verse 14

कालाम्रभोजनाः सर्वे निरातङ्का रतिप्रियाः दशवर्षसहस्राणि जीवन्ति शिवभाविताः

Tous, nourris de mangues sombres, sont sans crainte et épris de joie; pénétrés de la contemplation de Śiva, ils vivent dix mille ans.

Verse 15

हिरण्मया इवात्यर्थम् ईश्वरार्पितचेतसः तथा रमणके जीवा न्यग्रोधफलभोजनाः

Dans cette contrée délicieuse et enchanteresse, les âmes incarnées—ayant offert tout leur esprit à Īśvara—resplendissaient intensément, comme faites d’or, et vivaient des fruits du banian.

Verse 16

दशवर्षसहस्राणि शतानि दशपञ्च च जीवन्ति शुक्लास्ते सर्वे शिवध्यानपरायणाः

Ces êtres « blancs » (purs) vivent dix mille ans, et encore mille cent quinze ans de plus; car tous sont entièrement voués à la méditation sur Śiva, le Pati qui desserre les liens pasha du paśu (l’âme).

Verse 17

हैरण्मया महाभागा हिरण्मयवनाश्रयाः एकादश सहस्राणि शतानि दशपञ्च च

Ils étaient d’une radiance d’or, grandement fortunés, demeurant dans la forêt Hiraṇmaya (la forêt d’or) : au nombre de onze mille, et encore cent quinze.

Verse 18

वर्षाणां तत्र जीवन्ति अश्वत्थाशनजीवनाः हैरण्मया इवात्यर्थम् ईश्वरार्पितमानसाः

Là, ils vivent de longues années, se nourrissant des feuilles du saint aśvattha. Ils resplendissent comme d’or et demeurent entièrement recueillis, l’esprit offert à Īśvara (Śiva), le Pati qui délivre le paśu des liens du pāśa.

Verse 19

कुरुवर्षे तु कुरवः स्वर्गलोकात् परिच्युताः सर्वे मैथुनजाताश् च क्षीरिणः क्षीरभोजनाः

Mais dans le Kuruvarṣa, les Kurus sont tous ceux qui sont déchus du monde céleste. Tous naissent de l’union sexuelle, et vivent de lait—nourris de lait et se nourrissant de lait.

Verse 20

अन्योन्यमनुरक्ताश् च चक्रवाकसधर्मिणः अनामया ह्यशोकाश् च नित्यं सुखनिषेविणः

Ils s’aimaient l’un l’autre, tels les oiseaux cakravāka en fidèle compagnie. Sans maladie et vraiment sans chagrin, ils goûtaient sans cesse au bien-être—signes d’une vie accordée au Pati (Śiva) et d’un relâchement des liens du pāśa qui affligent le paśu.

Verse 21

त्रयोदशसहस्राणि शतानि दशपञ्च च जीवन्ति ते महावीर्या न चान्यस्त्रीनिषेविणः

Ces êtres de grande puissance vivent treize mille cent quinze ans; et ils ne fréquentent pas d’autres femmes.

Verse 22

सहैव मरणं तेषां कुरूणां स्वर्गवासिनाम् हृष्टानां सुप्रवृद्धानां सर्वान्नामृतभोजिनाम्

Même pour ces Kurus qui demeurent au ciel—joyeux, grandement prospères et se nourrissant de toutes sortes de mets d’amṛta—la mort survient tout de même. Ainsi, le paśu lié par le pāśa ne peut obtenir la permanence par la jouissance; seul le refuge en le Pati, Śiva, mène au-delà du dépérissement.

Verse 23

सदा तु चन्द्रकान्तानां सदा यौवनशालिनाम् श्यामाङ्गानां सदा सर्वभूषणास्पददेहिनाम्

Ils sont à jamais rayonnants comme la lune, à jamais pourvus de la fraîcheur de la jeunesse; aux membres d’une teinte sombre, et dotés de corps qui demeurent sans cesse des demeures dignes de tout ornement.

Verse 24

जंबूद्वीपे तु तत्रापि कुरुवर्षं सुशोभनम् तत्र चन्द्रप्रभं शम्भोर् विमानं चन्द्रमौलिनः

Dans le Jambūdvīpa, là aussi se trouve la splendide contrée nommée Kuruvarṣa. Là se dresse Candraprabha, le palais céleste resplendissant de Śambhu, le Seigneur dont la crête est couronnée par la Lune.

Verse 25

वर्षे तु भारते मर्त्याः पुण्याः कर्मवशायुषः शतायुषः समाख्याता नानावर्णाल्पदेहिनः

Mais dans la terre de Bhārata, les mortels sont méritants; leur durée de vie est gouvernée par le karma. On dit qu’ils vivent cent ans, qu’ils appartiennent à des varṇa divers, et qu’ils ont généralement une stature plus petite.

Verse 26

नानादेवार्चने युक्ता नानाकर्मफलाशिनः नानाज्ञानार्थसम्पन्ना दुर्बलाश्चाल्पभोगिनः

Adonnés au culte de nombreuses divinités, se nourrissant des fruits variés de multiples actes, pourvus de diverses visées de connaissance, ils s’affaiblissent—et leurs jouissances demeurent maigres.

Verse 27

इन्द्रद्वीपे तथा केचित् तथैव च कसेरुके ताम्रद्वीपं गताः केचित् केचिद्देशं गभस्तिमत्

Certains allèrent à Indra-dvīpa; d’autres, de même, à Kaseruka. Certains partirent pour Tāmra-dvīpa, tandis que d’autres gagnèrent la terre rayonnante nommée Gabhastimat. Ainsi les êtres furent répartis entre les régions selon l’ordre cosmique.

Verse 28

नागद्वीपं तथा सौम्यं गान्धर्वं वारुणं गताः केचिन्म्लेच्छाः पुलिन्दाश् च नानाजातिसमुद्भवाः

Certains—nés de nombreuses tribus diverses—tels les Mlecchas et les Pulindas, allèrent à Nāgadvīpa; et de même à Saumyadvīpa, à Gāndharvadvīpa et à Vāruṇadvīpa.

Verse 29

पूर्वे किरातास्तस्यान्ते पश्चिमे यवनाः स्मृताः ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्या मध्ये शूद्राश् च सर्वशः

À l’est, à son extrémité, on se souvient des Kirātas; et à l’ouest, des Yavanas. Au milieu se tiennent les Brāhmaṇas, les Kṣatriyas et les Vaiśyas, et les Śūdras aussi—répandus partout. Ainsi est décrit l’agencement du monde; en lui, le paśu (l’âme liée) doit purifier sa conduite et se tourner vers Pati, le Seigneur Śiva, afin d’être délivré du pāśa (lien).

Verse 30

इज्यायुद्धवणिज्याभिर् वर्तयन्तो व्यवस्थिताः तेषां संव्यवहारो ऽयं वर्तते ऽत्र परस्परम्

Fermes dans les places qui leur sont assignées, ils soutiennent leur vie par le culte (service sacrificiel), par la guerre juste et par le commerce; ainsi, entre eux, se poursuit ici ce système d’échanges et d’obligations réciproques, les uns envers les autres.

Verse 31

धर्मार्थकामसंयुक्तो वर्णानां तु स्वकर्मसु संकल्पश्चाभिमानश् च आश्रमाणां यथाविधि

Qu’on s’applique aux devoirs prescrits des varṇas, accordés avec dharma, artha et kāma; et, selon la règle juste des āśramas, qu’on garde saṅkalpa (l’intention droite) et abhimāna (la juste tenue de soi, disciplinée), afin que le paśu (l’âme individuelle) soit affermi sur la voie qui mène à Pati, le Seigneur Śiva.

Verse 32

इह स्वर्गापवर्गार्थं प्रवृत्तिर्यत्र मानुषी तेषां च युगकर्माणि नान्यत्र मुनिपुङ्गवाः

Ici, dans le domaine humain, l’engagement intentionné de l’homme vise le ciel et apavarga (la délivrance); et les devoirs propres à chaque Yuga n’appartiennent qu’à eux—nulle part ailleurs, ô le meilleur des sages.

Verse 33

दशवर्षसहस्राणि स्थितिः किंपुरुषे नृणाम् सुवर्णवर्णाश् च नराः स्त्रियश्चाप्सरसोपमाः

Dans la contrée de Kimpuruṣa, la durée de vie des humains se maintient dix mille ans. Les hommes y sont d’une teinte d’or, et les femmes égalent en beauté les apsaras.

Verse 34

अनामया ह्यशोकाश् च सर्वे ते शिवभाविताः शुद्धसत्त्वाश् च हेमाभाः सदाराः प्लक्षभोजनाः

En vérité, tous sont exempts de maladie et de chagrin ; tous sont pénétrés de la nature de Śiva. Leur être est de sattva pur, rayonnant comme l’or ; ils demeurent avec leurs épouses et se nourrissent du plakṣa (figuier sacré).

Verse 35

महारजतसंकाशा हरिवर्षे ऽपि मानवाः देवलोकाच्च्युताः सर्वे देवाकाराश् च सर्वशः

Dans Harivarṣa aussi, les humains brillent comme un grand argent. On dit qu’ils sont tous descendus du monde des Devas, et partout ils portent des formes semblables à celles des dieux.

Verse 36

हरं यजन्ति सर्वेशं पिबन्तीक्षुरसं शुभम् न जरा बाधते तेन न च जीर्यन्ति ते नराः

En vénérant Hara — le Seigneur de tout — et en buvant le suc auspicious de la canne à sucre, ces hommes ne sont pas atteints par la vieillesse ; par ce mérite, ils ne se flétrissent ni ne déclinent.

Verse 37

दशवर्षसहस्राणि तत्र जीवन्ति मानवाः मध्यमं यन्मया प्रोक्तं नाम्ना वर्षमिलावृतम्

Là, les humains vivent dix mille ans. Cette région centrale que j’ai décrite est connue sous le nom d’Ilāvṛta-varṣa.

Verse 38

न तत्र सूर्यस्तपति न ते जीर्यन्ति मानवाः चन्द्रसूर्यौ न नक्षत्रं न प्रकाशम् इलावृते

Dans Ilāvṛta, le soleil ne brûle pas, et les êtres qui s’y trouvent ne se flétrissent pas avec l’âge. Il n’y a ni lune ni soleil, ni constellations ni lumière ordinaire, car ce domaine est éclairé par une radiance suprême, centrée sur Śiva, qui dépasse tous les luminaires du monde.

Verse 39

पद्मप्रभाः पद्ममुखाः पद्मपत्त्रनिभेक्षणाः पद्मपत्त्रसुगन्धाश् च जायन्ते भवभाविताः

Ceux dont l’être intérieur est pénétré par Bhava (Śiva), le Pati, naissent resplendissants comme des lotus : visage de lotus, yeux semblables à des pétales, et parfumés comme les pétales mêmes, manifestant la pureté qui s’élève lorsque le paśu est touché par la grâce du Seigneur.

Verse 40

जम्बूफलरसाहारा अनिष्पन्दाः सुगन्धिनः देवलोकागतास्तत्र जायन्ते ह्यजरामराः

Là, se nourrissant du suc des fruits de jambu, semblable à un nectar, ils demeurent sans tremblement, sereins, et parfumés jusque dans leur être. Ceux qui sont venus du monde des Devas y naissent sans vieillesse ni mort.

Verse 41

त्रयोदशसहस्राणि वर्षाणां ते नरोत्तमाः आयुःप्रमाणं जीवन्ति वर्षे दिव्ये त्विलावृते

Dans l’Ilāvṛta-varṣa divin, ces hommes d’élite vivent la mesure entière de la vie : treize mille ans, soutenus par la durée qui leur est impartie.

Verse 42

जंबूफलरसं पीत्वा न जरा बाधते त्विमान् न क्षुधा न क्लमश्चापि न जनो मृत्युमांस् तथा

Après avoir bu le suc du fruit de Jambū, la vieillesse ne les tourmente pas ; ni faim ni fatigue ne les atteignent, et de tels êtres ne deviennent pas non plus sujets à la mort. Dans la vision purānique, cela indique un domaine où s’amenuisent les limitations de type pāśa du paśu incarné, reflétant la proximité du Pati et le fruit d’une vie plus sāttvique, accordée au dharma.

Verse 43

तत्र जाम्बूनदं नाम कनकं देवभूषणम् इन्द्रगोपप्रतीकाशं जायते भास्वरं तु तत्

Là naît un or nommé Jāmbūnada—digne des parures des dieux—rayonnant d’un vif éclat, d’une teinte semblable à l’insecte indragopa. Dans la vision śaiva, une telle matière resplendissante appartient à la manifestation ordonnée (sṛṣṭi) soutenue par Pati (Śiva), et se sanctifie lorsqu’elle est offerte dans l’adoration de Śiva.

Verse 44

एवं मया समाख्याता नववर्षानुवर्तिनः वर्णायुर्भोजनाद्यानि संक्षिप्य न तु विस्तरात्

Ainsi ai-je expliqué—brièvement et non avec un long développement—les choses qui suivent les neuf Varṣa : leurs ordres sociaux (varṇa), la durée de la vie, les modes de subsistance et de nourriture, ainsi que les usages connexes. En tout cela, le sage doit discerner la souveraineté de Pati (Śiva), tandis que l’âme liée (paśu) se meut dans les conditions qui lui sont imparties sous la puissance du pāśa.

Verse 45

हेमकूटे तु गन्धर्वा विज्ञेयाश्चाप्सरोगणाः सर्वे नागाश् च निषधे शेषवासुकितक्षकाः

Sur l’Hemakūṭa, il faut reconnaître les Gandharva et les troupes d’Apsaras ; et sur le Niṣadha demeurent tous les Nāga : Śeṣa, Vāsuki et Takṣaka.

Verse 46

महाबलास् त्रयस्त्रिंशद् रमन्ते याज्ञिकाः सुराः नीले तु वैडूर्यमये सिद्धा ब्रह्मर्षयो ऽमलाः

Là, les puissants Trente-Trois dieux—nourris par le sacrifice védique—se divertissent dans la joie. Et dans le domaine bleu, semblable au vaidūrya, demeurent les Siddha et les Brahmarṣi sans tache, accomplis et purs.

Verse 47

दैत्यानां दानवानां च श्वेतः पर्वत उच्यते शृङ्गवान् पर्वतश्चैव पितॄणां निलयः सदा

Pour les Daitya et les Dānava, on dit que la montagne appelée Śveta est leur domaine ; et de même, la montagne Śṛṅgavān est à jamais la demeure des Pitṛ (ancêtres).

Verse 48

हिमवान् यक्षमुख्यानां भूतानाम् ईश्वरस्य च सर्वाद्रिषु महादेवो हरिणा ब्रह्मणांबया

Himavān (l’Himalaya) est la demeure suprême des Yakṣa et des Bhūta ; et sur chaque montagne Mahādeva est présent—avec Hari et Brahmā—comme l’unique Seigneur qui pénètre toutes les cimes sacrées.

Verse 49

नन्दिना च गणैश्चैव वर्षेषु च वनेषु च नीलश्वेतत्रिशृङ्गे च भगवान्नीललोहितः

Accompagné de Nandin et des Gaṇa, le Seigneur bienheureux Nīlalohita demeure dans les contrées sacrées et dans les forêts ; et aussi sur la montagne aux trois sommets nommée Nīla–Śveta—éternellement le Pati (Seigneur) qui se meut librement au-delà de tout lien.

Verse 50

सिद्धैर्देवैश् च पितृभिर् दृष्टो नित्यं विशेषतः नीलश् च वैडूर्यमयः श्वेतः शुक्लो हिरण्मयः

Toujours contemplé—tout particulièrement—par les Siddha, les Deva et les Pitṛ, le Liṅga apparaît sous des aspects multiples : bleu profond, comme fait de vaidūrya (gemme « œil-de-chat »), blanc et rayonnant, et d’or—révélant le Pati (Seigneur) par des formes de lumière diverses.

Verse 51

मयूरबर्हवर्णस्तु शातकुंभस् त्रिशृङ्गवान् एते पर्वतराजानो जंबूद्वीपे व्यवस्थिताः

Mayūrabarha—teinté comme la plume du paon—et Śātakuṃbha, avec Triśṛṅgavān (le mont aux trois sommets) : tels sont les rois des montagnes établis en Jambūdvīpa.

Frequently Asked Questions

Here ‘Soma’ is presented as an ākāśāmbhonidhi—an aerial ocean-like reservoir and amṛta-source, a cosmic support (ādhāra) for beings and gods. While Soma can denote the Moon elsewhere, this passage emphasizes Soma as a sustaining, amrita-bearing cosmic principle from which the divine river proceeds.

It symbolizes cosmic order under Shiva’s command: the single divine flow becomes many life-giving streams for all regions, showing how unity (one sacred source) manifests as multiplicity (many rivers) without leaving Shiva’s governance. Devotionally, it also frames tīrtha and sacred waters as Shiva-empowered means of purification supporting dharma and liberation.

Bharatavarsha is portrayed as the karma-field where lifespan and experiences are shaped by action, worship, and knowledge pursuits. This contrast highlights the Purāṇic teaching that human life—though limited—is uniquely suited for disciplined dharma and Shiva-oriented sadhana leading to apavarga (moksha).