
अविद्या-पञ्चक, नवसर्ग-क्रमः, प्रजापति-प्रसवः (Vibhaga 1, Adhyaya 5)
Sūta raconte que, lorsque Svayambhū (Brahmā) veut créer, surgit un voile d’avidyā en cinq formes—tamas, moha, mahāmoha, tāmisra et andha—rendant la première création « primaire » mais sans fécondité spirituelle. Le chapitre énumère ensuite le système gradué des sarga (prakṛta et vaikṛta), des éléments et des évolutions des sens jusqu’aux créations des dieux, des humains et des Kumāra, décrivant comment la conscience s’incarne. Sur cette charpente cosmologique, Brahmā engendre les Kumāra et les grands Prajāpati, puis le récit passe aux lignées : les enfants de Śatarūpā, les mariages d’Ākūti et de Prasūti, et les filles de Dakṣa données à Dharma et à d’autres ṛṣi. Satī est présentée comme une fille née de l’esprit, liée à Śiva ; Brahmā ordonne à Dakṣa de la donner à Rudra, introduisant les formes multiples de Rudra et le symbolisme féminin/masculin (strī-liṅga/puṁ-liṅga) qui annonce la théologie du Liṅga. Le chapitre se clôt par la descendance de Dharma et des sages, préparant la suite centrée sur Rudra, les vœux et le culte orienté vers la libération.
Verse 1
सूत उवाच यदा स्रष्टुं मतिं चक्रे मोहश्चासीन्महात्मनः द्विजाश् च बुद्धिपूर्वं तु ब्रह्मणो ऽव्यक्तजन्मनः
Sūta dit : Lorsque Brahmā, l’âme magnanime—issu de l’Inmanifesté—résolut de commencer la création, un voile d’illusion s’éleva; alors les dvija, guidés par le discernement, cherchèrent à comprendre l’intention du Créateur.
Verse 2
तमो मोहो महामोहस् तामिस्रश्चान्धसंज्ञितः अविद्या पञ्चधा ह्येषा प्रादुर्भूता स्वयम्भुवः
Obscurité, illusion, grande illusion, ténèbres aveuglantes et ce qu’on nomme « cécité » : ainsi l’ignorance (avidyā) se manifeste en cinq formes, issues de Svayambhū, le Né de Lui-même. Par elles, le paśu (l’âme liée) est voilé et maintenu dans le pāśa (le lien), jusqu’à se tourner vers Pati, le Seigneur Śiva, pour la délivrance.
Verse 3
अविद्यया मुनेर्ग्रस्तः सर्गो मुख्य इति स्मृतः असाधक इति स्मृत्वा सर्गो मुख्यः प्रजापतिः
La création saisie par l’ignorance (avidyā) est tenue pour la « mukhya », la création première; on la comprend comme non propice à l’accomplissement véritable (asādhaka). C’est pourquoi on l’appelle création première, relevant de Prajāpati, le Procréateur.
Verse 4
अभ्यमन्यत सो ऽन्यं वै नगा मुख्योद्भवाः स्मृताः त्रिधा कण्ठो मुनेस्तस्य ध्यायतो वै ह्यवर्तत
Il conçut alors une autre intention. De cette contemplation naquirent les montagnes les plus éminentes, ainsi s’en souvient-on. Et tandis que ce sage poursuivait sa méditation, la région de sa gorge se manifesta sous une forme triple, se déployant selon sa vision intérieure.
Verse 5
प्रथमं तस्य वै जज्ञे तिर्यक्स्रोतो महात्मनः ऊर्ध्वस्रोतः परस्तस्य सात्त्विकः स इति स्मृतः
De ce Seigneur à la grande âme (Pati) naquit d’abord le courant des êtres allant à l’horizontale — la lignée animale et les états inférieurs. Ensuite, de Lui surgit le courant qui s’élève, l’ordre sāttvika ; ainsi s’en souvient-on.
Verse 6
अर्वाक्स्रोतो ऽनुग्रहश् च तथा भूतादिकः पुनः ब्रह्मणो महतस्त्वाद्यो द्वितीयो भौतिकस् तथा
Du Grand Principe (Mahat) associé à Brahmā, on décrit deux courants primordiaux : le premier, la création qui s’écoule vers le bas et l’acte de grâce (anugraha) ; et encore, le commencement des éléments (bhūtādi), le second étant la manifestation élémentaire (bhautikā).
Verse 7
सर्गस्तृतीयश्चैन्द्रियस् तुरीयो मुख्य उच्यते तिर्यग्योन्यः पञ्चमस्तु षष्ठो दैविक उच्यते
«La troisième est la création des sens (aindriya-sarga). La quatrième est dite la création principale. La cinquième est la création des matrices animales (tiryag-yoni). La sixième est déclarée création divine.»
Verse 8
सप्तमो मानुषो विप्रा अष्टमो ऽनुग्रहः स्मृतः नवमश्चैव कौमारः प्राकृता वैकृतास्त्विमे
Ô brahmanes, la septième est la création humaine. La huitième est tenue en mémoire comme la création née de la grâce (anugraha). Et la neuvième est, en vérité, la création Kaumāra. Tels sont les modes de manifestation : naturel (prākṛta) et modifié/dérivé (vaikṛta).
Verse 9
पुरस्तादसृजद्देवः सनन्दं सनकं तथा सनातनं मुनिश्रेष्ठा नैष्कर्म्येण गताः परम्
Au commencement, le Seigneur fit naître Sananda, Sanaka et Sanātana—les plus éminents des sages—qui, par l’état de réalisation sans agir (naiṣkarmya), atteignirent le Suprême.
Verse 10
मरीचिभृग्वङ्गिरसः पुलस्त्यं पुलहं क्रतुम् दक्षमत्रिं वसिष्ठं च सो ऽसृजद्योगविद्यया
Par la puissance de la connaissance yogique, il fit naître Marici, Bhṛgu, Aṅgiras, Pulastya, Pulaha, Kratu, Dakṣa, Atri et Vasiṣṭha—des ṛṣi primordiaux qui poursuivent l’œuvre de la manifestation selon le Seigneur, le Pati.
Verse 11
नवैते ब्रह्मणः पुत्रा ब्रह्मज्ञा ब्राह्मणोत्तमाः ब्रह्मवादिन एवैते ब्रह्मणः सदृशाः स्मृताः
Ces neuf sont les fils de Brahmā : connaisseurs du Brahman, les plus éminents parmi les brāhmaṇa. Ils sont véritablement des proclamateurs du Brahman, et l’on se souvient qu’ils ressemblent à Brahmā lui-même par leur nature.
Verse 12
संकल्पश्चैव धर्मश् च ह्य् अधर्मो धर्मसंनिधिः द्वादशैव प्रजास्त्वेता ब्रह्मणो ऽव्यक्तजन्मनः
Saṅkalpa (la volition), Dharma, Adharma et la « Présence/Demeure du Dharma » : tels sont, en vérité, les douze principes progeniteurs (prajā) de Brahmā, dont l’origine vient de l’Immanifesté. Ainsi le cosmos se déploie comme loi ordonnatrice et sa négation, tandis que le Seigneur, Pati, demeure le témoin intérieur au-delà de toute manifestation.
Verse 13
ऋभुं सनत्कुमारं च ससर्जादौ सनातनः तावूर्ध्वरेतसौ दिव्यौ चाग्रजौ ब्रह्मवादिनौ
Au commencement, l’Éternel fit naître Ṛbhu et Sanatkumāra. Ces deux—divins, nés les premiers, et établis dans le vœu de l’énergie vitale ascendante—furent des proclamateurs du Brahman, voués à la vérité suprême.
Verse 14
कुमारौ ब्रह्मणस् तुल्यौ सर्वज्ञौ सर्वभाविनौ वक्ष्ये भार्याकुलं तेषां मुनीनामग्रजन्मनाम्
Les deux Kumāra, égaux à Brahmā—omniscients et connaissant toutes les dispositions—sont évoqués. À présent, je décrirai les foyers, avec leurs épouses, de ces munis, les sages nés les premiers parmi les ascètes.
Verse 15
समासतो मुनिश्रेष्ठाः प्रजासम्भूतिमेव च शतरूपां तु वै राज्ञीं विराजमसृजत्प्रभुः
En bref, ô le meilleur des sages, le Seigneur fit naître Prajāsambhūti, et aussi la reine Śatarūpā ; et le puissant Virāj fut pareillement manifesté par ce Souverain.
Verse 16
स्वायम्भुवात्तु वै राज्ञी शतरूपा त्वयोनिजा लेभे पुत्रद्वयं पुण्या तथा कन्याद्वयं च सा
De Svāyambhuva Manu, la reine Śatarūpā—née sans matrice—vertueuse et pleine de mérite, enfanta deux fils, et aussi deux filles.
Verse 17
उत्तानपादो ह्यवरो धीमाञ्ज्येष्ठः प्रियव्रतः ज्येष्ठा वरिष्ठा त्वाकूतिः प्रसूतिश्चानुजा स्मृता
Parmi eux, Uttānapāda est dit le plus jeune, tandis que le sage Priyavrata est l’aîné. Parmi les filles, Ākūti est rappelée comme l’aînée et la plus éminente, et Prasūti est tenue pour la cadette.
Verse 18
उपयेमे तदाकूतिं रुचिर्नाम प्रजापतिः प्रसूतिं भगवान्दक्षो लोकधात्रीं च योगिनीम्
Alors le Prajāpati nommé Ruci prit Ākūti pour épouse ; et le vénérable Dakṣa prit Prasūti—soutien des mondes, Yoginī—pour compagne.
Verse 19
दक्षिणासहितं यज्ञम् आकूतिः सुषुवे तथा दक्षिणा जनयामास दिव्या द्वादश पुत्रिकाः
Ākūti enfanta de même Yajña avec Dakṣiṇā ; et Dakṣiṇā, rayonnante de puissance divine, mit au monde douze filles célestes.
Verse 20
प्रसूतिः सुषुवे दक्षाच् चतुर्विंशतिकन्यकाः श्रद्धां लक्ष्मीं धृतिं पुष्टिं तुष्टिं मेधां क्रियां तथा
De Dakṣa, Prasūti enfanta vingt-quatre filles — Śraddhā (la foi), Lakṣmī (la fortune), Dhṛti (la constance), Puṣṭi (la nourriture), Tuṣṭi (le contentement), Medhā (l’intelligence) et Kriyā (l’acte sacré), entre autres.
Verse 21
बुद्धिं लज्जां वपुःशान्तिं सिद्धिं कीर्तिं महातपाः ख्यातिं शान्तिं च सम्भूतिं स्मृतिं प्रीतिं क्षमां तथा
Il fit naître aussi (comme grâces divines) Buddhi (l’intellect), Lajjā (la pudeur), Vapuḥ-Śānti (la sérénité du maintien), Siddhi (l’accomplissement), Kīrti (la renommée), Mahā-Tapā (la grande austérité), Khyāti (le renom), Śānti (la paix), Sambhūti (la prospérité naissante), Smṛti (la mémoire sacrée), Prīti (l’amour joyeux) et Kṣamā (la patience indulgente).
Verse 22
संनतिं चानसूयां च ऊर्जां स्वाहां सुरारणिम् स्वधां चैव महाभागां प्रददौ च यथाक्रमम्
Puis, selon l’ordre prescrit, il accorda (en mariage ou en charge) les jeunes filles bénies — Sannati, Anasūyā, Ūrjā, Svāhā, Surāraṇī et l’illustre Svadhā — chacune selon sa juste place.
Verse 23
श्रद्धाद्याश्चैव कीर्त्यन्तास् त्रयोदश सुदारिकाः धर्मं प्रजापतिं जग्मुः पतिं परमदुर्लभाः
De Śraddhā jusqu’à Kīrti, treize nobles jeunes filles s’approchèrent de Dharma, le Prajāpati, et l’obtinrent pour Pati, Seigneur d’une rareté suprême.
Verse 24
उपयेमे भृगुर्धीमान् ख्यातिं तां भार्गवारणिम् सम्भूतिं च मरीचिस्तु स्मृतिं चैवाङ्गिरा मुनिः
Le sage ṛṣi Bhṛgu épousa Khyāti, l’illustre fille de la lignée Bhārgava ; Marīci prit Sambhūti pour épouse, et le muni Aṅgiras s’unit de même à Smṛti.
Verse 25
प्रीतिं पुलस्त्यः पुण्यात्मा क्षमां तां पुलहो मुनिः क्रतुश् च संनतिं धीमान् अत्रिस्तां चानसूयकाम्
Pulastya, au cœur méritant, prit Prīti ; le sage Pulaha prit Kṣamā ; Kratu prit Saṃnati ; et le clairvoyant Atri prit Anasūyā, l’aimée de la vertu sans jalousie.
Verse 26
ऊर्जां वसिष्ठो भगवान् वरिष्ठो वारिजेक्षणाम् विभावसुस् तथा स्वाहां स्वधां वै पितरस् तथा
Ils louèrent aussi le Seigneur suprême comme Ūrjā ; comme le bienheureux Vasiṣṭha, le plus excellent ; comme Celui aux yeux de lotus ; comme Vibhāvasu, le Feu rayonnant ; comme Svāhā et Svadhā ; et, en vérité, aussi comme les Pitṛs, les puissances ancestrales.
Verse 27
पुत्रीकृता सती या सा मानसी शिवसम्भवा दक्षेण जगतां धात्री रुद्रमेवास्थिता पतिम्
Cette Satī—reçue comme fille par Dakṣa—était née de la pensée et issue de Śiva ; bien qu’on la dise soutien des mondes, elle choisit Rudra seul pour Seigneur (Pati) et demeura établie en Lui.
Verse 28
अर्धनारीश्वरं दृष्ट्वा सर्गादौ कनकाण्डजः विभजस्वेति चाहादौ यदा जाता तदाभवत्
À l’aube de la création, Brahmā, né d’or, contempla Ardhanārīśvara, le Seigneur à moitié Femme. Dès l’origine il prononça : « Divise‑Toi ! » ; et à cet instant Śakti se manifesta, et la distinction fut établie.
Verse 29
तस्याश्चैवांशजाः सर्वाः स्त्रियस्त्रिभुवने तथा एकादशाविधा रुद्रास् तस्य चांशोद्भवास् तथा
Toutes les femmes, à travers les trois mondes, naissent en vérité de sa propre part; de même, les onze Rudra surgissent des manifestations partielles de Lui.
Verse 30
स्त्रीलिङ्गमखिलं सा वै पुंलिङ्गं नीललोहितः तं दृष्ट्वा भगवान् ब्रह्मा दक्षमालोक्य सुव्रताम्
Elle devint entièrement l’emblème féminin (yoni, principe de Śakti), et Nīlalohita devint l’emblème masculin (liṅga, principe de Śiva). Voyant cela, le Seigneur bienheureux Brahmā—ayant regardé Dakṣa et la vertueuse—(agit selon cette révélation).
Verse 31
भजस्व धात्रीं जगतां ममापि च तवापि च पुन्नाम्नो नरकात्त्राति इति पुत्रीत्विहोक्तितः
Vénère la Soutenante des mondes, pour moi comme pour toi. Car il est déclaré ici qu’une fille, par le seul fait d’être fille, délivre (son lignage) de l’enfer nommé Punnāma.
Verse 32
प्रशस्ता तव कान्तेयं स्यात् पुत्री विश्वमातृका तस्मात् पुत्री सती नाम्ना तवैषा च भविष्यति
Ô bien-aimé, cette fille qui est tienne sera hautement propice : elle deviendra la Mère de l’univers. C’est pourquoi cette fille portera le nom de Satī.
Verse 33
एवमुक्तस्तदा दक्षो नियोगाद्ब्रह्मणो मुनिः लब्ध्वा पुत्रीं ददौ साक्षात् सतीं रुद्राय सादरम्
Ainsi averti, le sage Dakṣa—agissant selon l’injonction de Brahmā—ayant obtenu sa fille, remit de sa propre main, avec respect, Satī à Rudra.
Verse 34
धर्मस्य पत्न्यः श्रद्धाद्याः कीर्तिता वै त्रयोदश तासु धर्मप्रजां वक्ष्ये यथाक्रममनुत्तमम्
Les épouses de Dharma —à commencer par Śraddhā— ont été proclamées au nombre de treize. À présent, parmi elles, je décrirai selon l’ordre convenable la descendance incomparable née de Dharma.
Verse 35
कामो दर्पो ऽथ नियमः संतोषो लोभ एव च श्रुतस्तु दण्डः समयो बोधश्चैव महाद्युतिः
Désir (kāma), orgueil (darpa), observance (niyama), contentement (santoṣa) et aussi avidité (lobha) ; la Śruti (révélation sacrée), le daṇḍa (pouvoir de châtier), le samaya (ordonnance juste) et le bodha (intelligence spirituelle) — tout cela se manifeste aussi comme la Grande Splendeur, Mahādyuti.
Verse 36
अप्रमादश् च विनयो व्यवसायो द्विजोत्तमाः क्षेमं सुखं यशश्चैव धर्मपुत्राश् च तासु वै
Ô le meilleur des deux-fois-nés, de ces disciplines vertueuses naissent la vigilance (apramāda), l’humilité (vinaya) et l’effort résolu (vyavasāya). Et d’elles proviennent en vérité la sécurité prospère (kṣema), le bonheur (sukha) et la bonne renommée (yaśas) — tels sont les véritables fils de Dharma.
Verse 37
धर्मस्य वै क्रियायां तु दण्डः समय एव च अप्रमादस् तथा बोधो बुद्धेर्धर्मस्य तौ सुतौ
Dans la sphère de Dharma, manifesté comme l’action juste (kriyā), sont établis le daṇḍa (pouvoir de châtier) et le samaya (ordonnance due). De même, la vigilance (apramāda) et le discernement vrai (bodha) sont déclarés être les deux fils nés de Buddhi pour le service de Dharma.
Verse 38
तस्मात्पञ्चदशैवैते तासु धर्मात्मजास्त्विह भृगुपत्नी च सुषुवे ख्यातिर्विष्णोः प्रियां श्रियम्
Ainsi, d’elles naquirent ici ces quinze fils justes. Et Khyāti, l’épouse de Bhṛgu, enfanta Śrī — bien-aimée de Viṣṇu — dont l’éclat est soutenu par la grâce de Pati (Śiva), même au cœur du déploiement de la création.
Verse 39
धातारं च विधातारं मेरोर्जामातरौ सुतौ प्रभूतिर्नाम या पत्नी मरीचेः सुषुवे सुतौ
De Prabhūti, l’épouse de Marīci, naquirent deux fils—Dhātā et Vidhātā—qui devinrent plus tard les gendres de Meru. Ainsi, dans le déploiement de la création, le Seigneur en tant que Pati ordonne les lignées et leurs alliances, liant les êtres incarnés (paśu) dans le filet de l’ordre mondain (pāśa) jusqu’à ce qu’ils se tournent vers Śiva pour la délivrance.
Verse 40
पूर्णमासं तु मारीचं ततः कन्याचतुष्टयम् तुष्टिर्ज्येष्ठा च वै दृष्टिः कृषिश्चापचितिस् तथा
De Marīci naquit Pūrṇamāsa; puis se manifesta un groupe de filles—Tuṣṭi, Jyeṣṭhā, Dṛṣṭi, Kṛṣi et aussi Apaciti—comme des śakti, puissances créatrices dans le déploiement de l’émanation. Ainsi, les âmes liées (paśu) entrent dans l’expérience ordonnée, car le Seigneur (Pati) agit au moyen de ces śakti.
Verse 41
क्षमा च सुषुवे पुत्रान् पुत्रीं च पुलहाच्छुभाम् कर्दमं च वरीयांसं सहिष्णुं मुनिसत्तमाः
Ô le meilleur des sages, Kṣamā enfanta des fils et aussi une fille de bon augure de Pulaha—Kardama, l’excellent Sahiṣṇu, et la belle fille nommée Śubhā.
Verse 42
तथा कनकपीतां स पीवरीं पृथिवीसमाम् प्रीत्यां पुलस्त्यश् च तथा जनयामास वै सुतान्
De même, Pulastya—ému d’affection—engendra des fils en Prīti, à la teinte dorée, au corps opulent et vaste comme la terre.
Verse 43
दत्तोर्णं वेदबाहुं च पुत्रीं चान्यां दृषद्वतीम् पुत्राणां षष्टिसाहस्रं संनतिः सुषुवे शुभा
L’auspicieuse Saṃnati enfanta Dattorṇa et Vedabāhu, ainsi qu’une autre fille, Dṛṣadvatī; et elle mit au monde soixante mille fils, étendant ainsi la lignée dans le déploiement de la création selon l’ordonnance du Seigneur (Pati).
Verse 44
क्रतोस्तु भार्या सर्वे ते वालखिल्या इति श्रुताः सिनीवालीं कुहूं चैव राकां चानुमतिं तथा
De l’épouse de Kratu naquirent ces êtres dont on entend parler sous le nom de Vālakhilyas ; et se manifestèrent aussi Sinīvālī, Kuhū, Rākā et Anumatī.
Verse 45
स्मृतिश् च सुषुवे पत्नी मुनेश्चाङ्गिरसस् तथा लब्धानुभावमग्निं च कीर्तिमन्तं च सुव्रता
Et Smṛti, l’épouse vertueuse du sage Aṅgiras, enfanta Agni—pourvu d’une puissance pleinement acquise—et enfanta aussi Kīrtimat, elle aux vœux inébranlables.
Verse 46
अत्रेर्भार्यानसूया वै सुषुवे षट्प्रजास्तु याः तास्वेका कन्यका नाम्ना श्रुतिः सा सूनुपञ्चकम्
Anasūyā, l’épouse d’Atri, enfanta en vérité six descendants. Parmi eux se trouvait une jeune fille nommée Śruti, et elle mit au monde un groupe de cinq fils.
Verse 47
सत्यनेत्रो मुनिर्भव्यो मूर्तिरापः शनैश्चरः सोमश् च वै श्रुतिः षष्ठी पञ्चात्रेयास्तु सूनवः
Il est au regard de Vérité ; Il est le Sage ; Il est l’Auspicious. Sa forme incarnée est les Eaux ; Il est Śanaiścara (Saturne) ; et Il est Soma (la Lune). Il est en vérité Śruti (le Veda) ; Il est le Sixième ; et Il est les cinq fils d’Atri.
Verse 48
ऊर्जा वसिष्ठाद्वै लेभे सुतांश् च सुतवत्सला ज्यायसी पुण्डरीकाक्षान् वासिष्ठान् वरलोचना
Ūrjā, l’épouse aînée, tendre envers ses enfants et au beau regard, enfanta pour Vasiṣṭha des fils—les Vāsiṣṭhas—célèbres sous le nom de Puṇḍarīkākṣas. Ainsi la lignée se poursuivit avec ordre sous Pati, le Seigneur qui soutient le dharma.
Verse 49
रजः सुहोत्रो बाहुश् च सवनश्चानघस् तथा सुतपाः शुक्र इत्येते मुनेर्वै सप्त सूनवः
Rajaḥ, Suhotra, Bāhu, Savana, et aussi Anagha, Sutapā et Śukra : tels sont, en vérité, les sept fils de ce sage.
Verse 50
यश्चाभिमानी भगवान् भवात्मा पैतामहो वह्निरसुः प्रजानाम् स्वाहा च तस्मात्सुषुवे सुतानां त्रयं त्रयाणां जगतां हिताय
Et ce Seigneur qui préside—conscient de Lui-même (abhimānī), de la nature de Bhava (Śiva), Feu ancestral (Vahni) et souffle vital des êtres—par Svāhā engendra trois fils, pour le bien des trois mondes.
They are tamas, moha, mahāmoha, tāmisra, and andha—five obscurations that condition creation and bind beings to misapprehension.
A structured sequence of creations spanning elemental (bhūtādi), sensory (aindriya), primary (mukhya), animal (tiryak), divine (daivika), human (mānuṣa), anugraha, and kumāra streams—classified as prakṛta and vaikṛta to show graded manifestation.
Satī is identified as Śiva-sambhavā and is given by Dakṣa to Rudra by Brahmā’s injunction, turning genealogical cosmology into an explicit Shaiva axis that later supports Linga theology and liberation practice.