Adhyaya 107
Purva BhagaAdhyaya 10764 Verses

Adhyaya 107

Upamanyu’s Tapas, Shiva’s Indra-Form Test, and the Bestowal of Kshiroda and Gaṇapatya

Les rishis demandent à Sūta comment Upamanyu obtint le gaṇapatya et la grâce de l’océan de lait. Sūta raconte que, dans son enfance, Upamanyu désirait ardemment le lait, et que sa mère avoua que la prospérité dépend du culte rendu auparavant à Mahādeva et de sa grâce présente. Résolu, Upamanyu entreprend un tapas rigoureux dans l’Himalaya, ébranlant les mondes. Viṣṇu en découvre la cause et s’approche de Śiva; Śiva décide de bénir l’enfant, mais le met d’abord à l’épreuve en apparaissant sous la forme d’Indra. Sous cet aspect, il promet des dons tout en l’exhortant à abandonner Rudra; Upamanyu, récitant la Pañcākṣarī, reconnaît la ruse et proclame la gravité du péché de Śiva-nindā (blasphémer Śiva). Lorsqu’il s’apprête à riposter par la puissance de l’Atharva-astra, Śiva le retient, révèle sa vraie forme et manifeste d’immenses océans de lait et d’autres nourritures. Śiva et Pārvatī l’adoptent avec une tendresse parentale, lui accordant l’immortalité, un gaṇapatya durable, le yogaiśvarya et la brahma-vidyā. Le chapitre s’achève lorsque Śiva disparaît après avoir exaucé la demande inébranlable du dévot: une foi ferme et une présence divine constante, modèle de la bhakti mûrissant en connaissance et en délivrance.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे शिवताण्डवकथनं नाम षडधिकशततमो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः पुरोपमन्युना सूत गाणपत्यं महेश्वरात् क्षीरार्णवः कथं लब्धो वक्तुमर्हसि सांप्रतम्

Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans la section Pūrva-bhāga, commence le cent-septième chapitre intitulé «Récit du Tāṇḍava de Śiva». Les sages dirent : «Ô Sūta, comment Kṣīrārṇava (l’Océan de Lait) obtint-il jadis de Maheśvara l’état de Gaṇapati ? Daigne nous l’expliquer à présent.»

Verse 2

सूत उवाच एवं कालीम् उपालभ्य गते देवे त्रियंबके उपमन्युः समभ्यर्च्य तपसा लब्धवान्फलम्

Sūta dit : Ainsi, après avoir réprimandé Kāḷī, et lorsque le Seigneur Tryambaka (Śiva) se fut retiré, Upamanyu, l’ayant dûment adoré, obtint le fruit par son ascèse.

Verse 3

उपमन्युरिति ख्यातो मुनिश् च द्विजसत्तमाः कुमार इव तेजस्वी क्रीडमानो यदृच्छया

Il était renommé sous le nom d’Upamanyu—un muni éminent parmi les meilleurs des deux-fois-nés—rayonnant comme un jeune garçon, errant et jouant de son plein gré.

Verse 4

कदाचित् क्षीरम् अल्पं च पीतवान् मातुलाश्रमे ईर्ष्यया मातुलसुतो ह्य् अपिबत् क्षीरम् उत्तमम्

Un jour, séjournant dans l’āśrama de son oncle maternel, il ne but qu’un peu de lait ; mais le fils de l’oncle, poussé par l’envie, but le lait le plus excellent. Ainsi l’esprit-paśu, lié par le pāśa de la jalousie, se détourne de la nourriture sāttvique et tombe dans l’avidité de saisir.

Verse 5

पीत्वा स्थितं यथाकामं दृष्ट्वा प्रोवाच मातरम् मातर्मातर्महाभागे मम देहि तपस्विनि

Après avoir bu et être resté à son gré, il regarda sa mère et dit : «Mère, mère—ô ascète fortunée—accorde-le-moi ; donne-moi ce que je demande.»

Verse 6

गव्यं क्षीरम् अतिस्वादु नाल्पमुष्णं नमाम्यहम् सूत उवाच उपलालितैवं पुत्रेण पुत्रम् आलिङ्ग्य सादरम्

«Le lait de vache—d’une douceur extrême et pas trop chaud—je m’incline devant lui avec révérence.» Sūta dit : Ainsi cajolé par son fils, le père étreignit son fils avec une tendre dévotion.

Verse 7

दुःखिता विललापार्ता स्मृत्वा नैर्धन्यमात्मनः स्मृत्वा स्मृत्वा पुनः क्षीरम् उपमन्युरपि द्विजाः देहि देहीति तामाह रोदमानो महाद्युतिः

Accablée de peine, elle se mit à gémir dans la détresse, se souvenant de sa propre pauvreté. Et Upamanyu, le jeune brahmane au grand éclat, se rappelant sans cesse le lait, lui disait en pleurant : «Donne, donne !»

Verse 8

उञ्छवृत्त्यार्जितान् बीजान् स्वयं पिष्ट्वा च सा तदा बीजपिष्टं तदालोड्य तोयेन कलभाषिणी

Alors elle—à la voix douce—prit les grains acquis par l’uñcha-vṛtti (glanage), les broya de ses propres mains; puis, mêlant cette pâte à l’eau, elle la prépara comme nourriture et offrande, dans une austérité disciplinée accordée à Pati (Śiva).

Verse 9

ऐह्येहि मम पुत्रेति सामपूर्वं ततः सुतम् आलिङ्ग्यादाय दुःखार्ता प्रददौ कृत्रिमं पयः

En appelant : «Viens, viens—mon fils», elle le calma d’abord par des paroles douces; puis, l’embrassant et le prenant dans ses bras, la mère accablée de peine lui donna un lait préparé en substitut.

Verse 10

पीत्वा च कृत्रिमं क्षीरं मात्रा दत्तं द्विजोत्तमाः नैतत्क्षीरमिति प्राह मातरं चातिविह्वलः

Ô le meilleur des deux-fois-nés : après avoir bu le lait artificiel donné par sa mère, il fut profondément bouleversé et lui dit : «Ce n’est pas du lait.»

Verse 11

दुःखिता सा तदा प्राह सम्प्रेक्ष्याघ्राय मूर्धनि संमार्ज्य नेत्रे पुत्रस्य कराभ्यां कमलायते

Alors, accablée de chagrin, elle parla : elle le regarda fixement, respira le parfum de son sommet de tête et, de ses deux mains, essuya les yeux de son fils, les faisant s’ouvrir comme des lotus.

Verse 12

तटिनी रत्नपूर्णास्ते स्वर्गपातालगोचराः भाग्यहीना न पश्यन्ति भक्तिहीनाश् च ये शिवे

Ces rivières sont pleines de joyaux et s’offrent à l’accès des domaines de Svarga comme de Pātāla; pourtant les malheureux ne les voient pas : ceux qui sont dépourvus de bhakti envers Śiva.

Verse 13

राज्यं स्वर्गं च मोक्षं च भोजनं क्षीरसंभवम् न लभन्ते प्रियाण्येषां नो तुष्यति सदा भवः

Ils n’obtiennent ni royaume, ni ciel, ni délivrance, pas même la nourriture née du lait. Pour ces gens, rien de cher n’est acquis, et Bhava (Śiva) n’est jamais satisfait d’eux.

Verse 14

भवप्रसादजं सर्वं नान्यदेवप्रसादजम् अन्यदेवेषु निरता दुःखार्ता विभ्रमन्ति च

Toute réalisation naît de la grâce de Bhava (Śiva), non de la faveur d’autres dieux. Ceux qui s’attachent à d’autres divinités, accablés de souffrance, errent encore dans l’illusion.

Verse 15

क्षीरं तत्र कुतो ऽस्माकं महादेवो न पूजितः पूर्वजन्मनि यद्दत्तं शिवमुद्यम्य वै सुत

«Mon cher fils, comment y aurait-il du lait pour nous, si dans une vie antérieure Mahādeva n’a pas été honoré par le culte ? Ce qui fut alors donné—en prenant Śiva pour refuge véritable et en s’efforçant avec ferme ardeur, ô fils—cela seul porte un fruit propice.»

Verse 16

तदेव लभ्यं नान्यत्तु विष्णुमुद्यम्य वा प्रभुम् निशम्य वचनं मातुर् उपमन्युर्महाद्युतिः

«Cela seul doit être obtenu, rien d’autre.» Ayant entendu les paroles de sa mère, Upamanyu, d’un grand éclat, résolu à rechercher le Seigneur Viṣṇu, tourna son effort vers le Suprême.

Verse 17

बालो ऽपि मातरं प्राह प्रणिपत्य तपस्विनीम् त्यज शोकं महाभागे महादेवो ऽस्ति चेत्क्वचित्

Même l’enfant, s’inclinant, parla à sa mère ascète : «Abandonne le chagrin, ô très fortunée. Si Mahādeva est quelque part, assurément Il est présent (et peut protéger).»

Verse 18

चिराद्वा ह्यचिराद्वापि क्षीरोदं साधयाम्यहम् सूत उवाच तां प्रणम्यैवमुक्त्वा स तपः कर्तुं प्रचक्रमे

«Qu’il faille longtemps ou que ce soit promptement, j’accomplirai le Kṣīroda, l’Océan de Lait.» Sūta dit : Après s’être incliné devant elle et avoir parlé ainsi, il se mit à pratiquer les austérités sacrées (tapas).

Verse 19

तमाह माता सुशुभं कुर्विति सुतरां सुतम् अनुज्ञातस्तया तत्र तपस्तेपे सुदुस्तरम्

Alors la mère dit à son fils : «Fais ce qu’il y a de plus auspiceux.» Ayant reçu son assentiment, il accomplit là un tapas extrêmement difficile : une discipline ferme tournée vers le Bien suprême ; selon l’entendement śaiva, c’est le retournement intérieur du paśu (l’âme liée) vers Pati (Śiva), desserrant le pāśa (lien) par le vœu et la pureté.

Verse 20

हिमवत्पर्वतं प्राप्य वायुभक्षः समाहितः तपसा तस्य विप्रस्य विधूपितमभूज्जगत्

Parvenu au mont Himavat, ce brahmane—ne se nourrissant que d’air et l’esprit parfaitement recueilli—accomplit un tapas tel que, par la puissance de son austérité, le monde entier fut ébranlé et remué. Selon le Śaiva Siddhānta, un tapas concentré peut faire trembler le jagat lié par pāśa, tandis que seul le véritable Pati demeure inébranlable.

Verse 21

प्रणम्याहुस्तु तत्सर्वे हरये देवसत्तमाः श्रुत्वा तेषां तदा वाक्यं भगवान्पुरुषोत्तमः

S’étant inclinés, tous ces meilleurs des dieux s’adressèrent à Hari. Alors le Seigneur bienheureux, le Suprême Personne (Puruṣottama), ayant entendu leurs paroles, (s’apprêta à répondre).

Verse 22

किमिदं त्विति संचिन्त्य ज्ञात्वा तत्कारणं च सः जगाम मन्दरं तूर्णं महेश्वरदिदृक्षया

Réfléchissant : «Qu’est-ce donc que ceci ?», et en ayant compris la cause, il se rendit promptement au mont Mandara, désireux de contempler Maheśvara—Śiva, le Pati (Seigneur) qui seul dissipe le pāśa (lien) du paśu (l’âme).

Verse 23

दृष्ट्वा देवं प्रणम्यैवं प्रोवाचेदं कृताञ्जलिः भगवन् ब्राह्मणः कश्चिद् उपमन्युरितिश्रुतः

Ayant contemplé le Deva, il se prosterna et, les mains jointes en vénération, dit : «Ô Bhagavān, il est un brāhmaṇa nommé Upamanyu, renommé selon la tradition.»

Verse 24

क्षीरार्थमदहत्सर्वं तपसा तं निवारय एतस्मिन्नन्तरे देवः पिनाकी परमेश्वरः शक्ररूपं समास्थाय गन्तुं चक्रे मतिं तदा

Désireux de lait, il brûla tout par son ascèse ; retenez-le par l’austérité. Cependant, le Seigneur—Pinākin, le Parameśvara suprême—prit la forme de Śakra (Indra) et décida alors de se mettre en route.

Verse 25

अथ जगाम मुनेस्तु तपोवनं गजवरेण सितेन सदाशिवः सह सुरासुरसिद्धमहोरगैर् अमरराजतनुं स्वयमास्थितः

Alors Sadāśiva se rendit à la forêt d’ascèse du sage, monté sur un splendide éléphant blanc, accompagné de Deva, d’Asura, de Siddha et de grands serpents ; Lui-même revêtait la majesté et l’éclat du Seigneur des immortels.

Verse 26

सहैव चारुह्य तदा द्विपं तं प्रगृह्य वालव्यजनं विवस्वान् /* वामेन शच्या सहितं सुरेन्द्रं करेण चान्येन सितातपत्रम्

Alors Vivasvān (le Soleil), monté sur ce bel éléphant, leva un éventail de queue de yak ; de la main gauche il servait Indra avec Śacī, et de l’autre il portait l’ombrelle royale blanche, rendant les honneurs dans la procession céleste.

Verse 27

रराज भगवान् सोमः शक्ररूपी सदाशिवः सितातपत्रेण यथा चन्द्रबिंबेन मन्दरः

Bhagavān Soma rayonnait de splendeur ; et Sadāśiva, ayant pris la forme de Śakra (Indra), apparaissait tel le mont Mandara éclairé par l’orbe de la lune, comme couronné d’une ombrelle royale blanche.

Verse 28

आस्थायैवं हि शक्रस्य स्वरूपं परमेश्वरः जगामानुग्रहं कर्तुम् उपमन्योस् तदाश्रमम्

Ainsi, le Seigneur Suprême, Parameśvara, ayant assumé la forme même de Śakra (Indra), se rendit à l’ermitage d’Upamanyu afin d’y répandre sa grâce.

Verse 29

तं दृष्ट्वा परमेशानं शक्ररूपधरं शिवम् प्रणम्य शिरसा प्राह मुनिर्मुनिवराः स्वयम्

Voyant le Parameśāna, Śiva, revêtu de la forme de Śakra (Indra), le sage, le meilleur des ascètes, s’inclina la tête en hommage puis parla de lui-même.

Verse 30

पावितश्चाश्रमश्चायं मम देवेश्वरः स्वयम् प्राप्तः शक्रो जगन्नाथो भगवान्भानुना प्रभुः

«Mon ermitage est désormais sanctifié ; le Seigneur des devas est venu en personne. Indra est arrivé, et aussi le Seigneur des mondes : Bhagavān Sūrya, le souverain rayonnant.»

Verse 31

एवमुक्त्वा स्थितं वीक्ष्य कृताञ्जलिपुटं द्विजम् प्राह गंभीरया वाचा शक्ररूपधरो हरः

Après avoir parlé ainsi, Hara, portant la forme de Śakra (Indra), considéra le brāhmane debout, les mains jointes en vénération, puis lui adressa une parole grave et profonde.

Verse 32

तुष्टो ऽस्मि ते वरं ब्रूहि तपसानेन सुव्रत ददामि चेप्सितान् सर्वान् धौम्याग्रज महामते

«Je suis satisfait de toi. Parle : choisis une grâce. Par cette austérité, ô toi aux vœux excellents ; ô sage, frère aîné de Dhaumya, je t’accorde toutes les réalisations désirées.»

Verse 33

एवमुक्तस्तदा तेन शक्रेण मुनिसत्तमः वरयामि शिवे भक्तिम् इत्युवाच कृताञ्जलिः

Ainsi interpellé par Śakra (Indra), le meilleur des sages, les paumes jointes, répondit : «Je choisis la bhakti, la dévotion à Śiva.»

Verse 34

ततो निशम्य वचनं मुनेः कुपितवत्प्रभुः प्राह सव्यग्रमीशानः शक्ररूपधरः स्वयम्

Alors, entendant les paroles du sage, le Seigneur—Īśāna lui-même, ayant pris la forme de Śakra—parla comme s’il était courroucé, le visage troublé.

Verse 35

मां न जानासि देवर्षे देवराजानमीश्वरम् त्रैलोक्याधिपतिं शक्रं सर्वदेवनमस्कृतम्

«Ô voyant divin, ne me reconnais-tu pas ? Je suis Śakra (Indra), roi des dieux, seigneur souverain, maître des trois mondes, devant qui tous les devas s’inclinent.»

Verse 36

मद्भक्तो भव विप्रर्षे मामेवार्चय सर्वदा ददामि सर्वं भद्रं ते त्यज रुद्रं च निर्गुणम्

«Ô meilleur des brahmanes, deviens mon dévot ; adore-moi, moi seul, en tout temps. Je t’accorderai tout bien auspice. Renonce à l’idée de Rudra comme simple nirguṇa (sans attributs) et vénère-le comme le Pati suprême : transcendant et, par grâce, accessible à l’adoration.»

Verse 37

ततः शक्रस्य वचनं श्रुत्वा श्रोत्रविदारणम् उपमन्युरिदं प्राह जपन् पञ्चाक्षरं शुभम्

Alors, entendant les paroles de Śakra, déchirantes pour l’oreille, Upamanyu répondit tout en répétant sans relâche l’auspicieux mantra aux cinq syllabes, ancrant son esprit en Śiva, le Pati qui tranche les liens (pāśa) de l’âme liée (paśu).

Verse 38

मन्ये शक्रस्य रूपेण नूनम् अत्रागतः स्वयम् कर्तुं दैत्याधमः कश्चिद् धर्मविघ्नं च नान्यथा

Je pense qu'un vil Daitya est sûrement venu ici sous la forme même de Śakra (Indra), de son propre gré, uniquement pour créer une obstruction au Dharma, et pour nulle autre raison.

Verse 39

त्वयैव कथितं सर्वं भवनिन्दारतेन वै प्रसंगाद्देवदेवस्य निर्गुणत्वं महात्मनः

En vérité, vous avez tout dit vous-même, étant déterminé à blâmer Bhava (Śiva). Pourtant, au cours de cette discussion même, vous avez aussi révélé la nature nirguṇa de la Grande Âme, le Dieu des dieux.

Verse 40

बहुनात्र किमुक्तेन मयाद्यानुमितं महत् भवान्तरकृतं पापं श्रुता निन्दा भवस्य तु

À quoi bon dire grand-chose ici ? Dès le début, j'ai clairement discerné une grave vérité : le péché commis dans un autre état d'être a mûri, car le dénigrement de Bhava (Seigneur Śiva) a été entendu.

Verse 41

श्रुत्वा निन्दां भवस्याथ तत्क्षणादेव संत्यजेत् स्वदेहं तं निहत्याशु शिवलोकं स गच्छति

Ayant entendu le blasphème contre Bhava (Seigneur Śiva), il doit abandonner ce corps à l'instant même ; ayant promptement occis son propre corps, il se rend dans le monde de Śiva.

Verse 42

यो वाचोत्पाटयेज्जिह्वां शिवनिन्दारतस्य तु त्रिः सप्तकुलमुद्धृत्य शिवलोकं स गच्छति

Quiconque, par un acte décisif, arrache la langue de celui qui se consacre à insulter Śiva — ayant délivré trois fois sept générations de sa lignée — atteint le monde de Śiva.

Verse 43

आस्तां तावन्ममेच्छायाः क्षीरं प्रति सुराधमम् निहत्य त्वां शिवास्त्रेण त्यजाम्येतत्कलेवरम्

Qu’il en soit assez de mon désir au sujet de l’Océan de Lait. Ô le plus vil parmi les dieux ! Après t’avoir terrassé par le Śivāstra, l’arme divine de Śiva, j’abandonnerai ce corps.

Verse 44

पुरा मात्रा तु कथितं तथ्यमेव न संशयः पूर्वजन्मनि चास्माभिर् अपूजित इति प्रभुः

« Ce que ma mère m’a dit jadis est vrai — sans aucun doute. Dans une vie antérieure, nous n’avons pas adoré le Seigneur (Pati) ; c’est pourquoi cette conséquence est advenue », dit le maître.

Verse 45

एवमुक्त्वा तु तं देवम् उपमन्युरभीतवत् शक्रं चक्रे मतिं हन्तुम् अथर्वास्त्रेण मन्त्रवित्

Après avoir ainsi parlé à ce dieu, Upamanyu—sans crainte et connaisseur des mantras—résolut de briser l’intention de Śakra au moyen de l’Atharvāstra, l’arme atharvanique.

Verse 46

भस्माधारान्महातेजा भस्ममुष्टिं प्रगृह्य च अथर्वास्त्रं ततस्तस्मै ससर्ज च ननाद च

Alors le resplendissant, prenant une poignée de bhasma—cendre sacrée—du réceptacle à cendre, déchaîna contre lui l’Atharvāstra et poussa un rugissement retentissant.

Verse 47

दग्धुं स्वदेहम् आग्नेयीं ध्यात्वा वै धारणां तदा अतिष्ठच्च महातेजाः शुष्केन्धनमिवाव्ययः

Puis, méditant l’Agneyī-dhāraṇā—la concentration yogique du feu destinée à consumer les limites du corps—, le grand resplendissant se tint debout tel du bois sec embrasé, et pourtant, au-dedans, il demeurait inépuisé et sans déclin.

Verse 48

एवं व्यवसिते विप्रे भगवान्भगनेत्रहा वारयामास सौम्येन धारणां तस्य योगिनः

Ô brahmane, lorsqu’il eut ainsi arrêté sa résolution, le Seigneur Bienheureux—Bhaganetra-hā—retint doucement la dhāraṇā (concentration intérieure immobile) du yogin, l’apaisant par une calme compassion.

Verse 49

अथर्वास्त्रं तदा तस्य संहृतं चन्द्रकेण तु कालाग्निसदृशं चेदं नियोगान्नन्दिनस् तथा

Alors son arme d’Atharva—bien qu’elle fût semblable au feu du Temps lors de la dissolution—fut contenue et retirée par Candraka, selon l’ordre de Nandin. Ainsi, le terrible trait fut apaisé par l’autorité śaiva.

Verse 50

स्वरूपमेव भगवान् आस्थाय परमेश्वरः दर्शयामास विप्राय बालेन्दुकृतशेखरम्

Revêtant Sa forme essentielle, le Seigneur Suprême Bienheureux se manifesta au brahmane : Mahādeva, dont le faîte est orné du croissant de lune nouvellement levé.

Verse 51

स्छ्लरफ़्फ़ेन्लन्द् क्षीरधारासहस्रं च क्षीरोदार्णवमेव च दध्यादेरर्णवं चैव घृतोदार्णवमेव च

Il y a des milliers de courants de lait qui s’écoulent ; et même un océan de lait—un océan de caillé (dadhi) et d’autres substances semblables, ainsi qu’un océan de ghṛta (beurre clarifié). Ainsi le domaine est dépeint comme débordant de matières sacrificielles auspiciennes, soutenant la pureté et le culte du Pati (Seigneur Śiva).

Verse 52

फलार्णवं च बालस्य भक्ष्यभोज्यार्णवं तथा अपूपगिरयश्चैव तथातिष्ठन् समन्ततः

Pour cet Enfant divin apparurent un océan de fruits, un océan de mets à manger et à savourer, et des montagnes de gâteaux sucrés (apūpa) ; ainsi se tenaient-ils tout autour, de tous côtés, en offrandes surabondantes—signes de la grâce de Śiva, qui desserre les Pāśa et nourrit le Paśu sur la voie vers le Pati.

Verse 53

उपमन्युमुवाच सस्मितो भगवान्बन्धुजनैः समावृतम् गिरिजाम् अवलोक्य सस्मितां सघृणं प्रेक्ष्यतु तं तदा घृणी

Upamanyu dit : Alors le Seigneur compatissant, souriant, contempla Girijā (Pārvatī) entourée de ses proches ; la voyant elle aussi sourire, Il la regarda avec tendresse — Lui, le Miséricordieux.

Verse 54

भुङ्क्ष्व भोगान्यथाकामं बान्धवैः पश्य वत्स मे /* उपमन्यो महाभाग तवांबैषा हि पार्वती

«Jouis des plaisirs légitimes selon ton désir, mon enfant, et contemple-les avec tes proches. Ô Upamanyu, toi le très fortuné : voici vraiment ta Mère, Pārvatī.»

Verse 55

मया पुत्रीकृतो ऽस्यद्य दत्तः क्षीरोदधिस् तथा मधुनश्चार्णवश्चैव दध्नश्चार्णव एव च

«Aujourd’hui, je l’ai গ্রহণé comme fils et je lui ai accordé l’Océan de Lait ; de même l’océan de miel, et aussi l’océan de caillé (dadhi).»

Verse 56

आज्योदनार्णवश्चैव फललेह्यार्णवस् तथा अपूपगिरयश्चैव भक्ष्यभोज्यार्णवः पुनः

Il y a, en vérité, des océans de riz mêlé de ghee, des océans de fruits et de douceurs onctueuses (lehya) ; des montagnes de gâteaux rituels (apūpa), et encore un océan de toutes nourritures — aliments à manger et mets cuits offerts au culte — se manifestant comme fruit du mérite du don et de l’adoration.

Verse 57

पिता तव महादेवः पिता वै जगतां मुने माता तव महाभागा जगन्माता न संशयः

Ô sage, Mahādeva est ton père — en vérité le Père de tous les mondes. Et ta Mère, la très fortunée, est la Mère de l’univers ; il n’y a là aucun doute.

Verse 58

अमरत्वं मया दत्तं गाणपत्यं च शाश्वतम् वरान्वरय दास्यामि नात्र कार्या विचारणा

«Je t’ai accordé l’immortalité et la condition éternelle d’appartenir à Mes Gaṇas. Choisis encore des grâces; Je les donnerai—ici, nul besoin d’hésiter ni de délibérer».

Verse 59

एवमुक्त्वा महादेवः कराभ्यामुपगृह्य तम् आघ्राय मूर्धनि विभुर् ददौ देव्यास्तदा भवः

Ayant ainsi parlé, Mahādeva—Bhava, le Seigneur qui pénètre tout—le prit de ses deux mains, respira doucement son parfum au sommet de la tête, puis le posa sur la couronne de la Déesse, scellant la grâce souveraine de Śiva dans l’unité Śiva–Śakti.

Verse 60

देवी तनयमालोक्य ददौ तस्मै गिरीन्द्रजा योगैश्वर्यं तदा तुष्टा ब्रह्मविद्यां द्विजोत्तमाः

Ô le meilleur des deux-fois-nés, la Déesse—Girīndrajā (Pārvatī)—voyant son fils, fut comblée de joie et lui accorda les souveraines réalisations du Yoga, ainsi que la Brahma-vidyā, la connaissance libératrice qui mène le paśu, l’âme liée, vers la liberté sous la grâce de Pati, le Seigneur.

Verse 61

सो ऽपि लब्ध्वा वरं तस्याः कुमारत्वं च सर्वदा तुष्टाव च महादेवं हर्षगद्गदया गिरा

Et lui, ayant reçu d’elle ce don—qu’elle demeure à jamais dans la fraîcheur de la jeune fille—loua Mahādeva d’une voix tremblante de joie. Dans l’entendement śaiva, le fruit de la grâce (anugraha) s’accomplit dans la stuti et l’abandon à Pati, le Seigneur qui desserre le pāśa de la limitation.

Verse 62

वरयामास च तदा वरेण्यं विरजेक्षणम् कृताञ्जलिपुटो भूत्वा प्रणिपत्य पुनः पुनः

Alors, les paumes jointes en vénération, il se prosterna maintes fois et implora une grâce auprès de Celui qui est le plus digne d’être choisi—Śiva, le Seigneur au regard sans tache.

Verse 63

प्रसीद देवदेवेश त्वयि चाव्यभिचारिणी श्रद्धा चैव महादेव सान्निध्यं चैव सर्वदा

Sois favorable, ô Seigneur des dieux. Qu’en moi s’éveille une foi inébranlable en Toi ; et, ô Mahādeva, que Ta sainte proximité—Ta présence demeurante—soit avec moi à jamais.

Verse 64

एवमुक्तस्तदा तेन प्रहसन्निव शङ्करः दत्त्वेप्सितं हि विप्राय तत्रैवान्तरधीयत

Ainsi sollicité, Śaṅkara, comme dans un doux sourire, accorda au brahmane le bienfait désiré ; puis, sur-le-champ, le Seigneur disparut aux regards—montrant que Pati dispense la grâce par sa seule volonté et n’est lié à aucune forme.

Frequently Asked Questions

It functions as the devotee’s inner refuge and discernment: Upamanyu chants the Panchākṣarī while rejecting inducements to abandon Rudra, demonstrating that mantra-based Shiva-bhakti protects the practitioner against deception and doctrinal deviation.

The text treats Shiva-nindā as a spiritually catastrophic act: hearing or participating in it is portrayed as leading to immediate downfall, while forcefully opposing it is praised as elevating one toward Shiva-loka—underscoring the ethic of guarding sacred speech (vāṇī) in Shaiva practice.