
Sapta-dvīpa Cosmography and the Vision of Śvetadvīpa–Vaikuṇṭha
Poursuivant la cartographie purāṇique du cosmos, Sūta étend la géographie sacrée au-delà de Jambūdvīpa vers des îles-continents successives, chacune doublant en étendue et bordée par un océan distinct. Plakṣadvīpa est décrite avec ses kulaparvata et ses rivières, marquée par une aisance conforme au dharma; le culte de Soma y procure le soma-sāyujya et la longévité. Viennent ensuite Śālmalī, Kuśa, Krauñca et Śāka-dvīpas, chacune dotée de sept montagnes, de sept grands fleuves, de peuples/varṇa nommés, et d’un centre de dévotion gouvernant—Vāyu, Brahmā, Rudra (Mahādeva) et Sūrya—accordant des accomplissements gradués tels que sārūpya, sālokatā et la proximité par grâce. Le chapitre culmine avec le Kṣīroda (Océan de Lait) entourant Śvetadvīpa, où les êtres sont exempts de maladie, de peur, d’avidité et de tromperie, voués à Nārāyaṇa par le yoga, le mantra, le tapas et le jñāna. Suit la vision théophanique de Nārāyaṇapura/Vaikuṇṭha: Hari repose sur Śeṣa, Śrī à ses pieds; et l’énoncé doctrinal final: de Nārāyaṇa naît l’univers, en Lui il demeure, et en Lui il retourne au pralaya—Lui seul est la destination suprême, préparant la suite plus théologique et yogique.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे षट्चत्वारिशो ऽध्यायः सूत उवाच जम्बूद्वीपस्य विस्ताराद् द्विगुणेन समन्ततः / संवेष्टयित्वा क्षारोदं प्लक्षद्वीपो व्यवस्थितः
Sūta dit : Entourant Jambūdvīpa de toutes parts, avec une largeur double de son étendue, se trouve Plakṣadvīpa, ceinturant le Kṣāroda, l’océan aux eaux salées.
Verse 2
प्लक्षद्वीपे च विप्रेन्द्राः सप्तासन् कुलपर्वताः / ऋज्वायताः सुपर्वाणः सिद्धसङ्घनिषेविताः
Et dans Plakṣadvīpa, ô meilleur des brahmanes, il y avait sept montagnes de lignée (kulaparvata) : hautes, d’élan droit et étiré, aux crêtes harmonieuses, fréquentées par des multitudes de Siddhas.
Verse 3
गोमेदः प्रथमस्तेषां द्वितीयश्चन्द्र उच्यते / नारादो दुन्दुभिश्चैव सोमश्च ऋषभस्तथा / वैभ्राजः सप्तमः प्रोक्तो ब्रह्मणो ऽत्यन्तवल्लभः
Parmi eux, Gomeda est dit le premier, et Candra est déclaré le second. Nārada et Dundubhi sont aussi comptés, de même que Soma et Ṛṣabha. Vaibhrāja est proclamé le septième, infiniment cher à Brahmā.
Verse 4
तत्र देवर्षिगन्धर्वैः सिद्धैश्च भगवानजः / उपास्यते स विश्वात्मा साक्षी सर्वस्य विश्वसृक्
Là, le Bienheureux Seigneur Aja, l’Inengendré, est adoré par les rishis divins, les Gandharvas et les Siddhas. Il est le Soi universel, témoin de tout, et créateur du cosmos.
Verse 5
तेषु पुण्या जनपदा नाधयो व्याधयो न च / न तत्र पापकर्तारः पुरुषा वा कथञ्चन
Parmi eux se trouvent des contrées saintes et bénies : il n’y a ni affliction ni maladie ; et dans ces terres, nul homme, d’aucune manière, ne commet d’actes de péché.
Verse 6
तेषां नद्यश्च सप्तैव वर्षाणां तु समुद्रगाः / तासु ब्रह्मर्षयो नित्यं पितामहपुपासते
Pour ces régions (varṣas), il existe en vérité sept rivières, et les rivières de ces varṣas se jettent dans l’océan. Dans ces eaux sacrées, les Brahmarishis vénèrent et adorent sans cesse Pitāmaha, l’Aïeul, Brahmā.
Verse 7
अनुतप्ता शिखी चैव विपापा त्रिदिवा कृता / अमृता सुकृता चैव नामतः परिकीर्तिताः
Elles sont célébrées par leur nom : Anutaptā, Śikhī, Vipāpā, Tridivā, Kṛtā, Amṛtā et Sukṛtā.
Verse 8
क्षुद्रनद्यस्त्वसंख्याताः सरांसि सुबहून्यपि / न चैतेषु युगावस्था पुरुषा वै चिरायुषः
Innombrables sont les rivières secondaires, et très nombreux aussi les lacs ; pourtant, dans ces régions, l’ordre propre des Yugas ne se manifeste pas, et les hommes n’y sont pas de longue vie.
Verse 9
आर्यकाः कुरवाश्चैव विदशा भाविनस्तथा / ब्रह्मक्षत्रियविट्शूद्रास्तस्मिन् द्वीपे प्रकीर्तिताः
Dans ce dvīpa, dit-on, demeurent les Āryakas, les Kurus, les Vidaśas et les Bhāvinas ; et l’on y énumère aussi, selon la tradition, les quatre ordres—Brāhmaṇa, Kṣatriya, Vaiśya et Śūdra.
Verse 10
इज्यते भगवान् सोमो वर्णैस्तत्र निवासिभिः / तेषां च सोमसायुज्यं सारूप्यं मुनिपुङ्गवाः
Là, le Seigneur divin Soma est vénéré par les habitants de toutes les varṇa ; et pour eux, comme fruit, naissent l’union avec Soma (sāyujya) et la ressemblance de forme avec lui (sārūpya), ô le plus éminent des sages.
Verse 11
सर्वे धर्मपरा नित्यं नित्यं मुदितमानसाः / पञ्चवर्षसहस्त्राणि जीवन्ति च निरामयाः
Tous sont sans cesse voués au dharma, l’esprit constamment joyeux ; et ils vivent cinq mille ans, exempts de maladie.
Verse 12
प्लक्षद्वीपप्रमाणं तु द्विगुणेन समन्ततः / संवेष्ट्येक्षुरसाम्भोधिं शाल्मलिः संव्यवस्थितः
Mais Śālmalī-dvīpa, d’une étendue double de celle de Plakṣa-dvīpa de tous côtés, se tient en cercle, ceignant l’océan dont les eaux sont comme le jus de la canne à sucre.
Verse 13
सप्त वर्षाणि तत्रापि सप्तैव कुलपर्वताः / ऋज्वायताः सुपर्वाणः सप्त नद्यश्च सुव्रताः
Là encore se trouvent sept régions (varṣa) et, de même, sept montagnes de lignée (kulaparvata) ; elles s’étendent droites et portent de belles arêtes. Et il y a aussi sept rivières, ô toi aux vœux excellents.
Verse 14
कुमुदश्चोन्नतश्चैव तृतीयश्च बलाहकः / द्रोणः कङ्कस्तु महिषः ककुद्वान् सप्त पर्वताः
Kumuda, Unnata et, troisièmement, Balāhaka; puis Droṇa, Kaṅka, Mahiṣa et Kakudvān — tels sont les sept monts.
Verse 15
योनी तोया वितृष्णा च चन्द्रा शुक्ला विमोचनी / निवृत्तिश्चैति ता नद्यः स्मृता पापहरा नृणाम्
Yoni, Toyā, Vitṛṣṇā, Candrā, Śuklā, Vimocanī et Nivṛtti — ces rivières sont tenues en mémoire comme effaçant les péchés des hommes.
Verse 16
न तेषु विद्यते लोभः क्रोधो वा द्विजसत्तमाः / न चैवास्ति युगावस्था जना जीवन्त्यनामयाः
Parmi eux, ô meilleurs des deux-fois-nés, il n’est ni avidité ni colère. Nulle décadence des âges n’y paraît; les hommes vivent sans maladie ni affliction.
Verse 17
यजन्ति सततं तत्र वर्णा वायुं सनातनम् / तेषां तस्याथ सायुज्यं सारूप्यं च सलोकता
Là, les gens de toutes les varṇas adorent sans cesse Vāyu, l’Éternel. Ainsi obtiennent-ils sāyujya (union avec lui), sārūpya (ressemblance de forme) et sālokatā (demeure en son monde).
Verse 18
कपिला ब्राह्मणाः प्रोक्ता राजानश्चारुणास्तथा / पीता वैश्याः स्मृताः कृष्णा द्वीपे ऽस्मिन् वृषला द्विजाः
Dans ce continent-île, on dit que les brāhmanes sont kapila (fauves); les rois, de même, au teint clair et gracieux; les vaiśyas sont tenus pour jaunâtres; tandis que les śūdras sont sombres. Ici, même les deux-fois-nés sont regardés comme « vṛṣala » (déchu de la juste conduite).
Verse 19
शाल्मलस्य तु विस्ताराद् द्विगुणेन समन्ततः / संवेष्ट्य तु सुरोदाब्धिं कुशद्वीपो व्यवस्थितः
Kuśadvīpa se tient tout autour, d’une étendue double de celle de Śālmaladvīpa ; et de toutes parts il ceint l’Océan de Sura (mer de liqueur/nectar).
Verse 20
विद्रुमश्चैव हेमश्च द्युतिमान् पुष्पवांस्तथा / कुशेशयो हरिश्चाथ मन्दरः सप्त पर्वताः
Vidruma et Hema, Dyutimān et Puṣpavān ; Kuśeśaya et Hari ; et Mandara — tels sont les sept monts.
Verse 21
धुतपापा शिवा चैव पवित्रा संमता तथा / विद्युदम्भा मही चेति नद्यस्तत्र जलावहाः
Là, les rivières qui portent les eaux se nomment Dhutapāpā, Śivā, Pavitrā, Saṃmatā, Vidyudambhā et Mahī — des cours d’eau qui s’écoulent en cette contrée sacrée.
Verse 22
अन्याश्च शतशोविप्रा नद्यो मणिजलाः शुभाः / तासु ब्रह्माणमीशानं देवाद्याः पर्युपासते
Et, ô brahmanes, il est encore des centaines d’autres rivières de bon augure, dont les eaux scintillent comme des joyaux ; dans ces eaux, les dieux les plus éminents rendent un culte à Īśāna, le Seigneur qui est aussi Brahmā.
Verse 23
ब्राह्मणा द्रविणो विप्राः क्षत्रियाः शुष्मिणस्तथा / वैश्याः स्नेहास्तु मन्देहाः शूद्रास्तत्र प्रकीर्तिताः
Dans cet enseignement, les brahmanes sont décrits comme portés vers la richesse et les ressources ; les kshatriyas comme pourvus de vigueur et d’ardeur ; les vaishyas comme marqués par l’affection et l’attachement ; et les shudras comme d’intelligence plus lourde — ainsi les y caractérise-t-on.
Verse 24
सर्वे विज्ञानसंपन्ना मैत्रादिगुणसंयुताः / यथोक्तकारिणः सर्वे सर्वे भूतहिते रताः
Tous étaient pourvus d’un discernement véritable, ornés des vertus qui commencent par l’amitié; tous accomplissaient ce qui est prescrit, et tous se consacraient au bien des êtres vivants.
Verse 25
यजन्ति विविधैर्यज्ञैर्ब्रह्माणं परमेष्ठिनम् / तेषां च ब्रह्मसायुज्यं सारूप्यं च सलोकता
Ils vénèrent Brahmā, le Seigneur suprême du siège cosmique (Parameṣṭhin), par des sacrifices variés; pour eux naissent les accomplissements d’union avec Brahmā, de ressemblance de forme et de séjour dans le même monde (Brahma-loka).
Verse 26
कुशद्वीपस्य विस्ताराद् द्विगुणेन समन्ततः / क्रौञ्चद्वीपस्ततो विप्रा वेष्टयित्वा घृतोदधिम्
Ô brāhmanes, entourant Kuśa-dvīpa de tous côtés avec une étendue double, se trouve Krauñca-dvīpa, ceignant l’océan de beurre clarifié (ghṛta-samudra).
Verse 27
क्रौञ्चो वामनकश्चैव तृतीयश्चान्धकारकः / देवावृच्च विविन्दश्च पुण्डरीकस्तथैव च / नाम्ना च सप्तमः प्रोक्तः पर्वतो दुन्दुभिस्वनः
Il y a les montagnes Krauñca et Vāmanaka, et la troisième nommée Andhakāraka; puis Devāvṛk et Vivinda, et de même Puṇḍarīka : ainsi sont-elles déclarées dans l’ordre. Et la septième montagne, selon son nom, est proclamée Dundubhisvana, « celle dont le son est comme un tambour ».
Verse 28
गौरी कुमुद्विती चैव संध्या रात्रिर्मनोजवा / ख्यातिश्च पुण्डरीकाच नद्यः प्राधान्यतः स्मृताः
On se souvient comme rivières principales de : Gaurī, Kumudvatī, Saṃdhyā, Rātri, Manojavā, Khyāti et Puṇḍarīkā.
Verse 29
पुष्कराः पुष्कला धन्यास्तिष्यास्तस्य क्रमेण वै / ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः शूद्राश्चैव द्विजोत्तमाः
Puṣkara, Puṣkala, Dhanya et Tiṣya : ceux-ci surgirent dans sa succession, selon l’ordre prescrit. De lui naquirent les Brāhmaṇas, les Kṣatriyas, les Vaiśyas et aussi les Śūdras, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 30
अर्चयन्ति महादेवं यज्ञदानसमाधिभिः / व्रतोपवासैर्विविधैर्हेमैः स्वाध्यायतर्पणैः
Ils vénèrent Mahādeva par les rites du yajña, par le don et par l’absorption en samādhi ; par des vœux et des jeûnes de maintes sortes ; par des offrandes d’or ; et par le svādhyāya (étude sacrée) ainsi que le tarpaṇa (rite d’apaisement).
Verse 31
तेषां वै रुद्रसायुज्यं सारूप्यं चातिदुर्लभम् / सलोकता च सामीप्यं जायते तत्प्रसादतः
Pour eux, par Sa grâce, advient l’union avec Rudra (sāyujya), et même l’obtention — si rare — de la forme même de Rudra (sārūpya). De même, demeurer dans le monde de Rudra (salokatā) et la proximité de Lui (sāmīpya) sont accordées par Sa faveur.
Verse 32
क्रौञ्चद्वीपस्य विस्ताराद् द्विगुणेन समन्ततः / शाकद्वीपः स्थितो विप्रा आवेष्ट्य दधिसागरम्
Ô brāhmanes, entourant de toutes parts et dépassant du double l’étendue de Krauñca-dvīpa, se tient Śāka-dvīpa, ceignant l’Océan de Lait caillé (Dadhi-sāgara).
Verse 33
उदयो रैवतश्चैव श्यामाको ऽस्तगिरिस्तथा / आम्बिकेयस्तथा रम्यः केशरी चेति पर्वताः
Les montagnes se nomment : Udaya, Raivata, Śyāmāka et Astagiri ; ainsi qu’Āmbikeya, Ramya et Keśarī — telles sont les montagnes (ainsi désignées).
Verse 34
सुकुमारी कुमारी च नलिनी रेणुका तथा / इक्षुका धेनुका चैव गभस्तिश्चेति निम्नगाः
Sukumārī, Kumārī, Nalinī et aussi Reṇukā; Ikṣukā, Dhenukā, et encore Gabhasti—tels sont les fleuves sacrés, les nimnagā.
Verse 35
आसां पिबन्तः सलिलं जीवन्ते तत्र मानवाः / अनामया ह्यशोकाश्च रागद्वेषविवर्जिताः
En buvant les eaux de ces courants sacrés, les hommes qui y demeurent vivent: sans maladie ni chagrin, dépouillés d’attachement et d’aversion.
Verse 36
मगाश्च मगधाश्चैव मानवा मन्दगास्तथा / ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः शूद्राश्चात्र क्रमेण तु
Ici sont nommés, selon l’ordre, les Magas et les Magadhas, ainsi que les Mānavas et les Mandagas; et de même les quatre varṇa—brāhmaṇas, kṣatriyas, vaiśyas et śūdras—rangés successivement.
Verse 37
यजन्ति सततं देवं सर्वलोकैकसाक्षिणम् / व्रतोपवासैर्विविधैर्देवदेवं दिवाकरम्
Ils adorent sans cesse le Dieu, l’Unique Témoin de tous les mondes—Divākara, le Soleil, Dieu des dieux—par des vœux sacrés et des jeûnes de multiples sortes.
Verse 38
तेषां सूर्येण सायुज्यं सामीप्यं च सरूपता / सलोकता च विप्रेन्द्रा जायते तत्प्रसादतः
Par sa grâce, ô le meilleur des brāhmaṇas, ils obtiennent avec le Soleil la sāyujya (union), la sāmīpya (proximité), la sārūpya (ressemblance de forme) et la sālokya (demeure en son monde).
Verse 39
शाकद्वीपं समावृत्य क्षीरोदः सागरः स्थितः / श्वेतद्वीपश्च तन्मध्ये नारायणपरायणाः
Autour de Śākadvīpa s’étend l’Océan de Lait (Kṣīroda). En son sein se trouve Śvetadvīpa, dont les habitants sont entièrement voués à Nārāyaṇa.
Verse 40
तत्र पुण्या जनपदा नानाश्चर्यसमन्विताः / श्वेतास्तत्र नरा नित्यं जायन्ते विष्णुतत्पराः
Là se trouvent des contrées bénies, riches de maintes merveilles. Là, les hommes naissent toujours au teint clair et demeurent sans cesse dévoués au Seigneur Viṣṇu.
Verse 41
नाधयो व्याधयस्तत्र जरामृत्युभयं न च / क्रोधलोभविनिर्मुक्ता मायामात्सर्यवर्जिताः
Là, nulle affliction de l’esprit ni maladie du corps, et nulle crainte de la vieillesse et de la mort. Les êtres y sont délivrés de la colère et de l’avidité, exempts de māyā (tromperie) et d’envie.
Verse 42
नित्यपुष्टा निरातङ्का नित्यानन्दाश्च भोगिनः / नारायणपराः सर्वे नारायणपरायणाः
Toujours comblés, sans crainte ni tourment, et toujours dans la joie : tels sont ceux qui goûtent le vrai bien-être. Tous ont Nārāyaṇa pour but suprême et prennent refuge entièrement en Nārāyaṇa seul.
Verse 43
केचिद् ध्यानपरा नित्यं योगिनः संयतेन्द्रियाः / केचिज्जपन्ति तप्यन्ति केचिद् विज्ञानिनो ऽपरे
Certains yogins, toujours voués à la méditation, tiennent leurs sens sous contrôle. D’autres récitent des mantras et pratiquent des austérités ; d’autres encore se consacrent à la connaissance spirituelle discriminante.
Verse 44
अन्ये निर्बोजयोगेन ब्रह्मभावेन भाविताः / ध्यायन्ति तत् परं व्योम वासुदेवं परं पदम्
D’autres, mûris par le yoga sans semence et pénétrés de l’état de Brahman, méditent sur cette suprême étendue—le plus haut des cieux—Vāsudeva, demeure et rang suprêmes.
Verse 45
एकान्तिनो निरालम्बा महाभागवताः परे / पश्यन्ति परमं ब्रह्म विष्णवाख्यं तमसः परं
Ces dévots suprêmes, d’un seul élan et sans appui extérieur, contemplent le Brahman suprême, nommé Viṣṇu, au-delà des ténèbres de l’ignorance.
Verse 46
सर्वे चतुर्भुजाकाराः शङ्खचक्रगदाधराः / सुपीतवाससः सर्वे श्रीवत्साङ्कितवक्षसः
Tous avaient une forme à quatre bras, tenant la conque, le disque et la massue; tous étaient vêtus d’étoffes jaunes éclatantes, et leur poitrine portait l’auspicieux signe de Śrīvatsa.
Verse 47
अन्ये महेश्वरपरास्त्रिपुण्ड्राङ्कितमस्तकाः / स्वयोगोद्भूतकिरणा महागरुडवाहनाः
D’autres sont voués à Maheśvara (Śiva), le front marqué du tripuṇḍra, les trois lignes de cendre sacrée; de leur propre discipline yogique jaillissent des rayons de splendeur spirituelle, et ils se meuvent montés sur le grand Garuḍa.
Verse 48
सर्वशक्तिसमायुक्ता नित्यानन्दाश्च निर्मलाः / वसन्ति तत्र पुरुषा विष्णोरन्तरचारिणः
Doués de toutes les puissances, établis à jamais dans la béatitude et sans souillure, là demeurent les êtres accomplis, ceux qui se meuvent dans la présence intérieure de Viṣṇu.
Verse 49
तत्र नारायणस्यान्यद् दुर्गमं दुरतिक्रमम् / नारायणं नाम पुरं व्यासाद्यैरुपशोभितम्
Là se trouve aussi un autre domaine de Nārāyaṇa, difficile à atteindre et ardu à franchir. C’est une cité nommée « Nārāyaṇa », rendue splendide par Vyāsa et d’autres grands sages.
Verse 50
हेमप्राकारसंसुक्तं स्फाटिकैर्मण्डपैर्युतम् / प्रभासहस्त्रकलिलं दुराधर्षं सुशोभनम् / हर्म्यप्राकारसंयुक्तमट्टालकसमाकुलम्
Elle était ceinte de remparts d’or et pourvue de pavillons de cristal ; emplie de l’éclat de mille lumières—belle, imprenable et splendide—liée aux murs de hauts palais et foisonnante de tours de garde.
Verse 51
हेमगोपुरसाहस्त्रैर्नानारत्नोपशोभितैः / शुभ्रास्तरणसंयुक्तं विचित्रैः समलङ्कृतम्
Elle était ornée de milliers de portails d’or, resplendissants de gemmes diverses ; pourvue de tentures d’un blanc immaculé et délicatement parée d’ornements multicolores.
Verse 52
नन्दनैर्विविधाकारैः स्त्रवन्तीभीश्च शोभितम् / सरोभिः सर्वतो युक्तं वीणावेणुनिनादितम्
Elle était parée de bosquets de délices, semblables à Nandana et de formes variées, embellie par des ruisseaux ruisselants ; entourée de toutes parts de lacs de lotus, et vibrante au son des vīṇā et des flûtes.
Verse 53
पताकाभिर्विचित्राभिरनेकाभिश्च शोभितम् / वीथीभिः सर्वतो युक्तं सोपानै रत्नभूषितैः
Elle était ornée de nombreuses bannières, variées et chatoyantes ; pourvue de toutes parts de galeries et d’allées, et d’escaliers embellis de joyaux.
Verse 54
नारीशतसहस्त्राढ्यं दिव्यगोयसमन्वितम् / हंसकारण्डवाकीर्णं चक्रवाकोपशोभितम् / चतुर्द्वारमनौपम्यमगम्यं देवविद्विषाम्
Cette cité/demeure regorgeait de centaines de milliers de femmes, dotée de bovins divins et de richesses célestes; elle était remplie de cygnes et d’oiseaux kāraṇḍava, embellie par les canards cakravāka. À quatre portes, sans égale, elle demeurait inaccessible aux ennemis des Devas.
Verse 55
तत्र तत्राप्सरः सङ्धैर्नृत्यद्भिरुपशोभितम् / नानागीतविधानज्ञैर्देवानामपि दुर्लभैः
Çà et là, le lieu était embelli par des troupes d’Apsaras dansant; et par des maîtres connaissant maintes formes et agencements du chant, artistes si rares qu’ils sont difficiles à obtenir même pour les Devas.
Verse 56
नानाविलाससंपन्नैः कामुकैरतिकोमलैः / प्रभूतचन्द्रवदनैर्नूपुरारावसंयुतैः
Elles possédaient mille jeux de grâce et de charmes—amoureuses et d’une extrême délicatesse—avec d’innombrables visages pareils à la lune, accompagnées du tintement des grelots de chevilles (nūpura).
Verse 57
ईषत्स्मितैः सुबिम्बोष्ठैर्बालमुग्धमृगेक्षणैः / अशेषविभवोपेतैर्भूषितैस्तनुमध्यमैः
Avec un sourire à peine esquissé, des lèvres semblables au fruit bimba mûr, des yeux de biche empreints d’une candeur juvénile; parées de toute splendeur et de tous ornements, et à la taille fine.
Verse 58
सुराजहंसचलनैः सुवेषैर्मधुरस्वनैः / संलापालापकुशलैर्दिव्याभरणभूषैतैः
Parées d’ornements divins, elles se mouvaient avec la démarche gracieuse des cygnes nobles; richement vêtues, à la voix douce, et habiles en conversation courtoise comme en parole élégante.
Verse 59
स्तनभारविनम्रैश्च मदघूर्णितलोचनैः / नानावर्णविचित्राङ्गैर्नानाभोगरतिप्रियैः
Le corps courbé sous le poids de leurs seins, les yeux roulant d’ivresse, les membres chamarrés de mille couleurs et parures, elles aimaient les jouissances variées et se délectaient des jeux des sens.
Verse 60
प्रफुल्लकुसुमोद्यानैरितश्चेतश्च शोभितम् / असंख्येयगुणं शुद्धमागम्यं त्रिदशैरपि
Orné de toutes parts par des jardins aux fleurs pleinement épanouies, il resplendit partout—pur, riche d’innombrables perfections, et inaccessible même aux dieux.
Verse 61
श्रीमत्पवित्रं देवस्य श्रीपतेरमितौजसः / तस्य मध्ये ऽतितेजस्कमुच्चप्राकारतोरणम्
Glorieuse et souverainement pure est la demeure sacrée du Seigneur—Śrīpati, à l’éclat sans mesure. En son centre même se dresse un portail resplendissant et élevé, posé sur de hautes murailles.
Verse 62
स्थानं पद् वैष्णवं दिव्यं योगिनामपि दुर्लभम् / तन्मध्ये भगवानेकः पुण्डरीकदलद्युतिः / शेते ऽशेषजगत्सूतिः शेषाहिशयने हरिः
Il est un séjour divin vaiṣṇava (Vaikuṇṭha), difficile à atteindre même pour les yogins. En son centre repose l’Unique Bhagavān, rayonnant comme un pétale de lotus. Hari, source d’où procède l’univers entier, est étendu sur le lit-serpent de Śeṣa.
Verse 63
विचिन्त्यमानो योगीन्द्रैः सनन्दनपुरोगमैः / स्वात्मानन्दामृतं पीत्वा परं तत् तमसः परम्
Contemplé par les plus grands yogins, conduits par Sanandana, après avoir bu le nectar de béatitude du Soi, ce Suprême Réel demeure au-delà même des ténèbres (tamas), transcendant tout.
Verse 64
सुपीतवसनो ऽनन्तो महामायो महाभुजः / क्षीरोदकन्यया नित्यं गृहीतचरणद्वयः
Revêtu d’éclatants vêtements jaunes, l’Infini—maître de la grande Māyā et aux bras puissants—voit sans cesse ses deux pieds tenus avec dévotion par la Fille de l’Océan de Lait (Śrī/Lakṣmī).
Verse 65
सा च देवी जगद्वन्द्या पादमूले हरिप्रिया / समास्ते तन्मना नित्यं पीत्वा नारायणामृतम्
Et cette Déesse, vénérée par l’univers et bien-aimée de Hari, demeure au pied même de Ses pieds ; toujours absorbée en Lui, elle y reste sans cesse, ayant bu le nectar qu’est Nārāyaṇa.
Verse 66
न तत्राधार्मिका यान्ति न च देवान्तराश्रयाः / वैकुण्ठं नाम तत् स्थानं त्रिदशैरपि वन्दितम्
En ce royaume, les injustes n’entrent pas, pas plus que ceux qui cherchent refuge auprès d’autres divinités. Ce lieu se nomme Vaikuṇṭha, vénéré même par les trente-trois dieux.
Verse 67
न मे ऽत्र भवति प्रज्ञा कृत्स्नशस्तन्निरूपणे / एतावच्छक्यते वक्तुं नारायणपुरं हि तत्
Pour en donner une description complète, mon intelligence ne suffit pas ici. On ne peut dire que ceci : c’est bien la cité de Nārāyaṇa, Nārāyaṇapura.
Verse 68
स एव परमं ब्रह्म वासुदेवः सनातनः / शेते नारायणः श्रीमान् मायया मोहयञ्जगत्
Lui seul est le Brahman suprême — Vāsudeva, l’Éternel. En tant que Nārāyaṇa glorieux, Il repose ; et par Sa Māyā, Il plonge le monde dans l’illusion.
Verse 69
नारायणादिदं जातं तस्मिन्नेव व्यवस्थितम् / तमेवाभ्येति कल्पान्ते स एव परमा गतिः
De Nārāyaṇa naît cet univers; en Lui seul il demeure et se soutient. À la fin du kalpa, il retourne à Lui — Lui seul est la suprême destination.
The chapter moves outward from Jambūdvīpa to Plakṣadvīpa (salt ocean), Śālmalīdvīpa (sugarcane-juice-like ocean), Kuśadvīpa (sura/nectar-liquor ocean), Krauñcadvīpa (ghṛta/clarified-butter ocean), Śākadvīpa (dadhi/curd ocean), and then the Kṣīroda (milk ocean) containing Śvetadvīpa.
Each dvīpa presents a legitimate devotional center—Soma, Vāyu, Brahmā, Rudra, Sūrya—granting classical fruits (sāyujya, sārūpya, sālokatā, sāmīpya). Yet the narrative apex is Śvetadvīpa/Vaikuṇṭha, where devotion culminates in Nārāyaṇa/Vāsudeva as the ultimate origin and end at pralaya.
They are depicted as free from affliction and moral impurities, devoted to Nārāyaṇa through meditation with restrained senses, mantra-japa and tapas, discriminative knowledge (jñāna), and advanced seedless yoga culminating in Brahman-abidance focused on Vāsudeva.
It concludes with an ontological claim: from Nārāyaṇa the universe is born, in Him it is sustained, and at the end of the aeon it returns to Him—thereby identifying Nārāyaṇa/Vāsudeva as the supreme destination beyond all.