
Puṣkara-dvīpa, Lokāloka, and the Measure of the Brahmāṇḍa (Cosmic Egg)
Le chapitre poursuit la séquence cosmographique purānique des dvīpa et des océans, et achève la carte « horizontale » du système-monde en décrivant Puṣkara-dvīpa—deux fois plus vaste que Śāka-dvīpa—entouré par l’océan d’eau douce. Il présente Manasottara comme l’unique montagne annulaire circulaire et évoque la dénomination et la division internes du continent (région Mānasya et district ceinturant la montagne ; Mahāvīta/Dhātakīkhaṇḍa). Le récit passe ensuite de la géographie à la théologie : un puissant nyagrodha se dresse comme axe digne d’adoration ; la présence de Brahmā est affirmée, ainsi que la demeure de Śiva et de Nārāyaṇa, culminant en Hari-Hara (moitié Hara, moitié Hari), vénéré par les dieux et les sages yogiques. Puis le texte s’étend au-delà de Puṣkara vers la frontière dorée et la montagne Lokāloka, limite entre le monde lumineux et les ténèbres environnantes. Enfin, il s’ouvre à la doctrine du brahmāṇḍa : d’innombrables œufs cosmiques naissent de l’impérissable Pradhāna/Prakṛti ; chacun renferme les quatorze mondes et leurs divinités tutélaires. Ainsi se clôt une unité cosmographique et s’amorce une métaphysique plus profonde—Avyakta comme Brahman et l’omniprésence du Suprême—préparant le discours suivant à lire la cosmologie comme savoir contemplatif plutôt que simple description.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साह्स्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे सप्तचत्वारिंशोध्यायः सूत उवाच शाकद्वीपस्य विस्ताराद् द्विगुणेन व्यवस्थितः / क्षीरार्णवं समाश्रित्य द्वीपः पुष्करसंवृतः
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Saṃhitā de six mille vers, au Pūrva-bhāga — Sūta déclara : Pushkara-dvīpa est disposé avec une étendue double de celle de Śāka-dvīpa ; reposant sur l’Océan de Lait, ce continent-île est ceint par la région Pushkara, semblable au lotus.
Verse 2
एक एवात्र विप्रेन्द्राः पर्वतो मानसोत्तरः / योजनानां सहस्त्राणि सार्धं पञ्चाशदुच्छ्रितः / तावदेव च विस्तीर्णः सर्वतः परिमण्डलः
Ô meilleurs des brahmanes, il n’y a ici qu’une seule montagne, nommée Manasottara. Elle s’élève à mille cinquante yojanas et sa largeur est identique ; de toutes parts, elle forme un anneau parfaitement circulaire.
Verse 3
स एव द्वीपः पश्चार्धे मानसोत्तरसंज्ञितः / एक एव महासानुः संनिवेशाद् द्विधा कृतः
Ce même continent, dans sa moitié occidentale, est appelé Mānasottara. Bien qu’il ne soit qu’une seule grande crête, par sa disposition on le décrit comme partagé en deux.
Verse 4
तस्मिन् द्वीपे स्मृतौ द्वौ तु पुण्यौ जनपदौ शुभौ / अपरौ मानसस्याथ पर्वतस्यानुमण्डलौ / महावीतं स्मृतं वर्षं धातकीखण्डमेव च
Dans ce dvīpa, on se souvient de deux contrées auspiciouses et méritoires : l’une nommée Mānasya, l’autre étant le district qui ceint la montagne. Là, le varṣa est appelé Mahāvīta, et aussi Dhātakīkhaṇḍa.
Verse 5
स्वादूदकेनोदधिना पुष्करः परिवारितः / तस्मिन् द्वीपे महावृक्षो न्यग्रोधो ऽमरपूजितः
Puṣkara est ceinte par l’océan aux eaux douces. Sur cette île se dresse un puissant nyagrodha (banyan), révéré et adoré même par les Immortels, les devas.
Verse 6
तस्मिन् निवसति ब्रह्मा विश्वात्मा विश्वभावनः / तत्रैव मुनिशार्दूलाः शिवनारायणालयः
En ce lieu même demeure Brahmā, l’Âme de l’univers, le Soutien qui fait advenir les mondes. Là aussi, ô sages pareils au tigre, se trouve la demeure de Śiva et de Nārāyaṇa.
Verse 7
वसत्यत्र महादेवो हरोर्ऽद्धहरिरव्ययः / संपूज्यमानो ब्रह्माद्यैः कुमाराद्यैश्च योगिभिः / गन्धर्वैः किन्नरैर्यक्षैरीश्वरः कृष्णपिङ्गलः
Ici demeure Mahādeva, le Seigneur impérissable, moitié Hara et moitié Hari, honoré par Brahmā et les autres dieux, par Sanatkumāra et les sages voués au Yoga, ainsi que par les Gandharvas, Kinnaras et Yakṣas : Īśvara aux teintes sombre et fauve.
Verse 8
स्वस्थास्तत्र प्रजाः सर्वा ब्रह्मणा सदृशत्विषः / निरामया विशोकाश्च रागद्वेषविवर्जिताः
Là, tous les êtres demeurent établis dans la santé et l’intégrité, rayonnants comme Brahmā ; sans maladie ni chagrin, et dépourvus d’attachement comme d’aversion.
Verse 9
सत्यानृते न तत्रास्तां नोत्तमाधममध्यमाः / न वर्णाश्रमधर्माश्च न नद्यो न च पर्वताः
Là, ni vérité ni mensonge ne s’y établissent ; il n’y a pas non plus de distinctions de supérieur, d’inférieur ou de moyen. Là encore, point de devoirs de varṇa ni d’āśrama ; point de rivières ni de montagnes.
Verse 10
परेण पुष्करस्याथ स्थितो महान् / स्वादूदकसमुद्रस्तु समन्ताद् द्विजसत्तमाः
À l’ouest de Puṣkara se tient le grand Océan des Eaux Douces, entourant cette contrée de toutes parts, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 11
परेण तस्य महती दृश्यते लोकसंस्थितिः / काञ्चनी द्विगुणा भूमिः सर्वा चैव शिलोपमा
Au-delà de cela se voit une vaste ordonnance des mondes. Là se trouve une terre d’or, deux fois plus étendue, et partout semblable à une roche compacte.
Verse 12
तस्याः परेण शैलस्तु मर्यादात्मात्ममण्डलः / प्रकाशश्चाप्रकाशश्च लोकालोकः स उच्यते
Au-delà de cette contrée se dresse une montagne dont la nature même est une frontière ceignant la sphère du Soi (Ātman). Elle est à la fois lumineuse et non lumineuse; c’est pourquoi on l’appelle Lokāloka, séparatrice du monde et du non-monde, de la lumière et des ténèbres.
Verse 13
योजनानां सहस्त्राणि दश तस्योच्छ्रयः स्मृतः / तावानेव च विस्तारो लोकालोको महागिरिः
On rapporte que la grande montagne Lokāloka s’élève à dix mille yojanas; et sa largeur est exactement de même mesure.
Verse 14
समावृत्य तु तं शैलं सर्वतो वै तमः स्थितम् / तमश्चाण्डकटाहेन समन्तात् परिवेष्टितम्
Mais lorsque cette montagne fut recouverte, les ténèbres se tinrent de toutes parts; et ces ténèbres, telles un immense chaudron, l’enveloppèrent entièrement tout autour.
Verse 15
एतै सप्त महालोकाः पातालाः सप्तकीर्तिताः / ब्रह्माण्डस्यैष विस्तारः संक्षेपेण मयोदितः
Ainsi ont été décrits les sept grands mondes et les sept régions infernales (Pātāla). Voilà, en bref, l’étendue et l’ordonnance du Brahmāṇḍa, l’Œuf cosmique, telles que je les ai exposées.
Verse 16
अण्डानामीदृशानां तु कोट्यो ज्ञेयाः सहस्त्रशः / सर्वगत्वात् प्रधानस्य कारणस्याव्ययात्मनः
Sache qu’il existe des millions—oui, des milliers sur des milliers—de Brahmāṇḍas semblables ; car la cause primordiale, Pradhāna, dont la nature est impérissable, est omniprésente et pénètre tout.
Verse 17
अण्डेष्वेतेषु सर्वेषु भुवनानि चतुर्दश / तत्र तत्र चतुर्वक्त्रा रुद्रा नारायणादयः
Dans tous ces Brahmāṇḍas se trouvent les quatorze mondes (bhuvana). Et en chacun d’eux résident Brahmā aux quatre visages, Rudra, Nārāyaṇa, ainsi que les autres puissances divines.
Verse 18
दशोत्तरमथैकैकमण्डावरणसप्तकम् / समन्तात् संस्थितं विप्रा यत्र यान्ति मनीषिणः
Puis, ô brāhmanes, il y a dix-sept ensembles de sept enceintes concentriques (mandala-āvaraṇa), disposées tout autour ; vers elles cheminent les sages, en contemplation et en pèlerinage sacré.
Verse 19
अनन्तमेकमव्यक्तनादिनिधनं महत् / अतीत्य वर्तते सर्वं जगत् प्रकृतिरक्षरम्
Cette Prakṛti impérissable est infinie, une, non manifestée, immense, sans commencement ni fin. Elle transcende et pourtant pénètre le monde entier ; l’univers tout entier demeure au-delà d’elle et aussi à travers elle.
Verse 20
अनन्तत्वमनन्तस्य यतः संख्या न विद्यते / तदव्यक्तमिति ज्ञेयं तद् ब्रह्म परमं पदम्
Parce que l’Infini est de nature sans fin—sans nombre ni mesure—sache que Cela est le Non-manifesté (Avyakta). Cela est Brahman, la Demeure suprême.
Verse 21
अनन्त एष सर्वत्र सर्वस्थानेषु पठ्यते / तस्य पूर्वं मयाप्युक्तं यत्तन्माहात्म्यमव्ययम्
Cet enseignement/hymne d’Ananta est récité partout, en tous lieux. Sa grandeur impérissable (māhātmya), je l’ai moi-même proclamée auparavant.
Verse 22
गतः स एष सर्वत्र सर्वस्थानेषु वर्तते / भूमौ रसातले चैव आकाशे पवने ऽनले / अर्णवेषु च सर्वेषु दिवि चैव न सशयः
S’étant déployé comme le principe qui pénètre tout, Il demeure vraiment partout—sur la terre et dans Rasātala (le monde inférieur), dans l’espace, dans le vent et dans le feu, dans tous les océans, et aussi au ciel—sans aucun doute.
Verse 23
तथा तमसि सत्त्वे च एष एव महाद्युतिः / अनेकधा विभक्ताङ्गः क्रीडते पुरुषोत्तमः
De même, dans le tamas et dans le sattva, ce même Un—d’une grande splendeur—se manifeste. En divisant ses membres de multiples façons, le Puruṣottama joue (līlā), et le cosmos apparaît comme son jeu divin.
Verse 24
महेश्वरः परो ऽव्यक्तादण्डमव्यक्तसंभवम् / अण्डाद् ब्रह्मा समुत्पन्नस्तेन सृष्टमिदं जगत्
Mahēśvara, le Seigneur suprême, au-delà du Non-manifesté, fit surgir l’Œuf cosmique, né de l’Avyakta. De cet Œuf naquit Brahmā ; et par lui fut créé cet univers tout entier.
Lokāloka is the boundary-mountain encircling the cosmic sphere, described as both luminous and non-luminous because it divides the realm where light (loka) is present from the surrounding darkness (aloka).
By presenting Avyakta (the Unmanifest) as immeasurable, beginningless, and the Supreme Abode, the chapter implies that all manifest worlds—including jīvas within countless brahmāṇḍas—are pervaded and grounded in Brahman, to be realized through contemplative discernment beyond mere cosmographic measure.