
Aditi’s Lament and Kaśyapa’s Instruction of the Payo-vrata (Milk Vow) to Please Keśava
Après que les devas (fils d’Aditi) ont perdu leur rang céleste et que les asuras ont pris possession de Svarga, Aditi se lamente comme une femme sans protection. Kaśyapa revient de la méditation, constate que l’āśrama a perdu sa joie, et examine d’abord d’éventuels manquements au gṛhastha-dharma : accueil des hôtes (atithi), entretien du feu sacrificiel, respect des brāhmaṇas, rappelant la responsabilité du maître de maison comme pivot religieux de la société. Aditi répond que tous les devoirs sont accomplis ; sa douleur vient uniquement de la dépossession des devas. Elle implore la protection de Kaśyapa, rappelant que le Seigneur est impartial mais accorde une grâce particulière à Ses dévots. Kaśyapa la détourne doucement de l’attachement au corps et à la famille vers le remède ultime : le service de bhakti exclusif envers Vāsudeva/Keśava, le Maître demeurant dans le cœur, seul dispensateur d’auspice. À la demande d’une méthode concrète, Kaśyapa transmet la procédure enseignée par Brahmā : le payo-vrata (vœu du lait) observé douze jours durant la quinzaine claire de Phālguna, avec purification, mantras et prières, culte de la Divinité, offrandes, repas offerts aux brāhmaṇas, chasteté, simplicité et distribution universelle du viṣṇu-prasāda. Ce chapitre relie la crise des devas à la réponse divine à venir : la bhakti disciplinée d’Aditi qui prépare le récit à l’intervention avatarique du Seigneur.
Verse 1
श्रीशुक उवाच एवं पुत्रेषु नष्टेषु देवमातादितिस्तदा । हृते त्रिविष्टपे दैत्यै: पर्यतप्यदनाथवत् ॥ १ ॥
Śukadeva Gosvāmī dit : Ô Roi, lorsque les fils d’Aditi, les devas, eurent ainsi disparu du ciel et que les démons eurent pris Triviṣṭapa, Aditi, mère des dieux, se lamenta comme si elle était sans protecteur.
Verse 2
एकदा कश्यपस्तस्या आश्रमं भगवानगात् । निरुत्सवं निरानन्दं समाधेर्विरतश्चिरात् ॥ २ ॥
Après de très nombreux jours, le puissant sage Kaśyapa Muni sortit de sa transe de samādhi et revint un jour à l’āśrama; il le vit sans joie ni festivité.
Verse 3
स पत्नीं दीनवदनां कृतासनपरिग्रह: । सभाजितो यथान्यायमिदमाह कुरूद्वह ॥ ३ ॥
Ô meilleur des Kurus, après que Kaśyapa Muni eut été accueilli et honoré comme il se doit, il prit place et parla ainsi à son épouse Aditi, au visage accablé.
Verse 4
अप्यभद्रं न विप्राणां भद्रे लोकेऽधुनागतम् । न धर्मस्य न लोकस्य मृत्योश्छन्दानुवर्तिन: ॥ ४ ॥
Ô douce et bénie, quelque chose d’inauspice est-il survenu à présent concernant le dharma, les brāhmaṇas ou le peuple, tous soumis aux caprices de la mort ?
Verse 5
अपि वाकुशलं किञ्चिद् गृहेषु गृहमेधिनि । धर्मस्यार्थस्य कामस्य यत्र योगो ह्ययोगिनाम् ॥ ५ ॥
Ô épouse attachée au foyer, si dans la vie domestique on suit correctement dharma, artha et kāma, les actes du non-yogi deviennent comme ceux d’un yogi; y a-t-il eu quelque manquement ?
Verse 6
अपि वातिथयोऽभ्येत्य कुटुम्बासक्तया त्वया । गृहादपूजिता याता: प्रत्युत्थानेन वा क्वचित् ॥ ६ ॥
Serait-ce que, par trop d’attachement à ta famille, tu n’as pas su recevoir comme il se doit des hôtes venus sans invitation, si bien qu’ils sont repartis sans honneur, ou n’as-tu pas même daigné te lever pour les accueillir ?
Verse 7
गृहेषु येष्वतिथयो नार्चिता: सलिलैरपि । यदि निर्यान्ति ते नूनं फेरुराजगृहोपमा: ॥ ७ ॥
Les maisons d’où les hôtes s’en vont sans être honorés ne fût-ce que par l’offrande d’un peu d’eau ressemblent aux trous des champs, demeures des chacals.
Verse 8
अप्यग्नयस्तु वेलायां न हुता हविषा सति । त्वयोद्विग्नधिया भद्रे प्रोषिते मयि कर्हिचित् ॥ ८ ॥
Ô femme chaste et bénie, lorsque je partis en d’autres contrées, fus-tu si anxieuse que tu n’offris pas, au moment prescrit, l’oblation de ghee dans le feu ?
Verse 9
यत्पूजया कामदुघान्याति लोकान्गृहान्वित: । ब्राह्मणोऽग्निश्च वै विष्णो: सर्वदेवात्मनो मुखम् ॥ ९ ॥
En vénérant le feu sacrificiel et les brāhmaṇas, le maître de maison obtient le fruit désiré et demeure dans les mondes supérieurs; car le feu du yajña et les brāhmaṇas sont tenus pour la bouche de Śrī Viṣṇu, l’Âme de tous les devas.
Verse 10
अपि सर्वे कुशलिनस्तव पुत्रा मनस्विनि । लक्षयेऽस्वस्थमात्मानं भवत्या लक्षणैरहम् ॥ १० ॥
Ô dame au grand esprit, tes fils vont-ils tous bien? En voyant ton visage flétri, je comprends que ton mental n’est pas paisible; quelle en est la cause?
Verse 11
श्रीअदितिरुवाच भद्रं द्विजगवां ब्रह्मन्धर्मस्यास्य जनस्य च । त्रिवर्गस्य परं क्षेत्रं गृहमेधिन्गृहा इमे ॥ ११ ॥
Aditi dit : Ô époux brāhmaṇa vénérable, les brāhmaṇas, les vaches, le dharma et le bien du peuple vont bien. Ô maître de maison, la vie domestique est le champ suprême où s’épanouissent dharma, artha et kāma; ainsi ce foyer est plein de bon augure.
Verse 12
अग्नयोऽतिथयो भृत्या भिक्षवो ये च लिप्सव: । सर्वं भगवतो ब्रह्मन्ननुध्यानान्न रिष्यति ॥ १२ ॥
Ô époux bien-aimé, les feux sacrés, les hôtes, les serviteurs et les mendiants—je prends soin de tous comme il convient. Parce que je te garde sans cesse en méditation, aucun principe du dharma ne peut être négligé.
Verse 13
को नु मे भगवन्कामो न सम्पद्येत मानस: । यस्या भवान्प्रजाध्यक्ष एवं धर्मान्प्रभाषते ॥ १३ ॥
Ô mon seigneur, quel désir de mon cœur ne s’accomplirait pas? Tu es un Prajāpati, et c’est toi-même qui m’enseignes les principes du dharma.
Verse 14
तवैव मारीच मन:शरीरजा: प्रजा इमा: सत्त्वरजस्तमोजुष: । समो भवांस्तास्वसुरादिषु प्रभो तथापि भक्तं भजते महेश्वर: ॥ १४ ॥
Ô fils de Marīci, ces êtres nés de ton corps et de ton esprit portent les guṇa de sattva, rajas ou tamas ; tu demeures égal envers devas et asuras. Pourtant, le Seigneur Suprême, bien qu’égal envers tous, accorde une faveur particulière à Ses dévots.
Verse 15
तस्मादीश भजन्त्या मे श्रेयश्चिन्तय सुव्रत । हृतश्रियो हृतस्थानान्सपत्नै: पाहि न: प्रभो ॥ १५ ॥
C’est pourquoi, ô Seigneur au vœu parfait, daigne penser au bien de ta servante. Nos rivaux, les démons, nous ont ravi notre splendeur et notre demeure ; ô Prabhu, protège-nous.
Verse 16
परैर्विवासिता साहं मग्ना व्यसनसागरे । ऐश्वर्यं श्रीर्यश: स्थानं हृतानि प्रबलैर्मम ॥ १६ ॥
Les démons, nos ennemis redoutablement puissants, m’ont exilée ; je me noie dans un océan d’épreuves. Mon opulence, ma beauté, ma renommée et ma demeure ont été ravies.
Verse 17
यथा तानि पुन: साधो प्रपद्येरन् ममात्मजा: । तथा विधेहि कल्याणं धिया कल्याणकृत्तम ॥ १७ ॥
Ô saint sage, le meilleur de ceux qui accordent des bénédictions, considère notre condition et dispense le bien par lequel mes fils recouvreront ce qu’ils ont perdu.
Verse 18
श्रीशुक उवाच एवमभ्यर्थितोऽदित्या कस्तामाह स्मयन्निव । अहो मायाबलं विष्णो: स्नेहबद्धमिदं जगत् ॥ १८ ॥
Śukadeva poursuivit : ainsi sollicité par Aditi, le sage Kaśyapa esquissa un sourire et dit : « Hélas ! Quelle puissance a la māyā du Seigneur Viṣṇu, par laquelle le monde entier est lié par l’affection pour les enfants ! »
Verse 19
क्व देहो भौतिकोऽनात्मा क्व चात्मा प्रकृते: पर: । कस्य के पतिपुत्राद्या मोह एव हि कारणम् ॥ १९ ॥
Qu’est donc ce corps matériel, formé des cinq éléments ? Il n’est pas l’âme. L’ātman, lui, est au-delà de la prakṛti, pur et éternel. Par attachement au corps, on se croit mari, fils, etc. ; ces liens sont illusion—l’égarement en est la cause.
Verse 20
उपतिष्ठस्व पुरुषं भगवन्तं जनार्दनम् । सर्वभूतगुहावासं वासुदेवं जगद्गुरुम् ॥ २० ॥
Ô Aditi, adonne-toi au service de dévotion envers Bhagavān Janārdana, le Puruṣottama—Maître de tout, dompteur des ennemis, demeurant dans la caverne du cœur de tous les êtres. Seul Vāsudeva, Śrī Kṛṣṇa, le maître spirituel de l’univers, peut accorder toute bénédiction propice.
Verse 21
स विधास्यति ते कामान्हरिर्दीनानुकम्पन: । अमोघा भगवद्भक्तिर्नेतरेति मतिर्मम ॥ २१ ॥
Hari, plein de compassion pour les démunis, accomplira tous tes désirs, car la bhakti envers Bhagavān est infaillible. En dehors de la dévotion, les autres moyens sont vains—telle est mon opinion.
Verse 22
श्रीअदितिरुवाच केनाहं विधिना ब्रह्मन्नुपस्थास्ये जगत्पतिम् । यथा मे सत्यसङ्कल्पो विदध्यात् स मनोरथम् ॥ २२ ॥
Śrīmatī Aditi dit : Ô brāhmaṇa, enseigne-moi les règles et la méthode par lesquelles je pourrai adorer le Maître du monde, afin qu’Il soit satisfait de moi et qu’Il accomplisse mon vœu sincère, réalisant mon désir.
Verse 23
आदिश त्वं द्विजश्रेष्ठ विधिं तदुपधावनम् । आशु तुष्यति मे देव: सीदन्त्या: सह पुत्रकै: ॥ २३ ॥
Ô meilleur des dvijas, instruis-moi dans la méthode parfaite et l’ordre du culte, afin que mon Deva soit très vite satisfait. Moi, avec mes fils, je suis accablée dans une condition périlleuse ; en adorant le Seigneur avec bhakti, qu’Il nous délivre promptement de cet état redoutable.
Verse 24
श्रीकश्यप उवाच एतन्मे भगवान्पृष्ट: प्रजाकामस्य पद्मज: । यदाह ते प्रवक्ष्यामि व्रतं केशवतोषणम् ॥ २४ ॥
Śrī Kaśyapa Muni dit : Désireux d’avoir une descendance, j’interrogeai le seigneur Brahmā, né du lotus. À présent je vous exposerai le même vœu qu’il m’enseigna, celui qui satisfait Keśava.
Verse 25
फाल्गुनस्यामले पक्षे द्वादशाहं पयोव्रतम् । अर्चयेदरविन्दाक्षं भक्त्या परमयान्वित: ॥ २५ ॥
Dans la quinzaine claire du mois de Phālguna, pendant douze jours, on doit observer le payo-vrata, ne vivant que de lait. Avec une dévotion suprême, qu’on adore le Seigneur aux yeux de lotus, Aravindākṣa.
Verse 26
सिनीवाल्यां मृदालिप्य स्नायात् क्रोडविदीर्णया । यदि लभ्येत वै स्रोतस्येतं मन्त्रमुदीरयेत् ॥ २६ ॥
Le jour de la nouvelle lune, si l’on dispose de terre déterrée par un sanglier, qu’on s’en enduise le corps puis qu’on se baigne dans une rivière courante. En se baignant, qu’on récite le mantra suivant.
Verse 27
त्वं देव्यादिवराहेण रसाया: स्थानमिच्छता । उद्धृतासि नमस्तुभ्यं पाप्मानं मे प्रणाशय ॥ २७ ॥
Ô Mère Terre, déesse ! Le Seigneur Suprême, sous la forme d’Ādi-Varāha, t’a relevée de Rasātala, car tu désirais un lieu où demeurer. Je me prosterne devant toi ; anéantis les conséquences de mes fautes.
Verse 28
निर्वर्तितात्मनियमो देवमर्चेत् समाहित: । अर्चायां स्थण्डिले सूर्ये जले वह्नौ गुरावपि ॥ २८ ॥
Ensuite, après avoir accompli ses devoirs spirituels quotidiens, l’esprit recueilli, on doit adorer le Seigneur : dans la Déité, sur l’autel, dans le soleil, dans l’eau, dans le feu, et aussi dans le maître spirituel.
Verse 29
नमस्तुभ्यं भगवते पुरुषाय महीयसे । सर्वभूतनिवासाय वासुदेवाय साक्षिणे ॥ २९ ॥
Ô Bhagavān Vāsudeva, Purusha suprême et très glorieux, Toi qui demeures dans le cœur de tous et en qui tous demeurent, Témoin de tout, je T’offre mes respectueuses prosternations.
Verse 30
नमोऽव्यक्ताय सूक्ष्माय प्रधानपुरुषाय च । चतुर्विंशद्गुणज्ञाय गुणसङ्ख्यानहेतवे ॥ ३० ॥
Hommage à Toi, l’Inmanifesté, le très subtil, Pradhāna-Purusha; connaisseur des vingt-quatre éléments et cause du dénombrement des guṇa, instaurateur du sāṅkhya-yoga.
Verse 31
नमो द्विशीर्ष्णे त्रिपदे चतु:शृङ्गाय तन्तवे । सप्तहस्ताय यज्ञाय त्रयीविद्यात्मने नम: ॥ ३१ ॥
Je T’offre mes prosternations, Seigneur en tant que Yajña : aux deux têtes, trois pieds, quatre cornes, tissé comme un fil, aux sept mains; Toi dont l’âme est la triple science védique, je me prosterne devant Toi.
Verse 32
नम: शिवाय रुद्राय नम: शक्तिधराय च । सर्वविद्याधिपतये भूतानां पतये नम: ॥ ३२ ॥
Hommage à Toi, Rudra, Śiva : porteur de toutes les puissances, seigneur de tout savoir et maître de tous les êtres; je me prosterne devant Toi.
Verse 33
नमो हिरण्यगर्भाय प्राणाय जगदात्मने । योगैश्वर्यशरीराय नमस्ते योगहेतवे ॥ ३३ ॥
Hommage à Toi, établi comme Hiraṇyagarbha, comme Prāṇa, comme l’Âme de l’univers; Ton corps est la source de la splendeur de toutes les puissances yogiques. Je me prosterne devant Toi, cause du yoga.
Verse 34
नमस्त आदिदेवाय साक्षिभूताय ते नम: । नारायणाय ऋषये नराय हरये नम: ॥ ३४ ॥
Je t’offre mes hommages, ô Divinité originelle, témoin au cœur de tous. Hommage à Nārāyaṇa, le Ṛṣi Nara-Nārāyaṇa apparu en forme humaine; hommage à Hari.
Verse 35
नमो मरकतश्यामवपुषेऽधिगतश्रिये । केशवाय नमस्तुभ्यं नमस्ते पीतवाससे ॥ ३५ ॥
Hommage à Toi dont le corps sombre ressemble à la gemme marakata, Toi qui tiens Śrī (Lakṣmī) sous ton pouvoir. Ô Keśava, vêtu de jaune, je me prosterne.
Verse 36
त्वं सर्ववरद: पुंसां वरेण्य वरदर्षभ । अतस्ते श्रेयसे धीरा: पादरेणुमुपासते ॥ ३६ ॥
Ô Seigneur très élevé et digne d’adoration, le meilleur des dispensateurs de grâces : Tu accomplis les désirs de tous; ainsi les sages, pour leur vrai bien, vénèrent la poussière de Tes pieds de lotus.
Verse 37
अन्ववर्तन्त यं देवा: श्रीश्च तत्पादपद्मयो: । स्पृहयन्त इवामोदं भगवान्मे प्रसीदताम् ॥ ३७ ॥
Les dieux et Śrī (Lakṣmī) servent Ses pieds de lotus et, comme s’ils en désiraient le parfum, l’honorent. Que ce Bhagavān soit satisfait de moi.
Verse 38
एतैर्मन्त्रैर्हृषीकेशमावाहनपुरस्कृतम् । अर्चयेच्छ्रद्धया युक्त: पाद्योपस्पर्शनादिभि: ॥ ३८ ॥
Kaśyapa Muni poursuivit : En récitant ces mantras, en invitant Hṛṣīkeśa avec foi et dévotion, puis en offrant pādya, arghya et autres articles de culte, on doit adorer Keśava—Kṛṣṇa, le Seigneur Suprême.
Verse 39
अर्चित्वा गन्धमाल्याद्यै: पयसा स्नपयेद् विभुम् । वस्त्रोपवीताभरणपाद्योपस्पर्शनैस्तत: । गन्धधूपादिभिश्चार्चेद्द्वादशाक्षरविद्यया ॥ ३९ ॥
Au commencement, le dévot doit réciter le mantra aux douze syllabes et offrir parfums, guirlandes, encens et autres offrandes. Puis, après avoir ainsi adoré le Seigneur, qu’il Le baigne de lait et Le revête de vêtements convenables, du cordon sacré et d’ornements. Après avoir offert l’eau pour laver Ses pieds, qu’il L’adore de nouveau avec fleurs parfumées, encens et tout l’attirail du culte.
Verse 40
शृतं पयसि नैवेद्यं शाल्यन्नं विभवे सति । ससर्पि: सगुडं दत्त्वा जुहुयान्मूलविद्यया ॥ ४० ॥
Si l’on en a les moyens, qu’on offre en naivedya du riz fin cuit dans le lait. En y ajoutant du ghee et de la mélasse, et en récitant le même mantra originel, qu’on l’offre en oblation dans le feu sacré.
Verse 41
निवेदितं तद्भक्ताय दद्याद्भुञ्जीत वा स्वयम् । दत्त्वाचमनमर्चित्वा ताम्बूलं च निवेदयेत् ॥ ४१ ॥
Qu’on offre tout le prasāda à un vaiṣṇava, ou qu’on lui en donne une part puis qu’on en prenne une part soi‑même. Ensuite, qu’on offre l’ācamana à la Divinité, qu’on L’adore de nouveau et qu’on présente aussi le tāmbūla (bétel).
Verse 42
जपेदष्टोत्तरशतं स्तुवीत स्तुतिभि: प्रभुम् । कृत्वा प्रदक्षिणं भूमौ प्रणमेद् दण्डवन्मुदा ॥ ४२ ॥
Ensuite, qu’il murmure le mantra 108 fois et glorifie le Seigneur par des prières de louange. Puis qu’il fasse la pradakṣiṇā (circumambulation) et, enfin, dans une grande joie, qu’il offre des révérences daṇḍavat en se prosternant de tout son long.
Verse 43
कृत्वा शिरसि तच्छेषां देवमुद्वासयेत् तत: । द्वयवरान्भोजयेद् विप्रान्पायसेन यथोचितम् ॥ ४३ ॥
Après avoir touché sa tête avec les fleurs et l’eau offertes à la Divinité, qu’il accomplisse l’udvāsana, la clôture du rite. Puis, comme il convient, qu’il nourrisse au moins deux brāhmaṇas éminents avec du pāyasa (riz au lait sucré).
Verse 44
भुञ्जीत तैरनुज्ञात: सेष्ट: शेषं सभाजितै: । ब्रह्मचार्यथ तद्रात्र्यां श्वोभूते प्रथमेऽहनि ॥ ४४ ॥ स्नात: शुचिर्यथोक्तेन विधिना सुसमाहित: । पयसा स्नापयित्वार्चेद् यावद्व्रतसमापनम् ॥ ४५ ॥
Après avoir honoré comme il se doit les vénérables brāhmaṇas que l’on a nourris, et avec leur permission, on prendra le prasāda restant avec ses amis et ses proches. Cette nuit-là, on observera un brahmacarya strict; puis, le lendemain matin, après s’être baigné de nouveau dans la pureté et le recueillement, on baignera la Divinité de Viṣṇu avec du lait et on L’adorera selon la méthode exposée précédemment, jusqu’à l’achèvement du vœu.
Verse 45
भुञ्जीत तैरनुज्ञात: सेष्ट: शेषं सभाजितै: । ब्रह्मचार्यथ तद्रात्र्यां श्वोभूते प्रथमेऽहनि ॥ ४४ ॥ स्नात: शुचिर्यथोक्तेन विधिना सुसमाहित: । पयसा स्नापयित्वार्चेद् यावद्व्रतसमापनम् ॥ ४५ ॥
Après avoir honoré comme il se doit les vénérables brāhmaṇas que l’on a nourris, et avec leur permission, on prendra le prasāda restant avec ses amis et ses proches. Cette nuit-là, on observera un brahmacarya strict; puis, le lendemain matin, après s’être baigné de nouveau dans la pureté et le recueillement, on baignera la Divinité de Viṣṇu avec du lait et on L’adorera selon la méthode exposée précédemment, jusqu’à l’achèvement du vœu.
Verse 46
पयोभक्षो व्रतमिदं चरेद् विष्णवर्चनादृत: । पूर्ववज्जुहुयादग्निं ब्राह्मणांश्चापि भोजयेत् ॥ ४६ ॥
En ne se nourrissant que de lait et en adorant Viṣṇu avec une foi et une bhakti profondes, on doit accomplir ce vœu. Comme auparavant, on offrira aussi des oblations au feu sacré et l’on nourrira les brāhmaṇas.
Verse 47
एवं त्वहरह: कुर्याद्द्वादशाहं पयोव्रतम् । हरेराराधनं होममर्हणं द्विजतर्पणम् ॥ ४७ ॥
Ainsi, pendant douze jours, on observera chaque jour ce payo-vrata : adorer Hari, accomplir le homa, rendre le culte et satisfaire les brāhmaṇas par la nourriture.
Verse 48
प्रतिपद्दिनमारभ्य यावच्छुक्लत्रयोदशीम् । ब्रह्मचर्यमध:स्वप्नं स्नानं त्रिषवणं चरेत् ॥ ४८ ॥
De pratipat jusqu’à śukla-trayodaśī, on observera un brahmacarya complet, on dormira à même le sol et l’on se baignera trois fois par jour, accomplissant ainsi le vœu.
Verse 49
वर्जयेदसदालापं भोगानुच्चावचांस्तथा । अहिंस्र: सर्वभूतानां वासुदेवपरायण: ॥ ४९ ॥
Durant cette période, il faut éviter les propos inutiles sur les sujets matériels et les plaisirs des sens. Sans envie envers aucun être, établi dans l’ahimsā, on doit devenir un dévot pur et simple, entièrement voué à Vāsudeva.
Verse 50
त्रयोदश्यामथो विष्णो: स्नपनं पञ्चकैर्विभो: । कारयेच्छास्त्रदृष्टेन विधिना विधिकोविदै: ॥ ५० ॥
Ensuite, le treizième jour lunaire (trayodaśī), avec l’aide de brāhmaṇas connaissant le śāstra, on doit baigner le Seigneur Viṣṇu selon le rite prescrit, avec cinq substances (lait, yaourt, ghee, sucre et miel).
Verse 51
पूजां च महतीं कुर्याद् वित्तशाठ्यविवर्जित: । चरुं निरूप्य पयसि शिपिविष्टाय विष्णवे ॥ ५१ ॥ सूक्तेन तेन पुरुषं यजेत सुसमाहित: । नैवेद्यं चातिगुणवद् दद्यात्पुरुषतुष्टिदम् ॥ ५२ ॥
Renonçant à l’avarice qui refuse de dépenser, on doit organiser une grande adoration du Seigneur Viṣṇu, le Śipiviṣṭa demeurant dans le cœur de tous. Avec une attention recueillie, qu’on prépare le caru—des grains cuits dans le ghee et le lait—et qu’on accomplisse le rite en récitant le Puruṣa-sūkta; qu’on offre aussi un naivedya aux saveurs variées, qui réjouit le Puruṣa suprême.
Verse 52
पूजां च महतीं कुर्याद् वित्तशाठ्यविवर्जित: । चरुं निरूप्य पयसि शिपिविष्टाय विष्णवे ॥ ५१ ॥ सूक्तेन तेन पुरुषं यजेत सुसमाहित: । नैवेद्यं चातिगुणवद् दद्यात्पुरुषतुष्टिदम् ॥ ५२ ॥
Renonçant à l’avarice qui refuse de dépenser, on doit organiser une grande adoration du Seigneur Viṣṇu, le Śipiviṣṭa demeurant dans le cœur de tous. Avec une attention recueillie, qu’on prépare le caru—des grains cuits dans le ghee et le lait—et qu’on accomplisse le rite en récitant le Puruṣa-sūkta; qu’on offre aussi un naivedya aux saveurs variées, qui réjouit le Puruṣa suprême.
Verse 53
आचार्यं ज्ञानसम्पन्नं वस्त्राभरणधेनुभि: । तोषयेदृत्विजश्चैव तद्विद्ध्याराधनं हरे: ॥ ५३ ॥
On doit satisfaire l’ācārya, riche de science védique, ainsi que les prêtres assistants (ṛtvij), en leur offrant vêtements, ornements et vaches. C’est le rite appelé viṣṇu-ārādhana, l’adoration de Hari, le Seigneur Viṣṇu.
Verse 54
भोजयेत् तान्गुणवता सदन्नेन शुचिस्मिते । अन्यांश्च ब्राह्मणाञ्छक्त्या ये च तत्र समागता: ॥ ५४ ॥
Ô dame au sourire pur et de bon augure, qu’on nourrisse d’une nourriture excellente les ācāryas savants et leurs prêtres assistants; et, en distribuant le prasāda, qu’on satisfasse aussi les brāhmaṇas et tous ceux qui se sont rassemblés.
Verse 55
दक्षिणां गुरवे दद्यादृत्विग्भ्यश्च यथार्हत: । अन्नाद्येनाश्वपाकांश्च प्रीणयेत्समुपागतान् ॥ ५५ ॥
Qu’on donne au maître spirituel et aux prêtres assistants la dakṣiṇā qui leur revient—vêtements, ornements, vaches et offrande d’argent—; et, en distribuant le prasāda, qu’on satisfasse tous les présents, même les caṇḍālas.
Verse 56
भुक्तवत्सु च सर्वेषु दीनान्धकृपणादिषु । विष्णोस्तत्प्रीणनं विद्वान्भुञ्जीत सह बन्धुभि: ॥ ५६ ॥
Quand tous ont mangé—le pauvre, l’aveugle, l’avare et les autres—, l’officiant du yajña, sachant que Viṣṇu se réjouit grandement lorsque chacun est pleinement nourri de viṣṇu-prasāda, doit alors prendre le prasāda avec ses proches et amis.
Verse 57
नृत्यवादित्रगीतैश्च स्तुतिभि: स्वस्तिवाचकै: । कारयेत्तत्कथाभिश्च पूजां भगवतोऽन्वहम् ॥ ५७ ॥
Chaque jour, de pratipat à trayodaśī, qu’on poursuive la cérémonie avec danse, chant et musique de tambours, avec hymnes, formules de bon augure et récitation des récits du Śrīmad-Bhāgavatam; ainsi l’on adore quotidiennement le Seigneur Suprême.
Verse 58
एतत्पयोव्रतं नाम पुरुषाराधनं परम् । पितामहेनाभिहितं मया ते समुदाहृतम् ॥ ५८ ॥
Voici le rite nommé payo-vrata, la plus haute adoration du Puruṣa, la Personne Suprême. Je l’ai reçu de Brahmā, mon aïeul, et je te l’ai maintenant exposé en détail.
Verse 59
त्वं चानेन महाभागे सम्यक्चीर्णेन केशवम् । आत्मना शुद्धभावेन नियतात्मा भजाव्ययम् ॥ ५९ ॥
Ô très fortunée dame, l’esprit pur et le cœur maîtrisé, accomplis correctement ce payo-vrata et adore avec bhakti Keśava, le Seigneur inépuisable.
Verse 60
अयं वै सर्वयज्ञाख्य: सर्वव्रतमिति स्मृतम् । तप:सारमिदं भद्रे दानं चेश्वरतर्पणम् ॥ ६० ॥
Ce payo-vrata est appelé « sarva-yajña » et aussi tenu pour « sarva-vrata ». Ô douce dame, il est l’essence de toute austérité, la voie du don et le moyen de satisfaire le Souverain suprême.
Verse 61
त एव नियमा: साक्षात्त एव च यमोत्तमा: । तपो दानं व्रतं यज्ञो येन तुष्यत्यधोक्षज: ॥ ६१ ॥
Ce sont là, en vérité, les meilleurs principes régulateurs et les yama les plus élevés. Par eux s’accomplissent austérité, charité, vœu et sacrifice, car Adhokṣaja en est satisfait.
Verse 62
तस्मादेतद्व्रतं भद्रे प्रयता श्रद्धयाचर । भगवान्परितुष्टस्ते वरानाशु विधास्यति ॥ ६२ ॥
Ainsi, ô douce dame, observe ce vœu avec soin et śraddhā, en respectant strictement les règles. Le Seigneur, satisfait, t’accordera bientôt des grâces.
Payo-vrata functions as a bridge from crisis to avatāra: it converts Aditi’s political loss into devotional qualification. The ritual’s elements—purity, mantra, Deity worship, feeding brāhmaṇas, celibacy, simplicity, and prasāda distribution—are framed as bhakti-aṅgas meant to please Keśava, establishing that lasting protection comes from Vāsudeva rather than from mere strategy or lineage power.
He first checks for disruptions in dharma within the āśrama—neglect of guests, sacrificial fire, and brāhmaṇa honor—because in Bhāgavata ethics, social and cosmic stability mirrors household religiosity. When Aditi confirms these duties are intact, the narrative clarifies that her grief is not domestic failure but the devas’ dispossession, which must be remedied through the Lord’s favor.
Kaśyapa states he received the method from Lord Brahmā. This establishes paramparā-authority (śāstric transmission) and signals that the vow is not a private invention but a vetted Vedic process, now repurposed in the Bhāgavata to culminate in devotion to Keśava.
Because the Bhāgavata frames Viṣṇu worship as inherently expansive and compassionate: the yajamāna’s offering becomes sanctified food meant for broad distribution. The text explicitly links the Lord’s pleasure to the community being fed, teaching that devotion expresses itself as both reverence to learned guides and mercy to all beings.