
Pratiṣṭhā-sāmagrī-vidhāna — Prescription of Materials and Conditions for Consecration
Dans cet adhyaya, Īśvara décrit la pratiṣṭhā—l’installation du Liṅga dans le temple—comme un rite accordant à la fois jouissance et délivrance, à condition d’être accompli un « jour divin » propice et sous des configurations astrologiques favorables. Le texte fixe d’abord le temps rituel : les mois dans une fenêtre de cinq mois à partir de Māgha (en excluant Caitra), les tithi convenables, les règles d’évitement, ainsi que les nakṣatra et lagnas privilégiés. Il détaille ensuite les positions planétaires, les aspects et les bienfaits selon les maisons, reliant la réussite du rite à un diagnostic fondé sur le jyotiṣa. Puis il passe du temps à l’espace : attribution de terrains annexes, agencement des maṇḍapa, vedī carrée avec son poteau, et nombre, emplacement, formes et mesures des kuṇḍa et des mekhalā, y compris l’élément yoni et son orientation. Enfin, il dresse l’inventaire des sāmagrī de consécration : toraṇa, bannières, poteaux, terres sacrées, astringents, eaux, racines médicinales, substances protectrices et purifiantes, kumbha et leur disposition, instruments du homa, offrandes, dons à l’ācārya, ainsi que listes de gemmes, métaux, minéraux et grains—présentant la consécration comme une technologie intégrée de sainteté unissant cosmos, lieu et matière.
Verse 1
इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये शिलान्यासकथनं नाम चतुर्णवतितमो ऽध्यायः अथ पञ्चनवतितमो ऽध्यायः प्रतिष्ठा सामग्रीविधानं ईश्वर उवाच वक्ष्ये लिङ्गप्रतिष्ठां च प्रासादे भुक्तिमुक्तिदां ताश् चरेत् सर्वदा मुक्तौ भुक्तौ देवदिने सति
Ainsi, dans l’Agni Purāṇa, au sein du Mahāpurāṇa primordial, s’achève le quatre-vingt-quatorzième chapitre intitulé « Récit de la pose de la pierre de fondation (śilānyāsa) ». Commence maintenant le quatre-vingt-quinzième chapitre : « Prescription des matériaux pour la consécration (pratiṣṭhā) ». Le Seigneur déclara : « J’exposerai l’installation du Liṅga dans un temple, acte qui confère à la fois jouissance mondaine et délivrance. Ces rites doivent être accomplis toujours lorsqu’un jour divin et propice est présent, afin d’obtenir ensemble bhukti et mukti. »
Verse 2
विना चैत्रेण माघादौ प्रतिष्ठा मासपञ्चके रक्तातिरक्तदोषघ्न इति छ रक्तात्रिरक्तदोषघ्ने इति ख सन्तिष्ठास्मिन्नीशरूपिणीति घ शर्परूपिणीति ज तत्त्वे तत्त्वत्रयमिति घ सर्वदा मुक्तौ देवादेवे ग्रहे सतीति घ सर्वदा मुक्त्यै भुक्त्यै दैवदिने सतीति ङ गुरुशुक्रोदये कार्या प्रथमे करणेत्रये
En excluant le mois de Caitra, la consécration (pratiṣṭhā) doit être accomplie dans la période de cinq mois commençant avec Māgha. Elle doit être entreprise lorsque le défaut astrologique nommé « Rakta/Ati-rakta » est neutralisé. On établira ici (la divinité) sous la forme d’Īśa (Śiva)—ou, selon une leçon variante, sous la forme de Śarpa (serpent). Dans la doctrine des tattva, la triade des principes doit être contemplée. Pour la délivrance, il est toujours propice que des planètes bénéfiques ou divines soient présentes ; et pour la délivrance comme pour la jouissance, que cela tombe un « jour divin » (deva-dina). Le rite doit être accompli au lever de Jupiter et de Vénus, et dans les trois premiers karaṇa.
Verse 3
शुक्लपक्षे विशेषेण कृष्णे वा पञ्चमन्दिनं चतुर्थीं नवमीं षष्ठीं वर्जयित्वा चतुर्दशीं
Dans la quinzaine claire (śukla-pakṣa) tout particulièrement—ou aussi dans la quinzaine sombre (kṛṣṇa-pakṣa)—on accomplira le rite au cinquième jour lunaire (pañcamī), en évitant le quatrième, le sixième, le neuvième et aussi le quatorzième.
Verse 4
शोभनास्तिथयः शषाः क्रूरवारविवर्जिताः शतभिषा धनिष्ठार्द्रा अनुरोधोत्तरत्रयं
Les tithi propices sont au nombre de six, en excluant les jours de semaine dits cruels (krūra-vāra). Les nakṣatra propices sont Śatabhiṣā, Dhaniṣṭhā, Ārdrā, Anurādhā, ainsi que les trois Uttara (Uttara-traya).
Verse 5
रोहिणी श्रवणश्चेति स्थिरारम्भे महोदयाः लग्नञ्च कुम्भसिंहालितुलास्त्रीवृषधन्विनां
Pour entreprendre des œuvres de nature stable et durable, Rohiṇī et Śravaṇa sont hautement auspicielles ; de même, les ascendants (lagnas) du Verseau, du Lion, de la Balance, de la Vierge, du Taureau et du Sagittaire sont favorables.
Verse 6
शस्तो जीवो नवर्क्षेषु सप्तस्थानेषु सर्वदा बुधः षडष्टदिक्सप्ततुर्येषु विनर्तुं शितः
Jupiter est auspicié dans le neuvième signe et demeure toujours bénéfique en la septième position ; Mercure (l’est) en la sixième et la huitième ; et Vénus, par son éclat, doit être tenue pour favorable selon les directions, à savoir en la septième et la quatrième.
Verse 7
सप्तर्तुत्रिदशादिस्थः शशाङ्कोबलदः सदा रविर्दशत्रिषट्संस्थो राहुस्त्रिदशषड्गतः
La Lune, placée en la septième position et au commencement de la trentième division, confère toujours la force. Le Soleil se tient aux positions dixième, troisième et sixième ; et Rāhu occupe la trentième et la sixième.
Verse 8
षट्त्रिस्थानगताः शस्ता मन्दाङ्गारार्ककेतवः शुभ्राः क्रूरश् च पापाश् च सर्व एकादशस्थिताः
Saturne, Mars, le Soleil et Ketu sont tenus pour favorables lorsqu’ils se trouvent aux positions sixième et troisième. Et toutes les planètes, qu’elles soient bénéfiques, cruelles ou maléfiques, sont aussi dites agir selon les onze positions (c’est-à-dire en référence aux onze maisons/conditions).
Verse 9
एषां दृष्टिर्मुनौ पूर्णा त्वार्धिकी ग्रहभूतयोः पादिकी रामदिक्स्थाने चतुरष्टौ पादवर्जिता
Pour ces forces, l’aspect (dṛṣṭi) porté sur la septième (muni) est complet ; pour les grahas et les bhūtas, il n’est que de moitié. Lorsqu’il se situe dans la direction dite Rāma, il devient un aspect d’un quart ; et en la quatrième et la huitième, il est privé d’un pāda, c’est-à-dire diminué d’un quart.
Verse 10
पादान्यूनचतुर्नाडी भोगः स्यान्मीनमेषयोः वृषकुम्भौ च भुञ्जाते चतस्रः पादवर्जिताः
Pour les Poissons et le Bélier, la mesure du « bhoga » est de quatre nāḍī moins un pāda (un quart). Le Taureau et le Verseau ont pareillement un bhoga de quatre nāḍī, avec un pāda en moins.
Verse 11
मकरो मिथुनं पञ्च चापालिहरिकर्कटाः पादीनाः षट् तुलाकन्ये घटिकाः सार्धपञ्च च
Pour le Capricorne et les Gémeaux, il y en a cinq (unités). Pour le Sagittaire, le Bélier, le Lion et le Cancer, il y a six pāda. Pour la Balance et la Vierge, il y a cinq ghaṭikā et demie (5½).
Verse 12
इक्सप्तषड् विनेति ख सप्तायत्रिदशादिस्थ इति ख छ च बुधः षडष्टदिगित्यादिः, बलदः सदा इत्य् अन्तः पाठो ग पुस्तके नास्ति एवं दृष्टिवले पूर्णादिति छ एवं दृष्टिवले पूर्णेति ख वस्वष्टौ इति ख, छ च केशरी वृषभः कुम्भः स्थिराः स्युः सिद्धिदायकाः चरा धनुस्तुलामेषा द्विःस्वभावास्तृतीयकाः
Le Lion, le Taureau et le Verseau sont des signes fixes, et l’on dit qu’ils confèrent la siddhi, l’accomplissement. Le Sagittaire, la Balance et le Bélier sont des signes mobiles. Le troisième groupe est de nature double (duale).
Verse 13
शुभः शुभग्रहैर् दृष्टः शस्तो लग्नःशुभाश्रितः गुरुशुक्रबुधे युक्तो लग्नो दद्याद्बलायुधी
Le lagna (ascendant) est de bon augure lorsqu’il reçoit l’aspect des planètes bénéfiques, et il est louable lorsqu’il repose dans un signe propice. Lorsque le lagna est conjoint à Jupiter, Vénus et Mercure, ce lagna confère force et puissance des armes (vaillance martiale).
Verse 14
राज्यं शौर्यं बलं पुत्रान् यशोधर्मादिकं बहु प्रथमः सप्तमस्तुर्यो दशमः केन्द्र उच्यते
La royauté (rājya), la vaillance, la force, les fils, la renommée, le dharma et bien d’autres fruits sont indiqués par les kendras. Les maisons 1, 4, 7 et 10 sont déclarées kendras (maisons angulaires).
Verse 15
गुरुशुक्रबुधास्तत्र सर्वसिद्धिप्रसादकाः त्र्येकादशचतुर्थस्था लग्नात् पापग्रहाः शुभाः
Là, Jupiter (Guru), Vénus (Śukra) et Mercure (Budha) dispensent la grâce qui mène à toute réussite. Même les planètes maléfiques, lorsqu’elles se tiennent en 3e, 11e ou 4e maison à partir du lagna (ascendant), deviennent bénéfiques.
Verse 16
अतोप्यनीचकर्माथं योज्यास्तिथ्यादयो बुधैः धाम्नः पञ्चगुणां भूमिं त्यक्त्वा वा धानसम्मितां
De plus, pour des travaux d’ordre inférieur (subsidiaires), les savants doivent disposer les éléments auxiliaires en commençant par la « sthiti » (partie fixe, stable). Soit en laissant un terrain cinq fois plus grand que l’édifice principal, soit en laissant une parcelle mesurée selon l’unité usuelle appelée dhāna.
Verse 17
हस्ताद् द्वादशसोपानात् कुर्यान्मण्डमग्रतः चतुरस्रं चतुर्द्वारं स्नानार्थन्तु तदर्धतः
Devant l’escalier à douze marches, en partant de la mesure d’un hasta, on doit construire un maṇḍapa, une estrade. Il sera carré et muni de quatre entrées. Toutefois, pour l’usage du bain, on le fera de la moitié de cette mesure.
Verse 18
एकास्यं चतुरास्यं वा रौद्र्यां प्राच्युत्तरेथवा हास्तिको दशहस्तो वै मण्डपोर्ककरो ऽथवा
On peut le façonner avec un seul visage ou avec quatre; sous une forme raudra (farouche), tourné vers l’est ou vers le nord. Il peut être à tête d’éléphant, ou bien à dix bras; ou encore tenant un maṇḍapa, ou l’éclat du soleil (arka).
Verse 19
द्विहस्तोत्तरया वृद्ध्या शेषं स्यान्मण्डपाष्टकं , घ , छ च त्यक्त्वा वा चापसम्मितामिति ख त्यक्त्वा वा रामसम्मितामिति छ हस्ताद्वा दशसोपानादिति ख हस्तान् वा दश सोपानादिति ख स्नानार्हं चेति ङ प्राच्युतरे तथेति ङ द्विहस्तोत्तरयावृत्त्या इति घ वेदी चतुष्करा मध्ये कोणस्तम्भेन संयुता
Par une augmentation de deux hastas à chaque fois, l’ensemble prescrit restant constitue la série «octuple» des maṇḍapas (maṇḍapa-aṣṭaka) quant à leurs mesures. La vedī (plateforme d’autel) doit être carrée, et en son milieu on doit placer un pilier d’angle (koṇa-stambha) comme élément de structure.
Verse 20
वेदीपादान्तरं त्यक्त्वा कुण्डानि नव पञ्च वा एकं वा शिवकाष्ठायां प्राच्यां वा तद्गुरोः परं
En laissant un intervalle net entre les pieds (supports) de la plate-forme de l’autel, on disposera les fosses à feu (kuṇḍa)—neuf, ou cinq, ou même une seule—sur un sol de bois auspiceux et rituellement pur; ou bien du côté de l’Est, selon l’orientation prescrite par son guru.
Verse 21
मुष्टिमात्रं शतार्धे स्याच्छते चारत्रिमात्रकं हस्तं सहस्रहोमे स्यान्नियुते तु द्विहास्तिकं
Pour la moitié d’une centaine (50) d’oblations, la mesure de l’offrande est une poignée (mūṣṭi). Pour une centaine (100), c’est la mesure dite « d’une nuit ». Pour un homa de mille, ce sera un hasta; et pour un niyuta (dix mille), deux hastas.
Verse 22
लक्षे चतुष्कारं कुण्डं कोटिहोमे ऽष्टहस्तकं भगाभमग्नौ खण्डेन्दु दक्षे त्र्यस्रञ्च नैरृते
Pour un rite comportant un lakh (100 000) d’oblations, le kuṇḍa doit être à quatre angles (carré). Pour un koṭi-homa (10 000 000), il doit mesurer huit hastas. Dans le quartier d’Agni (sud-est), il sera de forme bhagākāra; dans le quartier de Dakṣiṇa (sud), de forme khaṇḍendu, « lune brisée »; et dans le quartier de Nairṛta (sud-ouest), triangulaire.
Verse 23
षडस्रं वायवे पद्मं सौम्ये चाष्टास्रकं शिवे तिर्यक्पातशिवं खातमूर्ध्वं मेखलया सह
Pour Vāyu, (on tracera) un lotus à six angles; pour Saumya, un à huit angles; et pour Śiva, un diagramme à chute transversale (tiryakpāta). Il doit être dessiné avec un centre évidé et une tête dirigée vers le haut, accompagné d’une mekhalā, bande ceinturante circulaire.
Verse 24
तद्वहिर्मेखलास्तिस्रो वेदवह्नियमाङ्गुलैः अङ्गुलैः षड्भिरेका वा कुण्डाकारास्तु मेखलाः
À l’extérieur de ce (foyer/kuṇḍa), il doit y avoir trois mekhalā, bandes d’enceinte, mesurées selon les unités digitales (aṅgula) prescrites pour le vedi et le feu; ou bien, à titre d’alternative, une seule bande de six aṅgulas. Les mekhalā doivent épouser la forme du kuṇḍa.
Verse 25
तासामुपरि योनिः स्यान्मध्ये ऽश्वत्थदलाकृतिः उच्छ्रायेणाङ्गुलं तस्माद्विस्तारेणाङ्गुलाष्टकं
Au‑dessus des éléments précédents, il doit y avoir un yoni ; en son milieu, on le façonnera à l’image d’une feuille d’aśvattha (figuier sacré). Sa hauteur est d’un aṅgula et sa largeur de huit aṅgulas.
Verse 26
दैर्घ्यं कुण्डार्धमानेन कुण्डकण्ठसमो ऽधरः पूर्वाग्नियाम्यकुण्डानां योनिः स्यादुत्तरानना
Sa longueur doit être mesurée comme la moitié de la mesure du kuṇḍa (fosse à feu) principal ; la partie inférieure (arrière) doit être égale au « cou » de la fosse (la section resserrée). Pour les kuṇḍas de l’est, du sud‑est (Agni) et du sud (Yāmya), le yoni doit être tourné vers le nord.
Verse 27
पूर्वानना तु शेषाणामैशान्ये ऽन्यतरा तयोः इति ङ द्विहस्तकमिति ख खद्गाभमग्नौ इति ख , ग , ङ , छ च पद्मे इति ख , घ च तिर्यक् पातसममूर्ध्वमिति ख , ग , घ च वेदवह्नियवाङ्गुलैर् इति घ तस्य विस्तरेणाङ्गुलाष्टकमिति घ कुण्डानां यश् चतुर्विंशो भागः सोङ्गुल इत्य् अतः
Pour les autres types, la bouche/l’ouverture doit être tournée vers l’est ; dans le quartier d’Īśāna (nord‑est), on adopte l’une des deux variantes, selon la recension marquée « ṅa ». La mesure est de deux hastas (selon « kha »). Pour la fosse en forme d’épée (khaḍga‑ābha), cette prescription vaut pour le rite d’Agni (selon kha, ga, ṅa et cha) ; et aussi pour la fosse en forme de lotus (padma) (selon kha et gha). Son relèvement vertical doit être égal à la chute/pente latérale (selon kha, ga et gha). Les mesures doivent être établies selon les unités veda‑, vahni‑, yava‑ et aṅgula (selon gha) ; et sa largeur, en détail, est de huit aṅgulas (selon gha). Ainsi, pour les fosses à feu, un vingt‑quatrième est appelé aṅgula.
Verse 28
प्लक्षोदुम्वरकाश्वत्थवटजास्तोरणाः क्रमात् शान्तिभूतिबलारोग्यपूर्वाद्या नामतः क्रमात्
Les toraṇas (guirlandes de porte) faites, successivement, de plakṣa, d’udumbara, de kāśvattha (aśvattha) et de vaṭa sont connues, chacune selon son nom et son ordre, comme : Śānti (paix), Bhūti (prospérité), Bala (force) et Ārogya (santé).
Verse 29
पञ्चषट्सप्तहस्तानि हस्तखातस्थितानि च तदर्धविस्तराणि स्युर्युतान्याम्रदलादिभिः
Ils doivent être faits de cinq, six ou sept hastas, et placés dans une tranchée d’un hasta de profondeur. Leur largeur doit être la moitié de cela, et ils doivent être assemblés/recouverts de feuilles de manguier et autres semblables.
Verse 30
इन्द्रायुधोपमा रक्ता कृष्णा धूम्रा शशिप्रभा शुक्लाभा हेमवर्णा च पताका स्फाटिकोपमा
La bannière peut être semblable à l’arc-en-ciel (Indrāyudha), rouge, noire, couleur de fumée, éclatante comme la lune, blanche et lumineuse, ou d’une teinte d’or; et le pennon peut aussi avoir l’aspect du cristal.
Verse 31
पूर्वादितोब्जजे रक्ता नीलानन्तस्य नैरृते पञ्चहस्तास्तदर्धाश् च ध्वजा दीर्घाश् च विस्तराः
À partir de l’orient et dans les directions suivantes, les bannières doivent être rouges; au sud‑ouest (Nairṛta) elles doivent être bleues. Leur longueur doit être de cinq hastas et leur largeur de la moitié; ainsi sont‑elles prescrites, longues et d’une largeur proportionnée.
Verse 32
हस्तप्रदेशिता दण्डा ध्वजानां पञ्चहस्तकाः वल्मीकाद्दन्तिदन्ताग्रात्तथा वृषभशृङ्गतः
Le mât (la hampe) doit être mesuré selon l’empan de la main; pour les bannières, la hampe doit avoir cinq hastas de longueur. (Ces étalons de mesure) sont à prendre d’une termitière, de la pointe d’une défense d’éléphant, et pareillement d’une corne de taureau.
Verse 33
पद्मषण्डाद्वराहाञ्च गोष्ठादपि चतुष्पथात् मृत्तिका द्वादश ग्राह्या वैकुण्ठेष्टौ पिनाकिनि
D’un bosquet de lotus, d’un lieu associé à Varāha, d’un enclos à vaches, et aussi d’un carrefour à quatre voies—de tels sites purs prescrits—il faut recueillir douze parts de terre purificatrice, ô bien‑aimé de Vaikuṇṭha, ô porteur du Pināka (arc).
Verse 34
न्यग्रोधोदुम्वराश्वत्थचूतजम्वुत्वगुद्भवं कषायपञ्चकं ग्राह्यमार्तवञ्च फलाष्टकं
Les cinq astringents (kaṣāya-pañcaka) doivent être pris de substances issues de l’écorce du nyagrodha (banyan), de l’udumbara (figuier en grappes), de l’aśvattha (figuier sacré), du cūta (manguier) et du jambū (pommier‑rose). Il faut aussi prendre l’« octade de fruits » (phalāṣṭaka) ainsi que l’ingrédient nommé ārtava.
Verse 35
तीर्थाम्भांसि सुगन्धीनि तथा सर्वौषधीजलं शस्तं पुष्पफलं वक्ष्ये रत्नगोशृङ्गवारि च
Les eaux sacrées des tīrtha (lieux de pèlerinage), les eaux parfumées, et de même l’eau infusée de toutes les herbes médicinales sont louées; j’exposerai aussi l’usage des fleurs et des fruits, ainsi que l’eau liée aux gemmes et celle recueillie au moyen d’une corne de vache.
Verse 36
स्नानायापाहरेत् पञ्च पञ्चगव्यामृतं तथा पिष्टनिर्मितवस्त्रादिद्रव्यं निर्मञ्जनाय च
Pour le bain, on doit se procurer les cinq produits de la vache, à savoir le pañcagavya, ainsi que le mélange appelé pañcagavyāmṛta; et, pour la purification par friction/ablution (nirmañjana), des substances telles que du tissu et autres, préparées à partir d’une pâte ou farine (piṣṭa).
Verse 37
वल्मीकाद्धस्तिदन्ताग्रात्तयेति छ तीर्थतोयसुगन्धीनि इति ङ वर्गे गोशृङ्गवारि चेति छ स्नानायोपहरेदिति ख , छ , घ च पिष्टनिर्मितरुद्रादिद्रव्यं निर्मञ्जनायेति ग पिष्टनिर्मितवज्रादिकं निर्मथनायेति ज सहस्रशुषिरं कुम्भं मण्डलाय च रोचना शतमोषधिमूलानां विजया लक्ष्मणा बला
Il faut se procurer des requis rituels tels que : de la terre d’une termitière (valmīka) et la pointe d’une défense d’éléphant; des eaux parfumées provenant des lieux sacrés de bain (tīrtha); et de l’eau recueillie au moyen d’une corne de vache — tout cela doit être apporté pour le bain. Un Rudra et d’autres substances sacrées semblables, façonnés en pâte (piṣṭa-nirmita), sont prescrits pour la purification par friction (nirmañjana), et un vajra (foudre) façonné en pâte et autres objets analogues pour l’opération de barattage/production (nirmathana). Pour tracer le maṇḍala, on emploiera un kumbha (vase) percé de mille trous, avec le pigment jaune rocanā; et l’on préparera les racines de cent plantes médicinales, telles que vijayā, lakṣmaṇā et balā.
Verse 38
गुडूच्यतिबला पाठा सहदेवा शतावरी ऋद्धिः सुवर्चसा वृद्धिः स्नाने प्रोक्ता पृथक् पृथक्
Pour le bain (comme additifs médicinaux), Gudūcī, Atibalā, Pāṭhā, Sahadevī, Śatāvarī, Ṛddhi, Suvarcasā et Vṛddhi sont prescrites chacune séparément.
Verse 39
रक्षायै तिलदर्भौघो भस्मस्नानन्तु केवलं यवगोधूमविल्वानां चूर्णानि च विचक्षणः
Pour la protection, on doit employer un amas de sésame et d’herbe darbha; et le bain avec la cendre seule est également prescrit. L’homme avisé doit en outre utiliser les poudres d’orge, de blé et de bilva.
Verse 40
विलेपनं सकर्पूरं स्नानार्थं कुम्भगण्डकान् खट्वाञ्च तूलिकायुग्मं सोपधानं सवस्त्रकं
On doit offrir un onguent parfumé mêlé de camphre ; pour le bain, un pot d’eau (kumbha) et une boule de bain semblable à un savon ; et aussi un lit avec une paire de matelas, avec un oreiller et des étoffes (vêtements ou draps).
Verse 41
कुर्याद्वित्तानुसारेण शयने लक्ष्यकल्पने घृतक्षौद्रयुतं पात्रं कुर्यात् स्वर्णशलाकिकां
Selon ses moyens, en disposant le lit (don/offrande rituelle) et en préparant les accessoires prescrits, on doit fournir un récipient contenant du ghee mêlé de miel, et aussi une petite tige d’or (sonde).
Verse 42
वर्धनीं शिवकुम्भञ्च लोकपालघटानपि एकं निद्राकृते कुम्भं शान्त्यर्थं कुण्डसङ्ख्यया
On doit aussi installer le vase vardhanī, le Śiva-kumbha et les jarres des Lokapālas ; en outre, un kumbha est disposé pour le rite d’induire le sommeil, et, pour l’apaisement, on place des kumbhas en nombre égal à celui des kuṇḍas (foyers de feu).
Verse 43
द्वारपालादिधर्मादिप्रशान्तादिघटानपि वस्तुलक्ष्मीगणेशानां कलशानपरानपि
On doit aussi préparer les pots rituels (ghaṭa) pour les Dvārapālas (gardiens de la porte), pour Dharma et les autres, et pour Praśānta et les siens ; de même, on disposera d’autres kalaśas relevant de Vāstu, de Lakṣmī et de Gaṇeśa.
Verse 44
धान्यपुञ्जकृताधारान् सवस्त्रान् स्रग्विभूषितान् कुम्भमण्डकानिति ख कुम्भगड्डुकानिति घ कुम्भगुण्डुकानिति ङ कुम्भसण्डकानिति छ कुम्भखण्डकानिति ज प्रायेण लक्ष्यकल्पने इति ग शयने लक्ष्यकं परे इति ज कुण्डसन्मितमिति ज सर्वांश्चेति घ , ज च सहिरण्यान् समालब्धान् गन्धपानीयपूरितान्
Il faut disposer les kumbhas sur des supports faits de tas de grains, les couvrir d’étoffes et les orner de guirlandes. Selon les différentes recensions, on les nomme kumbha-maṇḍaka, kumbha-gaḍḍuka, kumbha-guṇḍuka, kumbha-saṇḍaka ou kumbha-khaṇḍaka. En général, ils sont établis comme « cibles/marques » (lakṣya) pour l’agencement rituel ; certains disent qu’ils constituent le lakṣya en lien avec le rite du lit (śayana). Dans certaines leçons, leur mesure est dite équivalente à celle d’un kuṇḍa (foyer de feu). Tous doivent être accompagnés d’or, touchés rituellement au titre de la consécration, et remplis d’une eau parfumée convenant aux offrandes.
Verse 45
पूर्णपात्रफलाधारान् पल्लवाद्यान् सलक्षणान् वस्त्रैर् आच्छादयेत् कुम्भानाहरेद्गौरसर्षपान्
Qu’on recouvre d’étoffes les kumbha, vases rituels dûment marqués et pourvus de supports portant des récipients pleins et des fruits, ainsi que des pousses et rameaux de feuilles sacrées et autres; et qu’on apporte des graines de moutarde pâles (blanches/jaunâtres).
Verse 46
विकिरार्थन्तथा लाजान् ज्ञानखड्गञ्च पूर्ववत् सापिधानां चरुस्थालीं दर्वीं च ताम्रनिर्मितां
De même, pour l’acte de disperser (les offrandes), qu’on prenne le lāja, riz grillé; et, comme il a été dit auparavant, «l’épée de la connaissance»; ainsi qu’un récipient de cuisson du caru muni d’un couvercle et une louche, tous deux en cuivre.
Verse 47
घृतक्षौद्रान्वितं पात्रं पादाभ्यङ्गकृते तथा विष्टरांस्त्रिशतादर्भदलैर् बाहुप्रमाणकान्
De même, qu’on prépare un récipient contenant du ghee et du miel pour l’onction des pieds; et (qu’on confectionne) trois cents sièges de feuilles de darbha (viṣṭara), chacun de la longueur d’un bras.
Verse 48
चतुरश् चतुरस्तद्वत् पालाशान् परिधीनपि तिलपात्रं हविःपात्रमर्धपात्रं पवित्रकं
De même, (qu’on prépare) quatre (objets) et quatre (autres) de la même manière; ainsi que les baguettes d’enceinte (paridhi) en bois de Palāśa. (Qu’on dispose aussi) d’un récipient pour le sésame, d’un récipient pour l’oblation (havis), d’un demi-récipient et du purificateur (pavitraka).
Verse 49
फलविंशाष्टमानानि घटो धूपप्रदानकं श्रुक्श्रुवौ पिटकं पीठं व्यजनं शुष्कमिन्धनं
Vingt-huit fruits; une jarre d’eau; un récipient pour l’offrande d’encens; la louche et la cuillère (śruk et śruva) pour les oblations; un panier; un siège ou piédestal (pīṭha); un éventail; et du bois sec pour le feu.
Verse 50
पुष्पं पत्रं गुग्ग्लञ्च घृतैर् दौपांश् च धूपकं अक्षतानि त्रिसूत्रीञ्च गव्यमाज्यं यवांस्तिलान्
Fleurs, feuilles, guggulu (résine odorante), lampes alimentées au ghee, encens, grains de riz intacts (akṣata), le cordon sacré triple, ghee de vache, orge et graines de sésame—tels sont les matériaux rituels prescrits.
Verse 51
कुशाः शान्त्यै त्रिमधुरं समिधो दशपर्विकाः बाहुमात्रश्रुवं हस्तम् अर्कादिग्रहशान्तये
Pour les rites d’apaisement (śānti), on emploiera l’herbe kuśa; l’oblation des «trois douceurs» (trimadhura); et des bûchettes rituelles (samidh) à dix nœuds. Une louche (śruva) de la longueur d’un avant-bras, et la main (comme mesure d’offrande), sont prescrites pour apaiser le Soleil et les autres planètes.
Verse 52
समिधो ऽर्कपलाशोत्थाः खादिरामार्गपिप्पलाः उदुम्वरशमीदूर्वाकुशोत्थाः शतमष्ट च
Les bûchettes rituelles (samidh) proviennent de l’arka et du palāśa; du khādira, de l’apāmārga et du pippala; et de l’udumbara, du śamī, du dūrvā et du kuśa—au nombre, là encore, de cent huit (108).
Verse 53
तदभावे यवतिला गृहोपकरणं तथा स्थालीदर्वीपिधानादि देवादिभ्यो ऽंशुकद्वयं
Si ces dons prescrits font défaut, qu’on offre alors de l’orge et du sésame; ainsi que des ustensiles domestiques—tels qu’un pot (sthālī), une louche (darvī), un couvercle et autres. Et aux divinités et autres destinataires, qu’on présente une paire d’étoffes.
Verse 54
मुद्रामुकुटवासांसि हारकुण्डलकङ्कणान् ज च कुर्वीत ताम्रनिर्मितामिति ख दलैर् बाहुमात्रप्रमाणत इति ग घण्टाधूपप्रदानकमिति घ , छ च बाहुमात्रां स्रुचं हस्तानामिति छ खादिरापाङ्गपिप्पला इति ख , छ , च खादिरापामार्कपिप्पला इति घ कुर्यादाचार्यपूजार्थं वित्तशाठ्यं विवर्जयेत्
Pour le culte du précepteur (ācārya), on préparera des insignes et parures rituelles—mudrās, couronne, vêtements, et ornements tels que collier, boucles d’oreilles et bracelets—en cuivre, à la mesure d’un avant-bras (bāhumātra), et l’on offrira aussi cloche et encens. On fabriquera également une cuillère rituelle (sruc) de longueur d’avant-bras pour la main, avec des bois prescrits tels que khādira, pāṅga et pippalā—ou khādira, apāmārga et pippalā—selon les variantes mentionnées. Dans ce culte, qu’on évite toute tromperie ou avarice quant aux biens.
Verse 55
तत्पादपादहीना च मूर्तिभृदस्त्रजापिनां पूजा स्याज्जापिभिस्तुल्या विप्रदैवज्ञशिल्पिनां
Même si l’icône sacrée est dépourvue de pieds, le culte accompli par ceux qui la portent et récitent des mantras d’armes est tenu pour équivalent au japa pratiqué par les brahmanes, les astrologues–devins et les artisans.
Verse 56
वज्रार्कशान्तौ नीलातिनीलमुक्ताफलानि च पुष्पपद्मादिरागञ्च वैदूर्यं रत्नमष्टमं
Diamant, pierre de soleil et gemmes dites śānta ; saphir et saphir bleu profond ; perles ; gemmes rouges telles que puṣparāga et padmarāga ; et vaidūrya (œil‑de‑chat) : tel est l’octuple ensemble des pierres précieuses.
Verse 57
उषीरमाधवक्रान्तारक्तचन्दनकागुरुं श्रीखण्डं सारिकङ्कुष्ठं शङ्क्षिनी ह्योषधीगुणः
Les substances médicinales (et leurs vertus) comprennent : uśīra (vétiver), mādhavakrāntā, santal rouge, aguru (bois d’aloès), śrīkhaṇḍa (santal), sārikā, kuṣṭha (costus) et śaṅkṣiṇī — ce sont bien des éléments de la matière médicale.
Verse 58
हेमताम्रमयं रक्तं राजतञ्च सकांस्यकं शीसकञ्चेति लोहानि हरितालं मनःशिला
Or, cuivre, cuivre rouge, argent, métal de cloche (bell-metal) et plomb : tels sont les métaux ; ainsi que haritāla (orpiment) et manaḥśilā (réalgar).
Verse 59
गैरिकं हेममाक्षीकं पारदो वह्निगैरिकं गन्धकाभ्रकमित्यष्टौ धातवो ब्रीहयस् तथा
Gairika (ocre rouge), hema (or), mākṣīka (pyrite), pārada (mercure), vahni-gairika (ocre calciné), gandhaka (soufre) et abhraka (mica) — on dit que ce sont huit substances minérales (dhātavaḥ) ; de même, la classification se poursuit avec des grains tels que brīhi (riz).
Verse 60
गोधूमान् सतिलान्माषान्मुद्गानप्याहरेद्यवान् नीवारान् श्यामकानेवं ब्रीहयो ऽप्यष्ट कीर्तिताः
On doit aussi se procurer le blé, des grains mêlés de sésame, le haricot noir (māṣa), le haricot vert (mudga), l’orge, le riz sauvage (nīvāra) et le millet śyāmaka ; ainsi sont également dénombrées huit variétés de riz/grains.
It emphasizes a combined jyotiṣa–vāstu protocol: precise selection of months/tithis/nakṣatras/lagnas and detailed spatial metrics (hasta, aṅgula, nāḍī, ghaṭikā) for maṇḍapa, vedī, and kuṇḍa design—including mekhalā bands and yoni orientation by direction.
By defining Liṅga-pratiṣṭhā as a disciplined synthesis of time, space, and substance, it frames technical correctness as dharma-in-action—so the temple act becomes a sacramental bridge where bhukti (order, prosperity, efficacy) supports mukti (liberation) through consecrated alignment with cosmic law.