Adhyaya 198
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 198

Adhyaya 198

Dans un dialogue où Īśvara s’adresse à Mahādevī, le chapitre attire l’attention sur un lieu éminent nommé Mahāprabhāsa, situé au sud de Jalaprabhāsa, et décrit comme faisant obstacle au passage de Yama—affirmation de protection et de puissance salvatrice. Le récit en donne ensuite l’origine : au Tretā-yuga, on se souvient d’un Spārśa-liṅga, « liṅga du toucher », d’une splendeur divine, qui accorde la délivrance par le simple contact. Plus tard, Indra, venu dans la crainte, recouvre ou retient le liṅga par un obstacle semblable au vajra ; mais une chaleur/tejas d’une intensité extrême jaillit sans contrôle, s’étend en une forme de liṅga immense à la pointe enflammée, et bouleverse les trois mondes par la fumée et le feu. Les dieux et les ṛṣi connaisseurs du Veda chantent Śiva (Śaśiśekhara) et le supplient de contenir cette radiance qui se consume elle-même, afin que la création ne sombre pas dans la dissolution. Le tejas se divise alors en cinq courants, perçant la terre comme une manifestation quintuple de Prabhāsa. Une porte/un portail de pierre est établi sur la voie de sortie ; lorsque la fissure est scellée, la fumée s’apaise et les mondes retrouvent leur stabilité, tandis que l’éclat demeure localisé. Sur l’injonction de Śiva, les dieux y installent un liṅga ; le tejas « repose » en ce lieu, désormais célébré comme Mahāprabhāsa. Le chapitre s’achève sur les fruits prescrits : l’adoration dévote avec des fleurs variées confère l’état suprême impérissable ; la simple vision délivre des péchés et accorde les buts désirés ; et le dāna—de l’or à un brāhmaṇa discipliné et le don rituel d’une vache à un « deux-fois-né »—donne le « fruit de la naissance » et un mérite comparable aux sacrifices Rājasūya et Aśvamedha.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि महाप्रभासमुत्तमम् । जलप्रभासतो याम्ये यममार्गविघातकम्

Īśvara dit : Alors, ô Grande Déesse, qu’on se rende au Mahāprabhāsa suprême, situé au sud de Jalaprabhāsa—un tīrtha sacré qui barre la voie de Yama, triomphant des terreurs de la mort et du jugement.

Verse 2

शृणु तस्यैव माहात्म्यं यथा जातं धरातले

Écoute maintenant la grandeur de ce tīrtha même, et comment il advint à la surface de la terre.

Verse 3

पूर्वं त्रेतायुगे देवि स्पर्शलिंगं तु तत्स्मृतम् । दिव्यं तेजोमयं नृणां स्पर्शनान्मुक्तिदायकम्

Autrefois, au Tretā-yuga, ô Déesse, il était connu sous le nom de « Sparśa-liṅga » : un liṅga divin, tout de splendeur, qui accorde la délivrance aux hommes par le seul toucher.

Verse 4

अथ काले च कस्मिंश्चिद्वज्रिणाच्छादितं प्रिये । इन्द्रेणागत्य वसुधां भयाक्रांतेन सुन्दरि

Puis, à un certain moment, ô bien-aimée, il fut recouvert par le porteur du vajra. Ô belle, Indra vint sur la terre, saisi par la peur.

Verse 5

उष्मा तदुद्भवो देवि निर्गच्छन्नवरोधितः । दशकोटिप्रविस्तीर्णं ज्वालाग्रं लिंगरूपधृक्

Ô Déesse, la chaleur née de lui jaillit sans entrave ; la pointe de sa flamme embrasée s’étendit sur dix koṭis, prenant la forme même d’un liṅga.

Verse 6

प्रभासक्षेत्रमास्थाय भित्त्वाऽविर्भावमास्थितम् । वज्रेण रुंधिते देवि भित्त्वा चैव वसुंधराम्

Ayant pris demeure en Prabhāsa-kṣetra, il perça et se manifesta au grand jour. Bien que retenu par le vajra, ô Déesse, il jaillit encore, fendant jusqu’à la terre elle-même.

Verse 7

धूमसंघैः समेतं तु व्यापयामास तज्जगत् । ततस्त्रैलोक्यमखिलं ज्वालाभिर्व्याकुलीकृतम्

Mêlé à d’épais amas de fumée, il envahit ce monde; puis l’ensemble des trois mondes fut bouleversé par les flammes.

Verse 8

ततः सुरगणाः सर्व ऋषयो वेदपारगाः । अस्तुवन्विविधैः सूक्तैर्वेदोक्तैः शशिशेखरम्

Alors toutes les cohortes des dieux, avec les ṛṣi versés dans les Veda, louèrent Śaśiśekhara (Śiva, le Seigneur au croissant de lune) par maints hymnes tirés des paroles védiques.

Verse 9

संहरस्व सुरश्रेष्ठ तेजः स्वदहनात्मकम् त्रै । लोक्यं व्याकुलीभूतमेवं सर्वं चराचरम् । न यावत्प्रलयं याति तावद्रक्ष सुरेश्वर

«Rappelle, ô le meilleur des dieux, cette ardeur flamboyante qui est tienne, feu qui se consume lui-même. Les trois mondes—tout le mobile et l’immobile—sont en détresse. Protège-nous, ô Seigneur des dieux, avant qu’elle ne se rue vers la dissolution cosmique.»

Verse 10

ईश्वर उवाच । एवमाभाषमाणेषु त्रिदिवेषु सुरेश्वरि । तत्तेजः पञ्चधाविष्टं व्याप्याशेषं जगत्त्रयम्

Īśvara dit : «Tandis que les dieux du ciel parlaient ainsi, ô Souveraine des dieux, cette radiance se manifesta en cinq aspects, pénétrant sans reste l’univers des trois mondes.»

Verse 11

पञ्चप्रभासरूपेण भित्त्वा तत्र वसुन्धराम् । येन मार्गेण निष्क्रान्तं तन्मार्गे च महन्महः

Prenant la forme des Cinq Prabhāsa, cela fendit la terre en ce lieu. Et sur le chemin même par lequel cela surgit, une grande effulgence demeura établie.

Verse 12

तत्र तैः स्थापितं द्वारं सुप्रदेशेऽश्मजं प्रिये । पिहितेऽथ च रंध्रेऽस्मिन्धूमो नाशमुपेयिवान्

Là, en un endroit bien choisi, ils mirent en place une porte de pierre, ô bien-aimée. Et lorsque cette ouverture fut scellée, la fumée s’évanouit.

Verse 13

स्वस्थाश्चैवाभवंल्लोकास्तेजस्तत्रैव संस्थितम् । एवं मया प्रेरितास्ते लिंगं तत्र समादधुः

Et les mondes retrouvèrent la paix, tandis que cette radiance demeurait établie en ce lieu. Ainsi, poussés par moi, ils y installèrent un liṅga.

Verse 14

तन्महस्तत्र देवेशि विश्राममकरोत्तदा । ततो महाप्रभासेति कीर्त्यते देवदानवैः

Cette grande splendeur vint alors se reposer en ce lieu, ô Souveraine divine. C’est pourquoi dieux et Dānavas le célèbrent pareillement sous le nom de « Mahāprabhāsa ».

Verse 15

यस्तं पूजयते भक्त्या लिंगं पुष्पैः पृथग्विधैः । स याति परमं स्थानं जरामरणवर्जितम्

Quiconque vénère avec dévotion ce liṅga, en offrant des fleurs de maintes sortes, atteint la demeure suprême, exempte de vieillesse et de mort.

Verse 16

दृष्टेन तेन देवेशि मुच्यते पातकैर्नरः । लभते वाञ्छितान्कामान्मनसा चेप्सितान्प्रिये

Par le seul fait de le contempler, ô Déesse, l’homme est délivré des péchés ; et, ô bien-aimée, il obtient les désirs qu’il aspire à réaliser, même ceux formés dans le cœur et l’esprit.

Verse 17

हिरण्यं तत्र दातव्यं ब्राह्मणे शंसितव्रते । गोदानं विधिवत्तत्र देयं चैव द्विजन्मने

Là, l’or doit être offert en aumône à un brāhmaṇa fidèle à des vœux loués ; et là encore, le don d’une vache doit être accompli selon le rite et remis, conformément à la règle, à un « deux-fois-né ».

Verse 18

एवं कृत्वा महादेवि लभते जन्मनः फलम् । राजसूयाश्वमेधानां प्राप्नुयात्फलमूर्जितम्

Ô Grande Déesse, en agissant ainsi, on obtient le véritable fruit de la naissance humaine ; et l’on acquiert un mérite puissant, égal à celui des sacrifices du Rājasūya et de l’Aśvamedha.

Verse 198

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखंडे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये पञ्चमप्रभासक्षेत्रमाहात्म्यवर्णनंनामाष्टानवत्युत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cent quatre-vingt-dix-huitième chapitre, intitulé « Description du cinquième Prabhāsakṣetra Māhātmya », dans le Prabhāsa Khaṇḍa (septième livre) du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, au sein de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā, dans la première section appelée « Prabhāsakṣetra Māhātmya ».