
Ce chapitre se déploie comme un dialogue sacré entre Devī et Īśvara. Devī interroge un épisode antérieur : comment le Soleil, en mouvement dans Śākadvīpa, fut « rogné/tranché » par un bord aigu comme un rasoir, lié au motif du beau-père divin, et ce qu’il advint de l’abondant tejas (éclat-puissance) tombé à Prabhāsa. Īśvara répond en exposant un « excellent Sūrya-māhātmya », dont l’écoute est dite effacer les péchés. Il explique que la part primordiale de radiance du Soleil chuta à Prabhāsa et prit une forme de lieu (sthālākāra), d’abord dorée comme le jāmbūnada, puis devenue semblable à une montagne par la force du māhātmya. Le Soleil s’y manifeste en une icône de forme arka pour le bien des êtres. Le texte donne une nomenclature selon les yuga : Hiraṇyagarbha (Kṛta), Sūrya (Tretā), Savitā (Dvāpara) et Arkāsthala (Kali), et situe la descente à l’époque du second Manu, Svārociṣa. Il cartographie ensuite le kṣetra sacré par la dispersion de la poussière de tejas (reṇu) sur des distances mesurées en yojana et par des limites nommées (rivières et mer), tout en distinguant une zone plus vaste de radiance subtile. Īśvara désigne sa demeure au centre de ce tejas-maṇḍala, comme la pupille au sein de l’œil, et explique l’éminence du nom « Prabhāsa » : sa maison est illuminée par le tejas solaire. La phalaśruti affirme que contempler le Soleil en forme arka délivre des péchés et élève au Sūrya-loka ; un tel pèlerin équivaut à celui qui s’est baigné dans tous les tīrtha et a accompli grands sacrifices et dons. Des injonctions éthiques suivent : consommer sur des feuilles d’arka à Arkāsthala est sévèrement condamné pour ses conséquences d’impureté, et l’on exhorte à s’en abstenir. Le protocole de pèlerinage prescrit d’offrir un buffle à un brāhmaṇa savant lors du premier darśana d’Arkabhāskara, avec mention d’une teinte cuivrée/d’un tissu rouge et d’un angle du feu voisin. Le liṅga de Siddheśvara (célèbre en Kali, autrefois Jaigīṣavyeśvara) est aussi dit conférer des accomplissements à la vue. Enfin, le chapitre décrit une ouverture souterraine liée à des rākṣasa brûlés par la radiance solaire ; en Kali, elle demeure comme une « porte » gardée par des yoginī et des déesses-mères. La nuit de Māgha kṛṣṇa caturdaśī, un rite d’offrandes (bali, fleurs, upahāra) permet d’obtenir des siddhi. Le texte se clôt en réaffirmant que celui qui écoute et met en pratique cet enseignement atteint, au terme de sa vie, le monde du Soleil.
Verse 1
देव्युवाच । यदा भ्रमिस्थः सविता तक्षितः क्षुरधारया । श्वशुरेण महादेव जामाता प्रीतिपूर्वकम्
La Déesse dit : Lorsque Savitṛ (le Soleil), demeurant en Bhrami (Bhramistha), fut rasé/tranché par le tranchant d’un rasoir par son beau-père — ô Mahādeva — en tant que gendre, et cela avec bienveillance,
Verse 2
तत्तेजः शातितं भूरि प्रभासे यत्पपात वै । तदभूत्किं तदा देव प्रभासात्कथयस्व मे
Cette grande splendeur, retranchée, qui tomba véritablement à Prabhāsa : qu’advint-il d’elle alors, ô Seigneur ? Parle-moi de Prabhāsa.
Verse 3
ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि सूर्यमाहात्म्यमुत्तमम् । यच्छ्रुत्वा मानवो भक्त्या मुच्यते सर्वपातकैः
Īśvara dit : Écoute, ô Déesse ; je vais proclamer l’excellente grandeur du Soleil. Celui qui l’entend avec dévotion est délivré de tous les péchés.
Verse 4
देहावतारो देवस्य प्रभासेऽर्कस्थलस्य च । पुराणाख्यानमाचक्षे तव देवि यशस्विनि
Ô Déesse illustre, je vais te raconter l’antique récit : l’incarnation de cette divinité et aussi Arkasthala à Prabhāsa.
Verse 5
शाकद्वीपे महादेवि भ्रमिस्थस्य तदा रवेः । वर्षाणां तु शतं साग्रं तक्ष्यमाणे विभावसौ
Dans Śākadvīpa, ô Grande Déesse, lorsque Ravi (le Soleil), établi à Bhramistha, était raboté, l’ardent Vibhāvasu l’endura un peu plus de cent ans.
Verse 6
यदाद्य भागजं तेजस्तत्प्रभासेऽपतत्प्रिये । पतितं तत्र तत्तेजः स्थलाकारं व्यजायत
La part de splendeur retranchée la première, ô bien-aimée, tomba à Prabhāsa ; et cette splendeur, une fois tombée là, prit la forme d’un lieu saint, un sol manifesté.
Verse 7
जांबूनदमयं देवि तत्पूर्वमभवत्क्षितौ । तिष्यमाहात्म्ययोगेन शैलीभूतं च सांप्रतम्
Ô Déesse, jadis il existait sur la terre tout entier fait d’or de Jāmbūnada ; mais, par la puissance de la grandeur de Tiṣya, il est devenu à présent une montagne.
Verse 8
तत्र चार्कमयं रूपं कृत्वा देवो दिवाकरः । उत्पन्नः सर्वभूतानां हिताय धरणीतले
Là, le dieu Divākara (le Soleil) façonna une forme faite d’arka, la radiance solaire, et se manifesta sur la terre pour le bien de tous les êtres.
Verse 9
हिरण्यगर्भनामेति कृते सूर्येति कीर्तितम् । त्रेतायां सवितानाम द्वापरे भास्करः स्मृतः
Dans l’âge Kṛta, on le connaît sous le nom de Hiraṇyagarbha et, en cet âge, on le célèbre comme Sūrya. Dans la Tretā, on l’appelle Savitṛ, et dans la Dvāpara, on se souvient de lui comme Bhāskara.
Verse 10
कलौ चार्कस्थलोनाम त्रिषु लोकेषु कीर्तितः । अवतीर्णमिदं देवि स्वयमेव प्रतिष्ठितम्
À l’âge de Kali, il est célébré dans les trois mondes sous le nom d’Arkasthala. Ô Déesse, cette manifestation est descendue et s’est établie par sa propre puissance—auto-fondée, établie par elle-même.
Verse 11
यदा स्वारोचिषो देवि द्वितीयोऽभून्मनुः पुरा । तस्मिन्कालेऽवतीर्णोऽसौ देवस्तत्र दिवाकरः
Ô Déesse, jadis, lorsque Svārociṣa—le second Manu—régnait, c’est alors même que le dieu Divākara, le Soleil, descendit en ce lieu.
Verse 12
भक्तिमुक्ति प्रदो देवि व्याधिदुःखविनाशकृत् । तस्य तेजोद्भवैर्व्याप्तं रेणुभिः पञ्चयोजनम्
Ô Déesse, il accorde la bhakti et la délivrance, et détruit maladie et souffrance. Par la poussière née de son éclat, une étendue de cinq yojanas est entièrement pénétrée.
Verse 13
दक्षिणोत्तरतो देवि पञ्चपूर्वापरेण तु । उत्तरेण समुद्रस्य यावन्माहेश्वरी नदी
Ô Déesse, cela s’étend sur cinq yojanas du sud au nord, et de même sur cinq d’est en ouest ; et vers le nord, depuis l’océan jusqu’à la rivière nommée Māheśvarī.
Verse 14
न्यंकुमत्याश्चापरतो यावदेव कृतस्मरम् । एतद्व्याप्तं महादेवि तत्तेजोरेणुभिः शुभैः
Et depuis Nyaṅkumatī vers l’ouest, jusqu’à Kṛtasmarā—ô Grande Déesse—toute cette région est pénétrée par les auspiciuses particules de poussière de son éclat.
Verse 15
तस्य सूक्ष्मा प्रभा या तु आदितेजोविनिःसृता । तया व्याप्तं महादेवि यावद्द्वादशयोजनम्
Mais la subtile radiance qui jaillit de l’éclat du Soleil—par elle, ô Grande Déesse, cette contrée est pénétrée jusqu’à douze yojanas.
Verse 16
उत्तरे भास्करसुता दक्षिणे सरितां पतिः । पूर्वपश्चिमतो देवि रुक्मिणीद्वितयं स्मृतम्
Au nord se tient Bhāskarasutā ; au sud, Saritāṃpati, seigneur des rivières. À l’est et à l’ouest, ô Déesse, l’on se souvient du couple nommé Rukmiṇī-dvitaya comme limite.
Verse 17
एतस्मिन्नन्तरे देवि सौरं तेजः प्रसर्प्पितम् । तेन पावित्र्यमानीतं क्षेत्रं द्वादशयोजनम्
Dans cet intervalle, ô Déesse, la splendeur solaire se répandit. Par cet éclat, ce kṣetra sacré—d’une étendue de douze yojanas—fut porté à la sainteté et à la pureté.
Verse 18
तस्य मध्यस्य यन्मध्यं तद्गृहं मम सुन्दरि । तेजोमण्डलमध्यस्थं मम स्थानं महेश्वरि
Et au centre même de ce centre, ô Belle, se trouve Ma demeure. Établie au cœur du cercle de radiance, telle est Ma propre résidence, ô Maheśvarī.
Verse 19
चक्षुर्मंडलमध्ये तु यथा देवि कनीनिका । पूर्वपश्चिमतो देवि गोमुखादाऽश्वमेधिकम्
De même que, ô Déesse, la pupille demeure au centre du cercle de l’œil, de même—ô Déesse—ce domaine sacré s’étend d’est en ouest, de Gomukha jusqu’à Aśvamedhika.
Verse 20
दक्षिणोत्तरतो देवि समुद्रात्कौरवेश्वरीम् । एतस्मिन्नंतरे क्षेत्रे क्षेत्रज्ञोऽहं वरानने
Ô Déesse, du sud au nord, cela s’étend de l’océan jusqu’à Kauraveśvarī. Dans cet intervalle sacré, ô toi au beau visage, Je suis le Connaisseur (kṣetrajña) et le Gardien du kṣetra.
Verse 21
यस्मादर्कस्य तेजोभिर्भासितं मम तद्गृहम् । तस्मात्प्रभासनामेति कल्पेऽस्मिन्प्रथितं प्रिये
Parce que Ma demeure est illuminée par les énergies rayonnantes d’Arka (le Soleil), ainsi, ô Bien-aimée, elle a reçu le nom de « Prabhāsa », renommé en ce kalpa.
Verse 22
तत्र पश्यति यः सूर्यमर्क्करूपं नरोत्तमः । सर्वपापविनिर्मुक्तः सूर्यलोके महीयते
Le meilleur des hommes qui, là, contemple le Soleil sous la forme d’Arka est délivré de tous les péchés et honoré dans le monde du Soleil.
Verse 23
स स्नातः सर्वतीर्थेषु तेन चेष्टं महामखैः । सर्वदानानि दत्तानि पूर्वजास्तेन तोषिताः
C’est comme s’il s’était baigné dans tous les tīrthas, comme s’il avait accompli de grands sacrifices, comme s’il avait fait toutes sortes de dons—et, par cela, ses ancêtres sont comblés.
Verse 24
अर्करूपी यतः सूर्यस्तत्र जातो महीतले । तस्मात्त्याज्यः सदा चार्को भोजनेऽत्र न संशयः
Puisque le Soleil, sous la forme d’Arka, s’est manifesté là sur la terre, en ce lieu il faut donc toujours s’abstenir de manger l’arka (la plante arka), sans aucun doute.
Verse 25
यो दृष्ट्वार्कस्थलं मर्त्त्यश्चार्कपत्रेषु भुंजति । गोमांसभक्षणं तेन कृतं भवति भामिनि
Ô Dame rayonnante ! Tout mortel qui, après avoir vu le lieu d’Arka, mange sur des feuilles d’arka, est tenu pour avoir commis le péché de manger de la chair de vache.
Verse 26
भक्षितो भास्करस्तेन स कुष्ठी जायते नरः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन चार्कपत्राणि वर्जयेत्
Pour lui, Bhāskara, le Soleil, est comme ‘mangé’ ; et cet homme devient lépreux. C’est pourquoi, de tout effort, il faut éviter les feuilles d’arka.
Verse 27
यात्रायां प्रथमं देवि दृष्टो येनार्कभास्करः । तं दृष्ट्वा महिषीं दद्याद्ब्राह्मणाय विपश्चिते
Ô Déesse, lorsque, dès l’ouverture du pèlerinage, quelqu’un contemple le Soleil—Arka, le resplendissant Bhāskara—, après l’avoir vu, qu’il fasse don d’un buffle à un brāhmane sage.
Verse 28
ताम्रवर्णं रक्तवस्त्रं ततस्तुष्यति भास्करः । तस्य चैव तु सांनिध्ये वह्निकोणे व्यवस्थितम्
Des offrandes couleur de cuivre et des vêtements rouges : par cela Bhāskara est satisfait. Et tout près de lui, dans la direction du feu (sud-est), cela se tient établi.
Verse 29
नातिदूरे महाभागे सिद्धेश्वरमिति स्मृतम् । सर्वसिद्धिप्रदं देवि लिंगं त्रैलोक्यपूजितम्
Non loin, ô Déesse très fortunée, se trouve le liṅga connu sous le nom de Siddheśvara : dispensateur de tous les siddhi, ô Déesse, adoré dans les trois mondes.
Verse 30
जैगीषव्येश्वरंनाम पूर्वं कृतयुगेऽभवत् । कलौ सिद्धेश्वरमिति प्रसिद्धिमगमत्प्रिये
Autrefois, au Kṛta Yuga, il portait le nom de Jaigīṣavyeśvara ; mais à l’âge de Kali, ô bien-aimée, il est devenu célèbre sous le nom de Siddheśvara.
Verse 31
तं दृष्ट्वा मनुजो देवि सर्वसिद्धिमवाप्नुयात् । तत्रैव देवदेवेशि नातिदूरे व्यवस्थितम्
En le contemplant, ô Déesse, l’homme peut obtenir toutes les perfections. Et là même, ô Souveraine du Seigneur des dieux, se tient un autre lieu saint, non loin de là.
Verse 32
सूर्यदक्षिणनैरृत्ये पातालविवरं प्रिये । मंदेहा राक्षसा यत्र तथा शालकटंकटाः
Bien-aimée, au sud–sud-ouest du sanctuaire de Sūrya se trouve une fente menant à Pātāla. Là demeurent les rākṣasas Maṃdeha, ainsi que les Śālakaṭaṃkaṭa.
Verse 33
सूर्यस्य तेजसा दग्धाः पातालमगमन्पुरा । कलौ तद्द्वारमेवास्ति न पाताले गतिः प्रिये
Brûlés par l’éclat du Soleil, jadis ils descendirent à Pātāla. Mais à l’âge de Kali, bien-aimée, seule demeure cette porte : il n’y a plus de passage vers Pātāla.
Verse 34
योगिन्यस्तत्र रक्षंति ब्राह्म्याद्या मातरस्तथा । माघेकृष्णचतुर्दश्यां रात्रौ मातृगणान्यजेत् । बलिपुष्पोपहारैश्च ततः सिद्धिर्भविष्यति
Là, les Yoginīs veillent en gardiennes, et de même les Mères divines à commencer par Brāhmī. La nuit du quatorzième jour de la quinzaine sombre de Māgha, qu’on adore la troupe des Mères par des offrandes bali, des fleurs et d’autres oblations ; alors la siddhi s’éveillera.
Verse 35
इति हि सकलधर्मभावहेतोर्हरकमलासनविष्णुसंस्तुतस्य । तनुपरिलिखनं निशम्य भानोर्व्रजति दिवाकरलोकमायुषोंऽते
Ainsi, en vérité—quiconque écoute ce récit sacré concernant Bhānu (le Soleil), loué par Hara, par Brahmā assis sur le lotus et par Viṣṇu, lui qui éveille toutes les dispositions au dharma—au terme de sa vie parvient au monde de Divākara.