
Le chapitre 87 rapporte un dialogue où Sūta décrit un sanctuaire de bon augure dédié à Soma (la Lune), dont la simple vision est dite dissiper les pātaka (fautes graves). Les ṛṣi demandent comment Candramā devient un refuge commun (samāśraya) pour les dieux. Sūta répond par une justification cosmologique et rituelle : le monde est rappelé comme « Somamaya » ; les plantes médicinales et les récoltes sont imprégnées de Soma, et les dieux trouvent leur satisfaction par Soma. Les sacrifices liés à Soma, tels l’Agniṣṭoma, reposent sur ce principe. Le chapitre passe ensuite à l’éthique pratique de la construction d’un prāsāda lunaire : l’accord correct avec le calendrier (Somavāra et autres signes propices) et une intention purifiée par la foi accroissent le mérite, tandis qu’une construction fautive est avertie d’engendrer des effets néfastes. Enfin, il n’est fait mention que de quelques Somaprāsāda—bâtis par Ambārīṣa, Dhandhumāra et Ikṣvāku—soulignant leur rareté, et la phalaśruti conclut que réciter ou entendre ce passage détruit les péchés.
Verse 1
सूत उवाच । तथा तत्रास्ति विप्रेन्द्राः सोमस्यायतनं शुभम् । यस्यापि दर्शनादेव मुच्यते पातकैर्नरः
Sūta dit : De plus, ô meilleurs des brāhmanes, il s’y trouve un sanctuaire béni de Soma. Par la seule vision de ce lieu, l’homme est délivré des péchés.
Verse 2
सोमवारे तु संप्राप्ते सोमस्य ग्रहणे नरः । यस्तं पश्यति पापोऽपि नरकं न स पश्यति
Lorsque vient le lundi—au moment de l’éclipse de Soma—quiconque le contemple, fût-il pécheur, ne verra pas l’enfer.
Verse 3
ऋषय ऊचुः । सर्वेषामेव देवानां दृश्यंतेऽत्र समाश्रयाः । अत्र चंद्रस्य चैवैकः कथं जातः समाश्रयः
Les sages dirent : Ici l’on voit les demeures de tous les dieux. Mais comment ce sanctuaire unique et particulier de Candra, la Lune, est-il né en ce lieu ?
Verse 4
एतन्नः सूतपुत्रातिचित्रं मनसि वर्तते । तस्माद्वद महाभाग सर्वं त्वं वेत्स्यशेषतः
Cela, ô fils de Sūta, nous paraît extrêmement merveilleux en notre esprit. Aussi, ô bienheureux, parle et dis tout, car tu sais tout pleinement.
Verse 5
सूत उवाच । एनज्जगद्द्विजश्रेष्ठाः सर्वं सोममयं स्मृतम् । तस्मात्प्रतिष्ठिते तस्मिंस्त्रैलोक्यं स्यात्प्रतिष्ठितम्
Sūta dit : Ô meilleurs des brāhmanes, on se souvient que ce monde entier est pénétré de Soma. Ainsi, lorsqu’il est établi en ce lieu, les trois mondes eux-mêmes sont affermis.
Verse 6
एताश्चौषधयः सर्वाः सस्याद्याश्चेह भूतले । सर्वाः सोममयास्ताश्च याभिर्जीवंति जंतवः
Toutes ces herbes, les moissons et tout ce qui est sur cette terre—par quoi les êtres subsistent—sont, en vérité, entièrement imprégnés de Soma.
Verse 7
तस्माद्ब्रह्मादयो देवाः सोमं प्राप्य क्रमाद्द्विजाः । तृप्तिं यांति परां हृष्टा यतस्तस्माद्वरोऽत्र सः
Ainsi, ô brāhmaṇas, les dieux, à commencer par Brahmā, ayant obtenu Soma selon l’ordre prescrit, parviennent à la suprême plénitude et se réjouissent. C’est pourquoi, en ce lieu sacré, il est un grand bienfait.
Verse 8
अग्निष्टोमादयो यज्ञास्तथा सोमे प्रतिष्ठिताः । तस्य पानाद्यतस्तृप्तिं तत्र यांति द्विजोत्तमाः
Les sacrifices, à commencer par l’Agniṣṭoma, sont eux aussi établis en Soma. Puisque la plénitude s’obtient en le buvant, les meilleurs des deux-fois-nés s’y rendent, vers Soma, pour cet accomplissement.
Verse 9
एतस्मात्कारणात्सोमः सर्वेषामधिकः स्मृतः । देवानां दानवानां च स हि पूज्यतमः स्मृतः
Pour cette raison, Soma est tenu pour supérieur à tous; parmi les dieux comme parmi les Dānavas, il est reconnu comme le plus digne de vénération.
Verse 10
यथान्येषां सुरेन्द्राणां हर्म्याणि धरणीतले । क्रियन्ते रात्रिनाथस्य तद्वत्कुर्वंति मानवाः
De même que l’on bâtit sur la terre des sanctuaires semblables à des palais pour d’autres seigneurs parmi les dieux, ainsi les hommes édifient-ils un temple-palais pour le Seigneur de la Nuit, la Lune.
Verse 11
यैर्येर्नरैर्निशेशस्य प्रासादो विहितः क्षितौ । तेते मुक्तिपदं प्राप्ताः कृत्वाऽथ शुभसंचयम्
Quels que soient les hommes qui, sur la terre, ont édifié un temple-palais pour le Seigneur de la Nuit, ceux-là mêmes atteignent l’état de délivrance, après avoir amassé un trésor de mérite propice.
Verse 12
यन्महेश्वरहर्म्याणां सहस्रेण भवेच्छुभम् । तदेके नैव चंद्रस्य प्राप्नुवंति शुभं नराः
Le mérite propice qui naîtrait de mille sanctuaires palatiaux de Maheśvara, certains hommes l’obtiennent pareillement en (érigeant) un seul pour Candra.
Verse 13
अथ चन्द्रोत्थहर्म्यस्य माहात्म्यं तद्द्विजोत्तमाः । ज्ञात्वा ब्रह्मादयो देवा भयसंत्रस्तमानसाः । तद्विघ्नार्थमिदं प्रोचुर्मेरुमूर्धानमाश्रिताः
Alors, ô le meilleur des deux‑fois‑nés, ayant appris la grandeur de ce sanctuaire palatial né de Candra, les dieux à commencer par Brahmā—l’esprit saisi d’effroi—énoncèrent ce dessein pour l’entraver, réfugiés au sommet du Meru.
Verse 14
सौम्यर्क्षे सोमवारेण सौम्ये मासि च संस्थिते । तिथौ च सोमदेवत्ये प्राप्ते सोमग्रहे तथा । सकारैः पंचभिर्युक्ते काले सोमस्य मंदिरम्
Quand la demeure lunaire est favorable, un lundi (Somavāra), en un mois propice, à une tithi présidée par Soma, et lorsque l’astre de Soma est lui aussi en ascension—au temps marqué par cinq facteurs en « sa »—qu’on établisse le temple de Soma.
Verse 15
य एकाहेन संपाद्य प्रासादं स्थापयिष्यति । चंद्रं स सर्वदेवोत्थहर्म्यस्याप्नोति सत्फलम्
Celui qui, l’ayant achevé en un seul jour, établira un temple‑palais pour Candra, obtient le fruit véritable, égal à celui d’un sanctuaire palatial né du mérite de tous les dieux.
Verse 16
सहस्रगुणितं सम्यक्छ्रद्धापूतेन चेतसा । अन्यथा यस्तु चंद्रस्य प्रासादं प्रकरिष्यति
Lorsqu’il est accompli comme il se doit, avec un esprit purifié par la foi, le mérite en devient mille fois plus grand. Mais si quelqu’un entreprend autrement la construction du palais-temple de Candra (la Lune), sans l’esprit et la règle requis…
Verse 17
वंशोच्छेदं समासाद्य नरकं स प्रयास्यति । एतस्मात्कारणाद्भीता न कुर्वंति नरा भुवि
Ayant subi l’anéantissement de sa lignée, il ira en enfer. C’est pourquoi les hommes sur la terre, effrayés par la conséquence, n’entreprennent pas cela de façon impropre.
Verse 18
प्रासादं रात्रिनाथस्य सुपुण्यमपि सद्द्विजाः । य एष रात्रिनाथस्य क्षेत्रेऽत्रैव व्यवस्थितः
Ô nobles brāhmanes, ce temple de Rātrinātha, d’un mérite très élevé, est établi ici même, au sein du kṣetra, le champ sacré de Rātrinātha.
Verse 19
प्रासादस्त्वंबरीषेण भूभुजा स विनिर्मितः । कथंचित्समयं प्राप्य यथोक्तं शास्त्रचिंतकैः
Ce temple fut construit par le roi Ambarīṣa, souverain de la terre. Ayant obtenu un moment favorable, il l’érigea exactement selon ce qu’avaient prescrit les sages connaisseurs des śāstras.
Verse 20
तस्यैवोत्तरदिग्भागे द्वितीयोऽन्यः प्रतिष्ठितः । चन्द्रमा धंधुमारेण तद्वत्सोऽपि प्रतिष्ठितः
Dans la partie nord de ce même sanctuaire, un autre—un second temple—fut établi. Là, Candramā (la Divinité lunaire) fut installé par Dhaṃdhumāra; et de même son fils y établit aussi (un sanctuaire).
Verse 21
ततश्च तौ महीपालौ तत्प्रभावादुभौ द्विजाः । गतौ च परमां सिद्धिं जन्ममृत्युविवर्जिताम्
Ensuite, par la puissance de ce lieu sacré, ces deux rois atteignirent la perfection suprême, affranchis de la naissance et de la mort, ô brāhmaṇas.
Verse 22
प्रासादोऽन्यस्तृतीयस्तु क्षेत्रे प्राभासिके तथा । इक्ष्वाकुणा नरेंद्रेण श्रद्धायुक्तेन निर्मितः
Et un troisième temple, un autre encore, fut pareillement édifié dans la région sacrée de Prābhāsika, construit avec foi par le roi Ikṣvāku.
Verse 23
प्रासादत्रयमेतद्धि मुक्त्वात्र धरणीतले । अपरो नास्ति चन्द्रस्य सत्यमेतन्मयोदितम् । एकोऽस्ति नर्मदातीरे पुण्ये रेवोरिसंगमे
En vérité, hormis ces trois temples ici sur la terre, il n’existe aucun autre sanctuaire de Candra ; telle est la vérité que je proclame. Pourtant, il en est un autre sur la rive de la Narmadā, au saint confluent avec la Revā.
Verse 24
एतद्वः सर्वमाख्यातं चन्द्रमाहात्म्यमुत्तमम् । पठतां शृण्वतां चापि सर्वपातकनाशनम्
Ainsi vous ai-je pleinement raconté ce Māhātmya suprême de Candra. Pour ceux qui le récitent et pour ceux qui l’écoutent, il devient destructeur de tous les péchés.
Verse 87
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठेनागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहत्म्ये सोमप्रासादमाहात्म्यवर्णनंनाम सप्ताशीतितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quatre-vingt-septième chapitre, intitulé « Description de la gloire du temple de Soma », dans le Māhātmya du kṣetra de Hāṭakeśvara du sixième Nāgara-khaṇḍa, au sein du Śrī Skanda Mahāpurāṇa de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā.