
Le chapitre se déploie sous forme de dialogue : Mārkaṇḍeya désigne et glorifie Sāvitrī-tīrtha comme un haut lieu sacré, puis répond à l’interrogation de Yudhiṣṭhira au sujet de Sāvitrī—son identité, la contemplation de sa forme (iconographie) et les modes de culte. Sāvitrī y est exaltée comme Veda-mātṛ, la Mère des Veda, associée à l’imagerie du lotus et à la visualisation méditative aux trois temps de sandhyā (aube, midi, crépuscule), avec des contemplations distinctes selon l’ordonnancement rituel du temps. Le texte décrit ensuite une séquence de purification pour les pèlerins : bain et ācamana, prāṇāyāma pour « consumer » les fautes accumulées, aspersion d’eau avec le mantra « Āpo hi ṣṭhā », et recours à Aghamarṣaṇa ainsi qu’à d’autres mantras védiques pour effacer le démérite. Il insiste sur le japa discipliné de la Gāyatrī après la sandhyā comme pratique centrale, promettant la destruction des péchés (pāpa-kṣaya) et l’accès à des mondes supérieurs. Sont aussi mentionnés les fruits des rites aux ancêtres accomplis au tīrtha et des observances terminales sur ce lieu, aboutissant à des états post mortem élevés et à une renaissance ultérieure favorable.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । तस्यैवानन्तरं पार्थ सावित्रीतीर्थमुत्तमम् । यत्र सिद्धा महाभागा सावित्री वेदमातृका
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Aussitôt après cela, ô Pārtha, vient l’excellent Sāvitrī Tīrtha, où la très fortunée Sāvitrī, Mère des Veda, atteignit la perfection.
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । सावित्री का द्विजश्रेष्ठ कथं वाराध्यते बुधैः । प्रसन्ना वा वरं कं च ददाति कथयस्व मे
Yudhiṣṭhira dit : Qui est Sāvitrī, ô le meilleur des deux-fois-nés ? Comment les sages l’adorent-ils ? Lorsqu’elle est satisfaite, quel bienfait accorde-t-elle ? Dis-le-moi.
Verse 3
श्रीमार्कण्डेय उवाच । पद्मा पद्मासनस्थेनाधिष्ठिता पद्मयोगिनी । सावित्रतेजःसदृशी सावित्री तेन चोच्यते
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Elle est Padmā, la Yoginī du Lotus qui préside, établie par Celui qui siège sur le lotus. Semblable à l’éclat de Savitṛ, c’est pourquoi on l’appelle Sāvitrī.
Verse 4
पद्मानना पद्मवर्णा पद्मपत्रनिभेक्षणा । ध्यातव्या ब्राह्मणैर्नित्यं क्षत्रवैश्यैर्यथाविधि
Au visage de lotus, à la teinte de lotus, aux yeux pareils aux pétales du lotus : elle doit être méditée chaque jour par les brāhmaṇas, et par les kṣatriyas et vaiśyas selon la règle prescrite.
Verse 5
ब्रह्महत्याभयात्सा हि न तु शूद्रैः कदाचन । उच्चारणाद्धारणाद्वा नरके पतति ध्रुवम्
Par crainte du péché de brahma-hatyā, les śūdras ne doivent jamais s’en saisir ; en le prononçant ou même en le portant, on tombe assurément en enfer.
Verse 6
वेदोच्चारणमात्रेण क्षत्रियैर्धर्मपालकैः । जिह्वाछेदोऽस्य कर्तव्यः शूद्रस्येति विनिश्चयः
Si un śūdra ne fait que réciter le Veda, alors les kṣatriyas—protecteurs du dharma—doivent lui trancher la langue ; telle est la décision arrêtée.
Verse 7
बाला बालेन्दुसदृशी रक्तवस्त्रानुलेपना । उषःकाले तु ध्यातव्या सन्ध्या सन्धान उत्तमे
À l’aurore, Sandhyā doit être méditée comme une jeune vierge, semblable au croissant tendre de la lune, parée de vêtements rouges et d’onguents parfumés : telle est l’excellente manière d’accomplir la Sandhyā.
Verse 8
उत्तुङ्गपीवरकुचा सुमुखी शुभदर्शना । सर्वाभरणसम्पन्ना श्वेतमाल्यानुलेपना
Elle a la poitrine haute et pleine, un visage gracieux et une apparence de bon augure ; parée de tous les ornements, elle porte des guirlandes blanches et des onguents.
Verse 9
श्वेतवस्त्रपरिच्छन्ना श्वेतयज्ञोपवीतिनी । मध्याह्नसन्ध्या ध्यातव्या तरुणा भुक्तिमुक्तिदा
Revêtue de vêtements blancs, portant le cordon sacré blanc ; à midi, Sandhyā doit être méditée comme jeune, dispensatrice à la fois de jouissance en ce monde et de délivrance.
Verse 10
प्रदोषे तु पुनः पार्थ श्वेता पाण्डुरमूर्धजा । सुमृता तु दुर्गकान्तारे मातृवत्परिरक्षति
De nouveau, au crépuscule (pradoṣa), ô Pārtha, elle est blanche, aux cheveux d’une pâleur claire. Bien remémorée, dans les étendues sauvages et difficiles, elle protège comme une mère.
Verse 11
विशेषेण तु राजेन्द्र सावित्रीतीर्थमुत्तमम् । स्नात्वाचम्य विधानेन मनोवाक्कायकर्मभिः
Et tout particulièrement, ô roi des rois, le suprême Sāvitrī-tīrtha : après t’y être baigné et avoir accompli l’ācamana selon la règle, (purifie-toi) par la pensée, la parole et l’acte du corps.
Verse 12
प्राणायामैर्दहेद्दोषान् सप्तजन्मार्जितान्बहून् । आपोहिष्ठेति मन्त्रेण प्रोक्षयेदात्मनस्तनुम्
Par les prāṇāyāma, qu’on consume les nombreuses fautes amassées au cours de sept naissances ; puis, avec le mantra qui commence par « Āpo hi ṣṭhā… », qu’on asperge son propre corps pour la purification.
Verse 13
नवषट्च तथा तिस्रस्तत्र तीर्थे नृपोत्तम । आपोहिष्ठेति त्रिरावृत्य प्रतिग्राहैर्न लिप्यते
Là, en ce tīrtha, ô meilleur des rois, qu’on accomplisse les comptes de neuf, de six et aussi de trois ; et, en répétant trois fois « Āpo hi ṣṭhā… », on n’est pas souillé par l’acceptation de dons (pratigraha).
Verse 14
अघमर्षणं त्र्यृचं तोयं यथावेदमथापि वा । उपपापैर्न लिप्येत पद्मपत्रमिवाम्भसा
Qu’on accomplisse le rite d’Aghamarṣaṇa avec les trois ṛc selon l’ordonnance védique, ou même plus simplement avec de l’eau, on n’est pas souillé par les fautes légères, tel la feuille de lotus que l’eau ne mouille pas.
Verse 15
त्र्यापं हि कुरुते विप्र उल्लेखत्रयमाचरेत् । चतुर्थं कारयेद्यस्तु ब्रह्महत्यां व्यपोहति
Un brāhmaṇa doit accomplir le rite triple de l’eau et pratiquer la triple « marque/récitation ». Mais celui qui l’accomplit une quatrième fois écarte même le péché de brahma-hatyā, le meurtre le plus terrible.
Verse 16
द्रुपदाख्यश्च यो मन्त्रो वेदे वाजसनेयके । अन्तर्जले सकृज्जप्तः सर्वपापक्षयंकरः
Ce mantra nommé « Drupada » dans le Vājasaneyi Veda, récité ne fût-ce qu’une seule fois en se tenant dans l’eau, opère la destruction de tous les péchés.
Verse 17
उदुत्यमिति मन्त्रेण पूजयित्वा दिवाकरम् । गायत्रीं च जपेद्देवीं पवित्रां वेदमातरम्
Après avoir honoré le Soleil par le mantra commençant par « Ud u tyam… », qu’on récite ensuite la déesse Gāyatrī, la Purificatrice, Mère des Veda.
Verse 18
गायत्रीं तु जपेद्देवीं यः सन्ध्यानन्तरं द्विजः । सर्वपापविनिर्मुक्तो ब्रह्मलोकं स गच्छति
Le deux-fois-né qui récite la déesse Gāyatrī après le rite de Sandhyā est délivré de tous les péchés et parvient à Brahma-loka.
Verse 19
दशभिर्जन्मभिर्लब्धं शतेन तु पुराकृतम् । त्रियुगं तु सहस्रेण गायत्री हन्ति किल्बिषम्
Les fautes amassées en dix naissances, celles commises jadis sur cent mesures de temps, et même celles s’étendant sur trois yuga — Gāyatrī les anéantit, par une répétition suffisante, fût-ce par milliers.
Verse 20
गायत्रीसारमात्रोऽपि वरं विप्रः सुयन्त्रितः । नायन्त्रितश्चतुर्वेदी सर्वाशी सर्वविक्रयी
Mieux vaut un brāhmane maîtrisé, ne connaissant ne fût-ce que l’essence de Gāyatrī, qu’un indiscipliné connaisseur des quatre Veda, qui mange de tout et vend de tout.
Verse 21
सन्ध्याहीनोऽशुचिर्नित्यमनर्हः सर्वकर्मसु । यदन्यत्कुरुते किंचिन्न तस्य फलभाग्भवेत्
Celui qui néglige la Sandhyā demeure toujours impur et indigne de tout acte rituel ; quoi qu’il fasse par ailleurs, il ne participe pas à son fruit.
Verse 22
सन्ध्यां नोपासते यस्तु ब्राह्मणो मन्दबुद्धिमान् । स जीवन्नेव शूद्रः स्यान्मृतः श्वा सम्प्रजायते
Le brāhmane à l’esprit obtus qui ne vénère pas la Sandhyā, de son vivant, tombe au rang de śūdra ; et après la mort, dit-on, il renaît en chien.
Verse 23
सावित्रीतीर्थमासाद्य सावित्रीं यो जपेद्द्विजः । त्रैविद्यं तु फलं तस्य जायते नात्र संशयः
Parvenu au Sāvitrī-tīrtha, le dvija qui récite la Sāvitrī (Gāyatrī) obtient le fruit de la triple science védique ; là-dessus, point de doute.
Verse 24
पित्ःनुद्दिश्य यः स्नात्वा पिण्डनिर्वपणं नृप । कुरुते द्वादशाब्दानि तृप्यन्ति तत्पितामहाः
Ô Roi, quiconque se baigne (en ce lieu sacré) et, dédiant le rite aux ancêtres, offre des oblations de piṇḍa — s’il le fait durant douze années — ses aïeux, surtout les grands-pères de la lignée, en sont pleinement rassasiés.
Verse 25
सावित्रीतीर्थमासाद्य यः कुर्यात्प्राणसंक्षयम् । ब्रह्मलोकं वसेत्तावद्यावदाभूतसम्प्लवम्
Quiconque atteint le Sāvitrī Tīrtha et y abandonne son corps (met fin à sa vie) demeure dans le monde de Brahmā jusqu’à la dissolution cosmique qui clôt le cycle des êtres.
Verse 26
पूर्णे चैव ततः काल इह मानुष्यतां गतः । चतुर्वेदो द्विजो राजञ्जायते विमले कुले
Lorsque ce terme (céleste) est accompli et qu’il revient ici à l’état humain, ô Roi, il naît dvija connaissant les quatre Vedas, dans une famille pure et sans tache.
Verse 27
धनधान्यचयोपेतः पुत्रपौत्रसमन्वितः । व्याधिशोकविनिर्मुक्तो जीवेच्च शरदां शतम्
Pourvu d’abondantes richesses et de moissons, béni de fils et de petits-fils, délivré de la maladie et du chagrin, il vivra cent automnes—une longue vie accomplie.
Verse 200
अध्याय
«Chapitre» (marque de fin de chapitre).