Adhyaya 158
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 158

Adhyaya 158

Le chapitre 158 présente l’enseignement théologico‑rituel de Mārkaṇḍeya sur le tīrtha éminent nommé Saṅgameśvara, situé sur la rive méridionale de la Narmadā, loué comme destructeur du péché et de la peur. Le discours établit d’abord l’autorité du lieu par des repères du paysage et de l’hydrologie sacrée : un ruisseau vertueux issu des Vindhya rejoint la Narmadā au point de confluence, et des signes durables—telles des pierres sombres à l’éclat cristallin—sont cités comme preuves encore visibles. Viennent ensuite des pratiques dévotionnelles graduées et leur phalaśruti (fruit). Se baigner à la confluence et adorer Saṅgameśvara procure le mérite d’un sacrifice Aśvamedha. Offrir des ornements rituels—cloches, bannières, dais—est associé à l’obtention d’un véhicule céleste et à la proximité de Rudra. Les offrandes de « comblement » du liṅga avec du caillé, la noix de coco et les substances d’abhiṣeka prescrites (caillé, miel, ghee) accordent un long séjour dans le domaine de Śiva, des issues tournées vers le ciel et une continuité de mérite sur plusieurs naissances (motif des « sept naissances »). L’éthique complète le ritualisme : Mahādeva est présenté comme le réceptacle suprême (mahāpātra), le culte fondé sur le brahmacarya est loué, et l’honneur rendu aux yogin de Śiva est élevé au plus haut—nourrir un seul ascète de cette trempe est dit surpasser le repas offert à une multitude de brāhmaṇa connaissant le Veda. Le chapitre se clôt sur une promesse de salut explicite : mourir à Saṅgameśvara empêche tout retour ; depuis Śivaloka, il n’y a plus de renaissance.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्परं तीर्थं सङ्गमेश्वरमुत्तमम् । नर्मदादक्षिणे कूले सर्वपापभयापहम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, qu’on se rende au lieu saint suprême nommé Saṅgameśvara, sur la rive méridionale de la Narmadā, qui ôte tous les péchés et toutes les craintes.

Verse 2

धनदस्तत्र विश्रान्तो मुहूर्तं नृपसत्तम । पितृलोकात्समायातः कैलासं धरणीधरम्

Là, Dhanada (Kubera) se reposa un instant, ô meilleur des rois. Revenu du monde des Ancêtres, il se rendit au Kailāsa, la montagne qui soutient la terre.

Verse 3

प्रत्ययार्थं नृपश्रेष्ठ ह्यद्यापि धरणीतले । कृष्णवर्णा हि पाषाणा दृश्यन्ते स्फटिकोज्ज्वलाः

Pour preuve, ô plus excellent des rois, aujourd’hui encore à la surface de la terre on voit des pierres noires, mais éclatantes d’une brillance de cristal.

Verse 4

विन्ध्यनिर्झरनिष्क्रान्ता पुण्यतोया सरिद्वरा । प्रविष्टा नर्मदातोये सर्वपापप्रणाशने

Un fleuve très excellent, jailli des cascades du Vindhya et rempli d’eaux saintes, entre dans les eaux de la Narmadā, qui détruit tous les péchés.

Verse 5

सङ्गमे तत्र यः स्नात्वा पूजयेत्सङ्गमेश्वरम् । अश्वमेधस्य यज्ञस्य फलं प्राप्नोत्यसंशयम्

Quiconque se baigne là, au confluent, et adore Saṅgameśvara, obtient sans doute le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha.

Verse 6

घण्टापताकावितनं यो ददेत्सङ्गमेश्वरे । हंसयुक्तविमानस्थो दिव्यस्त्रीशतसंवृतः

Celui qui offre à Saṅgameśvara des cloches, des étendards et des dais, montera dans un char céleste attelé de cygnes, entouré de centaines de femmes divines.

Verse 7

स रुद्रपदमाप्नोति रुद्रस्यानुचरो भवेत् । दधि भक्ते न देवस्य यः कुर्याल्लिङ्गपूरणम्

Il atteint l’état de Rudra et devient l’assistant de Rudra. Et quiconque, avec dévotion, remplit (oint et sert) le liṅga du Seigneur avec du caillé—

Verse 8

सिक्थसंख्यं शिवे लोके स वसेत्कालमीप्सितम् । श्रीफलैः पूरयेल्लिङ्गं निःस्वो भूत्वा भवस्य तु

Il demeurera dans le monde de Śiva durant le temps désiré, comme mesuré par le compte des gouttes de cire. Même pauvre, celui qui remplit le liṅga de Bhava de noix de coco obtient ce fruit.

Verse 9

सोऽपि तत्फलमाप्नोति गतः स्वर्गे नरेश्वर । अक्षया सन्ततिस्तस्य जायते सप्तजन्मसु

Lui aussi obtient ce même fruit et s’en va au ciel, ô seigneur des hommes ; et pour lui naît une lignée ininterrompue, qui dure durant sept naissances.

Verse 10

स्नपनं देवदेवस्य दध्ना मधुघृतेन वा । यः करोति विधानेन तस्य पुण्यफलं शृणु

Écoute le fruit méritoire de celui qui, selon la règle, accomplit le bain rituel (abhiṣeka) du Dieu des dieux avec du caillé, ou avec du miel et du ghee.

Verse 11

धृतक्षीरवहा नद्यो यत्र वृक्षा मधुस्रवाः । तत्र ते मानवा यान्ति सुप्रसन्ने महेश्वरे

Là où les rivières coulent de ghee et de lait, et où les arbres distillent du miel—là vont ces hommes, lorsque Maheśvara est pleinement satisfait.

Verse 12

पत्रं पुष्पं फलं तोयं यस्तु दद्यान्महेश्वरे । तत्सर्वं सप्तजन्मानि ह्यक्षयं फलमश्नुते

Quiconque offre à Maheśvara une feuille, une fleur, un fruit ou de l’eau, jouit d’un mérite inépuisable, qui demeure durant sept naissances.

Verse 13

सर्वेषामेव पात्राणां महापात्रं महेश्वरः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन पूजनीयो महेश्वरः

Parmi tous les récipiendaires dignes, Maheśvara est le récipiendaire suprême ; c’est pourquoi, de tout effort, Maheśvara doit être vénéré.

Verse 14

ब्रह्मचर्यस्थितो नित्यं यस्तु पूजयते शिवम् । इह जीवन्स देवेशो मृतो गच्छेदनामयम्

Celui qui, toujours établi dans le brahmacarya, adore Śiva : vivant ici, il devient cher au Seigneur des dieux ; et, à la mort, il atteint l’état sans aucune souffrance.

Verse 15

शिवे तु पूजिते पार्थ यत्फलं प्राप्यते बुधैः । योगीन्द्रे चैव तत्पार्थ पूजिते लभते फलम्

Ô Pārtha, le fruit que les sages obtiennent en adorant Śiva, ce même fruit, ô Pārtha, on l’obtient en adorant le seigneur parmi les yogins.

Verse 16

ते धन्यास्ते महात्मानस्तेषां जन्म सुजीवितम् । येषां गृहेषु भुञ्जन्ति शिवभक्तिरता नराः

Bienheureux sont-ils, magnanimes, et leur naissance est pleinement vécue : ceux dans les maisons desquels mangent des hommes voués à la dévotion de Śiva.

Verse 17

संनिरुध्येन्द्रियग्रामं यत्रयत्र वसेन्मुनिः । तत्र तत्र कुरुक्षेत्रं नैमिषं पुष्कराणि च

Partout où demeure un sage, ayant maîtrisé la troupe des sens, ce lieu même devient Kurukṣetra ; il devient Naimiṣa, et même Puṣkara.

Verse 18

यत्फलं वेदविदुषि भोजिते शतसंख्यया । तत्फलं जायते पार्थ ह्येकेन शिवयोगिना

Ô Pārtha, le fruit acquis en nourrissant cent savants connaisseurs des Veda, ce même fruit naît en honorant ne fût-ce qu’un seul yogin de Śiva.

Verse 19

यत्र भुञ्जति भस्माङ्गी मूर्खो वा यदि पण्डितः । तत्र भुञ्जति देवेशः सपत्नीको वृषध्वजः

Là où mange le dévot enduit de cendre, qu’il soit sot ou savant, là même prend part le Seigneur des dieux, Celui à l’étendard du Taureau, avec son Épouse.

Verse 20

विप्राणां वेदविदुषां कोटिं संभोज्य यत्फलम् । भिक्षामात्रप्रदानेन तत्फलं शिवयोगिनाम्

Le fruit obtenu en nourrissant un crore de brāhmaṇa connaisseurs des Veda, ce même fruit est acquis par les yogin de Śiva par le simple don d’aumône.

Verse 21

सङ्गमेश्वरमासाद्य प्राणत्यागं करोति यः । न तस्य पुनरावृत्तिः शिवलोकात्कदाचन

Celui qui, parvenu à Saṅgameśvara, y abandonne son souffle vital, ne revient jamais du monde de Śiva.

Verse 158

। अध्याय

«Chapitre». (Marque de section/colophon.)