
L’Adhyāya 23 est présenté comme un dialogue : Vyāsa demande à Sanatkumāra quel acte Hari (Viṣṇu) accomplit dans l’affaire de Jālandhara et comment le dharma fut délaissé. Sanatkumāra raconte l’approche stratégique de Viṣṇu : il se rend vers Jālandhara et met en œuvre un dessein visant à briser la puissance protectrice du pātivratya de Vṛndā (fidélité et chasteté conjugales), implicitement liée à la force et à l’invulnérabilité du daitya. Le chapitre s’attarde ensuite sur le prélude psychologique et symbolique : Vṛndā est amenée, par la māyā, à voir des dussvapna, des rêves funestes où son époux apparaît sous des formes inauspicieuses et altérées (nu, enduit d’huile, associé aux ténèbres, se dirigeant vers le sud), tandis que sa cité semble s’enfoncer dans l’océan—présages purāṇiques d’un malheur imminent et d’une rupture du dharma. À son réveil, elle perçoit d’autres signes néfastes (un soleil pâle, comme défectueux), est saisie de crainte et de chagrin, et ne trouve la paix ni sur les hauteurs ni dans le jardin de la ville auprès de ses compagnes. L’adhyāya établit ainsi la chaîne des causes : la māyā divine ébranle l’esprit, les présages annoncent la faille éthique, et le récit prépare la transgression aux conséquences décisives dans l’arc du Yuddhakhaṇḍa.
Verse 1
व्यास उवाच । सनत्कुमार सर्वज्ञ वद त्वं वदतां वर । किमकार्षीद्धरिस्तत्र धर्मं तत्याज सा कथम्
Vyāsa dit : «Ô Sanatkumāra, toi qui sais tout, le meilleur des orateurs, dis-moi : qu’a fait Hari en ce lieu, et comment a-t-il abandonné le dharma en cette situation ?»
Verse 2
सनत्कुमार उपाच । विष्णुर्जालंधरं गत्वा दैत्यस्य पुटभेदनम् । पातिव्रत्यस्य भंगाय वृन्दायाश्चा करोन्मतिम्
Sanatkumāra dit : Viṣṇu se rendit à Jālandhara et conçut un moyen de briser la puissance protectrice du démon, afin que fût entamée la pātivratā, la chasteté fidèle de Vṛndā.
Verse 3
वृन्दां स दर्शयामास स्वप्नं मायाविनां वरः । स्वयं तन्नगरोद्यानमास्थितोऽद्भुतविग्रहः
Le souverain suprême de la māyā fit voir à Vṛndā un songe; et lui-même, revêtant une forme incarnée merveilleuse, prit place dans le jardin de cette cité.
Verse 4
अथ वृन्दा तदा देवी तत्पत्नी निशि सुव्रता । हरेर्मायाप्रभावात्तु दुस्स्वप्नं सा ददर्श ह
Alors Vṛndā Devī—son épouse, ferme dans ses vœux—durant la nuit vit un songe de mauvais augure, suscité par la puissance de la māyā de Hari.
Verse 5
स्वप्नमध्ये हि सा विष्णुमायया प्रददर्श ह । भर्त्तारं महिषारूढं तैलाभ्यक्तं दिगंबरम्
Dans le rêve, par la puissance de la māyā de Viṣṇu, elle vit son époux : monté sur un buffle, le corps enduit d’huile, nu, ayant pour vêtement les directions.
Verse 6
कृष्णप्रसूनभूषाढ्यं क्रव्यादगणसेवितम् । दक्षिणाशां गतं मुंडं तमसा च वृतं तदा
Cette tête tranchée, parée de fleurs sombres et servie par des hordes d’êtres mangeurs de chair, se dirigea vers le sud ; et, alors, elle fut enveloppée de ténèbres.
Verse 7
स्वपुरं सागरे मग्नं सहसैवात्मना सह । इत्यादि बहुदुस्स्वप्नान्निशांते सा ददर्श ह
À la fin de la nuit, elle vit bien d’autres rêves effroyables—tels que sa propre cité sombrant soudain dans l’océan, avec elle-même.
Verse 8
ततः प्रबुध्य सा बाला तं स्वप्नं स्वं विचिन्वती । ददर्शोदितमादित्यं सच्छिद्रं निःप्रभं मुहुः
Alors, s’éveillant, la jeune fille réfléchit à son propre songe. À maintes reprises, elle vit le soleil levé comme s’il était plein d’imperfections—percé d’ouvertures et privé d’éclat.
Verse 9
तदनिष्टमिदं ज्ञात्वा रुदंती भयविह्वला । कुत्रचिन्नाप सा शर्म गोपुराट्टालभूमिषु
Sachant que cela était de mauvais augure, elle, en pleurs et bouleversée par la peur, ne trouva la paix nulle part, pas même sur les parvis des portes ni sur les hautes tours de guet.
Verse 10
ततस्सखीद्वययुता नगरोद्यानमागमत् । तत्रापि सा गता बाला न प्राप कुत्रचित्सुखम्
Puis la jeune fille, accompagnée de ses deux amies, se rendit au jardin de la cité. Mais même après y être allée, elle ne trouva la joie nulle part.
Verse 11
ततो जलंधरस्त्री सा निर्विण्णोद्विग्नमानसा । वनाद्वनांतरं याता नैव वेदात्मना तदा
Alors l’épouse de Jalandhara, accablée et l’esprit troublé, alla d’une forêt à l’autre ; en ce temps-là, elle n’avait plus la conscience intérieure de son propre Soi.
Verse 12
भ्रमती सा ततो बाला ददर्शातीव भीषणौ । राक्षसौ सिंहवदनौ दृष्ट्वा दशनभासुरौ
Alors la jeune fille, errant çà et là, aperçut deux rākṣasas d’une effroyable terreur, au visage de lion et aux dents luisant avec férocité. Les voyant, elle fut saisie d’épouvante devant leur aspect terrible.
Verse 13
तौ दृष्ट्वा विह्वलातीव पलायनपरा तदा । ददर्श तापसं शांतं सशिष्यं मौनमास्थितम्
À la vue de ces deux-là, elle fut saisie d’un trouble extrême et, sur-le-champ, voulut s’enfuir. Alors elle aperçut un ascète paisible, avec son disciple, établi dans le silence sacré (mauna).
Verse 14
ततस्तत्कंठमासाद्य निजां बाहुलतां भयात् । मुने मां रक्ष शरणमागतास्मीत्यभाषत
Alors, saisie de peur, elle atteignit son cou et s’y cramponna de ses propres bras, disant : «Ô sage, protège-moi ; je suis venue à toi en quête de refuge.»
Verse 15
मुनिस्तां विह्वलां दृष्ट्वा राक्षसानुगतां तदा । हुंकारेणैव तौ घोरौ चकार विमुखौ द्रुतम्
Voyant son trouble et la poursuite des rākṣasas, le sage, par un seul humkāra farouche —un rugissement sacré— contraignit aussitôt ces deux démons effroyables à se détourner.
Verse 16
तद्धुंकारभयत्रस्तौ दृष्ट्वा तौ विमुखौ गतौ । विस्मितातीव दैत्येन्द्रपत्नी साभून्मुने हृदि
Voyant ces deux êtres, terrifiés par ce retentissant «huṃ», se détourner et battre en retraite, l’épouse du seigneur des Daityas fut, dans son cœur, saisie d’un immense étonnement, ô sage.
Verse 17
ततस्सा मुनिनाथं तं भयान्मुक्ता कृतांजलिः । प्रणम्य दंडवद्भूमौ वृन्दा वचनमब्रवीत्
Alors Vṛndā, délivrée de la peur, joignit les mains en hommage, salua ce seigneur des sages et, se prosternant à terre comme un bâton (daṇḍavat), prononça ces paroles.
Verse 18
वृन्दोवाच । मुनिनाथ दयासिन्धो परपीडानिवारक । रक्षिताहं त्वया घोराद्भयादस्मात्ख लोद्भवात्
Vṛndā dit : «Ô seigneur parmi les sages, océan de compassion, toi qui écartes les tourments causés par autrui — par toi j’ai été protégée de cette peur terrible, née de cette source mauvaise.»
Verse 19
समर्थस्सर्वथा त्वं हि सर्वज्ञोऽपि कृपानिधे । किंचिद्विज्ञप्तुमिच्छामि कृपया तन्निशामय
Ô trésor de compassion, tu es pleinement capable en tout point, et bien que tu sois omniscient, je souhaite tout de même soumettre une requête.
Verse 20
जलंधरो हि मद्भर्ता रुद्रं योद्धुं गतः प्रभो । स तत्रास्ते कथं युद्धे तन्मे कथय सुव्रत
Ô Seigneur, Jalandhara — mon époux — est parti combattre Rudra. Comment se tient-il dans cette bataille ?
Verse 21
सनत्कुमार उवाच । मुनिस्तद्वाक्यमाकर्ण्य मौनकपटमास्थितः । कर्त्तुं स्वार्थं विधानज्ञः कृपयोर्द्ध्वमवैक्षत
Sanatkumāra dit : En entendant ces mots, le sage adopta un silence feint. Habile en stratagèmes et résolu à accomplir son propre dessein, il regarda vers le haut d'un air de pitié.
Verse 22
तावत्कपीशावायातौ तं प्रणम्याग्रतः स्थितौ । ततस्तद्भ्रूलतासंज्ञानियुक्तौ गगनं गतौ
Juste à ce moment, les deux seigneurs parmi les singes arrivèrent. S'inclinant devant lui, ils se tinrent devant lui. Ensuite, missionnés par le signal de ses sourcils, les deux s'envolèrent vers le ciel et partirent.
Verse 23
नीत्वा क्षणार्द्धमागत्य पुनस्तस्याग्रतः स्थितौ । तस्यैव कं कबंधं च हस्तावास्तां मुनीश्वर
L’ayant emporté puis revenant au bout d’un demi-instant, ils se tinrent de nouveau devant lui. Dans leurs mains, ô le plus éminent des sages, se trouvaient cette même tête et le tronc.
Verse 24
शिरः कबंधं हस्तौ तौ दृष्ट्वाब्धितनयस्य सा । पपात मूर्छिता भूमौ भर्तृव्यसनदुःखिता
Voyant la tête tranchée, le tronc et les mains de celui né de l'océan, elle — tourmentée par le malheur qui avait frappé son mari — s'évanouit et tomba sur le sol.
Verse 25
वृन्दोवाच । यः पुरा सुखसंवादैर्विनोदयसि मां प्रभो । स कथं न वदस्यद्य वल्लभां मामनागसम्
Vṛndā dit : « Ô Seigneur, toi qui autrefois me ravissais par des paroles douces et intimes — comment se fait-il qu'aujourd'hui tu ne me parles pas, à moi ton aimée, bien que je sois sans faute ? »
Verse 27
नांगीकृतं हि मे वाक्यं रुद्रतत्त्वमजानता । परं ब्रह्म शिवश्चेति वदंत्या दैत्यसत्तम
Ô meilleur des Daityas, parce que tu n'as pas compris le véritable principe de Rudra, tu n'as pas accepté ma déclaration quand j'ai affirmé : « Śiva est le Brahman Suprême. »
Verse 28
ततस्त्वं हि मया ज्ञातस्तव सेवाप्रभावतः । गर्वितेन त्वया नैव कुसंगवशगेन हि
Ainsi t’ai-je reconnu par la puissance de ton service et de ta dévotion. Mais toi, devenu orgueilleux et tombé sous l’emprise de mauvaises fréquentations, tu n’as nullement agi comme il convenait.
Verse 29
इत्थंप्रभाष्य बहुधा स्वधर्मस्था च तत्प्रिया । विललाप विचित्रं सा हृदयेन विदूयता
Après avoir parlé ainsi maintes fois, cette dame bien-aimée—demeurant ferme dans son propre dharma—se mit à se lamenter de mille façons étranges et diverses, le cœur consumé par la peine.
Verse 30
ततस्सा धैर्यमालंब्य दुःखोच्छ्रवा सान्विमुंचती । उवाच मुनिवर्यं तं सुप्रणम्य कृतांजलिः
Alors, s’appuyant sur le courage et laissant échapper des soupirs lourds de peine, elle s’inclina avec révérence devant ce sage éminent et, les mains jointes en añjali, prit la parole.
Verse 31
वृन्दोवाच । कृपानिधे मुनिश्रेष्ठ परोपकरणादर । मयि कृत्वा कृपां साधो जीवयैनं मम प्रभुम्
Vṛndā dit : «Ô trésor de compassion, ô meilleur des sages, toi qui te réjouis d’aider autrui—ô saint sādhū, prends pitié de moi et rends la vie à mon seigneur.»
Verse 32
यत्त्वमस्य पुनश्शक्तो जीवनाय मतो मम । अतस्संजीवयैनं मे प्राणनाथं मुनीश्वर
Puisque vous êtes, à mon avis, capable de lui redonner la vie, ô seigneur des sages, ranimez pour moi ce maître de mon propre souffle.
Verse 33
सनत्कुमार उवाच । इत्युक्त्वा दैत्यपत्नी सा पतिव्रत्यपरायणाः । पादयोः पतिता तस्य दुःखश्वासान् विमुञ्चती
Sanatkumāra dit : Ayant ainsi parlé, l’épouse du roi des daityas, toute vouée au vœu de fidélité, tomba à ses pieds, laissant échapper de lourds soupirs de chagrin.
Verse 34
मुनिरुवाच । नायं जीवयितुं शक्तो रुद्रेण निहतो युधि । रुद्रेण निहता युद्धे न जीवन्ति कदाचन
Le sage dit : « Celui-ci ne peut être ramené à la vie, car Rudra l’a abattu au combat. Ceux qui sont tués par Rudra dans la guerre ne revivent jamais. »
Verse 35
तथापि कृपयाविष्ट एनं संजीवयाम्यहम् । रक्ष्याश्शरणगाश्चेति जानन्धर्मं सनातनम्
« Pourtant, saisi de compassion, je le rendrai à la vie, car je connais le dharma éternel : ceux qui ont pris refuge doivent être protégés. »
Verse 36
सनत्कुमार उवाच । इत्युक्त्वा स मुनिस्तस्या जीवयित्वा पतिं मुने । अंतर्दधे ततो विष्णुस्सर्वमायाविनां वरः
Sanatkumāra dit : « Ayant ainsi parlé, ce sage ranima le mari de cette femme, ô sage ; puis Viṣṇu, le plus éminent de tous les maîtres de la māyā, disparut à la vue. »
Verse 37
द्रुतं स जीवितस्तेनोत्थितः सागरनन्दनः । वृन्दामालिंग्य तद्वक्त्रं चुचुंब प्रीतमानसः
Aussitôt, par cette intervention divine, Sāgaranandana recouvra la vie et se releva. Étreignant Vṛndā, il baisa son visage, le cœur rempli de joie.
Verse 38
अथ वृन्दापि भर्तारं दृष्ट्वा हर्षितमानसा । जहौ शोकं च निखिलं स्वप्नवद्धृद्यमन्यत
Alors Vṛndā aussi, en voyant son époux, se réjouit au fond du cœur. Elle rejeta toute sa peine et, en elle-même, tint cela pour semblable à un songe.
Verse 39
अथ प्रसन्नहृदया सा हि संजातहृच्छया । रेमे तद्वनमध्यस्था तद्युक्ता बहुवासरान्
Alors, le cœur apaisé et le désir intérieur éveillé, elle demeura au milieu de cette forêt et s’en réjouit, unie à lui durant de nombreux jours.
Verse 40
कदाचित्सुरतस्यांते दृष्ट्वा विष्णुं तमेव हि । निर्भर्त्स्य क्रोधसंयुक्ता वृन्दा वचनमब्रवीत्
Un jour, à la fin de leur union, Vṛndā reconnut que c’était bien Viṣṇu lui-même. Emplie de colère, elle le réprimanda et prononça ces paroles.
Verse 41
वृन्दोवाच । धिक् तदेवं हरे शीलं परदाराभिगामिनः । ज्ञातोऽसि त्वं मया सम्यङ्मायी प्रत्यक्षतापसः
Vṛndā dit : «Honte à une telle conduite, ô Hari, toi qui t’approches de l’épouse d’autrui ! À présent je t’ai reconnu clairement : tu es un trompeur maniant la māyā, paraissant devant mes propres yeux sous l’aspect d’un ascète.»
Verse 42
सनत्कुमार उवाच । इत्युक्त्वा क्रोधमापन्ना दर्शयंती स्वतेजसम् । शशाप केशवं व्यास पातिव्रत्यरता च सा
Sanatkumāra dit : Ayant ainsi parlé, elle s’enflamma de colère et, révélant l’éclat de sa propre puissance spirituelle, ô Vyāsa, cette épouse chaste, vouée au vœu de pātivratā, lança une malédiction contre Keśava (Viṣṇu).
Verse 43
रे महाधम दैत्यारे परधर्मविदूषक । गृह्णीष्व शठ मद्दत्तं शापं सर्वविषोल्बणम्
Ô le plus infâme, ennemi des Daityas, corrupteur du dharma d’autrui ! Reçois, ô fourbe, la malédiction que je te donne : un venin farouche, plus terrible que tous les poisons.
Verse 44
यौ त्वया मायया ख्यातौ स्वकीयौ दर्शितौ मम । तावेव राक्षसौ भूत्वा भार्यां तव हरिष्यतः
Ces deux-là que, par ta māyā, tu m’as fait connaître et que tu m’as montrés comme « miens » — eux-mêmes, devenus des rākṣasas, enlèveront ton épouse.
Verse 45
त्वं चापि भार्यादुःखार्तो वने कपिसहायवान् । भ्रम सर्पेश्वरेणायं यस्ते शिष्यत्वमागतः
Toi aussi, accablé par la douleur de ton épouse, tu errais dans la forêt avec le singe pour allié. Et celui-ci, le Seigneur des Serpents, est venu à toi en disciple ; ainsi, parcours ces lieux avec lui.
Verse 46
सनत्कुमार उवाच । इत्युक्त्वा सा तदा वृन्दा प्रविशद्धव्यवाहनम् । विष्णुना वार्यमाणापि तस्मितासक्तचेतसा
Sanatkumāra dit : Ayant ainsi parlé, Vṛndā entra alors dans le feu sacrificiel. Bien que Viṣṇu cherchât à l’en empêcher, son esprit demeura fermement attaché à cette même résolution.
Verse 47
तस्मिन्नवसरे देवा ब्रह्माद्या निखिला मुने । आगता खे समं दारैः सद्गतिं वै दिदृक्षवः
Ô sage, en cet instant même, tous les dieux—à commencer par Brahmā—vinrent par le ciel avec leurs épouses, désireux de contempler l’aboutissement auspicious, la « bonne destinée » (sugati) qui allait se déployer.
Verse 48
अथ दैत्येन्द्रपत्न्यास्तु तज्ज्योतिः परमं महत् । पश्यतां सर्वदेवानामलोकमगमद्द्रुतम्
Alors, de l'épouse du seigneur des Daityas, ce rayonnement suprêmement grand s'éleva et — tandis que tous les dieux regardaient — partit rapidement vers un autre royaume.
Verse 49
शिवातनौ विलीनं तद्वृन्दातेजो बभूव ह । आसीज्जयजयारावः खस्थितामर पंक्तिषु
La splendeur de cette armée se fondit dans le propre corps de Śiva. Alors, parmi les rangs des devas postés dans le ciel, s’éleva un grand cri : « Victoire ! Victoire ! »
Verse 50
एवं वृन्दा महाराज्ञी कालनेमिसुतोत्तमा । पातिव्रत्यप्रभावाच्च मुक्तिं प्राप परां मुने
Ainsi Vṛndā, la grande reine—la plus éminente parmi les filles de Kālanemi—par la puissance de sa fidélité conjugale inébranlable, obtint la libération suprême, ô sage.
Verse 51
ततो हरिस्तामनुसंस्मन्मुहुर्वृन्दाचिताभस्मरजोवगुंठितः । तत्रैव तस्थौ सुरसिद्धसंघकैः प्रबोध्यमानोपि ययौ न शांतिम्
Ensuite, Hari, se souvenant sans cesse de Vṛndā, demeura couvert de poussière et de cendre provenant du bûcher funéraire de Vṛndā. Là même il resta; bien que des groupes de devas et de siddhas l’éveillassent et le consolassent, il ne trouva pas la paix.
The narrative introduces Viṣṇu’s strategic māyā directed toward Jālandhara’s context, specifically the attempt to undermine Vṛndā’s pātivratya, preceded by her inauspicious dreams and omens.
They function as māyā-mediated destabilization of perception and as Purāṇic omens: the southward movement, darkness, nudity, and sinking city symbolically mark decline, loss of protection, and imminent dharma-disruption.
Viṣṇu’s māyā (illusion/power of appearance) is the operative force; additionally, omens (śakuna) and dream-symbols are emphasized as narrative instruments that foreshadow ethical and cosmic consequences.