
Sanatkumāra enseigne à Nārada que la dīkṣā est le rite d’initiation qui détruit le péché, confère une orientation intérieure divine et rend le mantra efficace. Le mot « mantra » est expliqué par manana (réflexion) et trāṇa (protection). Les mantras sont classés selon des marqueurs linguistiques (terminaisons féminin/masculin/neutre ; namo-anta ; distinction mantra et vidyā avec puissances présidantes masculine ou féminine) et selon des courants rituels-énergétiques (āgneya et saumya), reliés au mouvement du prāṇa dans piṅgalā et le canal gauche. Sont exposées les règles d’enchaînement et de combinaison des mantras, les conditions du japa, et l’intensification des rites par huṃ/phaṭ. Le cœur du chapitre est un vaste catalogue de mantra-doṣas—défauts structurels, phonétiques et de décompte syllabique—tels que chinna, dagdha, bhīta, aśuddha, nirbīja, sthāna-bhraṣṭa, qui entravent la siddhi et peuvent nuire au pratiquant. La rectification est orientée vers un japa discipliné en yoni-mudrā/āsana et vers les strictes qualifications éthiques, rituelles et pédagogiques de l’ācārya et du disciple idéal.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । अथ जीवस्य पाशौघच्छेदनायेष्टसिद्धिदम् । दीक्षाविधिं प्रवक्ष्यामि मन्त्रसामर्थ्यदायकम् ॥ १ ॥
Sanatkumāra dit : À présent, afin de trancher la multitude des liens qui enchaînent le jīva et d’accorder l’accomplissement des buts désirés, j’exposerai le rite de dīkṣā, qui confère puissance et efficacité aux mantras.
Verse 2
दिव्यं भावं यतो दद्यात्क्षिणुयाद्दुरितानि च । अतो दीक्षेति सा प्रोक्ता सर्वागमविशारदैः ॥ २ ॥
Parce qu’elle confère une disposition intérieure divine et détruit aussi les fautes, elle est donc appelée « dīkṣā », ainsi que l’enseignent ceux qui sont versés dans tous les Āgamas.
Verse 3
मननं सर्ववेदित्वं त्राणं संखार्यनुग्रहः । मननात्त्राणधर्मत्त्वान्मंत्र इत्यभिधीयते ॥ ३ ॥
Parce qu’il doit être médité (manana) et qu’il possède la nature de protection (trāṇa), on l’appelle « mantra » : par la méditation il confère la connaissance intégrale des Veda, et par sa puissance protectrice il accorde sa grâce au pratiquant.
Verse 4
स्त्रीपुंनपुंसकात्मानस्ते मंत्रास्तु त्रिधा मताः । स्त्रीमंत्रास्तु द्विठांताः स्युः पुंमंत्रा हुंफडंतकाः ॥ ४ ॥
Les mantras sont tenus pour trois sortes selon leur nature : féminins, masculins et neutres. On dit que les mantras féminins se terminent par les deux ṭha, tandis que les mantras masculins se terminent par « huṃ » et « phaḍ ».
Verse 5
क्लीबाश्चैव नमोंऽताः स्युर्मंन्त्राणां जातयः स्मृताः । पुंदैवतास्तु मन्त्रा स्युर्विद्याः स्त्रीदैवता मताः ॥ ५ ॥
La tradition enseigne que les mantras possèdent des « classes » (jāti) distinctes : certains sont neutres (klība) et d’autres se terminent par la formule d’hommage « namo » (namo-anta). Les mantras sont tenus pour présidés par des divinités masculines, tandis que les vidyā (formules ésotériques) sont réputées relever de divinités féminines.
Verse 6
षट् क्रमसु प्रशस्तास्ते मनवस्त्रिविधाः पुनः । तारांत्यरेफः स्वाहास्तु तत्राग्नेयाः समीरिताः ॥ ६ ॥
Parmi les six enchaînements rituels (krama), ces formules de Mantra/Manu sont louées ; et l’on dit encore qu’elles sont de trois sortes. Dans ce cadre, celles dites Agneya (liées au feu) sont déclarées être : « tārā », « antya », « repha » et « svāhā ».
Verse 7
सौम्यास्तु भृगुपीयूषबीजढ्याः कथिता मुने । अग्नीषोमात्मका ह्येवं मंत्रा ज्ञेया मनीषिभिः ॥ ७ ॥
Ô sage, il est enseigné que les mantras Saumya sont riches des syllabes-semences de Bhṛgu et de l’essence d’amṛta ; ainsi, les sages doivent savoir que ces mantras portent conjointement la nature d’Agni et de Soma.
Verse 8
बोधमायांति चाग्नेयाः श्वसने पिंगलाश्रिते । सौम्याश्चैव प्रबुध्यंते वामे वहति मारुतेः ॥ ८ ॥
Quand le souffle passe par le canal Piṅgalā, les courants āgneya, de nature ignée, s’éveillent ; et lorsque le prāṇa coule à gauche, les courants saumya, doux et lunaires, se réveillent.
Verse 9
सर्वे मंत्राः प्रबुध्यंते वायौ नाडिद्वयाश्रिते । स्वापकाले तु मन्त्रस्य जपोऽनर्थफलप्रदः ॥ ९ ॥
Tous les mantras deviennent pleinement opérants lorsque le prāṇa est établi dans les deux nāḍīs. Mais la récitation d’un mantra au temps du sommeil donne un fruit nuisible ou vain.
Verse 10
प्रत्येकं मन्त्रमुञ्चार्य नाव्यानां तान्समुञ्चरेत् । अनुलोमे बिंदुयुक्तान्विलोमे सर्गसंयुतान् ॥ १० ॥
Après avoir prononcé chaque mantra séparément, on doit ensuite les réciter en combinaison. Dans l’ordre direct, on les énonce avec le bindu/anusvāra ; dans l’ordre inverse, avec le visarga (sarga).
Verse 11
जप्तो यदि स वै देवं प्रबुद्धः क्षिप्रसिद्धिदः । अनया मालया जप्तो दुष्टमन्त्रोऽपि सिद्ध्यति ॥ ११ ॥
Si cette divinité est invoquée par le japa, le mantra, pleinement éveillé en sa puissance, accorde vite l’accomplissement. Et récité avec cette mālā, même un mantra défectueux parvient au siddhi.
Verse 12
क्रूरे कर्माणि चाग्नेयाः सौम्याः सौम्य फलप्रदाः । शांतज्ञानेतिरौद्रेयशांतिजाति समन्वितः ॥ १२ ॥
Les rites cruels et ardents relèvent du type d’Agni; les rites doux donnent des fruits doux. Cette distinction se dit aussi “Śānta” (pacifiant) et “Jñāna” (connaissance); et elle se rattache encore aux catégories rituelles “Raudra” (courroucée) et “Śānti” (apaisante).
Verse 13
शांतोऽपि रौद्रतामेति हुंफट्पल्लवयोजनात् । छिन्नादिदोषयुक्तास्ते नैव रक्षंति साधकम् ॥ १३ ॥
Même un rite “Śānti” devient farouche lorsque l’on y ajoute les syllabes « huṃ » et « phaṭ ». Et les mantras entachés de défauts, tels que la troncation, ne protègent nullement le pratiquant.
Verse 14
छिन्नो रुद्धः शक्तिहीनस्ततश्चैव पराङ्मुखः । कर्महीनो नेत्रहीनः कीलितः स्तंभितस्तथा ॥ १४ ॥
Il devient retranché, entravé et privé de puissance; puis il se détourne. Dépouillé de la faculté d’agir et de la vue, il est cloué et pareillement rendu immobile.
Verse 15
दग्धः स्रस्तश्च भीतश्च मलिनश्च तिरस्कृतः । भेदितश्च सुषुप्तश्च मदोन्मत्तश्च मूर्च्छितः ॥ १५ ॥
« Brûlé, relâché, effrayé, souillé, humilié, transpercé, endormi, ivre jusqu’à la démence, et évanoui » — tels sont les états énoncés.
Verse 16
हतवीर्यो भ्रांतसंज्ञः प्रध्वस्तो बालकस्तथा । कुमारोऽथ युवा प्रौढो वृद्धो निस्त्रिंशकस्तथा ॥ १६ ॥
On le décrit comme : privé de vigueur, l’esprit confus, ruiné; puis comme un enfant; puis comme un jeune homme; puis comme un adulte accompli; puis comme un vieillard; et aussi comme quelqu’un « dégainé », c’est-à-dire mis à nu et exposé.
Verse 17
निर्बीजः सिद्विहीनश्च मंदः कूटो निरंशकः । सत्त्वहीनः केकरश्च बीजहीनश्च धूमितः ॥ १७ ॥
(Un tel spécimen) est sans semence, privé d’accomplissement juste, engourdi, tortueux, dépourvu des parts requises, sans vitalité (sattva), difforme; encore sans semence, et noirci, taché de fumée.
Verse 18
आलिंगितो मोहितश्च क्षुधार्तश्चातिदीप्तकः । अंगहीनोऽतिक्रुद्धश्चातिक्रूरो व्रीडितस्तथा ॥ १८ ॥
On peut en trouver un enlacé (ou tenu étroitement), égaré par l’illusion, tourmenté par la faim, trop enflammé ou surexcité; de même, l’un peut être estropié, excessivement courroucé, d’une cruauté extrême, ou submergé par la honte.
Verse 19
प्रशांतमानसः स्थानभ्रष्टश्च विकलस्तथा । अतिवृद्धोऽतिनिःस्नेहः पीडितश्च तथा पुनः ॥ १९ ॥
Celui dont l’esprit s’est apaisé jusqu’à l’engourdissement; celui qui est déchu de sa place légitime; celui qui est infirme; celui qui est très âgé, trop dépourvu d’affection ou de chaleur, et encore celui qui est accablé: tels sont ceux que l’on décrit ici dans ces états d’affaiblissement.
Verse 20
दोषा ह्येते समाख्याता वक्ष्याम्येषां च लक्षणम् । संयुक्तं वा वियुक्तं वा त्रिधा वा स्वरसंयुतम् ॥ २० ॥
Ces défauts ont été, en vérité, énumérés; maintenant j’exposerai leurs signes distinctifs — qu’ils surviennent conjointement, séparément, ou selon une triple forme liée aux accents tonals (svara).
Verse 21
मनोर्यस्यादिमध्यांते वह्निबीजं तथोच्यते । चतुर्द्धा पञ्चधा वापि स मन्त्रश्छिन्नसंज्ञकः ॥ २१ ॥
Un mantra où la syllabe-graine du Feu (vahni-bīja) est placée au début, au milieu et à la fin de la formule prescrite, puis divisée en quatre parties ou même en cinq, est appelé mantra « chinna » (coupé/segmenté).
Verse 22
मनोर्यस्यादिमध्यांते भूबीजद्वयमुच्यते । स तु रुद्धो मनुज्ञेयो ह्यतिक्लेशेन सिद्धिदः ॥ २२ ॥
Le mantra où l’on dit que les deux syllabes-semences « bhū » se trouvent au commencement, au milieu et à la fin—lorsqu’il est gardé et contenu—doit être compris comme « manu » ; il accorde l’accomplissement, mais au prix d’un effort intense.
Verse 23
तारवर्मत्रया लक्ष्मीरेवं हीनस्तु यो मनुः । शक्तिहीनः स विज्ञेयश्चिरकालफलप्रदः ॥ २३ ॥
Ainsi, le manu dépourvu de la triple « cuirasse protectrice » doit être reconnu comme sans puissance ; il n’accorde pas la présence de Lakṣmī, et ses fruits ne se manifestent qu’après un long temps.
Verse 24
कामबीजं मुखे मायाह्यंते चैवाङ्कुशं तथा । असौ पराङ्मुखो ज्ञेयो भजतां चिरसिद्धिदः ॥ २४ ॥
Que le Kāma-bīja soit placé à la bouche (au commencement) ; qu’à la fin soient ajoutés le bīja de Māyā et aussi l’« aṅkuśa ». Sache que cette forme est « parāṅmukha » (tournée vers l’extérieur) ; à ceux qui la vénèrent, elle accorde des accomplissements durables.
Verse 25
आदिमध्यावसानेषु सकारो दृश्यते यदि । स मन्त्रो बधिरः प्रोक्तः कष्टेनाल्पफलप्रदः ॥ २५ ॥
Si l’on voit la syllabe « sa » au commencement, au milieu ou à la fin (d’un mantra), ce mantra est dit « sourd » ; il ne donne qu’un faible fruit, et encore avec peine.
Verse 26
पञ्चार्णो यदि रेफर्कबिंदुवर्जितविग्रहः । नेत्रहीनस्तु विज्ञेयः क्लेशेनापि न सिद्धिदः ॥ २६ ॥
Si la forme du mantra à cinq syllabes est faite sans la lettre repha (r), sans arka (ra) et sans le bindu (point nasal), elle doit être comprise comme « sans yeux » ; même avec de grands efforts, elle n’accorde pas la siddhi.
Verse 27
आदिमध्यावसानेषु हंसः प्रासादवाग्भवौ । हंसेंदुर्वा सकारो वा फकारो वर्म वा पुन ॥ २७ ॥
Au commencement, au milieu et à la fin (de la formule prescrite), on peut placer la bīja « haṃsa » ; ou bien employer « prāsāda » et « vāgbhava ». Ou encore, on peut utiliser « haṃsa–indu », ou la syllabe « sa », ou la syllabe « pha », ou de nouveau la bīja protectrice appelée « varma ».
Verse 28
माप्रा नमामि च पदं नास्ति यस्मिन्स कीलितः । एवं मध्ये द्वयं मूर्ध्नि यस्मिन्नस्त्रलकारकौ ॥ २८ ॥
Dans le mot « māprā », et de même dans « namāmi », il n’y a aucune lettre « clouée/fixée » (c’est-à-dire marquée comme immobile). Ainsi, au milieu il y en a deux, et à la tête se trouvent les lettres qui servent de marqueurs techniques (lakāra).
Verse 29
न विद्येते स मंत्रस्तु स्तंभितः सिद्धिरोधकृत् । अग्निः पवनसंयुक्तो मनोर्यस्य तु मूर्द्धनि ॥ २९ ॥
Ce mantra n’« existe » pas véritablement (c’est-à-dire qu’il n’opère pas) ; il se trouve entravé et cause l’obstruction des siddhi (accomplissements spirituels). Pour celui dont la tête voit le feu (chaleur intérieure) uni au vent (souffle), l’esprit est alors troublé et empêché.
Verse 30
स सार्णो दृश्यते यस्तु स मंत्रो दग्धसंज्ञकः । अस्रं द्वाभ्यां त्रिभिः षड्भिरष्टाभिर्दृश्यतेऽक्षरेः ॥ ३० ॥
Le mantra dans lequel on observe un « sārṇa » (signe nasal ou proche du visarga, ou marque phonétique ajoutée) est appelé mantra « dagdha » (brûlé/défectueux). Une figure ou configuration mantrique nommée « asra » apparaît lorsqu’elle est formée de deux, trois, six ou huit syllabes (akṣara).
Verse 31
त्रस्तः स मंत्रो विज्ञेयो मुखे तारविवर्जितः । हकारः शक्तिरथवा भीतो मंत्रः स एव हि ॥ ३१ ॥
Un mantra doit être reconnu comme « effrayé » lorsque, dans la bouche (c’est-à-dire dans la récitation), il est privé du tāra, le praṇava « Oṃ ». La syllabe « ha » devient alors sa śakti ; en vérité, ce mantra même est dit « craintif » lorsqu’il est prononcé sans son tāra.
Verse 32
मनोर्यस्यादिमध्यांते स्यान्मकारचतुष्टयम् । मलिनस्तु स विज्ञेयो ह्यतिक्लेशेन सिद्धिदः ॥ ३२ ॥
Le mantra où la lettre « ma » apparaît quatre fois—au début, au milieu et à la fin—doit être tenu pour « impur » ; il ne donne l’accomplissement qu’au prix d’une peine excessive.
Verse 33
दार्णो यस्य मनोर्मध्ये मूर्ध्नि क्रोधयुगं तथा । अस्त्रं चास्ति स मंत्रस्तु तिरस्कृत उदीरितः ॥ ३३ ॥
Le mantra qui contient la syllabe « dārṇa » au milieu, porte en tête la paire de syllabes « krodha » et inclut encore la formule « astra », est proclamé « tiraskṛta », mantra de rejet et de sauvegarde.
Verse 34
म्योद्वयं हृदयं शीर्षे वषड्वौषट्कमध्यमः । यस्य स्याद्भेदितो मंत्रस्त्याज्यः क्लिष्टफलप्रदः ॥ ३४ ॥
Si un mantra place les deux syllabes « myo » à la fin, met le « hṛdaya » (graine du cœur) en tête et insère au milieu la formule vaṣaṭ/vauṣaṭ, alors ce mantra, brisé et mal agencé, doit être écarté, car il ne donne que des fruits pénibles et tourmentés.
Verse 35
त्र्यक्षरो हंसहीनो यः सुषुप्तः कीर्तितस्तु सः । विद्या वाप्यथवा मंत्रो भवेत्सप्तदशाक्षरः ॥ ३५ ॥
Ce qui n’a que trois syllabes et se trouve privé du (mystique) « haṃsa » est déclaré être l’état de sommeil profond (suṣupti). Mais une véritable vidyā ou un mantra est dit compter dix-sept syllabes.
Verse 36
षट्कारपंचकादिर्यो मदोन्मत्तस्तु स स्मृतः । यस्य मध्ये स्थितं चास्रं स मंत्रो मूर्च्छितः स्मृतः ॥ ३६ ॥
Le mantra qui débute par un amas de sons « ṣaṭkāra » et « pañcaka » est tenu pour « madonmatta », comme ivre et vacillant. Et le mantra au milieu duquel est placé un son âpre et tranchant (asra) est rappelé comme « mūrcchita », comme évanoui, sa force éclipsée.
Verse 37
विरामस्थानगं चास्रं हतवीर्यः स उच्यते । मंत्रस्यादौ च मध्ये च मूर्ध्नि चास्रचतुष्टयम् ॥ ३७ ॥
La syllabe du mantra qui tombe sur un lieu de pause est dite affaiblir sa puissance. Dans un mantra, il existe quatre points ‘asra’ : au début, au milieu, à la fin, et à la tête ou au sommet (la partie principale).
Verse 38
ज्ञातव्यो भ्रांत इत्येष यः स्यादष्टा दशाक्षरः । पुनर्विशतिवर्णो वा यो मंत्रः स्मरसंयुतः ॥ ३८ ॥
Sachez qu’est dit mantra ‘bhrānta’ (confus/égaré) celui qui compte dix-huit syllabes, ou encore vingt lettres, lorsqu’il est conjoint à des mots liés à Smara (Kāma, la passion érotique).
Verse 39
हृल्लेखाकुंशबीजाढ्यः प्रध्वस्तः स कथ्यते । सप्तार्णो बालमंत्रस्तु कुमारो वसुवर्णवान् ॥ ३९ ॥
Le mantra pourvu des bīja “hṛl”, “lekhā” et “kuṃśa” est appelé ‘Pradhvasta’. Le ‘Bāla-mantra’ de sept syllabes est nommé ‘Kumāra’ et il est doté de huit varṇa (unités phonémiques).
Verse 40
षोडशार्णो युवा प्रौढश्चत्वारिंशतिवर्णकः । त्रिंशद्वर्णश्चतुःषष्टिवर्णश्चापि शताक्षरः ॥ ४० ॥
Un mantra de seize syllabes est dit « jeune » ; celui de quarante syllabes est « mûr ». De même, il existe des mantras de trente syllabes, de soixante-quatre syllabes, et aussi de cent syllabes.
Verse 41
चतुःशताक्षरो मंत्रो वृद्ध इत्यभिधीयते । नवार्णस्तारसंयुक्तो मंत्रो निस्त्रिंश उच्यते ॥ ४१ ॥
Un mantra de quatre cents syllabes est appelé mantra « vṛddha » (déployé). Et un mantra de neuf syllabes, lorsqu’il est joint à Tārā (la syllabe « oṃ »), est nommé mantra « nistriṃśa ».
Verse 42
यस्यांते हृदयं प्रोक्तं शिरोमंत्रोऽथ मध्यगः । शिखा वर्म च यस्यांते नेत्रमस्रं च दृश्यते ॥ ४२ ॥
Dans cette séquence de nyāsa du mantra, le Mantra du Cœur (Hṛdaya) est prescrit à la fin ; le Mantra de la Tête (Śiro) est placé au milieu. À son terme se trouvent aussi les mantras de la Touffe (Śikhā) et de l’Armure (Varma), et l’on y voit également les mantras de l’Œil (Netra) et de l’Arme (Astra) à appliquer.
Verse 43
शिव शक्त्यार्णहीनो वा निर्बीजः स मनुः स्मृतः । आद्यंतमध्ये फट्कारः षोढा यस्मिन्प्रदृश्यते ॥ ४३ ॥
Le mantra dépourvu des syllabes de Śiva et de Śakti est tenu en mémoire comme « nirbīja » (sans semence). C’est ce mantra où l’on voit l’énoncé « phaṭ » apparaître en six formes — au début, à la fin et au milieu.
Verse 44
स मनुः सिद्धिहीनः स्यान्मंदः पंक्त्यक्षरो मनुः । कूट एकाक्षरो मंत्रः स एवोक्तो निरंशकः ॥ ४४ ॥
Un mantra (manu) privé de siddhi est tenu pour faible. Le mantra formé d’une suite de syllabes est appelé « manu ». Mais un « kūṭa » est un mantra d’une seule syllabe ; lui seul est dit « niraṃśaka » (sans parties).
Verse 45
द्विवर्णः सत्त्वहीनः स्यात्केकरश्चतुरक्षरः । षड्वर्णो बीजहीनो वा सार्द्धसप्ताक्षरोऽपि वा ॥ ४५ ॥
On dit qu’un mantra de deux syllabes est sans efficacité ; et un mantra de quatre syllabes de type « kekara » est aussi fautif. De même, un mantra de six syllabes dépourvu de bīja, ou même un mantra de sept syllabes et demie, est tenu pour défectueux.
Verse 46
सार्द्धद्वादशवर्णो वा धूमितो र्निदितस्तु सः । सार्द्धबीजत्रययुतो मंत्रो विंशतिवर्णवान् ॥ ४६ ॥
Ce mantra, s’il comporte douze syllabes et demie, est appelé « Dhūmita » et se trouve blâmé. Mais lorsqu’il est pourvu de trois bījas et demie, le mantra devient alors un mantra de vingt syllabes.
Verse 47
त्रिंशद्वर्णश्चैकविंशद्वर्णश्चार्लिंगितस्तु सः । यो मंत्रो दंतवर्णस्तु मोहितः स तु कीर्तितः ॥ ४७ ॥
Le mantra qui se distingue par trente sons syllabiques, et aussi par vingt et un sons, et qui porte la marque de la classe dentaire des lettres, est proclamé le mantra « Mohita » (qui égare).
Verse 48
चतुर्विशतिवर्णो वा सप्तविंशतिवर्णवान् । क्षुधार्तः स तु विज्ञेयो मंत्रसिद्धिविवर्जितः ॥ ४८ ॥
Qu’un mantra comporte vingt-quatre syllabes ou vingt-sept—si le pratiquant est tourmenté par la faim, il faut comprendre qu’il est privé de l’accomplissement du mantra (mantra-siddhi).
Verse 49
एकादशाक्षरो वापि पंचविंशतिवर्णकः । त्रयोर्विंशतिवर्णो वा स मनुर्दृप्तसंज्ञकः ॥ ४९ ॥
Un mantra peut avoir onze syllabes, ou se composer de vingt-cinq lettres, ou même de vingt-trois ; un tel mantra est connu sous l’appellation « Dṛpta ».
Verse 50
षड्विंशत्यक्षरो वापि षट्त्रिंशद्वर्णंकोऽपि वा । एकोन त्रिंशदर्णो वा मंत्रो हीनांगकः स्मृतः ॥ ५० ॥
Un mantra de vingt-six syllabes, ou même de trente-six lettres, ou de vingt-neuf lettres, est tenu pour un mantra « hīnāṅgaka », aux membres défectueux.
Verse 51
अष्टाविंशतिवर्णो वा तथैकत्रिंशदर्णकः । अतिक्रूरः स विज्ञेयोऽखिलकर्मसु गर्हितः ॥ ५१ ॥
Qu’elle comporte vingt-huit syllabes ou de même trente et une, cette (formule/mantra) doit être tenue pour excessivement farouche et elle est blâmée pour tous les rites et toutes les actions.
Verse 52
चत्वारिंशत्समारभ्य त्रिषष्ट्यंतस्तु यो मनुः । व्रीडितः स तु विज्ञेयः सर्वकर्मसु न क्षमः ॥ ५२ ॥
De quarante à soixante-trois ans, celui dont l’esprit est saisi de pudeur craintive doit être reconnu comme inapte à entreprendre quelque action que ce soit.
Verse 53
पञ्चषष्ट्यक्षरा मन्त्रा ज्ञेया वै शांतमानसाः । पञ्चषष्ट्यर्णमारभ्य नवनन्दाक्षरावधि ॥ ५३ ॥
Ceux dont l’esprit est paisible doivent connaître les mantras de soixante-cinq syllabes, depuis le compte de soixante-cinq jusqu’à la mesure dite nava-nanda.
Verse 54
ये मंत्रास्ते तु विज्ञेयाः स्थानभ्रष्टा मुनीश्वर । त्रयोदशार्णा ये मन्त्रास्तिथ्यर्णाश्च तथा पुनः ॥ ५४ ॥
Ô seigneur parmi les sages, ces mantras doivent être compris comme «sthāna-bhraṣṭa», c’est-à-dire déplacés de leur juste place. De même, les mantras de treize syllabes, et encore ceux dont les syllabes sont disposées selon le jour lunaire (tithi), doivent être reconnus selon ce même terme technique.
Verse 55
विकसास्तें समाख्याताः सर्वतंत्रविशारदैः । शतं सार्द्धशतं वापि शतद्वयमथापि वा ॥ ५५ ॥
Ces «vikāsa» ont été décrits par ceux qui sont versés dans tous les tantras et les śāstras : on dit qu’ils sont cent, ou cent cinquante, voire deux cents.
Verse 56
द्विनवत्येकहीनो वा शतत्रयमथापि वा । ये मंत्रा वर्णसंख्याका निःस्नेहास्ते प्रकीर्तिताः ॥ ५६ ॥
Les mantras mesurés uniquement par le nombre de syllabes—qu’ils soient quatre-vingt-onze (une de moins que quatre-vingt-douze) ou même trois cents—sont déclarés «sans onction», c’est-à-dire dépourvus de force intérieure et d’efficacité dévotionnelle.
Verse 57
चतुःशतं समारभ्य सहस्रार्णावधि द्विज । अतिवृद्धाः प्रयोगेषु शिथिलास्ते समीरिताः ॥ ५७ ॥
Ô deux-fois-né, depuis la mesure de quatre cents jusqu’à la limite de mille syllabes, ces textes sont dits démesurément longs et, dans l’usage rituel, ils deviennent relâchés et sans efficacité.
Verse 58
सहस्रवर्णदधिका मंत्रास्ते पीडिताह्वयाः । तद्वर्द्ध्वं चैव ये मंत्राः स्तोत्ररूपास्तु ते स्मृताः ॥ ५८ ॥
Les mantras qui contiennent plus de mille syllabes sont appelés pīḍitāhvaya. Et ceux qui dépassent encore cette mesure sont tenus pour des stotras, des hymnes de louange.
Verse 59
एवं विधाः समाख्याता मनवो दोष संयुताः । दोषानेतानविज्ञाय मंत्रानेताञ्जपन्ति ये ॥ ५९ ॥
Ainsi ont été exposés ces types (de fautes du mantra). Les êtres s’attachent aux défauts; et ceux qui, sans connaître ces défauts, récitent de tels mantras, encourent eux aussi la faute qui en résulte.
Verse 60
सिद्धिर्न जायते तेषां कल्पकोटिशतैरपि । छिन्नादिदोषदुष्टानां मंत्राणां साधनं ब्रुवे ॥ ६० ॥
Pour de tels mantras, viciés par des défauts tels que la rupture, l’accomplissement ne naît pas même au bout de centaines de crores d’âges. À présent, j’exposerai la méthode juste pour les accomplir (les rectifier et les employer avec succès).
Verse 61
योनिमुद्रासने स्थित्वा प्रजपेद्यः समाहितः । यं कंचिदपि वा मंत्रं तस्य स्युः सर्वसिद्धयः ॥ ६१ ॥
Établi dans la posture nommée Yoni-mudrā, celui qui, l’esprit parfaitement recueilli, récite quelque mantra que ce soit, voit s’épanouir pour lui toutes les siddhis (accomplissements).
Verse 62
सव्यपाष्णि गुदे स्थाप्य दक्षिणं च ध्वजोपरि । योनिमुद्राबंध एवं भवेदासनमुत्तमम् ॥ ६२ ॥
En plaçant le talon gauche à l’anus et le talon droit sur le liṅga, qu’on applique le verrou nommé Yoni-mudrā ; ainsi se forme un āsana excellent.
Verse 63
अन्योऽप्यत्र प्रकारोऽस्ति योनिमुद्रानिबंधने । तदग्रे सरहस्यं ते कथयिष्यामि नारद ॥ ६३ ॥
Il existe ici une autre manière d’appliquer la Yoni-mudrā. Après cela, ô Nārada, je te l’exposerai avec son sens secret (intérieur).
Verse 64
पारंपर्यक्रमप्राप्तो नित्यानुष्टानतत्परः । गुर्वनुज्ञारतः श्रीमानभिषेकसमन्वितः ॥ ६४ ॥
Ayant obtenu (son savoir et sa charge) selon l’ordre de la lignée traditionnelle, appliqué aux observances quotidiennes, agissant toujours avec l’agrément du Guru et comblé d’une prospérité de bon augure, il est dûment investi par l’abhiṣeka (consécration).
Verse 65
सुंदरः सुमुखः शांतः कुलीनः सुलभो वशी । मंत्रतंत्रार्थतत्त्वज्ञो निग्रहानुग्रहक्षमः ॥ ६५ ॥
Il est beau, au visage agréable et paisible ; de noble lignée, facile d’accès et maître de lui. Il connaît la vérité des principes et des sens du mantra et du tantra, et peut à la fois réfréner (au besoin) et accorder la grâce.
Verse 66
निरपेक्षो मुनिर्दांतो हितवादी विचक्षणः । तत्त्वनिष्कासने दक्षो विनयी च सुवेषवान् ॥ ६६ ॥
Un muni doit être sans dépendance, maîtrisé, et ne dire que ce qui est bénéfique ; clairvoyant, habile à faire surgir l’essence de la vérité, humble, et d’une tenue correcte et pure.
Verse 67
आश्रमी ध्याननिरतः संशयच्छित्सुवुद्धिमान् । नित्यानुष्टानसंयुक्तस्त्वाचार्यः परिकीर्तितः ॥ ६७ ॥
Celui qui vit selon les disciplines de l’āśrama, demeure voué à la méditation, est sage et capable de trancher les doutes, et reste ferme dans les observances quotidiennes obligatoires—celui-là est proclamé Ācārya (véritable maître).
Verse 68
शांतो विनीतः शुद्धात्मा सर्वलक्षणसंयुतः । शमादिसाधनोपेतः श्रद्धावान् सुस्थिराशयः ॥ ६८ ॥
Il est paisible, humble, au cœur pur, et pourvu de tous les signes auspices; muni des disciplines commençant par la maîtrise de soi (śama) et autres, plein de foi (śraddhā) et ferme dans sa résolution.
Verse 69
शुद्धदेहोऽन्नपानद्यैर्द्धार्मिकः शुद्धमानसः । दृढव्रतसमाचारः कृतज्ञः पापभीरुकः ॥ ६९ ॥
Il garde son corps pur par une nourriture, une boisson et autres choses appropriées; il est juste selon le dharma et l’esprit purifié. Ferme dans l’observance de ses vœux (vrata), il est reconnaissant et craint le péché (prenant garde d’éviter le mal).
Verse 70
गुरुध्यानस्तुतिकथासेवनासक्तमानसः । एवंविधो भवेच्छिष्यस्त्वन्यथा गुरुदुःखदः ॥ ७० ॥
Le disciple doit avoir l’esprit attaché à la méditation sur le Guru, à sa louange, à l’écoute des récits le concernant et à son service. Tel est le disciple convenable; autrement, il devient cause de peine pour le Guru.
Verse 71
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने तृतीयपादे चतुष्षष्टितमोऽध्यायः ॥ ६४ ॥
Ainsi s’achève le soixante-quatrième chapitre, dans la Troisième Section (troisième Pāda) du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna), au sein du Pūrva-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.
Because dīkṣā is framed as the rite that both purifies (sin-destruction) and installs an inner divine disposition, thereby conferring śakti/adhikāra so that mantra-japa becomes potent and goal-fulfilling rather than merely phonetic repetition.
Āgneya and saumya are treated as ritual-energetic streams: āgneya aligns with fiery activation (linked to piṅgalā flow), while saumya aligns with lunar/gentle activation (linked to left-side flow). The classification also maps onto fierce vs. pacific ritual outcomes.
The chapter states that japa performed during sleep yields fruit that is harmful or meaningless, implying that mantra efficacy requires conscious prāṇa establishment and intentional recitation rather than unconscious utterance.
Mantra-doṣa refers to defects in structure, phonetics, bīja placement, sequencing, or syllable-count that weaken or invert the mantra’s protective power, delaying or preventing siddhi and potentially causing obstruction or adverse effects.
The ācārya is described as tradition-grounded, ethically disciplined, pure, discerning, and capable of both restraint and grace; the disciple is defined by devotion expressed through guru-meditation, praise, attentive listening, and service—otherwise becoming a burden and sorrow to the teacher.