
Après que Sūta a cadré la poursuite de l’enseignement, Nārada—ému par la Gaṅgā-māhātmya précédente—prie Sanaka d’exposer les vœux (vrata) de Hari qui plaisent à Viṣṇu et unissent pravṛtti et nivṛtti. Sanaka décrit alors un cycle méthodique de Dvādaśī-vrata, observé le douzième jour de la quinzaine claire, mois après mois de Mārgaśīrṣa à Kārtika : jeûne, règles de pureté, abhiṣeka (souvent avec des mesures de lait précisées), mantra adressé à un Nom particulier de Viṣṇu (Keśava, Nārāyaṇa, Mādhava, Govinda, Trivikrama, Vāmana, Śrīdhara, Hṛṣīkeśa, Padmanābha, Dāmodara), nombres de homa (notamment 108), veille nocturne (jāgaraṇa) et dāna ciblé (sésame, kṛśarā, riz, blé, miel, apūpas, vêtements, or). Le chapitre culmine avec le rite annuel d’achèvement (udyāpana) au Kṛṣṇa Dvādaśī de Mārgaśīrṣa : édification d’un maṇḍapa, tracé du sarvatobhadra, douze kumbhas, offrande d’une pratimā de Lakṣmī-Nārāyaṇa ou d’une valeur équivalente, abhiṣeka au pañcāmṛta, audition du Purāṇa, grand homa de sésame, repas offert à douze brāhmaṇas et don à l’ācārya. La phala-śruti promet l’effacement des fautes, l’élévation des lignées, l’accomplissement des buts désirés et l’accès à la demeure de Viṣṇu ; même l’écoute ou la récitation confère un mérite égal au Vājapeya.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । साधु सूत महाभाग त्वयातिकरुणात्मना । श्रावितं सर्वपापघ्नं गङ्गामाहात्म्यमुत्तमम् ॥ १ ॥
Les sages dirent : « Bien dit, ô Sūta, ô toi le très fortuné ! Avec un cœur empli d’une compassion exceptionnelle, tu nous as récité la gloire suprême de la Gaṅgā, destructrice de tous les péchés. »
Verse 2
श्रुत्वा तु गङ्गामाहात्म्यं नारदो देवदर्शनः । किं पप्रच्छ पुनः सूत सनकं मुनिसत्तमम् ॥ २ ॥
Après avoir entendu la grandeur de la Gaṅgā, Nārada—qui a la vision des dieux—interrogea de nouveau Sanaka, le plus éminent des sages. « Ô Sūta, que demanda-t-il ? »
Verse 3
सूत उवाच । श्रृणुध्वमृषयः सर्वे नारदेन सुरर्षिणा । पृष्टं पुनर्यथा प्राह प्रवक्ष्यामि तथैव तत् ॥ ३ ॥
Sūta dit : «Écoutez, ô rishis, vous tous. Je rapporterai exactement comme cela fut énoncé—la réponse que le rishi divin Nārada donna lorsqu’on l’interrogea de nouveau.»
Verse 4
नानाख्यानेतिहासाड्यं गङ्गामाहात्म्यमुत्तमम् । श्रुत्वा ब्रह्मसुतो भूयः पृष्टवानिदमादरात् ॥ ४ ॥
Après avoir entendu la gloire suprêmement excellente de la Gaṅgā—riche de maints récits et d’antiques histoires—le fils de Brahmā posa de nouveau cette question avec respect.
Verse 5
नारद उवाच । अहोऽतिधन्यं सुकृतैकसारं श्रुतं मया पुण्यमसंवृतार्थम् । गाङ्गेयमाहात्म्यमघप्रणाशि त्वत्तो मुने कारुणिकादभीष्टम् ॥ ५ ॥
Nārada dit : «Ah ! Je suis comblé de bénédiction : j’ai entendu de toi, ô muni naturellement compatissant, l’essence même du mérite—la sainte grandeur de la Gaṅgā, au sens limpide, qui détruit le péché et accorde ce qui est désiré.»
Verse 6
ये साधवः साधु भजन्ति विष्णुं स्वार्थं परार्थं च यतन्त एव । नानोपदेशैः सुविमुग्धचित्तं प्रबोधयन्ति प्रसभं प्रसन्नम् ॥ ६ ॥
Les véritables saints qui vénèrent justement Viṣṇu s’efforcent sans relâche pour leur propre bien et pour celui d’autrui ; par maints enseignements, ils éveillent avec force l’esprit profondément égaré et le rendent paisible et joyeux.
Verse 7
ततः समाख्याहि हरेर्व्रतानि कृतैश्च यैः प्रीतिमुपैति विष्णुः । ददाति भक्तिं भजतां दयालुर्मुक्तिस्तु तस्या विदिता हि दासी ॥ ७ ॥
Ainsi, raconte, je t’en prie, les vœux sacrés de Hari—par l’accomplissement desquels Viṣṇu est satisfait. Le Seigneur compatissant accorde la bhakti à ceux qui L’adorent, et la délivrance (mukti) est connue comme la servante de cette dévotion.
Verse 8
ददाति मुक्तिं भजतां मुकुन्दो व्रतार्चनध्यानपरायणानाम् । भक्तानुसेवासु महाप्रयासं विमृश्य कस्यापि न भक्तियोगम् ॥ ८ ॥
Mukunda accorde la délivrance à ceux qui L’adorent—à ceux qui se vouent aux vœux (vrata), au culte (arcana) et à la méditation (dhyāna). En considérant l’immense effort qu’exige le service des dévots, qu’on ne rejette pas le bhakti-yoga comme « l’affaire d’autrui » ou comme inférieur.
Verse 9
प्रवृत्तं च निवृत्तं च यत्कर्म हरितो षणम् । तदाख्याहि मुनिश्रेष्ठ विष्णुभक्तोऽसि मानद ॥ ९ ॥
Ô meilleur des sages, expose-moi la conduite (karma) prescrite pour Hari—tant la voie de l’engagement dans le monde (pravṛtti) que la voie du retrait (nivṛtti). Tu es un dévot de Viṣṇu, ô dispensateur d’honneur.
Verse 10
सनक उवाच । साधु साधु मुनिश्रेष्ट भक्तस्त्वं पुरुषोत्तमेः । भूयो भूयो यतः पुच्छेश्चरित्रं शार्ङ्गधन्वनः ॥ १० ॥
Sanaka dit : « Bien dit, bien dit, ô meilleur des sages ! Tu es vraiment dévot du Suprême, Puruṣottama. Puisque tu interroges encore et encore sur les actes du Porteur de l’arc Śārṅga, je vais parler. »
Verse 11
व्रतानि ते प्रवक्ष्यामि लोकोपकृतिमन्ति च । प्रसीदति हरिर्यैस्तु प्रयच्छत्यभयं तथा ॥ ११ ॥
Je t’énoncerai les vœux sacrés (vrata) qui sont bénéfiques au monde ; en les observant, Hari s’en trouve satisfait et accorde pareillement l’intrépidité (abhaya).
Verse 12
यस्य प्रसन्नो भगवान्यज्ञलिङ्गो जनार्दनः । इहामुत्र सुखं तस्य तपोवृद्धिश्च जायते ॥ १२ ॥
Celui envers qui le Seigneur bienheureux Janārdana—dont le signe même est le yajña, le sacrifice sacré—se montre satisfait, connaît le bonheur ici-bas et dans l’au-delà, et son tapas, son ascèse spirituelle, s’accroît aussi.
Verse 13
येन केनाप्युपायेन हरिपूजापरायणाः । प्रयान्ति परमं स्थानमिति प्राहुर्महर्षयः ॥ १३ ॥
Par quelque moyen que ce soit, ceux qui se vouent entièrement au culte de Hari atteignent la Demeure suprême—ainsi l’ont proclamé les grands ṛṣi.
Verse 14
मार्गशीर्षे सिते पक्षे द्वादश्यां जलशायिनम् । उपोषितोऽर्चयेत्सम्यङ् नरः श्रद्धासमन्वितः ॥ १४ ॥
Au mois de Mārgaśīrṣa, dans la quinzaine claire, au douzième jour lunaire (Dvādaśī), l’homme qui a jeûné doit adorer comme il se doit Viṣṇu, Celui qui repose sur les eaux, avec une foi inébranlable.
Verse 15
स्नात्वा शुक्लाम्बरधरो दन्तधावनपूर्वकम् । गन्धपुष्पाक्षतैर्धूपै र्दीपैर्नैवेद्यपूर्वकैः ॥ १५ ॥
Après s’être baigné, revêtu de vêtements blancs et purs, et après s’être d’abord nettoyé les dents, qu’on accomplisse le culte avec parfums, fleurs, akṣata (riz intact), encens, lampes et offrandes de nourriture (naivedya).
Verse 16
वाग्यतो भक्तिभावेन मुनिश्रेष्टार्चयेद्धरिम् । केशवाय नमस्तुभ्यमिति विष्णुं च पूजयेत् ॥ १६ ॥
La parole maîtrisée et le cœur empli de bhakti, le plus excellent des munis doit adorer Hari. En disant : «Hommage à Toi, ô Keśava», qu’il rende à Viṣṇu une vénération parfaite.
Verse 17
अष्टोत्तरशतं हुत्वा वन्हौ घृततिलाहुतीः । रात्रौ जागरणं कुर्याच्छालग्रामसमीपतः ॥ १७ ॥
Après avoir offert cent huit oblations de ghee et de sésame dans le feu sacré, qu’on veille toute la nuit à proximité du Śālagrāma.
Verse 18
स्नापयेत्प्रस्थपयसा नारायणमनामयम् । गीतैर्वाद्यैश्च नैवेद्यैर्भक्ष्यैर्भोज्यैश्च केशवम् ॥ १८ ॥
Qu’on baigne Nārāyaṇa—le Seigneur sans tache, exempt de maladie—avec une mesure de prastha de lait, puis qu’on adore Keśava par des chants de bhakti et des instruments de musique, et par des offrandes (naivedya) de mets et de nourritures apprêtées.
Verse 19
त्रिकालं पूजयेद्भक्त्या महालक्ष्म्या समन्वितम् । पुनः कल्ये समुत्थाय कृत्वा कर्म यथोचितम् ॥ १९ ॥
Avec dévotion, qu’on adore (le Seigneur) aux trois jonctions du jour, accompagné de Mahālakṣmī. Puis, de nouveau, en se levant à l’aube, qu’on accomplisse ses devoirs comme il convient.
Verse 20
पूर्ववत्पूजयेद्वेवं वाग्यतो नियतः शुचिः । पायसं घृतसंमिश्रं नालिकेरफलान्वितम् ॥ २० ॥
Comme précédemment, l’adorateur—maîtrisant sa parole, discipliné et pur—doit accomplir le culte en offrant du riz au lait sucré (pāyasa) mêlé de ghee, accompagné de noix de coco.
Verse 21
मन्त्रेणानेन विप्राय दद्याद्भक्त्या सदक्षिणम् । केशवः केशिहा देवः सर्वसंपत्प्रदायकः ॥ २१ ॥
Par ce mantra même, qu’on donne avec dévotion à un brāhmaṇa une offrande convenable accompagnée de dakṣiṇā; car Keśava—le Dieu qui terrassa Keśin—est le dispensateur de toute prospérité.
Verse 22
परमान्नप्रदानेन मम स्यादिष्टदायकः । ब्राह्मणान्भोजयेत्पश्चाच्छक्तितो बन्धुभिः सह ॥ २२ ॥
Par l’offrande du mets cuit le plus excellent (paramānna), il devient pour moi celui qui accorde ce qui est désiré. Ensuite, selon ses moyens, qu’il nourrisse les brāhmaṇas, avec ses proches.
Verse 23
नारायण परो भूत्वा स्वयं भुञ्जीत वाग्यतः । इति यः कुरुते भक्त्या केशवार्चनमुत्तमम् ॥ २३ ॥
Devenant tout entier voué à Nārāyaṇa et maîtrisant sa parole, qu’on prenne sa nourriture avec discipline. Celui qui, de cette manière, accomplit avec bhakti l’adoration suprême de Keśava—son culte est vraiment excellent.
Verse 24
स पौंडरीकयज्ञस्य फलमष्टगुणं लभेत् । पौषमासे सिते पक्षे द्वादश्यां समुपोषितः ॥ २४ ॥
Celui qui observe un jeûne complet à la Dvādaśī, durant la quinzaine claire du mois de Pauṣa, obtient un mérite huit fois supérieur au sacrifice Pauṇḍarīka.
Verse 25
नमो नारायणायेति पूजयेत्प्रयतो हरिम् । पयसा स्नाप्य नैवेद्यं पायसं च समर्पयेत् ॥ २५ ॥
Avec une dévotion concentrée, qu’on adore Hari en disant : « Namo Nārāyaṇāya ». Après l’avoir baigné de lait, qu’on offre le naivedya, surtout le pāyasa, riz au lait sucré.
Verse 26
रात्रौ जागरणं कुर्यात्र्रिकालार्चनतत्परः । धूपैर्दीपैश्च नैवेद्यैर्गन्धैः पुष्पैर्मनोरमैः ॥ २६ ॥
Qu’il veille la nuit, voué à l’adoration aux trois moments sacrés, offrant encens et lampes, offrandes de nourriture, parfums et fleurs ravissantes.
Verse 27
तृणैश्च गीतवाद्याद्यैः स्तोत्रैश्चाप्यर्ययेद्धरिम् । कृशरान्नं च विप्राय दद्यात्सघृतदक्षिणम् ॥ २७ ॥
Avec des herbes sacrées, avec le chant et les instruments, et aussi par des hymnes, qu’on adore Hari. Qu’on donne encore à un brāhmaṇa du kṛśarā (riz aux légumineuses) en nourriture, avec du ghee et une dakṣiṇā (don d’honneur).
Verse 28
सर्वात्मा सर्वलोकेशः सर्वव्यापी सनातनः । नारायणः प्रसन्नः स्यात्कृशरान्नप्रदानतः ॥ २८ ॥
Nārāyaṇa—le Soi de tous, le Seigneur de tous les mondes, l’Omniprésent et l’Éternel—se réjouit lorsqu’on Lui offre en don la nourriture appelée kṛśarā.
Verse 29
मंत्रेणानेन विप्राय दत्त्वा वै दानमुत्तमम् । द्विजांश्च भोजेयच्छक्त्या स्वयमद्यात्सबान्धवः ॥ २९ ॥
Après avoir offert, avec ce mantra même, le don excellent à un brāhmane, qu’on nourrisse, selon ses moyens, les « deux-fois-nés »; puis qu’on prenne soi-même le repas avec ses proches.
Verse 30
एवं संपूजयेद्भक्त्या देवं नारायणं प्रभुम् । अग्निष्टोमाष्टकफलं स संपूर्णमवाप्नुयात् ॥ ३० ॥
Ainsi, en adorant avec bhakti le Seigneur Nārāyaṇa, on obtient pleinement un mérite égal au fruit octuple du sacrifice Agniṣṭoma.
Verse 31
माघस्य शुक्लद्वादश्यां पूर्ववत्समुपोषितः । नमस्ते माधवायेति हुत्वाष्टौ च घृताहुतीः ॥ ३१ ॥
Au douzième jour de la quinzaine claire de Māgha, après avoir jeûné comme auparavant, qu’on verse dans le feu huit oblations de ghee en disant : « Hommage à Mādhava ! »
Verse 32
पूर्वमानेन पयसा स्नापयेन्माधवं तदा । पुष्पगन्धाक्षतैरर्चेत्सावधानेन चेतसा ॥ ३२ ॥
Ensuite, qu’on baigne Mādhava avec du lait selon la même mesure prescrite qu’auparavant; puis, l’esprit attentif et recueilli, qu’on L’adore avec des fleurs, des parfums et de l’akṣata, des grains de riz intacts.
Verse 33
रात्रौ जागरणं कुर्यात्पूर्ववद्भक्तिसंयुतः । कल्यकर्म च निर्वर्त्य माधवं पुनरर्चयेत् ॥ ३३ ॥
La nuit, animé de bhakti comme auparavant, qu’il veille; puis, après avoir accompli selon le rite les actes auspices, qu’il adore de nouveau Mādhava (Viṣṇu).
Verse 34
प्रस्थं तिलानां विप्राय दद्याद्वै मन्त्रपूर्वकम् । सदक्षिणं सवस्त्रंच सर्वपापविमुक्तये ॥ ३४ ॥
Pour être entièrement délivré de tous les péchés, qu’on offre rituellement à un brāhmane une mesure (prastha) de graines de sésame, précédée des mantras requis, avec la dakṣiṇā et des vêtements.
Verse 35
माधवः सर्वभूतात्मा सर्वकर्मफलप्रदः । तिलदानेन महता सर्वान्कामान्प्रयच्छतु ॥ ३५ ॥
Puisse Mādhava—l’Âme intime de tous les êtres et le dispensateur des fruits de tout acte—par ce grand don de sésame, accorder tous les buts désirés.
Verse 36
मन्त्रेणानेन विप्राय दत्त्वा भक्तिसमन्वितः । ब्रह्मणान्भोजयेच्छक्त्या संस्मरन्माधवं प्रभुम् ॥ ३६ ॥
Après avoir donné l’offrande à un brāhmane avec dévotion au moyen de ce mantra même, qu’il nourrisse ensuite, selon ses moyens, les brāhmanes, en se souvenant de Mādhava, le Seigneur suprême.
Verse 37
एवं यः कुरुते भक्त्या तिलदाने व्रतं मुने । वाजपेय शतस्यासौ संपूर्णं फलमाप्नुयात् ॥ ३७ ॥
Ô sage, quiconque accomplit avec bhakti ce vœu de tiladāna (don de sésame) obtient le mérite parfait, égal à celui de cent sacrifices Vājapeya.
Verse 38
फाल्गुनस्य सिते पक्षे द्वादश्यां समुपोषितः । गोविन्दाय नमस्तुभ्यमिति संपूजयेद्व्रती ॥ ३८ ॥
Durant la quinzaine claire de Phālguna, après avoir observé comme il se doit le jeûne au douzième jour lunaire, l’observant du vœu doit adorer pleinement le Seigneur en disant : «Hommage à Toi, ô Govinda.»
Verse 39
अष्टोत्तगरशतं दृत्वा घृतमिश्रतिलाहुतीः । पूर्वमानेन पयसा गोविन्दं स्नापयेच्छुचिः ॥ ३९ ॥
Après avoir offert cent huit oblations de sésame mêlé de ghee, le dévot purifié doit baigner Govinda de lait, mesuré selon la règle prescrite.
Verse 40
रात्रौ जागरणं कुर्यात्र्रिकालं पूजयेत्तथा । प्रातः कृत्यं समाप्याथ गोविन्दं पूजयेत्पुनः ॥ ४० ॥
La nuit, qu’il veille (jāgaraṇa) et, de même, qu’il adore le Seigneur aux trois moments du jour. Puis, après avoir accompli les devoirs du matin, qu’il adore de nouveau Govinda.
Verse 41
व्रीह्याढकं च विप्राय दद्याद्वस्त्रं सदक्षिणम् । नमो गोविन्द सर्वेश गोपिकाजनवल्लभ ॥ ४१ ॥
Qu’on donne à un brāhmane une mesure āḍhaka de riz, ainsi qu’un vêtement avec la dakṣiṇā. (Puis qu’on prie :) «Hommage à Govinda, Seigneur de tout, bien-aimé de l’assemblée des gopīs.»
Verse 42
अनेन धान्य दानेन प्रीतो भव जगद्गुरो । एवं कृत्वा व्रतं सम्यक् सर्वपापविवर्जितः ॥ ४२ ॥
Ô Maître du monde, sois satisfait par ce don de grain. Ainsi, en accomplissant correctement le vœu de manière parfaite, on se trouve délivré de tous les péchés.
Verse 43
गोमेधमखजं पुण्यं सम्पूर्णं लभते नरः । चैत्रमासे सिते पक्षे द्वादश्यां समुपोषितः ॥ ४३ ॥
Celui qui observe selon la règle le jeûne au jour de Dvādaśī, durant la quinzaine claire du mois de Caitra, obtient pleinement le mérite sacré issu du sacrifice Go-medha.
Verse 44
नमोऽस्तु विष्णवे तुभ्यमिति पूर्ववदर्चयेत् । क्षीरेण स्नापयेद्विष्णुं पूर्वमानेन शक्तितः ॥ ४४ ॥
Qu’on L’adore comme auparavant en récitant : « Namo’stu Viṣṇave tubhyam » — « Hommage à Toi, ô Viṣṇu ». Puis, selon ses moyens et dans la même mesure prescrite précédemment, qu’on baigne le Seigneur Viṣṇu avec du lait.
Verse 45
तथैव स्नापयेद्विप्र घृतप्रस्थेन सादरम् । कृत्वा जागरणं रात्रौ पूजयेत्पूर्ववद्व्रती ॥ ४५ ॥
De même, ô brāhmaṇa, qu’on baigne (la Divinité) avec respect d’une mesure d’un prastha de ghee (ghṛta). Après avoir veillé toute la nuit (jāgaraṇa), l’observant du vœu doit adorer de nouveau, comme auparavant.
Verse 46
ततः कल्ये समुत्थाय प्रातः कृत्यं समाप्य च । अष्टोत्तरशतं हुत्वा मध्वाज्यतिलमिश्रितम् ॥ ४६ ॥
Ensuite, à l’aube, s’étant levé et ayant accompli les devoirs du matin prescrits, qu’il offre cent huit oblations (āhuti) avec un mélange de miel, de ghee et de graines de sésame.
Verse 47
सदक्षिणं च विप्राय दद्याद्वै तण्डुलाढकम् । प्राणरुपी महाविष्णुः प्राणदः सर्ववल्लभः ॥ ४७ ॥
Qu’on donne assurément à un brāhmaṇa une mesure (āḍhaka) de riz, avec la dakṣiṇā prescrite. Mahāviṣṇu, qui demeure sous la forme du souffle vital (prāṇa), est le Donneur de vie et le Bien-aimé de tous.
Verse 48
तण्डुलाढकदानेन प्रीयतां मे जनार्दनः । एवं कृत्वा नरो भक्त्या सर्वपापविवर्जितः ॥ ४८ ॥
En offrant une mesure āḍhaka de riz, que Janārdana soit satisfait de moi. L’ayant accompli avec bhakti, l’homme se trouve délivré de tous les péchés.
Verse 49
अत्यन्गिष्टोमयज्ञस्य फलमष्टगुणं लभेत् । वैशाखशुक्लद्वादश्यामुपोष्य मधुसूदनम् ॥ ४९ ॥
Celui qui observe le jeûne (upavāsa) pour Madhusūdana au jour de Śukla Dvādaśī, le douzième de la quinzaine claire de Vaiśākha, reçoit un mérite huit fois supérieur au fruit du sacrifice Aṅgiṣṭoma.
Verse 50
द्रोणक्षीरेण देवेशं स्नापयेद्भक्तिंसंयुतः । जागरं तत्र कर्त्तव्यं त्रिकालार्चनसंयुतम् ॥ ५० ॥
Avec bhakti, qu’on baigne Devēśa, le Seigneur des dieux, d’une mesure droṇa de lait. Là, il faut aussi veiller (jāgara), en y joignant l’adoration aux trois temps du jour.
Verse 51
नमस्ते मधुहन्त्रे च जुहुयाच्छक्तितो घृतम् । अष्टोत्तरशतं प्रोर्च्य विधिवन्मधुसूदनम् ॥ ५१ ॥
En disant : «Hommage à Toi, ô vainqueur de Madhu», qu’on verse du ghee dans le feu selon sa capacité. Puis, après avoir récité comme il se doit le Nom «Madhusūdana» cent huit fois, qu’on accomplisse le rite selon la règle.
Verse 52
विपापो ह्यश्वमेधानामष्टानां फलमाप्नुयात् । ज्येष्टमासे सिते पक्षे द्वादश्यामुपवासकृत् ॥ ५२ ॥
Celui qui jeûne au jour de Dvādaśī de la quinzaine claire du mois de Jyeṣṭha devient sans péché et obtient un mérite égal à celui de huit sacrifices Aśvamedha.
Verse 53
क्षीरेणाढकमानेन स्नापयेद्यस्त्रिविक्तमम् । नमस्त्रिविक्तमायेति पूजयेद्भक्तिसंयुतः ॥ ५३ ॥
Celui qui baigne Trivikrama avec une mesure d’un āḍhaka de lait et L’adore avec bhakti, en récitant le mantra « Namah Trivikrāmāya » (“Hommage à Trivikrama”), obtient l’accomplissement spirituel.
Verse 54
जुहुयात्पायसेनैव ह्यष्टोत्तरशताहुतीः । कृत्वा जागरणं रात्रौ पुनः पूजां प्रकल्पयेत् ॥ ५४ ॥
Qu’on verse dans le feu, avec le seul pāyasa (riz au lait sucré), cent huit oblations. Après avoir veillé toute la nuit (jāgaraṇa), qu’on prépare de nouveau et qu’on accomplisse encore la pūjā.
Verse 55
अपूपविंशतिं दत्त्वा ब्राह्मणाय सदक्षिणम् । देवदेव जगन्नात प्रसीद परमेश्वर ॥ ५५ ॥
Après avoir donné vingt apūpas (gâteaux sacrificiels) à un brāhmaṇa, avec la dakṣiṇā convenable, qu’on prie ainsi : « Ô Dieu des dieux, ô Jagannātha, sois favorable ; ô Seigneur Suprême, sois satisfait ».
Verse 56
उपायनं च संगृह्य ममाभीष्टप्रदो भव । ब्राह्मणान्भोजयेच्छक्त्या स्वयं भुञ्जीत वाग्यतः ॥ ५६ ॥
Après avoir reçu l’offrande (upāyana), deviens Celui qui accomplit mon vœu désiré. Nourris les brāhmaṇas selon tes moyens, puis mange toi-même en gardant la parole maîtrisée.
Verse 57
एवं यः कुरुते विप्र व्रतं त्रैविक्रमं परम् । सोऽष्टानां नरमेधानां विपापः फलमाप्नुयात् ॥ ५७ ॥
Ainsi, ô brāhmaṇa, quiconque accomplit ce vœu suprême de Traivikrama obtient—délivré du péché—le mérite que l’on dit provenir de huit sacrifices naramedha.
Verse 58
आषाढशुक्लद्वादश्यामुपवासी जितेन्द्रियः । वामनं पूर्वमानेन स्नापयेत्पयसा व्रती ॥ ५८ ॥
Au jour de Dvādaśī de la quinzaine claire du mois d’Āṣāḍha, l’observant du vœu—jeûnant et maître de ses sens—doit baigner (la Divinité) Vāmana avec du lait, selon la mesure et le rite exposés auparavant.
Verse 59
नमस्ते वामनायेति दूर्वाज्याष्टोत्तरं शतम् । हुत्वा च जागरं कुर्याद्वामनं चार्चयेत्पुनः ॥ ५९ ॥
En récitant : « Namaste Vāmanāya — salutations à Vāmana », qu’on offre dans le feu cent huit oblations d’herbe dūrvā mêlée de ghee ; puis qu’on veille (jāgara) et qu’on adore de nouveau Vāmana.
Verse 60
सदाक्षिणं च दध्यन्नं नालिकेरफलान्वितम् । भक्त्या प्रदद्याद्विप्राय वामनार्चनशीलिने ॥ ६० ॥
Avec dévotion, qu’on offre à un brāhmane voué au culte de Vāmana un repas de riz mêlé de caillé, accompagné de noix de coco, ainsi que la dakṣiṇā prescrite.
Verse 61
वामनो वुद्धिदो होता द्रव्यस्थो वामनः सदा । वामनस्तारकोऽस्माच्च वामनाय नमो नमः ॥ ६१ ॥
Hommage, hommage à Vāmana — dispensateur d’intelligence, hotṛ du sacrifice, toujours présent dans la substance offerte, et de plus notre Sauveur qui nous fait traverser le saṃsāra. À Vāmana, salutations sans fin.
Verse 62
अनेन दत्त्वा दध्यन्नं शक्तितो भोजयेद्दिजान् । कृत्वैवमग्रिष्टोमानां शतस्य फलमाप्नुयात् ॥ ६२ ॥
Après avoir fait ce don et distribué du riz au caillé, qu’on nourrisse, selon ses moyens, les dvija (les « deux fois nés »). En agissant ainsi, on obtient un mérite égal à celui de cent sacrifices Agniṣṭoma.
Verse 63
श्रावणस्य सिते पक्षे द्वादश्यामुपवासकृत् । क्षीरेण मधुमिश्रेण स्नापयेच्छ्रीधरं व्रती ॥ ६३ ॥
Dans la quinzaine claire de Śrāvaṇa, au douzième jour lunaire (Dvādaśī), l’observant du vœu doit jeûner et baigner Śrīdhara (le Seigneur Viṣṇu) avec du lait mêlé de miel.
Verse 64
नमोऽस्तु श्रीधरायेति गन्धाद्यैः पूजयेत्क्रमात् । जुहुयात्पृषदाज्येन शतमष्टोत्तरं मुने ॥ ६४ ॥
En récitant : « Hommage à Śrīdhara », qu’on l’adore selon l’ordre prescrit avec parfums et autres offrandes ; et, ô sage, qu’on verse des oblations avec le pṛṣadājya (ghee mêlé de caillé) cent huit fois.
Verse 65
कृत्वा च जागरं रात्रौ पुनः पूजां प्रकल्पयेत् । दातव्यं चैव विप्राय क्षीराढकमनुत्तमम् ॥ ६५ ॥
Après avoir observé la veille toute la nuit, qu’on prépare de nouveau le culte ; et qu’on donne aussi à un brāhmane une excellente mesure āḍhaka de lait.
Verse 66
दक्षिणां च सवस्त्रां वै प्रदद्याद्धेमकुण्डले । मन्त्रेणानेन विप्रेन्द्रु सर्वकामाश्रसिद्धये ॥ ६६ ॥
Et certes, qu’on offre la dakṣiṇā avec des vêtements, ainsi que des boucles d’oreilles d’or. Par ce mantra, ô le meilleur des brāhmanes, on obtient la réussite : un soutien assuré pour tous les buts désirés.
Verse 67
क्षीराब्धिशायिन्देवेश रमाकान्त जगत्पते । क्षीरदानेन सुप्रीतो भव सर्वसुखप्रदः ॥ ६७ ॥
Ô Seigneur qui repose sur l’Océan de Lait, Seigneur des dieux, bien-aimé de Ramā (Lakṣmī), Maître de l’univers : réjoui par le don du lait, deviens le dispensateur de toute félicité.
Verse 68
सुखप्रदत्त्वाद्विप्रांश्च भोजयेच्छक्तितो व्रती । एव कृत्वाश्वमेधानां सहस्त्रस्य फलं लभेत् ॥ ६८ ॥
Parce que cet acte dispense la félicité, le dévot observant le vœu doit, selon ses moyens, nourrir les brāhmaṇas. L’ayant accompli, il obtient un mérite égal à celui de mille sacrifices Aśvamedha.
Verse 69
मासि भाद्रपदे शुक्ले द्वादश्यां समुपोषितः । स्नापयेद्द्रोणपयसा हृषीकेशं जगद्गुरुम् ॥ ६९ ॥
Dans la quinzaine claire du mois de Bhādrapada, après avoir observé comme il se doit le jeûne au douzième jour lunaire (Dvādaśī), qu’on baigne Hṛṣīkeśa — le Guru du monde — avec une mesure droṇa de lait.
Verse 70
हृषीकेश नमस्तुभ्यमिति संपूजयेन्नरः । चरुणा मधुयुक्तेन शतमष्टोत्तरं हुनेत् ॥ ७० ॥
En disant : « Hommage à Toi, ô Hṛṣīkeśa », l’homme doit adorer le Seigneur. Avec le caru, bouillie sacrificielle mêlée de miel, qu’il offre des oblations cent huit fois.
Verse 71
जागरादीनिनि निर्वर्त्य दद्यादात्मविदे ततः । सार्धाढकं च गोधूमान्दक्षिणां हेम शक्तितः ॥ ७१ ॥
Après avoir accompli la veille et les autres observances prescrites, qu’on fasse alors l’offrande à un connaisseur du Soi. En guise de dakṣiṇā, qu’on donne une āḍhaka et demie de blé, et de l’or selon ses moyens.
Verse 72
हृषीकेश नमस्तुभ्यं सर्वलोकैकहेतवे । मह्यं सर्वसुखं देहि गोधूमस्य प्रदानतः ॥ ७२ ॥
Ô Hṛṣīkeśa, hommage à Toi, cause unique de tous les mondes. Par ce don de blé, accorde-moi toute félicité.
Verse 73
भोजयेद्ब्राह्माञ्शक्त्या स्वयं चाश्रीतवाग्यतः । सर्वपापविनिर्मुक्तो ब्रह्ममेधफलं लभेत् ॥ ७३ ॥
Qu’on nourrisse les brāhmaṇas selon sa capacité, et soi-même aussi, la parole retenue et les sens maîtrisés. Délivré de tout péché, on obtient le fruit du Brahma-medha, rite suprême de mérite.
Verse 74
आश्विने मासिशुक्लायां द्वादश्यांसमुपोषितः । पद्मनाभं चपयसा स्नापयेद्भक्तितः शुचिः ॥ ७४ ॥
Dans la quinzaine claire du mois d’Āśvina, après avoir observé le jeûne au douzième jour lunaire (Dvādaśī), le dévot pur doit, avec bhakti, baigner Padmanābha (Viṣṇu) avec du lait.
Verse 75
नमस्ते पद्मनाभाय होमं कुयार्त्स्वशक्तितः । तिलब्रीहियवाज्यैश्च पूजयेच्च विधानतः ॥ ७५ ॥
Hommage à Padmanābha ! Qu’on accomplisse le homa (offrande au feu) selon sa capacité, et qu’on L’adore selon le rite prescrit avec sésame, riz, orge et ghee.
Verse 76
जामरं निशि निर्वर्त्य पुनः पूजां समाचरेत् । दद्याद्विप्राय कुडवं मधुनस्तु सदक्षिणम् ॥ ७६ ॥
Après avoir accompli de nuit le rite nocturne (jāmara), qu’on reprenne l’adoration. Qu’on donne à un brāhmaṇa, en dakṣiṇā, une mesure kuḍava de miel.
Verse 77
पद्मनाभ नमस्तुभ्यं सर्वलोकपितामह । मधुदानेन सुप्रीतो भवसर्वसुखप्रदः ॥ ७७ ॥
Ô Padmanābha, salutations à Toi, aïeul de tous les mondes. Satisfait par l’offrande de miel, sois le dispensateur de toute félicité.
Verse 78
एवं यः कुरुते भक्त्या पद्मनाभव्रतं सुधीः । ब्रह्ममेधसहस्त्रस्य फलमाप्नोति निश्चितम् ॥ ७८ ॥
Ainsi, le sage qui accomplit avec bhakti le vœu de Padmanābha obtient assurément un mérite égal à celui de mille sacrifices Brahma-medha.
Verse 79
द्वादश्यां कार्तिके शुक्ले उपवासी जितेन्द्रियः । क्षीरेणाकढकमानेन दन्धा वाज्येन तावता ॥ ७९ ॥
Au jour de Dvādaśī de la quinzaine claire du mois de Kārtika, qu’on jeûne en maîtrisant les sens; et, pour le rite, qu’on offre du lait à la mesure d’un ḍhaka, avec du caillé—ou, à défaut, du ghee—à mesure égale.
Verse 80
नमो दामोदरायेति स्नापयेद्भक्तिभावतः । अष्टोत्तरशतं हुत्वा मघ्वाज्याक्ततिलाहुतीः ॥ ८० ॥
En récitant le mantra « Namo Dāmodarāya », qu’on baigne (l’image du Seigneur) avec un cœur de bhakti; puis, après avoir offert dans le feu cent huit oblations—du sésame oint de ghee—le rite s’achève.
Verse 81
जागरं नियतः कुर्यात्त्रिकालार्चनतत्परः । प्रातः संपूजयेद्देवं पद्मपुष्पैर्मनोरमैः ॥ ८१ ॥
Avec maîtrise de soi, qu’on observe la veille et qu’on s’applique au culte aux trois moments du jour; au matin, qu’on honore dûment le Seigneur avec de ravissantes fleurs de lotus.
Verse 82
पुनरष्टोत्तरशतं जुहुयात्सघृतै स्तिलैः । पञ्चभक्ष्ययुतं चान्नं दद्याद्विप्राय भक्तितः ॥ ८२ ॥
De nouveau, qu’on fasse cent huit oblations avec du sésame mêlé de ghee; et, avec bhakti, qu’on donne à un brāhmaṇa savant un repas de mets cuits accompagné des cinq délices.
Verse 83
दामोदर जगन्नाथ सर्वकारणकारण । त्राहिमां कृपया देव शारणागतपालकः ॥ ८३ ॥
Ô Dāmodara, Seigneur de l’univers, cause de toutes les causes—par compassion, protège-moi, ô Dieu, car Tu es le gardien de ceux qui se réfugient en Toi.
Verse 84
अनेन दत्त्वा दानं च श्रोत्रियाय कुटुम्बिने । दक्षिणांच यथाशक्त्या ब्राह्मणांचापि भोजयेत् ॥ ८४ ॥
Après avoir accompli cela, qu’on fasse un don à un śrotriya, un savant védique chef de famille; et, selon ses moyens, qu’on offre la dakṣiṇā et qu’on nourrisse aussi les brāhmaṇas.
Verse 85
एवंकृत्वा व्रतं सम्यगश्रीयाद्बन्धुभिः सह । अश्वमेघ सहस्राणां द्विगुणं फलमश्नुते ॥ ८५ ॥
Ainsi, après avoir accompli correctement le vœu, qu’on le conclue avec ses proches; on obtient alors un fruit double de celui de milliers de sacrifices Aśvamedha.
Verse 86
एवं कुर्याद्व्रती यस्तु द्वादशीव्रतमुत्तमम् । संवत्सरं मुनिश्रेष्ठ स याति परमं पदम् ॥ ८६ ॥
Ô meilleur des sages, le pratiquant voué qui accomplit ainsi l’excellent vœu de Dvādaśī durant une année entière atteint la demeure suprême.
Verse 87
एकमासे द्विमासे वायः कुर्याद्भक्तितत्परः । तत्तत्फलमवाप्नोति प्राप्नोति च हरेः पदम् ॥ ८७ ॥
Que ce soit un mois ou deux, le dévot voué à la bhakti doit entreprendre le Vāyu-vrata; il obtient les fruits correspondants et atteint aussi la demeure de Hari.
Verse 88
पूर्णँ संवत्सरं कृत्वा कुर्यादुद्यापनं व्रती । मार्गशीर्षासिते पक्षे द्वादश्यां च मुनीश्वर ॥ ८८ ॥
Après avoir accompli une année entière, l’observant du vœu doit célébrer le rite de clôture (udyāpana). Ô le meilleur des sages, qu’on le fasse le douzième jour lunaire (Dvādāśī) de la quinzaine sombre du mois de Mārgaśīrṣa.
Verse 89
स्नात्वा प्रातर्यथाचारं दन्तधावनपूर्वकम् । शुक्लमाल्याम्बरधरः शुक्लगन्धानुलेपनः ॥ ८९ ॥
Après s’être baigné le matin selon la juste observance, en commençant par le nettoyage des dents, qu’il porte des guirlandes blanches et des vêtements blancs, et qu’il s’oigne d’un parfum blanc et pur.
Verse 90
मण्डपं कारयेद्दिव्यं चतुरस्त्रं सुशोभनम् । घण्टाचामरसंयुक्तं किङ्किणीरवशोभितम् ॥ ९० ॥
Qu’on fasse édifier un maṇḍapa divin, de plan carré et d’une grande beauté, muni de cloches et de cāmara (éventails rituels), et rendu splendide par le tintement de petites clochettes.
Verse 91
अलंकृतं पुष्पमाल्यैर्वितानघ्वजराजितान् । छादितं शुक्लवस्त्रेण दीपमालाविभूषितम् ॥ ९१ ॥
Ce maṇḍapa était orné de guirlandes de fleurs, embelli de dais et d’étendards flottants ; drapé de tissu blanc et paré de rangées de lampes.
Verse 92
तन्मध्ये सर्वतोभद्रं कुर्यात्सम्यगलंकृतम् । तस्योपरिन्यसेत्कुम्भान्द्वादशाम्बुप्रपूरितान् ॥ ९२ ॥
Au centre de cet espace rituel, qu’on prépare le Sarvatobhadra (diagramme d’auspice) et qu’on l’orne comme il convient. Par-dessus, qu’on dispose douze kumbha, des vases remplis d’eau jusqu’au bord.
Verse 93
एकेन शुक्लवस्त्रेण सम्यक्संशोधितेन च । सर्वानाच्छादयेत्कुम्भान्पञ्चरत्नसमन्वितान् ॥ ९३ ॥
Avec un seul tissu blanc—dûment purifié—qu’on recouvre tous les kumbha rituels, pourvus des cinq gemmes.
Verse 94
लक्ष्मीनारायणं देवं कारयेद्भक्तिमान्व्रती । हेम्ना वा रजतेनापि तथा ताम्रेण वा द्विज ॥ ९४ ॥
Ô deux-fois-né, le dévot qui a pris le vœu doit faire façonner une image du Seigneur Lakṣmī-Nārāyaṇa, en or, en argent, ou encore en cuivre.
Verse 95
स्थापयेत्प्रतिमां तां च कुम्भोपरि सुसंयमी । तन्मूल्यं वा द्विजश्रेष्ट काञ्चनं च स्वशक्तितः ॥ ९५ ॥
Le pratiquant maître de lui doit placer cette image sur le kumbha consacré. Ou bien, ô meilleur des deux-fois-nés, qu’il en offre la valeur, en or selon ses moyens.
Verse 96
सर्वव्रतेषु मतिमान्वित्तशाठ्यं विवर्जयेत् । यदि कुर्यात्क्षयं यान्ति तस्यायुर्द्धनसंपदः ॥ ९६ ॥
Dans tous les vœux, le sage doit éviter toute tromperie concernant les biens. S’il s’y adonne, sa longévité et sa prospérité déclinent.
Verse 97
अनन्तशायिनं देवं नारायणमनामयम् । पञ्चामृतेन प्रथमं स्नापयेद्भक्तिसंयुतः ॥ ९७ ॥
Animé de dévotion, qu’on baigne d’abord (abhiṣeka) le Seigneur Nārāyaṇa—l’Anantaśāyin, sans faute et sans maladie—avec le pañcāmṛta.
Verse 98
नांमभिः केशवाद्यैश्च ह्युपचाराप्रकल्पयेत् । रात्रौ जागरणं कुर्यात्पुराणश्रवणादिभिः ॥ ९८ ॥
Qu’on ordonne les actes de culte en invoquant le Seigneur par des noms tels que Keśava et autres; et, la nuit, qu’on veille en écoutant les Purāṇa et les observances dévotionnelles qui s’y rattachent.
Verse 99
जितनिद्रो भवेत्सम्यक्सोपवासो जितेन्द्रियः । त्रिकालमर्चयेद्देवं यथाविभवविस्तरम् ॥ ९९ ॥
Qu’on triomphe du sommeil, qu’on observe correctement le jeûne (upavāsa) et qu’on tienne les sens en bride. Trois fois par jour, qu’on adore le Seigneur, en déployant le culte selon ses moyens et sa capacité.
Verse 100
ततः प्रातः समुत्थाय प्रातः कृत्यं समाप्य च । तिलहोमान्व्याहृतिभिः सहस्रं कार्येद्द्विजैः ॥ १०० ॥
Ensuite, se levantant à l’aube et ayant accompli les devoirs matinaux prescrits, les dvija (deux fois nés) doivent offrir mille oblations de sésame dans le feu, accompagnées des vyāhṛti sacrées.
Verse 101
ततः संपूजयेद्देवं गन्धपुष्पादिभिः क्रमात् । देवस्य पुरतः कुर्यात्पुराणश्रवणं ततः ॥ १०१ ॥
Ensuite, qu’on honore le Seigneur, selon l’ordre prescrit, par parfums, fleurs et autres offrandes; puis, en la présence même de la divinité, qu’on procède à l’écoute/récitation du Purāṇa.
Verse 102
दद्याद्द्वादशविप्रेभ्यो दध्यन्नं पायसं तथा । अपूपैर्दशभिर्युक्तं सघृतं च सदक्षिणम् ॥ १०२ ॥
Qu’on donne à douze brāhmaṇa du riz au caillé et aussi du pāyasa (entremets sucré au lait), accompagné de dix gâteaux, avec du ghee, et une dakṣiṇā (don honorifique) convenable.
Verse 103
देवदेवजगन्नाथ भक्तानुग्रहविग्रह । गृहाणोपायनं कृष्ण सर्वाभीष्टप्रदो भव ॥ १०३ ॥
Ô Dieu des dieux, Seigneur de l’univers—dont la forme même est grâce envers les dévots—ô Kṛṣṇa, reçois cette offrande et deviens le dispensateur de tous les bienfaits désirés.
Verse 104
अनेनोपायनं दत्त्वा प्रार्थयेमाञ्जलिः स्थितः । आधाय जानुनी भूमौ विनयावननतो व्रती ॥ १०४ ॥
Après avoir offert ce don (upāyana), l’observant du vœu doit présenter sa requête, debout les mains jointes; posant les deux genoux à terre, qu’il se prosterne avec humilité et supplie.
Verse 105
नमो नमस्ते सुरराजराज नमोऽस्तुते देवं जगन्निवास । कुरुष्व संपृर्णफलं ममाद्य नमोऽस्तु तुभ्यं पुरुषोत्तमाय ॥ १०५ ॥
Hommage, hommage à Toi, ô Roi des rois parmi les dieux. Hommage à Toi, ô Divinité, demeure de l’univers. Fais que mon effort d’aujourd’hui porte son fruit accompli. Hommage à Toi, ô Puruṣottama, Personne suprême.
Verse 106
इति संप्रार्थयेद्विप्रान्देवं च पुरुषोत्तमम् । दद्यादर्घ्यं च देवाय महालक्ष्मीयुताय वै ॥ १०६ ॥
Ainsi, qu’on prie avec ferveur les brāhmaṇas et aussi le Seigneur suprême Puruṣottama; et qu’on offre l’arghya, l’offrande d’eau respectueuse, à ce Dieu accompagné de Mahālakṣmī.
Verse 107
लक्ष्मीपते नमस्तुभ्यं क्षीरार्णवनिवासिने । अर्घ्यं गृहाण देवेश लक्ष्म्या च सहितः प्रक्षो ॥ १०७ ॥
Ô Seigneur de Lakṣmī, hommage à Toi, qui demeures dans l’Océan de Lait. Ô Seigneur des dieux, reçois cet arghya; puisses-Tu être honoré par cette aspersion sacrée avec Lakṣmī.
Verse 108
यस्य स्मृत्या च नामोक्त्या तपोयज्ञक्रियादिषु । न्यूनं संपूर्णतां याति सद्यो वन्दे तमच्युतम् ॥ १०८ ॥
Je me prosterne aussitôt devant Acyuta, le Seigneur infaillible : par Son souvenir et par la simple énonciation de Son Nom, tout ce qui manque aux austérités, aux sacrifices et aux autres rites sacrés devient sur-le-champ parfait.
Verse 109
इति विज्ञाप्य देवेशं तत्सर्वं संयमी व्रते । प्रतिमां दक्षिणायुक्तामाचार्याय निवेदयेत् ॥ १०९ ॥
Après avoir ainsi informé le Seigneur des dieux de tout ce qui a été accompli, l’observant du vœu—maître de lui dans le vrata—doit présenter à l’ācārya une pratimā (image sacrée) avec la dakṣiṇā prescrite.
Verse 110
ब्राह्मणान्भोजयेत्पश्चाच्छक्त्या दद्याच्च दक्षिणाम् । भुञ्जीत वाग्यतः पश्चात्स्वयं बन्धुजनैर्वृतः ॥ ११० ॥
Ensuite, qu’il nourrisse les brāhmaṇas et, selon ses moyens, qu’il donne aussi une dakṣiṇā. Puis, maîtrisant sa parole, qu’il prenne lui-même son repas, entouré de ses proches.
Verse 111
आसायं श्रृदुयाद्विष्णोः कथां विद्वज्जनैः सह । इत्येवं कुरुते यस्तु मनुजो द्वादशीव्रतम् ॥ १११ ॥
Le soir venu, qu’il écoute le récit sacré de Viṣṇu en compagnie des érudits. Celui qui accomplit ainsi le vœu de Dvādaśī l’observe véritablement de cette manière.
Verse 112
सर्वान्कामान्स आन्पोति परत्रेह च नारद । त्रिसतकुलसंयुक्तः सर्वपापविवर्जितः । तपाति विष्णुभवनं यत्र यत्त्वा न शोचति ॥ ११२ ॥
Ô Nārada, il obtient tous les buts désirés, ici-bas comme dans l’au-delà. Pourvu du mérite qui élève trois cents générations et délivré de tout péché, il parvient à la demeure de Viṣṇu, Viṣṇu-bhavana ; une fois arrivé là, il ne s’afflige plus.
Verse 113
य इदं श्रृणुयाद्विप्र द्वादशीव्रतमुत्तमम् । वाचयेद्वापि स नरो वाजपेयफलं लभेत् ॥ ११३ ॥
Ô brāhmane, quiconque écoute ce vœu suprême de Dvādaśī —ou même le récite— obtient le mérite, le fruit, du sacrifice Vājapeya.
It is presented as a repeatable, year-structured bhakti discipline where ritual exactness (fasting, abhiṣeka, homa, jāgaraṇa, dāna) is explicitly linked to Viṣṇu’s pleasure and to mokṣa; the text reinforces authority through phala-śruti by equating each observance with major Vedic sacrifices.
It formalizes completion through a public-ritual architecture (maṇḍapa, sarvatobhadra diagram, twelve kumbhas), iconography (Lakṣmī-Nārāyaṇa pratimā or equivalent value), intensified offerings (notably a thousand sesame homas with vyāhṛtis), Purāṇa-śravaṇa, and structured brāhmaṇa-feeding and ācārya-gifting—turning private devotion into a socially ratified dharma act.