
Adhyaya 84: शिवव्रतकथनम् (Uma–Maheshvara Vrata, Shula-dana, and Month-wise Ekabhakta Vrata)
Suta s’adresse aux sages et annonce un vrata enseigné par Ishvara pour le bien de tous les êtres. Le chapitre présente d’abord les observances essentielles aux jours de Purnima, Amavasya, Ashtami et Chaturdashi : repas nocturne ou jeûne, prise de havishya et adoration de Bhava. En fin d’année, il faut façonner et installer une splendide image d’Uma–Maheshvara (or/argent/cuivre selon ses moyens), nourrir les brahmanes, offrir la dakshina et remettre solennellement le vœu dans un Rudralaya avec des honneurs royaux (chhatra, chamara). Des disciplines destinées aux femmes—brahmacharya et jeûne réglé—sont exposées, avec des fruits tels que sārūpya et sāyujya auprès de Bhavani/Shiva ; les hommes obtiennent aussi Rudra-sāyujya. Une large section enseigne le Shula-dana : préparer et offrir un trishula, culte au lotus et dons aux brahmanes, présenté comme une expiation très puissante. Enfin, une suite mensuelle de Margashirsha à Kartika prescrit des offrandes symboliques—taureau, shula, char, images, modèle du Kailasa, linga-murti portant les emblèmes de Brahma et Vishnu, don de maison, « montagnes » de grains et de sésame—culminant dans le grand Mahameru-vrata avec des détails iconographiques, et se clôt par la réaffirmation de la promesse de Shiva d’accorder la délivrance.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे शिवव्रतकथनं नाम त्र्यशीतितमो ऽध्यायः सूत उवाच उमामहेश्वरं वक्ष्ये व्रतमीश्वरभाषितम् नरनार्यादिजन्तूनां हिताय मुनिसत्तमाः
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrvabhāga, commence le quatre-vingt-quatrième chapitre intitulé «Exposé du Śiva-vrata». Sūta dit : «Ô meilleurs des sages, pour le bien de tous les êtres—hommes, femmes et les autres—j’exposerai le Vrata d’Umā–Maheśvara, tel que le Seigneur Lui-même l’a énoncé».
Verse 2
पौर्णमास्याममावास्यां चतुर्दश्यष्टमीषु च नक्तमब्दं प्रकुर्वीत हविष्यं पूजयेद्भवम्
Aux jours de pleine lune, de nouvelle lune, ainsi qu’aux huitième et quatorzième jours du mois lunaire, qu’on observe durant une année entière le vœu de ne prendre nourriture que la nuit, et qu’on adore Bhava (Śiva) avec le haviṣya, offrandes pures et sanctifiées.
Verse 3
उमामहेशप्रतिमां हेम्ना कृत्वा सुशोभनाम् राजतीं वाथ वर्षान्ते प्रतिष्ठाप्य यथाविधि
Après avoir façonné une splendide effigie d’Umā et de Maheśvara en or — ou, à défaut, en argent —, qu’on l’installe à la fin de l’année selon le rite prescrit.
Verse 4
ब्राह्मणान् भोजयित्वा च दत्त्वा शक्त्या च दक्षिणाम् रथाद्यैर्वापि देवेशं नीत्वा रुद्रालयं प्रति
Après avoir nourri les brāhmaṇas et leur avoir donné, selon ses moyens, la dakṣiṇā, qu’on transporte ensuite le Seigneur des Devas—en char et autres véhicules—et qu’on se dirige vers Rudrālaya, la demeure sacrée de Rudra (le temple de Śiva).
Verse 5
सर्वातिशयसंयुक्तैश् छत्रचामरभूषणैः निवेदयेद्व्रतं चैव शिवाय परमेष्ठिने
Paré de tous les emblèmes excellents et de bon augure—tel le parasol royal et les éventails de queue de yak (cāmara)—qu’on présente dûment et qu’on dédie ce vœu à Śiva, le Seigneur suprême (Parameṣṭhin).
Verse 6
स याति शिवसायुज्यं नारी देव्या यदि प्रभो अष्टम्यां च चतुर्दश्यां नियता ब्रह्मचारिणी
Ô Seigneur, cette femme atteint le śiva-sāyujya, l’union avec Śiva, si, dévouée à la Déesse, elle vit dans une discipline maîtrisée et observe la conduite de brahmacāriṇī (chasteté) aux huitième et quatorzième jours du mois lunaire.
Verse 7
वर्षमेकं न भुञ्जति कन्या वा विधवापि वा वर्षान्ते प्रतिमां कृत्वा पूर्वोक्तविधिना ततः
Une jeune fille—ou même une veuve—doit observer durant une année entière le vœu de consommation maîtrisée; puis, au terme de l’année, après avoir façonné une image sacrée, qu’elle accomplisse le rite selon la règle enseignée auparavant, l’offrant avec bhakti à Pati, Śiva, afin de desserrer le pāśa (lien) qui enchaîne le paśu (l’âme individuelle).
Verse 8
प्रतिष्ठाप्य यथान्यायं दत्त्वा रुद्रालये पुनः ब्राह्मणान् भोजयित्वा च भवान्या सह मोदते
Après avoir installé le Liṅga selon la règle sacrée, et avoir de nouveau fait des offrandes dans le temple de Rudra du Seigneur, puis après avoir nourri les brāhmaṇas, le dévot se réjouit avec Bhavānī, obtenant le fruit propice de la grâce de Śiva, qui desserre le pāśa (lien) du paśu (l’âme).
Verse 9
या नार्येवं चरेदब्दं कृष्णामेकां चतुर्दशीम् वर्षान्ते प्रतिमां कृत्वा येन केनापि वा द्विजाः
Toute femme qui pratique ainsi durant une année entière, en observant l’unique Kṛṣṇā Caturdaśī (le quatorzième jour de la quinzaine sombre), et qui, au terme de l’année, fait réaliser une image—ô deux-fois-nés—par quelque moyen que ce soit, obtient le mérite issu de l’observance śaiva en bhakti, propice à desserrer le pāśa qui lie le paśu et à le tourner vers Pati, Śiva.
Verse 10
पूर्वोक्तमखिलं कृत्वा भवान्या सह मोदते अमावास्यां निराहारा भवेदब्दं सुयन्त्रिता
Ayant accompli intégralement tout ce qui fut prescrit auparavant, il se réjouit avec Bhavānī. Le jour d’Amāvāsyā (nouvelle lune), que le pratiquant bien maîtrisé demeure sans nourriture durant une année entière, dans une parfaite retenue.
Verse 11
शूलं च विधिना कृत्वा वर्षान्ते विनिवेदयेत् स्नाप्येशानं यजेद्भक्त्या सहस्रैः कमलैः सितैः
Ayant façonné le trident (śūla) selon le rite prescrit, qu’on le présente au terme de l’année. Après avoir baigné Īśāna (Śiva), qu’on l’adore avec bhakti, en offrant mille lotus blancs.
Verse 12
राजतं कमलं चैव जांबूनदसुकर्णिकम् दत्त्वा भवाय विप्रेभ्यः प्रदद्याद् दक्षिणाम् अपि
Après avoir offert à Bhava (Śiva) un lotus d’argent dont le cœur est façonné en or de Jāmbūnada, on doit aussi remettre aux brāhmaṇa une dakṣiṇā (don d’honneur) convenable. Ce don, accompli avec bhakti envers le Pati qui délie le paśu des liens du pāśa, devient un moyen de purification et de mérite auspicious.
Verse 13
कामतो ऽपि कृतं पापं भ्रूणहत्यादिकं च यत् तत्सर्वं शूलदानेन भिन्द्यान्नारी न संशयः
Même les fautes commises délibérément—même les plus graves, telles que la mise à mort d’un embryon—sont toutes brisées par le don du Śūla (le trident de Śiva). La femme qui accomplit cette offrande détruit ces démérites, sans aucun doute.
Verse 14
सायुज्यं चैवमाप्नोति भवान्या द्विजसत्तमाः कुर्याद्यद्वा नरः सो ऽपि रुद्रसायुज्यमाप्नुयात्
Ainsi l’on obtient le sāyujya (l’union). Ô meilleurs des deux-fois-nés, en accomplissant de cette manière le culte de Bhavānī ; et, de même, tout homme qui l’accomplit obtient le Rudra-sāyujya, l’union avec le Seigneur Rudra, le Pati qui délivre le paśu des liens du pāśa.
Verse 15
पौर्णमास्याममावास्यां वर्षमेकमतन्द्रिता उपवासरता नारी नरो ऽपि द्विजसत्तमाः
À la pleine lune et à la nouvelle lune, durant une année entière sans relâche, une femme—ou de même un homme, ô meilleurs des deux-fois-nés—qui demeure vigilante et vouée au jeûne (upavāsa) devient digne de la grâce qui délie les liens du pāśa du paśu (l’âme), par une observance ferme tournée vers le Pati, Śiva.
Verse 16
नियोगादेव तत्कार्यं भर्तॄणां द्विजसत्तमाः जपं दानं तपः सर्वम् अस्वतन्त्रा यतः स्त्रियः
Ô meilleurs des deux-fois-nés, ces devoirs ne doivent être entrepris qu’avec l’autorisation du mari, car les femmes sont tenues pour non indépendantes. Ainsi, toutes les observances—japa (récitation), dāna (don) et tapas (austérité)—doivent être accomplies selon l’injonction de l’époux.
Verse 17
वर्षान्ते सर्वगन्धाढ्यां प्रतिमां संनिवेदयेत् सा भवान्याश् च सायुज्यं सारूप्यं चापि सुव्रता
À la fin de l’année, qu’on présente une image (pratimā) richement parée de toutes les fragrances. La dévote au vœu pur obtient le sāyujya, l’union avec Bhavānī, et aussi le sārūpya, la ressemblance de forme avec Elle, par une bhakti centrée sur Śiva–Śakti.
Verse 18
लभते नात्र संदेहः सत्यं सत्यं वदाम्यहम् कार्तिक्यां वा तु या नारी एकभक्तेन वर्तते
Elle obtient assurément le fruit promis; il n’y a aucun doute. En vérité, en vérité je le dis : toute femme qui, au mois de Kārttika, vit dans l’ekabhakti, une dévotion d’un seul élan envers le Pati (le Seigneur), reçoit cette grâce.
Verse 19
क्षमाहिंसादिनियमैः संयुक्ता ब्रह्मचारिणी दद्यात्कृष्णतिलानां च भारमेकम् अतन्द्रिता
Pourvue d’observances telles que la patience et l’ahiṃsā (non-violence), la votive gardant le brahmacarya doit, sans négligence, donner en aumône une charge entière (mesure) de sésame noir.
Verse 20
सघृतं सगुडं चैव ओदनं परमेष्ठिने दत्त्वा च ब्राह्मणेभ्यश् च यथा विभवविस्तरम्
Après avoir offert à Parameṣṭhin (Brahmā) du riz cuit au ghee et mêlé de jaggery, et après avoir donné aussi aux brāhmaṇas selon l’étendue de ses moyens, on soutient le dharma et l’on purifie le paśu (l’âme individuelle) par un dāna sāttvique. Ce don aide à s’approcher de Pati (Śiva) en desserrant le pāśa (lien) né de l’impureté et de l’avarice.
Verse 21
अष्टम्यां च चतुर्दश्याम् उपवासरता च सा भवान्या मोदते सार्धं सारूप्यं प्राप्य सुव्रता
En observant le jeûne au huitième et au quatorzième jour lunaire, cette femme au vœu pur—ferme dans son engagement—se réjouit avec Bhavānī et obtient le sārūpya, la ressemblance de forme, par la grâce de la Mère.
Verse 22
क्षमा सत्यं दया दानं शौचमिन्द्रियनिग्रहः सर्वव्रतेष्वयं धर्मः सामान्यो रुद्रपूजनम्
La patience, la véracité, la compassion, le don, la pureté et la maîtrise des sens : tel est le dharma commun qui sous-tend tous les vœux ; et son accomplissement est l’adoration de Rudra (Śiva), le Pati qui délie le pāśa enchaînant le paśu (l’âme).
Verse 23
समासाद्वः प्रवक्ष्यामि प्रतिमासमनुक्रमात् मार्गशीर्षकमासादिकार्त्तिकान्तं यथाक्रमम्
En bref, je vais maintenant vous exposer—mois après mois, selon l’ordre prescrit—les observances commençant à Mārgaśīrṣa et s’achevant à Kārttika, exactement dans leur juste succession.
Verse 24
व्रतं सुविपुलं पुण्यं नन्दिना परिभाषितम् मार्गशीर्षकमासे ऽथ वृषं पूर्णाङ्गमुत्तमम्
Nandin exposa un vrata très vaste et hautement méritoire. Puis, au mois de Mārgaśīrṣa, on doit offrir un taureau excellent, complet de tous ses membres—don auspicious accordé au culte de Śiva—afin que le paśu (l’âme liée) s’avance vers la grâce du Seigneur, le Pati.
Verse 25
अलंकृत्य यथान्यायं शिवाय विनिवेदयेत् सा च सार्धं भवान्या वै मोदते नात्र संशयः
L’ayant paré comme il convient selon le rite prescrit, on doit l’offrir au Seigneur Śiva. Alors Lui—avec Bhavānī (Śakti)—se réjouit ; il n’y a là aucun doute.
Verse 26
पुष्यमासे तु वै शूलं प्रतिष्ठाप्य निवेदयेत् पूर्वोक्तमखिलं कृत्वा भवान्या सह मोदते
Au mois de Puṣya, on doit établir rituellement le trident (Śūla) et l’offrir en adoration. Après avoir accompli en entier tous les rites précédemment prescrits, le Pati se réjouit avec Bhavānī, révélant l’union auspicious de Śiva et Śakti qui accorde la grâce au paśu (l’âme liée).
Verse 27
माघमासे रथं कृत्वा सर्वलक्षणलक्षितम् दद्यात् सम्पूज्य देवेशं ब्राह्मणांश्चैव भोजयेत्
Au mois de Māgha, après avoir préparé un char portant tous les signes de bon augure, qu’on l’offre en aumône; puis, après avoir dûment adoré le Seigneur des Devas (Śiva), qu’on nourrisse aussi les brāhmaṇas.
Verse 28
सा च देव्या महाभागा मोदते नात्र संशयः फाल्गुने प्रतिमां कृत्वा हिरण्येन यथाविधि
Cette Déesse, la très fortunée, se réjouit assurément — sans aucun doute — lorsque, au mois de Phālguna, on façonne son image en or et que l’on accomplit le rite exactement selon la règle prescrite.
Verse 29
राजतेनापि ताम्रेण यथाविभवविस्तरम् प्रतिष्ठाप्य समभ्यर्च्य स्थापयेच्छङ्करालये
Avec de l’argent — ou même du cuivre — selon l’étendue de ses moyens, qu’on l’installe selon le rite, qu’on l’adore avec une entière révérence, et qu’on l’établisse dans le sanctuaire de Śaṅkara.
Verse 30
सा च सार्धं महादेव्या मोदते नात्र संशयः चैत्रे भवं कुमारं च भवानीं च यथाविधि
Elle (la dévote) se réjouit avec Mahādevī — sans aucun doute. Au mois de Caitra, qu’on adore selon le rite Bhava (Śiva), Kumāra (Skanda) et Bhavānī (la Mère divine), conformément à la règle prescrite.
Verse 31
ताम्राद्यैर्विधिवत्कृत्वा प्रतिष्ठाप्य यथाविधि भवान्या मोदते सार्धं दत्त्वा रुद्राय शंभवे
Après avoir façonné le Liṅga selon le rite, en cuivre et autres matières prescrites, puis l’avoir installé conformément à la règle, le dévot — en l’offrant à Rudra, à Śambhu — se réjouit avec Bhavānī (la Śakti de Śiva).
Verse 32
कृत्वालयं हि कौबेरं राजतं रजतेन वै ईश्वरोमासमायुक्तं गणेशैश् च समन्ततः
Ayant façonné une demeure semblable à celle de Kubera—un édifice d’argent, travaillé d’argent véritable—ils l’établirent comme le siège d’Īśvara avec Umā, entouré de toutes parts par les Gaṇeśas, les troupes servantes de Śiva.
Verse 33
सर्वरत्नसमायुक्तं प्रतिष्ठाप्य यथाविधि स्थापयेत्परमेशस्य भवस्यायतने शुभे
L’ayant installé selon le rite prescrit, orné de toutes sortes de gemmes, qu’on l’établisse dans le sanctuaire auspiceux de Bhava, le Parameśa, Seigneur suprême (Pati), pour un culte juste et la délivrance de l’âme des liens du pāśa.
Verse 34
वैशाखे वै चरेद् एवं कैलासाख्यं व्रतोत्तमम् कैलासपर्वतं प्राप्य भवान्या सह मोदते
Ainsi, au mois de Vaiśākha, qu’on observe ce vœu suprême nommé Kailāsa-vrata ; ayant atteint le mont Kailāsa, le dévot se réjouit en présence de Bhavānī, participant à la grâce de Śiva, le Pati qui tranche les liens du pāśa retenant le paśu.
Verse 35
ज्येष्ठे मासि महादेवं लिङ्गमूर्तिमुमापतिम् कृताञ्जलिपुटेनैव ब्रह्मणा विष्णुना तथा
Au mois de Jyeṣṭha, Mahādeva—l’incarnation même du Liṅga et l’Époux d’Umā—doit être vénéré les mains jointes en añjali ; ainsi Brahmā et Viṣṇu l’adorèrent-ils.
Verse 36
मध्ये भवेन संयुक्तं लिङ्गमूर्ति द्विजोत्तमाः हंसेन च वराहेण कृत्वा ताम्रादिभिः शुभाम्
«Ô meilleurs des deux-fois-nés, façonnez la forme du Liṅga : au centre, unie à Bhava (Śiva) ; et avec les formes du Haṃsa et du Varāha également—rendez-la auspiceuse, en employant le cuivre et d’autres métaux sacrés.»
Verse 37
प्रतिष्ठाप्य यथान्यायं ब्राह्मणान् भोजयेत्ततः शिवाय शिवमासाद्य शिवस्थाने यथाविधि
Après avoir établi le Liṅga selon la règle sacrée, qu’on nourrisse ensuite les brāhmanes. Puis, s’approchant du Seigneur Śiva, l’Auspicious, pour Śiva lui-même, qu’on accomplisse le rite dans la demeure de Śiva, conformément au rite prescrit.
Verse 38
ब्राह्मणैः सहितां स्थाप्य देव्याः सायुज्यमाप्नुयात् आषाढे च शुभे मासे गृहं कृत्वा सुशोभनम्
Ayant installé la Déesse selon le rite, en compagnie des brāhmanes, on obtient sāyujya — l’union totale avec Devī. Et, au mois auspicious d’Āṣāḍha, après avoir édifié un sanctuaire beau et bien orné, qu’on accomplisse ce rite, menant le paśu (l’âme liée) vers la délivrance par la grâce de la Śakti unie à Śiva.
Verse 39
पक्वेष्टकाभिर् विधिवद् यथाविभवविस्तरम् सर्वबीजरसैश्चापि सम्पूर्णं सर्वशोभनैः
Selon la règle et selon ses moyens, qu’il prépare l’offrande avec des gâteaux cuits et les essences de toutes sortes de semences. Qu’elle soit complète et ornée de toutes beautés, afin que le culte du Liṅga s’accomplisse en pleine auspiciosité pour le Pati (Seigneur) et pour la délivrance du paśu hors du pāśa (lien).
Verse 40
गृहोपकरणैश्चैव मुसलोलूखलादिभिः दासीदासादिभिश्चैव शयनैरशनादिभिः
Qu’on offre aussi des ustensiles domestiques — pilons, mortiers et autres — avec des serviteurs (femmes et hommes), ainsi que des lits, de la nourriture et les nécessités. Ce don, consacré au Pati (Seigneur), desserre le pāśa qui lie le paśu et soutient la vie juste sur la voie de Śiva.
Verse 41
सम्पूर्णैश् च गृहं वस्त्रैर् आच्छाद्य च समन्ततः देवं घृतादिभिः स्नाप्य महादेवमुमापतिम्
Après avoir entièrement drapé la demeure de tissus tout autour, qu’on baigne la Divinité — Mahādeva, Umāpati, l’Époux d’Umā — avec du ghee et d’autres substances sanctifiantes.
Verse 42
ब्राह्मणानां सहस्रं च भोजयित्वा यथाविधि विद्याविनयसम्पन्नं ब्राह्मणं वेदपारगम्
Après avoir nourri mille brāhmaṇas selon le rite prescrit, qu’on honore et soutienne tout particulièrement un brāhmaṇa riche de science et d’humilité, ayant atteint l’autre rive du Veda ; ainsi l’offrande devient vraiment digne de Śiva, le Pati qui desserre les liens (pāśa) du pashu (l’âme).
Verse 43
प्रथमाश्रमिणं भक्त्या सम्पूज्य च यथाविधि कन्यां सुमध्यमां यावत् कालजीवनसंयुताम्
Après avoir, avec dévotion, honoré selon le rite celui qui demeure dans le premier āśrama (le brahmacārin), qu’on offre ensuite une jeune fille à la taille gracieuse, dotée d’une vie s’étendant jusqu’au terme qui lui est assigné.
Verse 44
क्षेत्रं गोमिथुनं चैव तद्गृहे च निवेदयेत् सायनैर् विविधैर् दिव्यैर् मेरुपर्वतसन्निभैः
Qu’on donne en aumône un champ cultivé et une paire de bovins, et qu’on pourvoie aussi la demeure du bénéficiaire de lits et de lieux de repos variés, d’allure divine, hauts et splendides comme le mont Meru ; ainsi se soutient la vie juste dédiée à Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 45
गोलोकं समनुप्राप्य भवान्या सह मोदते भवान्या सदृशीभूत्वा सर्वकल्पेषु साव्यया
Parvenu à Goloka, il se réjouit avec Bhavānī ; devenu semblable à Bhavānī, il demeure avec la Déesse impérissable à travers tous les cycles de la création.
Verse 46
भवान्याश्चैव सायुज्यं लभते नात्र संशयः सर्वधातुसमाकीर्णं विचित्रध्वजशोभितम्
Il obtient assurément le sāyujya (l’union totale) avec Bhavānī — il n’y a là aucun doute. (Il atteint) un royaume merveilleux, orné d’étendards multicolores et richement incrusté de toutes sortes de métaux.
Verse 47
निवेदयीत शर्वाय श्रावणे तिलपर्वतम् वितानध्वजवस्त्राद्यैर् धातुभिश् च निवेदयेत्
Au mois de Śrāvaṇa, qu’on offre à Śarva (le Seigneur Śiva) une « montagne » de graines de sésame ; et qu’on la présente avec des dais, des étendards, des vêtements et autres, ainsi qu’avec des métaux en dons d’accompagnement.
Verse 48
ब्राह्मणान् भोजयित्वा च पूर्वोक्तमखिलं भवेत् कृत्वा भाद्रपदे मासि शोभनं शालिपर्वतम्
Et après avoir nourri les brāhmanes, tout ce qui a été prescrit auparavant se trouve accompli. Ensuite, au mois de Bhādrapada, qu’on façonne en offrande une « montagne de riz » (Śāli-parvata) de bon augure : un don conforme au dharma qui soutient la Śiva-pūjā et desserre le pāśa (lien) du paśu (l’âme incarnée).
Verse 49
वितानध्वजवस्त्राद्यैर् धातुभिश् च निवेदयेत् ब्राह्मणान् भोजयित्वा च दापयेच्च यथाविधि
Qu’on présente des dais, des étendards, des vêtements et autres, ainsi que des métaux ; et, après avoir nourri les brāhmanes, qu’on fasse aussi les dons prescrits selon la règle. Ainsi, par la bhakti envers le Pati, Śiva, les pāśa (liens) du paśu se desserrent.
Verse 50
सा च सूर्यांशुसंकाशा भवान्या सह मोदते कृत्वा चाश्वयुजे मासि विपुलं धान्यपर्वतम्
Elle—éclatante comme les rayons du soleil—se réjouit avec Bhavānī, après avoir, au mois d’Āśvayuja, constitué une vaste « montagne » de grains en offrande de charité.
Verse 51
सुवर्णवस्त्रसंयुक्तं दत्त्वा सम्पूज्य शङ्करम् ब्राह्मणान् भोजयित्वा च पूर्वोक्तमखिलं भवेत्
Après avoir offert un don accompagné d’or et de vêtements, après avoir pleinement adoré Śaṅkara et après avoir nourri les brāhmanes, tous les fruits énoncés auparavant adviennent véritablement.
Verse 52
सर्वधान्यसमायुक्तं सर्वबीजरसादिभिः सर्वधातुसमायुक्तं सर्वरत्नोपशोभितम्
Doté de toutes sortes de grains, pourvu de toutes espèces de semences, de sucs et autres; renfermant tous les métaux et magnifiquement orné de toutes les gemmes.
Verse 53
शृङ्गैश्चतुर्भिः संयुक्तं वितानच्छत्रशोभितम् गन्धमाल्यैस् तथा धूपैश् चित्रैश्चापि सुशोभितम्
Il était muni de quatre pinacles semblables à des cornes, orné d’un dais et de parasols; et magnifiquement embelli de parfums, de guirlandes, d’encens et de motifs décoratifs variés—digne du culte de Pati, le Seigneur Śiva, qui délie les liens (pāśa) du paśu.
Verse 54
विचित्रैर्नृत्यगेयैश् च शङ्खवीणादिभिस् तथा ब्रह्मघोषैर्महापुण्यं मङ्गलैश् च विशेषतः
Avec des danses et des chants variés, avec conques, vīṇā et autres instruments, et avec les récitations védiques (brahma-ghoṣa), le rite devient d’un mérite suprême—surtout lorsqu’il est accompli au milieu de bénédictions auspiciennes.
Verse 55
महाध्वजाष्टसंयुक्तं विचित्रकुसुमोज्ज्वलम् नगेन्द्रं मेरुनामानं त्रैलोक्याधारमुत्तमम्
Orné de huit grands mâts d’étendards et rayonnant de fleurs aux mille couleurs, ce souverain des montagnes—nommé Meru—se dresse comme l’excellent soutien des trois mondes.
Verse 56
तस्य मूर्ध्नि शिवं कुर्यान् मध्यतो धातुनैव तु दक्षिणे च यथान्यायं ब्रह्माणं च चतुर्मुखम्
À son sommet, on doit placer Śiva; au milieu, assurément, Dhātṛ (le Créateur); et à droite, selon la règle prescrite, Brahmā aux quatre visages.
Verse 57
उत्तरे देवदेवेशं नारायणमनामयम् इन्द्रादिलोकपालांश् च कृत्वा भक्त्या यथाविधि
Ensuite, dans le quartier du nord, on doit vénérer—selon le rite prescrit et avec bhakti—Nārāyaṇa, Seigneur des dieux, l’Inaltérable, exempt de maladie et de bon augure, ainsi qu’Indra et les autres gardiens des mondes.
Verse 58
प्रतिष्ठाप्य ततः स्नाप्य समभ्यर्च्य महेश्वरम् देवस्य दक्षिणे हस्ते शूलं त्रिदशपूजितम्
Après l’avoir d’abord établi, puis l’avoir baigné et avoir adoré Mahādeva avec une révérence entière, on placera dans la main droite du Seigneur le trident, honoré et vénéré par les dieux, comme élément de la consécration de la présence de Pati.
Verse 59
वामे पाशं भवान्याश् च कमलं हेमभूषितम् विष्णोश् च शङ्खं चक्रं च गदामब्जं प्रयत्नतः
À gauche, qu’on place avec soin le lacet (pāśa) de Bhavānī et son lotus orné d’or; et qu’on dispose aussi la conque, le disque, la massue et le lotus de Viṣṇu, en arrangeant avec diligence ces emblèmes sacrés.
Verse 60
ब्रह्मणश्चाक्षसूत्रं च कमण्डलुमनुत्तमम् इन्द्रस्य वज्रम् अग्नेश् च शक्त्याख्यं परमायुधम्
De plus, pour Brahmā furent ordonnés le chapelet (akṣasūtra) et l’incomparable pot à eau (kamaṇḍalu); pour Indra, la foudre (vajra); et pour Agni, l’arme suprême nommée Śakti (la lance) : ainsi sont établis les insignes divins par lesquels les dieux maintiennent l’ordre cosmique sous le Seigneur, Pati.
Verse 61
यमस्य दण्डं निरृतेः खड्गं निशिचरस्य तु वरुणस्य महापाशं नागाख्यं रुद्रमद्भुतम्
Le bâton de Yama, l’épée de Nirṛti et l’arme du rôdeur nocturne; le grand lacet de Varuṇa, ainsi que l’étonnant Rudra dit « Serpent » (Nāga) : tout cela est proclamé comme des insignes divins saisissants de majesté.
Verse 62
वायोर् यष्टिं कुबेरस्य गदां लोकप्रपूजिताम् टङ्कं चेशानदेवस्य निवेद्यैवं क्रमेण च
Selon l’ordre prescrit, qu’on offre le bâton de Vāyu, la massue de Kubera—honorée dans tous les mondes—et aussi le ṭaṅka (hache/outil sacré) du dieu Īśāna, comme offrandes successives dans le rite d’adoration.
Verse 63
शिवस्य महतीं पूजां कृत्वा चरुसमन्विताम् पूजयेत्सर्वदेवांश् च यथाविभवविस्तरम्
Après avoir accompli une grande pūjā à Śiva, accompagnée de caru (oblation cuite et consacrée), qu’on rende aussi culte à toutes les autres divinités, en déployant le rite selon ses moyens.
Verse 64
ब्राह्मणान्भोजयित्वा च पूजां कृत्वा प्रयत्नतः महामेरुव्रतं कृत्वा महादेवाय दापयेत्
Après avoir nourri les brāhmaṇas et accompli avec soin la pūjā, qu’on observe le vœu de Mahāmeru, puis qu’on remette l’offrande prescrite en don à Mahādeva.
Verse 65
महामेरुमनुप्राप्य महादेव्या प्रमोदते चिरं सायुज्यम् आप्नोति महादेव्या न संशयः
Ayant atteint le grand Meru, on se réjouit en la présence de Mahādevī; et, en son temps, on obtient le sāyujya—l’union totale—avec Mahādevī. Il n’y a là aucun doute.
Verse 66
कार्तिक्यामपि या नारी कृत्वा देवीमुमां शुभाम् सर्वाभरणसम्पूर्णां सर्वलक्षणलक्षिताम्
Même au mois de Kārttika, toute femme qui façonne la bienheureuse Devī Umā, parée de tous les ornements et marquée de tous les signes nobles…
Verse 67
हेमताम्रादिभिश्चैव प्रतिष्ठाप्य विधानतः देवं च कृत्वा देवेशं सर्वलक्षणसंयुतम्
Après avoir établi le Liṅga selon les prescriptions—avec l’or, le cuivre et autres matières—et après avoir façonné le Deva, Seigneur des Devas, pourvu de tous les signes de bon augure, qu’on poursuive l’adoration selon le rite prescrit. Dans ce rite, Pati (Śiva) est invoqué comme la Présence parfaitement qualifiée, qui desserre le pāśa (lien) du paśu (l’âme).
Verse 68
तयोरग्रे हुताशं च स्रुवहस्तं पितामहम् नारायणं च दातारं सर्वाभरणभूषितम्
Devant ces deux-là, ils virent Agni (le Feu), et Pitāmaha Brahmā tenant la louche des oblations; ils virent aussi Nārāyaṇa, le bienfaisant dispensateur, paré de tous les ornements.
Verse 69
लोकपालैस् तथा सिद्धैः संवृतं स्थाप्य यत्नतः रुद्रालये व्रतं तस्मै दापयेद्भक्तिपूर्वकम्
L’ayant établi avec soin dans une enceinte sacrée gardée par les Lokapālas et entourée des Siddhas accomplis, qu’on fasse, avec dévotion, que cette personne prenne le vœu dans la demeure de Rudra. Ainsi, la discipline devient une offrande adressée à Pati (Śiva), le Seigneur qui desserre le pāśa (lien) du paśu (l’âme).
Verse 70
सा भवान्यास्तनुं गत्वा भवेन सह मोदते एकभक्तव्रतं पुण्यं प्रतिमासमनुक्रमात्
Ayant pris la forme de Bhavānī, elle se réjouit avec Bhava (Śiva). Ainsi, mois après mois selon l’ordre prescrit, la sainte observance d’Ekabhakta engendre du mérite : elle affermit la dévotion envers Pati (Śiva) et desserre le pāśa (lien) du paśu (l’âme liée).
Verse 71
मार्गशीर्षकमासादिकार्तिकान्तं प्रवर्तितम् नरनार्यादिजन्तूनां हिताय मुनिसत्तमाः
Ô meilleurs des sages, les observances qui commencent au mois de Mārgaśīrṣa et se prolongent jusqu’à la fin de Kārtika ont été instituées pour le bien de tous les êtres—hommes, femmes et autres créatures—afin que les paśu (âmes liées) soient conduits vers la grâce de Śiva en tant que Pati et vers la délivrance du pāśa (lien).
Verse 72
नरः कृत्वा व्रतं चैव शिवसायुज्यमाप्नुयात् नारी देव्या न संदेहः शिवेन परिभाषितम्
Un homme, ayant accompli comme il se doit ce vœu, obtient le sāyujya — l’union totale avec le Seigneur Śiva. Une femme l’obtient de même par la Déesse ; il n’y a aucun doute — ainsi l’a proclamé Śiva Lui-même.
Purnima, Amavasya, Ashtami, and Chaturdashi are highlighted with regulated fasting/night-eating (naktam), havishya intake, and Bhava (Shiva) worship, sustained for a year with niyama and culminating in year-end offerings and Brahmana-feeding.
A trishula is prepared ‘vidhina,’ offered at year-end, accompanied by abhisheka and lotus-archana, plus gifts (including metallic lotus and dakshina) to Brahmanas; the text states it destroys even severe sins and yields sāyujya with Bhavani/Shiva.