Adhyaya 7
Prakriya PadaAdhyaya 7195 Verses

Adhyaya 7

Varāha-uddhāraṇa and the Re-constitution of Bhū-maṇḍala (Earth after Pralaya)

Cet adhyāya, dans le fil d’un enseignement conduit par Sūta, présente un épisode cosmogonique de nature technique : à la fin de la “nuit” de Brahmā (naiśa kāla), équivalente à mille yuga, la création est relancée. Le texte décrit un état proche du pralaya : des eaux obscures où les êtres immobiles et mobiles ont péri ou demeurent non manifestés. L’action opérante de Brahmā est figurée comme un mouvement semblable au vāyu au sein de l’océan cosmique. L’acte décisif est le relèvement de la terre engloutie : la divinité prend la forme de Varāha (sanglier) et, entrant dans les eaux, soulève la Bhūmi cachée. Une fois la terre relevée et rétablie, le chapitre passe à la mise en ordre du monde : océans et rivières reçoivent leurs domaines ; les montagnes, jadis fondues par le feu saṃvartaka, sont reformées et “placées”, consolidées ensuite par le vent et les dépôts. Enfin, l’exposé évoque le schéma terrestre canonique—sept dvīpa entourés d’océans—réinstaurant un espace habitable et mesurable, préalable aux récits des régions, des peuples et des cycles du temps.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये अनुषङ्गापादे कल्पमन्वन्तराख्यानवर्णनं नाम षष्ठो ऽध्यायः सूत उवाच तुल्यं युगसहस्रं वै नैशं कालमुपास्य सः / शर्वर्यंते प्रकुरुते ब्रह्मा तूत्सर्गकारणात्

Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa (proclamé par Vāyu), dans la partie antérieure, le sixième chapitre nommé « Description du récit des kalpa et des manvantara ». Sūta dit : après avoir traversé le temps nocturne égal à mille yuga, à la fin de la nuit Brahmā se met en œuvre, par la cause de l’émanation de la création.

Verse 2

ब्रह्मा तु सलिले तस्मिन् वायुर्भूत्वा तदाचरत् / अन्धकारार्णवे तस्मिन्नष्टे स्थावरजंगमे

Dans ces eaux, Brahmā, devenu vent, se mouvait alors, lorsque dans cet océan de ténèbres tout ce qui est immobile et mobile avait péri.

Verse 3

जलेन समनुप्लाव्य सर्वतः पृथिवीतले / प्रविभागेन भूतेषु सत्यमात्रे स्थितेषु वा

Les eaux submergèrent de toutes parts la surface de la terre ; et, bien que les êtres fussent répartis selon leurs distinctions, ils demeuraient seulement dans la Vérité pure.

Verse 4

निशयामिव खद्योतः प्रावृट् काले ततस्तदा / तदा कामेन तरसामन्यामानःस्वयं धिया

Tel un ver luisant dans la nuit de la saison des pluies, ainsi, alors, poussé par l’élan du désir, il chercha ailleurs par sa propre intelligence.

Verse 5

सोप्युपायं प्रतिष्ठायां मार्गमाणस्तदा भुवम् / ततस्तु सलिले तस्मिन् ज्ञात्वा त्वन्तर्गतो महीम्

Lui aussi, s’étant établi dans un moyen, se mit alors à chercher la terre; puis, sachant que dans ces eaux la terre s’était retirée au-dedans, il y pénétra.

Verse 6

अन्धमन्यतमं बुद्धा भूमेरुद्धरणक्षमः / चकार तं तु देवो ऽथ पूर्वकल्पादिषु स्मृतः

Ayant compris qu’il s’agissait d’un lieu d’extrême obscurité, ce Deva capable de relever la terre—dont on se souvient dans les kalpas anciens—accomplit cet acte.

Verse 7

सत्यं रूपं वराहस्य कृत्वाभो ऽनुप्रविश्य च / अद्भिः संछादितामिच्छन् पृथिवीं स प्रजापतिः

Ce Prajapati, ayant pris la forme véritable du Varaha, pénétra dans les eaux, désirant atteindre la terre recouverte par elles.

Verse 8

उद्धृत्योर्वीमथ न्यस्ता सापत्यांतामतिन्यसत् / सामुद्राश्च समुद्रेषु नादेयाश्च नदीषु च

Après avoir relevé la terre, il la plaça en son lieu propre, l’affermissant avec ses limites; les eaux marines furent dans les océans, et les eaux des rivières dans les rivières.

Verse 9

पृथक्तास्तु समीकृत्य पृथिव्यां सो ऽचिनोद्गिरीन् / प्राक्सर्गे दह्यमाने तु पुरा संवर्त काग्निना

Il rassembla ce qui était dispersé et établit les montagnes sur la terre. Dans l’antique pré-sarga, lorsque le feu de Saṃvarta consumait tout.

Verse 10

तेनाग्निना विलीनास्ते पर्वता भुवि सर्वशः / शैल्यादेकार्णवे तस्मिन्वायुना ये तु संहिताः

Par ce feu, les montagnes de toute la terre se liquéfièrent. Dans cet océan unique, les masses rocheuses furent rassemblées par le vent.

Verse 11

निषिक्ता यत्र यत्रासंस्तत्रतत्राचलो ऽभवत् / स्कन्धाचलत्वादचलाः पर्वभिः पर्वताः स्मृताः

Là où ils furent déversés, là même naquit l’Inébranlable, la montagne. Parce qu’ils sont immobiles comme un skandha on les nomme ‘acala’, et parce qu’ils ont des ‘parva’ (articulations) on les dit ‘parvata’.

Verse 12

गिरयो हि निगीर्णत्वादयनात्तु शिलोच्चयाः / तत स्तावासमुद्धृत्य क्षितिमंतर्जलात्प्रभुः

Parce qu’ils furent ‘engloutis’, on les nomme giri, et parce qu’ils sont des amas de pierre élevés, śiloccaya. Alors le Seigneur les souleva et tira la terre hors des eaux intérieures.

Verse 13

सप्तसप्त तु वर्षाणि तस्या द्वीपेषु सप्तसु / विषमाणि समीकृत्य शिलाभिरभितो गिरीन्

Pendant sept fois sept années, dans ses sept dvīpa, il aplanit les lieux inégaux et affermit les montagnes de toutes parts avec des pierres.

Verse 14

द्वीपेषु तेषु वर्षाणि चत्वारिंशत्तथैव तु / तावंतः पर्वताश्चैव वर्षांते समवस्थिताः

Dans ces îles se trouvent quarante varṣa (régions) ; et à la limite de chaque varṣa se tiennent établies autant de montagnes.

Verse 15

स्वर्गादौ कांतिविष्टास्ते स्वभावेनैव नान्यथा / सप्तद्वीपा समुद्राश्च अन्योन्यस्यानुमंडलम्

Ils resplendissent dans le ciel et les autres mondes par leur propre nature, et non autrement ; les sept dvīpa et les océans s’enveloppent mutuellement en cercles.

Verse 16

सन्निविष्टाः स्वभावेन समावृत्य परस्परम् / भूराद्याश्चतुरो लोकाश्चंद्रादित्यौ ग्रहैः सह

Ils sont disposés selon leur propre nature, s’enveloppant les uns les autres ; ainsi aussi les quatre lokas начиная par Bhū, avec la Lune, le Soleil et les planètes.

Verse 17

पूर्ववन्निर्ममे ब्रह्मा स्थावराणीह सर्वशः / कल्पस्य चास्य ब्रह्मा चासृजद्यः स्थानिनः सुरान्

Comme auparavant, Brahmā façonna ici partout les êtres sthāvara (immobiles) ; et dans ce kalpa, Brahmā créa aussi les dieux établis en leurs demeures propres.

Verse 18

आपोग्निं पृथिवीं वायुमंतरिक्षं दिवं तथा / स्वर्गं दिशः समुद्रांश्च नदीः सर्वांस्तु पर्वतान्

Brahmā créa les eaux, le feu, la terre, le vent, l’espace intermédiaire et le ciel; ainsi que le svarga, les directions, les océans, toutes les rivières et les montagnes.

Verse 19

ओषधीनामात्मनश्च आत्मनो वृक्षवीरुधाम् / लवकाष्ठाः कलाश्चैव मुहुर्त्तान्संधिरात्र्यहान्

Il établit l’essence des plantes médicinales, de son propre ātman et de l’ātman des arbres et des lianes; ainsi que les lavas et kāṣṭhas, les kalās, les muhūrtas, les jonctions, les nuits et les jours.

Verse 20

अर्द्धमासांश्च मासांश्च अयनाब्दान् युगानि च / स्थानाभिमानिनश्चैव स्थानानिच पृथक्पृथक्

Il fixa les demi-mois, les mois, les ayanas, les années et les yugas; et aussi les régents de chaque demeure (sthānābhimānin) et leurs demeures, chacune distinctement.

Verse 21

स्थानात्मनस्तु सृष्ट्वा च युगावस्था विनिर्ममे / कृतं त्रेता द्वापरं च तिष्यं चैव तथा युगम्

Après avoir créé la nature du « lieu », il façonna les états des yugas : Kṛta, Tretā, Dvāpara, et aussi le yuga Tiṣya (Kali).

Verse 22

कल्पस्यादौ कृतयुगे प्रथमं सो ऽसृजत्प्रजाः / प्रागुक्ताश्च मया तुभ्यं पूर्व्वे कल्पे प्रजास्तु ताः

Au commencement du kalpa, dans le Kṛta-yuga, il créa d’abord les créatures (prajā). Ce sont bien celles dont je t’ai parlé dans le kalpa précédent.

Verse 23

तस्मिन्संवर्त माने तु कल्पे दग्धास्तदग्निना / अप्राप्तायास्तपोलोकं पृथिव्यां याः समासत

Dans ce kalpa qui entrait en la dissolution, ceux qui n’avaient pas atteint Tapoloka et demeuraient sur la terre furent consumés par ce feu.

Verse 24

आवर्तन्ते पुनः सर्गे वीक्षार्थं ता भवन्ति हि / वीक्ष्यार्थं ताः स्थितास्तत्र पुनः सर्गस्य कारणात्

Elles reviennent encore lors de la recréation; en vérité, elles existent pour être contemplées. Par la cause de la recréation, elles demeurent là afin d’être vues.

Verse 25

ततस्ताः सृज्यमानास्तु सन्तानार्थं भवन्ति हि / धर्म्मार्थ काममोक्षाणामिह ताः साधिताः स्मृताः

Ensuite, lorsqu’elles sont créées, elles existent pour la continuité de la lignée. Ici, on se souvient d’elles comme de moyens d’accomplir dharma, artha, kama et moksha.

Verse 26

देवाश्च पितरश्चैव क्रमशो मानवास्तथा / ततस्ते तपसा युक्ताः स्थानान्यापूरयन्पुरा

Les dieux, les Pitri, et, dans l’ordre, les humains aussi. Alors, unis à l’austérité, ils remplirent jadis leurs demeures respectives.

Verse 27

ब्राह्मणो मनवस्ते वै सिद्धात्मानो भवन्ति हि / आसंगद्वेषयुक्तेन कर्मणा ते दिवं गताः

Ces Manu deviennent de nature brahmanique, à l’âme accomplie. Par des actes mêlés d’attachement et d’aversion, ils gagnèrent le ciel.

Verse 28

आवर्तमानास्ते देहे संभवन्ति युगे युगे / स्वकर्म्मफलशेषेण ख्याताश्चैव तदात्मकाः

Revenant dans un corps, ils naissent d’âge en âge. Par le reste du fruit de leur propre karma, ils deviennent renommés et prennent cette même nature.

Verse 29

संभवन्ति जने लोकाः कल्पागमनिबन्धनाः / अप्सु यः कारणं तेषां बोधयन्कर्म्मणा तु सः

Les mondes naissent parmi les êtres, liés à l’avènement des kalpa. Celui qui, dans les eaux, en est la cause, les éclaire par le karma.

Verse 30

कर्म्मभिस्तैस्तु जायन्ते जनलोकाच्छुभाशुभैः / गृह्णन्ति ते शरीराणि नानारूपाणि योनिषु

Par ces karmas, bons et mauvais, ils naissent depuis Janaloka. Dans diverses matrices, ils revêtent des corps aux formes multiples.

Verse 31

देवाद्याः स्थावरांतास्तु आपद्यन्ते परस्परम् / तेषां मेध्यानि कर्म्माणि प्रायशः प्रतिपेदिरे

Des dieux jusqu’aux êtres immobiles, ils tombent dans les états les uns des autres. Le plus souvent, ils reçoivent les actes purs et convenables pour eux.

Verse 32

तस्माद्यन्नांमरूपाणि तान्येव प्रतिपेदिरे / पुनः पुनस्ते कल्पेषु जायन्ते नामरूपेणः

Ainsi retrouvent-ils ces mêmes noms et ces mêmes formes. De kalpa en kalpa, ils renaissent sans cesse avec ce nom et cette forme.

Verse 33

ततः सर्गो ह्युपसृष्टिं सिसृक्षोर्ब्रह्मणस्तु वै / ताः प्रजा ध्यायतस्तस्य सत्याभिध्यायिनस्तदा

Alors advint la création, issue de la sous-création de Brahmā, désireux de produire. En ce temps-là, lorsqu’il méditait, les créatures devinrent porteuses d’une intention vraie (satya-saṅkalpa).

Verse 34

मिथुनानां सहस्रं तु मुखात्समभवत्किल / जनास्ते ह्युपपद्यन्ते सत्त्वोद्रिक्ताः सुतेजसः

De la bouche naquirent, dit-on, mille couples. Ces êtres apparurent dominés par le sattva, rayonnants d’un tejas sacré.

Verse 35

चक्षुषो ऽन्यत्सहस्रं तु मिथुनानां ससर्ज्ज ह / ते सर्वे रजसोद्रिक्ताः शुष्मिणश्चाप्यमर्षिणः

Des yeux il créa encore un autre millier de couples. Tous étaient dominés par le rajas, vigoureux et prompts à la colère.

Verse 36

सहस्रमन्यदसृजद् बाहूनामसतां पुनः / रजस्तमोभ्यासुद्धिक्ता गृहशीलास्ततः स्मृताः

Puis, des bras il créa un autre millier. Mêlés de rajas et de tamas, ils furent tenus pour portés à la vie domestique.

Verse 37

आयुषोंऽते प्रसूयंते मिथुनान्येव वासकृत् / कूटकाकूटकाश्चैव उत्पद्यंते मुमूर्षुणाम्

À la fin de la vie, de Vāsakṛt naissent bien des couples; et pour ceux qui vont mourir apparaissent aussi le kūṭaka et l’akūṭaka.

Verse 38

कुतः कुलमथोत्पाद्य ताः शरीराणि तत्यजुः / ततः प्रभृति कल्पे ऽस्मिन्मैथुनानां च संभवः

Ensuite, après avoir engendré des lignées, ils abandonnèrent leurs corps. Dès lors, en ce kalpa, l’avènement des couples se poursuivit.

Verse 39

ध्यानेन मनसा तासां प्रजानां जायते कृते / शब्दादिविषयः शुद्धः प्रत्येकं पञ्चलक्षणम्

Dans le Kṛta-yuga, ces créatures naissent de l’esprit plongé dans la méditation; les objets tels que le son et les autres sont purs, et chacune porte cinq marques.

Verse 40

इत्येवं मानसैर्भावैः प्रेष्ठं तिष्ठंति चाप्रजाः / तथान्वयास्तु संभूता यैरिदं पूरितं जगत्

Ainsi, par les états de l’esprit, ils demeurent stables en une forme chérie; et d’eux naquirent les lignées par lesquelles ce monde fut rempli.

Verse 41

सरित्सरःसमुद्रांश्च सेवंते पर्वतानपि / तदा ता ह्यल्पसंतोषायुद्धे तस्मिंश्चरंति वै

Ils fréquentent rivières, lacs et océans, et se réfugient aussi dans les montagnes; alors, pour une faible satisfaction, ils errent dans ce conflit.

Verse 42

पृथ्वी रसवती नाम आहारं व्याहरंति च / ताः प्रजाः कामचारिण्यो मानसीं सिद्धिमिच्छतः

Sur la terre nommée Rasavatī, ils ne font qu’énoncer la nourriture par la parole; ces êtres vont selon leur désir et aspirent à l’accomplissement de l’esprit.

Verse 43

तुल्यमायुः सुखं रूपं तासामासीत्कृते युगे / धर्माधर्मौं तदा न स्तः कल्पादौ प्रथमे युगे

Dans le Kṛta-yuga, leur durée de vie, leur bonheur et leur forme étaient égaux; dans ce premier yuga au commencement du kalpa, il n’y avait ni dharma ni adharma.

Verse 44

स्वेनस्वेनाधि कारेण जज्ञिरे तु युगेयुगे / चत्वारि तु सहस्राणि वर्षाणां दिव्यसंख्यया

Selon leur propre charge et autorité, les êtres naquirent d’âge en âge. Selon le décompte divin, on compte quatre mille années.

Verse 45

आदौ कृतयुगं प्राहुः संध्यांशौ च चतुःशतौ / ततः सहस्रशस्तास्तु प्रजासु प्रथितास्विह

Au commencement on l’appela Kṛtayuga; et l’aurore comme le crépuscule du yuga furent de quatre cents chacun. Puis cela devint renommé parmi les peuples de mille façons.

Verse 46

न तासां प्रतिघातो ऽस्ति न द्वंद्वं नापि च क्रमः / पर्वतोदधिवासिन्यो ह्यनिकेताश्रयास्तु ताः

Pour elles il n’y avait ni obstacle, ni dualité, ni contrainte d’ordre. Elles demeuraient sur les montagnes et près de l’océan, abritées sans demeure fixe.

Verse 47

विशोकाः सत्त्वबहुला एकांतसुखिनः प्रजाः / ताश्शश्वत् कामचरिण्यो नित्यं मुदितमानसाः

Les êtres étaient sans chagrin, riches de sattva, heureux dans la félicité du recueillement. Ils allaient toujours selon leur désir et gardaient l’esprit constamment joyeux.

Verse 48

पशवः पक्षिणश्चैव न तदासन्सरीसृपाः / नोद्विजा नोत्कटाश्चैव धर्मस्य प्रक्रिया तु सा

Alors il y avait des bêtes et des oiseaux, mais point de reptiles. Rien d’effrayant ni de farouche : telle était la marche du dharma en ce temps-là.

Verse 49

समूल फलपुष्पाणि वर्त्तनाय त्वशेषतः / सर्वैकान्तसुखः कालो नात्यर्थं ह्युष्णशीतलः

Fruits et fleurs avec leurs racines naissent sans cesse. Là, le temps est une félicité paisible, ni trop brûlant ni trop froid.

Verse 50

मनो ऽभिलषितः काम स्तासां सर्वत्र सर्वदा / उत्तिष्ठंति पृथिव्यां वै तेषां ध्यानै रसातलात्

Le désir que leur esprit appelle s’accomplit partout et toujours. Par la puissance de leur méditation, même depuis Rasātala, des choses se manifestent sur la terre.

Verse 51

बलवर्णकरी तेषां जरारोगप्रणाशिनी / असंस्कार्यैः शरीरैस्तु प्रजास्ताः स्थिरयौवनाः

Cela accroît leur force et leur éclat, et anéantit vieillesse et maladie. Leurs corps existent sans rites de consécration, et les êtres demeurent dans une jeunesse stable.

Verse 52

तासां विना तु संकल्पाज्जायंते सिथुनात्प्रजाः / समं जन्म च रूपं च प्रीयंते चैव ताः समाः

Chez eux, par la seule force de l’intention, sans union de couple, la descendance naît. Naissance et apparence sont semblables, et tous s’aiment d’un amour égal.

Verse 53

तदा सत्यमलोभश्च संतुष्टिश्च च सुखं दमः / निर्विशेषाश्च ताः सर्वा रूपायुःशिल्पचेष्टितैः

Alors règnent la vérité, l’absence d’avidité, le contentement, la joie et la maîtrise de soi. En beauté, longévité, arts et conduite, tous sont égaux, sans distinction.

Verse 54

अबुद्धिपूर्विका पृत्तिः प्रजानां भवति स्वयम् / अप्रवृत्तिः कृतद्वारे कर्मणः शुभपापयोः

Chez les êtres, l’élan naît de lui‑même, précédé d’absence de discernement; et, les portes du karma — bon ou mauvais — étant ouvertes, demeure pourtant la non‑inclination à agir.

Verse 55

वर्णाश्रमव्यवस्थाश्च न तदासन्न तत्कराः / अनिच्छाद्वेषयुक्तास्ता वर्त्तयन्ति परस्परम्

Alors il n’y avait ni l’ordonnance des varṇa et des āśrama, ni ceux qui l’accomplissent; chargés de répugnance et d’aversion, ils se comportaient les uns envers les autres.

Verse 56

तुल्यरूपायुषः सर्वा अधमोत्तमवर्जिताः / सुखप्राया विशोकाश्च उत्पद्यंते कृते युगे

Dans le Kṛta‑yuga, tous ont même forme et même durée de vie, sans distinction d’inférieur et de supérieur; ils naissent pour la plupart heureux et sans chagrin.

Verse 57

लाभालाभौ न वा स्यातां मित्रामित्रौ प्रियाप्रियौ / मनसा विषयस्तासां निरीहाणां प्रवर्तते

Il n’y avait ni gain ni perte, ni ami ni ennemi, ni agréable ni désagréable; pour ceux sans désir, les objets ne se déployaient que dans l’esprit.

Verse 58

नाति हिंसति वान्योन्यं नानुगृङ्णंति वै तदा

Alors ils ne se faisaient pas grand tort les uns aux autres, et ne s’accordaient pas non plus de faveurs particulières.

Verse 59

ज्ञानं परं कृतयुगे त्रेतायां यज्ञ उच्यते / पवृत्तं द्वापरे युद्धं स्तेयमेव कलौ युगे

Dans le Kṛtayuga, la connaissance suprême est louée ; dans le Tretāyuga, le yajña est dit primordial. Dans le Dvāpara, la guerre se répand ; dans le Kali, le vol devient dominant.

Verse 60

सत्त्वं कृतं रजस्त्रेता द्वापरं तु रजस्तमः / कलिस्तमस्तु विज्ञेयं गुणवृत्तं गुमेषु तत्

Le Kṛtayuga est dominé par sattva ; le Tretāyuga a pour nature rajas. Le Dvāpara mêle rajas et tamas ; et le Kali doit être connu comme dominé par tamas : telle est la marche des guṇa selon les âges.

Verse 61

कालः कृतयुगे त्वेष तस्य सन्ध्यां निबोधत / चत्वारि तु सहस्राणि वर्षाणां तत्कृतं युगम्

Voici la durée du Kṛtayuga ; comprends aussi sa sandhyā, le temps de transition. Le Kṛtayuga compte quatre mille années.

Verse 62

साध्यांशौ तस्य दिव्यानि शतान्यष्टौ तु संख्यया / चत्वार्यैव सहस्राणि वर्षाणां मोनुषाणि तु

La part de sandhyā de cet âge compte huit cents années divines. En années humaines, cela équivaut à quatre mille ans.

Verse 63

तदा तासु भवंत्याशु नोत्क्रोशाच्च विपर्ययाः / ततः कृत्युगे तस्मिन् ससंध्यांशे गते तदा

Alors, en ces temps-là, il ne survient pas promptement de renversements (viparyaya) du seul fait d’un « grand clameur » (utkrośa). Puis, lorsque ce Kṛtayuga s’est écoulé avec sa part de sandhyā, alors…

Verse 64

पादावशिष्टो भवति युगधर्मस्तु सर्वशः / सन्ध्यायास्तु व्यतीतायाः सांध्यः कालो युगस्य सः

Le dharma du yuga, partout, ne subsiste plus qu’en un seul quart. La sandhyā une fois passée, c’est là le temps crépusculaire (sāṃdhya) de ce yuga.

Verse 65

पादमिश्रावशिष्टेन संध्याधर्मे पुनः पुनः / एवं कृतयुगे तस्मिन्निश्शेषेंतर्दधे तदा

Par le reste mêlé des parts, le dharma de la sandhyā se manifeste encore et encore. Ainsi, lorsque ce Kṛtayuga s’épuisa entièrement, alors il s’engloutit.

Verse 66

तस्यां च सन्धौ नष्टायां मानसी चाभवत्प्रजा / सिद्धिरन्ययुगे तस्मिंस्त्रेताख्ये ऽनंतरे कृतात्

Quand cette jonction (sandhi) disparut, la créature devint mānasī, née de l’esprit. Dans le yuga suivant, nommé Tretā, venu après le Kṛta, la siddhi se manifesta.

Verse 67

सर्गादौ या मयाष्टौ तु मानस्यो वै प्रकीर्तिताः / अष्टौ ताः क्रमयोगेन सिद्धयो यांति संक्षयम्

Au commencement de la création, les huit siddhi mānasī que j’ai proclamées : ces huit-là, selon l’ordre, vont vers leur déclin.

Verse 68

कल्पादौ मानसी ह्येका सिद्धिर्भवति सा कृते / मन्वंतरेषु सर्वेषु चतुर्युगविभागशः

Au début du kalpa, dans le Kṛtayuga, il n’y a qu’une seule siddhi mānasī. Dans tous les manvantaras, cette règle suit la division des quatre yugas.

Verse 69

वर्णाश्रमाचारकृतः कर्मसिद्ध्युद्भवः कृतः / संध्या कृतस्य पादेन संक्षेपेण वशात्ततः

Des actes accomplis selon la conduite des varṇa et des āśrama naquit la perfection (siddhi). Au crépuscule du Yuga Kṛta, elle se réduisit à un seul quart, en abrégé et sous contrainte.

Verse 70

कृतसंध्यांशका ह्येते त्रीनादाय परस्परम् / हीयंते युगधर्मास्ते तपःश्रुतबलायुषः

Ces trois-là se transmettent entre eux les parts du crépuscule du Yuga Kṛta. Les dharma des âges décroissent : l’ascèse, la śruti, la force et la longévité s’amoindrissent.

Verse 71

कृते कृताशे ऽतीते तु वभूव तदनन्तरम् / त्रेतायुगसमुत्पत्तिः सांशा च ऋषिसत्तमाः

Quand la part du Yuga Kṛta fut révolue, aussitôt après naquit le Yuga Tretā ; ô rishis éminents, lui aussi était « avec des parts », non entier.

Verse 72

तस्मिन् क्षीणे कृतांशे वै तासु शिष्टासु सप्तसु / कल्पादौ संप्रवृत्तायास्त्रेतायाः प्रसुखे तदा

Lorsque la part du Yuga Kṛta s’épuisa et demeura dans ces sept états restants, au commencement du kalpa le Yuga Tretā, alors engagé, fut un temps heureux.

Verse 73

प्रणश्यति तदा सिद्धिः कालयोगेन नान्यथा / तस्यां सिद्धौ प्रनष्टायामन्या सिद्धिरजायत

Alors la siddhi s’évanouit uniquement par la conjonction du Temps (kāla-yoga), et non autrement. Cette siddhi disparue, une autre siddhi naquit.

Verse 74

अपांशौ तौ प्रतिगतौ तदा मेघात्माना तु वै / मेघेभ्यः स्तनयितृभ्यः प्रवृत्तं पृष्टिसर्जनम्

Lorsque ces deux parts d’eau furent revenues, elles prirent la nature des nuées; et des nuages tonnants s’épancha alors l’effusion des eaux, comme d’un dos céleste.

Verse 75

सकृदेव तया वृष्ट्या संसिद्धे पृषिवीतले / प्रजा आसंस्ततस्तासां वृक्षश्च गृह संज्ञिताः

Par cette unique pluie, la surface de la terre fut accomplie; alors naquirent les êtres, et pour eux les arbres furent nommés ‘demeure’.

Verse 76

सर्वः प्रत्युपभोगस्तु तासां तेभ्यो व्यजायत / वर्त्तयंतेस्म तेभ्यस्तास्त्रेतायुगमुखे प्रजाः

Tout ce dont ils jouissaient naquit de là; et, à l’aube du Trêtâ-yuga, ces êtres vécurent en s’appuyant sur ces mêmes ressources.

Verse 77

ततः कालेन महता तासामेव विपर्ययात् / संगलोलात्मको भावस्तदा ह्याकस्मिको ऽभवत्

Puis, au bout d’un long temps, par le renversement survenu en eux-mêmes, un état d’agitation vacillante surgit alors soudainement.

Verse 78

यत्तद्भवति नारीणां जीवितांते तदार्तवम् / तदा तद्वै न भवति पुनर्युगबलेन तु

Ce qui, chez les femmes, survient comme ‘ārtava’ à l’extrémité de la vie, n’existait pas alors; mais, par la puissance du yuga, cela se modifia de nouveau.

Verse 79

तासां पुनः प्रवृत्तं तन्मासिमासि तदार्तवम् / ततस्तेनैव योगेन वर्त्तते मैथुनं तदा

Alors, chez elles, le temps des menstrues se remit à paraître mois après mois; et par cette même conjonction, en ce moment-là, l’union charnelle (maithuna) eut lieu.

Verse 80

तेषां तत्का लभावित्वान्मासिमास्युपगच्छताम् / अकाले चार्तवोत्पत्त्या गर्भोत्पत्तिस्तदाभवत्

Puisque cette loi du temps leur advenait mois après mois, et que les menstrues survenaient même hors saison, alors la conception eut lieu.

Verse 81

विपर्ययेण तेषां तु तेन तत्काल भाविता / प्रणश्यंति ततः सर्वे वृक्षास्ते गृहसंज्ञिताः

Mais, par renversement de l’ordre et sous ce même effet du temps, tous ces arbres dits « gṛha » périrent alors.

Verse 82

ततस्तेषु प्रनष्टेषु विभ्रांता व्याकुलेन्द्रियाः / अभिध्यायंति ताः सिद्धिं सत्याभिध्यायिनस्तदा

Lorsqu’ils eurent péri, ceux qui méditaient la Vérité furent troublés, les sens agités; alors ils contemplèrent cette siddhi (accomplissement).

Verse 83

प्रादुर्बभूवुस्तेषां तु वृक्षास्ते गृहसंज्ञिताः / वस्त्राणि च प्रसूयंते फलान्याभरणानि च

Alors réapparurent pour eux ces arbres appelés « gṛha »; et d’eux naquirent des vêtements, des fruits et aussi des parures.

Verse 84

तथैव जायते तेषां गन्धर्वाणां रसान्वितम् / आन्वीक्षिकं महावीर्यं पुटके पुटके मधु

Ainsi, pour ces Gandharva naît un miel plein de saveur ; dans chaque récipient se révèle une grande vigueur et la puissance de l’ānvīkṣikī.

Verse 85

तेन ता वर्त्तयन्ति स्ममुखे त्रेतायुगस्य वै / त्दृष्टपुष्टास्तया सिद्ध्या प्रजास्ता विगतज्वराः

Par cela, ils vécurent au seuil du Tretāyuga ; nourries par cette siddhi, les créatures furent délivrées de la fièvre.

Verse 86

ततः कालांतरेप्येवं पुनर्लोभावृताः प्रजाः / वृक्षांस्ताः पर्यगृह्णंत मधु वा माक्षिकं बलात्

Puis, avec le temps, les êtres furent de nouveau enveloppés par l’avidité ; ils encerclèrent les arbres et arrachèrent de force le miel, même celui des abeilles.

Verse 87

तासां तेनापचारेण पुनर्लोभकृतेन वै / प्रनष्टा प्रभुणा सार्द्धं कल्पवृक्षाः क्वचित्क्वचित्

Par cette faute et par l’avidité recommencée, en certains lieux les arbres kalpa disparurent avec le Seigneur qui les gardait.

Verse 88

तस्यामेवाल्पशिष्टायां सिद्ध्यां कालवशात्तदा / वर्त्तंते चानया तासां द्वंद्वान्यत्युत्थितानि तु

Sous l’empire du temps, il ne resta alors qu’un faible reste de cette siddhi ; et par elle, de violents conflits d’opposés s’élevèrent parmi eux.

Verse 89

शीतवातातपास्तीव्रास्ततस्ता दुःखिता भृशम् / द्वंद्वैस्तैः पीड्यमानास्तु चुक्रुशुरावृणानि वा

Accablés par les rudes contraires du froid, du vent et de l’ardeur du soleil, ils furent saisis d’une grande souffrance. Bouleversés, ils poussèrent des plaintes pitoyables et montrèrent même leurs blessures.

Verse 90

कृत्वा द्वन्द्वप्रतीयातं निकेतानि विचेतसः / पूर्व निकामचारास्ते ह्यनिकेता यथाभवन्

Pour parer aux contraires, ils se firent des demeures; pourtant leur esprit demeura troublé. Ceux qui jadis allaient selon leur bon plaisir restèrent, en vérité, comme sans abri, tels qu’ils étaient.

Verse 91

यथायोगं यथाप्रीति निकेतेष्ववसन्पुरा / मधुधुन्वत्सु निष्ठेषु पर्वतेषु नदीषु च

Autrefois, ils demeuraient dans des abris selon ce qui convenait et selon leur joie : en des lieux riches de miel, sur les montagnes et aussi au bord des rivières.

Verse 92

संश्रयंति च दुर्गाणि धन्वपावर्तमौदकम् / यथाजोषं यथाकामं समेषु विषमेषु च

Ils prenaient aussi refuge dans des forteresses difficiles d’accès : dans les déserts, près des tourbillons d’eau et dans des places liées aux eaux ; selon leur gré et leur désir, en terrains plats comme en terrains âpres.

Verse 93

आरब्धास्तान्निकेतान्वै कर्तुं शीतोष्णवारणात् / ततस्तान्निर्मयामासुः खेटानि च पुराणि च

Pour se préserver du froid et de la chaleur, ils entreprirent de bâtir ces demeures. Puis ils édifièrent des villages et même des cités anciennes.

Verse 94

ग्रामांश्चैव यथाभागं तथैव नगराणि च / तेषामायामविष्कंभाः सन्निवेशांतराणि च

Ils ordonnèrent les villages selon la part qui leur revenait, ainsi que les cités; ils fixèrent leur longueur, leur largeur et les diverses dispositions d’implantation.

Verse 95

चक्रुस्तदा यथाज्ञानं मीत्वामीत्वात्मनोगुलैः / मानार्थानि प्रमाणानि तदा प्रभृति चक्रिरे

Alors, selon leur connaissance, ils mesurèrent et remesurèrent avec leurs propres doigts et établirent des étalons de mesure; dès lors ces normes furent en usage.

Verse 96

ययांगुलप्रदेशांस्त्रीन्हस्तः किष्कुं धनूंषि च / दश त्वंगुलपर्वाणि प्रादेश इति संज्ञितः

Ainsi, à partir de trois portions de doigt (aṅgula-pradeśa) furent établies des mesures telles que hasta, kiṣku et dhanuṣ; et dix phalanges furent appelées prādeśa.

Verse 97

अंगुष्ठस्य प्रदेशिन्या व्यासप्रादेश उच्यते / तालः स्मृतो मध्यमया गोकर्णश्चाप्यनामया

La mesure formée par le pouce et l’index est appelée vyāsa-prādeśa; avec le majeur on la connaît comme tāla, et avec l’annulaire aussi comme gokarṇa.

Verse 98

कनिष्ठया वितस्तिस्तु द्वादशांगुल उच्यते / रत्निरंगुलपर्वाणि संख्यया त्वेकविशतिः

La vitasti, mesurée avec l’auriculaire, est dite de douze aṅgula; et la ratni compte, en nombre de phalanges, vingt et une.

Verse 99

चत्वारि विंशतिश्चैव हस्तः स्यादंगुलानि तु / किष्कुः स्मृतो द्विरत्निस्तु द्विचत्वारिंशदंगुलः

Le hasta est tenu pour mesurer vingt-quatre angula. Le kiṣku, appelé dviratni, est dit mesurer quarante-deux angula.

Verse 100

चतुर्हस्तो धनुर्द्दंडो नालिका युगमेव च / धनुःसहस्त्रे द्वे तत्र गव्यूतिस्तौः कृता तदा

Le dhanurdaṇḍa mesure quatre hastas; nālikā et yuga sont aussi des mesures. Pour mille arcs, on y établit deux gavyūti.

Verse 101

अष्टौ धनुःसहस्राणि योजनं तैर्विभावितम् / एतेन योजनेनेह सन्निवेशास्ततः कृताः

Huit mille arcs sont établis comme un yojana. C’est selon ce yojana que furent ordonnés ici les établissements.

Verse 102

चतुर्णामथ दुर्गाणां स्वयमुत्थानि त्रीणि च / चतुर्थ कृतिमं दुग तस्य वक्ष्यामि निर्णयम्

Il est quatre sortes de forteresses (durga) ; trois sont nées d’elles-mêmes, naturelles. La quatrième est une forteresse artificielle : j’en dirai la détermination.

Verse 103

सोत्सेधरंध्रप्राकारं सर्वतः खातकावृतम् / रुचकः प्रतिकद्वारं कुमारीपुरमेव च

La forteresse dont l’enceinte, munie de saillies et d’ouvertures, est entourée de fossés de tous côtés, est dite ‘Rucaka’ ; ‘Pratikadvāra’ et ‘Kumārīpura’ sont aussi (des types de forteresse).

Verse 104

द्विहस्तः स्रोतसां श्रेष्ठं कुमारीपुरमञ्चतान् / हस्तस्रोतो दशश्रेष्ठो नवहस्तोष्ट एव च

Parmi les cours d’eau, ‘Dvihasta’ est proclamé le plus excellent et coule près de Kumārīpura. Dans le ‘Hastasrota’, la mesure de dix hastas est la plus éminente; sont aussi mentionnées celles de neuf et de huit hastas.

Verse 105

खेटानां च पुराणां च ग्रामाणां चैव सर्वशः / त्रिविधानां च दुर्गाणां पर्वतोदकधन्विनाम्

Il est question des kheṭa, des cités et des villages en tous lieux; et aussi des forteresses de trois sortes: de montagne, d’eau et de dhanu (forêt ou terre aride).

Verse 106

कृत्रिमाणां च दुर्गाणां विष्कम्भायाममेव च / योजनादर्द्धविष्कम्भमष्टभागाधिकायतम्

Même pour les forteresses artificielles, la règle de largeur et de longueur est la suivante: la largeur vaut un demi-yojana, et la longueur lui est supérieure d’un huitième.

Verse 107

परमार्द्धार्द्धमायामं प्रागुदक्प्लवनं पुरम् / छिन्नकर्णविकर्णं च व्यजनाकृतिसंस्थितम्

La cité doit avoir une longueur selon la mesure dite paramārddhārddha, et son sol doit pencher vers l’est et le nord. Certains angles seront retranchés, d’autres élargis, et l’ensemble disposé en forme d’éventail.

Verse 108

वृत्तं वज्रं च दीर्घ च नगरं न प्रशस्यते / चतुरस्रयुतं दिव्यं प्रशस्तं तैः पुरं कृतम्

Une ville ronde, en forme de vajra ou trop allongée n’est pas louée. Ils édifièrent une cité à quatre côtés, divine et de bon augure, digne d’éloge.

Verse 109

चतुर्विंशत्परं ह्रस्वं वास्तु वाष्टशतं परम् / अत्र मध्यं प्रशंसंति ह्रस्वं काष्ठविवर्ज्जितम्

La demeure dont la mesure est inférieure à vingt-quatre est dite ‘hrasva’, et jusqu’à huit cents on la tient pour un ‘vāstu’ éminent. Ici l’on loue la partie médiane : petite et dépourvue de bois.

Verse 110

अथ किष्कुशतान्यष्टौ प्राहुर्मुख्यं निवेशनम् / नगरादर्द्धविषकंभः खेटं पानं तदूर्द्धतः

Ensuite, on dit que la mesure de huit cents kiṣku constitue l’établissement principal. Le ‘kheṭa’ vaut la moitié du diamètre de la cité, et au-dessus se nomme le degré ‘pāna’.

Verse 111

नगराद्योजनं खेटं खेटाद्गामोर्द्धयोजनम् / द्विक्रोशः परमा सीमा क्षेत्रसीमा चतुर्द्धनुः

De la cité jusqu’à un yojana, on appelle cela ‘kheṭa’; du kheṭa jusqu’à un demi-yojana, c’est le ‘gāma’ (village). Deux krośa est la limite suprême, et la limite d’un champ est de quatre dhanu.

Verse 112

विंशद्धनूंषि विस्तीर्णो दिशां मार्गस्तु तैः कृतः / विंशद्धनुर्ग्राममार्गः सीमामार्गो दशैव तु

Ils établirent les voies des directions avec une largeur de vingt dhanu. La route du village est aussi de vingt dhanu, mais la voie de limite n’est que de dix dhanu.

Verse 113

धनूंषि दश विस्तीर्णः श्रीमान् राजपथः कृतः / नृवाजिरथनागानामसंबाधस्तु संचरः

On établit la splendide voie royale, large de dix dhanu, afin que les hommes, les chevaux, les chars et les éléphants y circulent sans encombre.

Verse 114

धनूंषि चापि चत्वारि शाखारथ्याश्च तैर्मिताः / त्रिका रथ्योपरथ्याः स्युर्द्विका श्चाप्युपरत्यकाः

Selon la mesure de quatre arcs furent définies les rues secondaires (śākhā-rathyā). Les rues supérieures (rathyoparathyā) sont de trois arcs, et les ruelles hautes (uparatyakā) de deux arcs.

Verse 115

जंघापथश्चतुष्पादस्त्रिपदं च गृहांतरम् / धृतिमार्गस्तूर्द्धषष्ठं क्रमशः पदिकः स्मृतः

Le jaṃghāpatha mesure quatre pāda, et l’intervalle entre les maisons est dit de trois pāda. Le dhṛtimārga est tenu pour ‘ūrdhva-ṣaṣṭha’ (surélevé selon la sixième part) ; dans l’ordre on l’appelle padika.

Verse 116

अवस्कारपरीवारः पादमात्रं समंततः / कृतेषु तेषु स्थानेषु पुनर्गेहगृहाणि वै

L’enceinte de l’avaskāra (cour/entour) fut laissée d’un seul pāda tout autour. Ces emplacements une fois faits, on rebâtit de nouveau maisons et demeures.

Verse 117

यथा ते पूर्वमासंश्च वृक्षास्तु गृह संस्थिताः / तथा कर्तुं समारब्धाश्चिंतयित्वा पुनः पुनः

Comme jadis les arbres se tenaient établis auprès des maisons, ainsi entreprirent-ils de le refaire, après y avoir songé maintes et maintes fois.

Verse 118

वृक्षस्यार्वाग्गताः शाखा इतश्चैवापरा गताः / अत ऊर्द्ध गताश्चान्या एवं तिर्यग्गताः परा

Certaines branches de l’arbre s’abaissèrent vers le bas ; d’autres s’étendirent ici et là. D’autres encore montèrent vers le haut, et d’autres se déployèrent en biais.

Verse 119

बुद्ध्यान्विष्य यथान्यायं वृक्षशाखा गता यथा / यथा कृतास्तु तैः शाखास्त स्माच्छालास्तु ताः स्मृताः

En recherchant par l’intelligence selon la juste règle, comme les branches d’un arbre s’étendent; ainsi, les parties façonnées par eux à l’image des branches furent tenues pour des « śālā ».

Verse 120

एवं प्रसिद्धाः शाखाभ्यः शालोश्चैव गृहाणि च / तस्मात्ताश्च स्मृताः शालाः शालात्वं तासु तत्स्मृतम्

Ainsi, des branches est devenue célèbre la « śālā », et de « śālā » l’on entend aussi les demeures; c’est pourquoi on les tient pour des « śālā », et l’on y reconnaît la qualité d’être « śālā ».

Verse 121

प्रसीदंति यतस्तेषु ततः प्रासादसंज्ञितः / तस्माद् गृहाणि शालाश्च प्रासादाश्चैव संज्ञिता

Parce qu’en eux l’esprit s’apaise et se réjouit, on les nomme « prāsāda »; ainsi, maisons, śālā et prāsāda furent pareillement désignés.

Verse 122

कृत्वा द्वंद्वाभिघातास्तान्त्वार्तोपायमचिंतयान् / नष्टेषु मधुना सार्द्धं कल्पवृक्षेषु वै तदा

Alors, lorsque les arbres kalpa périrent avec le miel, ils endurèrent les heurts de la dualité et méditèrent un moyen d’apaiser la détresse.

Verse 123

विषादव्याकुलास्ता वै प्रजाः सृष्टास्तु दर्शिताः / ततः प्रादुर्बभौ तासां सिद्धिस्त्रेतायुगे तदा

Ces créatures, créées et rendues visibles, étaient bouleversées par le chagrin; puis, en ce temps-là, au Tretāyuga, leur siddhi, leur accomplissement, se manifesta.

Verse 124

सर्वार्थसाधका ह्यन्या वृष्टिस्तासां निकामतः / तासां वृष्ट्युदकानीह यानि मिष्टगतानि च

Parmi elles, il y eut une autre pluie, accomplissant tous les desseins, tombant selon leur désir. Ici se manifestèrent les eaux de cette pluie, ainsi que ce qui se changea en doux nectar.

Verse 125

एवं नयः प्रवृत्तस्तु द्वितीये वृष्टिसर्जने / ये परस्तादपां स्तोकाः संपाताः पुथिवीतले

Ainsi cet ordre se mit en marche lors de la seconde création de la pluie. Et les gouttes d’eau qui, ensuite, tombèrent sur la surface de la terre.

Verse 126

अपां भूमेस्तु संयोगादोषध्यस्तास्तदाभवन् / पुष्पमूलफलिन्यस्तु ओषध्यस्ता हि जज्ञिरे

De l’union des eaux et de la terre naquirent alors les plantes médicinales. Et ces plantes naquirent pourvues de fleurs, de racines et de fruits.

Verse 127

अफालकृष्टाश्चानुप्ता ग्राभ्यारम्याश्चतुर्द्दश / ऋतुपुष्पफलाश्चैव वृक्षा गुल्माश्च जज्ञिरे

Sans labour ni semailles, surgirent quatorze espèces, champêtres et charmantes. Et naquirent aussi des arbres et des arbustes donnant fleurs et fruits selon les saisons.

Verse 128

प्रादुर्भूतास्तु त्रेतायां मायायामौषधस्य वा / तदौषधेन वर्तंते प्रजास्त्रेता मुखे तदा

Dans le Trêtâ-yuga, ils se manifestèrent par la māyā des plantes médicinales. Alors, au commencement du Trêtâ, les créatures vivaient de ces herbes sacrées.

Verse 129

ततः पुनरभूत्तासां रागो लोभस्तु सर्वदा / अवश्यभाविनार्थेन त्रेतायुगवशेन च

Alors, en elles, renaquirent sans cesse l’attachement et l’avidité, par la cause inévitable et sous l’emprise de l’âge de Tretā.

Verse 130

ततस्ते पर्यगृह्णंस्तु नदीक्षेत्राणि पर्वतान् / वृक्षगुल्मौषधीश्चैव प्रसह्य तु यथाबलम्

Puis ils encerclèrent et s’approprièrent rivières, terres et montagnes; et, par la force selon leur puissance, arrachèrent aussi arbres, buissons et plantes médicinales.

Verse 131

सिद्धात्मानस्तु ये पूर्वं व्याख्याता वः कृते मया / ब्रह्मणो मानसास्ते वै उत्पन्ना ये जनादिह

Ces siddhātmā que je vous ai exposés auparavant sont en vérité les fils nés de l’esprit de Brahmā, apparus ici dès l’origine.

Verse 132

शांता ये शुष्मिणश्चैव कर्मिणो दुःखितास्तथा / तत आवर्त्तमानास्ते त्रेतायां जज्ञिरे पुनः

Ceux qui étaient paisibles, ceux qui étaient ardents, ceux qui œuvraient par le karma et ceux qui souffraient aussi—revenant de là dans leur cycle, ils renaquirent dans l’âge de Tretā.

Verse 133

ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याःशूद्रा द्रोहजनास्तथा / भाविताः पूर्वजातीषु ख्यात्या ते शुभपापयोः

Brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya, śūdra, et même les gens portés à la trahison : dans leurs naissances antérieures, ils furent façonnés selon la renommée de leurs mérites et de leurs fautes.

Verse 134

ततस्ते प्रबला ये तु सत्यशीला अहिंसकाः / वीतलोभा जितात्मानो निवसंति स्मृतेषु वै

Alors les puissants, véridiques et non-violents, délivrés de l’avidité et maîtres d’eux-mêmes, demeuraient selon les Smṛti sacrées.

Verse 135

परिग्रहं न कुर्वंति वदंतस्तु उपस्थिताः / तेषां कर्माणि कुर्वंति तेभ्यश्चैवाबलाश्च ये

Ils étaient là pour enseigner, mais ne faisaient point d’accumulation; et les plus faibles accomplissaient les tâches de ceux-là pour eux.

Verse 136

परिचर्यासु वर्त्तन्ते तेभ्यश्चान्ये ऽल्पतेजसः / एवं विप्रतिपन्नेषु प्रपन्नेषु परस्परम्

D’autres, d’éclat moindre, s’adonnaient à leur service; ainsi, s’en remettant les uns aux autres, ils tombèrent dans la confusion et l’opposition réciproque.

Verse 137

तेन दोषेण वै शांता ओषध्यो नितरां तदा / प्रनष्टा गृह्यमाणा वै मुष्टिभ्यां सिकता यथा

Par cette faute, alors les plantes médicinales, jadis paisibles, s’affaiblirent au plus haut point et semblèrent disparaître, comme le sable qui s’échappe des poings quand on le saisit.

Verse 138

अथास्य तु युगबलाद्गाम्यारण्याश्चतुर्द्दश / फलैर्गृह्णंति पुष्पैश्च तथा मूलैश्च ताः पुनः

Puis, par la puissance de cet âge, les quatorze espèces —des champs et des forêts— furent de nouveau recueillies par leurs fruits, leurs fleurs et aussi leurs racines.

Verse 139

ततस्तासु प्रनष्टासु विभ्रांतास्ताः प्रजास्तदा / क्षुधाविष्टास्तदा सर्वा जग्मुस्ता वै स्वयम्भुवम्

Lorsque tout cela eut disparu, les créatures furent égarées ; saisies par la faim, elles allèrent toutes auprès de Brahmā, le Svayambhū, l’Auto-né.

Verse 140

वृत्त्यर्थमभिलिप्संत्यो ह्यादौ त्रेतायुगस्य ताः / ब्रह्मा स्वयंभूर्भगवान् ज्ञात्वा तासां मनीषितम्

Au début du Tretāyuga, elles vinrent en quête de subsistance ; le Bienheureux Brahmā, Svayambhū, connut leur dessein.

Verse 141

पुष्टिप्रत्यक्षदृष्टेन दर्शनेन विचार्य सः / ग्रस्ताः पृथिव्या त्वोषध्यो ज्ञात्वा प्रत्यरूहत्पुनः

Après avoir réfléchi grâce à une vision directe, source de nourriture, il comprit que la Terre avait englouti les plantes médicinales ; alors elles repoussèrent à nouveau.

Verse 142

कृत्वा वत्सं समेरुं तु दुदोह पृथिवीमिमाम् / दुग्धेयं गौस्तदा तेन बीजानि वसुधातले

Prenant le Sumeru pour veau, il trait cette Terre ; alors, la Terre sous forme de vache, ainsi traitée, fit paraître des semences sur le sol.

Verse 143

जज्ञिरे तानि बीजानि ग्रामारण्यास्तु ताः प्रभुः / ओषध्यः फलपाकाताः क्षणसप्तवशास्तु ताः

Ces semences naquirent ; le Seigneur fit apparaître les plantes, des villages comme des forêts : elles demeuraient jusqu’à la maturation du fruit, mais restaient soumises à sept instants fugitifs.

Verse 144

व्रीहयश्च यवाश्चैव गोधूमाश्चणकास्तिलाः / प्रियंगव उदारास्ते कोरदुष्टाः सवामकाः

Parmi les grains, on compte le riz, l’orge, le blé, le pois chiche et le sésame; ainsi que priyangu, udāra, koraduṣṭa et savāmaka—telles sont les variétés énoncées.

Verse 145

माषा मुद्गा मसूरास्तु नीवाराः सकुलत्थकाः / हरिकाश्चरकाश्चैव गमः सप्तदश स्मृताः

Māṣa, mudga, masūr, nīvāra et kulattha; ainsi que harikā et carakā—tous sont tenus pour dix-sept sortes de « gama » selon la tradition.

Verse 146

इत्येता ओषधीनां तु ग्राम्याणां जातयः स्मृताः / श्यामाकाश्चैव नीवारा जर्तिलाः सगवेधुकाः

Ainsi sont rappelées les espèces de plantes nourricières domestiques : śyāmāka, nīvāra, jartilā, avec gavedhuka.

Verse 147

कुरुविंदो वेणुयवास्ता मातीर्काटकाः स्मृताः / ग्रामारण्याः स्मृता ह्येता ओषध्यस्तु चतुर्दश

Kuruviṃda, veṇuyava et mātīrkāṭaka—sont aussi mentionnés; ces plantes nourricières, de village et de forêt, sont au nombre de quatorze.

Verse 148

उत्पन्नाः प्रथमस्यैता आदौ त्रेतायुगस्य ह / अफालकृष्टास्ताः सर्वा ग्राम्यारण्यश्चतुर्द्दश

Ces quatorze grains, de village et de forêt, apparurent d’abord au commencement du Tretāyuga; tous poussèrent d’eux-mêmes, sans labour de charrue.

Verse 149

वृक्षगुल्मलतावल्ल्यो वीरुधस्तृणजातयः / मूलैः फलैश्च रोहैश्चगृह्णन्पुष्टाश्च यत्फलम्

Arbres, arbustes, lianes et lierres, plantes rampantes et herbes : recevant racines, fruits et pousses, ils se fortifient et donnent leur fruit.

Verse 150

पृथ्वी दुग्धा तु बीजानि यानि पूर्वं स्वयंभुवा / ऋतुपुष्पफलास्ता वै ओषध्यो जज्ञिरे त्विह

La Terre fut jadis traitée par Svayambhū pour en tirer des semences ; de ces semences naquirent ici les plantes médicinales, portant fleurs et fruits selon les saisons.

Verse 151

यदा प्रसृष्टा ओषध्यो न प्रथंतीह याः पुनः / ततस्तासां च पृत्त्यर्थै वार्तोपायं चकार ह

Lorsque les plantes médicinales ainsi créées ne se répandirent pas ici, alors, pour leur entretien, il institua le moyen de subsistance appelé vārta.

Verse 152

तासां स्वयंभूर्भगवान् हस्तसिद्धिं स्वकर्मजाम् / ततः प्रभृति चौषध्यः कृष्टपच्यास्तु जज्ञिरे

Pour elles, le Bhagavān Svayambhū manifesta la « hastasiddhi », l’habileté des mains née de son propre acte ; dès lors les plantes naquirent comme cultures labourées et propres à la cuisson.

Verse 153

संसिद्धकायो वार्तायां ततस्तासां प्रजापतिः / मर्यादां स्थापयामास ययारक्षत्परस्परम्

Ayant atteint l’accomplissement du corps dans la vārta, Prajāpati établit pour eux une maryādā, un ordre sacré, grâce auquel ils se protégeaient mutuellement.

Verse 154

ये वै परिग्रहीतारस्तासामासन्बलीयसः / इतरेषां कृतत्राणान् स्थापयामास क्षत्रियान्

Ceux qui les prirent sous leur protection étaient les plus puissants ; et, après avoir assuré la sauvegarde des autres, il établit les kṣatriya.

Verse 155

उपतिष्ठंति तावंतो यावन्तो निर्मितास्तथा / सत्यं बूत यथाभूतं ध्रुवं वो ब्रह्मणास्तु ताः

Autant qu’ils furent ainsi créés, autant se tiennent présents ; dites la vérité telle qu’elle fut—que par Brahmā cela vous soit assuré et immuable.

Verse 156

ये चान्ये ह्यबलास्तेषां संरक्षाकर्म्मणि स्थिताः / क्रीतानि नाशयंति स्म पृथिव्यां ते व्यवस्थिताः

Et les autres, les faibles, furent placés dans l’œuvre de protection ; établis sur la terre, ils anéantissaient la servitude achetée.

Verse 157

वैश्यानित्येव तानाहुः कीनाशान्वृत्तिसाधकान् / सेवंतश्च द्रवंतश्च परिचर्यासु ये रताः

On les appelle sans cesse vaiśya : cultivateurs qui assurent leur subsistance ; ceux qui servent, s’empressent et se plaisent aux œuvres de service.

Verse 158

निस्तेजसो ऽल्पवीर्याश्च शूद्रांस्तानब्रवीच्च सः / तेषां कर्माणि धर्मांश्च ब्रह्मा तु व्यदधात्प्रभुः

Ceux qui manquaient d’éclat et de vigueur, il les nomma śūdra ; et leurs œuvres ainsi que leur dharma furent établis par Brahmā, le Seigneur.

Verse 159

संस्थित्यां तु कृतायां हि यातुर्वर्ण्यस्य तेन वै / पुनः प्रजास्तु ता मोहाद्धर्म्मं तं नान्वपालयन्

Bien que l’ordre eût été établi comme il se doit, ces créatures, par égarement, ne surent plus observer ce dharma sacré.

Verse 160

वर्णधर्मैश्च जीवंत्यो व्यरुद्ध्यंत परस्परम् / ब्रह्मा बुद्धा तु तत्सर्वं याथातथ्येन स प्रभुः

Bien qu’ils vécussent selon les dharmas des varṇa, ils s’opposaient les uns aux autres; le Seigneur Brahmā saisit tout selon la vérité.

Verse 161

क्षत्रियाणां बलं दंडं युद्धमाजीव्यमादिशत् / याजनाध्यापने ब्रह्मा तथा दानप्रतिग्रहम्

Brahmā assigna aux kṣatriya la force, le bâton du châtiment et la guerre pour subsister; et il établit aussi l’office des sacrifices, l’enseignement et l’acceptation des dons.

Verse 162

ब्राह्मणानां विभुस्तेषां कर्माण्येता न्यथादिशत् / पाशुपाल्यं च वाणिज्यं कृषिं चैव विशां ददौ

Le Seigneur prescrivit ainsi ces œuvres aux brāhmaṇa; et aux vaiśya il accorda l’élevage, le négoce et l’agriculture.

Verse 163

शिल्पाजीवभृतां चैव शूद्राणां व्यदधात्पुनः / सामान्यानि च कर्माणि ब्रह्मक्षत्रविशां पुनः

Ensuite, il assigna aux śūdra la subsistance par les métiers et les arts; et il rétablit aussi certaines tâches communes aux brāhmaṇa, kṣatriya et vaiśya.

Verse 164

यजनाध्यापने दानं सामान्यानीतरेषु च / कर्माजीवं तु वै दत्त्वा तेषामिह परस्परम्

Célébrer le yajña, enseigner les Veda et faire l’aumône sont des devoirs communs. En donnant la subsistance par l’œuvre, ils se soutiennent ici les uns les autres.

Verse 165

तेषां लोकांतरे मूर्ध्नि स्थानानि विदधे पुनः / प्राजापत्यं द्विजातीनां स्मृतं स्थानं क्रियावताम्

Pour eux, il établit de nouveau des demeures au sommet de l’au-delà. Le séjour des dvija assidus aux rites est tenu pour ‘Prajāpatya’.

Verse 166

स्थानमैद्रं क्षत्रियाणां संग्रामेष्वपलायिनाम् / वैश्यानां मारुतं स्थानं स्वस्वकर्मोपजीविनाम्

Le séjour des kṣatriya qui ne fuient pas au combat est l’« Aindra ». Le séjour des vaiśya vivant de leur propre métier est le « Māruta ».

Verse 167

गांधर्वं शूद्रजातीनां परिचर्ये च तिष्ठताम् / स्थानान्येतानि वर्णानां योग्याचारवतां सताम्

Le séjour des śūdra demeurant dans le service est le « Gāndharva ». Ces demeures sont celles des varṇa vertueux, à la conduite juste.

Verse 168

संस्थित्यां सुकृतायां वै चातुर्वर्ण्यस्य तस्य तत् / वर्णास्तु दंडभयतः स्वेस्वे वर्ण्ये व्यवस्थिताः / ततः स्थितेषु वर्णेषु स्थापयामास ह्याश्रमान्

Quand l’ordre du cāturvarṇya fut solidement établi, par crainte du châtiment les varṇa demeurèrent dans leurs devoirs propres. Alors, les varṇa étant stables, il institua les āśrama.

Verse 169

गृहस्थो ब्रह्मचारी च वानप्रस्थो यतिस्तथा / आश्रमाश्चतुरो ह्येतान्पूर्ववत्स्थापयन्प्रभुः

Le maître de maison, le brahmacārī, le vānaprastha et le yati—tels sont les quatre āśrama; le Seigneur les établit comme jadis.

Verse 170

वर्णकर्माणि ये केचित्तेषामिह चतुर्भवः / कृतकर्म्म कृतावासा आश्रमादुपभुञ्जते

Les actes relevant du dharma des varṇa donnent ici quatre sortes de fruits; le devoir accompli et demeurant dans l’āśrama, on en goûte les effets.

Verse 171

ब्रह्मा तान्स्थापयामास आश्रमान् भ्रामतामतः / निर्द्दिदेश ततस्तेषां ब्रह्मा धर्मान्प्रभा षते

Brahmā établit ces āśrama, comme un guide pour les esprits errants; puis Brahmā énonça et prescrivit les dharma qui leur convenaient.

Verse 172

प्रस्थानानि तु तेषां च यमान्सनियमांस्तथा / चतुर्वर्णात्मकः पूर्वं गृहस्थस्याश्रमः स्थितः

Leurs voies de progression, ainsi que les yama et les niyama, furent aussi établis; et d’abord l’āśrama du maître de maison englobait les quatre varṇa.

Verse 173

त्रयाणा माश्रमाणां च वृत्तियोनीति चैव हि / यथाक्रमं च वक्ष्यामि व्रतैश्च नियमैस्तथा

Ainsi que les modes de vie et les règles des trois āśrama; je les exposerai dans l’ordre, avec leurs vœux et leurs disciplines.

Verse 174

दाराग्नयश्चातिथय इष्टाः श्राद्धक्रियाः प्रजाः / इत्येष वै गृहस्थस्य समासाद्धर्मसंग्रहः

Épouse, entretien du feu sacré, accueil de l’hôte, sacrifices, rites de śrāddha et protection des sujets : tel est, en bref, le recueil du dharma du maître de maison.

Verse 175

ढंडी च मेखली चैव अधःशायी तथाजिनी / गुरुशुश्रूषणं भैक्ष्यंविद्यार्थी ब्रह्मचारिणः

Porter le bâton, ceindre la mekhalā, dormir à même le sol et revêtir la peau; servir le maître, vivre d’aumônes et étudier—tels sont les devoirs du brahmacārin.

Verse 176

चीरपत्राजिनानि स्युर्वनमूलफलौषधैः / उभे संध्ये वगाहश्च होमश्चारण्यवासिनाम्

Qu’ils portent étoffe grossière, feuilles et peaux; qu’ils vivent de racines, de fruits et d’herbes de la forêt. Aux deux sandhyā, bain rituel et homa : telle est la règle des habitants des bois.

Verse 177

विपन्नमुसले भैक्ष्यमास्तेयं शौचमेव च / अप्रमादो ऽव्यवायश्च दया भूतेषु च क्षमा

Même dans l’adversité, vivre d’aumônes; ne pas voler, garder la pureté; ne pas être négligent, observer la continence, avoir compassion des êtres et pratiquer le pardon.

Verse 178

श्रवणं गुरुशुश्रूषा सत्यं च दशमं स्मृतम् / दशलक्षणको ह्येष धर्मः प्रोक्तः स्वयंभूवा

L’écoute, le service du maître et la vérité : cela est tenu pour le dixième signe. Ce dharma aux dix marques fut énoncé par Svayambhū.

Verse 179

भिक्षोर्व्रतानि पंचात्र भैक्ष्यवेदव्रतानि च / तेषां स्थानान्यशुष्मिं च संस्थिताना मचष्ट सः

Ici sont énoncés les cinq vœux du bhikṣu ainsi que les vœux du Bhaiṣya-Veda; et il exposa leurs demeures et ceux qui se tiennent établis dans l’état nommé « aśuṣmin ».

Verse 180

अष्टाशीतिसहस्राणि ऋषीणामूर्ध्वरेतसाम् / स्मृतं तेषां तु यत् स्थानं तदेव गुरुवासिनाम्

On se souvient que les ṛṣi à semence élevée (ūrdhvaretas) sont au nombre de quatre-vingt-huit mille; et le lieu qui leur est attribué est le même que pour ceux qui demeurent auprès du Guru.

Verse 181

सप्तर्षीणा तु यत्स्थानं स्मृतं तद्वै वनौकसाम् / प्राजापत्यं गृहस्थानां न्यासिनां ब्रह्मणःक्षयम्

Le lieu attribué aux Saptarṣi est, en vérité, celui des ascètes demeurant en forêt; pour les chefs de famille il y a le monde de Prajāpati, et pour les renonçants (nyāsin) on dit la résorption (kṣaya) en Brahman.

Verse 182

योगिनामकृतं स्थानं तानाजित्बा न विद्यते / स्थानान्याश्रमिणस्तानि ब्रह्मस्थानस्थितानि तु

La demeure « non façonnée » (akṛta) des yogin n’est pas obtenue sans la conquérir par la discipline; et ces demeures des observants des āśrama sont, en vérité, établies dans le Brahma-sthāna.

Verse 183

चत्वार एव पंथानो देवयानानि निर्मिताः / पंथानः पितृयानास्तु समृताश्चत्वार एव ते

Quatre voies seulement ont été établies pour le Devayāna; et les voies du Pitṛyāna sont également mémorisées comme étant au nombre de quatre.

Verse 184

ब्रह्मणां लोकतन्त्रेण आद्ये मन्वन्तरे पुरा / पंथानो देवयाना ये तेषां द्वारं रंविः स्मृतः / तथैव पितृयानानां चन्द्रमा द्वारमुच्यते

Selon l’ordonnance du monde établie par Brahmā, dans l’antique premier manvantara, la porte des voies du Devayāna est tenue pour Ravi, le Soleil; de même, la porte des voies du Pitṛyāna est dite être Candramā, la Lune.

Verse 185

एवं वर्णाश्रमाणां च प्रविभागे कृते तदा / यदा प्रजा ना वर्द्धंत वर्णधर्मसमासिकाः

Ainsi, bien que la répartition des varṇa et des āśrama fût établie, il vint un temps où le peuple, même fondé sur le dharma de son varṇa, ne croissait ni ne prospérait.

Verse 186

ततो ऽन्यां मानसीं स्वां वै त्रेतामध्ये ऽसृजत्प्रजाः / आत्मनस्तु शरीरेभ्यस्तुल्याश्चैवात्मना तु ताः

Puis, au milieu du Tretāyuga, Il engendra une autre lignée issue de sa pensée; elle naquit de ses propres corps et, par l’être, lui était semblable.

Verse 187

तस्मिस्त्रेतायुगे त्वाद्ये मध्यं प्राप्ते क्रमेण तु / ततो ऽन्यां मानसीं सो ऽथ प्रजाः स्रष्टुं प्रचक्रमे

En ce premier Tretāyuga, lorsque, peu à peu, le milieu du temps fut atteint, alors Il entreprit de créer une autre progéniture, issue de l’esprit.

Verse 188

ततः सत्त्वरजोद्रिक्ताः प्रजाः सह्यसृजत्प्रभुः / धर्मार्थकाममोक्षाणां वार्त्तानां साधकाश्च याः

Alors le Seigneur créa des êtres où dominaient sattva et rajas; ils étaient les pratiquants de dharma, artha, kāma et mokṣa, et aussi les soutiens des affaires de la vie en ce monde.

Verse 189

देवाश्च पितरश्चैव ऋषयो मनवस्तथा / युगानुरूपा धर्मेण यैरिमा वर्द्धिताः प्रजाः

Les dieux, les Pitṛ (ancêtres), les ṛṣi et les Manu : par le dharma conforme à chaque âge, ce sont eux qui ont fait croître et prospérer ces créatures.

Verse 190

उपस्थिते तदा तस्मिन् सृष्टिवर्गे स्वयंभुवः / अभिध्याय प्रजा ब्रह्मा नानावीर्याः स्वमानसीः

Lorsque ce groupe de la création fut présent, Brahmā le Svayambhū médita sur les créatures et, de son propre esprit, engendra des progénitures mentales aux forces diverses.

Verse 191

पूर्वोक्ता या मया तुभ्यं जनानीकं समाश्रिताः / कल्पे ऽतीते पुराण्यासीद्देवाद्यास्तु प्रजा इह

Les créatures que je t’ai dites auparavant se tenaient au sein des foules; dans le kalpa révolu elles étaient anciennes, et ici ce sont les dieux et les autres qui constituent la progéniture.

Verse 192

ध्यायतस्तस्य तानीह संभूत्यर्थमुपस्तिताः / मन्वंतरक्रमेणेह कनिष्ठाः प्रथमेन ताः

Tandis qu’il méditait, ils se présentèrent ici afin que l’engendrement s’accomplît; selon l’ordre des manvantara, dans le premier manvantara ils étaient les kaniṣṭha, les plus jeunes ou derniers.

Verse 193

ख्यातास्तु वंश्यैरेतैस्तु पूर्वं यैरिह भाविताः / कुशलाकुशलैः कंदैरक्षीणैस्तैस्तदा युताः

Ces lignées furent célèbres dès jadis par ceux qui les façonnèrent ici; alors elles étaient unies à des racines inépuisables : les semences karmiques du favorable et du défavorable.

Verse 194

तत्कर्मफलदोषेण ह्युपबाधाः प्रजज्ञिरे / देवासुरपितॄंश्चैव यक्षैर्गन्धर्वमानुषैः

Par la faute issue du fruit de cet acte, bien des tourments naquirent; chez les devas, les asuras, les pitṛs, les yakṣas, les gandharvas et les humains aussi.

Verse 195

राक्षसैस्तु पिशाचैस्तैः पशुपक्षिसरीसृपैः / वृक्षनारककीटाद्यैस्तैस्तैः सर्वैरुपस्थिताः / आहारार्थं प्रजानां वै विदात्मानो विनिर्ममे

Rākṣasas et piśācas, bêtes, oiseaux et reptiles, arbres, êtres des enfers, insectes et autres: tous se tinrent là; pour la nourriture des créatures, le Dispensateur les façonna.

Frequently Asked Questions

Srishti dominates: the chapter focuses on post-pralaya re-creation, especially the retrieval and stabilization of Earth and the reallocation of oceans, rivers, and mountains.

Varaha is the mechanism of terrestrial restoration: the boar-form enters the cosmic waters, raises the submerged earth, and enables the re-ordering of geography into a habitable, structured world.

Yes. It explicitly points to the re-formation of mountains and the arrangement of waters, culminating in the saptadvipa-and-oceans schema that underlies later detailed geographic catalogues.