Adhyaya 41
Prabhasa KhandaArbudha KhandaAdhyaya 41

Adhyaya 41

Pulastya raconte à un roi l’histoire du fils de Mṛkaṇḍu : un enfant aux signes corporels de bon augure, mais dont un visiteur savant annonce la mort dans les six mois. Le père hâte alors l’upanayana et l’éduque à une discipline de vénération, lui apprenant à saluer les brahmanes de tout âge. Lorsque les Saptarṣi arrivent en pèlerinage, l’enfant les accueille avec respect et reçoit d’eux la bénédiction d’une longue vie. Mais Aṅgiras, par une intuition subtile, voit la mort approcher au cinquième jour et indique un remède afin que la vérité de leur bénédiction demeure intacte. Les sages conduisent l’enfant à Brahmaloka ; Brahmā s’enquiert de la situation et lui accorde une longévité s’étendant jusqu’à un kalpa. Rendu à ses parents, l’enfant proclame la grâce reçue et résout d’établir un bel āśrama sur le mont Arbuda et d’y adorer Brahmā. Le chapitre s’achève par une phalaśruti locale : accomplir le pitṛ-tarpaṇa dans cet āśrama à la pleine lune de Śrāvaṇa donne un fruit complet comparable au pitr̥medha ; offrir tarpaṇa à d’éminents brahmanes par le ṛṣi-yoga assure un long séjour à Brahmaloka ; et se baigner là avec foi dissipe la crainte d’une mort prématurée dans la lignée.

Shlokas

Verse 1

पुलस्त्य उवाच । ततो गच्छेन्नृपश्रेष्ठ मार्कंडेयस्य चाश्रमम् । यत्र पूर्वं तपस्तप्तं मार्कंडेन महात्मना

Pulastya dit : « Ensuite, ô le meilleur des rois, qu’on se rende à l’ermitage de Mārkaṇḍeya, où jadis le magnanime Mārkaṇḍeya accomplit des austérités (tapas). »

Verse 2

मृकण्डो ब्राह्मणोनाम पुराऽसीच्छंसितव्रतः । अन्ते वयसि संजातस्तस्य पुत्रोऽतिसुन्दरः

Il y eut jadis un brāhmaṇa nommé Mṛkaṇḍu, ferme dans ses vœux loués. À la fin de son âge, il lui naquit un fils d’une beauté incomparable.

Verse 3

सर्वलक्षणसंपूर्णः शांतः सूर्यसमप्रभः । कस्यचित्त्वथ कालस्य तस्याश्रमपदे नृप

Paré de tous les signes de bon augure, paisible et rayonnant comme le soleil. Après quelque temps, ô roi, dans ce lieu d’ermitage, les événements se déroulèrent ainsi.

Verse 4

आगतो ब्राह्मणो ज्ञानी कश्चित्सामुद्रविच्छुभः । ततोऽसौ क्रीडमानस्तु बालकः पंचवार्षिकः

Arriva un brāhmane savant, expert en la science samudrika (lecture des signes du corps). Alors parut l’enfant de cinq ans, qui s’ébattait en jouant.

Verse 5

आनासाग्रशिखाग्राभ्यां चिरं चैवावलोकितः । ततोऽहसत्स सहसा तं मृकण्डो ह्यलक्षयत्

Il l’observa longuement, de la pointe du nez jusqu’au sommet du crâne. Puis, soudain, il éclata de rire, et Mṛkaṇḍu s’en aperçut.

Verse 6

अथाऽब्रवीच्चिरं दृष्टस्त्वया पुत्रो मम द्विज । ततो हसितवान्भूयः किमिदं कारणं वद

Alors il dit : «Ô brāhmane, tu as longuement regardé mon fils. Et tu as ri de nouveau — dis-moi, quelle en est la raison ?»

Verse 7

असकृत्स मृकण्डेन यावत्पृष्टो द्विजोत्तमः । उपरोधवशात्तस्मै यथार्थं संन्यवेदयत्

Comme Mṛkaṇḍu l’interrogeait à maintes reprises, cet excellent brāhmane, pressé par l’insistance, lui exposa l’affaire telle qu’elle était en vérité.

Verse 8

अस्य बालस्य चिह्नानि यानि काये द्विजोत्तम । अजरश्चामरश्चैव तैर्भवेत्पुरुषः किल

Ô le meilleur des brāhmanes, les marques visibles sur le corps de cet enfant sont telles que, grâce à elles, on s’attendrait vraiment à ce qu’un homme soit affranchi de la vieillesse et de la mort.

Verse 9

षण्मासेनास्य बालस्य नूनं मृत्युर्भविष्यति । एतस्मात्कारणाद्धास्यं मयाऽकारि द्विजोत्तम । अनृतं नोक्तपूर्वं मे वैरिष्वपि कदाचन

Dans six mois, cet enfant mourra à coup sûr. C’est pour cette raison, ô le meilleur des brāhmanes, que j’ai ri. Jamais je n’ai proféré de mensonge auparavant—à aucun moment, pas même envers des ennemis.

Verse 10

पुलस्त्य उवाच । एवमुक्त्वा तु स ज्ञानी उषित्वा तत्र शर्वरीम् । मृकंडेनाभ्यनुज्ञात इष्टं देशं जगाम ह

Pulastya dit : Ayant ainsi parlé, ce sage passa la nuit en ce lieu ; puis, avec la permission de Mṛkaṇḍa, il partit vers l’endroit qu’il désirait.

Verse 11

मृकंडोपि सुतं ज्ञात्वा ततः क्षीणायुषं नृप । पंचवार्षिकमप्यार्त्तश्चकारोपनयान्वितम्

Ô roi, Mṛkaṇḍa aussi, comprenant que son fils était alors de courte vie, accomplit avec anxiété son initiation (upanayana), bien que l’enfant n’eût que cinq ans.

Verse 12

श्रुताध्ययनसंपन्नं यंयं पश्यसि चाग्रतः । तस्याभिवादनं कार्यं त्वया पुत्रक नित्यशः

Mon fils, quiconque tu verras devant toi, pourvu d’enseignement sacré et d’étude, tu devras lui offrir une salutation respectueuse ; cela, tu le feras chaque jour.

Verse 13

ततश्चक्रे ब्रह्मचारी पितुर्वाक्यं विशेषतः

Alors le brahmacārī exécuta, avec un soin tout particulier, l’injonction de son père.

Verse 14

बालं वृद्धं युवानं च यंयं पश्यति चक्षुषा । नमस्करोति तं सर्वं ब्राह्मणं विनयान्वितः

Qu’il fût enfant, vieillard ou jeune homme—tout brāhmane qu’il voyait de ses yeux, il le saluait; à tous il rendait hommage, empli d’humilité.

Verse 15

कस्यचित्त्वथ कालस्य तस्याश्रमसमीपतः । सप्तर्षयः समायातास्तीर्थयात्रापरायणाः

Au bout d’un certain temps, près de cet āśrama, arrivèrent les Sept Ṛṣis, entièrement voués au pèlerinage des tīrthas sacrés.

Verse 16

अथ तान्सत्वरं गत्वा वंदयामास पार्थिव । बालः सविनयोपेतः सर्वांश्चैव यथाक्रमम्

Alors, ô roi, l’enfant s’y rendit en hâte et leur rendit hommage; plein d’humilité, il salua chacun d’eux selon l’ordre prescrit.

Verse 17

दीर्घायुर्भव तैरुक्तः स बालस्तुष्टितत्परैः । आस्थिताश्च यथाभीष्टं देशं बालं विसर्ज्य तम्

Satisfaits de lui, ils dirent à l’enfant : «Puisses-tu vivre longtemps». Puis, l’ayant congédié, ils partirent vers le lieu qu’ils désiraient.

Verse 18

तेषां मध्येंऽगिरानाम दिव्यज्ञानसमन्वितः । तेनावलोकितो बालः सूक्ष्मदृष्ट्या परंतप

Parmi eux se trouvait un nommé Aṅgirā, pourvu de la connaissance divine ; et, d’un regard subtil, il examina l’enfant, ô fléau des ennemis.

Verse 19

अथ तानब्रवीत्सर्वान्मुनीन्किंचित्सविस्मयः । दीर्घायुर्न च बालोऽयं युष्माभिः संप्रकीर्तितः

Alors, quelque peu étonné, il dit à tous les sages : « Cet enfant n’est pas destiné à une longue vie, comme vous l’avez proclamé. »

Verse 20

गमिष्यति कुमारोऽयं निधनं पंचमे दिने । तन्न युक्तं हि नो वाक्यमसत्यं द्विजसत्तमाः

« Ce jeune garçon ira à la mort au cinquième jour. Alors nos paroles deviendraient mensongères — chose indigne, ô meilleurs des deux-fois-nés. »

Verse 21

यथाऽयं चिरजीवी स्यात्तथा नीतिर्विधीयताम् । अथ ते मुनयो भीता मिथ्या वाक्यस्य पार्थिव

« Qu’un moyen soit établi pour que cet enfant devienne longévif. » Ainsi, ces sages, craignant que leur parole ne devînt fausse, parlèrent, ô roi.

Verse 22

बालकं तं समादाय ब्रह्मलोकं गतास्तदा । तत्र दृष्ट्वा चतुर्वक्त्रं नमश्चक्रुर्मुनीश्वराः

Emmenant l’enfant, ils se rendirent alors au monde de Brahmā. Là, voyant le Seigneur aux Quatre Visages, les grands sages offrirent leurs salutations révérencieuses.

Verse 23

तेषामनंतरं तेन बालके नाभिवादितः । दीर्घायुर्भव तेनाऽपि ब्रह्मणोक्तः स बालकः

Aussitôt après, l’enfant ne se prosterna pas devant eux. Pourtant, Brahmā dit à ce même garçon : « Sois de longue vie. »

Verse 24

ततः सप्तर्षयो हृष्टाः स्वचित्ते नृपसत्तम । सुखासीनान्सविश्रांतानब्रवीन्मुनिपुंगवान्

Alors les Sept Ṛṣi se réjouirent en leur cœur, ô meilleur des rois. Lorsqu’ils furent assis à l’aise et bien reposés, le plus éminent des sages prit la parole.

Verse 25

ब्रह्मोवाच । परिपृच्छत किं कार्यं कुतो यूयमिहागताः

Brahmā dit : « Demandez : quel est votre dessein, et d’où êtes-vous venus ici ? »

Verse 26

ऋषय ऊचुः । तीर्थयात्राप्रसंगेन भ्रममाणा महीतलम् । अर्बुदं पर्वतं नाम तस्य तीर्थेषु वै गताः

Les sages dirent : « En parcourant la terre à l’occasion du pèlerinage vers les tīrtha, nous sommes arrivés à la montagne nommée Arbuda, et nous avons en vérité visité ses lieux saints ».

Verse 27

अथागत्य द्रुतं दूराद्बालेनानेन वंदिताः । दीर्घायुर्भव संदिष्टस्ततश्चायमनेकधा । पंचमे दिवसेऽस्यापि मृत्युर्देव भविष्यति

«Puis, accourant de loin, ce garçon nous rendit hommage. Nous lui enjoignîmes : “Sois de longue vie”, et il le répéta de maintes façons. Pourtant, ô Seigneur, pour lui aussi la mort viendra au cinquième jour».

Verse 28

यथा वयं त्वया सार्द्धमसत्या न चतुर्मुख । भवामोऽस्य कृते देव तथा किंचिद्विधीयताम्

«Ô Toi aux quatre visages, ordonne quelque moyen afin que nous, avec Toi, ne devenions pas des proférateurs de mensonge à cause de lui, ô Seigneur.»

Verse 29

अथ ब्रह्मा प्रहृष्टात्मा दृष्ट्वा तं मुनिदारकम् । मत्प्रसादादयं बालो भावी कल्पायुरब्रवीत्

Alors Brahmā, le cœur comblé de joie, voyant l’enfant du muni, déclara : «Par ma grâce, ce garçon aura la durée de vie d’un kalpa, un éon.»

Verse 30

ततस्ते मुनयो हृष्टास्तमादाय गृहं प्रति । प्रस्थिता ब्रह्मलोकात्तु नमस्कृत्वा चतुर्मुखम्

Alors ces sages, remplis d’allégresse, le prirent avec eux et partirent vers leur demeure. Quittant Brahmaloka, ils se prosternèrent devant le Seigneur aux quatre visages (Brahmā) et s’en allèrent.

Verse 31

अथ तस्य पिता तत्र मृकंडो मुनिसत्तमः । ततो भार्यासमायुक्तो विललाप सुदुःखितः

Alors, là, son père—Mṛkaṇḍu, le plus éminent des sages—avec son épouse, se lamentait avec une profonde affliction, accablé de chagrin.

Verse 32

हा पुत्रपुत्र करुणं रुदित्वा धर्मवत्सलः । अनामंत्र्य च मां कस्माद्दीर्घं पंथानमाश्रितः

«Hélas, mon fils, mon fils !»—ainsi pleurait-il avec pitié, dévoué au dharma. «Pourquoi, sans même me prendre congé, as-tu emprunté une route si longue ?»

Verse 33

अकृत्वापि क्रियाः कार्याः कथं मृत्युवशं गतः । सोऽहं त्वया विना पुत्र न जीवामि कथंचन

«Sans même avoir accompli les rites qui devaient l’être, comment es-tu tombé sous l’emprise de la Mort ? Sans toi, mon fils, je ne puis vivre d’aucune manière.»

Verse 34

एवं विलपतस्तस्य बहुधा नृपसत्तम । बालश्चाभ्यागतस्तत्र यत्र देशे पुरा स्थितः

Tandis qu’il se lamentait de mille façons, ô le meilleur des rois, l’enfant revint là-bas — au lieu même où il avait jadis demeuré.

Verse 35

अथासौ प्रययौ बालः प्रहृष्टेनांतरात्मना । तं दृष्ट्वा पथि तातश्च संप्रहृष्टो बभूव ह

Alors le garçon poursuivit sa route, l’âme intérieure toute réjouie. En le voyant sur le chemin, son père aussi fut saisi d’une joie extrême.

Verse 36

पप्रच्छांकं समारोप्य चिरागमन कारणम् । ततः स कथयामास सर्वं मुनिविचेष्टितम् । दर्शनं ब्रह्मलोकस्य पद्मयोनेर्वरं तथा

Le prenant sur ses genoux, il demanda la cause de cette longue absence. Alors l’enfant raconta tout : les actes des sages, la vision de Brahmaloka, et aussi la grâce accordée par le Né-du-Lotus (Brahmā).

Verse 37

बालक उवाच । अजरश्चामरश्चाहं कृतस्तात स्वयंभुवा । तस्मात्सत्यं मदर्थे ते व्येत्वसौ मानसो ज्वरः

L’enfant dit : «Père, le Né-de-Lui-même (Brahmā) m’a rendu libre de vieillesse et de mort. Ainsi, sois rassuré à mon sujet : que cette fièvre de l’esprit — ton chagrin — s’en aille maintenant.»

Verse 38

सोऽहमाराधयिष्यामि तथैव चतुराननम् । कृत्वाऽश्रमपदं रम्यमर्बुदे पर्वतोत्तमे

J’adorerai ce même Seigneur aux quatre visages, Brahmā. Ayant établi un ermitage charmant sur l’Arbuda, la plus excellente des montagnes, je me vouerai à sa vénération.

Verse 39

अमृतस्रावि तद्वाक्यं श्रुत्वा पुत्रस्य स द्विजः । मृकंडो हर्षसंयुक्तो वाचमित्यब्रवीच्च तम्

Entendant les paroles de son fils, douces comme l’ambroisie, le sage deux fois né Mṛkaṇḍu, rempli de joie, lui adressa alors une réponse.

Verse 40

मार्क्कंडोऽपि द्रुतं गत्वा रम्य मर्बुदपर्वतम् । तपस्तेपे सुविस्तीर्णं ध्यायन्देवं पितामहम्

Mārkaṇḍeya aussi se rendit promptement au charmant mont Arbuda et y accomplit de longues et vastes austérités, méditant sur le divin Pitāmaha, Brahmā.

Verse 41

तस्याश्रमपदे पुण्ये श्रावणे मासि पार्थिव । पौर्णमास्यां विशेषेण यः कुर्यात्पितृतर्पणम् । पितृमेधफलं तस्य सकलं स्यादसंशयम्

Ô roi, en ce lieu sacré de l’āśrama, surtout au jour de pleine lune du mois de Śrāvaṇa, quiconque accomplit le pitṛ-tarpaṇa, l’offrande d’eau aux ancêtres, obtient assurément le fruit entier du sacrifice Pitṛmedha, sans aucun doute.

Verse 42

ऋषियोगेन यस्तत्र तर्पयेद्ब्राह्मणोत्तमान् । ब्रह्मलोके चिरं वासस्तस्य संजायते नृप

Ô roi, quiconque là-bas, selon la voie des ṛṣi (ṛṣi-yoga), accomplit le tarpaṇa pour satisfaire les plus éminents brāhmaṇas, obtient une longue demeure en Brahmaloka.

Verse 43

यः स्नानं कुरुते तत्र सम्यक्छ्रद्धासमन्वितः । नाल्पमृत्युभयं तस्य कुले क्वापि प्रजायते

Quiconque s’y baigne avec une foi juste et entière, dans sa lignée nulle part ne naît la crainte d’une mort avant l’heure.