Adhyaya 86
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 86

Adhyaya 86

Le chapitre présente l’étiologie d’un tīrtha centré sur la Déesse Saptaviṃśatikā, associée aux vingt-sept nakṣatra (demeures lunaires). Sūta raconte que les filles de Dakṣa—énumérées comme les demeures lunaires et données en mariage à Soma—souffrent, car Rohiṇī reçoit une affection excessive. Les autres filles, se croyant frappées de malchance et d’abandon, accomplissent des austérités dans le kṣetra, y installent Durgā et la vénèrent par des offrandes continues. Satisfaite, la Déesse accorde une grâce : le rétablissement du saubhāgya (bonheur et auspice conjugaux) et la délivrance de la peine d’être délaissées par l’époux. Le texte devient ensuite prescriptif et enseigne le vrata : adoration le quatorzième jour avec jeûne et dévotion ; discipline d’un an, l’esprit fixé sur un seul but ; et restrictions alimentaires précises (telles que l’évitement du salé/alcalin) comme marque de rigueur. Un repère calendaire est ajouté : au mois d’Aśvina, quinzaine claire, neuvième jour, culte à minuit, promettant une auspiciosité intense et durable. Le récit s’entrelace enfin avec la mythologie lunaire : Śūlapāṇi interroge Dakṣa sur l’affliction de Soma (rājayakṣmā) ; Dakṣa explique sa malédiction ; et Śiva rétablit l’équilibre cosmique en déclarant que Soma traitera toutes ses épouses avec égalité, d’où naissent les quinzaines croissante et décroissante. Le chapitre se clôt en affirmant la présence permanente de la Déesse dans le kṣetra, dispensatrice du saubhāgya des femmes, et en prescrivant une récitation pure au huitième jour pour l’obtenir.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । अथान्यापि च तत्रास्ति सप्तविंशतिका तथा । नक्षत्रैः स्थापिता देवी वांछितस्य प्रदायिनी

Sūta dit : «De plus, il s’y trouve une autre Déesse nommée Saptaviṃśatikā, établie par les Nakṣatras, qui accorde tout ce qui est désiré.»

Verse 2

दक्षस्य तनया पूर्वं सप्तविंशतिसंख्यया । उद्वाहिता हि सोमेन पूर्वं ब्राह्मणसत्तमाः

Ô le meilleur des brāhmaṇas, jadis les filles de Dakṣa, au nombre de vingt-sept, furent données en mariage à Soma, la Lune.

Verse 3

तासां मध्ये ऽभवच्चैका रोहिणी तस्य वल्लभा । प्राणेभ्योऽपि सदासक्तस्तया सार्धं स तिष्ठति

Parmi elles, une seule—Rohiṇī—devint sa bien-aimée. Plus attaché à elle qu’à son propre souffle de vie, il demeurait sans cesse en sa compagnie.

Verse 4

ततो दौर्भाग्यसंतप्ताः सर्वा स्ता दक्षकन्यकाः । वैराग्यं परमं गत्वा क्षेत्रेऽस्मिंस्तपसि स्थिताः

Alors, toutes ces filles de Dakṣa, brûlées par l’infortune, atteignirent le détachement suprême et, dans ce kṣetra sacré, demeurèrent établies dans l’austérité.

Verse 5

संस्थाप्य देवतां दुर्गां श्रद्धया परया युताः । बलिपूजोपहारैस्तां पूजयंत्यः सुरेश्वरीम्

Après avoir établi la déesse Durgā avec la foi la plus haute, elles adorèrent la Souveraine des dieux par des offrandes, des rites de culte et des oblations.

Verse 6

ततः कालेन महता तासां सा तुष्टिमभ्यगात् । अब्रवीच्च प्रतुष्टोऽहं वरं दास्यामि पुत्रिकाः

Puis, au bout d’un long temps, la Déesse fut satisfaite d’elles et dit : «Je suis pleinement comblée. Ô filles, je vous accorderai une grâce.»

Verse 7

तस्मात्तत्प्रार्थ्यतां चित्ते यद्युष्माकं व्यवस्थितम् । सर्वं दास्याम्यसंदिग्धं यद्युष्माकं हृदि स्थितम्

Ainsi, demandez ce qui est fermement arrêté dans votre esprit. Tout ce qui demeure en votre cœur, je vous l’accorderai sans aucun doute.

Verse 8

ततः प्रोचुश्च ताः सर्वाः प्रसादात्तव वांछितम् । अस्माकं विद्यते देवि यावत्त्रैलोक्यसंस्थितम्

Alors elles dirent toutes : «Ô Déesse, par ta grâce, notre vœu désiré subsistera tant que dureront les trois mondes.»

Verse 9

एकं पत्युः सुखं मुक्त्वा यत्सौभाग्यसमुद्भवम् । तस्मात्तद्देहि चास्माकं यदि तुष्टासि चंडिके

Hormis l’unique joie née de la bonne fortune de l’époux, nous avons été privées de tout. Accorde-nous donc cela, si tu es satisfaite, ô Caṇḍikā.

Verse 10

वयं दौर्भाग्यदोषेण सर्वाः क्लेशं परं गताः । न शक्नुमः प्रियान्प्राणान्देहे धर्तुं कथंचन

Par la faute du malheur, nous sommes toutes tombées dans une souffrance extrême ; nous ne pouvons d’aucune manière maintenir dans le corps le souffle vital tant aimé.

Verse 11

श्रीदेव्युवाच । अद्यप्रभृति युष्माकं सौभाग्यं पतिसंभवम् । मत्प्रसादादसंदिग्धं भविष्यति सुखोदयम्

La Déesse bienheureuse dit : «Dès aujourd’hui, votre heureuse fortune conjugale—née par l’époux—par ma grâce, sans aucun doute, deviendra source de joie.»

Verse 12

अन्यापि या पतित्यक्ता स्त्री मामत्र स्थितां सदा । पूजयिष्यति सद्भक्तया चतुर्दश्यामुपोषिता

Toute autre femme aussi, fût-elle abandonnée par son époux, qui—ayant jeûné le quatorzième jour lunaire—m’adore ici, où je demeure toujours, avec une dévotion sincère, obtiendra ma grâce.

Verse 13

सा भविष्यति सौभाग्ययु्क्ता पुत्रवती सती । यावत्संवत्सरं तावदेकभक्तपरायणा

Elle sera pourvue de bonne fortune, femme vertueuse bénie d’enfants ; et durant une année elle demeurera vouée à l’observance d’ekabhakta, d’un esprit unifié.

Verse 14

अक्षारलवणाशा या नारी मां पूजयिष्यति । न तस्याः पतिजं दुःखं दौर्भाग्यं वा भविष्यति

La femme qui, s’abstenant d’aliments alcalins et salés, m’adore, ne souffrira pas d’une peine née de l’époux, et le malheur ne viendra pas à elle.

Verse 15

आश्विनस्य सिते पक्षे संप्राप्ते नवमीदिने । उपवासपरा या मां निशीथे पूजयिष्यति । तस्याः सौभाग्यमत्युग्रं सर्वदा वै भविष्यति

Dans la quinzaine claire d’Āśvina, lorsque survient le neuvième jour lunaire, la femme vouée au jeûne qui m’adore à minuit—sa bonne fortune sera d’une puissance extrême, à jamais.

Verse 16

एवमुक्त्वा तु सा देवी विरराम द्विजोत्तमाः । ताश्च सर्वाः सुसंहृष्टा जग्मुर्दक्षस्य मंदिरम्

Ayant ainsi parlé, la Déesse se tut, ô meilleur des deux-fois-nés. Et toutes ces femmes, grandement réjouies, se rendirent au palais de Dakṣa.

Verse 17

एतस्मिन्नंतरे दक्ष आहूतः शूलपाणिना । प्रोक्तः कस्मात्त्वया चन्द्रो यक्ष्मणा संनियोजितः । तदयुक्तं कृतं दक्ष जामाताऽयं यतस्तव

Cependant, Dakṣa fut mandé par Śūlapāṇi (Śiva) et on lui dit : « Pourquoi as-tu frappé la Lune de yakṣmā, la consomption ? Cela n’était pas convenable, ô Dakṣa, car il est ton gendre. »

Verse 18

दक्ष उवाच । अनेन तनया मह्यमष्टाविंशतिसंख्यया । ऊढा अखण्डचारित्रास्तास्त्यक्ता दोषवर्जिताः । मुक्त्वैकां रोहिणीं देव निषिद्धेन मयाऽसकृत्

Dakṣa dit : « Par lui, mes filles—au nombre de vingt-huit—furent prises en mariage ; et pourtant ces irréprochables, au caractère sans faille, furent délaissées. Sauf une seule, Rohiṇī, ô Deva, bien que je l’aie interdit maintes et maintes fois. »

Verse 19

ततो मयाऽतिकोपेन नियुक्तो राजयक्ष्मणा । असत्यजल्पको मन्दः कामदेववशं गतः

Ainsi, dans mon courroux excessif, il fut frappé de rājayakṣmā, la consomption royale. Cet être obtus, proférant des paroles mensongères, était tombé sous l’emprise de Kāma, le dieu du désir.

Verse 20

श्रीभगवानुवाच । अद्यप्रभृति सर्वासां समं स प्रचरिष्यति । मद्वाक्यान्नात्र संदेहः सत्यमेतन्मयोदितम्

Le Seigneur Bienheureux dit : «Dès ce jour, il les traitera toutes avec égalité. Par ma parole, nul doute ici : ceci est la vérité que j’ai proclamée.»

Verse 21

त्वयापि यद्वचः प्रोक्तमसत्यं स्यान्न तत्क्वचित् । तस्मादेष क्षयं पक्षं वृद्धिं पक्षं प्रयास्यति

Et les paroles que tu as prononcées ne deviendront jamais mensonge. C’est pourquoi il traversera une quinzaine de décroissance et une quinzaine de croissance.

Verse 22

दक्षोऽपि बाढमित्येव तत्प्रोक्त्वा च ययौ गृहम् । चंद्रस्तु दक्षकन्यास्ताः समं पश्यति सर्वदा

Dakṣa aussi, ne disant que «Qu’il en soit ainsi», parla de la sorte et rentra chez lui. Et Candra (la Lune), dès lors, considéra toujours les filles de Dakṣa avec égalité.

Verse 23

गच्छमानः क्षयं पक्षं वृद्धिं पक्षं च सद्द्विजाः । सापि देवी ततः प्रोक्ता सप्तविंशतिका क्षितौ । सर्वसौभाग्यदा स्त्रीणां तस्मिन्क्षेत्रे व्यवस्थिता

Ô nobles deux-fois-nés, tandis qu’il traverse la quinzaine décroissante et la quinzaine croissante, cette Déesse est ainsi célébrée sur la terre sous le nom de « Saptaviṃśatikā » (la Vingt-Sept). Établie en ce kṣetra sacré, elle accorde aux femmes toutes les formes de bonne fortune.

Verse 24

यश्चैतत्पुरतस्तस्याः संप्राप्ते चाष्टमीदिने । शुचिर्भूत्वा पठेद्भक्त्या स सौभाग्यमवाप्नुयात्

Quiconque, à l’arrivée du jour d’Aṣṭamī, se purifie et récite ceci avec dévotion devant cette Déesse, obtiendra la bonne fortune bénie (saubhāgya).