
Ce chapitre se déploie comme un exposé théologique sur Tulasī, présence sanctifiante et instrument de bhakti au sein de la vie domestique et des observances de vœu (vrata). Il s’ouvre sur une affirmation centrée sur le foyer : planter Tulasī chez soi est dit produire un grand fruit spirituel, allant jusqu’à prévenir la pauvreté et à attirer l’auspiciosité. Le texte développe ensuite une « anatomie sacrée » de la plante, reliant Śrī/Lakṣmī et la bénédiction divine à la vue de Tulasī, à sa forme, à ses feuilles, fleurs, fruits, bois, moelle et écorce, faisant de Tulasī un vecteur omniprésent de pureté et de grâce. Une série de placements corporels (sur la tête, dans la bouche, dans les mains, dans le cœur, sur les épaules, à la gorge) sert de classification éthico-rituelle : protection, délivrance des afflictions et statut orienté vers la libération. La dévotion concrète est mise en avant : porter chaque jour des feuilles de Tulasī et l’arroser régulièrement. Un accent particulier est donné au Cāturmāsya : le service rendu à Tulasī durant cette saison est décrit comme rare et hautement méritoire, incluant l’arrosage au lait et le soin attentif du bassin au pied de la plante (ālavalāmbu-dāna). L’ensemble culmine dans une image unificatrice : Hari resplendit au cœur de tous les arbres, tandis que Kamalā (Lakṣmī) est dite y demeurer comme celle qui dissipe sans cesse la souffrance, unissant la dévotion vaiṣṇava à une écologie sacrée et à une discipline saisonnière.
Verse 1
वाण्युवाच । तुलसी रोपिता येन गृहस्थेन महाफला । गृहे तस्य न दारिद्र्यं जायते नात्र संशयः
Vāṇī dit : Le maître de maison qui plante le Tulasī—aux grands fruits—ne verra pas la pauvreté naître dans son foyer ; il n’y a là aucun doute.
Verse 2
तुलस्या दर्शनादेव पापराशिर्निवर्तते । श्रियेऽमृतकणोत्पन्ना तुलसी हरिवल्लभा
Par la seule vue du Tulasī, les amas de péchés reculent et s’en vont. Née d’une goutte d’ambroisie pour Śrī (Lakṣmī), le Tulasī est chère à Hari.
Verse 3
पिबन्त्या रुचिरं पानं प्राणिनां पापहारिणी । यस्या रूपे वसेल्लक्ष्मीः स्कन्धे सागरसंभवा
Quand on boit sa boisson délicieuse, elle efface les péchés des êtres vivants. Dans sa forme même demeure Lakṣmī, et sur son épaule réside la déesse née de l’océan.
Verse 4
पत्रेषु सततं श्रीश्च शाखासु कमला स्वयम् । इन्दिरा पुष्पगा नित्यं फले क्षीराब्धिसंभवा
Dans ses feuilles demeure toujours Śrī ; dans ses branches se tient Kamalā elle-même. Indirā réside sans cesse dans ses fleurs, et dans son fruit se trouve celle qui naquit de l’Océan de Lait.
Verse 5
तुलसी शुष्ककाष्ठेषु या रूपा विश्वव्यापिनी । मज्जायां पद्मवासा च त्वचासु च हरिप्रिया
Cette même Tulasī—dont la forme imprègne l’univers entier—demeure même dans son bois desséché. Dans la moelle elle est Padmavāsā (Lakṣmī), et dans l’écorce elle est Haripriyā, la bien-aimée de Hari.
Verse 6
सर्वरूपा च सर्वेशा परमानन्ददायिनी । तुलसी प्राशको मर्त्यो यमलोकं न गच्छति
Elle est de toutes les formes, la Souveraine suprême, dispensatrice de la béatitude la plus haute. Le mortel qui prend Tulasī ne va pas au royaume de Yama.
Verse 7
शिरस्था तुलसी यस्य न याम्यैरनुभूयते । मुखस्था तुलसी यस्य निर्वाणपददायिनी
Celui sur la tête duquel repose Tulasī n’est pas saisi par les serviteurs de Yama. Et celui dans la bouche duquel repose Tulasī reçoit l’état de nirvāṇa, la délivrance.
Verse 8
हस्तस्थातुलसीयस्य स तापत्रयवर्जितः । तुलसी हृदयस्था च प्राणिनां सर्वकामदा
Celui qui tient Tulasī dans sa main est délivré des trois afflictions. Et Tulasī, demeurant dans le cœur, accomplit pour les êtres vivants tous les désirs légitimes.
Verse 9
स्कन्धस्था तुलसी यस्य स पापैर्न च लिप्यते । कण्ठगा तुलसी यस्य जीवन्मुक्तः सदा हि सः
Celui sur l’épaule duquel repose Tulasī n’est pas souillé par les péchés. Celui qui porte Tulasī à la gorge est à jamais libéré, même de son vivant.
Verse 10
तुलसीसंभवं पत्रं सदा वहति यो नरः । मनसा चिन्तितां सिद्धिं संप्राप्नोति न संशयः
L’homme qui porte toujours une feuille née de Tulasī obtient, sans aucun doute, l’accomplissement de ce qu’il a médité en son esprit.
Verse 11
तुलसींसर्वकायार्थसाधिनीं दुष्टवारिणीम् । यो नरः प्रत्यहं सिञ्चेन्न स याति यमालयम्
Celui qui arrose chaque jour Tulasī—elle qui accomplit tout dessein salutaire et repousse le mal—ne va pas au séjour de Yama.
Verse 12
चातुर्मास्ये विशेषेण वन्दितापि विमुक्तिदा । नारायणं जलगतं ज्ञात्वा वृक्षगतं तथा
Surtout durant Cāturmāsya, la saluer avec vénération suffit à donner la délivrance, sachant que Nārāyaṇa est présent dans l’eau et de même dans l’arbre (Tulasī).
Verse 13
प्राणिनां कृपया लक्ष्मीस्तुलसीवृक्षमाश्रिता । चातुर्मास्ये समायाते तुलसी सेविता यदि
Par compassion pour les êtres vivants, Lakṣmī a pris refuge dans l’arbre de Tulasī. Quand vient le temps sacré de Cāturmāsya, si l’on sert Tulasī comme il se doit—
Verse 14
तेषां पापसहस्राणि यांति नित्यं सहस्रधा । गोविन्दस्मरणं नित्यं तुलसीवनसेवनम्
Pour eux, des milliers de péchés s’éloignent chaque jour, comme anéantis mille fois. Le souvenir constant de Govinda et le service assidu du bosquet de Tulasī—
Verse 15
तुलसीसेचनं दुग्धै श्चातुर्मास्येऽतिदुर्लभम् । तुलसीं वर्द्धयेद्यस्तु मानवो यदि श्रद्धया
Dans la saison sacrée de Cāturmāsya, arroser Tulasī avec du lait est chose extrêmement rare (et donc hautement méritoire). Celui qui, avec foi, nourrit et fait croître la plante de Tulasī—obtient un fruit spirituel particulier.
Verse 16
आलवालांबुदानैश्च पावितं सकलं कुलम् । यथा श्रीस्तुलसीसंस्था नित्यमेव हि वर्द्धते
En offrant de l’eau au bassin au pied de Tulasī, toute la lignée familiale est purifiée. Et de même que l’établissement sacré de Tulasī est continuellement nourri, ainsi la prospérité (Śrī) croît avec constance.
Verse 17
तथातथा गृहस्थस्य कामवृद्धिः प्रजायते । ब्रह्मचारीगृहस्थश्च वानप्रस्थो यतिस्तथा
Ainsi, pour le maître de maison, les désirs légitimes et les buts de la vie viennent à s’épanouir. Qu’on soit brahmacārin, gṛhastha, vānaprastha ou yati (renonçant), cette observance porte fruit pour tous les âśrama.
Verse 18
तथा प्रकृतयः सर्वास्तुलसीसेवने रताः । श्रद्धया यदि जायन्ते न तासां दुःखदो हरिः
De même, toutes les dispositions et natures, lorsqu’elles naissent avec foi et se complaisent dans le service de Tulasī, ne rencontrent pas Hari comme dispensateur de peine ; pour de tels dévots, Il n’est pas la cause de l’affliction.
Verse 19
एको हरिः सकलवृक्षगतो विभाति नानारसैस्तु परिभावितमूर्तिरेव । वृक्षाधिवासमगमत्कमला च देवी दुःखादिनाशनकरी सततं स्मृताऽपि
Hari est Un, et pourtant Il resplendit comme présent dans tous les arbres, apparaissant en des formes comme façonnées par la diversité de leurs sucs et essences. Et la Déesse Kamalā (Lakṣmī) aussi a pris demeure dans les arbres ; ne fût-ce que par le souvenir, elle devient sans cesse la destructrice de la peine et des autres maux.
Verse 249
इति श्रीस्कांदे महापुराणएकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठ नाग रखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने ब्रह्मनारदसंवादे चातुर्मास्यमाहात्म्ये पैजवनोपाख्याने तुलसीमाहात्म्यवर्णनंनामैकोनपञ्चाशदुत्तर द्विशततमोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille ślokas—dans le sixième (Nāgara) Khaṇḍa, dans le Tīrthamāhātmya du Hāṭakeśvara-kṣetra, à l’intérieur du récit de Śeṣaśāyy, dans le dialogue de Brahmā et Nārada, comme partie du Cāturmāsya Māhātmya et du Paijavana-upākhyāna, s’achève ici le deux-cent-quarante-neuvième chapitre, intitulé « Récit de la Gloire de Tulasī ».