
Le chapitre se déploie comme un dialogue d’enseignement où Mārkaṇḍeya instruit Yudhiṣṭhira sur une suite de pratiques liées aux tīrtha et sur les fruits qui leur sont attribués. Il conduit d’abord le pèlerin à Vimalēśvara, en soulignant une « devśilā », pierre/autel divin dit façonné par les dieux ; s’y baigner et honorer les brahmanes procure un mérite inépuisable, même pour de modestes dons. Sont ensuite énumérés des dāna purificatoires : or, argent, cuivre, gemmes/perles, terres et vaches. Vient une couche de phala fortement accentuée : mourir en ce tīrtha assure une demeure dans le monde de Rudra jusqu’à la dissolution cosmique ; et une mort réglée (par jeûne, feu ou eau) en ce lieu est dite mener à l’état suprême. L’enseignement s’élargit à la dévotion solaire auprès d’une puṣkariṇī purifiante, prescrivant le japa — fût-ce une seule ṛc ou même une seule syllabe — et le reliant au fruit védique ainsi qu’à la délivrance des souillures ; le puṇya est décrit comme multiplié au koṭi-guṇa lorsque l’acte est accompli selon la règle. La seconde moitié propose des directives éthiques pour la discipline de fin de vie selon les varṇa (brahmane, kṣatriya, vaiśya, śūdra), insistant sur la maîtrise du désir et de la colère, l’obéissance au śāstra et le service du divin ; l’écart est associé aux enfers et à des renaissances dégradées. Le chapitre s’achève par une louange doctrinale de Revā/Narmadā, née de Rudra et salvatrice pour tous, et par un mantra quotidien pour celui qui, au réveil, touche rituellement la terre, honorant la rivière comme purificatrice et destructrice du péché.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्तु राजेन्द्र विमलेश्वरमुत्तमम् । तत्र देवशिला रम्या स्वयं देवैर्विनिर्मिता
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Alors, ô roi des rois, il faut se rendre au sanctuaire suprême de Vimaleśvara. Là se trouve une ravissante Deva-śilā, façonnée par les dieux eux-mêmes».
Verse 2
तत्र स्नात्वा तु यो भक्त्या ब्राह्मणान्पूजयेन्नृप । स्वल्पेनापि हि दानेन तस्य चान्तो न विद्यते
Ô roi, celui qui s’y baigne avec dévotion et honore les brāhmaṇas—fût-ce par un don minime—voit son mérite devenir sans bornes ; on n’en trouve pas la fin.
Verse 3
युधिष्ठिर उवाच । कानि दानानि विप्रेन्द्र शस्तानि धरणीतले । यानि दत्त्वा नरो भक्त्या मुच्यते सर्वपातकैः
Yudhiṣṭhira dit : «Ô le meilleur des brāhmaṇas, quels dons sont loués sur la terre, ceux qu’en offrant avec dévotion un homme est délivré de toutes les fautes ?»
Verse 4
श्रीमार्कण्डेय उवाच । सुवर्णं रजतं ताम्रं मणिमौक्तिकमेव च । भूमिदानं च गोदानं मोचयत्पशुभान्नरम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Or, argent, cuivre, gemmes et perles ; le don de la terre et le don des vaches : ces formes de dāna délivrent l’homme des liens de l’existence mondaine. »
Verse 5
तत्र तीर्थे तु यः कश्चित्कुरुते प्राणसंक्षयम् । रुद्रलोके वसेत्तावद्यावदा भूतसम्प्लवम्
Quiconque, en ce tīrtha sacré, met fin à sa vie, demeure dans le monde de Rudra tant que la dissolution cosmique des êtres n’a pas eu lieu.
Verse 6
ततः पुष्करिणीं गच्छेत्सर्वपापक्षयंकरीम् । तत्र स्नात्वार्चयेद्देवं तेजोराशिं दिवाकरम्
Ensuite, qu’on se rende à la sainte Puṣkariṇī, l’étang de lotus qui consume tous les péchés. Après s’y être baigné, qu’on adore le dieu Divākara, le Soleil, amas même de splendeur.
Verse 7
ऋचमेकां जपेत्साम्नः सामवेदफलं लभेत् । यजुर्वेदस्य जपनादृग्वेदस्य तथैव च
En récitant ne fût-ce qu’un seul ṛc selon la manière du Sāman, on obtient le fruit du Sāmaveda ; et par le japa des formules du Yajurveda, on obtient de même le fruit du Ṛgveda.
Verse 8
अक्षरं वा जपेन्मन्त्रं ध्यायमानो दिवाकरम् । आदित्यहृदयं जप्त्वा मुच्यते सर्वकिल्बिषैः
Ou bien, en méditant sur Divākara, on peut répéter comme mantra ne fût-ce qu’une seule syllabe. En récitant l’Āditya-hṛdaya, on est délivré de toute souillure et de tout péché.
Verse 9
तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा विधिना जपेद्द्विजान् । तस्य कोटिगुणं पुण्यं जायते नात्र संशयः
En ce tīrtha sacré, quiconque s’y baigne puis accomplit le japa selon la règle, avec la bénédiction des deux-fois-nés, voit naître pour lui un mérite millionnaire; il n’y a là aucun doute.
Verse 10
अनाशकेनाग्निगत्या जले वा देहपातनात् । तस्मिंस्तीर्थे मृतो यस्तु स याति परमां गतिम्
Que ce soit par jeûne jusqu’à la mort, par l’entrée dans le feu, ou par l’abandon du corps dans l’eau, celui qui meurt en ce tīrtha atteint la destination suprême.
Verse 11
ब्राह्मणः क्षत्रियो वैश्यः शूद्रो वा नृपसत्तम । विहितं कर्म कुर्वाणः स गच्छेत्परमां गतिम्
Ô le meilleur des rois, qu’il soit brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya ou śūdra: en accomplissant l’acte prescrit, il peut atteindre l’état suprême.
Verse 12
युधिष्ठिर उवाच । व्याधिं सत्त्वक्षयं मोहं ज्ञात्वा वर्णा द्विजोत्तम । पापेभ्यो विप्रमुच्यन्ते केन तत्साधनं वद
Yudhiṣṭhira dit : Ô le meilleur des dvija, lorsque les gens des divers varṇa reconnaissent la maladie, l’épuisement de la force intérieure et l’égarement, par quel moyen sont-ils délivrés des péchés ? Dis-moi la méthode pour cela.
Verse 13
श्रीमार्कण्डेय उवाच । तिलोदकी तिलस्नायी कामक्रोधविवर्जितः । ब्राह्मणोऽनशनैः प्राणांस्त्यजल्लभति सद्गतिम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Le brāhmaṇa qui se nourrit d’eau au sésame, se baigne avec du sésame et demeure exempt de désir et de colère, en abandonnant la vie par le jeûne obtient une destinée bénie.
Verse 14
सङ्ग्रामे सद्गतिं तात क्षत्रियो निधने लभेत् । तदभावान्महाप्राज्ञ सेवमानो लभेदिति
Ô bien-aimé, un kṣatriya obtient la destinée bienheureuse en mourant au combat. Si cela n’est pas possible, ô très sage, il peut l’obtenir par le service dévot.
Verse 15
व्याधिग्रहगृहीतो वा वृद्धो वा विकलेन्द्रियः । आत्मानं दाहयित्वाग्नौ विधिना सद्गतिं लभेत्
Celui que la maladie ou l’affliction a saisi, ou qui est âgé, ou dont les sens ont faibli—ayant remis son corps au feu selon la règle rituelle—peut obtenir la destinée bienheureuse.
Verse 16
वैश्योऽपि हि त्यजन्प्राणानेवं वै शुभभाग्भवेत् । जले वा शुद्धभावेन त्यक्त्वा प्राणाञ्छिवो भवेत्
Même un vaiśya, en quittant la vie de cette manière, devient héritier d’un heureux destin. Ou bien, en abandonnant la vie dans l’eau avec un esprit purifié, il est béni, atteignant l’état auspicious de Śiva.
Verse 17
शूद्रोऽपि द्विजशुश्रूषुस्तोषयित्वा महेश्वरम् । विमुच्य नान्यथा पापः पतते नरके ध्रुवम्
Même un śūdra, voué au service des deux-fois-nés et ayant satisfait Maheśvara, est délivré (du péché). Autrement, le péché n’est pas rejeté et l’on tombe assurément en enfer.
Verse 18
अथवा प्रणवाशक्तो द्विजेभ्यो गुरवे तथा । पञ्चाग्नौ शोषयेद्देहमापृच्छ्य द्विजसत्तमान्
Ou bien, voué au Praṇava (Oṃ) et de même aux deux-fois-nés ainsi qu’à son guru, après avoir pris congé des meilleurs des brāhmaṇas, qu’il dessèche (mortifie) le corps au milieu des cinq feux.
Verse 19
शान्तदान्तजितक्रोधाञ्छास्त्रयुक्तान् विचक्षणान् । तेषां चैवोपदेशेन करीषाग्निं प्रसाधयेत्
Qu’il s’approche des êtres paisibles, maîtres d’eux-mêmes, vainqueurs de la colère, établis dans les śāstra et clairvoyants ; et, selon leur enseignement, qu’il prépare comme il se doit le feu de bouse de vache pour le rite.
Verse 20
एवं वर्णा यथात्वेन मूढाहङ्कारमोहिताः । पतन्ति नरके घोरे यथान्धो गिरिगह्वरे
Ainsi, les gens des varṇa, tels qu’ils sont en vérité, abusés par l’orgueil insensé et fascinés par le seul rang, tombent dans l’effroyable enfer, comme un aveugle chutant dans un ravin de montagne.
Verse 21
ये शास्त्रविधिमुत्सृज्य वर्तन्ते कामचारतः । कृमियोनिं प्रपद्यन्ते तेषां पिण्डो न च क्रिया
Ceux qui, rejetant les règles prescrites par les śāstra, vivent au gré du désir et du caprice, obtiennent des naissances parmi les vers ; pour eux, il n’y a ni offrande piṇḍa aux ancêtres ni rites funéraires (kriyā).
Verse 22
श्रुतिस्मृत्युदितं धर्मं त्यक्त्वा यथेच्छाचारसेविनः । अष्टाविंशतिर्वै कोट्यो नरकाणां युधिष्ठिर
Ô Yudhiṣṭhira, ceux qui abandonnent le dharma enseigné par la Śruti et la Smṛti et suivent une conduite fondée sur le seul bon plaisir tombent dans les vingt-huit crores d’enfers.
Verse 23
प्रत्येकं वा पतन्त्येते मग्ना नरकसागरे । दुर्लभं मानुषं जन्म बहुधर्मार्जितं नृप
Ô roi, chacun d’eux tombe, englouti dans l’océan de l’enfer. La naissance humaine est difficile à obtenir, acquise seulement par l’accumulation d’un grand dharma.
Verse 24
तल्लब्ध्वा मदमात्सर्यं यो वै त्यजति मानवः । संनियम्य सदात्मानं ज्ञानचक्षुर्नरो हि सः
Ayant obtenu cette rare naissance humaine, celui qui rejette vraiment l’orgueil et l’envie, maîtrise sans cesse le soi et demeure dans la discipline intérieure—celui-là est, en vérité, un homme pourvu de l’œil de la sagesse.
Verse 25
अज्ञानतिमिरान्धस्य ज्ञानांजनशलाकया
Pour celui que les ténèbres de l’ignorance ont aveuglé, par la tige du collyre de la connaissance, cette obscurité est dissipée.
Verse 26
यस्य नोन्मीलितं चक्षुर्ज्ञेयो जात्यन्ध एव सः । एतत्ते कथितं सर्वं यत्पृष्टं नृपसत्तम
Celui dont l’œil n’a pas été ouvert doit être reconnu comme aveugle de naissance. Ô le meilleur des rois, je t’ai dit tout ce que tu as demandé.
Verse 27
तथानिष्टतराणां हि रुद्रस्य वचनं यथा । नर्मदा सरितां श्रेष्ठा रुद्रदेहाद्विनिःसृता
Ainsi la parole de Rudra est-elle infaillible, même envers les plus mal disposés. La Narmadā, la meilleure des rivières, jaillit du corps même de Rudra.
Verse 28
तारयेत्सर्वभूतानि स्थावराणि चराणि च । सर्वदेवाधिदेवेन ईश्वरेण महात्मना
Elle délivre tous les êtres, immobiles et mobiles, car elle est investie par le grand Seigneur, le Dieu au-dessus de tous les dieux.
Verse 29
लोकानां च हितार्थाय महापुण्यावतारिता । मानसं वाचिकं पापं स्नानान्नश्यति कर्मजम्
Pour le bien des mondes, elle est descendue, porteuse d’un mérite suprême. En se baignant en elle, les péchés nés du karma—de la pensée et de la parole—s’évanouissent.
Verse 30
रुद्रदेहाद्विनिष्क्रान्ता तेन पुण्यतमा हि सा । प्रातरुत्थाय यो नित्यं भूमिमाक्रम्य भक्तितः
Étant sortie du corps de Rudra, elle est donc, en vérité, la plus sainte. Celui qui, se levant à l’aube chaque jour, foule la terre avec dévotion…
Verse 31
एतन्मन्त्रं जपेत्तात स्नानस्य लभते फलम् । नमः पुण्यजले देवि नमः सागरगामिनि
Ô cher enfant, celui qui récite ce mantra obtient le fruit même du bain rituel. Hommage à toi, ô Déesse, eau sainte; hommage à toi, qui t’en vas jusqu’à l’océan.
Verse 32
नमोऽस्तु पापनिर्मोचे नमो देवि वरानने
Hommage à toi, libératrice du péché; hommage à toi, ô Déesse au beau visage.
Verse 33
नमोऽस्तु ते ऋषिवरसङ्घसेविते नमोऽस्तु ते त्रिनयनदेहनिःसृते । नमोऽस्तु ते सुकृतवतां सदा वरे नमोऽस्तु ते सततपवित्रपावनि
Hommage à toi, servie par les assemblées des plus grands rishis; hommage à toi, issue du corps du Seigneur aux Trois Yeux. Hommage à toi, toujours bienfait pour les méritants; hommage à toi, ô Purificatrice qui purifies sans cesse.
Verse 43
। अध्याय
Chapitre (marque ou colophon).