
Cet adhyāya se déploie comme un entretien théologique entre un rishi et un roi. Mārkaṇḍeya conduit Yudhiṣṭhira vers le sanctuaire éminent de Kuṇḍaleśvara et en donne le récit fondateur : à l’époque de Tretāyuga, Viśravā (issu de la lignée de Pulastya) accomplit de longues austérités et engendre Dhanada (Vaiśravaṇa/Kubera), établi gardien des richesses et lokapāla. De cette lignée naît le yakṣa Kuṇḍa/Kuṇḍala. Avec l’assentiment de ses parents, il entreprend une ascèse rigoureuse sur la rive de la Narmadā, supportant chaleur, pluie et froid, pratiquant la maîtrise du souffle et de longs jeûnes. Śiva (Vṛṣavāhana) s’en réjouit et lui accorde une grâce : Kuṇḍala devient un serviteur invincible, libre de ses mouvements par la faveur du seigneur des yakṣas. Après le retour de Śiva au Kailāsa, Kuṇḍala établit la divinité sous le nom de « Kuṇḍaleśvara », pare et adore le liṅga, et honore les brāhmaṇas par la nourriture et les dons. La phalaśruti conclut : jeûner et vénérer en ce tīrtha efface les fautes ; le dāna procure les jouissances célestes ; se baigner et réciter ne fût-ce qu’un seul ṛk donne le fruit entier ; offrir une vache assure un séjour prolongé au ciel selon le nombre de ses poils, et mène finalement les bienfaiteurs au domaine de Maheśa.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेच्च राजेन्द्र कुण्डलेश्वरमुत्तमम् । यत्र सिद्धो महायक्षः कुण्डधारो नृपोत्तम
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô seigneur des rois, il faut se rendre au suprême Kuṇḍaleśvara, où le grand Yakṣa Kuṇḍadhāra obtint la perfection, ô meilleur des souverains.
Verse 2
तपः कृत्वा सुविपुलं सुरासुरभयंकरम् । पौलस्त्यमन्दिरे चैव चिक्रीड नृपसत्तम
Après avoir accompli une ascèse immensément vaste, redoutable même pour les dieux et les asuras, il s’y divertit aussi, dans le sanctuaire de Paulastya, ô meilleur des rois.
Verse 3
युधिष्ठिर उवाच । कस्मिन्युगे समुत्पन्नः कस्य पुत्रो महामतिः । तपस्तप्त्वा सुविपुलं तोषितो येन शङ्करः
Yudhiṣṭhira dit : En quel yuga naquit cet être au vaste esprit, et de qui était-il le fils—lui par qui Śaṅkara fut satisfait après d’immenses austérités ?
Verse 4
एतद्विस्तरतस्तात कथयस्व ममानघ । शृण्वतश्च न तृप्तिर्मे कथामृतमनुत्तमम्
Raconte-le-moi en détail, vénérable père—ô irréprochable. En écoutant, je ne suis point rassasié ; ce nectar incomparable du récit sacré ne me comble jamais.
Verse 5
श्रीमार्कण्डेय उवाच । त्रेतायुगे ब्रह्मसमः पौलस्त्योनाम विश्रवाः । तपः कृत्वा सुविपुलं भरद्वाजसुतोद्भवः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Dans le Tretā Yuga vivait Viśravā, descendant de Pulastya, égal à Brahmā en majesté. Né dans la lignée du fils de Bharadvāja, il accomplit d’immenses austérités.
Verse 6
पुत्रं पौत्रगणैर्युक्तं पत्न्या भक्त्या सुतोषितः । धनदं जनयामास सर्वलक्षणलक्षितम्
Satisfait par la dévotion de son épouse, il engendra un fils—Dhanada—marqué de tous les signes favorables, et entouré d’une lignée florissante de descendants.
Verse 7
जातमात्रं तु तं ज्ञात्वा ब्रह्मा लोकपितामहः । चकार नाम सुप्रीत ऋषिदेवसमन्वितः
Dès qu’il sut que l’enfant était né, Brahmā—l’aïeul des mondes—lui donna joyeusement un nom, entouré des ṛṣis et des dieux.
Verse 8
यस्माद्विश्रवसो जातो मम पौत्रत्वमागतः । तस्माद्वैश्रवणो नाम तव दत्तं मयानघ
«Puisque tu es né de Viśravā et que tu es ainsi devenu mon petit-fils, je te confère donc le nom de Vaiśravaṇa, ô sans faute.»
Verse 9
तथा त्वं सर्वदेवानां धनगोप्ता भविष्यसि । चतुर्थो लोकपालानामक्षयश्चाव्ययो भुवि
«Ainsi deviendras-tu le gardien des richesses de tous les devas, le quatrième parmi les Lokapālas, impérissable et inaltérable sur la terre.»
Verse 10
तस्य भार्या महाराज ईश्वरीति च विश्रुता । यक्षो यक्षाधिपः श्रेष्ठस्तस्य कुण्डोऽभवत्सुतः
Ô grand roi, son épouse était renommée sous le nom d’Īśvarī. Ce noble seigneur des Yakṣas eut un fils nommé Kuṇḍa.
Verse 11
स च रूपं परं प्राप्य मातापित्रोरनुज्ञया । तपश्चचार विपुलं नर्मदातटमाश्रितः
Et lui, avec l’assentiment de ses parents, obtint une beauté incomparable; puis il accomplit de vastes austérités, demeurant sur la rive de la Narmadā.
Verse 12
ग्रीष्मे पञ्चाग्निसंतप्तो वर्षासु स्थण्डिलेशयः । हेमन्ते जलमध्यस्थो वायुभक्षः शतं समाः
En été, il endura l’ardeur des cinq feux; durant la saison des pluies, il reposait sur la terre nue; en hiver, il demeurait au milieu des eaux. Ne se nourrissant que d’air, il maintint ces observances durant cent ans.
Verse 13
एवं वर्षशते पूर्णे एकाङ्गुष्ठेऽभवन्नृप । अस्थिभूतः परं तात ऊर्ध्वबाहुस्ततः परम्
Quand cent années se furent ainsi accomplies, ô roi, il sembla réduit à un seul pouce, n’étant plus que des os. Ensuite, ô bien-aimé, il persévéra davantage encore, les bras levés vers les hauteurs.
Verse 14
अतपच्च घृतश्वासः कुण्डलो भरतर्षभ । चतुर्थे वर्षशतके तुतोष वृषवाहनः
Ainsi Kuṇḍala—dont le souffle était comme le ghee, stable et maîtrisé—ô taureau parmi les Bharata, poursuivit ses austérités; et dans la quatrième centaine d’années, Vṛṣavāhana, le Seigneur à l’étendard du taureau (Śiva), fut satisfait.
Verse 15
वरं वृणीष्व भो वत्स यत्ते मनसि रोचते । ददामि ते न सन्देहस्तपसा तोषितो ह्यहम्
«Choisis une grâce, ô enfant, ce qui plaît à ton cœur. Je te l’accorderai sans aucun doute, car ton austérité m’a satisfait.»
Verse 16
कुण्डल उवाच । यक्षाधिपप्रसादेन तस्यैवानुचरः पुरे । विचरामि यथाकाममवध्यः सर्वशत्रुषु
Kundala dit : «Par la faveur du seigneur des Yakṣa, je demeure dans sa cité comme son serviteur. Je vais où bon me semble, et face à tous les ennemis je suis inviolable, impossible à tuer.»
Verse 17
तथेत्युक्त्वा महादेवः सर्वलोकनमस्कृतः । जगामाकाशमाविश्य कैलासं धरणीधरम्
Disant «Qu’il en soit ainsi», Mahādeva—vénéré par tous les mondes—entra dans le ciel et s’en alla vers Kailāsa, la montagne qui soutient la terre.
Verse 18
गते चादर्शनं देवे सोऽपि यक्षो मुदान्वितः । स्थापयामास देवेशं कुण्डलेश्वरमुत्तमम्
Lorsque le Deva eut disparu de la vue, ce Yakṣa aussi—plein de joie—installa le Seigneur des dieux comme le Liṅga excellent nommé Kundaleśvara.
Verse 19
अलंकृत्वा जगन्नाथं पुष्पधूपानुलेपनैः । विमानैश्चामरैश्छत्रैस्तथा वै लिङ्गपूरणैः
Il orna Jagannātha, le Seigneur de l’univers, de fleurs, d’encens et d’onguents ; de fastes—chamaras et ombrelles—et aussi des offrandes prescrites pour le Liṅga.
Verse 20
तर्पयित्वा द्विजान्सम्यगन्नपानादिभूषणैः । प्रीणयित्वा महादेवं ततः स्वभवनं ययौ
Après avoir pleinement satisfait les dvija par nourriture, boisson et dons convenables, et après avoir réjoui Mahādeva, il retourna ensuite à sa demeure.
Verse 21
तदाप्रभृति तत्तीर्थं त्रिषु लोकेषु विश्रुतम् । उत्तमं परमं पुण्यं कुण्डलेश्वरनामतः
Dès lors, ce tīrtha devint célèbre dans les trois mondes—suprême et d’un mérite très saint—sous le nom de « Kundaleśvara ».
Verse 22
तत्र तीर्थे तु यः कश्चिदुपवासपरायणः । अर्चयेद्देवमीशानं सर्वपापैः प्रमुच्यते
En ce tīrtha, quiconque s’adonne au jeûne et adore Īśāna (Śiva) est délivré de tous les péchés.
Verse 23
सुवर्णं रजतं वापि मणिं मौक्तिकमेव च । दद्याद्भोज्यं ब्राह्मणेभ्यः स सुखी मोदते दिवि
Quiconque offre de l’or ou de l’argent, une gemme ou des perles, et donne aussi de la nourriture aux brāhmaṇas, celui-là devient heureux et se réjouit au ciel.
Verse 24
तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा ऋग्यजुःसामगोऽपि वा । ऋचमेकां जपित्वा तु सकलं फलमश्नुते
En ce tīrtha, après s’être baigné, qu’il soit récitant du Ṛg, du Yajus ou du Sāman, en psalmodiant ne fût-ce qu’un seul vers Ṛk, il obtient le fruit entier.
Verse 25
गां प्रयच्छति विप्रेभ्यस्तत्फलं शृणु पाण्डव । यावन्ति तस्या रोमाणि तत्प्रसूतिकुलेषु च
Ô Pāṇḍava, écoute le fruit du don d’une vache aux brāhmaṇas : autant qu’il y a de poils sur cette vache, et de même dans les lignées issues de sa descendance, telle est la mesure du mérite proclamée.
Verse 26
तावद्वर्षसहस्राणि स्वर्गलोके महीयते । स्वर्गे वासो भवेत्तस्य पुत्रपौत्रैः समन्वितः
Pendant autant de milliers d’années, il est honoré dans le monde céleste ; et il obtient demeure en Svarga, accompagné de fils et de petits-fils.
Verse 27
तावन्ति वर्षाणि महानुभावः स्वर्गे वसेत्पुत्रपौत्रैश्च सार्द्धम् । तत्रान्नदो याति महेशलोकमसंख्यवर्षाणि न संशयोऽत्र
Pendant autant d’années, l’homme de grande noblesse demeure au ciel avec ses fils et ses petits-fils. Là, celui qui donne la nourriture parvient au séjour de Maheśa pour d’innombrables années ; nul doute à ce sujet.
Verse 28
स वै सुखी मोदते स्वर्गलोके गन्धर्वसिद्धाप्सरःसम्प्रगीते । एवं तु ते धर्मसुत प्रभावस्तीर्थस्य सर्वः कथितश्च पार्थ
En vérité, lui—heureux—se réjouit dans le monde céleste, retentissant des chants des Gandharvas, des Siddhas et des Apsaras. Ainsi, ô fils du Dharma, ô Pārtha, toute la grandeur du tīrtha t’a été exposée.
Verse 29
श्रुत्वा स्तुवन्मुच्यते सर्वपापैः पुनस्त्रिलोकीमिह तत्प्रभावात्
En l’écoutant et en le louant, on est délivré de tous les péchés ; et par cette même puissance, on obtient de nouveau, dans l’au-delà, l’état bienheureux qui embrasse les trois mondes.
Verse 41
। अध्याय
« Chapitre » — marque de clôture (colophon) de l’adhyāya.