
Le chapitre s’ouvre lorsque Mārkaṇḍeya conduit le pèlerin vers Siddheśvara et vers un liṅga voisin, auto-manifesté (svāyambhuva), qualifié d’« amṛta-srāvin », “d’où s’écoule le nectar”. Le simple darśana immédiat de ce lieu confère un grand mérite, attestant la sainteté exceptionnelle de ce tīrtha. Yudhiṣṭhira demande ensuite comment les dieux obtinrent la siddhi à Siddheśvara, en particulier au sujet des « douze Āditya ». Mārkaṇḍeya énumère les Dvādaśa Āditya—Indra, Dhātā, Bhaga, Tvaṣṭā, Mitra, Varuṇa, Aryaman, Vivasvān, Savitṛ, Pūṣan, Aṃśumān et Viṣṇu—et explique que, désirant la dignité solaire, ils accomplirent un tapas très austère sur la rive de la Narmadā, à Siddheśvara. Leur réussite est marquée par l’établissement de Divākara en ce tīrtha, grâce à la répartition des « aṃśa » (parts) de la puissance solaire, d’où la renommée du lieu. Le discours relie ensuite les Āditya à la fonction cosmique au temps de la dissolution et à leur déploiement selon les directions, présentant une ordonnance (dik-vyavasthā) des forces solaires. Enfin sont exposés l’éthique du pèlerinage et ses fruits : le bain du matin suivi du darśana des Dvādaśāditya détruit les fautes de parole, de pensée et d’acte ; la pradakṣiṇā équivaut à faire le tour de la terre ; le jeûne au saptamī en ce tīrtha donne des résultats exceptionnels ; et les circumambulations répétées apportent délivrance des maladies et prospérité—santé et descendance—telle est la phalaśruti pour une bhakti disciplinée.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । सिद्धेश्वरं ततो गच्छेत्तस्यैव तु समीपतः । अमृतस्रावि तल्लिङ्गमाद्यं स्वायम्भुवं तथा
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, qu’on se rende à Siddheśvara ; et tout près de lui se trouve ce liṅga d’où s’écoule l’amṛta, primordial et aussi auto-manifesté (svayambhū).
Verse 2
दृष्टमात्रेण येनेह ह्यनृणो जायते नरः । पुरा वर्षशतं साग्रमाराध्य परमेश्वरम्
Par le seul fait de le voir, l’homme en ce monde devient sans dette. Jadis, après avoir adoré le Seigneur suprême durant cent ans et davantage, cette grandeur fut proclamée.
Verse 3
प्राप्नुयुः परमां सिद्धिमादित्या द्वादशैव तु । अतः सिद्धेश्वरः प्रोक्तः सिद्धिदः सिद्धिकाङ्क्षिणाम्
Ici même, les douze Ādityas obtinrent la siddhi suprême. C’est pourquoi on l’appelle « Siddheśvara », le Seigneur des accomplissements, dispensant la siddhi à ceux qui la désirent.
Verse 4
युधिष्ठिर उवाच । कथं सिद्धेश्वरे प्राप्ताः सिद्धिं देवा द्विजोत्तम । आदित्या इति यच्चोक्तं तन्मे विस्मापनं कृतम्
Yudhiṣṭhira dit : « Ô le meilleur des deux-fois-nés, comment les dieux ont-ils obtenu la siddhi à Siddheśvara ? Et ce que tu as dit des “Ādityas” m’a rempli d’émerveillement. »
Verse 5
तपस्युग्रे व्यवसिता आदित्याः केन हेतुना । सम्प्राप्तास्तु द्विजश्रेष्ठ सिद्धिं चैवाभिलाषिकीम्
«Pour quelle raison les Āditya entreprirent-ils une austérité farouche ? Et, ô le meilleur des brāhmanes, comment obtinrent-ils le siddhi même qu’ils désiraient ?»
Verse 6
संक्षिप्य तु मया पृष्टं विस्तराद्द्विज शंस मे
«Bien que je t’aie interrogé brièvement, ô brāhmane, expose-le-moi au long, avec tous les détails.»
Verse 7
मार्कण्डेय उवाच । अदितेर्द्वादशादित्या जाताः शक्रपुरोगमाः । इन्द्रो धाता भगस्त्वष्टा मित्रोऽथ वरुणोऽर्यमा
Mārkaṇḍeya dit : «D’Aditi naquirent les douze Āditya, conduits par Śakra (Indra) : Indra, Dhātā, Bhaga, Tvaṣṭṛ, Mitra, Varuṇa et Aryaman.»
Verse 8
विवस्वान्सविता पूषा ह्यंशुमान्विष्णुरेव च । त इमे द्वादशादित्या इच्छन्तो भास्करं पदम्
«(Ce sont) Vivasvān, Savitṛ, Pūṣan, Aṃśumān, et aussi Viṣṇu. Tels sont les douze Āditya, aspirant au rang de Bhāskara, la station suprême du Soleil.»
Verse 9
नर्मदातटमाश्रित्य तपस्युग्रे व्यवस्थिताः । सिद्धेश्वरे महाराज काश्यपेयैर्महात्मभिः
«S’étant établis sur la rive de la Narmadā, ils se vouèrent à une austérité farouche à Siddheśvara, ô grand roi — ces âmes magnanimes, descendants de Kaśyapa.»
Verse 10
परा सिद्धिरनुप्राप्ता द्वादशादित्यसंज्ञितैः । स्थापितश्च जगद्धाता तस्मिंस्तीर्थे दिवाकरः
La siddhi suprême fut obtenue par ceux qu’on nomme les douze Ādityas ; et en ce tīrtha fut établi Divākara, soutien du monde, en présence vénérable de culte.
Verse 11
स्वकीयांशविभागेन द्वादशादित्यसंज्ञितैः । तदाप्रभृति तत्तीर्थं राजन्ख्यातिं गतं भुवि
Par la répartition de leurs propres parts, de leurs parts rayonnantes, opérée par ceux qu’on appelle les douze Ādityas, dès lors, ô roi, ce tīrtha devint célèbre sur la terre.
Verse 12
प्रलये समनुप्राप्ते ह्यादित्या द्वादशैव ते । द्वादशादित्यतो राजन् सम्भवन्ति युगक्षये
Ô roi, lorsque survient le pralaya, la dissolution cosmique, ces douze Ādityas se manifestent assurément ; et à la fin d’un âge ils surgissent comme la manifestation de la Forme des Douze Soleils.
Verse 13
इन्द्रस्तपति पूर्वेण धाता चैवाग्निगोचरे । गभस्तिपतिर्वै याम्ये त्वष्टा नैरृतदिङ्मुखः
Indra flamboie vers l’orient ; Dhātṛ resplendit dans la région d’Agni (sud-est). Gabhastipati demeure au quartier du sud, et Tvaṣṭṛ fait face au sud-ouest.
Verse 14
वरुणः पश्चिमे भागे मित्रस्तु वायवे तथा । विष्णुश्च सौम्यदिग्भागे विवस्वानीशगोचरे
Varuṇa se tient au quartier de l’occident ; Mitra, de même, dans la région de Vāyu (nord-ouest). Viṣṇu est au quartier du nord, et Vivasvān dans la région d’Īśa (nord-est).
Verse 15
ऊर्ध्वतश्चैव सविता ह्यधः पूषा विशोषयन् । अंशुमांस्तु तथा विष्णुर्मुखतो निर्गतं जगत्
En haut se tient Savitṛ ; en bas, Pūṣan, qui dessèche (les mondes). De même Aṃśumān et Viṣṇu : par leur éclat brûlant, l’univers est tiré hors de la bouche (du Principe cosmique).
Verse 16
प्रदहन्वै नरश्रेष्ठ बभ्रमुश्च इतस्ततः । यथैव ते महाराज दहन्ति सकलं जगत्
Ô meilleur des hommes, ils flambent et errent çà et là ; ainsi, ô grand Roi, ils embrasent le monde entier.
Verse 17
तथैव द्वादशादित्या भक्तानां भावसाधनाः । प्रातरुत्थाय यः स्नात्वा द्वादशादित्यसंज्ञितम्
De même, les Douze Āditya deviennent un moyen d’affermir la dévotion des fidèles. Celui qui, au matin, se lève et, après s’être baigné, contemple la divinité nommée Dvādaśāditya…
Verse 18
पश्यते देवदेवेशं शृणु तस्यैव यत्फलम् । वाचिकं मानसं पापं कर्मजं यत्पुराकृतम्
…et contemple le Seigneur des dieux : écoute le fruit de cela. Quelque péché commis auparavant, par la parole, par la pensée, ou né de l’acte,
Verse 19
नश्यते तत्क्षणादेव द्वादशादित्यदर्शनात् । प्रदक्षिणं तु यः कुर्यात्तस्य देवस्य भारत
…s’anéantit à l’instant même par la vision de Dvādaśāditya. Et, ô Bhārata, quiconque accomplit la pradakṣiṇā (circumambulation révérencieuse) de cette divinité,
Verse 20
प्रदक्षिणीकृता तेन पृथिवी नात्र संशयः । तत्र तीर्थे तु सप्तम्यामुपवासेन यत्फलम्
Par cet acte, la terre elle-même est comme parcourue en pradakṣiṇā—sans aucun doute. Et voici le fruit du jeûne au septième tithi, en ce tīrtha sacré :
Verse 21
अन्यत्र सप्तसप्तम्यां लभन्ति न लभन्ति च । षष्ठ्यां वारे दैनकरे द्वादशादित्यदर्शनात्
Ailleurs, lors de la « septième de la septième » (rare conjonction de Saptamī), on peut obtenir ce fruit ou ne pas l’obtenir ; mais ici, par le seul darśana de Dvādaśāditya—même au sixième tithi, le jour du Soleil—le mérite est certain.
Verse 22
प्रदक्षिणं तु यः कुर्यात्तस्य पापं तु नश्यति । अरोगी सप्तजन्मानि भवेद्वै नात्र संशयः
Quiconque accomplit la pradakṣiṇā, ses péchés sont anéantis. Il demeure sans maladie durant sept naissances—sans aucun doute.
Verse 23
यस्तु प्रदक्षिणशतं दद्याद्भक्त्या दिने दिने । दद्रूपिटककुष्ठानि मण्डलानि विचर्चिकाः
Mais celui qui, avec bhakti, offre cent pradakṣiṇās jour après jour—la teigne, les furoncles, la lèpre, les taches et l’eczéma, et autres maux semblables, s’en trouvent guéris ou écartés.
Verse 24
नश्यन्ति व्याधयः सर्वे गरुडेनेव पन्नगाः । पुत्रप्राप्तिर्भवेत्तस्य षष्ट्या वासरसेवनात्
Toutes les maladies périssent—comme les serpents devant Garuḍa. En servant cette observance durant soixante jours, il obtient la bénédiction d’un fils.
Verse 191
अध्याय
«Chapitre» (marque de section indiquant la limite du chapitre).