
Mārkaṇḍeya désigne Kapileśvara—situé sur la rive nord de la Narmadā, au cœur de Bhṛgu-kṣetra—comme un tīrtha éminent pour la destruction des fautes (pāpa-nāśana). L’enseignement présente Kapila comme une manifestation de Vāsudeva/Jagannātha et inscrit la divinité dans une vision cosmographique : une descente à travers les mondes souterrains jusqu’au grand septième Pātāla, où demeure l’antique Parameśvara. Le récit rappelle l’anéantissement soudain des fils de Sagara en présence de Kapila, puis la peine du sage et sa réflexion morale. L’esprit tourné vers le renoncement, Kapila juge cette destruction collective « inappropriée » et cherche l’expiation par le Kapila-tīrtha. Il accomplit alors un tapas austère sur la rive de la Narmadā, adore Rudra l’impérissable et atteint un état suprême semblable au nirvāṇa. Le chapitre énumère ensuite rites et mérites : le bain sacré et le culte y confèrent un fruit équivalent à celui de « mille vaches » ; les dons offerts le quatorzième jour de la quinzaine claire du mois de Jyeṣṭha deviennent inépuisables s’ils sont remis à un brāhmaṇa digne. Le jeûne et le bain à certaines dates lunaires (y compris des observances liées à Aṅgāraka) promettent beauté, prospérité et bienfaits pour la lignée sur plusieurs naissances. Les offrandes aux ancêtres à la pleine lune et à la nouvelle lune les satisfont durant douze ans et les conduisent aux mondes célestes ; l’offrande de lampes donne de l’éclat au corps. Ceux qui meurent en ce tīrtha sont dits emprunter une voie sans retour, dirigée vers la demeure de Śiva.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । उत्तरे नर्मदाकूले भृगुक्षेत्रस्य मध्यतः । कपिलेश्वरं तु विख्यातं विशेषात्पापनाशनम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Sur la rive nord de la Narmadā, au cœur même du domaine sacré de Bhṛgu, Kapileśvara est renommé—par excellence—comme destructeur des péchés.
Verse 2
योऽसौ सनातनो देवः पुराणे परिपठ्यते । वासुदेवो जगन्नाथः कपिलत्वमुपागतः
Ce Dieu éternel que l’on récite dans les Purāṇa—Vāsudeva, Seigneur de l’univers—prit l’identité de Kapila.
Verse 3
पातालं सुतलं नाम तस्यैव नितलं ह्यधः । गभस्तिगं च तस्याधो ह्यन्धतामिस्रमेव च
Pātāla est appelé Sutala ; au-dessous de lui se trouve, en vérité, Nitala. Plus bas encore est Gabhastiga, et plus profond toujours, Andha-tāmisra.
Verse 4
पातालं सप्तमं यच्च ह्यधस्तात्संस्थितं महत् । वसते तत्र वै देवः पुराणः परमेश्वरः
Et le grand septième Pātāla, établi tout en bas : là, en vérité, demeure le Dieu antique, le Seigneur Suprême.
Verse 5
स ब्रह्मा स महादेवः स देवो गरुडध्वजः । पूज्यमानः सुरैः सिद्धैस्तिष्ठते ब्रह्मवादिभिः
Il est Brahmā ; il est Mahādeva ; il est aussi le Seigneur dont l’étendard porte Garuḍa. Vénéré par les dieux et les Siddhas, il demeure parmi ceux qui connaissent et proclament le Brahman.
Verse 6
वसतस्तस्य राजेन्द्र कपिलस्य जगद्गुरोः । विनाशं चाग्रतः प्राप्ताः क्षणेन सगरात्मजाः
Ô roi des rois, tandis que Kapila, le guru du monde, demeurait en ce lieu, les fils de Sagara trouvèrent la ruine devant sa présence même, en un seul instant.
Verse 7
भस्मीभूतांस्तु तान्दृष्ट्वा कपिलो मुनिसत्तमः । जगाम परमं शोकं चिन्त्यमानोऽथ किल्बिषम्
Les voyant réduits en cendres, Kapila, le plus excellent des munis, tomba dans une profonde douleur, méditant alors sur la faute survenue.
Verse 8
सर्वसङ्गपरित्यागे चित्ते निर्विषयीकृते । अयुक्तं षष्टिसहस्राणां कर्तं मम विनाशनम्
Lorsque mon esprit a renoncé à tout attachement et s’est affranchi des objets des sens, il n’est pas convenable que je sois l’auteur de la destruction de soixante mille.
Verse 9
कृतस्य करणं नास्ति तस्मात्पापविनाशनम् । गत्वा तु कापिलं तीर्थं मोचयाम्यघमात्मनः
Ce qui est accompli ne peut être défait ; ainsi, pour anéantir le péché, j’irai au Kāpila-tīrtha et je me délivrerai de la souillure intérieure.
Verse 10
पातालं तु ततो मुक्त्वा कपिलो मुनिसत्तमः । तपश्चचार सुमहन्नर्मदातटमास्थितः
Alors Kapila, le plus éminent des sages, quittant Pātāla, accomplit de puissantes austérités, demeurant sur la rive de la Narmadā.
Verse 11
व्रतोपवासैर्विविधैः स्नानदानजपादिकैः । परं निर्वाणमापन्नः पूजयन्रुद्रमव्ययम्
Par maints vœux et jeûnes—par les bains rituels, l’aumône, le japa et autres—vénérant Rudra l’Impérissable, il atteignit la délivrance suprême.
Verse 12
तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा पूजयेत्परमेश्वरम् । गोसहस्रफलं तस्य लभते नात्र संशयः
Quiconque se baigne en ce tīrtha et y vénère le Seigneur Suprême obtient un mérite égal au don de mille vaches ; là-dessus, point de doute.
Verse 13
ज्येष्ठमासे तु सम्प्राप्ते शुक्लपक्षे चतुर्दशी । तत्र स्नात्वा विधानेन भक्त्या दानं प्रयच्छति
Quand vient le mois de Jyeṣṭha, au quatorzième jour de la quinzaine claire, après s’y être baigné selon le rite prescrit, qu’on fasse l’aumône avec dévotion.
Verse 14
पात्रभूताय विप्राय स्वल्पं वा यदि वा बहु । अक्षयं तत्फलं प्रोक्तं शिवेन परमेष्ठिना
Que le don soit petit ou grand, s’il est offert à un brāhmane digne, son fruit est dit impérissable ; ainsi l’a proclamé Śiva, le Seigneur suprême.
Verse 15
अङ्गारकदिने प्राप्ते चतुर्थ्यां नवमीषु च । स्नानं करोति पुरुषो भक्त्योपोष्य वराङ्गना
Ô noble dame, lorsque vient le jour d’Aṅgāraka (mardi)—et aux tithis quatrième et neuvième—si un homme, jeûnant avec dévotion, accomplit le bain rituel, il obtient le mérite prescrit pour ces observances.
Verse 16
रूपमैश्वर्यमतुलं सौभाग्यं संततिं पराम् । लभते सप्तजन्मानि नित्यं नित्यं पुनः पुनः
Il obtient une beauté et une prospérité sans égales, la bonne fortune et une descendance excellente, encore et toujours, sans cesse, durant sept naissances.
Verse 17
पौर्णमास्याममावास्यां स्नात्वा पिण्डं प्रयच्छति । तस्य ते द्वादशाब्दानि तृप्ता यान्ति सुरालयम्
À la pleine lune et à la nouvelle lune, après s’être baigné, s’il offre le piṇḍa (oblation aux ancêtres), ses défunts demeurent rassasiés douze ans et gagnent la demeure des dieux.
Verse 18
तत्र तीर्थे तु यो भक्त्या दद्याद्दीपं सुशोभनम् । जायते तस्य राजेन्द्र महादीप्तिः शारीरजा
Ô roi, quiconque, en ce tīrtha, offre avec dévotion une belle lampe, voit naître en lui une grande radiance du corps : une splendeur intérieure rendue visible.
Verse 19
तत्र तीर्थे मृतानां तु जन्तूनां सर्वदा किल । अनिवर्तिका भवेत्तेषां गतिस्तु शिवमन्दिरात्
En vérité, pour les êtres qui meurent en ce tīrtha, leur voie est dite irréversible : leur destinée se poursuit depuis la demeure de Śiva, sans retour vers des états inférieurs.
Verse 175
अध्याय
Chapitre (titre/colophon).