Adhyaya 12
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 12

Adhyaya 12

Mārkaṇḍeya, dans un cadre où un roi est l’auditeur, rapporte qu’après avoir entendu l’enseignement précédent, les sages assemblés se réjouissent et, les mains jointes, se mettent à louer la Narmadā (Revā). Le chapitre se présente comme un stotra ininterrompu, s’adressant au fleuve comme à une puissance divine : eaux purificatrices, effaceuse des fautes, refuge de tous les tīrtha, et issue du corps même de Rudra (rudrāṅga-samudbhavā). L’hymne déploie plusieurs thèmes : la capacité de la Narmadā à laver le péché et à protéger les êtres accablés par la souffrance et l’erreur morale ; le contraste entre l’errance dans des états douloureux et la délivrance obtenue par le contact de ses eaux ; et la stabilité de sa présence sacrée jusque dans l’âge de Kali, quand d’autres eaux sont dites amoindries ou souillées. La phalaśruti finale affirme que ceux qui récitent ou entendent l’hymne—surtout après s’être baignés dans la Narmadā—obtiennent une destinée purifiée et s’approchent de Maheśvara/Rudra, décrit par des images de véhicule divin et d’ornements célestes. Le chapitre sert ainsi de texte liturgique et d’enseignement éthico-théologique sur la bhakti, l’écologie sacrée et la pratique orientée vers la libération.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । एतच्छ्रुत्वा वचो राजन्संहृष्टा ऋषयोऽभवन् । नर्मदां स्तोतुमारब्धाः कृताञ्जलिपुटा द्विजाः

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ayant entendu ces paroles, ô Roi, les sages furent transportés de joie. Les mains jointes en vénération, les deux-fois-nés commencèrent à chanter l’hymne de la Narmadā.

Verse 2

नमोऽस्तु ते पुण्यजले नमो मकरगामिनि । नमस्ते पापमोचिन्यै नमो देवि वरानने

Hommage à toi dont les eaux sont saintes ; hommage à toi qui chemines avec le courant du makara. Hommage à toi, ô délivreuse des péchés ; hommage, Déesse au visage gracieux.

Verse 3

नमोऽस्तु ते पुण्यजलाश्रये शुभे विशुद्धसत्त्वं सुरसिद्धसेविते । नमोऽस्तु ते तीर्थगणैर्निषेविते नमोऽस्तु रुद्राङ्गसमुद्भवे वरे

Hommage à toi, ô bienfaisante demeure des eaux saintes, d’essence parfaitement pure, servie par les dieux et les siddhas. Hommage à toi, fréquentée par les multitudes de tīrthas. Hommage à toi, suprême et excellente, née du propre corps de Rudra, ô rivière divine.

Verse 4

नमोऽस्तु ते देवि समुद्रगामिनि नमोऽस्तु ते देवि वरप्रदे शिवे । नमोऽस्तु लोकद्वयसौख्यदायिनि ह्यनेकभूतौघसमाश्रितेऽनघे

Hommage à toi, ô Déesse, qui t’achemines vers l’océan. Hommage à toi, Déesse de bon augure, dispensatrice de grâces. Hommage à toi, qui donnes le bonheur aux deux mondes et qui es le refuge d’innombrables êtres, ô sans faute.

Verse 5

सरिद्वरे पापहरे विचित्रिते गन्धर्वयक्षोरगसेविताङ्गे । सनातनि प्राणिगणानुकम्पिनि मोक्षप्रदे देवि विधेहि शं नः

Ô meilleure des rivières, ô destructrice du péché, merveilleusement parée, dont les rives sont honorées par les gandharvas, les yakṣas et les nāgas. Ô Éternelle, compatissante envers les êtres : ô Déesse qui accordes la mokṣa, établis pour nous la paix et le bien.

Verse 6

महागजैर्घमहिषैर्वराहैः संसेविते देवि महोर्मिमाले । नताः स्म सर्वे वरदे सुखप्रदे विमोचयास्मान्पशुपाशबन्धात्

Ô Déesse, ceinte d’une guirlande de vagues puissantes, honorée par de grands éléphants, de vigoureux buffles et des sangliers : nous nous prosternons tous devant Toi, dispensatrice de grâces et de bonheur. Délivre-nous du lien du lacet qui enchaîne le paśu.

Verse 7

पापैरनेकैरशुभैर्विबद्धा भ्रमन्ति तावन्नरकेषु मर्त्याः । महानिलोद्भूततरङ्गभूतं यावत्तवाम्भो हि न संस्पृशन्ति

Tant que les mortels, enchaînés par maints péchés funestes, ne touchent pas tes eaux—dont les vagues se dressent comme des formes soulevées par de grands vents—ils errent alors dans les enfers.

Verse 8

अनेकदुःखौघभयार्दितानां पापैरनेकैरभिवेष्टितानाम् । गतिस्त्वमम्भोजसमानवक्रे द्वन्द्वैरनेकैरपि संवृतानाम्

Pour ceux que la peur tourmente au milieu des flots de mille douleurs, et que d’innombrables péchés enveloppent; pour ceux que recouvrent les multiples paires d’opposés, Tu es le refuge et la voie, ô Déesse au visage pareil au lotus.

Verse 9

नद्यश्च पूता विमला भवन्ति त्वां देवि सम्प्राप्य न संशयोऽत्र । दुःखातुराणामभयं ददासि शिष्टैरनेकैरभिपूजितासि

Les autres rivières aussi deviennent pures et sans tache en te rejoignant, ô Déesse : il n’y a là aucun doute. Aux affligés par la souffrance, tu accordes l’intrépidité, et tu es honorée par maints justes et savants.

Verse 10

स्पृष्टं करैश्चन्द्रमसो रवेश्च तदैव दद्यात्परमं पदं तु । यत्रोपलाः पुण्यजलाप्लुतास्ते शिवत्वमायान्ति किमत्र चित्रम्

Si les mains de la Lune et du Soleil le touchaient, il donnerait aussitôt l’état suprême. Là, même les pierres, baignées dans tes eaux saintes, parviennent à l’heureuse « nature de Śiva » : qu’y a-t-il donc d’étonnant ?

Verse 11

भ्रमन्ति तावन्नरकेषु मर्त्या दुःखातुराः पापपरीतदेहाः । महानिलोद्भूततरङ्गभङ्गं यावत्तवाम्भो न हि संश्रयन्ति

Les mortels, tourmentés par la souffrance et revêtus de péché, errent dans les enfers tant qu’ils ne prennent pas refuge en tes eaux, dont les vagues brisées sont soulevées par les grands vents.

Verse 12

। अध्याय

Chapitre (marque de colophon).

Verse 13

सरांसि नद्यः क्षयमभ्युपेता घोरे युगेऽस्मिन् हि कलौ प्रदूषिते । त्वं भ्राजसे देवि जलौघपूर्णा दिवीव नक्षत्रपथे च गङ्गा

En ce terrible âge de Kali, lorsque lacs et rivières ont décru et se sont souillés, toi seule, ô Déesse, resplendis, comblée de flots d’eau, telle la Gaṅgā céleste qui luit sur la voie étoilée du ciel.

Verse 14

तव प्रसादाद्वरदे वरिष्ठे कालं यथेमं परिपालयित्वा । यामोऽथ रुद्रं तव सुप्रसादाद्वयं तथा त्वं कुरु वै प्रसादम्

Par ta grâce, ô souveraine dispensatrice de dons, puissions-nous traverser et préserver ce temps comme il convient. Puis, par ta grande faveur, puissions-nous atteindre Rudra ; ainsi, toi aussi, vraiment, accorde-nous ta compassion.

Verse 15

गतिस्त्वमम्बेव पितेव पुत्रांस्त्वं पाहि नो यावदिमं युगान्तम् । कालं त्वनावृष्टिहतं सुघोरं यावत्तरामस्तव सुप्रसादात्

Tu es notre refuge, telle une mère, tel un père pour ses enfants. Protège-nous jusqu’à la fin de cet âge, afin que, par ta grande grâce, nous franchissions ce temps terrible, frappé par la sécheresse.

Verse 16

पठन्ति ये स्तोत्रमिदं द्विजेन्द्राः शृण्वन्ति ये चापि नराः प्रशान्ताः । ते यान्ति रुद्रं वृषसंयुतेन यानेन दिव्याम्बरभूषिताश्च

Les meilleurs des deux-fois-nés qui récitent cet hymne, et les hommes au mental apaisé qui l’écoutent aussi—revêtus d’habits divins—se rendent auprès de Rudra sur un char céleste attelé d’un taureau.

Verse 17

ये स्तोत्रमेतत्सततं पठन्ति स्नात्वा तु तोये खलु नर्मदायाः । अन्ते हि तेषां सरिदुत्तमेयं गतिं विशुद्धामचिराद्ददाति

Ceux qui récitent sans cesse cet hymne après s’être baignés dans les eaux de la Narmadā, à la fin de leur vie cette meilleure des rivières leur accorde bientôt une voie pure et sanctifiée.

Verse 18

प्रातः समुत्थाय तथा शयानो यः कीर्तयेतानुदिनं स्तवं च । स मुक्तपापः सुविशुद्धदेहः समाश्रयं याति महेश्वरस्य

Quiconque chante chaque jour cette louange—au matin en se levant ou même en demeurant couché—est délivré des péchés ; l’être entièrement purifié, il atteint le refuge de Maheśvara.