Adhyaya 52
Rudra SamhitaYuddha KhandaAdhyaya 5263 Verses

बाणासुरस्य शङ्करस्तुतिः तथा युद्धयाचनम् | Bāṇāsura’s Praise of Śiva and Petition for Battle

Ce chapitre s’ouvre sur Sanatkumāra, qui présente un épisode supplémentaire visant à manifester la nature suprême de Śiva et son bhakta-vātsalya, l’affection protectrice envers ses dévots. Le récit se tourne vers l’asura Bāṇa : par une danse tāṇḍava, il réjouit Śaṅkara (Śiva, bien-aimé de Pārvatī). Voyant le Seigneur satisfait, Bāṇa s’avance avec révérence, épaules inclinées et mains jointes, et le loue par des épithètes de dévotion : Devadeva, Mahādeva, « joyau de la couronne de tous les dieux ». Il expose ensuite le paradoxe du don : bien que Śiva lui ait accordé mille bras, ce présent devient un fardeau sans adversaire digne. Il se vante d’avoir soumis Yama, Agni, Varuṇa, Kubera et Indra, semant la crainte parmi les puissants, mais sa demande essentielle est la « venue de la guerre », un champ de bataille où ses bras seraient brisés et meurtris par les armes ennemies. Le chapitre met ainsi en place une question éthique : la dévotion et la faveur divine coexistent avec l’orgueil asurique et la soif de violence, préparant l’ordonnancement correctif du conflit par Śiva.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । शृणुष्वान्यच्चरित्रं च शिवस्य परमात्मनः । भक्तवात्सल्यसंगर्भि परमानन्ददायकम्

Sanatkumāra dit : « Écoute encore un autre récit sacré de Śiva, le Soi suprême ; un épisode empreint de Sa tendre compassion pour les dévots et capable d’accorder la béatitude suprême. »

Verse 2

पुरा बाणासुरो नाम दैवदोषाच्च गर्वितः । कृत्वा तांडवनृत्यं च तोषयामास शंकरम्

Dans les temps anciens vivait un asura nommé Bāṇāsura ; par une faute du destin, il devint orgueilleux. Pourtant, en exécutant la danse du Tāṇḍava, il réjouit Śaṅkara (le Seigneur Śiva).

Verse 3

ज्ञात्वा संतुष्टमनसं पार्वतीवल्लभं शिवम् । उवाच चासुरो बाणो नतस्कन्धः कृतांजलिः

Sachant que Śiva—le bien-aimé de Pārvatī—était satisfait en Son cœur, l’asura Bāṇa parla, les épaules inclinées avec humilité et les mains jointes en signe de vénération.

Verse 4

बाण उवाच । देवदेव महादेव सर्वदेवशिरोमणे । त्वत्प्रसादाद्बली चाहं शृणु मे परमं वचः

Bāṇa dit : « Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, joyau au sommet de toutes les divinités ! Par ta grâce, moi aussi je suis puissant. Daigne écouter ma parole suprême. »

Verse 5

दोस्सहस्रं त्वया दत्तं परं भाराय मेऽभवेत् । त्रिलोक्यां प्रतियोद्धारं न लभे त्वदृते समम्

«Le don des mille bras que tu m’as accordé deviendrait pour moi un lourd fardeau. Dans les trois mondes, je ne trouve nul adversaire égal à toi : hors de toi, nul n’est comparable.»

Verse 6

हे देव किमनेनापि सहस्रेण करोम्यहम् । बाहूनां गिरितुल्यानां विना युद्धं वृषध्वज

Ô Seigneur, qu’ai-je besoin même d’un millier (d’auxiliaires) ? Sans même livrer bataille, j’accomplirai cela par mes bras pareils à des montagnes, ô Vṛṣadhvaja, Toi dont l’étendard porte le taureau (Śiva).

Verse 7

कडूंत्या निभृतैदोंर्भिर्युयुत्सुर्दिग्गजानहम् । पुराण्याचूर्णयन्नद्रीन्भीतास्तेपि प्रदुद्रुवुः

Avide de combat, il saisit, de ses bras contenus mais puissants, les éléphants gardiens des directions; et, réduisant même les montagnes antiques en poussière, il s’avança—si bien que les ennemis, saisis d’effroi, prirent eux aussi la fuite.

Verse 8

मया यमः कृतो योद्धा वह्निश्च कृतको महान् । वरुणश्चापि गोपालो गवां पालयिता तथा

«Par moi, Yama fut fait guerrier; et Agni aussi fut rendu grand, comme une puissance majestueuse établie. Varuṇa, lui aussi, devint gardien de troupeau—protecteur et veilleur des vaches.»

Verse 9

गजाध्यक्षः कुबेरस्तु सैरन्ध्री चापि निरृतिः । जितश्चाखंडलो लोके करदायी सदा कृतः

Kubera, seigneur des Guhyakas, fut dompté ; Nirṛti aussi—avec Sairandhrī—fut vaincue. Même Akhaṇḍala (Indra) fut défait dans le monde et contraint de verser un tribut sans relâche.

Verse 10

युद्धस्यागमनं ब्रूहि यत्रैते बाहवो मम । शत्रुहस्तप्रयुक्तश्च शस्त्रास्त्रैर्जर्जरीकृताः

Dis-moi comment cette bataille est advenue—comment se fait-il que mes bras aient été brisés et mis en lambeaux par les armes et les traits lancés de la main de l’ennemi.

Verse 11

पतंतु शत्रुहस्ताद्वा पातयन्तु सहस्रधा । एतन्मनोरथं मे हि पूर्णं कुरु महेश्वर

Que je tombe aux mains de l’ennemi, ou qu’ils me taillent en mille morceaux—ô Maheśvara, accomplis pleinement ce vœu qui est le mien.

Verse 12

सनत्कुमार उवाच । तच्छ्रुत्वा कुपितो रुद्रस्त्वट्टहासं महाद्भुतम् । कृत्वाऽब्रवीन्महामन्युर्भक्तबाधाऽपहारकः

Sanatkumāra dit : À ces paroles, Rudra s’emporta. Puis il laissa éclater un rire prodigieux, tel le tonnerre, et parla—Lui dont la grande colère ôte les tourments infligés à ses dévots.

Verse 13

रुद्र उवाच । धिग्धिक्त्वां सर्वतो गर्विन्सर्वदैत्यकुलाधम । बलिपुत्रस्य भक्तस्य नोचितं वच ईदृशम्

Rudra dit : «Honte à toi—gonflé d’orgueil de toutes parts, le plus vil de tous les clans des Daitya ! De telles paroles ne te conviennent pas, toi qui es dévot et fils de Bali.»

Verse 14

दर्पस्यास्य प्रशमनं लप्स्यसे चाशु दारुणम् । महायुद्धमकस्माद्वै बलिना मत्समेन हि

« Bientôt tu connaîtras l’écrasement, prompt et terrible, de cet orgueil. En vérité, soudain s’élèvera une grande guerre—contre un puissant égal à moi en force. »

Verse 15

तत्र ते गिरिसंकाशा बाहवोऽनलकाष्ठवत् । छिन्ना भूमौ पतिष्यंति शस्त्रास्त्रैः कदलीकृताः

Là, ses bras—immenses comme des montagnes et durs comme du bois à feu—furent tranchés par armes et traits; abattus tels des tiges de bananier, ils tombèrent à terre.

Verse 16

यदेष मानुषशिरो मयूरसहितो ध्वजः । विद्यते तव दुष्टात्मंस्तस्य स्यात्पतनं यदा

Tant que ton étendard—portant une tête humaine et paré de plumes de paon—demeure dressé, ô âme perverse, ta chute est comme retenue; mais lorsque ce signe s’effondrera, alors ta ruine viendra à coup sûr.

Verse 17

स्थापितस्यायुधागारे विना वातकृतं भयम् । तदा युद्धं महाघोरं संप्राप्तमिति चेतसि

Bien que les armes fussent rangées dans l’arsenal, une crainte sans cause s’éleva, comme soulevée par le vent; et dans le cœur l’on sentit : «Voici qu’est venue une bataille des plus terribles».

Verse 18

निधाय घोरं संग्रामं गच्छेथाः सर्वसैन्यवान् । सांप्रतं गच्छ तद्वेश्म यतस्तद्विद्यते शिवः

«Ayant engagé cette guerre effroyable avec toutes tes troupes, va maintenant sans délai vers cette demeure, car c’est là que se trouve Śiva.»

Verse 19

तथा तान्स्वमहोत्पातांस्तत्र द्रष्टासि दुर्मते । इत्युक्त्वा विररामाथ गर्वहृद्भक्तवत्सलः

«Et là, ô esprit mauvais, tu verras aussi ces grands présages funestes, engendrés par tes propres actes.» Ayant parlé ainsi, Celui qui chérit les dévots et brise l’orgueil du cœur se tut.

Verse 20

सनत्कुमार उवाच । तच्छ्रुत्वा रुद्रमभ्यर्च्य दिव्यैरजंलिकुड्मलैः । प्रणम्य च महादेवं बाणश्च स्वगृहं गतः

Sanatkumāra dit : Ayant entendu cela, Bāṇa rendit un culte à Rudra avec des bourgeons divins de la plante ajamli ; puis, s’étant prosterné devant Mahādeva, Bāṇa retourna dans sa demeure.

Verse 21

कुंभाण्डाय यथावृत्तं पृष्टः प्रोवाच हर्षितः । पर्यैक्षिष्टासुरो बाणस्तं योगं ह्युत्सुकस्सदा

Interrogé par Kumbhāṇḍa, il raconta avec joie tout ce qui s’était passé, sans rien altérer. Pendant ce temps, l’asura Bāṇa observait sans cesse cette même discipline yogique, toujours avide de la maîtriser.

Verse 22

अथ दैवात्कदाचित्स स्वयं भग्नं ध्वजं च तम् । दृष्ट्वा तत्रासुरो बाणो हृष्टो युद्धाय निर्ययौ

Puis, par un retournement du destin, un jour on vit que cette bannière s’était brisée d’elle-même. À cette vue, l’asura Bāṇa, transporté de joie, s’avança vers le combat.

Verse 23

स स्वसैन्यं समाहूय संयुक्तः साष्टभिर्गणैः । इष्टिं सांग्रामिकां कृत्वा दृष्ट्वा सांग्रामिकं मधु

Il convoqua sa propre armée et, accompagné des huit gaṇas, accomplit le rite de guerre, le sacrifice de consécration pour la bataille. Puis il contempla le « madhu » du champ de combat, breuvage exaltant préparé pour l’expédition.

Verse 24

ककुभां मंगलं सर्वं संप्रेक्ष्य प्रस्थितोऽभवत् । महोत्साहो महावीरो बलिपुत्रो महारथः

Après avoir scruté de tous côtés les signes de bon augure, le fils de Bali — grand guerrier de char, plein d’ardeur et de vaillance — se mit en route.

Verse 25

इति हृत्कमले कृत्वा कः कस्मादागमिष्यति । योद्धा रणप्रियो यस्तु नानाशस्त्रास्त्रपारगः

Ainsi, l’ayant établi dans le lotus du cœur, qui—et venant d’où—pourrait s’avancer contre lui ? Car le guerrier qui se plaît au combat et maîtrise maintes armes et traits devient, par là même, imprenable.

Verse 26

यस्तु बाहुसहस्रं मे छिनत्त्वनलकाष्ठवत् । तथा शस्त्रैर्महातीक्ष्णैश्च्छिनद्मि शतशस्त्विह

Quiconque ici tranche mes mille bras comme de simples bois secs de la forêt, celui-là, de même, je le taillerai encore et encore avec des armes d’une acuité terrible.

Verse 27

एतस्मिन्नंतरे कालः संप्राप्तश्शंकरेण हि । यत्र सा बाणदुहिता सुजाता कृतमंगला

Cependant, l’instant fixé par l’ordonnance de Śaṅkara advint. C’était le temps où Sujātā—fille de Bāṇa—se tenait là, rendue propice et entièrement prête pour le rite sacré.

Verse 28

माधवं माधवे मासि पूजयित्वा महानिशि । सुप्ता चांतः पुरे गुप्ते स्त्रीभावमुपलंभिता

Après avoir honoré Mādhava (Viṣṇu) au mois de Mādhava (Vaiśākha), en cette grande nuit elle s’endormit dans les appartements intérieurs, cachés, de la cité ; et à son réveil/à sa découverte, on constata qu’elle avait pris l’état de femme (forme féminine).

Verse 29

गौर्या संप्रेषितेनापि व्याकृष्टा दिव्यमायया । कृष्णात्मजात्मजेनाथ रुदंती सा ह्यनाथवत्

Bien qu’envoyée par Gaurī, elle fut détournée par la māyā divine. Puis, saisie par le petit-fils de Kṛṣṇa, elle pleura comme une âme sans refuge.

Verse 30

स चापि तां बलाद्भुक्त्वा पार्वत्याः सखिभिः पुनः । नीतस्तु दिव्ययोगेन द्वारकां निमिषांतरात्

Et lui, l’ayant outragée par la force, fut de nouveau saisi par les compagnes de Pārvatī et, par leur puissance yogique divine, fut transporté à Dvārakā en l’espace d’un seul battement de paupière.

Verse 31

मृदिता सा तदोत्थाय रुदंती विविधा गिरः । सखीभ्यः कथयित्वा तु देहत्यागे कृतक्षणा

Accablée et brisée par le chagrin, elle se releva alors, pleurant et laissant jaillir maintes paroles de lamentation. Après avoir parlé à ses amies, elle résolut sur-le-champ d’abandonner son corps, l’esprit fixé sur l’acte ultime.

Verse 32

सख्या कृतात्मनो दोषं सा व्यास स्मारिता पुनः । सर्वं तत्पूर्ववृत्तांतं ततो दृष्ट्वा च सा भवत्

Alors, ô Vyāsa, son amie lui rappela de nouveau la faute commise par sa propre résolution; puis, voyant tout le déroulement de ce qui s’était produit auparavant, elle en prit pleinement conscience.

Verse 33

अब्रवीच्चित्रलेखां च ततो मधुरया गिरा । ऊषा बाणस्य तनया कुंभांडतनयां मुने

Alors Uṣā, fille de Bāṇa, s’adressa à Citralekhā d’une voix douce, ô sage; Citralekhā étant la fille de Kumbhāṇḍa.

Verse 34

ऊषोवाच । सखि यद्येष मे भर्ता पार्वत्या विहितः पुरा । केनोपायेन ते गुप्तः प्राप्यते विधिवन्मया

Ūṣā dit : «Ô mon amie, si celui-ci est vraiment l’époux que Pārvatī m’a destiné jadis, par quel moyen puis-je l’obtenir—toi qui le tiens caché—d’une manière juste et conforme au dharma ?»

Verse 35

कस्मिन्कुले स वा जातो मम येन हृतं मनः । इत्युषावचनं श्रुत्वा सखी प्रोवाच तां तदा

Uṣā dit : «De quelle lignée est né celui qui m’a ravi le cœur ?» Entendant ces paroles, sa compagne lui répondit aussitôt.

Verse 36

चित्रलेखोवाच । त्वया स्वप्ने च यो दृष्टः पुरुषो देवि तं कथम् । अहं संमानयिष्यामि न विज्ञातस्तु यो मम

Citralekhā dit : «Ô Déesse, l’homme que tu as vu en songe, comment pourrais-je l’honorer, puisqu’il m’est inconnu ?»

Verse 37

दैत्यकन्या तदुक्ते तु रागांधा मरणोत्सुका । रक्षिता च तया सख्या प्रथमे दिवसे ततः

Quand ces paroles furent prononcées, la fille de l’asura—aveuglée par la passion et prête même à mourir—fut alors protégée par son amie dès ce tout premier jour.

Verse 38

पुनः प्रोवाच सोषा वै चित्रलेखा महामतिः । कुंभांडस्य सुता बाणतनयां मुनिसत्तम

Ô le meilleur des sages, Citralekhā au grand esprit—fille de Kumbhāṇḍa—parla de nouveau à la fille de Bāṇa (Uṣā).

Verse 39

चित्रलेखोवाच । व्यसनं तेऽपकर्षामि त्रिलोक्यां यदि भाष्यते । समानेष्ये नरं यस्ते मनोहर्ता तमादिश

Citralekhā dit : «J’écarterai ta détresse, si elle peut être dite dans les trois mondes. J’amènerai l’homme qui t’a ravi le cœur — dis-moi qui il est.»

Verse 40

सनत्कुमार उवाच । इत्युक्त्वा वस्त्रपुटके देवान्दैत्यांश्च दानवान् । गन्धर्वसिद्धनागांश्च यक्षादींश्च तथालिखत्

Sanatkumāra dit : Ayant ainsi parlé, il consigna ensuite—sur un paquet enveloppé de tissu—les Devas, les Daityas et les Dānavas, ainsi que les Gandharvas, les Siddhas, les Nāgas, et les Yakṣas et autres êtres.

Verse 41

तथा नरांस्तेषु वृष्णीञ्शूरमानकदुंदुभिम् । व्यलिखद्रामकृष्णौ च प्रद्युम्नं नरसत्तमम्

De même, parmi ces hommes, il distingua les Vṛṣṇis—Śūra, Ānakadundubhi, ainsi que Rāma et Kṛṣṇa—et il inscrivit aussi Pradyumna, le meilleur des hommes.

Verse 42

अनिरुद्धं विलिखितं प्राद्युम्निं वीक्ष्य लज्जिता । आसीदवाङ्मुखी चोषा हृदये हर्षपूरिता

Voyant le portrait d’Aniruddha dessiné par Pradyumna, Uṣā fut saisie de pudeur. Le visage baissé, les mots lui manquant, elle demeura le cœur intérieurement comblé de joie.

Verse 43

ऊषा प्रोवाच चौरोऽसौ मया प्राप्तस्तु यो निशि । पुरुषः सखि येनाशु चेतोरत्नं हृतं मम

Uṣā dit : « Amie, l’homme qui est venu à moi dans la nuit est vraiment un voleur, car il a promptement dérobé le joyau de mon cœur. »

Verse 44

यस्य संस्पर्शनादेव मोहिताहं तथाभवम् । तमहं ज्ञातुमिच्छामि वद सर्वं च भामिनि

Par le seul contact de qui suis-je devenu ainsi égaré ? Je veux le connaître. Ô dame rayonnante, dis-moi tout.

Verse 45

कस्यायमन्वये जातो नाम किं चास्य विद्यते । इत्युक्ता साब्रवीन्नाम योगिनी तस्य चान्वयम्

Lorsqu’on lui demanda : « De quelle lignée est-il né, et quel nom porte-t-il ? », la Yoginī énonça alors son nom et déclara aussi sa filiation.

Verse 46

सर्वमाकर्ण्य सा तस्य कुलादि मुनिसत्तम । उत्सुका बाणतनया बभाषे सा तु कामिनी

Ô le plus éminent des sages, après avoir tout entendu sur sa lignée et ses origines, la fille de Bāṇa—avide et saisie d’amour—prit alors la parole.

Verse 47

ऊषोवाच । उपायं रचय प्रीत्या तत्प्राप्त्यै सखि तत्क्षणात् । येनोपायेन तं कांतं लभेयं प्राणवल्लभम्

Uṣā dit : « Ô mon amie, conçois avec tendresse, à l’instant même, un moyen par lequel je puisse l’atteindre — mon bien-aimé, plus cher pour moi que la vie ».

Verse 48

यं विनाहं क्षणं नैकं सखि जीवितुमुत्सहे । तमानयेह सद्यत्नात्सुखिनीं कुरु मां सखि

«Mon amie, sans lui je n’ai pas la force de vivre ne fût-ce qu’un instant. Amène-le ici sur-le-champ, de tout ton effort, et rends-moi heureuse, mon amie».

Verse 49

सनत्कुमार उवाच । इत्युक्ता सा तथा बाणात्मजया मंत्रिकन्यका । विस्मिताभून्मुनिश्रेष्ठ सुविचारपराऽभवत्

Sanatkumāra dit : Ainsi interpellée par la fille de Bāṇa, la jeune fille du ministre fut saisie d’étonnement, ô meilleur des sages, et tourna son esprit vers une réflexion attentive.

Verse 50

ततस्सखीं समाभाष्य चित्रलेखा मनोजवा । बुद्ध्वा तं कृष्णपौत्रं सा द्वारकां गंतुमुद्यता

Puis, après s’être entretenue avec son amie, la prompte Citralekhā—ayant compris qu’il était un petit-fils de Kṛṣṇa—se prépara à se rendre à Dvārakā.

Verse 51

ज्येष्ठकृष्णचतुर्दश्यां तृतीये तु गतेऽहनि । आप्रभातान्मुहूर्ते तु संप्राप्ता द्वारकां पुरीम्

Au jour de caturdaśī, le quatorzième jour lunaire de la quinzaine sombre du mois de Jyeṣṭha, lorsque le troisième jour fut passé, elle parvint à la cité de Dvārakā à un muhūrta juste avant l’aurore.

Verse 52

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहि तायां पंचमे युद्धखण्डे ऊषाचरित्रवर्णनं नाम द्विपञ्चाशत्तमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cinquante-deuxième chapitre, intitulé « Description de l’épisode d’Ūṣā », dans la cinquième section, le Yuddha-khaṇḍa, de la seconde division (Rudra-saṃhitā) du saint Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 53

क्रीडन्नारीजनैस्सार्द्धं प्रपिबन्माधवी मधु । सर्वांगसुन्दरः श्यामः सुस्मितो नवयौवनः

Jouant parmi les femmes, il buvait la douce liqueur Mādhavī. De teint sombre, beau en chacun de ses membres, au sourire délicat, il paraissait dans la fraîcheur d’une jeunesse nouvelle.

Verse 54

ततः खट्वां समारूढमंधकारपटेन सा । आच्छादयित्वा योगेन तामसेन च माधवम्

Alors elle monta sur le brancard funèbre et, par une puissance yogique de nature tamasique, elle recouvrit Mādhava (Viṣṇu) d’un rideau de ténèbres, voilant sa perception.

Verse 55

ततस्सा मूर्ध्नि तां खट्वां गृहीत्वा निमिषांतरात् । संप्राप्ता शोणितपुरं यत्र सा बाणनंदिनी

Puis, prenant cette civière et la posant sur sa tête, elle parvint à Śoṇitapura en l’espace d’un battement de paupières, là où demeurait la fille bien-aimée de Bāṇa.

Verse 56

कामार्ता विविधान्भावाञ्चकारोन्मत्तमानसा । आनीतमथ तं दृष्ट्वा तदा भीता च साभवत्

Tourmentée par le désir, son esprit devint comme enivré et elle manifesta des sentiments variés. Mais lorsqu’on l’amena devant elle et qu’elle le vit, elle fut alors saisie de crainte.

Verse 57

अंतःपुरे सुगुप्ते च नवे तस्मिन्समागमे । यावत्क्रीडितुमारब्धं तावज्ज्ञातं च तत्क्षणात्

Dans cette rencontre nouvelle, au cœur de l’appartement intérieur soigneusement gardé, à peine avaient-ils commencé leurs jeux d’amour que la chose fut connue aussitôt, à l’instant même.

Verse 58

अंतःपुरद्वारगतैर्वेत्रजर्जरपाणिभिः । इंगितैरनुमानैश्च कन्यादौःशील्यमाचरन्

Se tenant au seuil des appartements intérieurs, les serviteurs—tenant bâtons et matraques en main—par signes et déductions prudentes, se comportèrent de façon à éprouver et à discerner le caractère et la conduite de la jeune fille.

Verse 59

स चापि दृष्टस्तैस्तत्र नरो दिव्यवपुर्धरः । तरुणो दर्शनीयस्तु साहसी समरप्रियः

Là, ils aperçurent aussi un homme revêtu d’une forme divine et rayonnante — jeune et agréable à contempler, hardi de cœur et épris du champ de bataille.

Verse 60

तं दृष्ट्वा सर्वमाचख्युर्बाणाय बलिसूनवे । पुरुषास्ते महावीराः कन्यान्तःपुररक्षकाः

L’ayant vu, ces grands héros—hommes chargés de garder l’appartement intérieur des jeunes filles—rapportèrent tout à Bāṇa, fils de Bali.

Verse 61

द्वारपाला ऊचुः । देव कश्चिन्न जानीते गुप्तश्चांतःपुरे बलात् । स कस्तु तव कन्यां वै स्वयंग्राहादधर्षयत्

Les gardiens du seuil dirent : «Ô Seigneur, nul ne sait qui il est : par la force il s’est frayé un passage et, caché, demeure dans l’appartement intérieur. Qui donc est celui qui, de ses propres mains, a saisi ta fille et a transgressé la bienséance ?»

Verse 62

दानवेन्द्र महाबाहो पश्यपश्यैनमत्र च । यद्युक्तं स्यात्तत्कुरुष्व न दुष्टा वयमित्युत

«Ô seigneur des Dānavas, toi aux bras puissants, regarde, regarde-le ici ! Fais ce qui est juste et convenable. En vérité, nous ne sommes point des méchants», dirent-ils.

Verse 63

सनत्कुमार उवाच । तेषां तद्वचनं श्रुत्वा दानवेन्द्रो महाबलः । विस्मितोभून्मुनिश्रेष्ठ कन्यायाः श्रुतदूषणः

Sanatkumāra dit : «Entendant leurs paroles, le puissant seigneur des Dānavas fut saisi d’étonnement, ô meilleur des sages, car il avait entendu des propos dénigrants au sujet de la jeune fille.»

Frequently Asked Questions

Bāṇāsura pleases Śiva through a tāṇḍava dance and, after offering reverential praise, petitions Śiva for the advent of a war with worthy opponents.

It exposes the ambiguity of empowered devotion: divine gifts (e.g., a thousand arms) can inflate ego and generate violent craving, prompting Śiva’s role as regulator of śakti and restorer of dharmic equilibrium.

Śiva is emphasized as paramātman, Devadeva/Mahādeva, Pārvatīvallabha (beloved of Pārvatī), and Vṛṣadhvaja—simultaneously accessible through bhakti and supreme over all cosmic authorities.