Adhyaya 49
Rudra SamhitaYuddha KhandaAdhyaya 4943 Verses

शुक्रोत्पत्तिः तथा महेश्वरदर्शनम् (Śukra’s Emergence and the Vision of Maheśvara)

L’Adhyāya 49 s’articule autour d’un épisode de stotra-mantra : Sanatkumāra offre à Śiva une longue salutation, une litanie dense d’épithètes évoquant sa souveraineté, le temps, l’ascèse, les formes terribles et son immanence universelle. L’hymne agit comme un mantravara, et son efficacité se révèle lorsque Śukra surgit miraculeusement de « l’enceinte abdominale » et sort par la voie du liṅga, image d’une naissance prodigieuse et d’une renaissance rituelle sous la gouvernance de Śiva. Gaurī emmène ensuite Śukra afin d’obtenir un fils, et Viśveśvara le façonne en être radieux, sans vieillesse ni mort, resplendissant comme « un second Śaṅkara ». Après trois mille ans sur terre, Śukra est dit renaître de Maheśvara, désormais muni et réceptacle du savoir védique. Le chapitre se tourne alors vers une vision : Śukra contemple Parameśvara, et tout près le daitya Andhaka accomplit un tapas austère, desséché sur une śūla, préparant le cadre du cycle d’Andhaka. Une suite d’épithètes et de descriptions iconographiques (Virūpākṣa, Nīlakaṇṭha, Pinākin, Kapardin, Tripuraghna, Bhairava, etc.) dresse le portrait des formes multiples de Śiva, soulignant sa puissance à la fois terrifiante et salvatrice, sa profondeur yogique et sa seigneurie sur les trois mondes.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । ॐ नमस्ते देवेशाय सुरासुरनम स्कृताय भूतभव्यमहादेवाय हरितपिगललोचनाय बलाय बुद्धिरूपिणे वैयाघ्रवसनच्छदायारणेयाय त्रैलोक्यप्रभवे ईश्वराय हराय हरितनेत्राय युगान्तकरणायानलायगणेशायलोकपालाय महाभुजायमहाहस्ताय शूलिने महादंष्ट्रिणे कालाय महेश्वरायअव्ययाय कालरूपिणे नीलग्रीवाय महोदराय गणाध्यक्षाय सर्वात्मने सर्वभावनाय सर्वगाय मृत्युहंत्रे पारियात्रसुव्रताय ब्रह्मचारिणे वेदान्त गाय तपोंतगाय पशुपतये व्यंगाय शूलपाणये वृषकेतवे हरये जटिने शिखंडिने लकुटिने महायशसे भूतेश्वराय गुहावासिने वीणा पणवतालंबते अमराय दर्शनीयाय बालसूर्यनिभाय श्मशानवासिने भगवते उमापतये अरिन्दमाय भगस्याक्षिपातिने पूष्णोर्दशननाशनाय कूरकर्तकाय पाशहस्ताय प्रलयकालाय उल्कामुखायाग्निकेतवे मुनये दीप्ताय विशांपतये उन्नयते जनकाय चतुर्थकाय लोक सत्तमाय वामदेवाय वाग्दाक्षिण्याय वामतो भिक्षवे भिक्षुरूपिणे जटिने स्वयंजटिलाय शक्रहस्तप्रतिस्तंभकाय वसूनां स्तंभाय क्रतवे क्रतुकराय कालाय मेधाविने मधुकराय चलाय वानस्पत्याय वाजसनेति समाश्रमपूजिताय जगद्धात्रे जगत्कर्त्रे पुरुषाय शाश्वताय ध्रुवाय धर्माध्यक्षाय त्रिवर्त्मने भूतभावनाय त्रिनेत्राय बहुरूपाय सूर्यायुतसमप्रभाय देवाय सर्वतूर्यनिनादिने सर्वबाधाविमोचनाय बंधनाय सर्वधारिणे धर्म्मोत्तमाय पुष्पदंतायापि भागाय मुखाय सर्वहराय हिरण्यश्रवसे द्वारिणे भीमाय भीमपराक्रमाय ओंनमो नमः । सनत्कुमार उवाच । इमं मन्त्रवरं जप्त्वा शुक्रो जठरपंजरात् । निष्क्रान्तो लिंगमार्गेण शंभोश्शुक्रमिवोत्कटम्

Sanatkumāra dit : « Oṁ, salutations à Toi, Seigneur des dieux — vénéré par les devas et les asuras — Mahādeva qui est le fondement du passé et du futur... Après avoir répété cet excellent mantra, Śukra sortit de la prison du ventre, émergeant par le chemin du Liṅga — puissant, comme la semence même de Śambhu. »

Verse 2

गौर्या गृहीतः पुत्रार्थं विश्वेशेन ततः कृतः । अजरश्चामरः श्रीमान्द्वितीय इव शंकरः

Afin d'obtenir un fils, il fut accepté par Gaurī ; puis il fut façonné par Viśveśa (le Seigneur Śiva). Il devint éternel et immortel, rayonnant d'une splendeur de bon augure — comme un second Śaṅkara lui-même.

Verse 3

त्रिभिर्वर्षसहस्रैस्तु समतीतैर्महीतले । महेश्वरात्पुनर्जातः शुक्रो वेदनिधिर्मुनिः

Après que trois mille ans se soient écoulés sur la terre, le sage Śukra — un océan de connaissances védiques — naquit à nouveau par la grâce et la puissance de Maheśvara (le Seigneur Śiva).

Verse 4

ददर्श शूले संशुष्कं ध्यायंतं परमेश्वरम् । अंधकं धैर्यसद्वन्यदानवेशं तपस्विनम्

Il vit Andhaka—seigneur des Dānavas—desséché par l’austérité, ferme dans le courage, assis sur le trident, absorbé dans la méditation de Parameśvara (le Seigneur Śiva), vivant tel un ascète des forêts et rayonnant de la puissance du tapas.

Verse 5

महादेवं विरूपाक्षं चन्द्रार्द्धकृतशेखरम् । अमृतं शाश्वतं स्थाणुं नीलकंठं पिनाकिनम्

Je me prosterne devant Mahādeva—Virūpākṣa, dont la cime est parée du demi-lune ; l’Immortel et l’Éternel ; Sthāṇu, le Seigneur inébranlable ; Nīlakaṇṭha, à la gorge bleue ; et Pinākin, porteur de l’arc Pināka.

Verse 6

वृषभाक्षं महाज्ञेयं पुरुषं सर्वकामदम् । कामारिं कामदहनं कामरूपं कपर्दिनम्

Je prends refuge en ce Seigneur au drapeau du Taureau, le Suprême qu’il faut connaître en vérité : Puruṣa, dispensateur de tous les buts légitimes. Il est l’ennemi de Kāma, celui qui brûle le désir ; pourtant il revêt la forme qu’on implore, et il est Kapardin, porteur des mèches emmêlées.

Verse 7

विरूपं गिरिशं भीमं स्रग्विणं रक्तवाससम् । योगिनं कालदहनं त्रिपुरघ्नं कपालिनम्

Ils virent le Seigneur des montagnes, à la forme merveilleuse et terrifiante, paré de guirlandes et vêtu de rouge ; le grand Yogin qui consume même Kāla (le Temps/la Mort), le Tueur de Tripura, l’ascète porteur de crâne (Kapālin) — Śiva lui-même.

Verse 8

गूढव्रतं गुप्तमंत्रं गंभीरं भावगोचरम् । अणिमादिगुणाधारत्रिलोक्यैश्वर्य्यदायकम्

C’est un vœu caché et un mantra secret—profond, accessible par la dévotion intérieure. Il est le support des pouvoirs commençant par aṇimā, et il confère souveraineté et prospérité dans les trois mondes.

Verse 9

वीरं वीरहणं घोरं विरूपं मांसलं पटुम् । महामांसादमुन्मत्तं भैरवं वै महेश्वरम्

Il est le héros et le pourfendeur des héros—terrible, saisissant de majesté, au-delà de toute apparence ordinaire; au corps puissant et d’une capacité suprême. Il est le Grand Dévoreur de toute chair (de toute existence incarnée), enivré de sa propre puissance sans bornes—Bhairava assurément, Maheśvara, le Grand Seigneur.

Verse 10

त्रैलोक्यद्रावणं लुब्धं लुब्धकं यज्ञसूदनम् । कृत्तिकानां सुतैर्युक्तमुन्मत्तकृत्तिवाससम्

Il était la terreur capable d’ébranler les trois mondes : avide, chasseur par nature, et destructeur des sacrifices (yajña). Il était accompagné des fils des Kṛttikās et apparaissait en délire, revêtu d’un vêtement de peau.

Verse 11

गजकृत्तिपरीधानं क्षुब्धं भुजगभूषणम् । दद्यालंबं च वेतालं घोरं शाकिनिपूजितम्

Il portait une peau d’éléphant pour vêtement, et sur son corps agité les serpents faisaient office d’ornements. Un Vetāla terrifiant l’accompagnait, tout proche comme suspendu—vénéré par les Śākinīs—révélant l’aspect redoutable et farouche de Śiva.

Verse 12

अघोरं घोरदैत्यघ्नं घोरघोषं वनस्पतिम् । भस्मांगं जटिलं शुद्धं भेरुंडशतसेवितम्

Je me prosterne devant Śiva—Aghora, la Réalité non redoutable—et pourtant destructeur des terribles cohortes de démons ; dont le rugissement tonnant est effrayant ; ferme tel l’arbre seigneurial de la forêt ; dont les membres sont sanctifiés par la cendre sacrée (bhasma) ; aux cheveux en jaṭā, parfaitement pur ; et servi par des centaines d’êtres puissants de nature bhairava.

Verse 13

भूतेश्वरं भूतनाथं पञ्चभूताश्रितं खगम् । क्रोधितं निष्ठुरं चण्डं चण्डीशं चण्डिकाप्रियम्

Il vit le Seigneur des êtres, le Maître de tous les esprits et créatures — Celui qui imprègne les cinq grands éléments — se déplaçant rapidement comme un oiseau ; furieux, inflexible, farouchement terrible : Candesa, le bien-aimé de la déesse Candika.

Verse 14

चण्डं तुंगं गरुत्मंतं नित्यमासवभोजनम् । लेलिहानं महारौद्रं मृत्युं मृत्योरगोचरम्

Il est féroce et exalté, ailé d'une rapidité irrésistible, consommant sans cesse l'essence enivrante ; la langue tirée dans une colère ardente — Il est la Mort elle-même, et pourtant hors de portée de la mort.

Verse 15

मृत्योर्मृत्युं महासेनं श्मशानारण्यवासिनम् । रागं विरागं रागांधं वीतरागशताचितम्

Il est la Mort de la mort elle-même, le chef des grandes armées, Celui qui demeure dans les lieux de crémation et les solitudes des forêts. On le voit comme passion et comme détachement; comme celui qu’aveugle la passion et comme celui qu’ornent des centaines d’esprits entièrement sans passion.

Verse 16

सत्त्वं रजस्तमोधर्ममधर्मं वासवानुजम् । सत्यं त्वसत्यं सद्रूपमसद्रूपमहेतुकम्

Il est le principe même de sattva, rajas et tamas; on l’appelle à la fois dharma et adharma, et même le cadet d’Indra. Il est la Vérité, et pourtant au-delà de toute prise de la fausseté; il est la forme réelle et aussi ce qui paraît irréel — le Sans-cause, antérieur à toute cause.

Verse 17

अर्द्धनारीश्वरं भानुं भानुकोटिशतप्रभम् । यज्ञं यज्ञपतिं रुद्रमीशानं वरदं शिवम्

Le dévot contemple Śiva comme Ardhanārīśvara; comme le Soleil dont l’éclat surpasse celui de centaines de millions de soleils; comme le Sacrifice même et le Seigneur du sacrifice; comme Rudra, l’Īśāna suprême, le dispensateur de grâces — Śiva, le Seigneur auspicious.

Verse 18

अष्टोत्तरशतं ह्येतन्मूर्तीनां परमात्मनः । शिवस्य दानवो ध्यायन्मुक्तस्तस्मान्महाभयात्

En vérité, voici les cent huit manifestations du Soi suprême, le Seigneur Śiva. En les contemplant, même l’asura fut délivré de cette grande terreur.

Verse 19

दिव्येनामृतवर्षेण सोऽभिषिक्तः कपर्दिना । तुष्टेन मोचितं तस्माच्छूलाग्रादवरोपितः

Alors Kapardin (le Seigneur Śiva), répandant une pluie divine d’amṛta, l’oignit en consécration. Satisfait, Śiva le relâcha et le fit descendre de la pointe du trident.

Verse 20

उक्तश्चाथ महादैत्यो महेशानेन सोंऽधकः । असुरस्सांत्वपूर्वं यत्कृतं सर्वं महात्मना

Alors le grand Daitya Andhaka fut adressé par Maheśāna (le Seigneur Śiva). L’Asura entendit pleinement tout ce que le Seigneur au grand cœur avait fait et dit auparavant, cherchant d’abord à l’apaiser par de doux conseils.

Verse 21

ईश्वर उवाच । भो भो दैत्येन्द्रतुष्टोऽस्मि दमेन नियमेन च । शौर्येण तव धैर्येण वरं वरय सुव्रत

Īśvara (le Seigneur Śiva) dit : «Ô puissant seigneur des Daityas ! Je suis satisfait de ta maîtrise de toi et de tes observances, ainsi que de ta vaillance et de ton courage inébranlable. Ô homme aux vœux nobles, choisis une grâce ; demande une grâce.»

Verse 22

आराधितस्त्वया नित्यं सर्वनिर्धूतकल्मषः । वरदोऽहं वरार्हस्त्वं महादैत्येन्द्रसत्तम

Tu m’as adoré sans cesse, et ainsi toutes tes impuretés ont été entièrement effacées. Je suis le dispensateur de grâces ; tu es digne d’une grâce, ô le meilleur parmi les grands seigneurs des Daityas.

Verse 23

प्राणसंधारणादस्ति यच्च पुण्यफलं तव । त्रिभिर्वर्षसहस्रैस्तु तेनास्तु तव निर्वृतिः

Quel que soit le fruit méritoire que tu aies acquis par la discipline du maintien du souffle vital, que par ce mérite soient assurées ta satisfaction et ta paix durant trois mille ans.

Verse 24

सनत्कुमार उवाच । एतच्छ्रुत्वांधकः प्राह वेपमानः कृतांजलिः । भूमौ जानुद्वयं कृत्वा भगवंतमुमापतिम्

Sanatkumāra dit : Ayant entendu cela, Andhaka—tremblant et les paumes jointes en signe de vénération—prit la parole après avoir posé ses deux genoux à terre devant le Bienheureux Umāpati (Śiva), l’Époux d’Umā.

Verse 25

अंधक उवाच । भगवन्यन्मयोक्तोऽसि दीनोदीनः परात्परः । हर्षगद्गदया वाचा मया पूर्वं रणाजिरे

Andhaka dit : « Ô Seigneur, Tu es le Suprême au-delà de tout suprême, et pourtant Tu es compassion même envers l’humble et l’affligé. Jadis, sur le champ de bataille, submergé de joie, je Te parlai d’une voix tremblante, étranglée par l’émotion. »

Verse 26

यद्यत्कृतं विमूढत्वात्कर्म लोकेषु गर्हितम् । अजानता त्वां तत्सर्वं प्रभो मनसि मा कृथाः

Quels que soient les actes blâmables que j’ai accomplis en ce monde par égarement—sans Te connaître véritablement—ô Seigneur, ne les garde pas en Ton esprit contre moi.

Verse 27

पार्वत्यामपि दुष्टं यत्कामदोषात्कृतं मया । क्षम्यतां मे महादेव कृपणो दुःखितो भृशम्

Même envers Pārvatī, quelque acte mauvais que j’aie commis par la faute du désir—ô Mahādeva, veuille me pardonner. Je suis misérable et profondément accablé de chagrin.

Verse 28

दुःखितस्य दया कार्या कृपणस्य विशेषतः । दीनस्य भक्तियुक्तस्य भवता नित्यमेव हि

Tu dois toujours témoigner de compassion envers l’âme accablée de peine—surtout envers l’impuissant et le pauvre ; en vérité, une miséricorde constante doit être accordée par toi au dévot humble, pourvu de bhakti.

Verse 29

सोहं दीनो भक्तियुक्त आगतश्शरणं तव । रक्षा मयि विधातव्या रचितोऽयं मयांजलिः

Moi, bien que misérable, mais pourvu de dévotion, je suis venu chercher refuge auprès de toi. Qu’une protection me soit accordée—vois : j’ai formé cet añjali, les mains jointes en offrande révérencieuse.

Verse 30

इयं देवी जगन्माता परितुष्टा ममोपरि । क्रोधं विहाय सकलं प्रसन्ना मां निरीक्षताम्

«Que cette Déesse—Mère de l’univers—satisfaite de moi, abandonne toute colère et, devenue bienveillante, pose sur moi un regard de grâce.»

Verse 31

क्वास्याः क्रोधः क्व कृपणो दैत्योऽहं चन्द्रशेखर । तत्सोढा नाहमर्द्धेन्दुचूड शंभो महेश्वर

«Où est sa colère, et où suis-je—moi, misérable Daitya—, ô Candraśekhara ? Je ne puis la supporter. Ô Śambhu, ô Maheśvara, Seigneur dont le croissant de lune est le diadème !»

Verse 32

क्व भवान्परमोदारः क्व चाहं विवशीकृतः । कामक्रोधादिभिर्दोषैर्जरसा मृत्युना तथा

Où es-Tu, suprêmement noble et généreux, et où suis-je, réduit à l’impuissance ? Je suis dominé par des fautes telles que le désir et la colère, ainsi que par la vieillesse et la mort.

Verse 33

अयं ते वीरकः पुत्रो युद्धशौंडो महाबलः । कृपणं मां समालक्ष्य मा मन्युवशमन्वगाः

Voici ton fils héroïque, aguerri au combat et d’une force immense. En me voyant dans cet état pitoyable, ne te laisse pas asservir par la colère.

Verse 34

तुषारहारशीतांशुशंखकुन्देन्दुवर्ण भाक् । पश्येयं पार्वतीं नित्यं मातरं गुरुगौरवात्

Par révérence envers le Guru et le poids de sa sainte autorité, puisse-je contempler sans cesse la Mère Pārvatī—dont la teinte est celle d’une guirlande de neige, du rayon frais de la lune, de la conque sacrée, du jasmin et de l’orbe lunaire.

Verse 35

नित्यं भवद्भ्यां भक्तस्तु निर्वैरो दैवतैः सह । निवसेयं गणैस्सार्द्धं शांता त्मा योगचिंतकः

«Toujours dévot envers Vous deux, et sans hostilité même envers les autres dieux, puissé-je demeurer avec les gaṇas—le cœur apaisé et ferme dans la contemplation du Yoga.»

Verse 36

मा स्मरेयं पुनर्जातं विरुद्धं दानवोद्भवम् । त्वत्कृपातो महेशान देह्येतद्वरमुत्तमम्

Ô Maheśāna, par Ta grâce, que je ne me souvienne plus jamais—ni ne sois ramené—à la renaissance née de l’opposition démoniaque. Accorde-moi cette grâce suprême.

Verse 37

सनत्कुमार उवाच । एतावदुक्त्वा वचनं दैत्येन्द्रो मौनमास्थितः । ध्यायंस्त्रिलोचनं देवं पार्वतीं प्रेक्ष्य मातरम्

Sanatkumāra dit : Après avoir prononcé ces paroles, le seigneur des Daityas demeura silencieux. Il médita sur le Dieu aux trois yeux (Śiva) et, voyant Pārvatī comme la Mère, il fixa sur elle sa conscience.

Verse 38

ततो दृष्टस्तु रुद्रेण प्रसन्नेनैव चक्षुषा । स्मृतवान्पूर्ववृत्तांतमात्मनो जन्म चाद्भुतम्

Alors, lorsque Rudra le regarda de ses yeux paisibles et bienveillants, il se souvint aussitôt du déroulement des événements passés—et aussi de la manière merveilleuse de sa propre naissance.

Verse 39

तस्मिन्स्मृते च वृत्तांते ततः पूर्णमनोरथः । प्रणम्य मातापितरौ कृतकृत्योऽभवत्ततः

Lorsque ce récit fut ainsi rappelé, son désir intérieur s’accomplit pleinement. S’inclinant devant sa mère et son père, il sentit ensuite que son devoir était accompli.

Verse 40

पार्वत्या मूर्ध्न्युपाघ्रातश्शंकरेण च धीमता । तथाऽभिलषितं लेभे तुष्टाद्बालेन्दुशेखरात्

Lorsque le sage Seigneur Śaṅkara, Celui dont le front est orné du croissant de lune, toucha avec tendresse et respira le sommet de la tête de Pārvatī pour la bénir, Il en fut satisfait ; et de ce Bālenduśekhara réjoui, elle obtint exactement ce qu’elle avait désiré.

Verse 41

एतद्वस्सर्वमाख्यातमन्धकस्य पुरातनम् । गाणपत्यं महादेवप्रसादात्परसौख्यदम्

Ainsi vous ai-je exposé en entier ce récit ancien d’Andhaka : comment, par la grâce de Mahādeva, il obtint l’état de Gaṇa (gaṇapatya), dispensateur de la béatitude suprême.

Verse 42

मृत्युंजयश्च कथितो मंत्रो मृत्युविनाशनः । पठितव्यः प्रयत्नेन सर्वकामफलप्रदः

Ainsi a été proclamé le mantra Mṛtyuñjaya, destructeur de la mort. Il doit être récité avec un effort sincère, car il accorde les fruits de tous les désirs justes.

Verse 49

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां पञ्चमे युद्धखण्डे अंधकगण जीवितप्राप्तिवर्णनं नामैकोनपञ्चाशत्तमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, dans la deuxième section—Rudrasaṃhitā—au sein de la cinquième division, le Yuddhakhaṇḍa, s’achève le quarante-neuvième chapitre intitulé : «Description de la troupe de Gaṇas d’Andhaka retrouvant la vie».

Frequently Asked Questions

Sanatkumāra transmits a powerful Śiva-stotra/mantra whose efficacy is shown through Śukra’s extraordinary emergence and subsequent divine re-fashioning, followed by Śukra’s later rebirth from Maheśvara and the narrative setup for the Andhaka episode.

The ‘liṅga-path’ emergence and the mantravara frame rebirth as a Śaiva sacral transformation: identity and power are reconstituted through Śiva’s mantraic presence, not merely through biological lineage.

Multiple Śiva-forms are foregrounded through epithets—Virūpākṣa, Nīlakaṇṭha, Pinākin, Kapardin, Tripuraghna, Bhairava—presenting Śiva as yogin, time (kāla), cosmic lord, and fierce remover of obstacles to dharma.