Adhyaya 8
Rudra SamhitaSati KhandaAdhyaya 853 Verses

वसन्तस्वरूपवर्णनम् — Description of the Form/Nature of Vasant(a)

L’Adhyāya 8 se déploie sous forme de dialogue : Sūta rapporte la réponse de Nārada après avoir entendu les paroles de Prajāpati Brahmā. Nārada loue Brahmā comme un dévot béni et un révélateur de la vérité suprême, puis demande un récit supplémentaire, explicitement « pavitra » (purificateur), lié à Śiva, destructeur des péchés et source d’auspice. Ses questions deviennent précises : après l’apparition puis le départ de Kāma et de ses compagnons, lorsque survient la sandhyā (le seuil du crépuscule), quelle austérité ou quelle action fut accomplie, et quel en fut le fruit ? Sūta enchaîne avec la réponse de Brahmā : Brahmā invite Nārada à écouter l’heureux récit de la Śiva-līlā, en confirmant sa qualification dévotionnelle. Brahmā avoue qu’il fut auparavant voilé par la māyā de Śiva et entraîné dans une longue réflexion intérieure sous l’effet des paroles de Śambhu ; sous ce voile, il développa de la jalousie envers Śivā (Satī, la śakti de Śiva), et il raconte maintenant ce qui advint. Le titre annonce que l’explication à venir s’organise autour de la nature/manifestation de « Vasanta », inscrivant l’épisode dans une description cosmologique personnifiée qui lit les événements comme le jeu révélateur de Śiva.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य ब्रह्मणो हि प्रजापतेः । प्रसन्नमानसो भूत्वा तं प्रोवाच स नारदः

Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Brahmā, le Prajāpati, Nārada, l’esprit apaisé, lui adressa alors sa réponse.

Verse 2

नारद उवाच । ब्रह्मन् विधे महाभाग विष्णुशिष्य महामते । धन्यस्त्वं शिवभक्तो हि परतत्त्वप्रदर्शकः

Nārada dit : « Ô Brahman, ô Vidhe, Créateur, toi le très fortuné et le très sage, disciple de Viṣṇu ! Tu es vraiment béni, car tu es un dévot de Śiva et celui qui révèle la Réalité suprême. »

Verse 3

श्राविता सुकथा दिव्या शिवभक्तिविवर्द्धिनी । अरुंधत्यास्तथा तस्याः स्वरूपायाः परे भवे

Ainsi fut récité pour elle ce récit divin et de bon augure, qui accroît la dévotion envers le Seigneur Śiva. Et de même, dans une existence ultérieure, Arundhatī l’entendit aussi, elle qui est la re-manifestation de cette même Svarūpā.

Verse 4

इदानीं ब्रूहि धर्मज्ञ पवित्रं चरितं परम् । शिवस्य परपापघ्नं मंगलप्रदमुत्तमम्

À présent, ô connaisseur du Dharma, raconte ce récit suprêmement sacré et sublime du Seigneur Śiva : une histoire sans égale qui détruit même les fautes les plus lourdes et confère l’auspiciosité la plus haute.

Verse 5

गृहीतदारे कामे च दृष्टे तेषु गतेषु च । संध्यायां किं तपस्तप्तुं गतायामभवत्ततः

Quand on vit Kāma emmenant son épouse, puis, après leur départ, quelle place restait-il pour l’ascèse à l’heure du crépuscule ? Une fois ce moment sacré passé, que pouvait-on encore accomplir ?

Verse 6

सूत उवाच । इति श्रुत्वा वचस्तस्य ऋषेर्वै भावितात्मनः । सुप्रसन्नतरो भूत्वा ब्रह्मा वचनमब्रवीत्

Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles de ce ṛṣi, dont l’âme était purifiée et recueillie, Brahmā devint plus encore satisfait, puis il répondit.

Verse 7

ब्रह्मोवाच । शृणु नारद विप्रेन्द्र तदैव चरितं शुभम् । शिवलीलान्वितं भक्त्या धन्यस्त्वं शिवसेवकः

Brahmā dit : «Écoute, ô Nārada, le meilleur des brāhmaṇas, ce récit éminemment propice, empli de la līlā de Śiva et tout imprégné de dévotion. Béni es-tu, serviteur de Śiva.»

Verse 8

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां सतीचरित्रे द्वितीये सतीखंडे वसंतस्वरूपवर्णनं नामाष्टमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au Deuxième Livre, au sein de la Rudra-saṃhitā, dans le récit de Satī, dans la seconde section appelée Satī-khaṇḍa, s’achève le huitième chapitre intitulé «Description de la forme du Printemps».

Verse 9

चिंतयित्वा चिरं चित्ते शिवमायाविमोहितः । शिवे चेर्ष्यामकार्षं हि तच्छ्ृवृणुष्व वदामि ते

Après avoir longtemps médité en mon cœur, égaré par la Māyā de Śiva, je devins en vérité jaloux de Śiva. Écoute donc ; je vais te le dire.

Verse 10

अथाहमगमं तत्र यत्र दक्षादयः स्थिताः । सरतिं मदनं दृष्ट्वा समदोह हि किञ्चन

Puis je me rendis là où Dakṣa et les autres étaient assemblés. En voyant Madana (Kāma), l’aiguillon du désir, je fus quelque peu remué au-dedans.

Verse 11

दक्षमाभाष्य सुप्रीत्या परान्पुत्रांश्च नारद । अवोचं वचनं सोहं शिवमायाविमोहितः

Ô Nārada, après avoir adressé la parole à Dakṣa avec grande affection, ainsi qu’à ses autres fils, moi—abusé par la Māyā de Śiva—je prononçai ces paroles.

Verse 12

ब्रह्मोवाच । हे दक्ष हे मरीच्याद्यास्सुताः शृणुत मद्वचः । श्रुत्वोपायं विधेयं हि मम कष्टापनुत्तये

Brahmā dit : « Ô Dakṣa, ô fils de Marīci et des autres sages, écoutez mes paroles. Après les avoir entendues, mettez en œuvre le remède afin d’ôter ma peine. »

Verse 13

कांताभिलाषमात्रं मे दृष्ट्वा शम्भुरगर्हयत् । मां च युष्मान्महायोगी धिक्कारं कृतवान्बहु

Voyant en moi la moindre trace de désir d’époux, Śambhu me réprimanda ; et ce grand Yogin nous blâma maintes fois, moi comme vous tous.

Verse 14

तेन दुःखाभितप्तोहं लभेहं शर्म न क्वचित् । यथा गृह्णातु कांतां स स यत्नः कार्य एव हि

Brûlée par cette peine, je ne trouve la paix nulle part. C’est pourquoi je dois entreprendre un effort ferme et persévérant afin qu’Il m’accueille comme sa Bien-aimée.

Verse 15

यथा गृह्णातु कांतां स सुखी स्यां दुःखवर्जितः । दुर्लभस्य तु कामो मे परं मन्ये विचारतः

«Puisse ce Bien-aimé m’accueillir pour épouse ; alors je serai heureuse, délivrée de la peine. Pourtant, à y réfléchir, je juge mon désir de L’atteindre—Lui si difficile à obtenir—d’une hauteur extrême.»

Verse 16

कांताभिलाषमात्रं मे दृष्ट्वा शंभुरगर्हयत् । मुनीनां पुरतः कस्मात्स कांतां संग्रहीष्यति

Voyant en moi ne fût-ce qu’une trace de désir d’un bien-aimé, Śambhu m’a réprimandée. Comment donc, en présence même des sages, accepterait-Il une épouse ?

Verse 17

का वा नारी त्रिलोकेस्मिन् या भवेत्तन्मनाः स्थिता । योगमार्गमवज्ञाप्य तस्य मोहं करिष्यति

Quelle femme, dans les trois mondes, pourrait demeurer ferme, l’esprit fixé sur Lui ? En méprisant la voie du yoga, elle ne ferait que susciter pour Lui l’illusion et l’égarement.

Verse 18

मन्मथोपि समर्थो नो भविष्यत्यस्य मोहने । नितांतयोगी रामाणां नामापि सहते न सः

Même Manmatha (Kāma), dieu du désir, ne pourra l’illusionner. Il est un yogin accompli ; il ne supporte même pas le seul nom des femmes comme objet de tentation.

Verse 19

अगृहीतेषुणा चैव हरेण कथमादिना । मध्यमा च भवेत्सृष्टिस्तद्वाचा नान्यवारिता

Si Hari (Viṣṇu), le Primordial, n’a même pas saisi la flèche, comment l’étape intermédiaire de la création pourrait-elle advenir ? Par cette seule parole, toutes les idées contraires sont écartées : la création ne peut avancer sans la volonté directrice du Seigneur.

Verse 20

भुवि केचिद्भविष्यंति मायाबद्धा महासुराः । बद्धा केचिद्धरेर्नूनं केचिच्छंभोरुपायतः

Sur la terre, surgiront certains grands asura, liés par Māyā. Les uns seront assurément entravés par Hari (Viṣṇu), tandis que d’autres seront contenus par les moyens (upāya) de Śambhu (Śiva).

Verse 21

संसारविमुखे शंभौ तथैकांतविरागिणि । अस्मादृते न कर्मान्यत् करिष्यति न संशयः

En Śambhu (Śiva), détourné du saṃsāra, et en celui qui demeure ferme dans le détachement exclusif—en dehors de moi, il n’accomplira aucune autre action ; il n’y a là aucun doute.

Verse 22

इत्युक्त्वा तनयांश्चाहं दक्षादीन् सुनिरीक्ष्य च । सरतिं मदनं तत्र सानंदमगदं ततः

Ayant ainsi parlé, je considérai avec soin mes fils—Dakṣa et les autres. Puis, sur-le-champ, dans la joie, je mis en mouvement Madana (Kāma), le cocher, et poursuivis ma route.

Verse 23

ब्रह्मोवाच । मत्पुत्र वर काम त्वं सर्वथा सुखदायकः । मद्वचश्शृणु सुप्रीत्या स्वपत्न्या पितृवत्सल

Brahmā dit : «Ô Kāma, mon noble fils, tu es véritablement dispensateur de bonheur en toute manière. Écoute mes paroles avec joie, toi qui chéris ton épouse avec une tendresse de père».

Verse 24

अनया सहचारिण्या राजसे त्वं मनोभव । एषा च भवता पत्या युक्ता संशोभते भृशम्

Ô Manobhava (Kāma), avec cette compagne à tes côtés tu brilleras d’un éclat royal ; et elle aussi, unie à toi comme épouse et toi comme époux, paraîtra d’une radiance extrême.

Verse 25

यथा स्त्रिया हृषीकेशो हरिणा सा यथा रमा । क्षणदा विधुना युक्ता तया युक्तो यथा विधुः

De même que Hṛṣīkeśa (Viṣṇu) demeure à jamais uni à Śrī (Lakṣmī), et que Śrī demeure à jamais unie à Hari ; de même que la nuit est jointe à la lune et la lune à la nuit — ainsi le Couple divin est inséparable, chacun demeurant dans la présence de l’autre.

Verse 26

तथैव युवयोश्शोभा दांपत्यं च पुरस्कृतम् । अतस्त्वं जगतः केतुर्विश्वकेतुर्भविष्यसि

Ainsi, l’éclat de vous deux et la gloire de votre vie conjugale seront placés au premier rang. C’est pourquoi tu deviendras l’étendard du monde—l’étendard universel—révélant à tous les êtres la voie de bon augure.

Verse 27

जगद्धिताय वत्स त्वं मोहयस्व पिनाकिनम् । यथाशु सुमनश्शंभुः कुर्य्याद्दारप्रतिग्रहम्

Pour le bien du monde, enfant chérie, fais descendre ton envoûtement divin (mohā) sur Pinākin (Śiva), afin que Śambhu, au cœur de bon augure, accepte promptement une épouse en mariage.

Verse 28

विजने स्निग्धदेशे तु पर्वतेषु सरस्सु च । यत्रयत्र प्रयातीशस्तत्र तत्रानया सह

Dans des lieux retirés et doux—sur les montagnes et près des lacs—partout où le Seigneur se rendait, là aussi Il allait avec elle.

Verse 29

मोहय त्वं यतात्मानं वनिताविमुखं हरम् । त्वदृते विद्यते नान्यः कश्चिदस्य विमोहकः

Tu dois enchanter Hara, dont l’esprit est maîtrisé et qui demeure indifférent aux femmes. En dehors de toi, nul autre ne peut l’illusionner.

Verse 30

भूते हरे सानुरागे भवतोपि मनोभव । शापोपशांतिर्भविता तस्मादात्महितं कुरु

Ô Manobhava (Kāma), lorsque Hari (Viṣṇu) deviendra plein d’amour envers Bhūta (Śiva), même pour toi adviendra l’apaisement de la malédiction. Fais donc ce qui est réellement salutaire pour toi-même.

Verse 31

सानुरागो वरारोहां यदीच्छति महेश्वरः । तदा भवोपि योग्यार्यस्त्वां च संतारयिष्यति

Ô noble dame à l’élévation gracieuse, si Maheshvara te désire avec un amour dévot, alors Bhava aussi—digne et noble—te fera assurément traverser au-delà de tout obstacle et de tout lien du monde.

Verse 32

तस्माज्जायाद्वितीयस्त्वं यतस्व हरमोहने । विश्वस्य भव केतुस्त्वं मोहयित्वा महेश्वरम्

Ainsi, toi—comme une seconde épouse—efforce-toi de troubler Hara. Après avoir illusionné Mahādeva, deviens l’étendard et le signe de tout cet univers.

Verse 33

ब्रह्मोवाच । इति श्रुत्वा वचो मे हि जनकस्य जगत्प्रभोः । उवाच मन्मथस्तथ्यं तदा मां जगतां पतिम्

Brahmā dit : «Ayant ainsi entendu mes paroles—adressées au Père, Seigneur de l’univers—Manmatha s’adressa alors à moi, seigneur des êtres, en des mots vrais et convenables.»

Verse 34

मन्मथ उवाच । करिष्येहं तव विभो वचनाच्छंभुमोहनम् । किं तु योषिन्महास्त्रं मे तत्कांतां भगवन् सृज

Manmatha dit : «Ô Seigneur tout-puissant, sur ton ordre j’essaierai d’ensorceler Śambhu (Śiva). Mais mon arme suprême est le charme féminin ; aussi, ô Bienheureux, crée pour moi cette jeune fille bien-aimée, afin que je puisse l’employer.»

Verse 35

मया संमोहिते शंभो यया तस्यानुमोहनम् । कर्तव्यमधुना धातस्तत्रोपायं परं कुरु

«Ô Śambhu, j’ai été moi-même troublé par cette puissance même par laquelle son trouble devra s’accomplir davantage. Ô Dhātṛ (Brahmā), fais maintenant ce qui doit être fait : conçois pour cela le moyen suprême.»

Verse 36

ब्रह्मोवाच । एवंवादिनि कंदर्पे धाताहं स प्रजापतिः । कया संमोहनीयोसाविति चिंतामयामहम्

Brahmā dit : «Lorsque Kandarpa (Kāma) parla ainsi, moi—Dhātā, le Prajāpati—je me mis à réfléchir : “Par quel moyen pourra-t-il être troublé et amené sous contrôle ?”»

Verse 37

चिंताविष्टस्य मे तस्य निःश्वासो यो विनिस्सृतः । तस्माद्वसंतस्संजातः पुष्पव्रातविभूषितः

Comme j’étais accablé par cette inquiétude, le souffle qui s’échappa de moi—de ce souffle naquit le Printemps, paré de multitudes de fleurs.

Verse 38

शोणराजीवसंकाशः फुल्लतामरसेक्षणः । संध्योदिताखंडशशिप्रतिमास्यस्सुनासिकः

Il resplendissait tel un lotus cramoisi; ses yeux étaient comme des lotus pleinement épanouis. Son visage ressemblait à la pleine lune, sans défaut, se levant au crépuscule, et son nez était d’une belle harmonie—forme saguṇa digne de contemplation, gloire manifeste de Śiva.

Verse 39

शार्ङ्गवच्चरणावर्त्तश्श्यामकुंचितमूर्द्धजः । संध्यांशुमालिसदृशः कुडलद्वयमंडितः

Ses pieds se courbaient avec grâce comme un arc; ses cheveux sombres, bouclés, étaient rassemblés sur sa tête. Resplendissant telle une guirlande de rayons du crépuscule, il portait une paire de boucles d’oreilles—révélant la majesté saguṇa de Śiva, dont la forme attire l’âme liée vers la bhakti et la délivrance.

Verse 40

प्रमत्तेभगतिः पीनायतदोरुन्नतांसकः । कंबुग्रीवस्सुविस्तीर्णहृदयः पीनसन्मुखः

Il avançait avec la démarche majestueuse d’un éléphant enivré; ses bras étaient longs et puissants, ses épaules larges et hautes, son cou pareil à une conque, sa poitrine vaste, et son visage plein et beau.

Verse 41

सर्वांगसुन्दरः श्यामस्सम्पूर्णस्सर्वलक्षणैः । दर्शनीयतमस्सर्वमोहनः कामवर्द्धनः

Il était beau en chacun de ses membres, de teint sombre, et parfait, doté de tous les signes de bon augure. Le plus délicieux à contempler, il enchantait tous les êtres et faisait croître la puissance de l’amour—l’élan de la bhakti—dans tous les cœurs.

Verse 42

एतादृशे समुत्पन्ने वसंते कुसुमाकरे । ववौ वायुस्सुसुरभिः पादपा अपि पुष्पिताः

Quand advint un tel printemps—saison prodigue en fleurs—une brise richement parfumée se mit à souffler, et les arbres eux aussi étaient en pleine floraison.

Verse 43

पिका विनेदुश्शतशः पंचमं मधुरस्वनाः । प्रफुल्लपद्मा अभवन्सरस्यः स्वच्छपुष्कराः

Des centaines de coucous se mirent à chanter, d’une voix douce et sonore sur la cinquième note. Les lacs s’ornèrent de lotus en pleine floraison ; leurs eaux devinrent limpides et leurs bassins de lotus rayonnèrent — transformation de bon augure de la nature, tandis que se déployait le récit divin de Śiva.

Verse 44

तमुत्पन्नमहं वीक्ष्य तदा तादृशमुत्तमम् । हिरण्यगर्भो मदनमगदं मधुरं वचः

Le voyant ainsi, nouvellement manifesté dans cette forme des plus excellentes, moi—Hiraṇyagarbha (Brahmā)—prononçai des paroles suaves, remède destiné à apaiser le trouble de l’amour.

Verse 45

ब्रह्मोवाच एवं स मन्मथनिभस्सदा सहचरोभवत् । आनुकूल्यं तव कृतः सर्वं देव करिष्यति

Brahmā dit : « Ainsi, lui—beau comme Manmatha—devint ton compagnon constant. Rendu favorable à ton égard, ô Deva, il accomplira tout pour toi. »

Verse 46

यथाग्नेः पवनो मित्रं सर्वत्रोपकरिष्यति । तथायं भवतो मित्रं सदा त्वामनुयास्यति

De même que le vent est l’ami du feu et l’assiste partout, de même cet ami qui est le tien te suivra toujours et te servira sans cesse.

Verse 47

वसंतेरंतहेतुत्वाद्वसंताख्यो भवत्वयम् । तवानुगमनं कर्म तथा लोकानुरञ्जनम्

Puisque tu es la cause de la joie intime du printemps, que celui-ci soit connu sous le nom de « Vasanta ». Ta tâche assignée sera de suivre Ses pas et de réjouir les mondes.

Verse 48

असौ वसंतशृंगारो वासंतो मलयानिलः । भवेत्तु सुहृदो भावस्सदा त्वद्वशवर्त्तिनः

Puisse cette beauté du printemps—ce souffle vernal venu du Malaya—devenir à jamais une présence amie et de bon augure, se mouvant toujours sous ta grâce bienveillante.

Verse 49

विष्वोकाद्यास्तथा हावाश्चतुष्षष्टिकलास्तथा । रत्याः कुर्वंतु सौहृद्यं सुहृदस्ते यथा तव

Que Viśvokā et les autres jeunes déesses, ainsi que les gestes de l’amour et les soixante-quatre arts de Ratī, fassent croître envers toi une amitié tendre, afin qu’elles deviennent tes bienveillantes, comme elles te sont dévouées.

Verse 50

एभिस्सहचरैः काम वसंत प्रमुखैर्भवान् । मोहयस्व महादेवं रत्या सह महोद्यतः

Ô Kāma, avec ces compagnons—menés par le Printemps—avance avec une grande résolution; avec Ratī, répands ton envoûtement d’illusion sur Mahādeva.

Verse 51

अहं तां कामिनीं तात भावयिष्यामि यत्नतः । मनसा सुविचार्यैव या हरं मोहयिष्यति

Ô bien-aimé, je façonnerai avec effort et j’investirai de puissance cette femme enchanteresse—après mûre délibération en mon esprit—afin qu’elle puisse plonger Hara (le Seigneur Śiva) dans l’illusion.

Verse 52

ब्रह्मोवाच । एवमुक्तो मया कामः सुरज्येष्ठेन हर्षितः । ननाम चरणौ मेऽपि स पत्नी सहितस्तदा

Brahmā dit : Ainsi instruit par moi, Kāma—comblé de joie par le plus éminent des dieux—se prosterna alors même à mes pieds, accompagné de son épouse.

Verse 53

दक्षं प्रणम्य तान् सर्वान्मानसानभिवाद्य च । यत्रात्मा गतवाञ्शंभुस्तत्स्थानं मन्मथो ययौ

Après s’être prosterné devant Dakṣa et avoir salué intérieurement tous les autres, Manmatha (Kāma) se rendit en ce lieu même où Śambhu (le Seigneur Śiva) s’était retiré en son propre Soi, absorbé en lui-même.

Frequently Asked Questions

The chapter frames Brahmā’s narration of an episode following the departure of Kāma and others, focusing on what occurred at sandhyā and how Brahmā—previously deluded by Śiva’s māyā—came to confess jealousy toward Śivā and explain the ensuing Śiva-līlā.

It encodes a theological claim that māyā can veil even creator-deities, while Śiva-kathā and bhakti restore correct vision; jealousy and confusion are treated as symptoms of ontological veiling rather than final spiritual states.

The adhyāya is titled for the ‘form/nature of Vasanta,’ indicating a personified/cosmological manifestation used to organize the narrative and disclose Śiva’s līlā through seasonal or cosmic symbolism.