
Lokakalpanā / The Ordering of the Worlds (Cosmogony and Earth’s Retrieval)
Cet adhyāya présente une suite cosmogonique : au commencement, les eaux primordiales dominent tout et nul monde différencié n’est encore perçu. Dans un cadre narratif de type sūta, l’immobilité proche de la dissolution cède à la manifestation de Brahmā/Nārāyaṇa, être cosmique aux mille yeux et aux mille pieds, demeurant dans les eaux. Un pivot étymologico-théologique est donné : “nāra” signifie les eaux et “ayana” le lieu de repos, d’où le nom Nārāyaṇa. Le propos se tourne ensuite vers l’action délibérée : voyant la Terre submergée, la divinité médite la forme convenable pour la relever et se souvient de l’incarnation de Varāha (le sanglier), apte à se mouvoir dans l’élément aquatique. Le texte décrit la grandeur de Varāha—corps sombre comme un nuage, fracas de tonnerre, éclat de foudre et de feu—puis culmine par sa descente à Rasātala pour soulever la Terre, réaffirmant la stabilité du monde après l’inondation.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे प्रथमे प्रक्रियापदे लोककल्पनं नाम चतुर्थो ऽध्यायः श्रीसूत उवाच आपो ऽग्रे सर्वगा आसन्नेनसिमन्पृथिवीतले / शान्तवातैः प्रलीने ऽस्मिन्न प्राज्ञायत किञ्चन
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la partie antérieure enseignée par Vāyu, au premier prakriyāpada, le quatrième chapitre nommé ‘Lokakalpana’. Śrī Sūta dit : Au commencement, les eaux étaient partout répandues ; sur la surface de la terre il n’y avait nulle limite. Tout étant fondu dans des vents paisibles, rien alors ne pouvait être discerné.
Verse 2
एकार्णवे तदा तस्मिन्नष्टे स्थावरजङ्गमे / विभुर्भवति स ब्रह्मा सहस्राक्षः सहस्रपात्
Lorsque, dans cet océan unique, tout ce qui est immobile et mobile fut anéanti, alors se manifesta le tout-puissant Brahmā, aux mille yeux et aux mille pieds.
Verse 3
सहस्रशीर्षा पुरुषो रुक्मवर्णो ह्यतीन्द्रियः / ब्रह्म नारायणाख्यस्तु सुष्वाप सलिले तदा
Le Puruṣa aux mille têtes, de couleur d’or et au-delà des sens—Brahmā nommé Nārāyaṇa—reposait alors, endormi dans les eaux.
Verse 4
सत्त्वोद्रेकान्निषिद्धस्तु शून्यं लोकमवैक्षत / इमं चोदाहरन्त्यत्रर् श्लोकं नारायणं प्रति
Poussé par l’essor du sattva, il contempla le monde vide; et ici l’on cite ce verset à l’adresse de Nārāyaṇa.
Verse 5
आपो नारा इति प्रोक्ता आपो वै नरसूनवः / अयन तस्य ताःप्रोक्तास्तेन नारायणः स्मृतः
Les eaux sont dites ‘Nārā’, et les eaux mêmes sont tenues pour les fils de Nara; elles sont son ‘ayana’, sa demeure, c’est pourquoi on se souvient de lui comme Nārāyaṇa.
Verse 6
तुल्य युगसहस्रस्य वसन्कालमुपास्यतः / स्वर्णपत्रेप्रकुरुते ब्रह्मत्वादर्शकारणात्
Après avoir demeuré et pratiqué l’adoration durant un temps égal à mille yuga, par la cause de la vision de l’état de Brahmā, il ordonne (la création) sur une feuille d’or.
Verse 7
ब्रह्म तु सलिले तस्मिन्नवाग् भूत्वा तदा चरन् / निशायामिव खद्योतः प्रापृट्काले ततस्ततः
Alors Brahmā, tourné vers le bas, se mouvait dans ces eaux; tel un ver luisant dans la nuit qui scintille çà et là, ainsi au temps du pralaya il errait de lieu en lieu.
Verse 8
ततस्तु सलिले तस्मिन् विज्ञायान्तर्गते महत् / अनुमानादसंमूढो भूमेरद्धरणं प्रति
Puis, ayant reconnu dans ces eaux le grand principe enfoui, Brahmā, sans égarement dans son inférence, se tourna vers le relèvement de la Terre.
Verse 9
ओङ्काराषृतनुं त्वन्यां कल्पादिषु यथा पुरा / ततो महात्मा मनसा दिव्यरूपम चिन्तयत्
Comme jadis, au commencement des kalpas, il prit un autre corps appuyé sur l’Oṁkāra, ainsi le grand Être conçut en son esprit une forme divine.
Verse 10
सलिले ऽवप्लुतां भूमिं दृष्ट्वा स समचिन्तयत् / किं तु रूपमहं कृत्वा सलिलादुद्धरे महीम्
Voyant la Terre submergée dans les eaux, il se dit : «Quelle forme dois-je prendre pour relever cette terre hors des flots ?»
Verse 11
जलक्रीडासमुचितं वाराहं रूपमस्मरत् / उदृश्यं सर्वभूतानां वाङ्मयं ब्रह्मसंज्ञितम्
Alors il se souvint de la forme de Varāha, convenant au jeu dans les eaux : visible à tous les êtres, faite de la Parole sacrée, et connue sous le nom de Brahman.
Verse 12
दशयोजनविस्तीर्णमायतंशतयोजनम् / नीलमेघप्रतीकाशं मेघस्तनितनिःस्वनम्
Large de dix yojanas et long de cent yojanas, il resplendissait tel un nuage bleu et grondait comme le tonnerre des nuées.
Verse 13
महापर्वतवर्ष्माणं श्वेततीक्ष्णोग्रदंष्ट्रिणाम् / विद्युदग्निप्रतिकाशमादित्यसमतेजसम्
D’un corps vaste comme une grande montagne, aux défenses blanches, aiguës et terribles; éclatant comme l’éclair et le feu, d’une splendeur égale au Soleil.
Verse 14
पीनवृत्तायतस्कन्धं विष्णुविक्रमगामि च / पीनोन्नतकटीदेशं वृषलक्षणपूजितम्
Aux épaules pleines, rondes et longues, il avançait d’un pas pareil au vikrama de Vishnou; la taille haute et puissante, honoré par les signes sacrés du Taureau.
Verse 15
आस्थाय रूपमतुलं वाराहममितं हरिः / पृथिव्युद्धरणार्थाय प्रविवेश रसातलम्
Revêtant la forme du Sanglier divin, incomparable et sans mesure, Hari entra dans Rasâtala afin de relever la Terre.
Verse 16
दीक्षासमाप्तीष्टिदंष्ट्रःक्रतुदन्तो जुहूसुखः / अग्निजिह्वो दर्भरोमा ब्रह्मशीर्षो महातपाः
Ses défenses étaient l’iṣṭi qui achève la dīkṣā; ses dents, les kratus; il se réjouissait de la cuillère sacrificielle juhū. Sa langue était Agni, son pelage le darbha, sa tête Brahma : grand ascète au tapas puissant.
Verse 17
वेदस्कन्धो हविर्गन्धिर्हव्यकव्यादिवेगवान् / प्राग्वंशकायो द्युतिमान् नानादीक्षाभिरन्वितः
Il est tel le tronc des Veda, embaumé du parfum du havis, puissant par l’élan des offrandes havya et kavya. De corps issu d’une lignée antique, rayonnant, uni à de nombreuses dīkṣā sacrées.
Verse 18
दक्षिणा त्दृदयो योगी श्रद्धासत्त्वमयो विभुः / उपाकर्मरुचिश्चैव प्रवर्ग्यावर्तभूषणः
Il est le yogin au cœur affermi par la dakṣiṇā, le Souverain fait de śraddhā et de sattva. Il goûte l’upākarman et se pare du tour rituel du pravargya.
Verse 19
नानाछन्दोगतिपथो गुह्योपनिषदासनः / मायापत्नीसहायो वै गिरिशृङ्गमिवोच्छ्रयः
Il suit les voies du mouvement des multiples chandas, et prend pour siège les Upaniṣad secrètes. Avec Māyā pour épouse et soutien, il s’élève tel un sommet de montagne.
Verse 20
अहोरात्रेक्षणाधरो वेदाङ्गश्रुतिभूषणः / आज्यगन्धः स्रुवस्तुण्डः सामघोषस्वनो महान्
Il prend le jour et la nuit pour appui de son regard, et se pare des Vedāṅga et de la Śruti. Il exhale le parfum de l’ājya, porte un museau tel un sruva, et résonne magnifiquement comme le chant du Sāma.
Verse 21
सत्यधर्ममयः श्रीमान् कर्मविक्रमसत्कृतः / प्रायश्चित्तनखो घोरः पशुजानुर्महामखः
Lui, splendide et fait de vérité et de dharma, est honoré pour sa vaillance dans l’acte rituel. L’expiation est comme ses ongles, redoutable est sa majesté; les bêtes sont ses genoux : il est le Mahāmākha, le grand sacrifice lui-même.
Verse 22
उद्गातात्रो होमलिङ्गः फलबीजमहोषधीः / वाद्यन्तरात्मसत्रस्य नास्मिकासो मशोणितः
Là, l’Udgātā fut le signe sacré du homa; fruits, semences et grandes plantes médicinales en furent l’offrande. Dans le sacrifice de l’âme intérieure résonnèrent les instruments, et l’écoulement du nez était comme le sang d’un moustique.
Verse 23
भक्ता यज्ञवराहान्ताश्चापः संप्राविशत्पुनः / अग्निसंछादितां भूमिं समामिच्छन्प्रजापतिम्
Les dévots, parvenus jusqu’au terme du Yajña-Varāha, entrèrent de nouveau dans les eaux; et sur la terre recouverte de feu ils cherchèrent justement Prajāpati.
Verse 24
उपगम्या जुहावैता मद्यश्चाद्यसमन्यसत् / मामुद्राश्च समुद्रेषु नादेयाश्च नदीषु च / पृथक् तास्तु समीकृत्य पृथिव्यां सो ऽचिनोद्गिरीन्
S’étant approchés, ils offrirent les āhuti et disposèrent aussi le madya et la nourriture. Les ‘mā-mudrā’ furent placées dans les mers et les ‘nā-deyā’ dans les fleuves; puis, les rassemblant séparément et les ordonnant, il amoncela des montagnes sur la terre.
Verse 25
प्राक्सर्गे दह्यमानास्तु तदा संवर्तकाग्निना / देनाग्निना विलीनास्ते पर्वता भुवि सर्वशः
Dans la création antérieure, ces montagnes brûlaient alors sous le feu de Saṃvartaka; par ce même feu elles se fondirent sur toute la terre.
Verse 26
सत्यादेकार्णवे तस्मिन् वायुना यत्तु संहिताः / निषिक्ता यत्रयत्रासंस्तत्रतत्राचलो ऽभवत्
Dans l’océan unique nommé Satya, tout ce que le vent avait rassemblé, là où cela fut déversé, là même cela devint acala : une montagne immobile.
Verse 27
ततस्तेषु प्रकीर्णेषु लोकोदधिगिरींस्तथा / विश्वकर्मा विभजते कल्पादिषु पुनः पुनः
Puis, lorsque tout fut épars, Viśvakarmā, au commencement des kalpas, répartit sans cesse les mondes, les océans et les montagnes.
Verse 28
ससमुद्रामिमां पृथ्वीं सप्तद्वीपां सपर्वताम् / भूराद्यांश्चतुरो लोकान्पुनःपुनरकल्पयत्
Il reconstitua, encore et encore, cette terre avec ses mers, ses sept dvīpas et ses montagnes, ainsi que les quatre lokas начиная par Bhūr.
Verse 29
लाकान्प्रकल्पयित्वा च प्रजासर्ग ससर्ज ह / ब्रह्मा स्वयंभूर्भगवाम् सिसृक्षुर्विविधाः प्रजाः
Après avoir établi les lokas, il engendra le prajā-sarga. Le Bhagavān Brahmā, le Svayambhū, voulut créer des êtres de multiples sortes.
Verse 30
ससर्ज सृष्टं तद्रूपं कल्पादिषु यथा पुरा / तस्याभिध्यायतः सर्गं तदा वै बुद्धिपूर्वकम्
Il recréa cette création sous la même forme, au commencement des kalpas, comme jadis. Méditant sur le sarga, il l’établit alors avec intelligence.
Verse 31
प्रधानसमकाले च प्रादुर्भूतस्तमो मयः / तमो मोहो महामोहस्तामिस्रो ह्यन्धसंज्ञितः
Au même moment que le Pradhāna, apparut le principe fait de ténèbres : Tamas, Moha, Mahāmoha, Tāmisra et ce qu’on nomme Andha.
Verse 32
अविद्या पञ्चपर्वैषा प्रादुर्भूता महात्मनः / पञ्चधावस्थितः सर्गो ध्यायत साभिमानिनः
Cette avidyā aux cinq replis surgit du Grand Soi; la création se tint en cinq modes—que ceux qui portent l’ego la méditent.
Verse 33
सर्वतस्तमसा चैव बीजकुंभलतावृताः / बहिरन्तश्चाप्रकाशस्तथानिःसंज्ञ एव च
Ils étaient enveloppés de ténèbres de toutes parts, couverts de semence, de jarre et de liane; sans lumière au dehors comme au dedans, et même sans conscience.
Verse 34
यस्मात्तेषां कृता बुद्धिर् दुःखानि करणानि च / तस्माच्च संवृतात्मानो नगा मुख्याः प्रकीर्तिताः
Car pour eux furent façonnés la buddhi, les souffrances et les organes des sens; ainsi sont-ils célébrés comme des ‘naga’, à l’âme close, et comme les ‘mukhya’, les premiers.
Verse 35
मुख्यसर्गे तदोद्भूतं दृष्ट्वा ब्रह्मात्मसंभवः / अप्रती तमनाः सोथ तदोत्पत्तिममन्यत
Voyant ce qui surgit dans la création principale, Brahmā né du Soi ne fut pas satisfait; alors il estima cette naissance inappropriée.
Verse 36
तस्याभिध्यायतश्चान्यस्तिर्यक्स्रोतो ऽभ्यवर्तत / यस्मात्तिर्यग्विवर्त्तेत तिर्यकस्रोतस्ततः स्मृतः
Tandis qu’il méditait, une autre création, dite Tiryak-srota, se mit en marche; et parce qu’elle se déploie de façon transversale, on s’en souvient sous ce nom.
Verse 37
तमोबहुत्वात्ते सर्वे ह्यज्ञानबहुलाः स्मृताः / उत्पाद्यग्राहिमश्चैव ते ऽज्ञाने ज्ञानमानिनः
Par l’excès de tamas, tous sont tenus pour riches d’ignorance; ils produisent et s’agrippent, et dans l’ignorance même se croient savants.
Verse 38
अहङ्कृता अहंमाना अष्टाविंशद्द्विधात्मिकाः / एकादशन्द्रियविधा नवधात्मादयस्तथा
Nés de l’ahaṃkāra, gonflés de l’orgueil du « moi », ils ont une nature double en vingt-huit formes; ils se déclinent en onze organes des sens, et de même en neuf sortes d’ātman et autres.
Verse 39
अष्टौ तु तारकाद्याश्च तेषां शक्तिवधाः स्मृताः / अन्तः प्रकाशास्ते सर्वे आवृताश्च बहिः पुनः
Ils sont huit, tels Tāraka et les autres, et leurs différences de śakti sont rappelées dans la smṛti; tous brillent au-dedans, mais au-dehors ils sont de nouveau voilés.
Verse 40
तिर्यक् स्रोतस उच्यन्ते वश्यात्मानस्त्रिसंज्ञकाः
On les appelle tiryak-srotas; ils ont une âme docile, et sont désignés par le nom de « trois ».
Verse 41
तिर्यक् स्रोतस्तु सृष्ट्वा वै द्वितीयं विश्वमीश्वरः / अभिप्रायमथोद्भूतं दृष्ट्वा सर्गं तथाविधम्
Après avoir créé les tiryak-srotas, le Seigneur façonna le second univers; puis, voyant cette création ainsi née et son dessein, Il poursuivit.
Verse 42
तस्याभिध्यायतो योन्त्यः सात्त्विकः समजायत / ऊर्द्धस्रोतस्तृतीयस्तु तद्वै चोर्द्धं व्यवस्थितम्
Lorsqu’Il médita, naquit une matrice de nature sattvique. La troisième est dite Urdhvasrota, établie véritablement au-dessus.
Verse 43
यस्मादूर्द्धं न्यवर्तन्त तदूर्द्धस्रोतसंज्ञकम् / ताः सुखं प्रीतिबहुला बहिरन्तश्च वावृताः
Parce qu’ils se tournèrent vers le haut, on les nomma Urdhvasrota. Ils demeuraient dans la félicité, riches de joie aimante, enveloppés au dehors et au dedans.
Verse 44
प्रकाशा बहिरन्तश्च ऊर्द्धस्रोतःप्रजाः स्मृताः / नवधातादयस्ते वै तुष्टात्मानो बुधाः स्मृताः
Les êtres Urdhvasrota sont dits lumineux au dehors comme au dedans. Ce sont les Navadhata et autres, à l’âme comblée, tenus pour sages.
Verse 45
ऊर्द्धस्रोत स्तुतीयो यः स्मृतः सर्वः सदैविकः / ऊर्द्धस्रोतःसु सृष्टेषु देवेषु स तदा प्रभुः
Le troisième, nommé Urdhvasrota, est entièrement divin. Lorsque furent créés les dieux Urdhvasrota, Il était alors le Seigneur souverain.
Verse 46
प्रीतिमानभवद्ब्रह्मा ततो ऽन्यं नाभिमन्यत / सर्गमन्यं सिमृक्षुस्तं साधकं पुनरीश्वरः
Alors Brahma fut rempli de joie et ne considéra nul autre. Puis le Seigneur, désirant une autre création, stimula de nouveau cet accomplisseur.
Verse 47
तस्याभिध्यायतः सर्गं सत्याभिध्यायिनस्तदा / प्रादुर्बभौ भौतसर्गः सोर्वाक् स्रोतस्तु साधकः
Lorsque le contemplateur de la Vérité médita sur la création, alors surgit la création matérielle; c’est le courant ascendant, nommé « sādhaka ».
Verse 48
यस्मात्तेर्वाक्प्रवर्तन्ते ततोर्वाकूस्रोतसस्तु ते / ते च प्रकाशबहुलास्तमस्पृष्टरजोधिकाः
Puisqu’ils s’orientent vers le haut, on les nomme « ūrdhvākū-srotas »; ils sont riches de lumière, intacts du tamas, et dominés par le rajas.
Verse 49
तस्मात्ते दुःखबहुला भूयोभूयश्च कारिमः / प्रकाशा बहिरन्तश्च मनुष्याः साधकाश्च ते
Ainsi sont-ils riches de souffrance et agissent sans cesse par le karma; ces humains sont lumineux au dehors comme au dedans, et sont aussi nommés « sādhaka ».
Verse 50
लक्षणैर्नारकाद्यैस्तैरष्टधा च व्यवस्थिताः / सिद्धात्मानो मनुष्यास्ते गन्धर्वैः सह धर्मिणः
Selon des marques telles que celles des enfers et autres, ils sont établis en huit catégories; ces humains à l’âme accomplie, avec les gandharvas, demeurent dans le dharma.
Verse 51
पञ्चमो ऽनुग्रहः सर्गश्चतुर्द्धा स व्यवस्थितः / विपर्ययेण शक्त्या च सिद्ध मुख्यास्तथैव च
La cinquième création, dite « anugraha-sarga », est établie en quatre: viparyaya, śakti, siddhi, et de même le principal (mukhya).
Verse 52
निवृत्ता वर्तमानाश्च प्रजायन्ते पुनःपुनः / भूतादिकानां सत्त्वानां षष्ठः सर्गः स उच्यते
Les êtres retirés et ceux qui demeurent dans l’existence renaissent sans cesse; telle est dite la sixième création (sarga) des êtres issus des bhūta.
Verse 53
स्वादनाश्चाप्यशीलाश्च ज्ञेया भूतादिकाश्च ते / प्रथमो महतः सर्गो विज्ञेयो ब्रह्मणस्तु सः
Ceux dits ‘svādana’ et aussi ‘aśīla’ doivent être reconnus comme les bhūta et semblables; la première création du Mahat est à comprendre comme la création de Brahmā.
Verse 54
तन्मात्राणां द्वितीयस्तु भूत सर्गः स उच्यते / वैकारिकस्तृतीयस्तु चैद्रियः सर्ग उच्यते
La seconde création est celle des tanmātra, dite création des bhūta; la troisième est la vaikārika, et la création des sens (indriya) est également dite troisième.
Verse 55
इत्येत प्राकृताः सर्गा उत्पन्ना बुद्धिपूर्वकाः / मुख्यसर्गश्च तुर्थस्तु मुख्या वै स्थावराः स्मृताः
Ainsi, ces créations naturelles (prākṛta) naquirent avec la buddhi en avant; la quatrième est la création principale, où les êtres immobiles (sthāvara) sont tenus pour les premiers.
Verse 56
तिर्यक्स्रोतःससर्गस्तु तैर्यग्योन्यस्तु पञ्चमः / तथोर्द्धस्रोतसां सर्गः षष्ठो देवत उच्यते
La création des tiryak-srotas, c’est-à-dire la tairyag-yoni (naissance animale), est la cinquième; et la création des ūrdhva-srotas est la sixième, dite création des dieux (deva).
Verse 57
तत्रोर्द्धस्रोतसां सर्गः सप्तमः स तु मानुषः / अष्टमोनुग्रहः सर्गः सात्त्विकस्तामसश्च सः
Là, la septième création des êtres au courant ascendant est la création humaine. La huitième est la création de l’« anugraha » (grâce), à la fois sāttvique et tāmasique.
Verse 58
पञ्चैते वैकृताः सर्गाः प्राकृताद्यास्त्रयः स्मृताः / प्राकृतो वैकृतश्चैव कौमारो नवमः स्मृतः
Ces cinq créations sont dites vaikṛta ; et les trois qui commencent par la prākṛta sont tenues pour prākṛta. Prākṛta, vaikṛta et kaumāra : on les rappelle comme la neuvième création.
Verse 59
प्रकृता बुद्धिपूर्वास्तु त्रयः सर्गास्तु वैकृताः / दुद्धिबुर्वाः प्रवर्तेयुस्तद्वर्गा ब्राह्मणास्तु वै
Les créations prākṛta précèdent la buddhi ; et trois créations sont dites vaikṛta. Elles se déploient avant la buddhi ; et ce groupe est, en vérité, celui des brāhmaṇa.
Verse 60
विस्तराच्च यथा सर्वे कीर्त्यमानं निबोधत / चतुर्द्धा च स्थितस्सो ऽपि सर्वभूतेषु कृत्स्नशः
Et comprenez, dans le détail, ce qui est ainsi célébré : Il demeure entièrement en tous les êtres, établi en quatre modes.
Verse 61
विपर्ययोण शत्त्या च बुद्ध्या सिद्ध्या तथैव च / स्थावरेषु विपर्यासस्तिर्यग्योनिषु शक्तितः
Par viparyaya, śakti, buddhi et siddhi : ainsi se manifeste-t-Il. Chez les êtres immobiles, Il apparaît comme viparyaya ; chez les naissances animales (tiryaṅ-yoni), comme śakti.
Verse 62
सिद्धात्मानो मनुष्यास्तु पुष्टिर्देवेषु कृत्स्नशः / अथो ससर्ज वै ब्रह्मा मानसानात्मनः समान्
Les hommes à l’âme accomplie reçurent la plénitude de la vigueur parmi tous les dieux; alors Brahmā engendra des fils nés de l’esprit, semblables à Lui.
Verse 63
वैवर्त्येन तु ज्ञानेन निवृत्तास्ते महौ जसः / संबुद्ध्य चैव नामाथो अपवृत्तास्त्रयस्तु ते
Par une connaissance renversée, ces êtres de grande puissance se retirèrent; et, ayant compris le nom, ces trois-là aussi se détournèrent.
Verse 64
असृष्ट्वैव प्रजासर्गंप्रतिसर्गं ततस्ततः / ब्रह्मा तेषु व्यरक्तेषु ततो ऽन्यान्सा धकान्सृजन्
Sans avoir encore produit la création des êtres ni les recréations successives, les voyant détachés, Brahmā engendra alors d’autres ascètes-pratiquants.
Verse 65
स्थानाभिमानिनो देवाः पुनर्ब्रह्मानुशासनम् / अभूतसृष्ट्यवस्था चे स्थानिनस्तान्निबोध मे
Les dieux, fiers de leurs fonctions, acceptèrent de nouveau l’ordonnance de Brahmā; apprends de moi quels furent ces dieux établis aux postes, dans l’état primordial de la création.
Verse 66
आपो ऽग्निः पृथिवी वायुरन्तरिक्षो दिवं तथा / स्वर्गो दिशः समुद्राश्च नद्यश्चैव वनस्पतीन्
Les eaux, le feu, la terre, le vent, l’espace intermédiaire et le ciel; le Svarga, les directions, les océans, les rivières et les végétaux.
Verse 67
औषधीनां तथात्मानो ह्यात्मनो वृक्षवीरुधाम् / लताः काष्ठाः कलाश्चैव मुहूर्ताः संधिरात्र्यहाः
Les plantes médicinales ont aussi leur propre ātman, de même que les arbres et les lianes. Lianes, bois, parts du temps (kalā), muhūrta, et les instants de jonction entre nuit et jour sont aussi (ses formes).
Verse 68
अर्द्धमासाश्च मासाश्च अयनाब्दयुगानि च / स्थाने स्रोतःस्वभीमानाः स्थानाख्याश्चैव ते स्मृताः
La demi-lune, le mois, l’ayana, l’année et le yuga : tous demeurent en leur lieu propre avec une nature de courant; c’est pourquoi on les rappelle aussi sous le nom de ‘sthāna’.
Verse 69
स्थानात्मनः स सृष्ट्वा तु ततो ऽन्यान्स तदासृजत् / देवांश्चैव पितॄंश्चैव यौरिमा वर्द्धिताः प्रजाः
Après avoir d’abord créé l’essence des ‘sthāna’ (stations), il créa ensuite d’autres êtres : les devas et aussi les pitṛ (ancêtres), par lesquels ces créatures furent accrues.
Verse 70
भृग्वङ्गिरा मरीचिश्च पुलस्त्यः पुलहः क्रतुः / दक्षो ऽत्रिश्च वसिष्ठश्च सासृजन्नव मानसान्
Bhṛgu, Aṅgiras, Marīci, Pulastya, Pulaha, Kratu, Dakṣa, Atri et Vasiṣṭha : ces ṛṣi engendrèrent les neuf fils nés du mental (mānasa).
Verse 71
नव ब्रह्माण इत्येते पुराणे निश्चयं गताः / ब्रह्मा यथात्मकानां तु सर्वेषां ब्रह्मयोगिनाम्
On les appelle ‘les neuf Brahmā’ : telle est l’affirmation certaine du Purāṇa. Pour tous les brahmayogin à l’essence d’ātman, ils sont semblables à Brahmā (modèle primordial).
Verse 72
ततो ऽसृजत्पुनर्ब्रह्मा रुद्रं रोषत्मसंभवम् / संकल्पं चैव धर्म च सर्वेषामेव पर्वतौ
Alors Brahmā engendra de nouveau Rudra, né de l’essence de la colère; et il manifesta aussi le Saṅkalpa et le Dharma, appui de tous les êtres.
Verse 73
सो ऽसृजद्व्यवसायं तु ब्रह्मा भूतं सुखात्मकम् / संकल्पाच्चैव संकल्पो जज्ञे सो ऽव्यक्तयोनिनः
Brahmā créa alors le Vyavasāya, être de nature bienheureuse; et du Saṅkalpa naquit le Saṅkalpa, dont la matrice est l’Inmanifesté (Avyakta).
Verse 74
प्राणाद्दक्षो ऽसृजद्वाचं चक्षुर्भ्यां च मरीचिनम् / भृगुश्च हृदयाज्जज्ञे ऋषिः सलिलयोनिनः
Du prāṇa, Dakṣa créa Vāk, la Parole sacrée; des yeux, Marīci; et du cœur naquit le Ṛṣi Bhṛgu, dont la matrice est l’eau.
Verse 75
शिरसश्चाङ्गिराश्चैव श्रोत्रादत्रिस्तथैव च / पुलस्त्यश्च तथोदानाद्व्यानात्तु पुलहस्तथा
De la tête naquit Aṅgiras, et de l’oreille Atri; de même, d’Udāna naquit Pulastya, et de Vyāna naquit Pulaha.
Verse 76
समानतो वसिष्ठश्च ह्यपानान्निर्ममे क्रतुम् / इत्येते ब्रह्मणः श्रेष्ठाः पुत्रा वै द्वादश स्मृताः
De Samāna naquit Vasiṣṭha, et d’Apāna fut formé Kratu; ainsi se souvient-on d’eux comme des douze fils éminents de Brahmā.
Verse 77
धर्मादयः प्रथमजा विज्ञेया ब्रह्ममः स्मृताः / भृग्वादयस्तु ये सृष्टा न च ते ब्रह्मवादिनः
Dharma et les autres nés les premiers doivent être reconnus comme les fils vénérables de Brahmā ; mais Bhṛgu et ceux qui furent créés ne sont pas des proclamateurs du Brahman.
Verse 78
गृहमेधिपुराणास्ते विज्ञेया ब्रह्मणः सुताः / द्वादशैते प्रसूयन्ते सह रूद्रेण च द्विजाः
Ceux qu’on nomme Gṛhamedhi-purāṇa doivent être reconnus comme les fils de Brahmā ; ces douze dvija naissent avec Rudra.
Verse 79
क्रतुः सनत्कुमारश्च द्वावेतावूर्द्धरेतसौ / पूर्वोत्पत्तौ पुरा ह्येतौ सर्वेषामपि पूर्वजौ
Kratu et Sanatkumāra : ces deux-là sont ūrdhva-retas ; dans la création d’autrefois, ils furent vraiment les premiers ancêtres de tous.
Verse 80
व्यतीतौ सप्तमे कल्पे पुराणौ लोकसाधकौ / विरजेते ऽत्र वै लोके तेजसाक्षिप्य चात्मनः
Lorsque le septième kalpa s’est écoulé, ces deux Anciens, artisans du bien du monde, resplendissent en ce monde en y projetant leur propre éclat.
Verse 81
तापुभौ योगधर्माणावारोप्यात्मानमात्मना / प्रजाधर्मं च कामं च वर्तयेते महौजसौ
Ces deux êtres de grande puissance, établissant en eux les lois du Yoga, élèvent l’âme par l’âme même et font agir à la fois le dharma des créatures et le kāma.
Verse 82
यथोत्पन्नस्तथैवेह कुमार इति चोच्यते / ततः सनत्कुमारेति नाम तस्य प्रतिष्ठितम्
Tel qu’il naquit, ainsi fut-il ici nommé « Kumāra » ; dès lors, son nom fut établi comme « Sanatkumāra ».
Verse 83
तेषां द्वादश ते वंशा दिव्या देवगाणान्विताः / क्रियावन्तः प्रजावन्तो महर्षिभिरलङ्कृताः
Leurs douze lignées étaient divines, accompagnées des cohortes de devas ; actives dans les rites, fécondes en descendance et ornées par de grands ṛṣis.
Verse 84
प्राणजांस्तु स दृष्ट्वा वै ब्रह्मा द्वादश सात्त्विकान् / ततो ऽसुरान्पितॄन्देवान्मनुष्यांश्चासृजत्प्रभुः
Voyant ces douze êtres sāttviques nés du souffle vital, le Seigneur Brahmā créa ensuite les asuras, les pitṛs, les devas et les humains.
Verse 85
मुखाद्देवानजनयत् पितॄंश्चैवाथ वक्षसः / प्रजननान्मनुष्यान्वै जघनान्निर्ममे ऽसुरान्
De sa bouche il engendra les devas, et de sa poitrine les pitṛs ; de son organe de génération les humains, et de sa partie inférieure il façonna les asuras.
Verse 86
नक्तं सृजन्पुनर्ब्रह्मा ज्योत्स्नाया मानुषात्मनः / सुधायाश्च पितॄंश्चैव देवदेवः ससर्जह
Puis Brahmā, Dieu des dieux, recréant la nuit, fit naître de la clarté lunaire (jyotsnā) ceux à l’âme humaine, et de l’ambroisie (sudhā) il créa aussi les pitṛs.
Verse 87
मुख्यामुख्यान् मृजन्देवानसुरांश्च ततः पुनः / सनसश्च मनुष्यांश्च पितृवन्महतः पितॄन्
Puis il engendra les dieux, majeurs et mineurs, ainsi que les asura ; et de nouveau il fit naître les Sanasa, les hommes et les grands Pitri, tels de vénérables ancêtres.
Verse 88
विद्युतो ऽशनिमेघांश्च लोहितेन्द्रधनूंषि च / ऋचो यजूंषि सामानि निर्ममे यज्ञसिद्धये
Il créa l’éclair, la foudre et les nuées, ainsi que les arcs-en-ciel rougeoyants ; et pour l’accomplissement du yajña, il composa les hymnes du Ṛg, du Yajus et du Sāma.
Verse 89
उच्चावचानि भूतानि महसस्तस्य जज्ञिरे / ब्रह्मणस्तु प्रजासर्गं देवार्षिपितृमानवम्
De cette grande splendeur naquirent des êtres de toute condition, élevés et humbles ; et la création des créatures de Brahmā se manifesta en dieux, rishis, pitri et humains.
Verse 90
पुनः सृजति भूतानि चराणि स्थावराणि च / यक्षान्पिशाचान् गन्धर्वान्सर्वशो ऽप्सरसस्तथा
De nouveau il crée les êtres mobiles et immobiles ; il engendre les yaksha, les pishacha, les gandharva et, partout, les apsaras.
Verse 91
नरकिन्नररक्षांसि वयः पशुमृगोरगान् / अव्ययं वा व्ययञ्चैव द्वयं स्थावरजङ्गमम्
Il crée les hommes, les kinnara et les rakshasa ; les oiseaux, le bétail, les bêtes sauvages et les serpents ; et aussi le monde double, impérissable et périssable, fait d’immobile et de mobile.
Verse 92
तेषां ते यान्ति कर्माणि प्राक् सृष्टानि स्वयंभुवा / तान्येव प्रतिपद्यन्ते सृज्यमानाः पुनः पुनः
Leurs actes, jadis établis par l’Auto-né, retournent vers leur propre fruit ; et les êtres, recréés sans cesse, retombent encore et encore dans ces mêmes actes.
Verse 93
हिंस्राहिंस्रे मृदुक्रूरे धर्माधर्मौं कृताकृते / तेषामेव पृथक् सूतमविभक्तं त्रयं विदुः
Dans les distinctions—violent et non violent, doux et cruel, dharma et adharma, fait et non fait—les sages reconnaissent en eux un triple « sūta » propre, quoique non séparé.
Verse 94
एतदेवं च नैवं च न चोभे नानुभे तथा / कर्म स्वविषयं प्राहुः सत्त्वस्थाः समदर्शिनः
Ceci est ainsi et pourtant non ainsi ; ce n’est ni les deux, ni même ni-l’un-ni-l’autre ; tel est le propos. Les équanimes, établis dans la sattva, disent que le karma porte fruit dans son propre domaine.
Verse 95
नामात्मपञ्चभूतानां कृतानां च प्रपञ्चताम् / दिवशब्देन पञ्चैते निर्ममे समहेश्वरः
Pour déployer la manifestation du nom, de l’ātman et des cinq éléments déjà créés, le Maheshvara impartial façonna ces cinq par le mot « diva ».
Verse 96
आर्षाणि चैव नामानि याश्च देवेषु सृष्टयः / शर्वर्यां न प्रसूयन्ते पुनस्तेभ्योदधत्प्रभुः
Les noms issus des rishis et les créations parmi les dieux ne naissent pas durant la nuit ; le Seigneur les fait reparaître à nouveau depuis ces mêmes sources.
Verse 97
इत्येवं कारणाद्भूतो लोकसर्गः स्वयंभुवः / महदाद्या विशेषान्ता विकाराः प्राकृताः स्वयम्
Ainsi, de la Cause première naquit la création du monde par le Svayambhū. Du Mahat jusqu’au terme des viśeṣa, toutes les transformations sont, d’elles-mêmes, de nature prakṛtique.
Verse 98
चन्द्रसूर्यप्रभो लोको ग्रहनक्षत्रमण्डितः / नदीभिश्च समुद्रैश्च पर्वतैश्च सहस्रशः
Ce monde resplendit de l’éclat de la lune et du soleil, orné de planètes et d’étoiles; il abonde en rivières, en océans et en milliers de montagnes.
Verse 99
पुरैश्च विविधै रम्यैः स्फीतैर्जनपदैस्तथा / अस्मिन् ब्रह्मवने ऽव्यक्तो ब्रह्मा चरति सर्ववित्
Ce monde est rempli de cités variées et charmantes, ainsi que de contrées prospères. Dans cette forêt de Brahmā, Brahmā l’Inmanifesté, l’Omniscient, chemine.
Verse 100
अव्यक्तबीजप्रभवस्तस्यैवानुग्रहे स्थितः / बुद्धिस्कन्धमयश्चैव इन्द्रियान्तरकोटरः
Il naît de la semence inmanifestée et demeure par la grâce de Celui-là. La buddhi est son tronc, et la cavité intérieure des sens est son creux intime.
Verse 101
महाभूतप्रकाशश्च विशेषैः पत्रवांस्तु सः / धर्माधर्मसुपुष्पस्तु सुखदुःखफलोदयः
Il resplendit de la manifestation des Mahābhūta et porte pour feuilles les viśeṣa. Dharma et adharma en sont les belles fleurs; joie et peine, l’éclosion de ses fruits.
Verse 102
आजीवः सर्वभूतानां ब्रह्मवृक्षः सनातनः / एतद्ब्रह्मवनं चैव ब्रह्मवृक्षस्य तस्य तत्
Le soutien vital de tous les êtres est l’Arbre de Brahman, éternel ; et cette Forêt de Brahman est bien la forêt de cet Arbre de Brahman.
Verse 103
अव्यक्तं कारणं यत्र नित्यं सदसदात्मकम् / प्रधानं प्रकृतिंमायां चैवाहुस्तत्त्वचिन्तकाः
Là où la cause éternelle, de nature être et non-être, demeure non manifestée, les penseurs du tattva l’appellent Pradhāna, Prakṛti et aussi Māyā.
Verse 104
इत्येषो ऽनुग्रहःमर्गो ब्रह्मनैमित्तिकः स्मृतः / अबुद्धिपूर्वकाः सर्गा ब्रह्मणः प्राकृतास्त्रयः
Ainsi ce chemin de grâce est-il tenu pour brahma-naimittika ; et trois sont les créations de Brahmā, d’ordre prakṛta, qui adviennent sans intention de l’intellect.
Verse 105
सुख्यादयस्तु षट् सर्गा वैकृता बुद्धिपूर्वकाः / वैकल्पात्संप्रवर्तन्ते ब्रह्मणस्तेभिमन्यवः
En revanche, les six créations commençant par Sukhyā sont vaikirta et s’accomplissent avec l’intellect ; elles procèdent du saṅkalpa de Brahmā et l’on dit qu’elles sont empreintes d’abhimāna.
Verse 106
इत्येते प्राकृताश्चैव वैकृताश्च नव स्मृताः / सर्गाः परस्परोत्पन्नाः कारणं तु बुधैः स्मृतम्
Ainsi, les créations prakṛta et vaikirta sont au nombre de neuf ; elles naissent les unes des autres, et les sages tiennent cela pour la cause.
Verse 107
मूर्द्धानं वै यस्य वेदा वदन्ति वियन्नाभिश्चन्द्रसूर्यौं च नेत्रे / दिशः श्रोत्रे विद्धि पादौ क्षितिं च सो ऽचिन्त्यात्मा सर्वभूतप्रणेता
Celui dont les Veda disent que la tête est sienne, dont le ciel est le nombril, dont la lune et le soleil sont les yeux, dont les directions sont les oreilles et dont la terre est les pieds : Il est l’Âtman inconcevable, guide de tous les êtres.
Verse 108
वक्त्राद्यस्य ब्राह्मणाः संप्रसूता वक्षसश्चैव क्षत्रियाः पूर्वभागे / वैश्या ऊरुभ्यां यस्य पद्भ्यां च शूद्राःसर्वेवर्णा गात्रतः संप्रसूताः
De sa bouche naquirent les brahmanes ; de l’avant de sa poitrine, les kshatriyas ; de ses cuisses, les vaishyas ; et de ses pieds, les shudras : de son corps procédèrent tous les varna.
Verse 109
नारायणात्परोव्यक्तादण्डमव्यक्तसंज्ञितम् / अण्डजस्तु स्वयं ब्रह्मा लोकास्तेन कृताः स्वयम्
Du principe manifesté, au-delà de Nārāyaṇa, surgit l’Œuf nommé « Avyakta » ; de cet Œuf naquit Brahmā lui-même, et c’est lui qui créa les mondes.
Verse 110
तत्र कल्पान् दशस्थित्वा सत्यं गच्छन्ति ते पुनः / ते लोका ब्रह्मलोकं वै अपरावर्तिनीं गतिम्
Après y demeurer dix kalpa, ils atteignent de nouveau Satyaloka ; ces mondes sont en vérité le Brahmaloka, la voie sans retour.
Verse 111
आधिपत्यं विना ते वै ऐश्वर्येण तु तत्समाः / भवन्ति ब्रह्मणा तुल्या रूपेण विषयेण च
Sans exercer de souveraineté, ils lui sont égaux en puissance et en splendeur ; par la forme et par les objets de jouissance, ils deviennent semblables à Brahmā.
Verse 112
तत्र ते ह्यवतिष्ठन्ते प्रीतियुक्ताः स्वसंयुताः / अवश्यंभाविनार्थेन प्राकृतं तनुते स्वयम्
Là, ils demeurent, unis à la joie aimante et à la maîtrise de soi ; pour une fin inévitable, Il revêt de Lui-même un corps naturel (prakṛta).
Verse 113
नानात्वनाभिसंबध्यास्तदा तत्कालभाविताः / स्वपतो ऽबुद्धिपूर्व हि बोधो भवति वै यथा
Alors, liés à la multiplicité, ils sont façonnés par l’état de ce temps-là ; comme chez celui qui dort : d’abord l’inconscience, puis, assurément, l’éveil de la connaissance.
Verse 114
तत्कालभाविते तेषां तथा ज्ञानं प्रवर्त्तते / प्रत्याहारैस्तु भेदानां तेषां हि न तु शुष्मिणाम्
Chez ceux que façonne l’état de ce temps-là, la connaissance s’éveille ainsi ; la réintégration des différences leur appartient, non aux śuṣmin.
Verse 115
तैश्व सार्धं प्रवर्तन्ते कार्याणि कारणानि च / नानात्वदर्शिनां तेषां ब्रह्मलोकनिवासिनाम्
Avec eux se mettent en marche les effets et les causes ; eux qui voient la multiplicité demeurent au monde de Brahmā (Brahmaloka).
Verse 116
विनिवृत्तविकाराणां स्वेन धर्मेण तिष्ठताम् / तुल्यलक्षण सिद्धास्तु शुभात्मानो निरञ्जनाः
Ceux qui se sont retirés des transformations et demeurent dans leur propre dharma sont des siddha aux signes semblables : âmes bénies et sans tache (nirañjana).
Verse 117
प्राकृते करणोपेताः स्वात्मन्येव व्यवस्थिताः / प्रस्थापयित्वा चात्मानं प्रकृतिस्त्वेष तत्तवतः
Pourvus des organes de la Prakriti, ils demeurent établis dans leur propre Soi. Ayant affermi l’Atman, cette Prakriti, en vérité, devient tienne.
Verse 118
पुरुषान्यबहुत्वेन प्रतीता न प्रवर्तते / प्रवर्तते पुनः सर्गस्तेषां साकारणात्मनाम्
Quand les Purusha ne sont pas perçus comme multiples, il n’y a pas d’élan. Mais la création se remet en marche pour ceux dont l’âme demeure liée aux causes.
Verse 119
संयोगः प्रकृतिर्ज्ञेया यक्तानां तत्त्वदर्शिनाम् / तत्रोपवर्गिणी तेषामपुनर्भारगामिनाम्
Pour les yogin qui voient le tattva, l’union (saṃyoga) doit être reconnue comme Prakriti. Là se trouve l’état qui mène à la délivrance, pour ceux qui ne portent plus le fardeau des renaissances.
Verse 120
अभावतः पुनः सत्यं शान्तानामर्चिषामिव / ततरतेषु गतेषूर्द्धं त्रैलोक्यात्तु मुदात्मसु
Dans l’état d’absence, la vérité se calme de nouveau, telle une flamme éteinte. Lorsqu’ils s’élèvent, dans les trois mondes demeurent des âmes emplies de joie.
Verse 121
ते सार्द्धं चैर्महर्ल्लोकस्तदानासादितस्तु वै / तच्छिष्या ये ह तिष्ठन्ति कल्पदाह उपस्थिते
Alors, ils n’atteignent même pas ensemble le Maharloka. Mais leurs disciples, ceux qui demeurent inébranlables lorsque s’approche l’embrasement de fin de kalpa, restent là.
Verse 122
गन्धर्वाद्याः पिशाचाश्चमानुषा ब्रह्मणादयः / पशवः पक्षिणश्चैव स्थावराः ससरीसृपाः
Les gandharvas et leurs semblables, les piśācas, les humains, Brahmā et les autres; les bêtes, les oiseaux, les êtres immobiles et les reptiles—tous.
Verse 123
तिष्ठत्सुतेषु तत्कालं पृथिवीतलवसिषु / सहस्रंयत्तु रश्मीनां सूर्यस्येह विनश्यति
Lorsque les êtres qui demeurent à la surface de la terre restent immobiles en cet instant, parmi les rayons du Soleil, un millier s’éteint ici.
Verse 124
ते सप्त रश्मयो भूत्वा एकैको जायते रविः / क्रमेण शतमानास्ते त्रींल्लोकान्प्रदहन्त्युत
Devenus sept rayons, un à un naît Ravi (le Soleil) ; et ces rayons, croissant de cent en cent, embrasent aussi les trois mondes.
Verse 125
जङ्गमान्स्थावरांश्चैव नदीः सर्वाश्च पर्वतान् / शुष्के पूर्वमनावृष्ट्या चैस्तैशचैव प्रतापिताः
Les êtres mobiles et immobiles, toutes les rivières et les montagnes, d’abord se dessèchent faute de pluie, puis sont brûlés par l’ardeur de ces rayons.
Verse 126
तदा ते विवशाः सर्वे निर्दग्धाः सूर्यरश्मिभिः / जङ्गमाः स्थावराश्चैव धर्माधर्मादिकास्तु वै
Alors tous, sans recours, sont consumés par les rayons du Soleil—les mobiles et les immobiles; et, en vérité, le dharma et l’adharma, et le reste aussi.
Verse 127
दग्धदेहास्तदा ते तु धूतपापा युगात्यये / ख्यातातपा विनिर्मुक्ताः शुभया चातिबन्धया
À la fin du yuga, bien que leurs corps fussent consumés, leurs fautes furent lavées; délivrés de l’ardeur de l’ascèse renommée, ils furent unis par un lien auspicious et très ferme.
Verse 128
ततस्ते ह्युपपद्यन्ते तुल्यरूपैर्जनैर्जनाः / उषित्वा रजनीं ते च ब्रह्मणो ऽव्यक्तजन्मनः
Ensuite, les êtres renaissent parmi des gens de forme semblable; et demeurent durant une nuit de Brahmā, dont la naissance est non manifestée.
Verse 129
पुनः सर्गे भवन्तीह मानस्यो ब्रह्मणः प्रजाः / ततस्तेषु प्रपन्नेषु जनैस्त्रैलोक्यवासिषु
Lors de la recréation, ici naissent les créatures, progéniture mentale de Brahmā; et lorsque les habitants des trois mondes se réfugient auprès d’elles.
Verse 130
निर्दग्धेषु च लोकेषु तदा सूर्यैस्तु सप्तभिः / वृष्ट्या क्षितौ प्लावितायां विजनेष्वर्णवेषु वा
Quand les sept soleils embrasent les mondes, les mondes sont réduits en cendres; et par la pluie la terre est submergée, telle des océans déserts sans habitants.
Verse 131
समुद्राश्चैव मेघाश्च आपश्चैवाथ पार्थिवाः / शरमाणा व्रजन्त्येव सलिलाख्यास्तथाचलाः
Les océans, les nuées et les eaux de la terre, comme honteux, se retirent; de même les masses d’eau dites «salila» et même les montagnes se mettent en mouvement.
Verse 132
आगतागतिकं चैव यदा तु सलिलं बहु / संछाद्येमां स्थितां भूमिमर्णवाख्यं तदाभवत
Lorsque les eaux, allant et venant, devinrent abondantes, elles recouvrirent cette terre demeurée stable; alors elles furent appelées « Arṇava », le grand océan.
Verse 133
आभाति यस्माच्चाभासाद्भाशब्दः कान्तिदीप्तिषु / स सर्वः समनुप्राप्ता मासां भाभ्यो विभाव्यते
Parce qu’il brille, et de son éclat vient le mot « bhā » pour la splendeur et la lumière; cette clarté s’étend partout, ainsi les mois sont compris à partir de « bhā ».
Verse 134
तदन्तस्तनुते यस्मात्सर्वां पृथ्वीं समततः / धातुस्तनोति विस्तारं ततोपतनवः स्मृताः
Car, de l’intérieur, il déploie uniformément toute la terre en tous lieux; la racine ‘tan’ signifie étendre, ainsi on s’en souvient sous le nom de « patanava ».
Verse 135
शार इत्येव शीर्णे तु नानार्थो धातु रुच्यते / एकार्णवे भवन्त्यापो न शीर्णास्तेन ता नराः
Le terme « śāra » est reçu comme une racine aux sens multiples dans l’acception de « désagrégé »; mais les eaux deviennent une en un seul Arṇava, ainsi elles ne se détruisent pas—tel est l’enseignement.
Verse 136
तस्मिन् युगसहस्रान्ते संस्थिते ब्रह्मणो ऽहनि / तावत्कालं रजन्यां च वर्तन्त्यां सलिलात्मनः
À la fin de mille yuga, lorsque le jour de Brahmā s’achève, durant ce même temps, dans la nuit de Brahmā, tout demeure de nature aqueuse.
Verse 137
ततस्ते सलिले तस्मिन् नष्टाग्नौ पृथिवीतले / प्रशान्तवाते ऽन्धकारे निरालोके समन्ततः
Alors, dans ces eaux, le feu ayant disparu de la surface de la terre et le vent s’étant apaisé, une obscurité sans lumière s’étendit de toutes parts.
Verse 138
येनैवाधिष्ठितं हीदं ब्रह्मणः पुरुषः प्रभुः / विभागमस्य लोकस्य प्रकर्तुं पुनरैच्छत
Le Purusha souverain, Brahma, par qui ce monde est soutenu, voulut de nouveau accomplir la division et l’ordonnance de cet univers.
Verse 139
शार इत्येव शीर्णे तु नानार्थो धातु रुच्यते / एकर्णवे ततस्तस्मिन्नष्टे स्थावर जङ्गमे / तदा भवति स ब्रह्मा सहस्राक्षः सहस्रपात्
La racine ‘śāra’ est dite de sens multiples dans l’acception de ‘śīrṇa’ (désagrégé). Quand, dans l’unique océan du pralaya, tout l’immobile et le mobile eut péri, alors Brahma devint Celui aux mille yeux et aux mille pieds.
Verse 140
सहस्रशीर्षा पुरुषो रुक्मवर्णो ह्यतीन्द्रियः / ब्रह्मा नारायणा ख्यस्तु सुष्वाप सलिले तदा
Le Purusha aux mille têtes, d’éclat d’or et au-delà des sens—Brahma, nommé Narayana—s’endormit alors dans ces eaux.
Verse 141
सत्त्वोद्रेकात्प्रबुद्धस्तु स शून्यं लोकमैक्षत / अनेनाद्येन पादेन पुराणं परिकीर्तितम्
Éveillé par l’essor du sattva, il contempla le monde vide. Par ce premier membre, le Purana est ainsi proclamé.
Primeval waters prevail; manifestation of Brahmā/Nārāyaṇa occurs within the waters; the world appears empty/submerged; the deity resolves to restore Earth; Varāha form is assumed; descent into Rasātala leads toward Earth’s retrieval and cosmological re-stabilization.
It gives a nirukti: “nāra” denotes waters (āpas) and “ayana” denotes resting-place/abode; since the deity’s abode is the waters in the primordial condition, he is remembered as Nārāyaṇa.
No. The sampled material is cosmogonic (Lokakalpanā/Varāha-Earth uplift) within Prakriyā Pāda; Lalitopākhyāna themes (Śākta vidyā, yantras, and Bhaṇḍāsura narrative) belong to the concluding portion of the Purāṇa, not this early creation-focused adhyāya.